Gender: Male
Status: Single
City: Bruxelles
Country: BE
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Monday, September 17, 2007
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456. sur la Brigade du Pouvoir Gay
Vous connaissez la nouvelle technique pour se faire élire quand on est de la bonne super-droite? Avant, on devait épouvanter le bon peuple avec les Sarrasins, les Cosaques, les Mongols et autres cavaliers qui trucidaient nos prêtres et violaient nos vierges. Plus tard, on a tablé plutôt sur le fameux "ennemi parmi nous", les "vipères en notre sein", comme par exemple les Juifs.
Plus récemment, il nous vient de la Très Catholique Pologne une nouvelle méthode: la "Brigade du Pouvoir Gay". Je dois dire que je serais mort de rire si, en 2005, ces "fausses bombes" n'avaient pas paralysé pendant des heures certaines grandes villes polonaises et favorisé l'élection d'un candidat de la droite "franche".
Voici l'article de News Gay qui parle de dégonflage de cette baudruche. Et pour votre confort, je vous copie-colle la dépêche ci-dessous. Mais même si je me réjouis de cette nouvelle, je trouve que deux ans c'est long à attendre pour qu'on dise officiellement que les homo n'ont rien à voir avec ces bombes. Tout ça me rappelle furieusement les menaces de mort proférées contre le nouveau président de l'épiscopat italien et qu'on a attribué bien vite aux gay.
Et puis, connaissant les foules, il y aura toujours quelqu'un pour dire: "pas de fumée sans feu". Une fois qu'on a commencé à propager la rumeur que des alertes à la bombe et la paralysie de plusieurs villes sont le fait de groupuscules extrémistes homo, ce n'est pas un jugement prononcé deux ans plus tard qui va l'arrêter.
Non, il n'y a rien à faire: si l'on fait de nous des boucs émissaires, ça sent trop fort le bûcher pour ne pas en être inquiet.
"La police polonaise a abandonné ses investigations au sujet des fausses bombes découvertes dans quatre villes du pays, en 2005, quelque heures avant l'élection présidentielle et revendiquées par une prétendue "Brigade du pouvoir gay". L'hypothèse d'une manipulation s'en trouve crédibilisée.
13 engins explosifs, "très sophistiqués" aux dires de la police, avaient été retrouvés à Varsovie provoquant le chaos dans la ville. De fausses bombes identiques avaient été découvertes dans des gares de Gdansk, Gdynia et Sopot, suscitant la panique dans les rues.
Dans un "manifeste" adressé à la presse de Varsovie, sous forme de message électronique de sept pages, une certaine "Brigade du pouvoir gay" s'en prenait au maire homophobe de la capitale, Lech Kaczynski, candidat de la droite conservatrice, qui se présentait à l'élection présidentielle.
Kaczynski venait d'interdire la tenue de la Gay Pride, mais 2.500 personnes avaient néanmoins manifesté dans les rues. "Vous paralysez notre vie, nous allons paralyser les vôtres", revendiquait notamment ce manifeste. Ces alertes avaient en partie joué en faveur de l'élection de Kaczynski.
Pourtant, dès les premières recherches de la police, aucun indice n'est apparu concernant l'existence effective d'une quelconque organisation LGBT en relation avec ces fausses "bombes". Les milieux libéraux et la communauté gay ont rapidement émis l'hypothèse d'une manipulation de partisans de Kaczynski pour peser sur l'élection en effrayant l'opinion publique.
Depuis, l'enquête n'a jamais crédibilisé la réalité d'un quelconque poseur de "bombes gay". La photo floue de l'auteur prétendu du mail ayant averti de la pose des engins n'a jamais permis une quelconque identification. Et aucune arrestation n'a été faite par la police malgré l'interrogatoire de dizaines de personnes, dont le milieu LGBT notamment."
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Sunday, September 16, 2007
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455. rien à voir avec le canard
Comment se nomment les habitants de Trois-Rivière au Québec? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais le plus adorable d'entre eux (que j'embrasse au passage) m'a fait parvenir le lien vers un article d'un blogue que je vous recommande souvent, Culture et Débats. Un article un peu ancien (novembre 2006) mais qui avait, de fait, attiré aussi mon attention. Il s'agit des berdaches (rien à voir avec la bernache, qui est une variété de canards), bien que le mot soit un terme péjoratif utilisé par les Européens (surtout les Espagnols puis les Français) pour se moquer d'eux (comme "pédé" est aussi un terme péjoratif). Chez les Amérindiens, il s'agit soit d'homosexuels soit aussi souvent de transgenres, mâles ou femelles physiquement, qui avaient une fonction sacrée et thérapeutique (ce qui était souvent la même chose chez les Amérindiens). Ils se chargaient aussi des funérailles (passage vers l'au-delà), des naissance, de la transmission des chants et des traditions, de la prédiction et des augures, d'arranger les mariages, etc. Dans certaines tribus, le fait d'être invité par un (ou une?) berdache pour des relations sexuelles était considéré comme un honneur et porteur de chance. En sens inverse, quand on voulait écraser un ennemi, on massacrait ses berdaches. Et si la chasse ou les récoltes étaient désastreuses, il pouvait arriver que la tribu s'en prenne à ses berdaches. Donc, il ne s'agissait pas toujours d'une place enviable. Le mot "berdache" est souvent remplacé, chez les Améridiens, par celui de Deux-Esprits (un terme forgé dans les années 90), ou Homme-Femme (ou bien Femme-Homme selon les cas), ce qui tend à faire comprendre que ces gens étaient considérés comme ayant un pied dans plusieurs mondes, homme et femme, la terre et le ciel, etc. L'existence d'un terme propre dans de nombres langues d'Amérique du Nord tend à faire penser que l'existence de ces Deux-Esprits était largement répandue, et non un phénomène local ou passager. Même si, bien sûr, ces termes ne sont pas toujours flatteurs. On a énormément écrit à leur sujet, et en particulier en anglais. L'existence de minorités sexuelles qui n'étaient pas considérées comme des monstres ou des marginaux, mais bien comme un cadeau divin, vous comprenez pourquoi les chercheurs y ont vu une véritable trouvaille pour comprendre la place des minorités sexuelles dans des sociétés humaines. Des études récentes n'excluent pas que ces Deux-Esprits existaient également dans d'autres civilisations pré-colombiennes comme les Aztèques et les Incas, mais aussi en Sibérie (qui est le bassin d'origine des populations américaines pré-colombiennes) voire même dans des peuples d'Asie Centrale qui ont produit les langues turques, turkmènes, etc. Des traces aussi chez les Polynésiens. Mais dans le cas des pré-colombiens, la persécution opérée par les colonisateurs contre ces horribles sodomites voués à l'enfer n'a pas laissé beaucoup de traces archéologiques ou écrites de ces berdaches. Des traces de berdaches existent aussi en Afrique, comme on le voit dans l'usage de termes semblables en wolof, en swahili ou en zoulou. J'envie des peuples pour qui le fait d'être homo ou transgenre était une bénédiction, une chance. Plusieurs fois, j'ai réfléchi au rôle que peuvent avoir les minorités sexuelles au sein de l'humanité et de l'Église. Et je crois, de fait, qu'il y a une richesse particulière à être "entre deux mondes". Quoique, de nos jours, je me contenterais bien du fait que les hommes et les femmes qui font partie des minorités sexuelles soient tout simplement considérés comme des gens ordinaires...
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Friday, September 14, 2007
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454. juste vulgaire
Vous savez peut-être qu'un sénateur américain (62 ans, marié et père, homophobe, conservateur et Républicain) s'est fait prendre dans des toilettes publiques à faire des propositions à un homme... qui s'est révélé être un policier. Confronté aux faits, le sénateur a d'abord avoué devant les juges. Mais maintenant que sa carrière est en jeu et qu'il a été obligé de démissionner (et surtout parce qu'il ne sait rien faire d'autre que d'être sénateur), il voudrait qu'on re-juge son cas au tribunal pour le motif qu'il retire ses aveux.
Pitoyable de bout en bout.
Mais je vais vous parler des commentaires de mon copain Francis (prononcer Frène-Sisse, à l'américaine). Il fulmine parce que, une fois encore, certains homophobes se sont emparés de l'affaire: "vous voyez? les homo ne font que ça: drager dans les toilettes et pervertir les honnêtes pères de famille!"
Et il m'écrit: "ça fait des années que j'explique aux gens qu'un prêtre qui viole un petit garçon n'est pas un homo, tout comme un homme qui viole une petite fille n'est pas un hétéro. Ce sont tous les deux des pédophiles et des violeurs. Quant aux gens qui baisent dans des toilettes publiques, qu'on arrête de dire qu'ils sont homo et qu'on dise une bonne fois pour toutes: ils sont d'abord sales, vulgaires ou franchement désespérés" (litt. down-low).
Ce qui me fait sourire, c'est qu'avec la paranoïa anti-bactérie des Américains, tous ceux qui ont serré la main de ce sénateur doivent se sentir contaminés.
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Wednesday, September 12, 2007
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453. la position du missionnaire
La situation des homo dans la très catholique Pologne est à pleurer. Mais ce qui me désole le plus, c'est que la violence (et pas seulement verbale) est souvent le fait de nazillons christianistes qui mélangent joyeusement nationalisme, anti-sémitisme et homophobie, et cela au nom d'une prétendue appartenance à la foi catholique. Des prétentions qui inquiètent même dans les rangs des évêques, pourtant eux-mêmes souvent connus comme des "homophobes light tendance romaine". J'en veux pour preuve que même l'archevêque de Cracovie s'est déclaré préoccupé par le positionnement éditorial de la très influente radio religieuse, Radio Maryia, qui développe des thèses antisémites et homophobes sur son antenne, sans même la prudence du sous-entendu ou de l'allusion. Ce cardinal, influent en Pologne, met en cause l'inaction de l'Église polonaise par rapport à cette radio qui soutient les frères Kaczynski, actuellement au sommet du pouvoir (comme président et premier ministre) et connus pour leurs positions homophobes. Des élections législatives anticipées sont en préparation à la suite de l'éclatement de la majorité parlementaire de la coalition de droite au pouvoir et je me demande s'il n'est pas temps pour les hiérarques de donner un message d'ouverture sur le monde plutôt que d'enfermement mental à la limite de la parano anti-européenne.
Autre chose, quoique. L'abbé Paul Sullins, un sociologue qui enseigne à la "Catholic University of America" et lui-même un prêtre épiscopalien marié qui est passé à l'Église Catholique, a mené une étude sur ce vaste ensemble de prêtres mariés qui ont quitté l'Église Épiscopalienne et se sont "convertis" (bien que le terme soit impropre). Je me suis souvent demandé comment ces quelques mille (les chiffres varient entre 200 et deux mille) prêtres anglicans mariés qui, dans le monde, ont rejoint les Catholiques n'ont pas fait plus de bruit chez les fidèles. En effet, voilà des hommes dont on accepte le statut marital alors que nous avons (assez honteusement, il faut le souligner) jeté dehors des milliers de prêtres qui voulaient se marier. Mais maintenant, j'ai un élément de réponse et, au fond, je le savais déjà: c'est parce qu'il s'agit en fait de prêtres au profil conservateur. Et sans surprise, le père Sullins a trouvé que ces prêtres qui ont "changé de communion" sont largement plus conservateurs que ceux qu'ils ont trouvés comme collègues dans le clergé catholique célibataire. Vous pourrez ainsi trouver bientôt sur le site de ReligionWatch, une comparaison que l'abbé Sullins fait avec quelques 70 hommes mariés qui sont devenus prêtres aux États-Unis depuis les années 80 sous le régime spécial que le Vatican a publié pour ceux qui voudraient passer de l'anglicanisme au catholicisme en restant prêtres. Clairement, sur pratiquement toutes les questions morales, ce groupe d'hommes est plus conservateur que les prêtres "célibataires". Ainsi 84% de ces prêtres "entrants" déclarent que les relations sexuelles entre fiancés avant le mariage sont "toujours" un péché, contre 57% dans le groupe des prêtres "indigènes". Ou encore, 89% disent que les actes homosexuels sont toujours un péché, contre plus ou moins la moitié des autres prêtres. Il est assez piquant de constater que ces prêtres mariés et "accueillis" sont à 61% contre le mariage des prêtres, contre 29% chez les "anciens" prêtres catholiques. Hypocrisie, dirons certains,... ou alors c'est qu'ils savent des choses que nous ne savons pas. De même, un très clair 97% de ces prêtres ex-anglicans se décrivent comme "plutôt ou clairement" conservateur, contre moins de 30% des prêtres célibataires. Enfin, ces prêtres néo-catholiques sont à 92% d'accord pour dire que le sacerdoce leur donne un statut "distinct et permanent" par rapport aux laïcs, contre 77% pour les autres. J'en conclus qu'il est plus facile d'accueillir dans l'Église des prêtres mariés quand ils sont conservateurs, un brin homophobes et coincés sur les questions de sexualité... Quand à l'effet que ces "petits nouveaux" peuvent avoir sur les autres, notamment quand ils discutent dans des assemblées du clergé, je vous le laisse deviner. Je parie qu'ils ont fait pencher la balance pour un tas de questions, y compris par rapport au traitement de la question des minorités sexuelles.
Dans le même genre, c'est très à la mode, dans les milieux conservateurs catholiques, de déclarer que ce sont les homophobes qui subissent des discriminations et qu'en fait c'est l'homophilie qui est dans l'air du temps ou qui tient le haut du pavé. Encore récemment, un courrier des lecteurs dans un journal belge "cathobourgeois" déclarait que, alors quil est devenu impossible de publier des articles anti-sémites, racistes ou homophobes, il s'insurgeait contre les discriminations que, selon lui, subissaient les "vrais" catholiques. Ben voyons, comme si nous vivions dans des pays homophiles où les média ne font que partir en croisade pour pourfendre l'homophobie. D'où l'intérêt d'une étude publiée par SOS Homophobie sur les écoles et où l'on peut lire par exemple que 58% des personnes sondées déclarent avoir vu ou avoir été victimes d'actes homophobes, et parmi eux 5% qui parlent de violence physiques. Des faits qui sont, toujours d'après l'enquête, largement ignorés par les adultes responsables et les parents.
Et pour terminer, on arrive à cette période bénie de l'année où l'on voit sortir les publicités pour des calendriers d'hommes tellement décoratifs qu'ils en font mal aux yeux. Alors, je vous annonce qu'un grand phantasme gay va pouvoir prendre corps, puisque les Mormons viennent de sortir un calendrier "missionnaire" qui s'intitule "Mormon Exposed" et dont voici deux extraits. Pas de doute: que voilà un puissant argument pour leurs campagnes mondiales de conversion et pour qu'ils expliquent toutes les positions soutenues par les missionnaires...


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Tuesday, September 11, 2007
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452. il priera toujours
Non, je ne suis pas paresseux... puisque je l'avoue. Je vous reprends l'essentiel d'une note que je vous écrivais l'année dernière à propos du 11 septembre et des célébrations autour des attentats. Sans oublier aucune victime, je veux spécialement me souvenir des héros homo, et en particulier de l'incroyable figure du père Mychal Judge. Encore récemment (où?), je lisais que, courant vers les tours atteintes par les deux avions, le père Mike est arrêté par le maire de la ville à l'époque, Rudy Giuliani qui lui hurle d'une voix désespérée: "Père Judge, priez pour nous!" Et ce bon franciscain de répondre: "Je prie toujours pour vous, et je prierai toujours." C'est pourquoi je veux aujourd'hui encore me confier à sa prière. Il me pardonnera sûrement de ne pas avoir eu le courage d'écrire un nouvel éloge... De toute façon, je maintiens pratiquement tous les mots que je disais l'an dernier à pareille époque.
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Je rêve du jour où j'irai à Rome (ou à New-York) pour la béatification du père Mychal Judge, et où sa fête sera instituée au 11 septembre. Pour moi, il reste la figure spirituelle catholique la plus marquante de ces dernières années, bien qu'il ait vécu une vie relativement peu connue (à l'échelle mondiale).
Mychal Judge (prononcé "maïkeul", et donc surnommé Mike) avait tout ce qu'on attribue à un Irlandais d'origine: généreux, joyeux, passionné, ouvert, sympathique... Fils d'une famille modeste d'immigrés récents, il a même été cireur de chaussures, l'orphelin qui a soutenu sa mère et ses frères et soeurs dans la difficulté financière, un vrai cliché de légende (et pourtant la vérité). Une magnifique figure de prêtre, mais ce n'est pas ça qui l'a fait entrer dans l'Histoire.
Ce lien vers le Wikipedia anglophone vous apprendra qu'il est surnommé la Victime Numéro 0001 des attentats contre le World Trade Center, bien que techniquement il soit la 17ème victime inscrite sur les listes. Mais c'est exact qu'au lieu de rester au QG des secours organisés par la ville, il s'est précipité avec ses collègues pompiers (dont il était l'aumônier depuis des années) au coeur de la tragédie. Il est mort écrasé par un débris du bâtiment, aux pieds d'un pompier gravement blessé auquel il offrait le réconfort d'une présence sacerdotale. Le prêtre avait retiré son casque, pour honorer un moment l'homme qui était au bord de la mort.
Pour des raisons évidentes, la photo des pompiers qui emmènent sa dépouille a fait le tour du monde. On l'a appelé la Pietà Américaine. Et la popularité de ce Franciscain était telle que ses funérailles ont réuni une foule considérable, dont les Clinton.

Plus tard, des images d'une type plus "pieux" ont été réalisées, qui représentent notamment le père Judge accueillant les victimes des attentats à la porte du Ciel, au côté de Saint Pierre. Ce n'est pas toujours d'un goût certain, mais on voit bien la bonne intention.
Dans la foulée, plus de détails sur sa vie ont été connus: sa grande valeur spirituelle, son histoire de réhabilitation après sa chute dans l'alcoolisme, sa place dans la fondation du premier groupe qui s'est occupé de malades du sida à New-York. Un peu comme saint Vincent de Paul, il fut parmi les premiers à aborder les sidéens sans cette espère de panique qui s'était emparée du monde médical au début de la maladie, quand on disait tout et n'importe quoi. Sa dernière homélie devient une sorte de testament spirituel que l'on publie.
Du coup, beaucoup de Catholiques ont voulu pousser sa cause de béatification, allant jusqu'à offrir son casque au pape Jean-Paul 2. Des images ont été imprimées et des prières composées.
On trouvera un exemple du genre sur le site saint Mychal Judge.

Je crois qu'effectivement, la béatification du père Mychal ne faisait aucun doute, tant la personne était charismatique. Sans parler de ce magnifique témoignage chrétien qui a été le sien, d'offrir toute sa vie, comme le Christ, au service de la charité.
Hélas (quoique), on découvrit aussi qu'il était homo, que ses confrères et ses amis pompiers le savaient. Plus encore, il aidait des groupes cathogay locaux. Et il ne faisait pas mystère de ce que son homosexualité l'avait profondément aidé dans son ministère sacerdotal. Il était un prêtre magnifique parce que homosexuel, et non pas malgré le fait.
Du coup, les homophobes catholiques ont hurlé à la trahison. On les a fait s'emballer pour un saint du 11 septembre, alors qu'il s'agit d'un pédé, quelle horreur!! Un activiste gay, en plus? Alors, il est en enfer, c'est certain. Et après ce qu'a publié le Vatican sur les candidats au sacerdoce, c'est clair: la béatification par Benoît 16 est foutue.
Mychal Judge se disait franchement gay (sans le crier sur les toits, bien sûr) et on le voyait à différentes manifestations d'homo catholiques ou non. Bien sûr, jusqu'à preuve du contraire, il a vécu la chasteté de ses voeux de religion. Mais vous savez comme moi que, de nos jours, il suffit de se dire "prêtre homosexuel" pour que les ignorants croient qu'il avait une activité sexuelle intense, et pourquoi pas de type pédophile.
Par la même occasion, on a aussi appris qu'il avait eu de graves ennuis avec le cardinal archevêque, parce que, notamment, il participait à des réunions d'alcooliques anonymes gay. Il avait aussi amené son couvent à accueillir des eucharisties du groupes cathogay Dignity, alors que l'archevêque l'avait interdit dans toutes "ses" églises. Mychal Judge avait aussi été "en habit" à une parade de Saint-Patrick "concurrente", parce que les homo d'origine irlandaise ne sont toujours pas autorisés (jusqu'à ce jour) à défiler avec les autres. Dans plusieurs documents, il ne craint pas de dire que les dénonciations pour pédophilie dont il a été victime (et pour lesquelles la justice l'a blanchi) avaient leur origine dans des milieux catholiques qui le détestaient. Nul doute qu'à ses funérailles, le bon cardinal a dû sentir le défunt lui chatouiller les oreilles.
Heureusement, à côté de ces homophobes parfois grincheux, il y a une série d'homophiles qui ont donné son nom à des stations de pompiers de par le monde, à des écoles, des ponts... Et dans tout le monde chrétien, il est vénéré parmi les martyrs de la charité, pas loin de Martin Luther King, Jr.
Le monde cathogay américain l'honore certainement comme "son" saint. C'est le cas d'ailleurs largement, y compris dans le monde chrétien homo, et même au-delà. On voit en lui la figure de l'amour suprême, une véritable icône du Christ. Et quand le nom du père Judge est lu chaque année avec toutes les victimes du 11 septembre, tous les homo pensent: "il était des nôtres, ce héros, ce prêtre, cet homo".
Avec eux, je remercie le Seigneur de nous l'avoir donné. Quelle belle figure à prier et à mieux connaître! Et c'est probablement le premier héros ouvertement homo qui nous est donné en ce début de millénaire plutôt homophobe, côté catholique.
Si vous avez l'occasion, des livres ont été publiés sur sa vie (un exemple ici). Ils valent vraiment la peine. Et puis, à l'occasion du 5ème anniversaire des attentats, beaucoup d'Américains ont eu l'occasion de voir hier soir un très beau film sur Mychal Judge. En voici l'annonce:
Plus largement, ces attentats ont aussi été un moment de visibilité pour de nombreux couples gay, en particulier les compagnons ou partenaires des homo décédés ou blessés dans les deux tours ou dans les avions qui ont explosé.
Côte à côte, les conjoints survivants homo et hétéro des victimes ont milité dans des associations pour honorer la mémoire de leurs défunts, et aussi pour qu'on respecte leurs droits (je ne vous décris pas le labyrinthe administratif dans lequel ils se sont trouvés). Bien sûr, ici encore, il y a eu quelques grincheux homophobes pour exclure les homo. Heureusement, dans sa très large majorité, la communauté des survivants a été beaucoup plus ouverte. Et, je le souligne, cette tragédie a aussi été l'occasion pour beaucoup d'hétéro de découvrir la réalité des couples homo et la force de l'amour qu'ils se portent (même au-delà de la mort).
Par exemple, dans de nombreux services religieux, les veufs et veuves de couples homo ont été associés de la même manière que les survivants de couples hétéro. C'était important pour eux, quel leur amour soit reconnu y compris dans la mort et la tragédie.
J'ai des souvenirs affreux d'homo privés des funérailles de l'amour de leur vie parce que la famille du défunt s'est emparée de la cérémonie et, parfois, ne les a même pas invités... Dans la tragédie du sida, il y a eu des cruautés terribles faites aux survivants... Heureusement que ce ne fut pas le cas à New-York....
J'ai aussi lu le témoignage de plusieurs enfants ou adolescents qui ont perdu "leurs deux papas ou leurs deux mamans" dans la tragédie. Et ici encore, l'Amérique a été forcée d'apprendre que les homo peuvent être des parents formidables et qu'on les pleure, comme n'importe quel parent. Au moment où se discutent les questions des unions homosexuelles et de l'homoparentalité, les attentats du 11 septembre ont, de manière inattendue, jeté la lumière sur ces couples et des parents homo exemplaires mais qui vivaient des vies discrètes et ordinaires.
Parmi les passagers des avions qui ont tenté de se battre contre les agresseurs, il y avait aussi des homo, comme en ont témoigné ceux qui les ont eu au téléphone, quelques minutes avant les crashs. Le plus célébre d'entre eux est le rugbyman Mark Bingham (bien qu'il était dans le placard avant sa mort, comme beaucoup de sportifs). Sa mère a écrit un très beau texte sur les dernières minutes de conversation avec lui et sur sa détermination à se battre aux côtés des autres passagers contre les terroristes.

Alors, aujourd'hui, je fais mémoire de toutes les victimes du terrorisme, y compris nos frères et soeurs homo. Mais surtout, je remercie le Seigneur pour les héros de ce jour, y compris les homo, comme le père Mychal Judge, comme certains des pompiers qui sont décédés dans la tragédie, comme Mark Bingham ou certains passagers des avions concernés.
Un moment de mémoire, mais aussi un moment de gratitude et de fierté.

Mychal Judge avec François d'Assise

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Sunday, September 09, 2007
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451. petit bateau deviendra grand
Une histoire à suivre: ça se déroule à Amsterdam (lire l'article ici), une ville qui n'est pas à sa première innovation, en particulier en faveur des minorités sexuelles. Je dois avouer que c'est particulièrement osé et "pragmatique" (deux qualités hollandaises, ces dernières décennies). Je vous traduis l'articulet.
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Une organisation officielle défendant les intérêts des citoyens homosexuels, le COC, a lancé un site web qui se concentre entièrement sur le fait d'encadrer les contacts entre garçons et filles homosexuels âgés de moins de 16 ans. Depuis aujourd'hui (le 6 septembre 2007), le groupe Jong&Out (litt. Jeune et Out), la branche jeune du COC va rendre possible pour de "jeunes gays" de rédiger un profil et d'entrer en contact avec leurs pairs. Le nouveau site (jongenout.nl) est l'initiative d'un certain nombre d'enfants (litt. children) qui avaient créé une péniche pour la Gay Pride navale sur les canaux d'Amsterdam le mois dernier. Une action approuvée, après quelques réserves exprimées au départ, par le Ministre de l'Émancipation, Ronarld Plasterk et le Maire de la ville, Job Cohen.
Le risque que ces contacts servent à des rencontres sexuelles n'est pas très inquiétant parce que le groupe cible n'est pas vraiment à l'âge où ces questions se posent, déclare le COC. "Pour des jeunes de cet âge, la raison principale de cette recherche de contacts est d'abord le diagogue, la discussion sur leurs doutes et les sentiments qu'ils éprouvent", obsèrve le président de COC, Frank van Dalen. Les moins de 16 ans de Jong&Out se chargent eux-mêmes de la gestion du site web. Le COC joue rôle de soutien, avec un accent particulier sur le fait de s'assurer que le site n'est pas visité par des pédophiles.
----------- (fin de la traduction)
Qu'est-ce que vous en pensez? Pour ma part, j'aurais aimé avoir cette possibilité à 14 ou 15 ans. Quant au rêve qu'une pareille association puisse exister pour de jeunes homo catholiques... J'ai souligné l'usage de 'children' au lieu de 'teenagers' pour parler de ceux qui ont monté cette péniche à la Gay Pride navale d'Amsterdam. Je dirais que c'est un terme qui se réfère à des moins de 12 ans... Je sais que les homophobes vont hurler de rage et que les gens mal informés vont trouver que c'est affreusement jeune pour "coincer définitivement des enfants dans des comportements nuisibles à leur existence". Néanmoins, je trouve ça plus que symbolique qu'un pays reconnaisse publiquement qu'on peut s'affirmer homo à l'âge de l'enfance et que ce ne soit pas un sujet d'inquiétude pour les autorités. Je suis envieux d'un pays qui utilise de l'argent public pour les jeunes homo puissent grandir fiers de ce qu'ils sont et de ce qu'ils apportent à la société. Un pays qui considère ces jeunes homo comme une richesse, et non des "anormaux" à soigner. Et vive les Pays-Bas!
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Friday, September 07, 2007
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450. noces du Nouvel Adam
Le Souverain Pontife est attendu à Vienne pour une visite de trois jours. Et des groupes de jeunes gay l'attendent de pied ferme. Et notamment pour lui faire savoir qu'ils réprouvent l'opposition pontificale à toute forme d'union homo. Je ne sais pas du coup quelles formes vont prendre ces manifestations. J'espère surtout qu'elles auront le sens de l'humour. Mais je crois surtout que le pape n'aura certainement aucune chance de rencontrer ces manifestants. Tout au plus en verra-t-il des images à la télé, et encore. Faut-il encourager ces manifestations d'homo lors de visites pontificales? Pourquoi pas. Néanmoins, je tiens a souligner que la meilleure manière de montrer aux officiels catholiques qu'ils sont ignorants dans le domaine des minorités sexuelles, c'est d'abord de leur montrer des couples homo heureux et des gay qui n'ont pas honte de ce qu'ils sont. On oublie trop souvent que le fondement de la morale catholique, c'est que "le mal fait du mal" et que tout le discours sur l'homosexualité se résume à un seul point: "c'est mauvais pour vous, ne le faites pas". Dès lors, je suis d'avis qu'il n'y a qu'une manière de provoquer un "éveil moral" chez les moralistes vaticans, c'est de leur montrer qu'en soi l'homosexualité n'est ni bonne ni mauvais (comme le fait d'être gaucher) mais que tout dépend des choix de vies de chacun. Ainsi, pour illustrer mon propos, je suis tombé sur la page de l'auteure d'un livre intitulé "Jesus in Love: Art That Dares" (Jésus amoureux: quand l'Art ose). Kittredge Cherry est épiscopalienne et prêtre. La ligne de base de sa réflexion est la suivante: c'est le propre des artistes de représenter le Christ de manière à provoquer notre identification. Un Christ "noir" ou améridien ou chinois, un Christ "femme", et pourquoi pas un Christ "homo". L'art occidental, dès le Moyen-Âge, nous a habitué à ces représentations. Bien que ce soit surtout la 2ème moitié du 20ème siècle où les artistes ont été le plus "provocant" en la matière. Pour donner un exemple, cette Crucifixion de Becki Jane Harrelson, qui représente le mot "faggot" (litt. "pédé") à la place du traditionnel I.N.R.I.

Ou encore ce "Adam et le Nouvel Adam", de Gary Speziale, dans lequel le Christ, Nouvel Adam, couronne le premier Adam comme un époux, tout en lui insufflant un Esprit nouveau, une nouvelle haleine de vie (selon le récit de la création dans la Genèse) comme s'il s'agissait de nouvelles noces d'une humanité renouvelée et re-créée.

Enfin, du même auteur, un excellent petit livre que l'on peut trouver en France et en Belgique, via Amazon.fr, et qui reprend une série de propositions de cérémonies pour célébrer chrétiennement les étapes de la vie pour et avec des minorités sexuelles: couples, funérailles, maladies, etc. Le titre est Equal Rites, et les quelques pages que j'ai parcourues me semblent une bonne base pour réfléchir à des liturgies "homo inclus".

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Monday, July 16, 2007
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449. hochepot du lundi
On vient de me faire parvenir cet extrait du Monde de jeudi dernier. Quelqu'un a lu ce livre ou sait de quoi il s'agit? La question de l'origine de l'homosexualité étant un point central, notamment dans la morale catholique, je me demande ce que vaut cette publication. Une chose est évidente: l'essentiel sur le sujet a été écrit en anglais et n'est traduit qu'avec parfois dix ans de retard en français. On peut se demander si les moralistes catholiques "dans la bonne ligne" ont eu accès à ces études. L'usage de termes comme "personnes à tendance homosexuelles" me fait au contraire penser qu'il n'y a pas encore eu de mise à jour scientifique sur le sujet.
Et même si officiellement le Vatican ne l'affirme pas, beaucoup de Catholiques (même parmi les évêques) pensent encore que l'homosexualité est contagieuse.
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La ville de Rome vient d'inaugurer mercredi un Largo Paolo Seganti, (on pourrait traduire "largo" par place ou square) du nom d'un homo de 39 ans sauvagement assassiné dans un parc en juillet 2005. Un très beau geste, je trouve. D'autant que la barbarie de cet assassinat avait choqué les esprits à Rome et dans toute l'Italie. L'ironie de l'histoire, c'est que "Paolo Seganti" est aussi le nom de l'acteur (très "décoratif") qui joue le rôle titre dans la série télé "Largo Winch", tirée de la série BD homonyme bien connue.
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Je lis régulièrement, comme par exemple ici à Liverpool, que des associations homo catholiques ne sont plus autorisées à tenir des réunions ou à célébrer dans des lieux catholiques.
Beaucoup de ces associations crient au scandale, mais je voudrais simplement rappeler que, depuis 1986, il est strictement interdit à toute institution catholique d'accepter dans ses murs la tenue d'une réunion ou d'une célébration qui pourraient publiquement mettre en cause la doctrine officielle catholique sur l'homosexualité. Ce qui m'étonne, c'est que cette règle ait été méconnue par beaucoup de paroisses, d'écoles ou d'universités catholiques (Dieu les bénisse). Et ceux d'entre vous qui participent à des groupes se réunissant dans de telles institutions devraient les remercier profusément pour l'espèce d'illégalité dans laquelles elles se placent par homophilie.
Néanmoins, il n'est pas étonnant que, vu le climat actuel, ce règlement de 1986 soit remis en vigeur. D'ailleurs, dans tous les domaines, la sévérité est à l'honneur et pas seulement dans le domaine de l'homosexualité. En fait, les "locaux" catholiques ne vont bientôt plus servir qu'à des groupes "garantis catholiques bon tein". Et je peux vous l'assurer: ça veut dire une acception à 100% de la doctrine officielle de l'Église, et pas 90 ou même 95%.
Dans le cas de Liverpool ou dans d'autres, on voit qu'il serait plus facile à un groupe bouddhiste d'utiliser des locaux paroissiaux catholiques qu'à un groupe d'homosexuels catholiques... Je n'ai rien contre l'hospitalité vis-à-vis des bouddhistes, bien sûr... Mais considérer qu'être en désaccord avec la doctrine officielle de l'Église sur l'homosexualité vous bannit de l'usage de "locaux" catholiques, je trouve ça un peu outrancier et, faut-il le dire, peu chrétien...
Qu'est-ce que ça va provoquer? Moi, je l'analyse comme ça: de plus en plus d'associations catholiques vont se croire obligées de faire dans la surenchère pour proclamer haut et fort qu'elles sont "totalement" catholique. Et donc, fini le sens de la nuance, fini la main tendue aux autres religions ou confessions chrétiennes, fini l'accueil des gens "à la marge"... On entre dans un temps d'affirmation identitaire total...
Or, je me trompe ou bien les sociologues ont démontré que l'affirmation identitaire forte n'est pas le signe d'une organisation forte mais au contraire d'une organisation en voie d'explosion?
Quand on a tellement besoin de ré-affirmer sans cesse son identité ou son appartenance à un groupe ou à une institution, il me semble que c'est un signe de faiblesse.
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Saturday, July 07, 2007
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448. détruire ton visage
La violence homophobe est un fait millénaire. Vous voulez parier qu'on a tapé sur des pédé pratiquement depuis les débuts de l'humanité? Car à part quelques cultures qui en ont fait des êtres semi-religieux, la tendance générale, c'est tout de même de les traiter en sous-humains. Ceci dit, je ne crois pas avoir lu trace de violence homophobe chez les animaux...
Par contre, que cette violence homophobe existe encore dans des sociétés comme les nôtres, j'avoue mon étonnement permanent. Tout comme d'ailleurs j'ai du mal à comprendre qu'il y ait des gens aujorud'hui pour adopter des attitudes racistes, sexistes ou anti-sémites. Souvent, je mets ça sur le compte de l'ignorance de l'Histoire, ou même tout simplement de l'ignorance de l'autre.
Mais je tiens aussi à ce que les faits soient connus: on ne parlera plus de la même manière des pédé le jour où les agressions homophobes seront plus souvent diffusées que dans les seuls média gay. J'en veux pour preuve l'opinion de cette avocate qui travaille chez SOS Homophobie, et qui est frappée par le « déploiement de violence » dans ce type d'affaires homophobes. « Régulièrement, la victime se fait tabasser le visage. Il y a comme une volonté de détruire l'identité de l'autre », s'indigne Caroline Mécary.
Les agresseurs de Bruno Wiel (sur la photo) s'étaient eux aussi acharnés sur son visage, comme vous pouvez le lire dans le même article. Il y a quelques jours, on a mis en examens ses trois agresseurs présumés, âgés de 20 et 22 ans. On se souvient que le 21 juillet 2006, Bruno Wiel, un homo de 28 ans, avait été retrouvé nu et le corps couvert d'ecchymoses à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Les trois agresseurs l'avaient enlevé la veille dans le quartier du Marais à Paris, dans le but de le voler, et se seraient ensuite déchaînés sur lui en raison de son homosexualité, avant de l'abandonner dans un parc. Bruno Wiel avait été plongée, durant un mois, dans un coma artificiel dont il est sorti. Mais les médecins réservent toujours leur pronostic.

Et puis il y a l'histoire d'Alexis Frumin, retrouvé noyé le 16 juin près de Reims (dont je n'ai pas trouvé de photo). Âgé d'une vingtaine d'années, il avait été frappé et torturé chez lui avant d'être jeté à l'eau. Quatre jeunes gens, dont deux mineurs de 17 ans, ont reconnu les faits. Selon la procureure de Reims, ils «disent s'en être pris à ce jeune homme parce qu'il avait le teint basané et qui leur semblait un peu efféminé». Elle n'a cependant pas souhaité retenir les qualificatifs de crime raciste et homophobe car, selon elle, «ce n'est pas suffisamment avéré». On a tout de même appris que dans la journée du 9 juin, ils auraient torturé leur «souffre-douleur» sur fond de musique et de chants nazis, dans l'appartement de la jeune femme qui hébergeait la victime. Ils auraient ensuite emmené Alexis Frumin dans un parc, pour lui faire subir à nouveau des violences, puis le jeter dans la rivière. Un meurtre qui n'est pas sans rappeler celui, en septembre 2002 dans la même ville, de François Chenu, homosexuel torturé et noyé par trois jeunes proches des mouvements skinheads (lire Têtu au 24 octobre 2002).

Je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que, pour une violence majeure (comme ces agressions meurtrières), il y a aussi des centaines de petites agressions mineures. Des harcèlements, des coups, des menaces qui, le plus souvent, ne sont pas rapportées à la police. En partie par honte d'avouer qu'on est homo, en partie parce que la police est débordée de travail, en partie parce que l'idée d'une enquête qui obligerait à se retrouver devant son agresseur est insupportable. Le témoignage que je rapportais il y a deux ans d'un de nos pédéblogueurs favoris est en cela encore largement d'actualité.
Mais surtout, c'est la conscience de ses "martyrs" qui construit une communauté, me semble-t-il. Il y a des noms dont il faudrait se souvenir régulièrement, les redire comme on redit une liste de martyrs. Comme ces vétérans qui empêchent qu'on oublie les morts de guerres passées en lisant publiquement des listes de disparus. Car, de fait, si plus personne n'est là pour lire ces noms, alors la violence va revenir.
Un exemple: pour se souvenir de Jody Dobrowsky, batty à mort l'an dernier, sa maman et une série d'homophiles ont planté un petit jardin fleuri à Epsom. Je trouve que c'est très approprié. Pour en voir la vidéo, cliquez ici.

J'ai également lu quelque part que Reims prévoyait de baptiser une rue du nom de François Chenu. Une autre belle initiative.
C'est l'oubli des violences homophobes passées qui les rend possibles aujourd'hui. Chacun de nos morts devrait provoquer un hurlement collectif à la face du Ciel. Notre indignation pour chaque visage tabassé devrait retentir longuement dans les couloirs des assemblées publiques, sous les voûtes des églises, dans les rues.
Les monuments à nos morts devraient remplir les villes. Les lieux où ils ont été torturé et massacrés devraient être marqués de croix. Leurs visages devraient être publiés chaque fois que quelqu'un écrit des propos homophobes. Plus que les mots, ces visages sont nos meilleurs arguments. Si vous saviez le mal que j'ai eu à trouvé quelques photos de ceux dont je vous ai parlé plus haut!
En fait, tant que les victimes ne crient pas et ne hurlent pas très fort, pourquoi l'agresseur s'arrêterait-il de frapper? Pourquoi les autres viendraient-ils à son aide?
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Wednesday, July 04, 2007
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447. ce drôle de petit col blanc
Si vous n'écoutez rien en ce moment, un petit conseil musical (cliquez ci-dessous): Steve Nieve "Welcome To The Voice"

Les évêques catholiques américains ont enfin compris que, pour défendre l'idéal de la famille, il y avait plus urgent à faire que de mener campagne contre le mariage gay. Ces derniers mois, on ne voyait pratiquement un évêque à la télé que pour interdire, fustiger, menacer, condamner, et en particulier sur le mariage homo. Ce qui faisait grincer des dents à beaucoup: comment ces types avec leur drôle de petit col blanc osent-ils nous dire quoi faire de notre sexualité alors qu'ils ont été aussi minables dans la gestion de leurs pédophiles? Il est clair que ce n'est le moment d'être en col dit romain et de parler sexualité en public, et pas seulement aux États-Unis mais dans de nombreux pays où il y a eu des scandales de prêtres violeurs (d'enfants, d'adolescents ou d'adultes).
Sans parler du fait qu'un groupe de sexagénaires célibataires depuis leur jeunesse et ayant toujours vécu le cul dans le beurre vienne dire aux gens jour après jour comment ils doivent mener leur sexualité, ça semble à tout le moins friser l'incompétence, sinon l'absurdité.
Heureusement, les évêques ont changé leur tactique médiatique avec la campagne: Qu'avez-vous fait pour soutenir votre mariage? ("What have you done for your marriage today?") Une campagne qui rappelle, très justement, que ce sont les mille petites choses de la vie de tous les jours qui soutiennent un couple marié, en particulier après de nombreuses années de vie commune. Pour ceux qui le désirent, un site web est disponible à l'adresse For Your Marriage.
C'est clair qu'en lisant ce site web, vous ne verrez pas une ligne pour aider les couples homo à progresser. Mais, franchement, la plupart des choses qui sont dites pour les couples hétéro valent aussi pour les couples homo. Et c'est là qu'on voit l'ignorance de ceux qui combattent le mariage homo comme insultant ou mettant en danger l'institution du mariage.
Plus largement, au lieu de diaboliser le prétendu lobby gay, les évêques américains se sont rendus compte qu'il était temps de mettre leurs énergies (leurs finances et leur puissance médiatique) à promouvoir ce en quoi ils croient au lieu de toujours pointer du doigt sur les "sales ennemis responsables de tous nos malheurs".
Ils ont même insisté, les évêques, pour dire que cette campagne était d'abord une initiative de laïcs et de couples qui ont été largement moteurs, et pas seulement consultants. Encore heureux: si ce sont des écclésiastiques qui doivent expliquer aux gens mariés les petits gestes quotidiens pour faire fleurir un couple, bonjour les dégâts.
Il faut dire qu'avec la diminution dramatique du nombre de mariage dans la société civile, l'explosion du nombre de couples non-mariés (et n'ayant pas l'intention de l'être) et le nombre de divorce qui dépasse la moitié de celui des mariages, l'avenir même de l'Église Catholique américaine se joue sur la prochaine génération. Car, comme le dit le porte-parole des évêques qui présentait cette campagne, la plupart des Catholiques actuels ont découvert la foi durant leur enfance. Et si les parents n'amènent plus leurs enfants dans les églises, celles-ci devront fermer. On a "fait semblant" pendant un certain temps avec l'afflux d'immigrés récents (noirs haïtiens, mexicains et autres latino, philippins) mais il faut se rendre à l'évidence: leurs familles prennent le même chemin désastreux que les "purs-blancs".
Et j'aimerais lui répondre, à ce bon monsieur: et pourquoi refusez-vous l'aide des homo dans la promotion des valeurs familiales, et en particulier dans la promotion du mariage? Au lieu de ça, on va s'unir à des mouvements christianistes dont les valeurs familiales sont jurassiques et la vision de la femme à la limite sexiste.
Ainsi, l'Espagne, qui vient de vivre une splendide EuroPride, et qui est l'un des rares pays à traiter à égalité mariage hétéro et mariage homo, a connu des milliers de mariage gay. Au lieu de se lancer dans des diatribes hystériques (comparant les homophiles aux nazi, ce qui est un comble pour d'anciens franquistes), les évêques espagnols auraient mieux fait de saluer le "coup de chapeau" que les revendications homo représentent pour l'institution du mariage qu'ils veulent promouvoir.
Ceci étant dit, autant je salue l'initiative médiatique des évêques américains, autant (en allant visiter le site en question), je trouve qu'ils restent à un niveau très "schtroumph à lunettes", sentencieux et plutôt paternaliste. En gros le toujours permanent "faites ceci, ne faites pas ça, attention à ça". On reste encore dans une présentation du mariage sur le modèle de la belle "vitrine". Tout est tellement raisonnable, pépère et bourgeois. On voudrait un peu plus d'aventure, de feu, de passion.
Rendez-nous les grandes histoires d'amour qui font les magnifiques mariages!
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Tuesday, July 03, 2007
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446. la peste et le choléra
Si vous n'écoutez rien en ce moment, un petit conseil musical (cliquez ci-dessous): Handel "Il Trionfo Del Tempo E Del Disinganno - Haim (Sonia Prina)"

Merci de vos prières. Le Seigneur nous écoute quand nous crions vers lui. Et j'ai décidé que, même si je crains le pire pour lundi prochain (et je vous assure que j'ai de l'imagination), je ne vais pas me laisser abattre. Comme disait l'autre, "on s'inquiètera de trouver un pont quand on arrivera à la rivière". N'empêche, je m'étonne toujours de la capacité du milieu catholique à traiter ses propres gens avec cruauté, bien sûr avec les intentions les plus pures et les plus sublimes. Comme disait le cardinal de Lubac: "avec des amis comme ça, on n'a plus besoin d'ennemis". Donc, d'ici lundi, continuez à faire jouer tout le crédit céleste dont vous jouissez.
Dans la catégorie "où l'homophobie va encore se nicher", il y a toute une liste de pseudo recherches scientifiques, des articles diffusés par des charlatans homophobes afin d'influencer leurs Églises mais aussi les hommes politiques qui doivent décider de l'allocation de fonds publics. Il se fait que, par hasard, j'ai trouvé un résumé de ces allégations. Je n'aime pas l'idée de fournir un lien vers ces sites (ça fait monter leurs compteurs), mais il me semble que c'est aussi l'occasion de leur laisser un commentaire "bien senti".
Tout d'abord, on apprend que l'homosexualité fait plus de morts que le tabac. Ben voyons. Et donc, disent ces "chercheurs", il faut que le législateur consacre au moins autant (sinon plus) d'argent à financer des campagnes pour s'opposer au "style de vie homosexuel" qu'il n'en dépense contre le tabagisme.
Je lis clairement dans l'article que tous ces risques de plus grande mortalité viennent du fait que ces homo sont tous des enculés. Une question que j'ai traitée de façon définitive (comme on dit chez certains théologiens) dans un article intitulé Marre de l'Enculé.
Ceci dit, je ne serais pas surpris (s'il y avait une étude sérieusement faite) que l'on montre que les minorités sexuelles ont une mortalité importante (et peut-être plus que les fumeurs, qui sait, je ne l'exclus pas). Mais cette mortalité vient de la violence à leur égard ou de leur suicide, de leur haine de soi. Pas de leur identité.
C'est un peu comme les études qui prouvent qu'être Noir est plus mortel qu'être Blanc. Et donc, à vous de choisir, devenez Blanc...
Ensuite, le mythe que les homo ont plus d'argent à dépenser est totalement faux... vu qu'ils vivent moins longtemps. Donc, toujours selon l'article, les villes ou les quartiers qui ont accueilli les homo à bras ouverts vont tout droit à la déception financière et immobilière. Ben voyons. Et donc chassez les pédé de vos quartiers parce qu'ils vont faire diminuer la moyenne des revenus par habitant et faire baisser la valeur des immeubles. Là encore, une étude sérieuse pourrait, de fait, montrer que les homo ne sont pas plus riches que les autres, si l'on comparait l'échantillon avec des couples hétéro sans enfants et des célibataires hétéro. Mais il faudrait encore trouver un échatillon homo suffisamment représentatif pour tenir une statistique.
Autre affirmation: la promotion des pseudo droits homosexuels entraîne à faire la promotion d'une mortalité plus hâtive. Ben voyons. Si choisir d'être pédé vous fait mourir plus jeune, forcément plus il y aura d'homo et plus il y aura plus de morts jeunes. L'idée que les minorités sexuelles sont statistiquement une population stable (et donc "naturelle") est forcément une impossibilité, n'est-ce pas. Il y a plus de pédé puisqu'on en voit plus. Le placard n'existe pas, n'est-ce pas, sauf que c'est là que les homo devraient retourner.
Une autre bien bonne: les législateurs devraient permettre aux compagnies d'assurance de faire payer des primes plus élevées aux homo... puisqu'ils présentent des risques plus grands de mourir ou d'attrapper des maladies graves. Ben voyons. Et si vous êtes homo, Afro-américain et fumeur, il n'y aura aucune chance que vous trouviez un assureur.
Une à qui j'accorde le pompon: si l'on a vraiment à coeur la santé et le bonheur des homo, il faudrait diminuer leurs droits au lieu de les augmenter. Là, je dis que c'est l'un des morceaux les plus juteux dans la panoplie homophobe. D'ailleurs souvent utilisé dans le monde religieux. Le style: c'est pour ton bien, mon fils, tu me hais maintenant mais moi je t'aime et tu me remercieras plus tard, tu verras.
Et de conclure l'article de façon brillante (c'est moi qui traduit): Les gens ont bien sûr le droit de vivre comme ils veulent, pourvu qu'ils ne mettent personne en danger (encore heureux, dis-je). Ils peuvent bouffer de la viande jusqu'à exploser, s'ils veulent. Ou fumer du tabac jusqu'à en crever. Mais l'argent du contribuable ne doit pas servir à encourager ces choix mortels. Notre foi dans les droits de l'homme (ben voyons) ne nous autorise pas à nous retrancher derrière le mur de l'ignorance quand il s'agit de connaître les effets désastreux de ces choix de vie.
En gros, libre aux homo de choisir la peste ou le choléra, mais c'est notre rôle (à nous les Chrétiens croyants et responsables) de rappeler la conséquence de ces choix et surtout de dire que "c'est bien fait" le jour où ils en crèvent.
Je ne minimise pas des articles comme celui-là parce qu'il représente un "glissement dans l'homophobie". Ce que j'ai déjà appelé "l'homophobie light", très présente par exemple au sommet de l'Église Catholique: "nous disons toutes ces choses pour votre bien, parce que vous ne voyez pas à quel point le choix de l'homosexualité est mauvais pour vous, c'est mal".
Et j'ai en tête l'un ou l'autre homosexuel catholique qui y croit, qui est persuadé que le fait qu'il soit malheureux ou déprimé provient de son homosexualité, alors que cela provient du traitement des minorités sexuelles par les sociétés et les Églises. Il n'y a rien de plus affreux que de voir des homo catholiques qui détestent ce qu'ils sont alors qu'ils pourraient y voir un don magnifique que Dieu leur a fait.
Ces "résumés" pseudo scientifiques circulent de plus en plus dans le monde anglophone, et on les voit apparaître dans tous les parlements ou les tribunaux où il est question de droits des minorités sexuelles. Ce sont aussi des "argumentaires" que j'ai vu utilisés par des groupes de jeunes "évangélisateurs". Je ne serais d'ailleurs pas étonné de le voir bientôt apparaître dans "nos" groupements catholiques spécialisés dans les missions de rue ou d'évangélisation "à la sauvette", comme on l'a vu dans des communautés protestantes d'orientation "évangélique". On a vu des meutes entières de ces évangélisateurs en herbe lors de grands congrès comme Paris-Toussaint 2004, Lisbonne-Toussaint 2005 et Bruxelles-Toussaint 2006. Et je vous parie que ces "argumentaires" vont aussi être diffusés à Budapest à l'automne prochain.
Par contre, je ne connais pas de "contre-argumentaire" en français sur le même sujet. On commence certes à en voir pour les questions bibliques ou exégétiques, c'est vrai. Mais une réponse à ces arguments pseudo scientifiques manque, d'après moi, dans le monde francophone. Si vous m'en fournissez un, je vous récompenserai comme vous le méritez.
Enfin, selon moi, il n'y a qu'une manière de combattre ces conneries et ce blabla de charlatans: la visibilité de notre bonheur. C'est le réel qui combat les préjugés, pas les contre-arguments. Que l'on sache et que l'on voit qu'il y a des homo heureux d'aimer, de vivre en couples et en familles, heureux de leurs amitiés. Que l'on sache que tous les parents ne sont pas malheureux d'avoir des enfants homo, et beaucoup sont fiers d'eux.
Et dans le monde catholique: que l'on sache qu'il y a des homosexuels catholiques, heureux de ces deux parts de leur vie, réconciliés et sereins dans leur sexualité et leur foi.
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Saturday, June 30, 2007
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445. vivre comme des frères
Si vous n'écoutez rien en ce moment, un petit conseil musical (cliquez ci-dessous): Sanseverino "Exactement"

Il y a longtemps que je voulais revenir sur le fameux Ordo Ad Fratres Faciendum ou Aldelphopoiesis, en francais Affrairement. En fait, le terme n'était plus utilisé que dans certains coins reculés de l'Orthodoxie ou bien par des médiévistes spécialisés dans les contrats civils. Il existe aussi un petit "Office" en latin (plus cours que l'office de la tradition byzantine), un rite pour "affrairer" (littéralement "faire des frères") dont je n'ai hélas trouvé sur internet qu'une traduction anglaise.
Mais, beaucoup d'entre vous le savent, le terme est revenu (depuis de le début des années 90) à l'avant-plan des discussions sur les minorités sexuelles grâce au livre de John Boswell, "Unions de Même Sexe". Je suis tombé amoureux de cet homme au premier regard et, faut-il le dire, ce Catholique converti et historien de talent avait un charme et une allure superbes. Particulièrement, quand il parlait de sa vie de sidéen chrétien, on en avait les larmes aux yeux. Aujourd'hui encore, je pense qu'il s'agit d'un des homo les plus importants du 20ème siècle, pour son influence et la place qu'il a pris dans la prise de conscience de l'Histoire des minorités sexuelles, en particulier dans le domaine religieux et chrétien.

Vous n'ignorez pas non plus le déluge d'hystérie que son livre a produit dans les milieux homophobes catholiques et orthodoxes. Au mieux, ses arguments ont été balayés d'un revers de la main (alors qu'il a tout de même été 20 ans dans le département "Histoire" de la prestigieuse université de Yale). Dans beaucoup de cercles, la simple mention de son livre vous fait passer pour un demeuré. Le discrédit de son oeuvre se résume en un mot: anachronisme. Ou parfois "reconstructivisme", mais c'est la même chose. Selon ses opposants (surtout en dehors des cercles académiques), il a transposé une lecture actuelle du mariage et du couple, à des pratiques antiques.
Il est clair que, s'il avait vécu, John Boswell aurait précisé ou mieux documenté certains de ses propos. Sans parler de découvertes ultérieures qu'il aurait pu faire. Les quelques dizaines de documents inédits qu'il a littéralement déterrés n'ont pas été utilisés de la même manière par d'autres historiens qui ont pris sa relève. Plus simplement, s'il avait vécu, il y a des méchancetés homophobes auxquelles il aurait répondu et qui, aujourd'hui, restent "impunies".
Les historiens que j'ai consultés (deux à Harvard, un à Georgetown, un à Oxford et trois à l'UCLA), et dont j'admets qu'ils étaient tous gay, sont beaucoup plus nuancés et tous admettent qu'il a apporté, à tout le moins, une redécouverte de ce domaine tout à fait oublié de l'Histoire. Beaucoup disent tout simplement: il est mort et les défauts de son oeuvre ne sont, hélas, plus réparables. Et ils soulignent, une fois de plus, que la plupart des détracteurs de John Boswell n'ont pas été plus loin que la lecture de son introduction (sinon même de la jacquette).
Il semble clair que jusqu'au 13ème, l'affrairement était une union souvent considérée comme parfaitement valide et exclusive du mariage hétéro. Certains disent même qu'il était considéré parfois comme "plus parfait" que l'union hétéro parce que la "domination de l'instinct de procréation" en était exclue. Néanmoins, quand le mariage a reçu la "qualité" de sacrement (en Occident, avec le concile du Latran en 1215), il est devenu clair que les autres formes d'unions allaient passer dans l'ombre. Par ailleurs, c'est vers cette époque également que l'homophobie (parfois violente) est devenue banale en Occident. Comment, alors, ne pas dire un mal extrême de cérémonies comme l'affrairement?
Il est évident, pour John Boswell, que l'Ordo Ad Fratres Faciendum (ou affrairement), n'avait pas qu'une seule fonction dans la société. Il n'a jamais dit que c'était partout et à toutes les époques une manière détournée de marier des hommes entre eux. Justement, ça ce serait de l'anachronisme ou du reconstructivisme. C'est un peu facile de nier qu'il est un historien d'une réputation incontestable dans sa profession. Comme s'il allait faire des erreurs de débutant dans son propre métier!
Bien sûr qu'il savait que cette cérémonie était une sorte de christianisation du rituel des "frères de sang" pratiquée avant l'évangélisation de l'Europe, et notamment des peuples occidentaux (un rituel qu'on trouve encore dans chez les Amérindiens, par exemple). Il est clair aussi que, très souvent, cette cérémonie avait en premier lieu pour but de mettre en commun des biens, des terres, des royaumes (pour créer des espèces d'indivisions) en faisant "comme si" ils n'étaient "qu'une seule chair". On retrouve des traces documentées d'affrairement... entre parents, mais aussi entre rois, entre partenaires commerciaux, etc.
Plus récemment (on parle du 9ème, ici), la cérémonie est devenue moins "pragmatique", avec des affrairements de religieux, de chevaliers ou de soldats, mais aussi d'universitaires ou d'artistes. Pour plus de détails, je vous remets à son livre.
Attention, il ne s'agit pas de variantes de la pédérastie "à la grecque", avec un jeune qui s'unirait à un plus âgé pour devenir son disciples ou son "fils spirituel". On parle bien d'affrairement, c'est-à-dire d'une relation relativement égale, avec deux personnes qui s'adoptent comme "frères".
Mais là où John Boswell pose une question qui fait hurler les homophobes, c'est quand il dit: "Et parmi toutes ces possibilités, pourquoi avez-vous systématiquement ignoré ou caché celles qui semblent indiquer qu'il y a eu des affrairements entre hommes qui s'aimaient et qui se sont unis pour la vie?" Et de citer une série de cas qui montrent bien qu'il y avait bien plus que de l'amour fraternel (le fameux amour viril) dans certains récits d'affrairement. Le "silence" sur ces cas particuliers n'est-il pas, dit Boswell, une façon de nier que dans le passé des unions de même sexe comportaient un lien romantique et affectif fort, semblable à celui du couple hétéro?
Ainsi, par exemple, des tombes de ces affrairés, où l'on peut lire qu'ils vécurent toute leur vie ensemble et qu'ils ont tout partagé: lit, maison, fortune (en cela, Boswell a été bien "vengé" par l'archéologie, j'en parlais dans la note 134). Ou bien ces affrairés qui se sont déclarés "trahis" et qui ont fait des procès à l'autre parce que l'un des deux s'est marié à une femme ou a accepté un affrairement avec un tiers. Ou encore ces monastères qui ont finalement interdit l'affrairement entre religieux parce que ça ressemblait beaucoup trop à des vies de couple (il y avait donc des "dérapages" dans une pratique généralement admise). On parle aussi de tel empereur byzantin qui a versé une pension à la mère du jeune homme auquel il avait été affrairé et qui venait de décéder, la plaçant ainsi au rang d'une "belle-mère" (c'est après la mort de son compagnon qu'il a épousé la femme qui devint impératrice).
John Boswell a aussi étudié la notion de chasteté attachée à ces affrairement, pour montrer qu'elle n'était pas significativement différente (dans les mots) à celle demandée à des époux. Même dans le mariage hétéro, il est demandé aux jeunes mariés de s'engager à vivre dans la chasteté. Ne leur disait-on pas de vivre comme des "frères et soeurs dans le Christ Jésus"? Dès lors, John Boswell invite à ne pas utiliser cet argument pour dire que les affrairés n'avaient pas une forme d'intimité physique. Simplement, ils étaient tenus de vivre leur affection "chrétiennement". De plus, l'époque méprisait un peu les rapports charnels pour favoriser des rapports plus "parfaits" (comme on le lit, par exemple, à propos de l'amour courtois).
Donc, je voudrais faire justice à John Boswell: il n'a jamais dit que toutes les cérémonies d'affrairement (ni même la majorité d'entre elles) étaient équivalentes aux mariages homo. Ce sont les homophobes qui lui font ce mauvais procès pour le discréditer.
Par contre, il nous a réconcilié avec notre histoire et notre passé, en tant que chrétiens et homo. Car il y a bien eu, tout au cours des siècles, des couples d'hommes qui s'aimaient, qui voulaient se donner l'un à l'autre pour la vie et qui se présentaient devant Dieu pour obtenir sa bénédiction. Et l'Église les a bénis au nom de Dieu, et cela pratiquement dès les temps apostoliques.
Voilà de quoi nous étions privés, avant John Boswell: de la connaissance de nos racines. Merci à lui de nous les avoir rendues.
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