City: LE HAVRE
State: Haute-Normandie
Country: FR
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Monday, December 07, 2009
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Sur l'agenda en p’luch :
Courts métrages de Patrick Bokanowski (présentés par eluparcettecrapule)
Jeudi 17 décembre 2009 à 20h30 au Studio / 3 rue Général Sarrail / Le Havre
En présence de Patrick et Michèle Bokanowski
Patrick Bokanowski est le réalisateur de L'Ange, long métrage de 1982 qui l'a fait connaître à un public dépassant le "cercle des initiés". Depuis ses débuts dans les années 70 jusqu'à son dernier opus, Battements solaires, il a réalisé une dizaine de courts métrages qui relèvent aussi bien du cinéma d'animation que du cinéma expérimental. Ses films sont les fruits de la recherche permanente d'une matière visuelle très éloignée de la simple reproduction de la réalité objective et révèlent un univers pictural qui puise son origine à la fois dans l'intérêt de l'artiste pour la peinture (en particulier Eugène Boudin...) et les systèmes optiques les plus sophistiqués.
Cette séance au Studio sera exceptionnelle à plus d'un titre: ce sera l'occasion de découvrir les films d'un cinéaste majeur, qui sont autant d'invitations à un voyage halluciné, et le privilège de rencontrer un artiste qui ne se déplace que très rarement mais parle avec bonheur de son travail. Il sera accompagné de son épouse Michèle, bien connue des amateurs de musique électro-acoustique, qui a composé la musique - élément essentiel - de tous ses films.
«Les images de Bokanowski – truquées dirions-nous si ce mot ne perdait pas ici son sens – éclats,volutes, surimpressions, ces images inouïes, entre mouvements et immobilités, auxquelles la musique, tour à tour fébrile, lancinante, envoûtante de Michèle Bokanowski achève de conférer un pouvoir hypnotique, nous font accéder à un de ces possibles encore inexplorés, encore à inventer.» Jacques Kermadon
Programme :
LA PLAGE / 1991 / couleur / 14' 00 LA FEMME QUI SE POUDRE / 1970-1972 / n&b / 18' 00 DÉJEUNER DU MATIN / 1974 / couleur / 12' ÉCLATS D'ORPHÉE / 2002 / couleur / 4'35 BATTEMENTS SOLAIRES / 2008 / couleur / 18'40
Entrée : 4 euros
Patrick Bokanowski sur le site d'Arte Patrick Bokanowski sur le site de Light Cone
Séance organisée par eluparcettecrapule
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Monday, November 09, 2009
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Forbidden Zone
Un film de Richard Elfman (USA; 1980)
Famille à la dysfonctionnalité aussi burlesque que musicale, les Hercule habitent une maison expressionniste dont la cave recèle un passage vers un monde mystérieux. Lasse de devoir esquiver les balles perdues sur les bancs de l’école, 'Frenchy', l’aînée au savoureux accent français, décide un jour de tenter une percée dans le sombre boyau. Pour se retrouver (d)éjectée dans une sixième dimension peuplée de crapauds en livrée, d’hommes chandeliers, de captifs ardents prisant les joies de la promiscuité et autres princesses à la semi-nudité radieuse. Les charmes de la nouvelle venue suscitent instantanément l’intérêt d’un roi nain indécrottable érotomane, et les foudres de sa reine de cœur…
Dans les années 70, bien avant l’émergence et la banalisation du concept de « cinéma geek », quelques fleurons du film musical brassaient déjà sans complexes les références aux cultures « nobles » comme populaires pour bâtir des univers amoureusement syncrétiques. Phantom of the Paradise revisitait les mythes du fantastique et le mélodrame à la faveur d’une satire du show-business, The Rocky Horror Picture Show trempait son ode à la liberté sexuelle dans le grand bain de la série B gouleyante… Sorti en 1980, et quoique travaillant sur d’autres codes, Forbidden Zone s’affirme comme un digne (le dernier ?) représentant de cette tendance. Si le scénario ne rechigne devant aucune péripétie absurde ni aucune blague de garnement porté bille en tête sur la gaudriole, la constante célébration des arts populaires de l’époque 30-40 constitue le véritable projet d’une œuvre ludique au point d’en remployer nonchalamment les stéréotypes les plus contestés. Sous (bonne) influence du détonant cocktail surréalisme/érotisme/jazz des meilleurs Betty Boop, Richard Elfman, et l’animateur John Muto, donnent ainsi corps à un cartoon en prises de vue réelles entre nostalgie et irrévérence. Soit un concentré de culture « rétro » acidifié par l’esprit des comics underground.
La bande originale, à l’avenant donc prodigue en collisions sonores, est confiée à Danny Elfman (frère de), ici aux commandes de sa première création pour le cinéma, en sus d’apparaître, cabot jusqu’au bout des cornes, le temps d’un hommage endiablé à Cab Calloway. Tim Burton saura s’en souvenir, et son Beetlejuice (1988) doit plus d’un décor en carton-pâte à cette Forbidden Zone hautement fréquentable.
Séance unique jeudi 26 novembre 2009 à 20h30 au Studio (3 rue du Général Sarrail, Le Havre). 4,50 €. Présentée par Cannibale Peluche
Fiche technique USA/ 1980/ 71’/ VOSTF Pr: Marie-Pascale Elfman, Richard Elfman pour Hercules Films Ltd. pr ex : Gene Cunningham Co- pr : Nicholas James [=Nick James] Pr as : Martin W. Nicholson As pr : Judith Faye Elfman Dis : Sinfonia Films, Le Chat qui fume (DVD) Ré: Richard Elfman Sc: Matthew Bright, Richard Elfman, Nicholas James [=Nick James], Nick L. Martinson d’après une histoire de Richard Elfman Ph: Gregory Sandor (Noir et blanc 1.85:1) – 16 mm et 35 mm Mus: Danny Elfman, interprétée par The Oingo-Boingo, arrangements de Danny Elfman & Steve Bartek Son: Gerald B. Wolfe Mont son: Lara Holland [= Laja Holland] Son: mono Chor: Carol Zeitz Mont: Martin W. Nicholson Dir art: David M. Wackler Dec: Marie-Pascale Elfman Ef vi: John Nelson Anim: John Muto, Mitchel C. Resnick As re: Martin Nicholson Stor: Cathy Walters
Avec: Hervé Villechaize (le Roi Fausto de la Sixième Dimension), Susan Tyrrell (la Reine Doris de la Sixième Dimension / Ruth Henderson la mère de Squeezit), Gisele Lindley la princesse / une élève, Jan Stuart Schwartz (Bust Rod, le serviteur crapaud), Marie-Pascale Elfman (Susan B. 'Frenchy' Hercule), Virginia Rose (Ma Hercule), Gene Cunningham [=Ugh-Fudge Bwana] (Huckleberry P. Jones / Pa Hercule), Phil Gordon (Flash Hercule), Hyman Diamond (Gramps Hercule), Matthew Bright [=Toshiro Boloney] (Squeezit & René Henderson), Danny Elfman (Satan), Viva (l'ancienne reine), Joe Spinell (le marin ivre père de Squeezit), Brian Routh & Martin von Haselberg (The Kipper Kids), Richard Elfman (le masseur / un prisonnier), Kedric Wolfe (le chandelier humain / Miss Feldman l’institutrice), Herman Bernstein (le vieux juif)…
Autres titres : Totaler Sperrbezirk (All), フォービデン・ゾーン (Jap).
Sortie: 21/03/1982 (US) (Samuel Goldwyn Company); 25/04/1984 (Fr) Sortie DVD (Fr): 17/02/2008 Tout public Projection DVD ......................................................................... Ressources:
Romain Le Vern - Excessif
Remerciements au Chat qui fume
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Tuesday, November 03, 2009
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Sur l'agenda en p'luch:
Mercredi 25 novembre 2009 à 18 h au Musée Malraux
À l'occasion de l'exposition “les nuages... là-bas… les merveilleux nuages” au Musée Malraux, Eluparcettecrapule propose une sélection de films où défileront les nuages dans le cadre de projection : la sombre évocation de Tchernobyl par Chris Wellsby dans Skylight (1986), les nuages des rêves et de l’enfance délicatement tracés au fusain par le japonais Naoyuki Tsuji dans sa Trilogy about clouds (2005), les nuages piégés dans l’accélération temporelle de Yo Ota, ou dans l’épaisseur de la pellicule de The Or cloud de Fred Worden (2004)…
Programme : SONG 27 : MY MOUNTAIN de Stan BRAKHAGE 1968 / couleur/ 23 min Étude image par image du sommet Arapahoe, à toutes les saisons pendant deux ans ; les nuages et le climat qui sculptent cet endroit dans le paysage.
THE OR CLOUD de Fred WORDEN 2004 / n&b / 6 min Animation abstraite, nuages métaphoriques, aventure pour les yeux et l'esprit.
TRILOGY ABOUT CLOUDS de Naoyuki TSUJI 2005/ n&b / 14 min Trois courts métrages d’animation sur des nuages. Ce sont des dessins au charbon. Les nuages aux formes fluctuantes sont les mondes qui nous entourent. 1 Nuage qui respire Eros 2 En regardant un nuage Souvenir d’enfance 3 Depuis le nuage Fantaisie
INCORRECT CONTINUITY de Yo OTA 1999 / couleur / 9 min Grâce à de savantes manipulations, Yo OTA manipule le temps et l’espace filmiques. Les nuages, formes mouvantes omniprésentes dans les paysages d’OTA, matérialisent ce processus de déconstruction.
SKY LIGHT de Chris WELSBY 1986 / couleur / 26 min Évocation de la catastrophe de Tchernobyl en 1986.
Films projetés en 16 mm Distribution : Light Cone
Auditorium du Musée Malraux 2, Bd Clémenceau 76600 Le Havre Entrée libre
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Thursday, October 08, 2009
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Sur l'agenda en p'luch:
Aujourd'hui photographe mondialement reconnu, Richard Kern fut l'un des piliers du cinéma underground new-yorkais dans les années 80. Au travers de ses courts métrages, Richard Kern dénonçait l'Amérique de Reagan, mélangeant la violence, le sexe et le nihilisme punk. Accompagné de stars telles Lydia Lunch, Henry Rollins ou Sonic Youth, laissez-vous embarquer par ce tourbillon de la transgression.
Programme :
Horoscope (1991) Colour and black and white, Super-8 sound, 5 minutes. Featuring Holly Adams, Bob Drywall and Squeak Wilentz. Music by Budenholzer. Written, produced and directed by Kern.
Scooter and Jinx (1991) Colour, Super-8 sound, 1 minute. Featuring Linda Serbu and Karen Disney. A Sonic Youth rock video. Written and directed by Kern. Produced by Geffen Records.
The evil cameraman (1986,1990) Colour, Super-8 sound, 12 minutes. Featuring Jap Anne, Ice Queen, Kern, Little Linda and Jackie O. Music by Foetus Corp. Written, produced and directed by Kern.
Death Valley '69 (1986) Colour, Super-8 and video, 7 minutes. A rock video featuring Sonic Youth. Written and produced by Sonic Youth and Kern. Directed by Kern.
The right side of my brain (1984) Black and white, Super-8 sound, 23 minutes. Featuring Lydia Lunch, Clint Ruin, Henry Rollins and others. Written by Lunch and Kern. Produced and directed by Kern.
X is Y (1990) Colour, Super-8 sound, 4 minutes. Featuring Tomoya, Jackie O, Linda Serby, Cassandra Stark and Cristina. Music by Cop Shoot Cop. Written, produced and directed by Kern.
You killed me first (1985) Colour, Super-8 sound, 12 minutes. Featuring Karen Finley, David Wojnarowicz and Lung Leg. Written, produced and directed by Kern.
Goodbye 42nd street (1983) Colour, Super-8 sound, 4 minutes. Produced and directed by Kern. www.richardkern.com eluparcettecrapule.over-blog.com www.cabaretelectric.fr
Mardi 20 octobre à 20h au Cabaret Electric (Espace Oscar Niemeyer - Le Havre) Entrée libre NB : un spectateur averti en vaut deux
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Thursday, October 01, 2009
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La Baie sanglante [Ecologia del delitto/ L’Antefatto/ Reazione a catena]
Italie/ 1971/ 76’/ VASTF
Pr: Giuseppe Zaccariello pour Nuova Linea Cinematografica, Rome pr ex : Ferdinando Franchi Pr de : Roberto Cicutto Dis : Audifilm & Carlotta Films (reprise) Ré: Mario Bava Sc: Mario Bava, Joseph McLee [= Giuseppe Zaccariello], Sergio Canevari & Francesco Vanorio (non créd.) sur un sujet de Dardano Sacchetti et Franco Barberi Ph: Mario Bava (Technicolor 1.78: 1) - 35 mm Cam: Emilio Varriano As op: Gianlorenzo Battaglia Mus: Stelvio Cipriani Son: Carlo Tarchi as son: Carlo Diotallevi Dial & Post-synchro: Eugene Luotto Son: mono Mont: Carlo Reali Dir art & dec: Sergio Canevari Cost: Enrico Sabbatini As cost : Rosanna Andreoni Coif: Adalgisa Favella Maq.: Franco Freda Ef sp: Rambaldi [= Carlo Rambaldi] As ré: Lamberto Bava Script: Patricia Zulini Ph plat : Franco Vitale
Avec: Claudine Auger (Renata Donati), Luigi Pistilli (Alberto), Claudio Volonte [= Claudio Camaso], Chris Avram (Franco Ventura), Anna Maria Rossati (Laura), Leopoldo Trieste (Paolo Fossati), Laura Betti (Anna Fossati), Isa Miranda (la comtesse Federica Donati), Giovanni Nuvoletti (le comte Filippo Donati), Brigitte Skay (Brunhilde, la baigneuse), Paola Rubens [= Paola Montenero] (Denise, la jeune hippie), Guido Boccaccini (Duke, le hippie tué à la serpe), Roberto Bonnani (Robert/Bulldog) Nicoletta Elmi & Renato Cestiè (les enfants de Renata et Alberto) (non créd.)
Autres titres : The Last House on the Left, Part II (US), Carnage (US), Twitch of the Death Nerve (US), A Bay of Blood (US), Bay of Blood (US), The Antecedent (titre informel US), Bloodbath (Angl), Bloodbath Bay of Death (Angl), Bahía de sangre (Esp, Mex), Banho de Sangue (Bré), A Mansão da Morte (Bré), O Sexo na Sua Forma Mais Violenta (Bré), Im Blutrausch des Satans (All), Blutrausch des Teufels (All), Kanli körfez (Tur), 血みどろの入江 (Jap).
Sortie: 08/09/1971 (It) ; 03/04/1973 (Fr) Ressortie : 24/06/2009 (Fr)
Interdit – 16 ans
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« 13 personnages, 13 meurtres »
Le suicide suspect d’une comtesse mélancolique et la disparition non moins trouble de son époux déclenchent une succession d’assassinats sauvages pour la captation du domaine de feue l’aristocrate : une baie à l’inquiétante beauté, objet de toutes les convoitises. Légataires putatifs, résidents autarciques, visiteurs inopportuns… tous se trouvent pris au piège d’une réaction en chaîne révélatrice des plus bas instincts.
Longtemps sujet à controverse du fait de son accumulation sérielle de meurtres gore et d’une impossible identification à des personnages guère amènes, La Baie sanglante marque l’ultime contribution du regretté Mario Bava au giallo - variation transalpine du thriller anglo-saxon frottée d’épouvante et d’érotisme sadique, dont il avait lui - même dressé les bases avec 6 Femmes pour l’assassin en 1964.
Si en surface cette Baie… s’apparente à un jeu (de massacre) avec les codes du genre, s’adonnant au kitsch de l’époque ici, radicalisant la violence des situations et l’équivoque des comportements ailleurs, cette approche ludique fortement teintée d’ironie n’aspire pourtant pas à la parodie. En zébrant son film d’expérimentations sur le zoom, la mise au point et les effets chromatiques jusqu’à l’abstraction, Bava signait un jalon essentiel du cinéma d’horreur moderne, une œuvre matricielle souvent plagiée mais dont le lyrisme morbide n’appartenait qu’à lui seul.
Du 23 septembre au 06 octobre 2009 au Studio (3 rue du Général Sarrail Le Havre).
Débat animé par l’association Cannibale Peluche le mardi 06 octobre à 20h30.
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Ressources:
Sur La Baie sanglante :
Olivier Rossignot – Culturopoing.com
Olivier Père - Les Inrocks.com
Philippe Chiffaut-Moliard - CINE-STUDIES
Keith Brown - Giallo Fever
Kimberly Lindbergs - CINEBEATS
Tim Lucas - Commentaire audio (anglais non sous-titré) du DVD Bay of Blood inclus dans le coffret THE MARIO BAVA COLLECTION VOLUME 2 (Anchor Bay Entertainment; Zone 1; 2007)
Sur Mario Bava:
Mario Bava , ouvrage collectif coordonné par Jean-Louis Leutrat, Collection Grand Ecran - Petit Ecran, éditions du Céfal, Liège, 1994
Entretiens avec Jean-François Rauger et Jean-Pierre Jackson in suppléments du DVD La Planète des vampires (Studio Canal Collection Cinéma de Quartier; Zone 2; 2001 – Retiré de la vente)
Video Watchblog : nombreux billets sur Bava et tout sur All the Colors of the Dark, l’ouvrage somme - 1128 pages ! - consacré à Mario Bava par Tim Lucas
Sur le giallo :
Le Giallo.com : blog sur le giallo, ce genre particulier du cinéma italien ainsi que sur les genres s'en rapprochant: le Krimi, le Poliziotto, le slasher movie. A consulter : les deux pages Copié/Collé sur les emprunts et influences du giallo. ................................
Bande-annonce allemande [Im Blutrausch des Satans]
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Wednesday, September 09, 2009
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Pour sa rentrée des classes, Cannibale Peluche vous invite à assister gratuitement à une soirée spéciale de projection
d’extraits de films rares, virtuoses ou ignorants des notions de bon et
de mauvais goût, soit du « Bis » carabiné par poignées. Bandes-annonces
enfin aguichantes, easy listening qui n’adoucit nullement les mœurs, trépas ignominieusement cocasses, friandises made in Bollywood, Kollywood voire Lollywood… constitueront autant de modules thématiques jalonnant la soirée. En
sus de découvrir les marges hallucinées (ou les tréfonds faisandés) du
cinéma dit de genre en sirotant une liqueur de bon aloi, les plus
attentifs pourront remporter des cartes d'adhérents et des entrées
gratuites aux projections organisées par Cannibale Peluche, l’association cinéphile qui se rit de la crise!!! CAFE LES LUCIOLES (31 RUE CASIMIR DELAVIGNE AU HAVRE) LE VENDREDI 18 SEPTEMBRE – DEBUT A 21h00 - ENTREE GRATUITE !
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Thursday, May 14, 2009
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Le Bras de la vengeance [臂刀王/ Return Of The One-Armed Swordsman] Hongkong /1969/101’/VOSFR (Mandarin) Genre : Wu Xia Pian sanglant Prod. : Runme Shaw pour Shaw Brothers. Réal. : Chang Cheh (aka Chang Cheuh). Ass. réal. : Wu Ma, Yeung Jing Chan. Chorég. : Liu Chia-liang, Tang Chia. Dir. art. : Chen Chi Ruey. Cost. : Li Chi. Maq. : Fong Yuen. Photo : Kung Mu-to (ShawScope - Eastmancolor 2.35 : 1) - 35 mm. Lum. : Kuan Ying Chuan. Mont. : Chiang Hsing Lung. Mus. : Wang Fu-ling. Des. Son. : Wang Yong Hua. Son mono. Scén. : Chang Cheh d'après les personnages créés par Chang Cheh et Ni Kuang. Int. : Wang Yu (Fang Gang), Lisa Chiao Chiao (Xiao-man), Wu Ma (Kuan Hsien / Chevalier blanc), Yeh Fang (Kuan Huang / Chevalier noir), Ku Feng (Chiao Feng / Roi Grande-force), Liu Chia-liang (Yuan Chen / Roi Long-bras), Tang Chia (Sung Wen / Roi Roue-tranchante), Yuen Cheung-Yan (Teng Fei / Roi Illusion-céleste), Liu Chia-yung (Shih Hu / Roi Bouddha de l’enfer), Tung Li / Kang Hua (Tuan Shi / Roi Dragon-venimeux), Essie Lin Chia (Hua Niang / Reine Mille-doigts), Tien Feng (Ling Hsu / Roi Sans-forme), Lei Cheng (Lu Tung), Chung Wa (aka Lei Pin) (Lu Da), Sing Chen (Shan Hsiung), Chiu Ming (Lei Ming), Yu Fang (Ting Sheng), Pin Ho (Lu Lung), Hao Li (Hsu Lung), Liu Kang (Yen Yun), Cliff Lok Kam Tung/Chin Tung (Mu Quing), Tien Hsi Tang (le maître tué par Roi Sans-forme), Wang Ching Ho (Mu, chef du clan Tai-chi), Wang Kuang Yu (Chun Lu), Yu Lung (Chun Mu), Wang Chung (un sbire de Roi Roue-tranchante), Chang Hsi (l’aubergiste ; non-créd.), Hsia Hsu (non-créd.), Yasuyoshi Shikamura (non-créd.), Wang Tsing (non-créd.), Chui Chung Hok (non-créd.), Tam Bo (non-créd.), David Chiang Da Wei (le garçon de la taverne), Ti Lung (Lu Hung ; non-créd.) … Casc : Chan Chuen, Dang Tak Cheung, Hsu Hsia, Lo Wai, Wong Mei, Wong Pau Gei, Yuen Woo Ping… Titres alternatifs : Du Bei Dao Wang (HK) / Duk Bei Diy Wong (HK) / Return of the One Armed Swordsman (Int.) / One-Armed Swordsman Returns (HK) / Duk bei do wong (HK cant.) / King of One Armed Swordsmen (HK trad. littérale du mandarin) / Only Arm Sword King/続・片腕必殺剣 (Jap.) / เดชไอ้ด้วน ภาค2 (Thai.) / Kareteciler Krali (Çin Rüzgari) (Turq.) / La sfida degli invincibili campioni (It.) / El retorno del Espadachín Manco (Esp.). Sortie HK : 28/02/1969 (Cat. II B). Inédit en salles en France. Distr. : Wild Side Films (DVD Fr. Zone 2 ; sortie le 06/04/2005). Projection DVD. Interdit – 12 ans. ………………………………………………………………… Ainsi qu’il est de coutume, une saison de Cannibale Peluche ne saurait se clore sans avoir payé son tribut au Wu Xia Pian - ou film de sabre chinois - genre aussi foisonnant qu’inventif dont la Shaw Brothers compta quelques furieux artisans et théoriciens. Après Chu Yuan et son Sabre infernal [The Magic Blade/Tien Ya Ming Yueh Dao] (1976), que nous vous invitions à découvrir en novembre 2006, c’est au tour de Chang Cheh d’être à l’honneur avec le volet central de la trilogie du Sabreur Manchot. Généralement éclipsé tant par l’opus inaugural (Un Seul bras les tua tous [獨臂刀/One-Armed Swordsman]) (1967) que par un ultime épisode en forme de réinvention radicale du mythe (La Rage du Tigre [新獨臂刀/The New One-Armed Swordsman]) (1971), Le Bras de la vengeance est de fait un film rejetant volontiers rigueur thématique et approfondissement psychologique pour s’adonner avec panache aux joies du serial bondissant et éclaboussant. Nous y retrouvons Fang Gang, le désormais légendaire Sabreur, devenu humble paysan sous l’influence de son épouse Xiao-man, bienfaitrice - ou castratrice ? - providentielle qui lui avait sauvé la vie à l’issue de son « accidentelle » amputation brachiale. Ecœuré par les incessantes luttes de pouvoir faisant du Monde des arts martiaux un perpétuel charnier, Fang Gang décline la proposition de louches chevaliers noir et blanc de participer à un tournoi réunissant moult écoles. Las, la rouerie des disciples d’apparences les plus nobles comme la férocité de huit rois jouissant de semer la mort sur leur passage l’obligent à sortir de sa retraite… Ce postulat d’une confondante simplicité permet dès lors à Chang Cheh, érudit barbare, de conjuguer rencontres invraisemblables et trépas douloureux en pliant les péripéties feuilletonesques chères à la littérature martiale chinoise à son goût immodéré pour l’héroïsme sacrificiel. Si les futures circonvolutions des récits de Chu Yuan ne sont pas loin, le but est moins ici de toucher au baroque raffiné que de composer un petit laboratoire formel entre tradition et extase sanguinolente appelée à marquer le genre. Décidément un épisode de transition à bien des égards. ………………………………………………………………… Notes : - Librement inspiré d’un roman de Jin Yong, The Mythical Crane Hero, dont le protagoniste, Yang Guo perd son bras coupé par sa sœur, ainsi que par la tradition des films de sabre japonais mettant en exergue les exploits de héros handicapés (Zatoichi, le masseur aveugle ou Tange Sazen, le rônin borgne et manchot), le personnage du Sabreur Manchot est une des figures les plus populaires du cinéma hongkongais. Daniel Lee puis Tsui Hark donneront respectivement en 1994 (Frères d’armes [What Price Survival]) et 1995 (L’Epée de la vengeance [The Blade/Dao]) une relecture très personnelle de ses origines. - Riche de 94 longs-métrages – parfois cosignés de ses assistants - la filmographie de Chang Cheh (10/02/1923 – 22/06/2002) couvre tout un pan de l’histoire du cinéma local, de l’âge d’or de la Shaw Brothers à la décadence du studio amorcée à la fin des années 70, en passant par un épisode taïwanais. Auteur de romans, d’articles, de poèmes et de critiques de cinéma puis expert en calligraphie, Chang Cheh dit « l’Ogre de Hongkong » a su conjuguer érudition et obsessions très ambigües vis-à-vis des figures héroïques pour révolutionner tant le cinéma martial que l’approche cinégénique de la violence. L’éclosion de son univers marque la fin de la tradition des dames d’épée au profit d’une virilisation spectaculairement sanglante du genre. Son influence continue à être sensible chez John Woo – qui fut son assistant et qui coréalisera en 1989 le polar collectif Just Heroes [義膽群英/Yi Dan Qun Ying] dont les recettes étaient destinées à assurer la retraite du «Maitre » endetté - ou chez Quentin Tarantino qui, à la faveur les génériques de Kill Bill Vol.1 et 2, lui réservera une place dans son panthéon des « chers disparus » du cinéma d’action, aux côté de Sergio Leone ou de Charles Bronson. - On aura à cœur de ne pas confondre ce Bras… avec Le Bras de la vengeance [The Brave Lion] de Ng Fei-kim (1974), obscur kung-fu pian qui, lui, connut une sortie dans nos salles mais qu’une flatteuse homonymie ne semble pas suffire à sauver de l’oubli le plus total. Hyacinthe Cannibale
Jeudi 28 mai 2009 à 20h30 au Studio (3 rue du Général Sarrail, Le Havre). 4,50 €. Séance unique présentée par Cannibale Peluche.
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Monday, March 16, 2009
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 Pulsions [Dressed To Kill ](1980)
Genre : Thriller érotique
USA/ 1980 / 105' / VOSTF
Prod.: George Litto, Fred C.Caruso (aliasFred Caruso), Samuel Z. Arkoff pour Cinema 77 Films, Filmways Pictures,Warwick Associates
Réal. & Scén: Brian De Palma
Photo : Ralf D. Bode (alias Ralph Bode) (Technicolor - Panavision 2.35 : 1) - 35 mm
Mont. : Gerald B. Greenberg (alias Jerry Greenberg)
Mus. : Pino Donaggio, dirigée par Natale Massara
Int. : Michael Caine (Dr. Robert Elliott), Angie Dickinson (Kate Miller), Nancy Allen (Liz Blake), Keith Gordon (Peter Miller), Dennis Franz (Inspecteur Marino), David Margulies (Dr. Levy)
Distr. : MGM (USA) / Carlotta Films (France)
Sortie : 25/07/1980 (USA) - 15/03/1981(France)
Interdit - 16 ans
Kate Myers, quinquagénaire aux cheveux d’or ne goûtant plus les joies matrimoniales, se libère peu ou prou de ses frustrations entre fantasmes violents et séances chez le psychiatre. Un chassé-croisé opportun au musée lui permet de rencontrer un amant de passage avec lequel elle s’ébat promptement dans le jardin du plaisir. Le réveil la trouve en proie à la culpabilité et aux tranchants assauts d’une blonde ténébreuse. Seule témoin du crime, Liz, la call-girl qui en savait trop, devra faire équipe avec le fils de Kate pour lever les soupçons de la police et échapper au rasoir de la psychotique gantée de noir Film éminemment pervers, Pulsions s’inscrit dans la reformulation maniériste et obsessionnelle de l’héritage hitchcockien entamée par Brian De Palma dès 1972 avec Sœurs de sang [Sisters]. Aussi bien formelle (variations sur des scènes mythiques) que thématique (culpabilité et voyeurisme à tous les étages), cette entreprise fétichiste s’accompagne, comme souvent, d’une hybridation avec d’autres univers réflexifs et propices à la perte de repères. C’est ici vers Dario Argento et plus largement le giallo - genre typiquement italien au croisement du polar, du fantastique horrifique et de l’érotisme sadique - que tendent ces Pulsions à la matérialisation aussi précieuse que triviale. Une œuvre d’un onirisme forcené où la fascination de l’image le dispute à sa mise en abyme malicieuse.
Ballet de blondes assassines ou en péril du 25 mars au 07 avril au Studio (3 rue du Général Sarrail - Le Havre). http://www.cinema-le-studio.fr
Présentation du film le mardi 07 avril à 20h30 par l’association Cannibale Peluche www.myspace.com/cannibalepeluche
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Monday, January 26, 2009
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Virgins From Hell [Perawan Disarang Sindikat]
Indonésie /1987/ VASTF
Prod. : Gope T. Samtani pour P. T. Rapi Films. Réal. : Ackyl Anwary (alias Andrew Anwar). Photo.: Asmawi (Couleurs 2.35: 1) - 35 mm. Mus.: Brian Eno (Prophecy Theme), Jerry Goldsmith (Rambo), Neu ! (Super 16), Nights in White Satin d’après The Moody Blues… Son : mono. Dur:92 mm. Avec: Enny Beatrice (Sheila), Yenny Farida (Karen, la sœur de Sheila), Nina Anwar (Dina), Harry Capri (Larry), Dicky Zulkarnaen (Mr. Tiger), Leli Sagita, Yetty Lourens, Debby Ratna, Uckie Kartolo, August Melasz, Hendra Cipta, S. Parya, Djamal Saputra, Machfud Abud, El Koesno, Rosmiati, Debby Rio, Linda Afriana...
Titres alternatifs: Perawan Di Sarang Sindikat / Perawan Metropolitan Diserang Sindikit / Maidens Revenge (USA) / Virgins of Hell - Furien der Apocalypse (All. vidéo) / Virgins of Hell - Sie wollen überleben (All. vidéo version doublée) Inédit en France - Distr. : Mondo Macabro (DVD USA Zone ALL) Projection DVD – Interdit – 16 ans
Cannibale Peluche entame cette nouvelle année sous des auspices plus Bis que jamais en mettant à l’honneur un certain cinéma de genre indonésien avec un zest de Turkish Sinema. Autant dire que réinterprétations follingues des clichés du cinoche de quartier et érotisme d’un type encore indéterminé seront au menu.
Mise en bouche : hommage sucré à une actrice indonésienne de première importance dont le récent décès a été passé sous silence par des médias apathiques.
Suivi de En Büyük Hassbar, création musicale d’Unschnell redoublant la frénésie d’une poursuite auto/moto où Cuneyt Arkin, l’Alain Delon turc, joue magnifiquement des coudes, des épaules et des poings. Un plaidoyer vrombissant pour le faux raccord et le montage à la scie égoïne.
Plat de résistance, l’incroyable Virgins From Hell [Perawan Disarang Sindikat] (1987) d’Ackyl Anwary porte les stigmates hilarants d’un cinéma d’exploitation s’essayant jusqu’à l’absurde à un assemblage marabout de ficelle des succès de la veille.
A la tête d’un gang de motardes, Sheila (combinaison léopard ultra-courte) secondée par sa sœur Dina (bustier écarlate et short noir en skaï) mènent la vie dure au retors Mr. Tiger (grand chic mexicain) depuis qu’il a envoyé leur parents ad patres pour reconvertir la citadelle familiale en camp retranché d’où il projette d’inonder le monde d’une drogue révolutionnaire.
Le synopsis est idiot ? Comptez sur le film pour lui faire honneur multipliant les péripéties délirantes dans un Scope couleur saturé.
Déjà anachronique lors de sa réalisation en 1987, Virgins From Hell a acquis, vingt-deux ans plus tard, la patine qui fait les belles aberrations filmiques courues des cinéphiles tordus. Une curiosité inédite en France et dont chaque vision révèle de nouveaux détails incongrus.
Amateurs de bizarreries carabinées, cinéphiles tordus ou friands de surprises impensables, désœuvrés du jeudi soir, vous voici prévenus !
Rendez-vous jeudi 12 février à 20h30 au Studio (3 rue du Général Sarrail, Le Havre). 4,50 € l’entrée. Séance unique présentée par l'association Cannibale Peluche. …………………………………………………………………….....
Notes sur le film :
On doit Virgins From Hell à Rapi Films, société indonésienne de distribution fondée en 1968 et qui, dès 1971, se lance dans la production à la faveur d’une politique incitative - à partir de 1977, un film produit autorisait l’import de cinq films étrangers - visant à la consolidation d’un cinéma populaire local.
Rejeton ô combien bâtard de cette logique commerciale, le film d’Ackyl Anwary fait ainsi figure d’effort délibéré pour combler les spectateurs des villes comme des campagnes en mal de sensations fortes, tout en lorgnant sur de substantiels profits à l’international. Contrairement à la majorité des productions Rapi Films ou Soraya Intercine Films PT à nous être parvenues, Virgins… ne capitalise ni sur la richesse d’un folklore séculaire (voir La Reine de la magie noire [The Queen of Black Magic] tourné en 1979) ni sur la défense d’une identité nationale mise à mal par la colonisation hollandaise tels Vaincre ou mourir [Hell Raiders] (1985) qui prenait pour cadre la guerre d’indépendance de 1945/1949, ou encore La Revanche de Samson [Samson Dan Delilah] (1985), péplum fou mêlant le plus naturellement du monde des créatures fantastiques à un quotidien sous la férule batave. A peine affuble-t-on ici, en un douteux rappel de la domination néerlandaise, l’inévitable matonne lesbienne de service du sobriquet « Dutch ».
Réfutant ainsi tout ancrage mythologique, social ou réaliste qui octroierait à son métrage une plus-value culturelle, l’obscur Anwary - dix films répertoriés dont un Tarzan raja rimba qui devrait valoir son quintal de bananes hallucinogènes - préfère amalgamer divers sous-genres du cinéma d’exploitation en un patchwork exogène défiant la raison. Se succèdent dès lors à l’écran réminiscences outrées et autres emprunts d’un opportunisme ostentatoire évoquant en vrac les films de motardes / délinquantes à l’esthétique pop qui fleurissaient sur les écrans nippons au début des années ’70 telle la série des Sukeban ; les films de prison de femmes (ou WIP) qui fournirent à Jess Franco et aux polissonneries filippo-américaines des disciples de Roger Corman un cadre rugueux et humide propice à d’infinies variations ; l’action pyrotechnique maladroitement dévastatrice qui fit le bonheur des rats de vidéothèque dans les années 80 via d’exotiques exploits guerriers ou les productions de la Cannon. Ajoutez-y une louche de western pour la terre spoliée et les accoutrements rococo du très méchant Mr. Tiger qu’on jurerait débarqué d’une Gay Pride chez Don Diego de la Vega, et vous obtiendrez une sorte de bréviaire renversant des courants populaires à recycler d’urgence avant que le public médusé ne se souvienne qu’il a décrété leur obsolescence depuis des lustres.
Ce fier mélange des genres sous forme de greffes non contrôlées participe d’une incohérence narrative résolument réjouissante, fréquemment surprenante. L’effet de décalage inhérent aux productions populaires indonésiennes achève d’en faire une savoureuse expérience d’un mauvais goût roboratif : jeu d’acteur en roue libre (voire non-jeu), truquages d’une remarquable facticité, scénographie bafouant toute logique, direction artistique prônant l’usage de couleurs irréelles jusqu’au kitsch le plus irrémédiable… et pudeur paradoxale qui proscrit la nudité pour mieux s’adonner à des égarements grotesquement salaces.
Par leur refus des effets de réel et leur inclination permanente pour un univers aussi ludique que sadique, ces vierges violent(é)es semblent surgir non des entrailles de l’enfer mais du fantasme naïf et enfiévré d’un sale mioche. Tout le film est régi par la logique propre au « On ferait comme si… ». On ferait comme si on avait vachement plein d’argent pour tourner un Rambo qui pète de partout avec plein de filles. On ferait comme si le crocodile gonflable qu’on m’a offert pour mon anniversaire serait super féroce. On ferait comme si on savait ce qui se passe dans une prison de femmes, même que ça doit être chouette, y’a des filles entre elles et des fois on devine leurs nénés mais on a pas le droit hein ! (la topographie du cachot est à cet égard unique dans l’histoire de la sexploitation).
A plusieurs reprises, de par sa propension à l’artifice flamboyant en dépit des contraintes budgétaires, son goût immodéré des teintes vives, sa violence complaisante, ses échappées vers d’autres genres, le caractère hautement improbable des situations, et jusque dans ses carences techniques (scènes volontiers surexposées), Virgins From Hell rappelle les travaux baroques et déviants de Teruo Ishii pour la Toei. Et plus spécifiquement Female Yakuza Tale : Inquisition & Torture [Yasagure anego den: sôkatsu rinchi], comme par hasard, et jusqu’à plus ample informé, l’œuvre la plus disjointe et chaotique pour ne pas dire bordélique d’Ishii. Non qu’Anwary arrive à la cheville du pop genius : il lui manque la poésie cruelle, la superbe liberté de ton, les idées risque-tout de mise en scène, les infrastructures d’un grand studio, et un talent pour le découpage, il faut bien le dire. Mais une filiation, aussi ténue fût-elle, se fait jour dans la texture de l’image et une outrance ignorant superbement la crainte du ridicule.
C’est bien cet esprit enfantin, cette croyance d’artisan « à la Ed Wood » en la magie du cinéma qui rendent délectables les « trouvailles » décoratives primitives du film et l’emportent sur ses rares défaillances rédhibitoires, notamment un usage aussi systématique que paresseux du plan d’ensemble.
Hyacinthe Cannibale

(Jaquette DVD allemande)
......................................................................... Ressources :
Sur le cinéma populaire indonésien :
Indonesian Exploitation Cinema – Documentaire de Pete Tombs et Andy Starke (2004). BOUM Productions Ltd. In Virgins From Hell Double Disk Special Edition, Mondo Macabro.
Glossaire Nanarland - Indonésie
Remerciements : Pete Tombs (Mondo Macabro), Guillaume, Unschnell.
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Thursday, November 06, 2008
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Satan bouche un coin France/1967-68/11'/Muet. Prod. : Jean-Pierre Bouyxou. Réal. : Jean-Pierre Bouyxou & Raphaël-G. Marongiu. Scén. : Jean-Pierre Bouyxou. Photo : Jean-Pierre Bouyxou, Raphaël-G. Marongiu, Loïc Picard (Couleurs 1.33 : 1) - 16 mm. Mont. : Jean-Pierre Bouyxou. Son : Mono.
Int. : Pierre Molinier (l’androgyne), Janine Delannoy (la femme), Etienne O'Leary (le jeune homme au couteau), Michèle Giraud (la prisonnière), Anne-Marie (la femme nue), Muriel Rulier (la gamine), Loïc Picard (le fouettard), Jean-Bernard Désobeau (l’homme à l’œil de verre), Philipe Bordier (l’homme souriant), Noël Godin (le sexe), Nadja Gohrr (femme du générique), Jean-Claude Vaucheret (autre homme souriant)...
Distr. : Sordide Sentimental (France - DVD « Hommage à Pierre Molinier »). Première projection : 04/05/1968 (Toulouse, France)
Projection DVD
Dementia Titres alternatifs : Daughter of Horror (version remontée par Exploitation Productions Incorporated, 1957). USA/1953/56'/Muet. Prod. : John Parker pour J.J. Parker Productions, Inc., Ben Roseman & Bruno Ve Sota (prod. associés). Réal. : John Parker. Scén. : John Parker. Dir. art. : Ben Roseman. Photo.: William C. Thompson (N&B 1.33: 1) - 35 mm. Eff. spé. photo. : Albert Simpson. Mont.: Joseph Gluck, A.C.E. Mus.: George Antheil; dir. mus.: Ernest Gold; voix: Marni Nixon; « New Concepts in Modern Sounds »: Shorty Rogers and His Giants. Son : Buddy Myers - Mono. Mont. eff. son : Michael Pozen.
Int. : Adrienne Barrett (la Gamine), Bruno Ve Sota (l’homme « riche »), Ben Roseman (le père de la Gamine / le policier), Richard Barron (le proxénète), Ed Hinkle (le majordome), Lucille Rowland (la mère de la Gamine), Jebbie Ve Sota (la vendeuse de fleurs), Faith Parker (la danseuse dans le club), Gayne Sullivan (le clochard aviné), Shorty Rogers (le jazzman), Shelley Berman (un clochard éméché, non-créd.), Angelo Rossitto (le vendeur de journaux), Jonathan Haze...
Distr. : Bach Films (DVD France) Sortie : 22/12/1955 (USA) dist. : Van Wolk/API . Inédit en salles en France. Tous publics.
Projection DVD
En cette dernière séance de l’année, Cannibale Peluche continue d’explorer les marges du cinéma, à la découverte d’œuvres parfois entourées de mystère, toujours issues de l’imagination féconde d’artistes singuliers.

Satan bouche un coin, d’abord. Titre mirifique mais pouvait-on s’attendre à moins de la part de Jean-Pierre Bouyxou, réalisateur de Sortez vous culs de ma commode (1972) et de deux tentatives de porno libertaire Amours collectives (1976) et Entrez vite…vite je mouille ! (1979), mais aussi auteur dans le domaine de la littérature de gare dynamitée de Frankenstein, de fille en aiguilles et Sorcellerie rémoulade. Entre autres (nombreuses) activités.....
Bouyxou filme Pierre Molinier, peintre et photographe érotique un temps loué par les surréalistes et dont il était un ami proche. Molinier, dont ce fut l’une des rares apparitions à l’écran est ici grand ordonnateur fétichiste suscitant par sa gestuelle et son magnétisme sulfureux un flot de visions dérangeantes, morbides et fascinantes. Androgyne grandiose et Méphistophélès travesti, les lèvres peintes d’un écarlate qui irrigue son loup de velours sanglant, ganté, perché sur de hauts talons, il est le sensuel et macabre meneur d’un carrousel d’images montées « en deux ou trois nuits de fièvre (…) Sans autre équipement qu’une lame de rasoir, un rouleau de ruban adhésif et une réserve de haschisch (…)» [1]
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D’un fantasme l’autre, Dementia nous plonge dans l’univers schizophrénique d’une jeune femme errant au cours d’une nuit sans fin dans les rues d’une ville hantée par la corruption et les pulsions les plus inavouables. Intégralement muette, mais portée par la bande originale au lyrisme spectral de George Antheil, magnifiée par une photographie parée des contrastes tranchants du Film Noir (et par là-même de l’héritage expressionniste), la trajectoire hallucinée de « la Gamine » valut à Dementia d’être qualifié de premier film freudien américain ou de premier film étranger jamais tourné au sein d’Hollywood.
A l’instar d’un Carnival of Souls (1961) – que nous vous proposions en septembre 20007 -, mais avec un parcours infiniment plus tortueux et une esthétique bien plus radicale, cet unique long métrage de John Parker appartient à l’histoire secrète du cinéma fantastique américain. Dementia est de ces films que les déboires avec la censure (onze projections devant la commission new-yorkaise furent nécessaires à une autorisation de sortie dans une version légèrement édulcorée), les aléas de la distribution (le film fut enfin montré deux ans après sa réalisation dans une seule salle en double programme avec un documentaire sur Picasso) et de l’exploitation (il refit surface mutilé et assorti d’une voix-off grandiloquente sous le titre Daughter of Horror) n’ont su condamner à l’oubli.
Soit deux œuvres avant-gardistes frayant avec l’inconscient et la perversion, aussi avares de paroles que traversées d’une musicalité pénétrante. Hyacinthe Cannibale
Jean-Pierre Bouyxou, citation extraite du catalogue de L’Etrange Festival 2005 Paris, p.48.
Bande-annonce de Daughter of Horror (1957), remontage de Dementia par le producteur Jack H. Harris
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Ressources:
Sur Pierre Molinier :
http://molinier-infos.ifrance.com/
Biographie
Pierre Molinier - Le Chaman et ses Créatures
http://martian-shaker.blogspot.com/2007/03/pierre-molinier-peintures-et.html
Sur Satan bouche un coin :
Commentaires sur Satan bouche un coin – texte de Stéphane du Mesnildot initialement paru dans le magazine Bref numéro 69, novembre-décembre 2005
Sur Dementia :
Quartier libre : Dementia – article de Professeur Thibault in Brazil2 N°8, juin 2008, pp.96-97.
Critique de Glenn Erickson sur DVD TALK
Bitter Cinema
Remerciements : Jean-Pierre Bouyxou, Jean-Pierre Turmel (Sordide Sentimental), Patrice Verry (Bach Films).
Séance unique le jeudi 20 novembre 2008 à 20h45 au Studio (3 rue du Général Sarrail - Le Havre) présentée par l’association Cannibale Peluche.
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Monday, October 20, 2008
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2 BIS, RUE DANLESBRANCARDS 00000 LADRESSINTERDITE
Après, on nous dira que les spectateurs désertent les salles de cinéma, que l’industrie se porte mal, que tout part à vau l’eau, que le monde devient fou ma brave damoizelle, et plein d’autres choses encore on nous dira, ça j’en suis sûr. Mais moi, qu’est-ce que vous voulez, je ne peux vous parler que de vécu ! Regardez-y voir : on nous annonce le film le plus éprouvant depuis Massacre à la tronçonneuse, un métrage qui convoque une réussite formelle imparable, des acteurs hantés par leurs personnages, un scénario efficace, des images cauchemardesques, un film, en somme, qui s’apparenterait à une expérience de vie : Martyrs, ça s’appelle, c’est français, sauvé de justesse d’une interdiction aux moins de 18 ans qui aurait purement condamné le film (merci à l’ambiance politique de ces dernières années, puante en tout point, qui sait ce qui est bon pour vous, et qui vous interdit donc tout ce que eux n’ont pas envie de voir ou faire)… Sauvé de justesse, il sera donc au moins visible dans le circuit « classique » des salles françaises, interdit aux moins de 16 ans, avec seulement 69 copies – une broutille… mais visible ! Comble de joie, j'apprends, par le plus grand des hasards, qu’une salle au Havre (une salle au Havre ! ! !) le propose depuis mercredi dernier à l’affiche, à des horaires pas toujours faciles, 2 séances par jour seulement, mais bon, il suffit de s’organiser pour… ah ! bon, on nous annonce qu’il n’est déjà plus à l’affiche… bon, alors maintenant j’hésite : sur Allociné, je vois qu’il passe à Dunkerque ; je suis tenté, mais ça fait plusieurs centaines de kilomètres, j’ai peur qu’il ne soit plus à l’affiche quand j’arrive ; bon, je renonce… Je crois que vous avez raison,tout part à vau l’eau...Comme je me refuse toujours à télécharger et que les DVD en France coûtent trois fois plus cher qu’aux Etats-Unis (il faudra vraiment, un jour, qu’on nous explique pourquoi, et qui empoche cette marge phénoménale…sont-ce ceux qui nous disent que l’industrie du DVD et du CD part à vaul’eau ?) , je ne sais pas si je verrai un jour Martyrs… Alors, oui, peut-être que quelque chose, dans l’industrie du cinéma, ne tourne plus très rond… je ne sais pas si je verrai un jour Martyrs et je ne suis pas, mais alors pas ! content du tout. Alors, en ce dimanche matin, je décide que je ne suis pas mort, Et je me rends, bougon, vivant, et aux dents le mors
Là où les Dvd pullulent et s'empilent, Au pays des nostalgiques séniles, Dans ce placard ouvert à tous, Où les perles rares poussent, Au pays du Bis, venez venez, à l’adresse maudite Venez venez, au 2 BIS, 00 mille, LADRESSINTERDITE
Car en ce dimanche extrêmement matinal, une fois n'est pas coutume, je décide de réinventer le cinéma, chez moi. J'ai du BIS sous la main,cela conviendra très bien, j'ai du BIS sous la main, qui s'il n'a qu'une seule qualité (mais il en a bien plus) aura au moins celle de se laisser regarder à la différence de ce cinéma actuel qu'une industrie mercantile et contradictoire s'ingénie à nous empêcher de voir.
Donc je vous propose aujourd'hui deux perlouzes du Bis, un certain O.G.M. ORGANISME GENETIQUEMENT MEURTRIER et un très incertain MANIAC
MANIAC Très incertain, Maniac, oui, puisque nous avons affaire ici à un très joli cas de Flying Jaquette chère à Jean-PierrePutters, ce Maniac-là n'ayant rien à voir avec LE Maniac deWilliam Lustig, film-choc datant de 1980, dont le visuel est savamment suggéré ici (le 'Maniaque' de face, position des jambes, posture générale,arme blanche, inclinaison de la main droite, position du titre...) En fait de Maniac, il s'agit de L'abattoir, slasher pauvret datant de 1987, ayant hanté mes nuits durant quelques années après le visionnage (était-ce dans la Séance du Spectateur ?) de sa bande annonce- oui, j'avais 13 ans ! Imaginez mon émotion en découvrant l'autre jour le résumé au dos de la jaquette ! Ce film, que je n'avais pu voir à l'époque,étant trop jeune, enfin, je l'avais entre les mains !
Bref, l'évocation est habile et point trop appuyée, mais pour qui ne se laisse pas gruger, le constat est clair, la suggestion ne sera pas de mise ici : on vous montre la tronche du Maniac, un éclairage éblouissant, le couteau devient une machette, le mecton devient un monstre de chair... vous l'avez compris, là où Maniac (de Lustig) était déjà assez démonstratif dans son horreur malsaine, Maniac (L'abattoir) va vous en mettre plus plein la gueule ! Seulement, quand on fait des promesses, il faut les tenir !

Et pour bien faire les choses, cet Abattoir, retitré donc Maniac sur la jaquette, s'appelle maintenant le MANIAC dans les menus. C'est clair, ce DVD Prism Vision est l'œuvre de perfectionnistes ! Et vous n'êtes pas au bout de vos peines !

Voilà, passé ça, les deux films n'entretiennent aucun rapport. Buddy, le tueur de l'abattoir, un attardé obèse et à la machette facile, évoquerait plutôt le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse (lieu isolé et loin de tout, armes de boucher, relation avec son père qui protège, et inspire les meurtres...)
Mais c'est à peu près tout. Quelle déception ! Voyez comme on peut idéaliser les choses en laissant le temps passer. Je tombe donc de bien haut en découvrant ce navet mou du genou, joué avec les pieds, au scénario un peu débile, ponctué de scènes gore chiches et ratées, pompant ses idées à droite et à gauche sans génie et à la mise en scène plate au possible ! Ca fait beaucoup pour un seul homme. L'abattoir est donc un mauvais film. Mais un mauvais film sympathique et inoffensif qui prête à sourire quelquefois, et cela n'est pas négligeable.
En effet, même si Buddy a un charisme naturel dû à sa carrure impressionnante, il n'est pas servi par le scénariste qui l'affuble d'un masque on ne peut plus ridicule ! On est bien loin des masques de Michael Myers, Leatherface ou même du tueur de Scream, froids, inuiétants ou effrayants, Buddy lui a sur la tronche,quand il n'est pas au naturel, un masque de carnaval en caoutchouc pour les gosses ! Ou comment flinguer un méchant en le ridiculisant !

......
Oui, vous avez bien vu, à gauche sur la photo, c'est son père, et à droite c'est le fameux Buddy et son masque... affligeant, non ?
A sauver du lot, peut-être, quelques bonnes intentions bienvenues, comme un désir de gore indéniable, et un traitement réservé aux ados particulièrement sauvage dans l'idée, preuve en est l'illustration ci-dessous, lorsque nos deux psychopathes regroupent leurs victimes suspendues à leurs crochets tels de vulgaires quartiers de viande.

Mais des bonnes intentions ne suffisent pas lorsqu'elles ne sont pas suivies d'effets. Les scènes gore sont trop clairsemées et expédiées par-dessus la jambe, tandis le caractère malsain des scènes clé est immédiatement désamorcé par une certaine atmosphère de gaudriole et d'amateurisme qui plombe l'ensemble du métrage et surtout le spectateur piégé dans un certain marasme qui le force un peu à laisser la bande se dérouler jusqu'à la fin sans réagir. Comme aucun des actes commis ici n'arrive à être justifié par un contexte psychologique quelconque (le scénario prévoit bien quelque chose de cet ordre-là mais tout ceci s'apparente bien plus à une caricature qu'à autre chose) ; comme tout ressort dramatique est biena droitement évité ; comme l'ambiance est un peu celle d'un film d'ado à l'image de cette séquence où notre bande de jeunes un peu débiles et avinés va tourner un film au caméscope dans ledit abattoir et où dites donc qu'est-ce qu'on sef end bien la poire ! il peut bien tout arriver, après tout, on s'en fout un peu c'est vrai !

Par contre, LA trouvaille du film réside dans son générique de début. Plus qu'une bonne idée, c'est une véritable réussite de mise en scène, qui sera vite démentie par la suite. Le générique nous propose des images filmées dans un vrai abattoir de cochons où l'on voit ces derniers se faire dépecer à la chaîne sur une musique jazzy groove hyper entraînante etjoyeuse créant un décalage extrêmement bien vu ! Le burlesque embrasse le sordide l'espace de ces quelques minutes convaincantes.


A part cela, tous les clichés du genre sont ici convoqués, l'expropriation par des financiers impitoyables, le trauma de l'assassin qui ne communique que par grognements (comme un cochon, quoi), le shérif un peu naze, la fête du porc au village comme cristallisation de tout l'enjeu du film, des caricatures de personnages (voir le père du tueur, qui est incarné par un sosie d'Hezekiah dans Pervert !) ...
L'intrigue suit en fait son petit bonhomme de chemin sans que personne ne trouve quoi que ce soit à redire, aucune réelle surprise à l'horizon... ce n'est pas que ce soit désagréable, ce pourrait même semblerr eposant tant le chemin est balisé vers une somnolence réparatrice évitée de justesse par une fin qui vous promet un sursaut suivi d'un frisson...
Notons au passage que si vous avez en main ce DVD, ne vous attendez pas pour autant à avoir autre chose qu'une qualité VHS ; pour preuve ce magnifique extrait du générique déroulant de fin :

Pour résumer, Maniac - L'abattoir est donc un petit film symptomatique des productions américaines de l'époque à ranger plutôt dans le ventre mou du classement. Plutôt sympa dans le fond (certaines idées sont intéressantes et certains passages avec Buddy, comme celui où il vole une voiture de police déguisé en shérif sanguinolent sur une musique country et une bande son de grognements de cochons, assez amusants) et il ne lui manquait peut-être dans la forme que de traiter son sujet de manière un peu plus 'adulte' et avec plus de conviction.
On ressort en général de ce genre d'expérience assez détendu mais pas bien plus avancé.
C'est le cas ici. Et en ce qui me concerne, mais là c'est très personnel, avec un chapitre de mes rêves d'adolescent qui s'effondre d'un coup.
O.G.M.ORGANISME GENETIQUEMENT MEURTRIER ...
Et l'on passe directement à du lourd de chez lourd avec cet O.G.M. que l'on doit au peu connu Jeremy Stanford qui réalise pour le compte (en banque ?) de Roger Corman (ce qui est déjà une marque de fabrique en soi), sur un scénario adapté du 'Watchers' de Dean R. Koontz !
L'histoire :
Le mieux, car là je m'incline, est de laisser la parole au résumé de la jaquette, il est imbattable: 'Des expériences scientifiques donnent naissance à deux spécimens àl'intelligence supérieure : Einstein, un chien d'arrêt au QI de 175, et de l'Outsider, un monstre difforme qui ne vit que pour tuer... Et prendre sa revanche sur ses créateurs. Quand Oustsider s'évade dans la jungle sud-américaine, le gouvernement expédie immédiatement d'anciens militaires condamnés pour crime. Leur mission : la liberté contre la capture du monstre. Mais ce qui ne devait être qu'une chasse à l'homme (sic) se transforme en un véritable carnage sanglant. Seul Einstein connaît les véritables mobiles qui animent l'Oustsider...'
Non, vous ne rêvez pas, on navigue bien dans des eaux troublesaux confluents de Predator et Rintintin avec, derrière tout cela un fort relent de conspiration scientifique internationale !
Vous ne fantasmez pas, l'équipe de militaires chargéed'aller régler cette affaire dans la jungle est bien constituée de mercenairesn'ayant plus rien perdre : une fille garçon manqué, un black hyper baraqué, untraumatisé du Vietnam, un jeune fou toujours prêt à se bagarrer, et enfin le Major au doux physique JulienLepersien, injustement condamné, qui tient toutson petit monde tant bien que mal, et qui n'est pas ici par hasard....

Vous n'hallucinez pas, l'Outsider est bien un monstre difforme tout de caoutchouc constitué à l'intérieur duquel on ne devinequasiment pas un être humain (peut-êtremême un acteur allez savoir !) nous rappellant la bonne vieille époque oùc'était le maître, Tonton Corman lui-même derrière la caméra !


Vous ne divaguez pas, notre meilleur ami de l'homme Einsteinsait faire du feu, jouer au tarot, se battre pour ses convictions, sait lire etmême écrire 'danger' dans la terre avec un bâton ( 175 de Q.I. onvous dit nom de dieu !)!

Vous ne délirez pas éthylique, le monstre difforme créé pardes scientifiques inconscients (ou malveillants allez savoir) ne vit bel etbien que dans le but de tuer et ça je peux vous garantir que ça fait sacrémentpeur à tout le monde dans la jungle :


Tout cela est bien vrai, et O.G.M, c'est un peu commeun festival de bonnes recettes de la série B à l'ancienne. Le scénario n'estpas crédible pour un sou mais tellement aberrant que pourquoi pas, allons-y,les persos tellement grossiers qu'on les connaît déjà (on les a vus danstellement de films auparavant qu'ilsfont un peu partie de la famille, maintenant), la capture MacGyver style et la destruction finale de la bestiole (je ne saispas pourquoi, à chaque fois que je vois ce genre de scène de bricolage depièges, je pense à 36 15 Code Père Noël, je ne peux pas m'empêcher) tellement convenue qu'elle en est bienvenue (en général, ça veut dire que çatouche à sa fin)...
Et puis il y a les effets spéciaux d'un certain Carlos Z.Bartalos dont on retiendra pour la forme surtout le 'Z.' et qui nous offre, en plus de nombreux et très généreux plans du monstre (et ceci dès les 5 premières minutes !) quelques effets saignants, plutôt classiques même si assezr éussis (ouverture de cage thoracique, tête arrachée, yeux crevés...)


Vous l'aurez compris, rien de bien neufcinématographiquement parlant dans la jungle sud américaine, juste un peu dedépaysement, et surtout on ne s'ennuie jamais vraiment complètement, entresourire aux lèvres coupable, yeux écarquillés d'incrédulité devant tantd'imagination (?!), et oreillesfrissonnantes des échos de dialogue savoureux comme :
'- Je ne savais pas qu'il y avait des chiens dans lajungle !
- N'importe quoi !' (Je vous jure, RIEN n'est inventé,dans cette rubrique)
ou
'-Voilà qu'il parle à un chien !
-Toutes ces années de prison, ça fait des ravages !'
Alors, si l'on met ..é le caractère profondément débilede l'ensemble - en fait, on doit bien se dire à un moment donné, que Stanfordsait très bien qu'on n'est pas dupes, et que de tout ce cirque nous sommes unpeu complices du moment que nous considérons cette mascarade comme des clinsd'œil avertis (autrement dit, autant en rire que d'en pleurer) - on tombe surde bien belles images comme celle-ci que je ne résiste pas à vous montrer,comme pour vous prouver, mais est-ce bien nécessaire, qu'il y a toujours, maisalors toujours, du bon à tirer de chaque chose !

Voilà pour aujourd'hui ! Sinon, il y a quoi au cinéma en cemoment ?
Cunégonde Peluche
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Tuesday, September 23, 2008
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Tatouage
Titre original : 刺青/Irezumi - Titres alternatifs : Spider Tattoo, Spider Girl, Die Tätowierung - Genre : drame érotique -Japon/1965/86'/ VOSTF - Prod. : Hiroaki Fujii, Shiro Kaga pour Daiei Co. Ltd. - Réal. : Yasuzo Masumura - Dir. art. : Yoshinobu Nishioka - Photo : Kazuo Miyagawa (DaieiScope-couleurs 2.35 : 1) - 35 mm son mono - Mont. : Kanji Suganuma - Mus. : Hajime Kaburagi - Scén. : Kaneto Shindô d'après d’après Le Tatouage et Le meurtre d' O-Tsuya de Junichirô Tanizaki - Int. : Ayako Wakao (Otsuya/Somekichi), Akio Hasegawa (Shinsuke), Gaku Yamamoto (Seikichi le tatoueur), Kei Sato (Hatamoto Serizawa), Reiko Fujiwara (Otaki), Kikue Môri (la mère de Shinsuke), Fujio Suga (Kenji) Asao Uchida (Tokubei) - Distr. : Daiei Co. Ltd. (Japon) / Zootrope Films (France) Sortie : 15/01/1966 (Japon) - 22/12/2004 (France) - Interdit - 12 ans
Parce qu'on l'empêche de vivre sa passion pour un apprenti, la jeune Otsuya fuit la maison parentale et se réfugie chez Gonji. Après avoir tenté d'abuser d'elle, ce dernier la vend au tenancier d'une maison de geishas. Un jour, un artiste fasciné par la beauté d' Otsuya lui tatoue une araignée sur le dos. C'est une révélation pour la jeune femme qui décide, dès lors, de se venger de la gent masculine.
Sensualité morbide, exacerbation des pulsions et critique de la condition féminine dans le Japon traditionnel font de Tatouage un conte cruel drapé des vives couleurs du classicisme, un récit de vengeance et de métamorphose qui anticipe de futures œuvres déviantes explorant les rapports de domination/soumission entre l’artiste possédé et sa proie sublimée.
' L’érotisme, tel que je l’imagine, est une des qualités inhérentes de la femme. Contrairement à l’homme qui n’est qu’une ombre, la femme est un être libre qui existe réellement. ' - Yasuzo Masumura.
Ancien assistant de Kenji Mizoguchi, précurseur de la Nouvelle Vague japonaise et cinéaste génialement inspiré des passions mortifères, Yasuzô Masumura accède à la réalisation en 1957 avec le novateur Kuchizuke [Les Baisers]. Riche de 61 longs métrages, sa filmographie s’oriente graduellement vers des études de caractères de plus en plus baroques et portées sur une sexualité jusqu’au - boutiste, sans se départir de ce regard acéré sur la société nippone qui lui avait valu les louanges de Nagisa Oshima, avant que l’intransigeant auteur de L’Empire des sens ne croie déceler dans l’évolution de sa carrière des 'signe[s] de gâtisme prématuré' dès 1960 !
Outre qu’il marque, avec La Femme de Seisaku (1965) et L’Ange Rouge (1966), l’apogée de la féconde et tumultueuse collaboration entre le réalisateur et la grande Ayako Wakao, Tatouage réunit une prodigieuse équipe technique : le scénariste et réalisateur Kaneto Shindô (déjà à l’œuvre deux ans auparavant sur le script de Passion [Manji], autre adaptation masumurienne de Tanizaki), Kazuo Miyagawa (directeur de la photographie à la carrière considérable, de Rashômon à Hanzo the Razor - L'Enfer des supplices) et Yoshinobu Nishioka (futur chef décorateur attitré de Hideo Gosha, notamment sur Yohkiro, Le Royaume des geishas et Tokyo Bordello).

© Zootrope Films
Ressources:
Yasuzo Masumura, provocateur en quête d'absolu - Portrait par Jacques Mandelbaum in Le Monde, édition du 02/08/2005.
Yasuzô Masumura - Un anarchiste des passions - article de Stéphane du Mesnildot pour la rétrospective Masumura en 2007 à la Cinémathèque Française.
La femme-araignée dévorera ses amants du 24 septembre au 7 octobre au Studio (3 rue du Général Sarrail - Le Havre). http://www.cinema-le-studio.fr
Présentation du film le mardi 30 septembre à 20h30 par l’association Cannibale Peluche.
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Monday, September 22, 2008
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KILL de Romain Gary

Aujourd'hui, parlons si vous le voulez bien des incroyables joies du fouineur fou, vous savez, celui qui est prêt à regarder les pires navetons des mois durant, pour avoir le bonheur de découvrir, un jour peut-être, un petit bijou par le plus grand des hasards?
Celui qui ne sait pas résister lorsqu'un dvd à 3 euros chez Auchan lui paraît « potentiellement intéressant » (ce qui s'avère vrai en fait à peu près 1 fois sur 50).
Eh ! bien, le Kill dont je vais vous parler aujourd'hui, ô bonheur, fait partie de cette catégorie. Perdu dans un bac de promotions à quelques euros au Auchan du coin au fond à gauche de mon quartier, édité par Antartic/ESI dans une (fameuse, n'est-ce pas ?) collection MAFIA COLLECTION, affublé d'une jaquette honteusement anonyme à l'image de ce fabuleux sous-titre Quand le Cartel de la drogue se déchaîne… avouez qu'il convient vraiment d'être de cette race de fouineurs patentés (ou bien extrêmement vicieux) pour franchir le pas et laisser fiévreusement tomber ce dvd dans son caddie, calé entre le paquet de pâtes Rik et Roc et les céréales Groquick… en vérifiant bien à la ronde que personne ne l'a remarqué...
Car, malgré ses airs anonymes, à y jeter un œil averti, n'avons-nous point là une sacrée affiche : Jean Seberg (A bout de souffle, Bonjour tristesse), Stephen Boyd (Ben Hur, Le Voyage fantastique), James Mason (La Mort aux trousses, Lolita), Curd Jurgens (Et Dieu créa la femme, L'Espion qui m'aimait) et Daniel Emilfork (La Cité des enfants perdus, Casanova de Fellini) aux avant-postes, ça met la puce à l'oreille ; quant au réalisateur et scénariste, la jaquette est formelle, le film serait signé d'un certain Romain Gary… La Cunégonde n'étant pas une cruche, je me refuse tout d'abord à croire que ce Romain Gary- là soit LE Romain Gary, (comme disent les américains, THE Romain Gary !), soit tout simplement l'un des écrivains français les plus importants de XXème siècle, auteur polémique, prolifique, controversé et absolument incontournable de la langue française, lauréat (entre autres !) de deux prix Goncourt ! (Le Goncourt n'est censé être décerné qu'une seule fois par écrivain ! Mais Romain Gary, auteur à la personnalité trouble et torturée, s'est mis entête un jour de créer, dans le but d'illustrer sa notion de « roman total » (histoire inventée, nom et biographie de l'auteur inventés) un écrivain fictif, Emile Ajar, auquel il donnera, pour les maisons d'édition Gallimard et Mercure, pour la presse et le public, le visage et la voix de son cousin Paul Pavlovich, qui gagnera lui aussi le Goncourt alors que c'est Gary qui écrit ses livres ! Plus qu'un pseudo, une supercherie à la limite de l'escroquerie, qui durera tout de même plusieurs années et 4 livres ! ! !)
A peine rentré à la maison je m'installe devant mon bol de pâtes aux céréales et me prépare au spectacle ; ça n'est pas tous les jours qu'on a une telle affiche au générique d'un film au demeurant inconnu, dont l'auteur se fait de plus appeler Romain Gary ! ! !
Quelques petites recherches m'apprendront un peu plus tard que oui, c'est bien de ce Romain Gary qu'il s'agit, que sa carrière de cinéaste se limitera à deux films dont il écrira lui-même les scénarii, le 1er étant Les oiseaux vont mourir au Pérou en 1968 avec déjà Jean Seberg (qui sera sa muse et sa compagne de nombreuses années et qui finira, pour résumer un peu rapidement, d'abord alcoolique et folle, pour être ensuite retrouvée mystérieusement morte d'overdose d'alcool sous une couverture dans sa voiture), Pierre Brasseur, Jean-Pierre Kalfon, Maurice Ronet…, et le second ce Kill en 1972. Deux films totalement oubliés donc, mais remarquables au moins pour l'aura sulfureuse qui les entoure : Les oiseaux… sera le 1er film classé X aux Etats-Unis selon les normes de la MPA, et Kill sera carrément interdit en Grande Bretagne en raison de sa violence ; les deux se feront descendre par la critique et feront des fours du point de vue des entrées… On peut comprendre alors, par rapport à son œuvre écrite, que ces deux tentatives dans le domaine cinématographique ne soient pas ce que les intellectuels retiennent et vendent de son œuvre aujourd'hui !…
Et pourtant… Dès le pré-générique, on sent que Kill fait partie de ces films qui ne passent pas inaperçus. Dès les premières images, on a conscience que l'on a entre les mains un véritable réquisitoire, un film à charge, lourd comme un éléphant certes, avec un message gros comme ça évidemment, pas fin pour un rond, c'est certain, mais d'une générosité et d'une naïveté tellement « animale » (instinctive) qu'on ne peut qu'être touché par la sincérité de la démarche.
Voyons voir tout d'abord l'histoire :

Emilie (Jean Seberg) est mariée à un haut fonctionnaire d'Interpol, Alain Hamilton (James Mason), et s'ennuie à mourir (voire à s'alcooliser doucement) de la vie toute mémère qu'il lui propose. Dans le cadre d'une mission, il est envoyé au Pakistan pour démanteler un réseau de trafique de drogue, mais Emilie décide de le suivre à son insu. Là-bas, leurs routes vont croiser celle de Killian (Stephen Boyd), un ancien d'Interpol ayant démissionné, dépité de voir les grosses pontes de la drogue qu'ils arrêtaient aussitôt relâchés contre une caution. Killian a décidé d'agir sérieusement et de mettre ces grosses têtes tueuses d'enfants, réputées intouchables, une bonne fois pour toutes hors d'état de nuire : il va les abattre les uns après les autres…
Soyons clair. De ce film se dégage une véritable haine des trafiquants de drogue, ainsi qu'un appel au meurtre à leur encontre (même si Gary s'en défendait) pour se débarrasser de « cette vermine ». Aucun message subliminal à chercher, aucune morale particulière non plus.
Son message est clair, lourd, pachydermique et tellement redondant avec la conscience collective (qui penserait que la vente de drogues dures à des gosses est une bonne chose ?!) que c'en est presque gênant de défonçage de portes ouvertes !
A voir le traitement qu'il réserve à son histoire, on pourrait penser qu'il en fait une affaire privée, un règlement de comptes personnel dénué de tout recul. Ce qui n'est sûrement pas faux, vu la manière sèche dont il se justifiera de ces accusations, lui qui ne buvait même pas une goutte d'alcool : « Deux femmes dans ma vie ont été tuées par la drogue » (La Nuit sera calme, Folio, p. 293). Point barre. Bon, mais quand on sait que l'homme est affabulateur et s'invente une biographie au gré des besoins des interviews... on est en droit de se demander, à chacune de ses interventions, s'il nous sert de l'art ou du cochon.
Il n'hésite pas ainsi à nous montrer de nombreux enfants détruits par la drogue ou morts d'overdose, quitte à en faire trop (et maladroitement qui plus est).
Mais le principal n'est pas là : Gary dénonce autant le trafic en lui-même que le soutien, voire même la caution qu'il obtient en haut lieu des différentes diplomaties.
Gary parle d'expérience, car pendant de très nombreuses années, il fut haut diplomate, dans différentes ambassades aux quatre coins du monde, ami de Malraux, etc…(une de ses multiples existences, avec celle d'aventurier aviateur dans les forces de libération de la France à la fin de la 2ème guerre mondiale auprès du Général de Gaulle). En tant que témoin de cette mascarade diplomatique, il semble vouloir réellement témoigner d'un fait qu'il juge (bien évidemment) inacceptable de la part des grands dirigeants de ce monde (couvrir littéralement ces trafics.)
Voilà pour les bonnes intentions - qui tombent à l'eau à cause de ce traitement maladroit.
Mais qu'en est-il de la mise en images ?
Le film commence comme un faux reportage, caméra à l'épaule, nous dévoilant la triste situation : des enfants retrouvés morts dans la rue, d'autres témoignant qu'ils se piquent à l'héro à douze ans... et un trafiquant en costume-cravate relâché après avoir payé une caution et abattu en pleine rue par le caméraman, auteur de ces images, lui-même ! Ca commence hard donc, et tout est déjà dans cette première scène, jusqu'au thème du dédoublement de personnalité cher à Gary (qui semblait ne pas être tout seul dans sa tête, hein) dans ce personnage de caméraman-tueur : C'est déjà lui, Gary, qui se représente ici, filmant (dénonçant) et buttant (Kill !) le trafiquant - une caméra dans une main, un flingue dans l'autre ! D'ailleurs, cette séquence se termine lorsqu'il pose sa caméra et son blouson d'aviateur (je vous rappelle qu'il a été dans les forces aériennes de libération de la France à la fin de la 2nde guerre mondiale) pour pouvoir charger son arme ! Pas de doute, c'est lui, Gary, qui rentre en guerre contre les trafiquants de drogue.
Jusqu'au générique de début, nous avons là 2 minutes 30 de pur bonheur, tout s'annonce bien (nous avons même droit à une danse frénétique d'une toxicomane à poils dont le corps nu est criblé de "trous d'aiguilles" comme autant de trous de balles, et qui s'agite sur une musique seventies au pied d'un mange-disque !), avant que tout cela ne sombre doucement vers une certaine gaudriole...
En effet, le film étant disponible simplement en version française, le doublage d'époque (bien marqué) ne sert pas du tout le jeu des acteurs - qui n'est pas non plus à l'origine à tomber à la renverse, hein !
Mais c'est surtout la séquence suivante qui fait plonger le film dans un second degré certain, proche de l'absurde. Jugez plutôt :
Romain Gary veut faire comprendre au spectateur que Emilie et Alain Hamilton habitent en Suisse (comprenez : ont une vie chiante en plus d'habiter dans un repaire de banques opaques) et que cette vie morne ennuie Emilie qui a besoin d'un peu plus d'aventure, tandis qu'elle contente Alain car ici il semble protégé et n'est pas ennuyé par la police.
Mise en images : Alain rentre chez lui après une partie de chasse. Il ramène un canard mort. Emilie est assise dans le canapé. Un coucou suisse est accroché au mur. Emilie s'est fait une coupe afro.
Un tourne-disque diffuse des cris d'animaux de la jungle dans toute la maison. Une dizaine de bouteille est étalée sur la table basse. Emilie se bourre la gueule doucement.
Alain : "Te voilà en pleine négritude, cela signifierait-il une nouvelle révolte ?"
Il lui donne le canard mort : " A défaut de lion, il va falloir te contenter de ça."
Elle : "C'est tout ?!"
Lui : "J'en ai donné aux deux policiers suisses, ces pauvres bougres ne tuent jamais rien."
Le disque joue toujours ses animaux de la jungle.
Le coucou suisse donne l'heure : Cou-cou ; Cou-cou ; Couc-cou....
Rideau.

De cette scène, nous ne quitterons quasiment plus le second degré jusqu'à la fin.
TOUT CELA LAISSE PONCIF
Ainsi, lorsqu' Alain est envoyé au Pakistan en mission contre les trafiquants, c'est à dire très rapidement, au bout de vingt minutes, on nage en plein Vaudeville fauché, et les maladresses sérieuses commencent :
Gary, amoureux fou de Jean Seberg, la filme dans des paysages de vacances magnifiques d'une manière touchante mais (un peu trop) fleur-bleue, tandis qu'il se met à empiler les clichés éculés : le mendiant (lépreux ?) qui lui réclame une pièce,

les autochtones méfiants et sauvages, une image d' Epinale d'une vingtaine d'arbres censée représenter une jungle avec comme bande sonore (accrochez-vous bien !) les cris d'animaux (singes, lions…) qu'Emilie écoutait dans sa retraite suisse (nous étudierons une autre fois l'influence du cinéma de Jean Rollin sur le cinéma international), un imbroglio incompréhensible à base de cadavres qui disparaissent/apparaissent égorgés dans sa voiture (comment sont-ils arrivés là ; pourquoi ?) ou un poignard dans le dos, le tout expédié en deux minutes dans le but d'évoquer (singer ?) un complot terroriste international, un aventurier à la Pierce Brosnan (Stephen Boyd), véritable caricature veste cuir courte sur torse nu velu, barbe de trois jours éternelle, regard de braise, bronzage-tour-du-monde, puissance érotique épidermique (si l'on se fie au scénario, s'entend)...

Tout cela laisse poncif !... En quatre minutes, montre en main, Gary flingue son film, le fait plonger dans les abysses du genre, s'empalant sur tous les écueils imposés avec un tel port de tête, une telle fierté qu'on ne peut dès lors plus rien lui refuser !
Même pas cette scène, hallucinante, aberrante, inacceptable sans recul, qui plus est impossible à décrire sérieusement, de l'interrogatoire de Jean Seberg, soupçonnée d'être une espionne, par Stephen Boyd, le fameux aventurier ; scène "déréglée" comme une séquence de comédie musicale expérimentale, à base de spots éblouissants baignant les visages de rouges, bleus, verts... "rythmée" par une musique insupportable de mauvais goût ponctuant les questions-réponses de percussions improbables ! Et les deux de se faire tourner, étourdir, en une étrange valse-cache-cache, alors que Killian lui demande 20 fois : "Où est Hamilton ?" ; Elle : "Je ne sais pas" ; Lui : "Où est Hamilton !" ; Elle : "Il va venir demain" ; Lui : "Où est Hamilton !" ; Elle : "....."

On est en plein exotisme de pacotille, en plein fantasme d'aventurier, en plein dans l'imaginaire enfantin réalisé par l'adulte devenu. Pourquoi se priver, après tout ?
D'autant que, soutenu par des acteurs comme Daniel Emilfork, comme souvent impeccable et sobre car se suffisant à lui-même, Gary se permet beaucoup de choses.
Nous assistons ainsi à des passages étonnants où, par exemple une réunion de magnats de la drogue nous vaut un numéro digne des meilleurs Jess Franco ! Tout y est : le numéro de cabaret, les filles nues mises en scène, les mannequins féminins nus également... du pur Franco je vous dis !

Et que dites-vous de ceci : la drogue allant très bien avec le sexe, les mêmes trafiquants financent également des films pornos qu'un producteur vient leur "vendre". Voilà ce que ça donne : "Vous avez aimé cette position ?... Et encore, vous n'avez pas vu le truc avec le chien !" Puis, image fugace :

A d'autres moments, le film rentre dans des ruptures de ton étonnantes, comme pour cette séquence de poursuite réglée par Rémi Julienne (une fois n'est pas coutume), qui rompt totalement avec la continuité rythmique du film. Le motard de la police pakistanaise, anonyme sous son casque, prend en chasse Hamilton à un barrage. Cette scène, comme si elle avait été entièrement tournée (réalisée) par quelqu'un d'autre (Julienne ?) a sa vie propre, presque indépendante du reste du film. Le motard se transforme en une sorte de Terminator, de Maniac Cop indestructible, la caméra se rapproche de lui et ne quitte plus son corps, mouvements de caméra soudainement dynamiques, accompagnés de décadrages qui dénotent, explosions et cascade de cascades... pendant quelques minutes on a l'impression d'avoir un autre regard sur le métrage.

Bon, tout cela est bien beau, me direz-vous, mais si le film n'était que cette incessante jubilation due au fait que Gary se permet toutes les extravagances (sans soucis réel de pertinence), cela vaudrait-il un article complet sur ce blog ?
Eh ! Bien, je crie OUI ! Déjà, parce que, en y allant tête baissée, il dépasse largement l'absurde qui aurait pu menacer, en y croyant dur comme fer, le ridicule se mue en une effronterie salvatrice, en exagérant à outrance, il téléporte son film dans un autre espace-temps dans lequel il n'y a plus de règles.

Si le film n'était que cette jubilation incessante... Mais le principal est à venir.
Car Kill, après 1h30mn de ce régime, va vous offrir un souvenir de spectateur comme on en connait peu dans une vie, dix minutes pour clore un film, qui resteront sans nul doute gravées dans votre mémoire.
Il ne faut pas trop en dire sur cette (quasiment) dernière scène... juste quelques images pour preuve que l'affaire est sérieuse... Que Gary, même s'il n'est pas cinéaste, est au moins un artiste...



Car l'on parle ici de Vision. La Vision d'un artiste, qui se fout de savoir s'il plaira à la majorité en s'exprimant de telle ou telle manière... Gary s'exprime. Il remercie ceux qui l'écoutent. Et il emmerde les autres.
Vous ne vous étonnerez donc pas, à la vue de ces quelques images, de savoir que le film a fait un four par chez nous ; qu'il a par contre fait un carton en Italie...
Que Gary fut bien obligé de justifier ses choix (de scénario ; artistiques...) dans la presse de l'époque :
"Il suffirait de prendre de l'héroïne pour de venir une sorte de desperado intéressant. C'était déjà un peu l'opération Drieu La Rochelle dans Feu follet [...] Le désespoir est toujours payant, lorsqu'on veut se parer de ténébreuse beauté." (Le monde - 11 décembre 1971)
"Quant aux trafiquants, l'écrasement impitoyable de cette vermine va de soi"
"Ma haine des trafiquants de drogue est sans limite" (Le Figaro - 27 janvier 1972)
"Je considère ces [trafiquants d'héroïne] comme dépourvus de tout caractère humain. Ce qui explique aussi la séquence finale de la rumba de la mort que l'on me reprochera sans doute, ainsi que les nombreuses séquences du film où je traite les corps des "patrons" de la drogue comme des poubelles." (Le Figaro)
Que son film déclencha quelques réactions sérieuses :
Extraits de la lettre ouverte de Henry Chapier à Romain Gary dans Combat ;
"Vous êtes un écrivain rare, et un homme de qualités. J'aime vos livres, j'admire aussi -dans les moments graves- le courage de vos prises de position. [...] L'erreur ne commence que lorsque vous êtes contraint de changer de langage, et que vous troquez votre plume pour le viseur de la caméra. [...] Du coup, la ferveur, le délire poétique ou la révolte -admirables au niveau de la littérature- deviennent par le biais d'une illustration maladroite du très mauvais cinéma. Est-il possible qu'un homme aussi sensible que vous n'ait pas compris que son message dans Kill n'était plus qu'une grotesque mascarade ?"
Mais bon, à vrai dire, là n'était pas sa préoccupation première. Si Gary s'était lancé dans une deuxième aventure cinématographique, après l'échec lourd des Oiseaux... c'était (aussi incroyable celui puisse-t-il paraître) uniquement pour donner du travail à Jean Seberg que les studios fuyaient depuis quelques années alors qu'elle était devenue une profonde alcoolique. Juste pour lui donner une "raison de se lever le matin, de prendre sa douche, de s'habiller" (Romain Gary, le Caméléon - Myriam Anissimov, éd. Denoël)
Dans ces conditions, il parait évident de laisser le mot de la fin à Jean Seberg elle-même, qui écrivit une lettre à Gary à l'occasion de la sortie du film dont voici quelques extraits :
"Romain mon amour,
Il y a quelque chose que tu as oublié au sujet du film à propos des critiques absurdes, mais moi je n'ai pas oublié... Quand tu as réalisé ce film [...] c'était en partie dans le but de sauver ma vie. Au sens propre du terme. [...] Si tu n'avais pas fait ce film-là à ce moment-là, ça n'aurait pas été possible. C'était un acte d'amour. [...] Je t'en prie, mon amour, n'oublie pas les circonstances de cette période... de cette précipitation, de cette colère et de ce besoin. Le film existe totalement, même en dépit de ses imperfections, parcequ'il était une tentative entreprise en considération de raisons très nobles... Je n'oublierai jamais cela, jamais. Et tu ne le dois pas...
Jean."
La Cunégonde de Peluche vous salue bien bas...

P.S. Rien que pour vos petites esgourdes gourmandes, à lire à voix haute, ce bouquet de répliques tirées du film, avec des vrais morceaux de gras dedans !
" Pourquoi tu me détestes ?
- Parce que tu commences à me plaire" (et il l'embrasse)
"Comment savez-vous mon nom ?
- L'amour fait des miracles"
"Choisis : ou tu crèves salement ou tu meurs proprement"
"C'est une affaire où je risque ma peau, et tu ne vas pas en profiter pour faire du tourisme !"
Emilie à Killian : "Vous ne sortirez pas d'ici vivant !"
Killian à Emilie : "C'est une tendre promesse que tu me fais Emilie... essaie... mourir de plaisir..." (ils viennent de se rencontrer)
"Qu'est-ce qui vous ronge à ce point ? Haine ? Désespoir ?
- Pas de psychologie avec moi, Emilie ; gaspillage de temps et gaspillage de psychologie."
Lui : "Brave gosse !"
Elle : "Oh je t'en prie, on dirait que je manque de sel et de poivre"
Lui : "Mais non, rassure-toi"
Petit garçon Pakistanais à Killian : "Tu les as tous tués ?"
Killian : " Oui"
Petit pakistanais : "J'aime les Américains !"
"La loi et l'ordre... Ils oublient de dire de quelle loi il s'agit et de quel ordre. Il n'y a ni l'un ni l'autre dans cette société de merde !"
" Quel genre de garce crois-tu que je sois ?
- Tu es mon genre de garce"
"Claque pas maintenant, vieux ! Ecrase la vermine d'abord, tu mourras mieux après."

................................................

(un pressage japonais comme on les aime: grandiloquent et fort rare)
Addenda : participe aussi grandement au charme de ce Kill la bande originale de Berto Pisano et Jacques Chaumont, plus particulièrement la vindicative chanson thème Kill Them All ! qui s'honore des vocalises enragées de Doris Troy (avant qu'elle ne gagne les chœurs de Dark Side of the Moon de Pink Floyd). Paroles de Romain Gary bien entendu. Une rareté qui connut en 1999 une nouvelle jeunesse en maxi single bardé de trois remixes sorti chez Easy Tempo.

Le lecteur de passage sera d'ailleurs bien inspiré d'aller farfouiller dans la petite radio du profil. Il pourrait y trouver une tonitruante surprise.
Hyacinthe Cannibale
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Sunday, August 24, 2008
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SHAAN – Ramesh Sippy (1980)

Le cinéma indien s'il commence à gagner en popularité depuis quelques années en France, souffre malgré tout encore de profondes lacunes de distribution dans notre pays.
Ainsi, pour un Sholay au DVD soigné et bourré ras la gueule de bonus sympathiques chez Carlotta, combien de petites perles sommes-nous obligés de découvrir dans des conditions misérables d'images, de son, et surtout de sous-titrage !!!
C'est d'ailleurs devenu une grande marque de fabrique du cinéma indien en France, ces sous-titres français calamiteux hérités de traducteurs automatiques anglais-français dans un mot à mot pitoyable et incompréhensible ! Des exemples ? Au hasard dans le film qui nous intéresse aujourd'hui :
'Les trois de nous bidon brûlez ce monde mauvais aux cendres !'
ou encore :
'Puisque morceaux de son corps soyez dans le crocodile dents affamées et pointues.'
Dans ce Shaan comme dans tant d'autres, pas une phrase française n'est compréhensible ! D'aucuns diront que ça a son charme... mouais...
On préférera alors pour une meilleure compréhension, une version sous-titrée anglaise souvent plus proche de la vérité. D'autant que sur ce DVD estampillé Eros International, ces sous-titres apparaissent avec un 'léger' décalage d'une dizaine de secondes par rapport à l'action... de l'art de cumuler les tares...
Ces précisions posées, les 3 heures de spectacle de Shaan s'offrent à vous !
L'histoire :
Vijay (Amitabh Bachchan) et Ravi (Sashi Kapoor) sont deux frères spécialisés dans diverses petites escroqueries à la personne, deux escrocs à la petite semaine donc, baratineurs, dragueurs et flambeurs. Leur frère aîné Shiv (Sunil Dutt), un policier droit et honnête les arrête un jour. A leur sortie de prison, ils lui promettent de ne plus faire de mauvais coup...
Mais Shiv est entré en guerre contre le plus grand trafiquant de drogue du pays, son ennemi juré, le terrible Shakal (Kulbhushan Kharbanda) qui finit par l'abattre des ses propres mains.
Vijay et Ravi jurent alors qu'ils vengeront leur frère. Ils n'ont plus qu'un but : détruire Shakal !!!
Replaçons d'abord le film dans son contexte : Ramesh Sippy est un réalisateur et producteur indien, auteur, en 1975, d'un western dantesque qui va devenir l'un des plus gros succès indiens : Sholay (dont il faudra bien que nous parlions un jour !). C'est son père, GP Sippy, qui produit à l'époque, et c'est son père, toujours, qui produit ce Shaan (nous avons à faire à une dynastie puisque son fils, Rohan Sippy est également réalisateur et producteur.)
Par la suite, Ramesh Sippy réalisera Shakti (1982) également très populaire et qui semble être considéré lui aussi comme un classique du cinéma de genre.
Et si Sholay est un pur chef-d'œuvre, qu'en est-il de ce Shaan tant attendu, après cinq ans de silence du réalisateur ? Sans atteindre le niveau du premier, Shaan regorge néanmoins de scènes d'anthologie et d'éléments absolument jubilatoires qui ne peuvent que ravir le fan de film de genre !
Pensez donc : un méchant qui se nomme Shakaal, une forteresse futuriste regorgeant de pièges, isolée sur une île déserte, un combat à mains nues contre un crocodile, des excentricités comiques qui n'attendent ni ne donnent rien au déroulement du scénario, des basculements soudains dans les univers du western, de l'actionner hard boiled, du drame familial, de la comédie donc, du film d'espionnage... et j'en oublie certainement, camouflés sous de caméléons grimages... Car oui, comme tout indispensable bollywoodien, Shaan est un film-somme d'aventure, d'espionnage, mais qui verse avec une facilité désarmante dans tous ces genres selon les besoins des rebondissements et de la bonne tenue rythmique de l'ensemble. N'oublions pas les morceaux chantés et dansés, au nombre de six et qui ponctuent l'intrigue de façon extrêmement pertinente - si deux de ces morceaux sont 'passables' de ce point de vue, les quatre autres s'intègrent avec une fluidité sacrilège en plus de leurs qualités intrinsèques.
Notons que la musique est signée R.D. Burman, qui était déjà l'auteur de celle de Sholay. L'originalité de certaines de ces scènes, comme la toute première nous introduisant Abdul, un cul-de-jatte sur sa planche à roulettes, noyé dans la circulation automobile de Bombay, passant d'un pare-chocs à un autre, et nous chantant la corruption de la ville et sa misère quotidienne tout en exécutant une danse sidérante du haut du corps (forcément), est un des points forts du film.

La première heure, tout en restant très classique passe ainsi très rapidement, introduisant chacun des protagonistes - tout d'abord l'impitoyable policier dans une première scène de prise d'otage sur un ton sérieux et brut de décoffrage extrêmement réussie, ensuite ses deux frères, petits escrocs, sur le mode comique avec quelques effets assez drôles même si un peu grossiers, et enfin leurs alliés, dont la jeune Renu et son oncle qui vont les suivre et les aider, et qui vont nous valoir un deuxième morceau musical d'anthologie, filmé et monté dans le mouvement, aux couleurs funk et disco, un bonbon jubilatoire à revoir sans problème en boucle !

C'est après plus d'une heure qu'apparaît l'ordure du film, le fameux Shakal, qui malheureusement s'avérera manquer quelque peu d'épaisseur pour asseoir véritablement le métrage (son thème musical est malgré tout un pur bonheur !) mais qui comblera largement, et c'est déjà ça de gagné, l'amateur invertébré de bis !
Croisement entre Telly Savallas, Fantomas et Philippe Khorsand, gainé dans un uniforme de dictateur et bardé de mimiques démentes, Shakal donne le ton de ce vers quoi va tendre le film ensuite.

Le film bascule alors dans la tragédie lorsque les réalités de la lutte contre la mafia de la drogue voient Shiv se faire traquer par un sniper dans une fête foraine (quelle scène !), puis buter par Shakal lui-même dans un passage d'un bucolique effrayant à la Wicker Man. Quelques scènes poignantes plus tard (il faut annoncer sa mort à sa femme...), le film se transforme en vrai film d'action, en film de vengeance, en film de siège westernien au détour d'une scène où un homme, une femme et une petite fille sont reclus dans une cabane et assiégés par des dizaines d'hommes armés jusqu'aux dents !
C'est l'occasion de noter ici, mais cela est vrai tout au long du film, la virtuosité de la mise en scène de Ramesh Sippy, l'inventivité, la pertinence et même l'extravagance de celle-ci, qui donne à Shaan une grande partie de son souffle.
Extravagance aussi car sans hésitation les méchants s'en prennent aussi (et surtout !!!) aux femmes, aux enfants, et aux handicapés (voir cette séquence avec Abdul, dans une somptueuse mise en images de traque portuaire bleue-nuitée à souhait sentant la sueur, sur une bande-son digne des expérimentations de jeunesse d'un Robert Wyatt période Animals soundtrack)....
Mais ce qui frappe avant tout, c'est la grande liberté du film, qui s'autorise des décrochages burlesques sans prévenir, (voir le morceau musical dans le bus) où les actrices se fendent la poire, des scènes clin d'œil pas loin d'être gratuites, avant de replonger sans plus prévenir dans une fusillade de ce même bus. C'est le traitement même de l'histoire (plus encore que l'histoire elle-même, pourtant éminemment bis), qui fait entrer de plain-pied Shaan dans la catégorie du bon gros cinéma de genre qui ne se prend pas la tête, un cinéma loin de toute prétention auteurisante, bref, un cinéma aux seules prétentions d'assouvir les fantasmes des fans !!!
Voilà, définitivement, du cinéma qui donne envie, d'être content, de regarder du cinéma !
Parole de Cunégonde ! (Peluche)
Bonus track:
Shaan opening titles - Doston Se Pyar Kiya (mus : Rahul Dev Burman ; chant : Usha Uthup)
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Friday, June 27, 2008
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On ne l'apprendra à personne, la Cinémathèque Française rend hommage à notre cher Jess Franco jusqu'au 31 juillet à travers soixante-neuf longs métrages, toutes périodes confondues. La tardive reconnaissance institutionnelle à ceci d'amusant qu'elle met soudain grand nombre de journalistes en demeure de discourir du jour au lendemain sur des œuvres qui courent depuis des décennies. Dans le cas de Franco, la tâche est d'autant plus ardue que ladite œuvre est labyrinthique - en établir un corpus intégral relève du fantasme - et que la très grande liberté qui y souffle a pour corollaire le minimalisme des moyens alloués tout autant qu'un parfait mépris du bon goût et des structures narratives rationnelles.
En d'autres termes, comment trousser une approche synthétique et sans impairs de cinquante ans tribulations incroyables, d'environ deux cent longs métrages, de montages alternatifs à occuper une vie, de retitrages délirants en pagaille et de pseudonymes surabondants (et pas tous revendiqués) quand tout ce fatras Z, cul, sale, underground, trivial, tout ça, est d'habitude l'apanage des seuls experts.
Mission tout aussi impossible que la filmographie en question - pour reprendre l'intitulé de la rétrospective - et quelque soit le sérieux qui préside aux articles, les approximations, les erreurs de chronologie et autres incongruités sont inévitables. La plus belle (et la plus cruelle) boulette est à chercher du côté de la une du Monde daté du dimanche 22 – lundi 21 juin avec cette photo de plateau de The Drowned, segment de Christophe Gans pour l'anthologie Necronomicon (1993) produite par Brian Yuzna, nous enjoignant d'identifier Janine Reynaud en lieu et place d'une Maria Ford squameuse glissant vers l'abîme sous l'œil ravi du co-fondateur de Starfix. Le Necronomicon de Franco [Succubus] (1967) était présenté en ouverture du cycle…

Il y a quelque chose d'ironique, en accord avec la réputation de cinéaste maudit de Franco, dans cette photographie qui substitue de manière si criante un de ses coreligionnaires réalisateurs à l'homme aux dizaines de pseudos. Comme une impossibilité, alors même qu'il reçoit des honneurs qu'il n'a jamais convoité, a jamais obtenir une pleine reconnaissance.
Pour la vaste majorité des lecteurs du Monde, Jesùs Franco Manera aura donc les traits de l'auteur du Pacte des loups. " Il n'y a pas plus conformistes que les amateurs de films d'horreur " s'exclamait Jean-François Rauger, programmateur de la Cinémathèque et collaborateur de l'exigent quotidien du soir, lors de son bouillant discours inaugural (visible ici ou jetez un œil sur notre profil) à propos des nombreux amateurs de fantastique qui n'ont eu de cesse de railler Franco et de le rabaisser au rang d'inlassable faiseur d'étrons filmiques. Peut-être, mais une connaissance exhaustive du cinéma (incluant donc un savoir approfondi en matière de productions horrifiques) aurait sûrement permis d'éviter aussi grossière méprise. Gageons néanmoins que l'intéressé, dont les films témoignent d'un goût de la distanciation et d'un humour tout en décalage, ne devrait pas s'en offusquer un instant.
Hyacinthe Cannibale
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