Mon scan ne fonctionnant pas, je vous mets la retranscription intégrale d'un e-mail reçu par le Tageblatt (quotidien national luxembourgeois) et publié aujourd'hui, jeudi 6 septembre 2007, dans le courrier des lecteurs.
Ce qui est arrivé à cette femme et aux personnes qui l'accompagnaient est tout simplement dégueulasse mais reflète malheureusement la trop banale réalité quotidienne ici 
Je suis en train de vous envoyer le présent e-mail à cette heure-ci parce que pour la troisième nuit successive je n'arrive pas à dormir, telle est grande la révolte et le mal-être qui m'envahissent pour ce que j'ai subi.
La nuit de samedi passé, vers 1h30 du matin, moi, mon mari et un ami à nous avons décidé d'aller nous amuser et danser un peu à la discothèque Melusina. Peu après être entrés et parce que où nous nous trouvions au premier étage dans une zone où apparemment cette nuit l'on ne pouvait pas être, nous avons été invité à nous déplacer, mais mon mari a refusé parce qu'il y avait d'autres personnes qui se trouvaient dans cette zone. C'est alors que, après quelques insistances des deux côtés, un homme qui devait peser environ 100 kg et grand 1,90 m a donné un coup de poing à mon mari en faisant disparaître ses lunettes. Après quelques discussions on nous a jetés dehors par une sortie latérale. A peine devant la porte, les personnes de la sécurité de la discothèque ont commencé à nous pousser vers les escaliers en cirant que c'était une propriété privée et que nous n'avions pas le droit de rester là. C'est alors que, devant leur attitude et leur brutalité, j'ai décidé d'appeler la police pour porter plainte. Le temps que la police arrive, nous avons tous les trois été sauvagement agressés. En ce moment, mon mari a les deux yeux au beurre noir et n'arrive presque pas à bouger à cause des douleurs, tout comme notre ami. Moi-même, je me retrouve aussi avec un oeil au beurre noir, mais le mien, c'est la police qui me l'a fait. En effet, quand elle est arrivée sur place, les agents ont commencé à me pousser et à me parler en luxembourgeois.
Je leur ai dit que je ne comprenais pas le luxembourgeois et un d'entre eux m'a répondu (en français) qu'on est au Luxembourg et qu'au Luxembourg on parle le luxembourgeois. Quand je lui ai répondu que le français aussi était une langue officielle et que de toute façon il devait me parler dans une langue que je comprends, il m'a répondu que le français c'était pour la racaille.
Après cela et comme il continuait à me pousser, je lui ai dit sans cesse que c'était moi qui avait appelé la police et que je voulais porter plainte, que je ne comprenais pas ce qui était en train d'arriver. C'est à ce moment qu'il m'a poussée contre les barres de fer à l'entrée de la discothèque en criant qu'il m'avait déjà dit de me calmer. A bout de patience, je l'ai repoussé à mon tour. C'est là que lui et un autre policier m'ont écrasée contre lesdites barres et m'ont menottée avec tant de „gentillesse" que maintenant je me retrouve avec un doigt cassé, des contusions au poignet droit et à l'épaule gauche ainsi qu'avec un oeil droit au beurre noir. Après m'avoir embarquée, mon mari commence à crier qu'on était en train de m'agresser. Du coup, les policiers l'ont mis dans une autre voiture. Nous avons alors été emmenés au commissariat de la gare. Je n'ai pas revu mon mari cette nuit-là. Ce n'est qu'au lendemain matin que j'ai su qu'ils l'avaient emmené au poste d'Esch-sur-Alzette.
Une fois au commissariat, j'ai continué à répéter sans cesse que je ne comprenais pas comment c'était possible qu'en appelant la police pour se faire protéger et pour porter plainte contre quelqu'un on finisse brutalisé et enfermé par la même police tout en se moquant de moi et en me disant que j'allais passer la nuit dans une cellule. Lorsque j'ai refusé de faire des examens médicaux, le policier auquel je devais mon oeil au beurre noir a essayé de m'y forcer. Je lui ai demandé d'arrêter et d'appeler un de ses supérieurs qui ne tarda pas. J'ai alors à nouveau expliqué que je voulais porter plainte contre les videurs du Melusina et contre l'agent de police qui m'avait agressée. Le supérieur m'a alors tout simplement répondu: „Chaque chose à son temps". Il est parti et je ne l'ai plus revu. On m'a ensuite enfermée dans une cellule. Après environ deux heures un couple est entré avec deux policiers. L'homme avait été arrêté pour conduite en état d'ivresse. Un des policiers lui a dit: „Excusez-nous, ça sent mauvais ici, mais comme vous voyez ce n'est pas de notre faute."
Je lui ai demandé s'il parlait de moi et s'il croyait que c'était correct de me parler ainsi. C'est alors qu'il s'est moqué de moi, après quoi il m'a insultée de putain entre autres. Un peu plus tard, parce qu'ils n'arrêtaient pas de rire, mes nerfs ont lâché et j'ai commencé à pleurer. Ils sont tous venus voir ce qui se passait et se sont mis à rigoler. Un d'entre eux à même dit: „Et en plus elle est moche!"
Epuisée, j'ai fini par m'endormir un peu, et quand je me suis réveillée il y avait, à la porte de ma cellule, un grand morceau de „mousse brune" qui ressemblait fortement à des excréments. Je n'en croyais pas mes yeux!
J'ai alors regardé cette chose de plus près. Je l'ai touchée et j'en ai eu plein les mains, que j'ai ensuite nettoyées aux parois de ma cellule, pendant que chaque policier qui passait me demandait ce que c'était et que je devais nettoyer le tout. Je me suis même fait traitée de cochonne par une femme policier. Lorsque j'ai demandé si je pouvais aller aux toilettes on m'a répondu que je n'irais nulle part tant que je n'aurais pas nettoyé cette cochonnerie. Mais à la fin, après leur avoir dit que ce qu'ils faisaient n'était pas humain, j'ai quand même pu y aller. Ensuite, ils m'ont dit que normalement je devrais sortir à 11 heures (après 8 heures de détention), mais qu'avant je devais tout nettoyer. Je leur ai répondu qu'ils n'avaient pas le droit de faire ça et ils m'ont répété que si je ne le faisais pas, je ne sortirais pas. Et voilà, après une nuit entière d'humiliations et d'injures et après avoir nettoyé la cochonnerie dont je n'étais pas responsable et après m'avoir présenté un papier en luxembourgeois que je devais signer – apparemment pour confirmer qu'ils m'avaient rendu mes affaires -, je me suis retrouvée dehors dans le quartier de la gare à 15 kilomètres de chez moi, toute sale et avec un oeil au beurre noir. J'ai ensuite essayé d'appeler mon mari, mais son téléphone était encore éteint. Il n'a été relâché qu'à 15 heures de l'après-midi, quatre heures après moi - en détention illégale.
C'est le prix que j'ai payé pour avoir appelé la police. Mes parents m'ont toujours répété, depuis que j'étais toute petite, que si j'étais en détresse, en danger, si j'avais besoin de protection, d'appeler la police. Ils se sont sûrement trompés – ou bien ils parlaient d'une autre police. J'ai été avocate et j'ai été dans une école de magistrature, j'ai travaillé avec beaucoup de policiers et parfois il y avait quelques petits excès, mais jamais de ma vie je n'avais vu une chose pareille ou cru qu'elle pourrait arriver, au moins dans ce coin du monde dit civilisé.
Comme si tout le reste ne suffisait pas, l'épisode de la „mousse brune" est la chose la plus dégoûtante, la plus basse, la plus incroyable qui m'est jamais arrivée. C'est tout simplement incompréhensible qu'un agent de l'autorité publique puisse se permettre une chose pareille et que tout un poste ait pour seule réaction de m'obliger à nettoyer. Ça me dégoûte, c'est révoltant, c'est incroyable!
Margarida Alexandra Nogueira da Silva