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Version FRA:
http://www.journaleuropa.info/FR_article/n501t0j0d34-europe-reseaux-societe-de-l-information-web-2-0-culture-libre.html
Version ITA:
http://www.journaleuropa.info/FR_article/n502t0j0d34-europe-rete-web-2-0-social-network-cultura-libera.html
Open Homo, lève-toi et marche
Une sensibilité planétaire est en train de se former. De l’être digital
jusqu’à l’Homo tecnologicus (1), l'informatisation générale entraîne,
dans notre univers psychologique et nos espaces mentaux, un changement
de paradigme profond. Alors que nous sommes déjà dans l’ère de la
culture libre (2), la prochaine étape pourrait être la nouvelle
définition d’un être pensant.
Nous
apprenons à écrire, lire, regarder et écouter d’une façon totalement
nouvelle. L’usage des technologies développe notre sens existentiel de
manière exponentielle, toujours plus immatérielle, en sollicitant
toujours plus notre capacité à régir aux stimuli, en accélérant la
créativité et les formes de participation. Les générations futures
seront toujours plus dépendantes de l'électricité (3),
et auront un accès plein et entier à la connaissance en ligne. Le
problème aujourd’hui reste la formation et l’éducation à l’usage de ce
nouveau monde hyper-technologique (4). «La
valeur d'Internet, la pertinence de son contenu et de son organisation
ne vient pas d'une quelconque institution, mais de l'action coopérative
de centaines de millions de contributeurs, de centaines de millions de
cerveaux humains, véritables neurones connectés en permanence sur le
cerveau global » (5)
L’interconnection
entre des ordinateurs, les esprits, les programmes librement
modifiables et coopératifs, passe irrémédiablement par des réseaux de
diffusion de plus en plus nombreux à travers le monde, et de plus en
plus variés (téléphone, Internet, etc.). Mais l’interconnection
physique des machines implique la mise en commun des informations
emmagasinées dans leurs mémoires, et le contact entre tous les
individus et groupes d’individus. Le cyber-espace devient un espace de communication doté de caractéristiques radicalement nouvelles (6).
En partant de la “Galaxie Gutemberg” de McLuhan, en passant par les concepts d’intelligence collective et connective de P. Levy et D.De Kerckhove, le discours de l’actuel télématique va de pair avec le développement toujours plus important des plateformes GNU/Linux,
qui constitue un changement épocal qui met continuellement l’accent sur
des questions qui concernent l’espace de création artistique, la
diffusion culturelle, des nouvelles pratiques technologiques à la
progressive question de la convergence des médias: par exemple la
rencontre (et le conflit?) entre Internet, la Télévision, la Radio, le
Cinéma, les bibliothèques physiques et virtuelles, etc.
La
mutation anthropologique est déjà présente. Si nous pouvons très
difficilement en prévoir l’impact, nous pouvons tout de même essayer
d’en anticiper les orientations futures. Nous pouvons, pour l’heure,
faire le constat de nouveaux modèles de sociabilisation, de pluralité
et de coopération fondées sur la connectivité entendue comme
combinaison d’individus et de collectifs. L’open source, le partage de
fichiers, ne sont autres que la mise en œuvre de cette nouvelle
intelligence étroitement liée à la toile et aux nouvelles possibilités
de partage.
Il est donc
évident que des techniques inédites d'échange sont en train de se
croiser directement avec l'expérience humaine. Si on constate en même
temps que les modèles économiques du Logiciel Libre sont une forte réalité (7),
il faut analyser aussi l'économie - vue comme activité humaine axée sur
la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens
et services - comme possibilité ultérieure de progrès et de
développement humain. Comme le souligne R.Stallman, après dix ans de
commercialisation des logiciels libres, il faut penser surtout à la
fonctionnalité des application plutôt que de se fixer sur des question
purement éthiques (8).
Les
changements de ce nouveau mode de penser et d’agir mettent l’accent sur
le nouveau rapport entre interactivité et participation, par le biais
duquel le réseau télématique – base fondatrice pour la diffusion des
applications open source – devient dans le même temps un instrument de
progrès et une base de données pour la mémoire globale, la clé pour
entrer dans le futur multimédia. En particulier, émerge une sorte
d’intelligence du partage du savoir existent qui peut être concrétisée,
diffusée et commercialisée, à travers les nouvelles plateformes,
parallèlement à la confrontation entre programmes libres et
propriétaires, et dans la convergence de nouveaux supports multimédia,
du plaisir ludique (streaming vidéo sur téléphone portable) à de nouvelles formes de création esthétique (9).
Les
pratiques culturelles s’entrecroisent avec différents supports
technologiques tout comme les habitudes de consommation se moulent à
travers différentes sources de création de contenus texte/son/image –
par exemple Matrix représente la forme de divertissement de l’époque de
la convergence médiatique et de son potentiel culturel, mais surtout
consumériste et commercial, avec la série de produits dérivés qui a
suivi la sortie du film, ce que Jenkins appelle la « culture convergente (10) ». Quel rôle jouera le mouvement initié par R.Stallman et L.Trovalds
dans le monde des flux communicants et convergents qui s’impose de plus
en plus? Est-ce que le mouvement open source se raccrochera au marché,
donc à l’industrie culturelle, ou à la culture partagée et à la liberté
d’accès aux contenus? Ou les deux?
La
prospective est hasardeuse et il est difficile de faire des pronostics,
mais les valeurs de l’open source aujourd’hui semblent étroitement
liées à “l’éthique hacker” (11),
basée sur rapport alternatif au travail, à l’argent, et au temps, qui
caractérise une éthique que Pekka Himanen oppose à l’éthique
protestante du travail de Max Weber.
Même si un compromis technologique lié aux aspects économiques du
problème en question reste évident. C’est justement pour ça que le
problème reste étroitement lié à l’autonomie de la propre pensée et à
d’éventuelles décisions à prendre en toute liberté, donc au contexte
qui permet une telle expression. Ce sont toutes les conditions qui
peuvent se résumer dans ces principes : liberté de pensée, liberté
d’expression et d’organisation. Sans ces principes, et sans un contexte de sécurité pour les garantir (12), la libre pensée avec tous ses possibles expressions n'a aucun sens.
Nous sommes et seront capables de nous créer et de nous re-créer toutes les identités que nous désirons sur Msn, Myspace, Facebook, SecondLife,
en tenant compte des problèmes liés à la vie privée dans ses
applications, aussi bien qu'à sa commercialisation dans certains cas (13). Nous pourrons toujours nous auto-représenter sur Youtube, continuer à relire notre propre blog quotidiennement, ou se donner l’illusion d’apprendre des choses sur Wikipedia,
mais souvent, en réalité, nous ne faisons que nous chercher nous-mêmes,
ou la représentation idéale qu’on se fait de nous-mêmes. C’est
justement dans ces cas-là qu’il faut lever la tête, pour se rendre
compte des occasions d’une réelle évolution, d’un potentiel progrès
existant dans la société de l’information, encore difficilement
déchiffrable, quelque peu virtuel, ou hypothétique.
Même si pour certains le « Web 2.0
est d'une certaine façon la réalisation des aspirations des inventeurs
de l'informatique moderne […] comme Douglas Engelbart [spécialiste des
interfaces homme-machine et inventeur de la souris dans les
années 1960, ndlr] » (14),
il faut en prendre acte et préciser que le web participatif/citoyen en
fin de compte a simplement permis d’amplifier, de politiser et donner
un ordre quasi architectural à la montée chaotique de la contre-culture
américaine déjà intrinsèque aux premiers pas d’Internet (15).
Le futur est étroitement lié à la ré-identification de chacun d’entre
nous, et donc à la liberté de modifier notre propre code émergent, que
nous saurons adapter à nos propres besoins.
Le
discours des réseaux sociaux, de la participation de tous, aura une
grande influence dans la diffusion des idées et l’éventuelle remise en
cause des autorités. L’open source et les logiques communautaires
pourront aider le développement des plateformes d’étude et de recherche
sur l'utilisation consciente des nouvelles technologies, de la liberté
de gestion de son propre corps et de ses éventuelles modifications
jusqu’à la redéfinition des limites inhérentes à l’individu en tant que
tel, et de la sphère collective (notamment la redéfinition des sphères
privées et publiques).
C'est
là tout le défi que le mouvement peut et doit se lancer. Car la liberté
d'expression ne pourra pas se limiter par des anachroniques et
déviantes questions de marque (Microsoft, Apple, Google, etc.), tout
comme la vie communautaire ne pourra pas continuer à dépendre
uniquement de forces externes. Si tels en sont les objectifs moraux,
alors nous pourrons enfin utiliser pleinement les forces et techniques
à disposition, toujours dans le respect de la liberté de chacun d'y
adhérer. Pour repenser le monde, et ne pas faire devenir la raison
purement formelle, vide et abstraite, un instrument froid de calcul
sans contenu qui puisse se définir ainsi. Cet élan, pour arrêter le
processus de déculturation, a déjà été souligné en son temps par Horkheimer (16)
qui critiquait un homme très habile techniquement mais pauvre en
objectifs. C'est donc là qu'on ressent le besoin d'une approche plus
consciente au réseau informatique mondial, qui
représente une véritable boussole de la vie et de la culture de chacun,
pour reconnecté le monde d'un côté et le sujet de l'autre, et éviter
qu'ils en deviennent reciproquement vides (17).
Pour éviter une réalité qui nous ramène sans cesse à la nature, « alors que le sujet devient le sujet vide des libertés formelles dénuées de contenus » (18).
Pour penser le monde industrialisé et la récente société de
l'information de manière critique, on cherche à faire émerger une
raison dotée d'objectifs avec une pleine capacité de pensée,
constitutive d'un individu concret et capable d'opérer de vrais choix.
En rapport à ces prospectives, Michela Nacci soulignait, il y a
quelques années, le besoin essentiel d'une prise de conscience
collective, pour se rendre compte que nos choix techniques seront
automatiquement des choix de nature politique, sociale, et culturelle.
Parce qu'une caractéristique inhérente aux choix techniques sera celle
de l'irreversibilité (19).
Aujourd'hui
plus que jamais la réalité effective des ces affirmations s'impose dans
un monde (particulièrement celui de la politique et des médias) myope,
sinon manipulateur. Concluons donc sur une exhortation à une ascension
moderne de la société de l'information vers la lumière de la conscience
de soi et de nos propres moyens de connaissance : « Open Homo,
regarde-toi dans la glace! Lève-toi et marche sans permission, car le
futur sera la réappropriation de ton espace existentiel et culturel! »
Quelques exemples :
Nous pouvons prendre commeexemples précis de ces évolutions l'expérience de calcul distribué par BOINC, le wifi FON, les évolutions de Linux avec Ubuntu et le dernier Moblin 2 (Linux pour les mini-netbook), tout comme le software Android pour les télephones portables (la nouvelle créature de Google) et les évolutions des systèmes VOIP avec PABX Asterix (comme Smile en france et LiberIlVoIP
en italie). Nous pouvons alors noter queles expériences de partage et
les logiques open source sont à la base des vraies valeurs du réseau
qui va de la recherche scientifique à la commercialisation de masse.
1. Negroponte N., Being Digital, New York, 1995 - Longo G. O., Homo technologicus, Roma, Meltemi, 2001
2. Lawrence Lessig, “Free culture”, www.free-culture.cc/freeculture.pdf
3. De Kerckhove D., The Skin of Culture (Somerville Press, 1995)
4. Des exemples précis se constatent comme Mars Multimédia (Nantes) ou encore les Rencontrres mondiales du Logicile Libre. http://www.marsmultimedia.info – http://rmll.info
5. Gérard Ayache - Homo Sapiens 2.0 - Introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation, Max Milo éditions, Paris, 2008, cit. p228
6. P. Levy http://www.hackerart.org/corsi/fm03/esercitazioni/pecorini/indice_conferenze.htm
7. Livre blanc sur les modèles économiques du logiciel libre – April.org http://www.april.org/articles/livres-blancs/modeles-economiques-logiciel-libre/
8. “Sono
ormai sono 10 anni che esiste il software open source cosiddetto
commerciale, anche Richard Stallman ha ribadito che ormai questo
modello di sviluppo è un dato di fatto. Bisogna sfruttarlo come fosse
uno strumento, non distrarsi badando soltanto alle questioni di etica:
non sempre il cliente è ricettivo rispetto a certe questioni, quello
che gli interessa a volte non è tanto avere un software aperto o chiuso
quanto piuttosto una soluzione di un certo tipo, e soprattutto che
funzioni”. http://punto-informatico.it/2567273/PI/Interviste/open-source-impresa-italiana.aspx
9. http://fr.wikipedia.org/wiki/Net.art
10. Henry Jenkins, Cultura convergente, Apogeo, Milano, 2007
11. http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=114, http://www.mit.edu/hacker/hacker.html
12. Eric Sadin, surveillance globale, enquêtes sur les nouvelles formes de contrôle, ed. Climats, 2009
13. http://www.chronicart.com/webmag/article.php?id=1527
14. Christophe Aguiton, sociologue et chercheur au sein de l'Orange Labs : http://www.01net.com/editorial/403413/-le-web-2.0-est-l-heritier-de-la-contre-culture-des-annees-60-/, cit.
15. Goffman K. e Joy D., Controculture. Da Abramo ai no global, Roma, 2004
16. Éclipse de la raison, 1947
17. Cela fait partie de mon travail de thèse sur la symbolique politique, Allégorie sociale et cyber-espace, 2006/2007
18. Cfr. M. Nacci, Pensare la Tecnica, Ed.Laterza, Roma, 2000, cit., p.35.
19. Ibidem, p.18-19

Rédacteur :
Antonio Carola, Agropoli Italie

Traducteur :
Cyril Berard, Nantes France