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Je dis ça je dis rien Je dis ça je dis rien

willow



Last Updated: 7/4/2009

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Saturday, July 04, 2009 

Current mood:vaudou
 
C'est un truc adolescent, moitié mystique moitié naïf: emporter avec soi et au plus proche de sa peau un texte cher, et au bout d'un moment, on ne fait plus qu'un: qu'il se distille en mini-doses comme un patch ultra-sophistiqué; que l'encre fonde, s'insinue dans les pores et se laisse aspirer par les courants sanguins; mieux, qu'il se redessine en tatouage négatif.
C'est un truc un peu païen - version pastel - , un truc d'apprenti sorcier. Porté sur le coeur, le texte en adopte la pulsation pour un slow interminable. Il joue le rôle d'un gilet pare-balles, en mon for intérieur je ne crains personne.
J'ai fait ça. D'abord passé quelques heures de mauvais cours à écrire des vers sur mes lignes de vie et d'amour et puis serré les mains. Puis j'ai scotché un bout de papier là où c'est blanc, là où c'est chaud, là où ça cogne. Parfois même j'ai eu le sentiment que c'était moi qui étais scotchée au papier.


C'est passé, je ne suis plus scotchée à rien. Merci de ne pas me demander si c'est mieux ainsi. C'est passé, mais l'autre jour dans le train, je lisais 'Tokyo-Montana Express', de Richard Brautigan. Plus précisément, je l'avais fini le matin même et en relisais les meilleurs passages, les passages les plus poignants - il se trouve qu'à mon avis, le mot poignant a été limite inventé pour Brautigan: ça vous prend le coeur, et un bon bout d'estomac, ça serre les poings, assez lentement, au début on ne sent pas grand chose, puis il y a un moment où c'est douloureux et après c'est encore autre chose... Dans ce recueil, c'est assez net.


'Un jour que c'était dans sa vie il comprit soudain qu'il avait plus de très bons amis morts qu'il n'en avait de vivants. La première fois que ça lui traversa l'esprit, il passa toute une après-midi à retourner des milliers de gens dans sa tête. Comme on ferait des pages d'un annuaire du téléphone. Pour voir si c'était bien vrai.
Ca l'était. Il ne sut pas quoi en penser. Il commença par se sentir triste. Et puis, lentement, la tristesse fit place à rien du tout et ça, c'était déjà mieux. Ce fut comme de ne pas voir que le vent souffle quand il fait tempête.
Comme d 'avoir l'esprit ailleurs.
Là-bas, il n'y a pas de vent.'
                                                                                   De très bons amis, morts.


Bon, et je me suis endormie, avec le livre ouvert sur le coeur. A un moment, je suis sortie du sommeil, sans pour autant me réveiller, en me demandant où j'étais. Ca m'a paru durer très longtemps, j'étais convaincue d'être dans le Montana. Que je traversais le Montana en train. Et c'est devenu une obsession cette histoire...


Je dis ça, je dis rien
Sunday, October 12, 2008 

Current mood:contrainte et forcée

Liste des contraintes: (mots ou expressions à insérer, sujets à aborder ou pas)

- cagou

- que cela ne parle pas de la famille royale française actuelle

- rampe

- crédit

- un événement du règne de Louis XVI

- ceinture de chasteté

- prendre le temps quand on ne l'a pas

- silence

- cupule

- cothurne

- sushis et mayonnaise

- périmés

- le large

- respiration

- malhonnêtes bien sûr

- inspirez-moi !

- web came

- sujet anagrammique

 

 

C’était pourtant une activité bien rodée, le genre ludique et rapide propre à séduire des 5e dubitatifs devant les charmes de la civilisation latine… « Dans chaque groupe de mots s’est glissé un intrus qui n’appartient pas au champ lexical. Barre-le en rouge ». En la préparant, Marianne avait même soigneusement écarté les pièges les plus grossiers et les sonorités fantaisistes des chlamide, petasos, pédoncule ou caecum : inutile de tenter le diable!

 

« c) cothurne – cupule – fibule. L’intrus, c’est cupule ».

« Très bien Manon, tu peux venir nous montrer la fibule et le cothurne au tableau? »

Dans la lumière du rétroprojecteur, le Jules César et quelques légionnaires romains d’Uderzo révélaient peu à peu leurs attributs. Manon fit mouche comme à son habitude tout se déroulait comme prévu. Les mains se levaient.

« Oui Léo, groupe de mots suivant ? ».

« Euh non, enfin, c’est juste pour savoir, c’est quoi alors un cupule ? ».

« UNE cupule : c’est féminin. Tu sais, c’est le petit étui qui entoure le gland. Quand on est petit, on fait des pipes avec ».

Comme le costume de Jules César au tableau, le sens de sa phrase révélait elle aussi tous ses secrets au fur et à mesure qu’elle la prononçait. Ce genre de lapsus pouvait vous pourrir l’année, voire plusieurs, en se transmettant de génération en génération ! Reprendre sa respiration, ne rien laisser paraître, essuyer une poussière imaginaire sur le rétroprojecteur, enchaîner, à tout prix. Le silence lui parut durer des heures. Marianne leva les yeux vers les élèves et poussa un petit soupir de soulagement : ils notaient, sagement, la définition de la cupule. Restait à espérer qu’aucun parent n’aurait l’idée de s’attarder sur le cours du jour :

« Donc, Léo, petit d ? ».

« d) clavicule - andromide – himation. L’intrus c’est clavicule ».

 

A 10 heures elle alla prendre un café. Depuis l’interdiction des distributeurs dans les établissements scolaires, lutte contre l’obésité oblige, il fallait négocier âprement sa place devant la Senséo pour avoir le temps de boire sans s’ébouillanter avant la sonnerie de reprise. Dans la salle des profs les conversations se croisaient : le crédit pour la maison, une étude comparative des progénitures respectives, la traduction d’un proverbe allemand, une contrepèterie périmée, la réforme du lycée … mais assez peu de politique en fait. Ils avaient alimenté les conversations jusqu’à l’écœurement, désormais on ne parlait plus de l’actuelle famille royale française et de ses accointances pailletées ou haute-financières : malhonnêtes bien sûr mais à quoi bon épiloguer ?

 

Elle abandonna sa tasse à moitié pleine sur la table et repartit en classe. Pour faire le portrait d’un oiseau. La troisième déclinaison. Présentez votre livre préféré. Victoire de Harry Potter par KO. Et si on revoyait les terminaisons des verbes ?

 

A la cantine,  Marianne avala un filet de poisson à peine cuit, le sushi des collectivités, noyé dans la mayonnaise pour en masquer la fadeur tiède. Elle acquiesçait à intervalles réguliers aux propos de son collègue de SVT, un monsieur gentil et décalé, passionné d’ornithologie et de grenouilles, qui lui expliquait dans le détail les nuances du plumage du cagou. Jamais vu un cagou de sa vie. Par association d’idées, elle imaginait un volatile marseillais bizarre, à la tête sombre et se nourrissant exclusivement de pâtée pour chien… A sa droite la collègue d’espagnol tentait une fois de plus d’attirer l’attention de Monsieur Lebreton, le nouveau prof d’histoire, espérant faire voler en éclats sa ceinture de chasteté virtuelle. C’est sur le lieu de travail que se font bon nombre de rencontres, lui assurait-on. Mais voilà, elle travaillait depuis vingt ans et n’avait rencontré personne. Marianne pensa que Monsieur Lebreton tenait plus du gros Louis que du beau Fersen, la fuite à Varenne n’était pas pour demain.

 

Qui aime qui dans Le Mariage de Figaro ? Lire en mettant le ton. Comment Rabelais fait rire ? Palindromes et sujets anagrammiques ? Souligner le jubilatoire, toujours, rester concret tout en glissant quelques mots plus savants, maintenir le rythme pour garder en éveil ces adolescents vite blasés aux pupilles pixellisées par la web-came. Rivaliser avec le stroboscope événementiel des petits écrans, génération flash, un sourire pour la photo et on passe à autre chose, vite, vite, vite.  Leur apprendre à prendre le temps qu’ils n’ont pas ou pensent ne pas avoir pour, peut-être, lire un livre. Peut-être gros. Peut-être y prendre plaisir. Pas grand-chose à voir avec ses envolées d’aspirante capétienne, quand elle voulait révolutionner l’enseignement de la littérature, « Hugo, Baudelaire, Racine, inspirez-moi et guidez  moi sur la route de l’initiation des foules juvéniles aux joies du verbe… ». Oui, ses cours tombaient à plat parfois, souvent. Mais pas toujours. C’est pour ce ‘pas toujours’ qu’elle ne cédait pas à l’appel de la forêt, l’envie féroce de prendre le large, mieux, la rampe de lancement vers des ailleurs incroyables. 

 

Ca et le fait qu’elle situait mal sur la carte la dite rampe de lancement, alors avec l’essence qui augmentait...

 

 

PS: dédicace à ma copine Christine, à qui l'anecdote de départ est vraiment arrivée!!

Wednesday, March 12, 2008 

Current mood:interloquée

Pourquoi, quand on achète une voiture, dans la semaine qui suit, on reçoit un tas de pubs nominatives de tous les garages de la région?
Est-ce qu’ils croient qu’on va la ramener avec le ticket de caisse et l’emballage pour faire un échange?
Ou qu’on a démarré une collec?

Je demande ça, je demande rien.

Tuesday, March 11, 2008 

Current mood:pas faraude

J'ai une araignée au plafond.
Une vraie, dans le bureau. Presque pile au-dessus de ma tête. Pour tout dire, elle serait pile au-dessus de ma tête si je n'avais pas bougé ma chaise pour la garder à l'oeil.
Quand je dis à l'oeil, je me comprends: à l'oeil au loin, à bonne distance.
Il se trouve que j'ai peur des araignées. Pas la peur rationnelle de l'araignée venimeuse qui dissémine une agonie fatale d'un effleurement de patte velue. Pas la peur compréhensive de l'arachnée majeure, bedonnante et guerrière. Non, je frôle l'infarctus à la vue d'un microscopique octopède. La bête m'hypnotise, sitôt que je la vois, elle crucifie mes pupilles à ses moindres mouvements et je me fige, partagée entre l'instinct de fuite et l'insupportable angoisse qu'elle ne profite de mon inattention pour se loger "quelquepart", n'importe où, à savoir, potentiellement partout, transformant mon logis en toile invisible pour proie surdimensionnée.
Pour l'heur, l'araignée est au plafond, mais il suffirait que je bouge, que l'ampoule ait une faiblesse pour que l'araignée se sauve, avec cette rapidité déconcertante, cette facilité à se faufiler dans les interstices les plus improbables. Elle aurait le choix: derrière la bibliothèque, sous l'imprimante, entre les boîtes qui s'entassent. Et là nourrie par les acariens et mon imagination fertile, elle pourrait engraisser en paix, qui sait, se reproduire.
L'écraser est impensable: la simple idée du bruit qu'elle fera si je réussis me soulève le coeur, et si je rate, si elle me tombe dessus et glisse sous le pull...
J'ai une araignée au plafond: qui d'elle ou moi va se lasser en premier, laquelle va faire le premier pas? Si je cède, demain et les jours suivants, je vais guetter les démangeaisons, balayer violemment le moindre cheveu qui me chatouillera le cou, inspecter le lit, dessous, dessus, au cas où.
Les monstres du placard de l'enfance ressortent parfois en faisant grincer la porte ou en prenant les apparences les plus diverses.
J'ai une araignée au plafond.

Je dis ça, je dis rien

Saturday, March 08, 2008 

Current mood:touchée

Ci-dessous un série d'oeuvres de Chris Jordan. Elles offrent un regard sur la société américaine contemporaine en mettant 'en scène' des objets de la vie courante (bouteilles plastique, cartes de crédit, uniformes de prisonniers...) sous forme statistique (combien de bouteilles plastique consommées toutes les dix minutes par exemple), puis en éloignant ou en rapprochant le regard par un effet de zoom. Sur une série de trois, la première oeuvre a des allures de tableau abstrait, voire figuratif où l'objet choisi est indétectable. Dans la dernière au contraire, l'objet est bien là. Tout comme on peut noyer sa responsabilité dans les milliards d'individus, ou décider que chaque personne a un rôle -positif ou négatif - à jouer.

Je n'y connais que pouic en art contemporain, si ça se trouve le projet est d'une banalité confondante, mais ça me cause bien.

Pour en (sa)voir plus, c'est ici:

un clic..:

..> ..>

 Plastic Bottles, 2007
60x120"

Depicts two million plastic beverage bottles, the number used in the US every five minutes.


Partial zoom:


Detail at actual size:


 

Cell Phones, 2007
60x100"

Depicts 426,000 cell phones, equal to the number of cell phones retired in the US every day.


Partial zoom:


Detail at actual size:


 

Paper Bags, 2007
60x80"

Depicts 1.14 million brown paper supermarket bags, the number used in the US every hour.


Partial zoom:


Detail at actual size:


 

Cans Seurat, 2007
60x92"

Depicts 106,000 aluminum cans, the number used in the US every thirty seconds.


Partial zoom:


Detail at actual size:


 
 

Prison Uniforms, 2007
10x23 feet in six vertical panels

Depicts 2.3 million folded prison uniforms, equal to the number of Americans incarcerated in 2005.


Partial zoom:


Detail at actual size:


Installed at the Von Lintel Gallery, NY, June 2007


   

Pain Killers, 2007
60x63"

Depicts 213,000 Vicodin pills, equal to the number of emergency room visits yearly in the US related to misuse or abuse of prescription pain killers.


Partial zoom:


Detail at actual size:


  

Plastic Bags, 2007
60x72"

Depicts 60,000 plastic bags, the number used in the US every five seconds.


Partial zoom:


Detail at actual size:


   

Je dis ça, je dis rien

Sunday, March 02, 2008 

Current mood:blah

Vous rêviez d'une soirée tranquille, un resto, un ciné, une balade à la fraîche, ce genre de choses. Au lieu de ça vous vous retrouvez en train de mettre la table pendant que lui boit son Ricard devant 'Questions pour un champion'. En plus il se goinfre de cacahuètes alors que vous allez bientôt manger, que c'est mauvais pour son cholestérol, et que même avec Julien Lepers en fond sonore vous l'entendez mastiquer et ça vous énerve prodigieusement. Quand il est sûr que vous avez fini de tout préparer, il vous demande si vous avez besoin d'aide. Et ça aussi ça vous énerve. Mais vous vous êtes jurée de prendre sur vous, parce que ce soir c'est son anniversaire. Il a 50 ans. 50 ans. Ca, ça vous énerve par dessus tout.

Dans cet homme avachi sur le canapé vous recherchez celui qui vous a tant fait rêver. Le dangereux rebelle qui emmerdait la société capitaliste et vous faisait des cadeaux au-dessus de vos moyens. L'artiste qui jouait de la guitare, vous saoulait avec ses groupes fétiches et peignait des tableaux rien que pour vous. Celui qui vous présentait à ses amis, tous aussi bizarres mais qui vous adoptaient parce que vous étiez avec lui. Celui qui, dès qu'il faisait beau vous emmenait à la mer dans sa deux-chevaux, conduisait pieds nus et vous laissait dormir à l'arrière quand vous étiez fatiguée. Qui se relevait la nuit quand il pleuvait pour creuser des tranchées autour de la tente. Avec lui vous étiez en sécurité. Il était grand et fort, toutes vos copines vous l'enviaient et vous étiez très fière.

Ca fait longtemps que vous n'avez pas vu vos copines ; il a arrêté la guitare et vous ne faîtes plus de camping. Ce soir vous vous demandez si ça lui manque.

Alors ne l'écoutez pas s'il râle. Vous lui prenez les cacahuètes des mains et éteignez Julien Lepers. Vous mettez sur la platine une de ces chansons qu'il adore, un truc avec des guitares qui n'en finissent pas. Puis vous prenez votre père dans vos bras et doucement, tout doucement, vous commencez à danser sur la chanson qui rend amoureux.

 

PS: tout aussi fictif que la valse avec Jacques Gamblin!
Je dis ça, je dis rien

 

Friday, February 22, 2008 

Current mood:mon docteur dit que je vais mieux

 

Je suis un triangle isocèle

En isolement singulier

Notez comme de mes trois côtés

Pas un ne semble assez rebelle

Pour se désolidariser.

 

 

Pourtant ils rêvent en continu

D'un long trajet en solitaire

D'un diamant, d'un tour de la terre

Mais ces trois putains d'angles aigus

Les recadrent dans leurs ornières.

 

 

En cellule dans mon triangle

Je compatis avec leur sort

Je connais leur petite mort

Ligotés comme par une sangle

Dans une boîte de Pandore

 

 

Triangulaire, il va de soit,

Pharaonique, une évidence

Mon tombeau suscitera des transes

La perfection est mon combat
La fin sera ma délivrance

 

 

Et, oui je sais Pythagore c'était les triangles rectangle, mais ça m'inspirait pas.

Je dis ça, je dis rien

 

 

Thursday, February 21, 2008 

Current mood:tremblante du mouton ou vache folle, j’hésite

et pour faire plaisir à certaines dont je cacherai le nom, une archive, de la plus haute drôlerie.

 

J'étais contre. Radicalement contre. Essentiellement contre.

Maudite soit cette sensiblerie à 10 sous qui fait de nous des randonneurs du dimanche, ravis de crotter leurs souliers dans la boue des sentiers campagnards. S'ils pouvaient, ils les achèteraient déjà souillés, clés en mains, pour les exposer fièrement auprès des sandalettes de ville et autres mocassins chics devenus depuis quelques années, presque un symbole de mauvaise santé. Maudite soit cette dictature de la résidence secondaire, cette tyrannie du biologique qui fait des amoureux du chimique et du standardisé des cellules socialement cancéreuses.

Seulement voilà, c'était son rêve à Odette. Avec sa petite et timide obstination amoureuse, elle y revenait régulièrement. Sans scène ma vieille, sans bavardages. Avoir son bout de terre à elle, pour Odette c'était comme une orange dans un papier qui brille. Elle ne m'aurait fait aucun reproche si j'avais ignoré ses allusions, laissant tout le boulot à ma conscience.

'Va pour le lopin', je lui avais dit un soir après les infos.

A contre mon coeur pour rester tout contre le sien.

Elle s'était renseignée activement, sans hâte, avec une lenteur efficace. Une idée précise en tête. Un jardinet bien situé, des allées propres, des arbres et un bon voisinage. Elle revenait le soir, bredouille et sereine, pour préparer les légumes de la soupe et les pilules de mon traitement.

C'est avec ce même visage qu'elle est revenue un jeudi soir. Elle avait acheté ses quelques mètres carré, à l'ouest de la ville. Je n'avais pas à m'inquiéter, c'était si joli, facile d'accès, très bien fréquenté, j'allais adorer.

Le retour à la terre, sur nos vieux jours.

J'avais eu un haut-le-coeur.

Un retour à la terre… après toute une vie à tenter de la semer, quelle ironie ! Quand mes parents rappelaient que j'étais né dans les choux, ça n'avais rien d'une intuition métaphorique. On s'embarrassait rarement d'imagerie à la campagne à cette époque. Non, ma mère grosse de 8 mois s'était levée au coq, comme tous les matins. Elle s'était affalée quelques heures plus tard. Je suis né dans une terre boueuse de pluie et de sang.

Et puis il y a eu la guerre. J'y suis parti faraud comme tous les autres. J'envoyais à Odette des nouvelles du front. Je lui disais de ne pas s'inquiéter, que ce n'était pas aussi terrible qu'on le disait. Que je mangeais à ma faim. Que j'avais même du tabac. Je ne lui parlais pas du bruit, du froid, de cette odeur permanente et aigre des corps des malades, putréfiés sur place, à peine distincts des autres corps qui s'entassaient. Un long continuum entre une demie vie et la mort. Je ne lui parlais pas des journées d'embuscade, le visage collé contre les yeux ouverts d'un mort, un inconnu ou un ancien camarade. Je ne sais pas ce qui était le pire. Sur ces corps, on urinait, on déféquait. Au début on était horrifié, et puis on s'octroyait notre propre pardon, parce que de toutes façons, on n'avait pas eu le choix, et que c'était fait sans mal y penser. Je ne lui parlais pas de la terre. La terre intériorisée, vitale et mortelle tout à la fois, qui nous recouvrait, bouchait nos narines, nos oreilles, se collaient à nos palais. On respirait la terre, on mangeait la terre, comme des termites gigantesques, des vers maladroits, et les tranchées regorgeaient jusqu'à les vomir parfois, des statues d'argile qui cherchaient un réconfort dans la flasque de whisky frelaté, la chique acide… Adams dégénérés, nous n'intéressions plus ce Dieu joueur qui s'était lassé après avoir façonné le premier…

Odette aussi m'écrivait. Une petite écriture soignée pour ressasser les mêmes petites nouvelles calmes.

'Mon Louis

La mère Vignot est morte ce matin. Le prêtre lui a donné l'extrême-onction. Je vais la veiller ce soir car elle n'a plus guère de famille.

Il y a disette de pommes de terre, ça devient très difficile d'en trouver. Heureusement j'ai les carottes et les topinambours du petit potager derrière. Le rosier a même donné trois fleurs. Je t'en envoie une.

Soigne toi bien'.

Alors la terre et son retour, pensez.  Mais c'était Odette et son amour, alors, pensez.

Encore une fois elle a eu le dessus. Tous les jeudis, comme une célébration, on s'y est fait notre pique-nique en amoureux. Elle s'asseyait auprès de moi, silencieuse ou bavarde, s'occupant les mains dans une escrime compliquée d'où découlaient d'immenses napperons torturés. Guère différente de notre canapé urbain, peut-être plus inconfortable, mais chez nous, vous comprenez, au grand air. Elle s'occupait un peu des fleurs, butinait, s'activait, recommençait, humblement et férocement, décidée à ce que notre lopin soit le plus beau de l'allée. Bine et bêche, ratisse et arrache, les mains de ma femme dans la terre.

Le dimanche, c'est réunion de quartier. Quasi kermesse. Nous les hommes on reste entre nous, peu loquaces, vaguement vexés d'avoir été poussés là de force. On reste auprès de nos bières, on attend, avec une arrière-pensée de plaisir, jamais avouée malgré tout, de voir nos femmes sur leur 31, dans leur habits du dimanche, danser autour de nous. Elles, papotent, cancanent, potinent à petites voix flûtées et polies, soucieuses des convenances. Elles parlent de nous, le plus souvent, chuchotent et gloussent sur un mode de confidences, presque rougissantes. Il flotte un air de bal des débutantes.

Et puis elles se taisent parfois, soudainement, au passage d'un garçon. Ce n'est pas contre lui, mais la jeunesse, ça dérange ici.

Et puis un jour sans même me prévenir, elle a décidé d'y passer la semaine entière et à l'année. Au début les enfants venaient nous voir souvent et ça s'est tassé comme la terre. Ils habitent loin il faut dire. On a laissé pousser les herbes folles, c'est à peine si on peut nous voir tant on est bien cachés : un vrai petit Paradis.

Enfin en cherchant bien, on peut encore lire l'inscription sur la pierre :

                Louis, 1897-1973

                Odette, 1900-1990

 

Il aurait bien pu le dire tiens: je dis ça, je dis rien

 

 

Thursday, February 07, 2008 

Current mood:effarouchée

Hier soir, au retour d'une nécessaire bien que trop courte oxygénation des alvéoles, j'ai assisté à un étrange spectacle. Pas loin de vingt mille étourneaux se donnaient rendez-vous dans un tout petit parc. On aurait d'abord cru qu'il pleuvait des poussières de charbon, ou qu'un nuage d'insectes survolait le quartier. Puis les poussières grossissaient, et avec, le bruit, étonnant.

Quand le bruit est devenu assourdissant, j'ai levé la tête, et les arbres nus étaient recouverts d'oiseaux comme de feuilles noires.

 

 

 

Imagine un peu qu'ils deviennent agressifs, on serait mal... eh...ça ferait une bonne idée pour un film d'angoisse, que je me suis dit.

En face, un type est passé en beuglant 'saleté de piafs, je te foutrais des coups de fusil dans le tas, tiens, bang, bang, bang', ce qui est une autre vision des choses.

Je dis ça, je dis rien

Monday, February 04, 2008 

Current mood:interloquée
Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis fait avoir:

imaginez: un emballage tout rose et brillant. Qui crisse un peu sous les doigts quand on l'ouvre.
Dedans, une bouchée de chocolat noir, qui craque sous la dent.
Et une cerise, toute ronde, toute rouge, pareille que celle dessinée sur la boîte.

Mon Cheri


A chaque fois, je me disais, c'est pas possible, j'aime ça, moi le chocolat. Et les cerises. Le papier rose qui brille, n'en parlons pas tellement j'aime ça.
A chaque fois, j'y plantais les dents, guettant l'extase.
A chaque fois je recrachais le tout, le mauvais chocolat et et la sale liqueur qui brûle, doublement déçue.

Mais le plus surprenant c'est qu'au fil des ans, je n'ai jamais rencontré personne qui aime les Mon Chéri. Vérifiez dans votre entourage, posez la question franchement: 'Et toi, tu aimes les Mon Chéri', vous verrez, c'est édifiant. Or, tous les ans, des milliers de boîtes de Mon Chéri s'échangent dans la joie et la bonne humeur. Parfois même, des boîtes de 500 grammes avec 10% gratuits.

Pourquoi? Quel lobby nous manipule?

Je dis ça, je dis rien
Thursday, January 03, 2008 

Current mood:  enlightened

Je me souviens qu'en primaire, Monsieur C. nous avait demandé ce qu'on voulait faire plus tard. Ce jour là, j'étais au coin soit disant pour bavardage, une mesure de rétorsion:

* injuste
* totalement contre-productive puisque, galvanisée par un nouveau public (les élèves de derrière), je résistais mal à l'appel de la discussion improvisée.

N'empêche, comme tous les autres, je levai la main pour présenter mon projet de carrière. Et quelle ne fut pas ma surprise en voyant que l'immense majorité des filles se voyait coiffeuse (à égalité avec secrétaire).
Diantre.
Les trois premières années de ma vie ont été quasi chauves. Les ciseaux maternels se sont ensuite chargés de la mise au pas capillaire. Autant dire que le monde de la coiffure m'était étranger.
Par la suite, il m'est carrément devenu hostile. Bigoudis brûlants, empaquetage du crâne façon poulet froid avec exposition en vitrine, le tout pour des résultats terrifiants: je rêvais d'une mini-vague, je ressortais avec une permanente; je voulais un carré flou, j'avais un Afro; je demandais un mi-long, j'avais une coupe au bol...

 

Pourtant, depuis quelques années, mes relations avec les coiffeuses se sont améliorées. Ce doit être la maturité. J'irais même plus loin: elles m'épatent. Quand je leur parle, j'ai le sentiment que mes problèmes de frange sont cruciaux. Elles comprennent mes hésitations entre cuivré d'or et cuivré doré. Elles se réjouissent pour moi quand je prends la bonne décision. Et quand je pars elles me demandent si j'ai moins de 25 ans (oui, là, elles en font trop).

Mais ce n'est pas tout. Aujourd'hui par exemple, j'ai pris une vraie leçon de vie. Tandis que je végétais sous la chauffeuse, un jeune monsieur est entré. Et là c'est allé très vite.

Etape 1: Tout en le shampouinant, la coiffeuse l'a subtilement questionné:

(la coiffeuse) - C'est la première fois qu'on vous voit au salon
(le jeune monsieur) - Oui, je ne suis pas dans la région depuis longtemps
(la coiffeuse) - Ah, d'accord, c'est pour le travail?
(le jeune monsieur) - Oui, je suis à l'Arsenal.

Etape 2: pose de galons

(la coiffeuse) - Oh vous allez voir, il y a plein de bars sympas dans le coin.
(le jeune monsieur) - Ah oui? J'en ai vu quelques uns.
(la coiffeuse) - Oui, faut connaître un peu, mais il y en a des vraiment sympas.
(le jeune monsieur) -
(la coiffeuse) - Par exemple, même pas loin là, dans la rue, il y a le Living Room, c'est super sympa.
(le jeune monsieur) - Ah oui c'est vrai c'est symap, j'y suis allé déjà.
(la coiffeuse) - Ah bah on s'y verra alors, parce qu'il est sympa ce bar
(le jeune monsieur): - Oui, moi j'y vais surtout le jeudi, et c'ets vrai, il est sympa.
(la coiffeuse): - Oui, on y croise toutes les tranches d'âge et tous les milieux, du coup, c'et sympa.
(le jeune monsieur): - Oui, c'est surtout des célibataires quand même.
(la coiffeuse) - oui c'est vrai, du coup, c'est sympa.

A mon grand désespoir, j'ai dû aller au rinçage, mais à mon avis, on n'était pas loin de l'étape 3 ('bah tiens, ce soir, justement on y va au bar, si ça vous dit').

Je vois moi, pour entamer la conversation, il me faut minimum deux heures, je suis bluffée.

Je dis ça, je dis rien.

 

Pour ceux que ça intéresse, je voulais être zoologiste. Pour cause d'insectophobie aigüe, j'ai abandonné l'idée. Ceci dit, prof, c'est pas si éloigné...

Wednesday, December 19, 2007 

Current mood:gourmande

Saison oblige, genre renouveau, rangement, résolutions tout ça tout ça, et aussi un peu parce que j'avais la flemme de corriger mes copies, j'ai rangé mes photos. La plupart sont des photos de voyages déjà bien classées, avec légendes au crayon doré, mais quelques une sont plus anciennes, sur papier épais, en noir et blanc, et datent de l'époque où mon père faisait ses tirages lui-même. Et j'avoue que l'une d'elle m'a laissé perplexe. On y voit une lumière blanche, de forme plus ou moins triangulaire, avec une encoche noire sur le côté.

Au dos, une date : janvier 78.

Pas très évocateur.

Mais bon, même si je sais que j'ai du mal à jeter, pourquoi avoir conservé un bout de papier noir toutes ces années ?

Janvier 78 ?

Un triangle blanc ?

Une encoche noire ?

Il m'a fallu trois jours pour que ça revienne…

On avait pris la deux-chevaux bleue. J'imagine que sur la route, nous avons joué au jeu des voitures (le premier qui a compté 10 voitures de la couleur qu'il a choisie a gagné : c'est un super jeu). Il est également très probable que j'aie chanté du Chantal Goya ou du Dorothée (c'était une période charnière impliquant de lourdes remises en question). Nous avons roulé jusqu'à Saint Malo, et fait le tour des remparts. Et le soir, nous sommes allés sur la plage. Nous étions seuls – fait rarissime sur une plage malouine. Ma mère avait apporté des couvertures, des écharpes, des bonnets, des manteaux, des gants pour tout le monde, et mon père a fait un feu.

C'est là qu'il a fait une photo.

Ma mère a dû dire :

  • " Mais on va rien voir "

Et mon père a dû répondre :

  • " Mais si, il y a la lumière du feu "

Et ils avaient tous les deux raison, ce qui est souvent le cas quand ils se prennent le bec (à savoir : toujours).
Car de fait, on ne voit rien sur cette photo, à part le haut de mon bonnet (une encoche noire) qui se détache sur la lumière du feu (le triangle blanc).

Comme c'était mon anniversaire, j'avais pu choisir mon menu :

  • en entrée, des bigorneaux.
  • En plat de résistance, le croûton du pain avec des rillettes, et des chips

(ah, la douce époque où les considérations diététiques nous étaient étrangères… pas de semaines ananas-pamplemousse, pas de crème fraîche à 0%, pas de salade sans sauce…)

  • du crottin de Chavignolle, juste parce que ce nom suscitait systématiquement mon hilarité.
  • Et en dessert : LE moka. Celui du pâtissier de la rue de la gare à Laval. Celui des grandes occasions. Une meringue régulière et de taille imposante, entièrement recouverte de larges copeaux de vrai chocolat, et fourrée d'une crème au beurre praliné onctueuse et légère  (mon premier exemple concret d'oxymore).

Il y avait le bruit de la mer, qu'on voyait à peine, l'air piquant et l'odeur de goémon qui a toujours été une de mes préférées, mêlée à celle du feu, du butagaz, du sel et du fromage.

Dans mon souvenir, nous y sommes restés une bonne partie de la nuit, mais il est plus probable que nous sommes partis vers 20h.

Et pour répondre à la question : oui, bien sûr que j'ai vomi dans la voiture au retour.

Je dis ça, je dis rien.

 

 

 

Tuesday, December 11, 2007 

Current mood:analyse son cerveau reptilien

Beware of the boa girl
All alone and quiet and curling
And so motionless she looks dead.
Beware of the boa girl
As her eyes have no blanks
No lost space
As her eye never blinks
So she sees everything
And she knows where you're going
And she knows how you're moving
And she knows so much more than what you could ever imagine.
And you're looking elsewhere
You believe you are so safe
You never look down at your feet
Where you think uninteresting stuff lay
Well beware of the uninteresting stuff.
She can move so fast
She has already swished around your ankles.
You're faltering against her bones
And you think you're just drunk
You're not drunk
There she is
Something soft and squishy and slippery and slimy
There's a weight on your shoulders
And you think it's getting late
It's not getting late
There she is
A hissing sound
Numbing your ears
Your chest's heavy and shrinking
And you think it's overcrowded
But it's not overcrowded
There she is
A tight grip.
Beware of the boa girl
Who knows how to survive on void
She can feed on emptiness
Yawning herself to fulfilment
Biting on air
Gorging on long gone ghostly flesh.
She's got nothing against you,
The boa girl
It could be you
Or another she wants
Except it's you.
And you said yes
Unthinking
Lulled by the unblinking slits
And the flashing smile.
Now she's opening it wide
Catching you unawares
A dark stench
As gaping as her century old empty guts.
Now you're inside the boa girl
Surprised
You're inside the boa girl
Slowly swallowed
Whole and unchewed
You can still be made out on the elastic scaly flesh.
She's full
The boa girl.
Digesting.
She's quiet and curling and alone.

Monday, November 12, 2007 

Current mood:  enraged

Ne  renversez  pas de  thé  sur  votre  clavier:

ceci ZA été R2ZALIS2 szanbs truczage ET à JEUNB;;;

 

jE fdis 9ZA? JE FDIS rienb...