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Gwennaël Tristan http://gwennaeltristan.artistesonline.fr

Gwennaël Tristan



Last Updated: 8/18/2009

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August 17, 2009 - Monday 

Category: Writing and Poetry

Schéma d’un ressenti

.. ..

L’obscurité couve les paupières closes

Derrière lesquelles se dessine un univers

Fait d’esquisses, d’essais, de douces promiscuités.

.. ..

Sur la bouche, une phalange, de sa peau au nacre de l’ongle,

Glisse de la gauche à la droite.

Tu tressailles.

.. ..

Des étoiles filantes pétillent encore sur les lèvres.

Pourtant le toucher s’en est allé.

.. ..

Alors des lettres et des mots s’affolent

Et s’écrivent des pensées au papier.

.. ..

Ouvre les yeux. Rien.

.. ..

C’était un rêve.

.. ..

Une nouvelle image annotée.

.. ..

Gwennaël Tristan Houdayer

17-1 août 2009

August 17, 2009 - Monday 
De retour ! Back !  Pour je ne sais combien de temps. J'écrivais d'éphémères visions, j'en suis devenue une. On fait ce qu'on peut :) 
November 10, 2008 - Monday 
And so it came

And so the night came
To life
So selfishness drowned ourselves
So we learnt what it was to live

Then I decided I had to get away
I decided I had to fly on my own
Which I did

I decided to lose my lust
I looked at my stars
And I thought

There will be somewhere else some other place

As I’ve lost love
As I’ve lost lust
As I’ve lost my stars

We are offered endless treasures
By the grace any sky could offer

As I cannot feel that much anymore
As I do not see myself bounded
I could not accept them

And so the night came
To life
So selfishness also drowned myself

So I brought darkness to my eyes
So I learnt to live like there was nothing else
But a bed, but some food, but a job, a career

And I’ve wondered
This can’t be what it’s all about
And so I’ve learnt that so it came

We can take our lives into our hands
Or we could
As for me, I guess If I weren’t that lazy

Somewhere deep Inside
If I weren’t tortured deep Inside
As they said I was
And they think I am peaceful now
I can say I’ve turned pro

And so I called the night
To my life
To my eyes
So selfishness drowned myself

And my only wish is to close these eyes
And live again
And be again

A receptacle of humanity
Can see, feel, write
Common people on the Streets
To excuse oneself from its own sufficiency.

And so it came… the beginning of what’s to come…
Sometimes I falsely wish I already knew

Gwennaël Tristan Houdayer
Cork, November 10
October 30, 2008 - Thursday 
(...)



Bientôt nous serons libres. Libres de vivre. Libres. Bientôt. Bientôt.



Ce matin, les oiseaux chantent, l’herbe verte laisse la rosée lentement s’évaporer. Ils ne sentent rien, n’entendent rien, l’esprit bien loin au-delà de l’océan, mais l’âme résonnant encore de quelques vagues réminiscences persanes, tendres et poétiques. Les cordes frottées du kamânché  font doucement pleurer l’instrument, l’intime setâr  pique ses derniers sons nostalgiques et le daf , d’avoir trop tambouriné, vient de se déchirer. Le dotâr  et le santûr  joueraient de lointaines mélodies en quarts de ton aux tympans des fugitifs si la musique pouvait encore les réconforter et guérir leurs maux, mais eux aussi se sont évanouis au dernier souffle de l’ancestral ney  ; et l’espoir s’est tu.



Ils comprennent sans qu’un seul mot ne leur parvienne. Ils savent désormais l’issue de leur périple et ne parlent pas. Ils connaissaient le risque. Le passeport d’Arsham est bien un vrai document falsifié dont la photo a été remplacée. Le fichier officiel des vols le dénonce. Quant à celui de Sarah, malgré le beau travail de faussaire le rendant indétectable à première vue, les pages dix à treize manquent, et son immatriculation n’est pas répertoriée en Belgique. Les agents n’avaient rien remarqué sur le moment. Les numéros des cartes d’identité de Taraneh et Sayeh ont attiré l’attention du douanier. Il était absolument impossible qu’avec la différence d’âge de deux ans, ceux-ci se suivent de si près. Et la petite famille voyage avec trop peu de bagages pour être crédible. Cela trahit à chaque fois.


 Après le mutisme, le piètre discours tout prêt sur leur incapacité à parler le Français et leur connaissance rudimentaire de l’Anglais ne tient pas bien longtemps. Les trois femmes seront libres cependant ; car il existe une ultime chance, le dernier recours, la définitive séparation. Sarah demandera l’asile politique pour assurer un avenir meilleur à ses filles. Elle ne sera pas renvoyée par la France dans son pays d’origine, là où ses enfants la perdraient à jamais. Elle reste ici.




« Je reviendrai. »



Les mots simples d’Arsham sont rendus terribles par son regard éclairé et déterminé face aux douaniers qui ne comprennent pas un simple son de sa langue, avant qu’il ne le répète en Anglais incertain. Il sera renvoyé, les risques étant considérés étrangement moindres pour un homme.


 A l’image de Sarah, Taraneh et Sayeh, que deviennent toutes les femmes d’Iran et d’ailleurs qui ne voient pas leurs libertés s’envoler car lorsqu’elles-mêmes sont nées, elles étaient déjà enterrées et gardées comme une boîte de Pandore ou un trophée à dominer, malmener et abimer ? Que deviendront ces femmes, ces enfants, ces hommes qui n’entreront jamais tout à fait dans des normes étriquées ? Que valent-ils tous à nos yeux ? Que faudra-il pour leur aider.



A la mille et deuxième nuit, dans une minuscule chambre impersonnelle, une jeune femme ferme ses paupières sur les recoins de son œil abritant des espoirs de peu de choses. Ils s’effacent, et laissent place à une vie dégagée d’un passé, au nom de la liberté de deux fillettes que sa peau, dénudée dans l’obscurité, berce.



Gwennaël Tristan Houdayer
October 24, 2008 - Friday 
(...)



Elle vivra là où la discrimination n’existe pas, où les dirigeants de ces pays lointains n’incitent pas à la violence, ne cautionnent aucune conduite discriminatoire mais les pénalisent. Elle n’aura plus peur de détention et punition par flagellation au nombre de coups laissé à l’envie du gardien de police, seul partial juge du mauvais comportement de la femme ou de sa tenue vestimentaire négligée. Jamais les déchirures des viles lanières n’entacheront ses jambes, ses cuisses, son fessier, jamais le sang ne coagulera ni ne pourrira là sous d’énormes cloques meurtries après d’innombrables morsures de fouets. Elle ne sera pas assassinée.


 Sarah aurait pu grandir dans une région magnifique où le port du tchador fut aboli en l’an mille neuf cent trente-cinq à la création prometteuse de l’Iran qui, loin d’être un plateau de passage envahi maintes fois, sut devenir une plaque tournante commerciale, un modèle de paix et une inspiration culturelle. Elle vient d’une région à l’héritage que maintes conquêtes n’ont pas réduit en fumée, où le Roi des Rois avait autrefois créé, pour la première fois dans l’Histoire humaine, un empire à vocation universelle. Des souverains régnaient sur leurs provinces, lui, Cyrus, les gouvernait. Elle y a vécu de rêves qu’elle s’ignorait et quitte comme on se meurt le continent de l’introuvable Hezar Efsane, légende colportée par le vent des mémoires, manuscrit effacé par le temps, recueil aux contes millénaires enchantant tant de vies. La force de l’imaginaire, l’exotisme, l’érotisme de sa protagoniste et narratrice fut propagée par monts et par vaux ; pour dévier comme on lui aurait volé les mots de la gorge avant même que son souffle n’arrive à sa bouche, par les lèvres des conteurs arabes. Ces Contes des mille et Une Nuits parcourent toujours le monde. Telle Shahrâzâd survécut à l’exécution de la nuit, Sarah entraperçoit le jour à son tour, sur la route des plaines lointaines retenant, feintant d’oublier, dissimulant des histoires en tout point semblables à la sienne.



Son dos ne sera pas flagellé, son sang ne coulera pas de quatre-vingt coups de fouets, contrairement à ces deux hommes dont le pêché fut le soupçon de l'intimité ; ni battue et laissée pour morte par la police après avoir osé revendiquer sa liberté ; pendue comme ce jeune garçon de quinze ans jugé coupable de sodomie, ou ces deux hommes attachés l’un à l’autre qui ont tiré la corde raide de l’amour pour mourir pendus au bout d’une autre plus rugueuse, les mains liées dans le dos, le nœud sciant leur cou ; ni encore sous une pluie de pieuses pierres des champs, ordinaires holocaustes féminins de la main de l’homme dirigée par ses pulsions meurtrières.



Elle ressent les douleurs, celles de son peuple, lui écorcher la peau, la faire saigner intérieurement de leurs déchirements incessants, aller se nicher au creux de ses reins et remonter douloureusement jusqu'à lui briser les os. Elle s’éteint avec ces condamnés à jamais coupables, d’une ultime pensée : se savoir victimes d’assassins fanatiques. Trop près, des hommes fous, la divine caillasse à la main, eux les véritables infidèles cachés derrière la couardise de l’aveuglement religieux, déversent leur haine d’eux-mêmes par leurs mains de maîtres incontestés, encore, et encore, et jouissent de la vue du voile humain se tordant dans tous les sens, calmé en quelques soubresauts, continuant à couler sur le sol vermeil, couleur sang.



Sarah rit doucement, d’un rire plus triste que les larmes elles-mêmes. Car elle n’a plus de pleurs à laisser couler, elle rit. Elle a tanné son cœur à courber le dos, usé la croyance en son âme à rêver de vengeance contre ces hommes, cette société, cette loi, cet endoctrinement. Avant de penser à eux, à sa chair. Elle sourit à ses enfants, à son compagnon, à la vie devant eux.



Bientôt. Bientôt là-bas. Bientôt de l’autre côté. Bientôt. Regarde-moi ! Regarde-moi, nous serons bientôt de l’autre côté ! Bientôt ! Bientôt la mer et le ciel ne seront plus qu’un et nous nous glisserons en eux. Ils effaceront nos existences à jamais, ils les engloutiront dans leurs flots et leurs souffles. Plus aucune trace de nous. Bientôt nous serons libres. Libres de vivre. Libres. Bientôt. Bientôt.


(...)


Gwennaël Tristan Houdayer

October 19, 2008 - Sunday 
(...)

Alors enterrée jusqu’à la poitrine, sans autre protection qu’un sac étouffant l’image de son visage défait, elle sera lapidée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Tel sera le châtiment de l’adultère. Jaillis de la rude et froide fontaine de la justice l’écorcheront les jets de pieuses pierres, de taille raisonnable afin de ne pas l’achever sur le coup, pas trop insignifiante ou bien la mort ne la traînerait pas dans son suintant linceul ensanglanté. Elle expiera la faute charnelle par la souffrance physique ; si elle n’est pas au préalable dénoncée voire lynchée en pleine rue, ou encore surprise par son mari qui exécutera sans craindre de représailles amant et femme. Elle se refuse à permettre à la mort de la séparer de ses deux filles, Taraneh, six ans, et Sayeh, huit ans. Avec Arsham, son amour dans l’infortune, elle fuira l’Iran.




Assise auprès de lui, elle serrera ses enfants contre elle. La menace des menottes et des quelques uniformes regroupés pour l’occasion de l’arrestation dans le minuscule bureau les incitera à rester calmes, bien qu’ils n’auront ni les moyens ni l’intention de s’enfuir. Les fillettes se réfugieront plus fort contre leur mère, effrayées. Les douaniers détourneront les yeux, assurément de peur de comprendre la vie et les épreuves de ces pauvres hères, qu’ils n’imagineront jamais assez de toute façon. L’esprit éloigné de ce tumulte, les clandestins se tairont.




Quelques insignifiants bouts de papier s’attachent à leurs mains, une nouvelle existence. Arsham a abandonné son petit commerce de Téhéran, récupérant le reste de l’argent ici et là, Sarah a récolté ce qu’elle pouvait dans les tiroirs et cachettes de son époux. Ils ont acheté de vrais passeports belges falsifiés pour tous les deux et des cartes d’identité de la même nationalité pour les filles ; une fortune. Les risques restant tout aussi grands pour les passeurs, le tarif s’élève à la même somme pour un homme, une femme ou un enfant,  cinquante millions de Tomans  exigés. Ils ont tout et ils n’ont plus rien.



« Allah est avec vous, où que vous soyez ». Dans l’incertitude, ils attendent, deux adultes se serrant les coudes, deux enfants décontenancés. Première journée de route de Machhad à Tabriz, puis ils sortent d’Iran, sans autre encombre que leurs nœuds à l’estomac. Le trajet se poursuit en Turquie, des plages de mer pour la première fois aperçues à l’aridité du pays. Les fillettes taisent leur fatigue. La route s’étire toujours plus, pénible, éprouvante. Ils croisent au hasard de crevasses des chemins divers Irakiens, autres Iraniens, Afghans, Pakistanais, Chinois, Bangladais, émigrant par l’Italie ou la Grèce. Pas le temps de se faire une très vague idée des parcours de chacun que les voilà séparés, bien avant les frontières de la plaque tournante des émigrants, la France. Tous convergent vers une destination commune, au plus à l’ouest de l’occident. Ils veulent gagner le Royaume-Uni. Une fois qu’ils en auront touché le sol, ils ne pourront pas être renvoyés, c’est ce qu’on leur a dit, ils pourront s’y installer et travailler ; aucun moyen de les retrouver n’existe là-bas, pas de carte d’identité, ils n’auront pas à prouver leur origine. Ne reste qu’à franchir un bras de mer, dernier insignifiant pas, comparé au périple effectué, aux continents traversés, des plaines aux montagnes, des chemins de sable assoiffé au goudron noyé sous les torrents ; et reléguées dans un coin sombre de leurs têtes seront toutes ces nuits blanches à veiller, évanouies l’angoisse et la fatigue dissimulées au fond des grands yeux cernés des filles ; ils y sont presque. Presque.



Suite aux mesures prises par les gouvernements, il serait folie d’être acheminés au travers de la Belgique. Leurs passeports en proviennent. Ils pourraient les trahir. Il faut à tout prix éviter de se confronter à des agents à même d’identifier les imperfections identitaires dont les immigrants illégaux sont souvent victimes. Un petit aéroport français aura une douane moins vigilante, moins entraînée à remarquer les détails des documents. La consigne est de s’enregistrer avec les nouveaux papiers, duper la sécurité, puis s’en débarrasser à bord. Qu’ils ne révèlent pas leur nationalité à l’atterrissage, après un peu de garde à vue, ils seront livrés à eux-mêmes sur le sol britannique. Ils possèderont enfin leur propre vie.



Une valise remplace le sac poussiéreux à la couleur passée. Pour donner l’illusion, ils y transvasent le minime strict nécessaire de toilette et des vêtements occidentaux. Des rumeurs à propos d’un Camerounais en possession d’un passeport grec récemment arrêté par délit de faciès leur parviennent. Sa photographie ne correspondait pas exactement, ses lèvres étaient un peu plus fines. Quant aux formes de l’arcade sourcilière et du nez, elles se ressemblaient sans être vraiment identiques. L’employée à l’enregistrement aurait senti comme un relent de sueur acide, la peur, et s’était étonnée naïvement qu’une personne de couleur puisse être originaire de cette contrée, impression accentuée par les gestes nerveux de son interlocuteur. Les teintes de peaux de Sarah et Arsham tirent innocemment vers le caramel, mais ils ne peuvent prendre aucun risque. Nouvelles coupes de cheveux, rasage de près et épilation exagérée des sourcils, maquillage soigné, les voilà européens. Afin de protéger le passeur dans le cas où ils ne pourraient pas s’envoler et avant que les patrouilles de police ne s’installent au rond-point de l’aéroport à vérifier un à un les passagers venus prendre l’avion, ils sont abandonnés au pied de leur liberté, devant le prometteur pont multicolore.



Sarah est partie, partie avec l’homme qui les respecte, elle et ses filles, pour les protéger de leurs neuf ans, l’âge de leur puberté, la majorité nuptiale. Pour les protéger de leur pays. De leurs traditions. Elle n’aurait pu divorcer pour se lier bien plus tard à Arsham, elle aurait d’office perdu le droit de garde. Alors, ils ont tout sacrifié pour rejoindre l’Occident où ils seront écartés de toute menace. Il ne leur reste plus rien que le précaire présent, et des espoirs pour le futur. Aucun retour n’est possible, pas de regard en arrière. Apatrides et sans le sou, il leur faut avancer sans se retourner. Il le faut. Là-bas, ils pourront repartir de rien d’autre qu’eux-mêmes. Ils pourront vivre.



Pour ses filles, Sarah abandonne le pays qui l’a vue grandir. Elle se tourne le dos, abandonne un pan entier d’elle-même, ferme les yeux sur ceux dont elle ne gardera que la mémoire, ceux qui, peut-être, l’auraient désaimée, blâmée, reniée du fait de son immorale affection. Elle s’expatrie. Elle laisse des femmes, et certains hommes progressistes, s’exprimer, se battre, croire en leur pays, en mourir, toujours à l’esprit l’espoir que leur patrie verra leur lumière, à force de persuasion abattue de haines, dénonciations, arrestations, lynchages en leurs rangs ; tous ces sacrifiés pour être soi, s’obliger à tolérer tout un chacun et annihiler ses pulsions instinctives ou inculquées par la société.



Elle sera une femme à part entière. Elle se veut autorisée à travailler dur, à gagner ses propres revenus, libre de ne pas être emprisonnée par l’argent de son compagnon. Elle devra faire face au monde extérieur, sera désirable ou non, et pourtant laissée en paix malgré la flatterie du regard concupiscent d’un homme, ou d’une femme. Elle osera l’indécent en apposant un tantinet plus de rouge sur ses lèvres et l’on remarquera la beauté de ses traits jusque là dissimulés. Plus jamais elle ne sera une recluse. Elle ne vaudra plus moins de la moitié d’un homme mais sera son équivalent. Elle couvrira ses cheveux à sa guise lorsqu’elle ouvrira sa porte, sans trembler qu’à peine un pas posé sur la poussière de trottoirs défoncés à Machhad, elle risque de pourrir dix jours en prison, si elle n’est pas rossée sur place. Elle ne sera plus arrêtée par des représentants de la loi en chaleur si son costume de femme ne respecte pas exactement la coutume islamique, si un millimètre de ses cheveux est visible, si sa crème de jour se voit trop, si elle ne respecte pas assez le culte de la chasteté. Elle n’aura plus à craindre et respecter des archaïsmes automatiques, inhumains qui forcent les femmes à prendre la responsabilité du désir des hommes. Ces bouts d’elles ne sont pas que l’objet de désir, et quand bien même son visage le serait, de la perfection de ses cils à la courbure gracieuse de son menton, elle méritera le respect de tous dans ces pays de l’ouest, où l’idée inconcevable de deux femmes pouvant vivre ensemble, si ce n’est s’unir par les liens sacrés du mariage, est acceptée.



Elle vivra là où la discrimination n’existe pas, où les dirigeants de ces pays lointains n’incitent pas à la violence, ne cautionnent aucune conduite discriminatoire mais les pénalisent. Elle n’aura plus peur de détention et punition par flagellation au nombre de coups laissé à l’envie du gardien de police, seul partial juge du mauvais comportement de la femme ou de sa tenue vestimentaire négligée. Jamais les déchirures des viles lanières n’entacheront ses jambes, ses cuisses, son fessier, jamais le sang ne coagulera ni ne pourrira là sous d’énormes cloques meurtries après d’innombrables morsures de fouets. Elle ne sera pas assassinée.
(...)




Gwennaël Tristan Houdayer

October 9, 2008 - Thursday 
(...)
« Madame, Monsieur, je vais vous demander de nous suivre, s’il vous plaît. »

Pour l’heure, ce regard croise, toise, transperce cette femme, Sarah, et s’accroche au plus profond d’elle. Au hasard des détours de rues trop chaudes, surpeuplées, et du bazar perdu en leur sein, il la découvre, elle baisse les paupières, détourne le visage, interdite. Discrètement, cette main ose l’infâme, lui relève les bords de sa coiffe rajustée un instant auparavant ; un souffle la rafraichit et caresse sa chevelure brune. Son corps la saisit d’une pulsion désordonnée, l’arrache du sol, la détache de toute correction, pour l’offrir au furtif toucher de cet inconnu.

Du haut de son illusion, elle se laisse porter vers le bleu azur du ciel ; puis elle remarque dans la poussière de la rue une jeune femme troublée à l’existence sans vie. Elle se ressaisit, effrayée à la fois par cette vision désenchantée d’elle-même, par de telles pensées insoupçonnées et par cette liberté entraperçue subrepticement qu’elle laisse échapper dans sa fuite. Il est bien trop tard ; réfugiée à l’entrée de l’habitation conjugale, elle a déjà sombré dans l’incertitude. Le calvaire ignoré jusque-là force ses gonds et pénètre sans vergogne par l’entrebâillement de la porte de sa conscience.

Les saisons passeront mais toujours elle frémira à cette sensation sans cesse ravivée par sa mémoire. Ces yeux ténébreux la troubleront encore deux ans, huit mois et vingt-huit jours plus tard dans cet aéroport étouffant grouillant de multiples têtes bonhommes.

Les ombres la recouvrent, l’enserrent. Le temps s’écoule difficilement. Seules deux lueurs la retiennent péniblement dans la sombre réalité, ses filles. Des jours, des semaines, des mois passent. L’impudent admirateur ne disparaît plus, de son chemin jour après jour, de ses pensées nuit après nuit ; il la console, la cajole, étrangement la rassure de cette simple main pudique. Elle lui accorde son prénom en retour. De la caresse de sa chevelure, ces doigts glissent petit à petit à la découverte de l’échancrure de chaque vallée, de chaque colline de sa peau, délicatement ; ces yeux la flattent et la réchauffent plus que le soleil ne le ferait, s’il effleurait ne serait-ce que l’instant d’un furtif rayon l’intimité de son corps. Ils communient de leur être, de leur âme, au péril de leur vie, les risques encourus ne cessant pourtant d’inquiéter leurs entrailles.

Bien qu’écorché, le passé prendra la forme du plus confortable refuge quand l’avenir semblera incertain. Leurs sangs pulseront encore arythmiques et battront leurs veines de désir mêlé de crainte. Ses souvenirs hanteront Sarah tandis que tous les quatre suivront à pas de velours l’agent vers un bureau à l’abri des regards, encadrés de près par les fonctionnaires de l’Etat Français.

Protégés par de journalières apparences, des désirs ignorés lui rôdent autour, la tourmentent, l’envahissent ; des goûts tentants dérangent son palais, des pensées refoulées ressurgissent. Elle heurte le besoin banni de voir, sans savoir quoi ; celui barricadé de vivre, sans le définir. Elle ne reconnaît qu’un quotidien, une répétition, pourtant elle prend conscience de la simplicité avec laquelle elle pourrait s’abandonner ; pour autre chose, quelque chose d’autre. Elle ouvre progressivement ses yeux, fendille la carapace cimentée de son esprit, qu’elle hésite à colmater au plus vite, attirée comme une nymphe par la frêle lumière qu’elle voit filtrer en elle au travers des brèches. Chaque pic la déchire un peu plus, l’indépendance la guette. Les visions, les douleurs reconnues, les adieux intérieurs ne semblent plus pouvoir être endigués. Elle souffre. Elle souhaite simplement ce qu’elle n’ose espérer et veut exiger, sans trouver les mots pour le formuler, car la loi divine, sans souci de la redondance, l’a énoncé des siècles auparavant : elle n’a droit à aucun droit.

Elle, la femme, nait avec des rôles à remplir sans mot dire. Elle est un être humain ébauché pour servir l’homme. Elle honorera son époux, parera à toutes les commodités de la maison et s’effacera aux yeux des autres hommes. Avant de ne plus savoir les respecter, avant de ne plus en pouvoir, avant que son époux ne la soupçonne d’avoir léché d’un coup de regard le fruit défendu, avant d’être punie des coups de fouet de la justice, bien avant, lui a été ouverte la porte des envies.

Alors enterrée jusqu’à la poitrine, sans autre protection qu’un sac étouffant l’image de son visage défait, elle sera lapidée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Tel sera le châtiment de l’adultère. Jaillis de la rude et froide fontaine de la justice l’écorcheront les jets de pieuses pierres, de taille raisonnable afin de ne pas l’achever sur le coup, pas trop insignifiante ou bien la mort ne la traînerait pas dans son suintant linceul ensanglanté. Elle expiera la faute charnelle par la souffrance physique ; si elle n’est pas au préalable dénoncée voire lynchée en pleine rue, ou encore surprise par son mari qui exécutera sans craindre de représailles amant et femme. Elle se refuse à permettre à la mort de la séparer de ses deux filles, Taraneh, six ans, et Sayeh, huit ans. Avec Arsham, son amour dans l’infortune, elle fuira l’Iran.

(...) Gwennaël Tristan Houdayer
October 9, 2008 - Thursday 

Current mood:  blissful
Category: Movies, TV, Celebrities
October 7, 2008 - Tuesday 

Current mood:  quixotic
La mille et deuxième nuit

Comme à l’accoutumée dans la fraicheur matinale, l’air sentira bon les bords de Loire. Le jeune couple montera la côte vers les hauts de la ville de Tours, deux petites filles leur serrant la main bien fort. Les oiseaux chanteront inlassablement de vives mélodies et la rosée sur l’herbe verte brillera au soleil levant, œuvre d’art infinie, perpétuelle composition de la vie d’une aube à l’autre. Ils jetteront un regard apaisé au petit aéroport et son logo arc-en-ciel, dernier pont à emprunter avant l’aboutissement de leurs longues semaines de course à travers le monde. La lumière à l’horizon illuminera intensément leurs quatre visages dorés, légèrement maquillés de nacre, leurs mains fébriles et leur valisette. En avant ! Ils n’entendront rien des discrets éveils de la nature, ni le léger vent dans les cimes, ni les sons mélodieux des rouges-gorges habilement dissimulés entre les branchages. Aucun ne prendra le temps de percevoir l’odeur commune de la terre encore mouillée. Rien, ils ne remarqueront rien de ces menus présents offerts par la nature. Les rares papillons, aux éphémères danses aériennes diurnes, n’émerveilleront brièvement que les enfants.

Ils pénètreront dans le minuscule hall bondé, hésiteront une fraction de seconde puis prendront discrètement place dans l’unique file d’attente des guichets d’enregistrement. Intimidées, les fillettes les colleront de près, ouvriront grand les yeux et ne piperont pas mot. Omettant les répétitives questions de sûreté, l’agent d’enregistrement vérifiera leurs passeports, cartes d’identité, numéro de réservation ; et leur bout de bagage disparaîtra par le tapis prévu à cet effet. Ils se contenteront de sourire poliment, sans se regarder. Bien heureusement, ils ne seront arrivés ni trop tôt, ni trop tard, échappant au flux des passagers de la dernière demi-heure. Sauvés ! Ils se mêleront paisiblement à la horde se pressant, se poussant, se tassant au contrôle sûreté du passage en salle. Quelques simples formalités et ils s’envoleront vers l’Angleterre. Le douanier les scrutera de ses yeux bleu clair, l’un après l’autre, sourira tendrement aux fillettes muettes, et lèvera perceptiblement le sourcil. Ses paupières se plisseront ; ses pupilles se feront d’acier, son visage de marbre.

« Madame, Monsieur, je vais vous demander de nous suivre, s’il vous plaît. »

(...)

Gwennaël Tristan Houdayer
August 24, 2008 - Sunday 
http://www.tours.maville.com/-Place-Plumereau-le-comite-rappelle-la-loi-/re/actudet/actu_loc-677382------_actu.html



Place Plumereau : le comité rappelle la loi



Nous avons consacré un article samedi à l'intervention de la police municipale, place Plumereau, pour chasser trois musiciens. Nous nous étonnions du pouvoir extraordinaire du comité de quartier Plumereau-Halles-Résistance-Victoire qui semble imposer une loi du silence à tout un quartier qui, par nature, est le lieu le plus touristique de Tours. Martine Boennec, présidente de ce comité, tient à apporter son point de vue.


« L'article que vous consacrez à un incident risque de donner à notre quartier une image négative pour les habitants et les commerçants. Pour ce qui concerne l'incident, sauf défense d'intérêts particuliers (ce que nous ne pouvons pas imaginer), il ne méritait pas grande attention. En effet, la municipalité a pris des dispositions pour éviter la prolifération incontrôlée de manifestations bruyantes dans ce quartier déjà très animé. M. Dayan, maire adjoint, a exposé le principe de demande d'autorisation préalable et notre association était tout à fait favorable à cette mesure de bon sens. Il se trouve que les musiciens concernés, comme les bars, connaissaient ces dispositions dont ils avaient bénéficié les jours précédents. Il est regrettable qu'ils ne les aient pas respectées et, encore plus, qu'ils soient soutenus par la presse. Enfin, il est tout à fait inadmissible de huer les représentants de l'ordre, lorsqu'ils font respecter la réglementation en vigueur. Loin de vouloir imposer " une dictature du silence ", un grand nombre de riverains et de commerçants s'opposent à la dictature de certains établissements qui souhaitent imposer des animations quotidiennes dans ce quartier. »
NDLR. : En ce qui concerne l'image négative du quartier, il nous semble, Madame la présidente, que par vos démarches vous vous en chargez bien sans nous. Appeler des policiers pour évacuer des musiciens, dans un quartier touristique, au prétexte qu'ils jouent sans laisser passer, n'est pas un geste d'une grande ouverture d'esprit. Nous attendons encore, d'ailleurs, de la part de votre comité, une seule proposition constructive pour animer ce quartier. Enfin, quand une ville en vient à interdire toute musique (acoustique) dans son quartier le plus piétonnier et le plus touristique, dès 19 h 30, alors que les terrasses sont bondées de gens qui viennent prendre un peu de bon temps, on est en droit de se demander si la somme de quelques intérêts particuliers vaut qu'on en oublie l'intérêt général.



Jacques BENZAKOUN

la Nouvelle République