Il est de ces mystères qui traversent les temps
Ces contes qu'on a su taire mais qui percent les vents
Des histoires noires que l'on souffle certains soirs
Des miroirs qui ne moirent que pour l'œil qui veut les croire
On raconte que, sur les étendues de glace de Sibérie
Dans les sables mouvants de Gobi
Il est un minéral que les cieux ont enseveli
Dans son cristal précieux ils ont enfoui
Le pétale des dieux qui donne l'éternelle vie
Cette pierre pure enterrée dans le désert de glace
Dispersée en sept points sur tout l'atlas
Renferme le cœur du Prince Ouncalas
Ce Prince maître du royaume d'Aborada
Disparu dans les abysses de la mer de Marmara
Là au fond des eaux, là où coulent des fontaines de sulfure et de souffre
Les hommes ont trouvé le bréviaire au fond du gouffre.
Ecrite en lettres d'or, la confesse du prince
Pour la princesse du royaume de Bérince :
« Pour vous , je couvrirai de sable les mers du monde
J'arroserai d'érable les terres fécondes
Je marcherai jusqu'au jour du jugement dernier
Je donnerai mon âme pour pas un denier
Pour mettre ma vertu à vos seuls pieds
Pour vous, contre les vents, les tempêtes les marées
J'arroserai de mes larmes les terres infertiles
pour cueillir l'unique rose de mes mains malhabiles
et si, au bout de mon périple, quand se tarira ma dernière larme,
si n'apparaît votre visage qui mon cœur désarme
alors, alors,
je me ferais chapelet entre vos mains,
100 fois égrener vos lendemains,
Etre, pour naître dans votre écrin.
Ainsi à me mouvoir au creux de vous,
Peut être , peut être et au risque de n'être qu'un fou,
Peut être apprendrais-je vos 99 sens,
Saisir ce qui en vous m'encense
Conjuguer mes 99 perles a votre danse
Et comprendre une fois, une seule fois
La 10ème possibilité qui contient la foi…
Alors, alors s'emmêleront le lierre et la pierre
11fois…
Le jour de l'ultime prière… »
La princesse troublée de ces propos,
Tatoua à même sa peau
Ce qui changea le destin du royal drapeau
Le bréviaire rapporte la réponse qui suit :
« est -ce un blasphème si,
je réécris les termes du phème
si le chapelet, j'essaime
et par toutes les mers je le parsème
de celle des Andaman à celle des Amundsen...
si tu deviens Chapelet entre mes mains
je préfère te répandre par vaux et leurs seins
ainsi chaque grain que je trouverais sur mon chemin
sera de ma Connaissance du monde le parchemin
ainsi chaque grain sera un peu de toi
un pore contenant la pléthore de ces ors
je m'amuserais dès lors à courir les contrées
les abysses et les îles cachées
pour reconstituer les perles de mon collier
ainsi tu m'éviteras la chute, inéluctablement… »
Le Prince bienheureux d'un tel destin
Pria le ciel de le mettre entre les mains
De celle qu'il aimait d'instinct
Une vie, pour marcher sur ses empreintes dispersées...
N'étais-ce ce pas là lui laisser le temps?
La princesse pleura longtemps son vœu malheureux
Mais fidèle à ses propos elle essaima dans les terres et les eaux
Son cher prince devenu perles noires
elle courut son existence par monts et vaux
promenant en des terres inconnues son cœur dévot,
chaque point ou se trouvait une des perles de son collier princier
devenait lieu de pèlerinage pour son âme émaciée
chaque coin du monde fut lieu sacré,
sur ce chemin de nacre ou de craie
chacun point du monde fut lieu de prière
et se soudèrent la pierre et le lierre
par les infinies possibilités de l'énième dixième
la connaissance du monde n'eut plus pour elle de secret.
Il en demeura une pourtant
une pierre unique perdue dans un désert de glace
un mystère qui traversa les temps
dont elle aura perdu la trace
alors, alors
on soufflera certains soirs, cette étrange histoire
d'un prince d'ébène qui s'est fait perles noires
pour comprendre les 99 sens d'une âme égarée.
Cette âme l'a alors disséminé pour mieux le retrouver
on racontera le mystère de cette perle unique ensevelie
dans les étendues de glace de Sibérie,
ou dans les sables mouvants de Gobi...
Le pétale des dieux qui donne l'éternelle vie…
Est-ce un blasphème, si...
Cette ultime pierre devint emblème de...?