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Geneviève



Last Updated: 6/11/2009

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Sunday, June 28, 2009 
Compte-rendu de la manif

La grande manifestation s’est plutôt bien passée, malgré un dispositif policier ahurissant et un parcours de manif qui nous a fait passer dans des zones désertiques du port de Calais et de la commune de Blériot. Pour tout dire, nous avions à peine fait 100 mètres en dehors du camp, que chacun-e d’entre nous était fouillé individuellement. Nous avons ainsi attendu au moins une demi-heure, le temps que les policiers ouvrent tous les sacs et confisquent les sweat shirt et les batons de nos drapeaux et banderoles, avec des vagues promesses de restituer ça plus tard. C’est bien évidemment illégal (enfin, en temps normal).

Aujourd’hui nous avons vu : des centaines de CRS armés de leurs «bétaillères» à chaque carrefour, un hélicoptère bourdonnant en permanence au-dessus de notre tête, des gardes mobiles, des flics en civil dans notre cortège, la police montée, des flics en bateau, des flics postés aux fenêtres et sur le toit des immeubles HLM, et jusque dans les jardins des maisons, etc.

Ce fut ainsi quelque peu chaotique pour rejoindre le lieu de la manifestation : nous avons bien marché 1h30 jusqu’au phare, puisque ce sont des dizaines de CRS qui nous ont contraint, à chaque carrefour, à choisir les chemins qui évitaient le centre-ville, histoire que nous allions brayer avec les canards. Cela ne nous a cependant pas empêché de distribuer le journal du camp dès lors que notre route croisait celle de quelques maisons.


Arrivé-e-s au phare, nous formions bien entre 1500 et 2000 manifestant-es. Nous attendait notamment, un gros cortège CNT et une bonne mobilisation du NPA. Les quelques riverains qui nous regardaient défiler depuis leurs fenêtres s’affichaient sympathisants, certain-es d’entre eux nous filant de l’eau.

Mais l’impression dominante reste un constat d’impuissance face à un dispositif policier et médiatique qui, depuis le début du camp, invisibilise le contenu politique de nos actions pour ne focaliser les regards de l’opinion que sur un aspect sécuritaire monté de toutes pièces. Encore ce matin Nord Littoral titrait : «No Border, ça marche ou ça casse», avec en sous-titre «L’heure de vérité». Jamais telle opprobre n’aura à ce point été jetée a priori. Depuis mardi, les journalistes préparent médiatiquement les éventuelles interventions de flics. C’est bien simple : dès qu’il s’agit de mettre l’accent sur un supposé penchant prononcé pour la guerre de rue, nous sommes clairement des anarchistes, mais dès qu’il s’agit de décrire la réalité bon enfant du camp et sa dimension ouverte sur l’extérieur, nous redevenons d’inofensifs «altermondialistes».

En attendant, il y avait aujourd’hui autant de flics que de manifestant-es et une ville transformée en caserne… Pas d’arrestations et une prise de parole d’un Afghan à la fin de la manif. Avec la tension qui régnait hier soir sur le camp, c’est toujours ça de pris…


Indymedia Lille, 27 juin 2009.



9h35 : Départ pour la manif

Après une nuit dans un camp assiégé par les flics, nous partons vers le phare de Calais, début prévu de la manifestation.

Sauf que nous navons même pas fait 200 mètres dans la zone pavillonaire que nous sommes bloqués par un important barrage policier. :-(

On nous annonce quafin de pouvoir passer, nous allons tous subir une fouille…

Maintenant, sachant que nous sommes plus de 500, quil ny a que deux flics pour faire les vérifications, et que ça prend au moins une minute par personne, pourrez vous nous dire si nous pourrons rejoindre la manif lorsquelle fera son deuxième passage par le phare ?


10h05 : En route vers le phare

Finalement, quelques flics se sont mis en renfort pour fouiller les manifestants, et nous avons pu enfin repartir vers le phare, où nous attendraient déja plus de 2000 personnes.

Quoi quil en soit, cet arrêt nous aura encore permis de discuter avec quelques voisins, toujours aussi solidaires face à un déploiement policier aussi disporportionné…

Au passage devant les HLM près du centre commercial Mi-Voix, les manifestant crient aux habitants nous regardant aux fenêtres de nous rejoindre.

Le centre commercial est bien ouvert (tiens, ils nont pas suivi les consignes de madame le Maire), mais un des «cars de ramassage» parisiens est garé bien en évidence sur le parking…

Arrivé au phare dici 30 ou 45 minutes.


11h25 : Divagations policières

On se demande si les flics regardent le plan de la ville à l’envers ou sils cherchent vraiment à ce que tout dégénère…

Alors que nous aurions pu prendre un chemin assez direct et relativement sûr de leur point de vue (avec très peu de commerces), ils nous font prendre tout une série de chemins détournés…

Le pire, cest quarrivés pres du début de la rue Molien, presque vers le lieu de la distribution des repas de midi (en fait plutôt vers 14h, ce qui explique quil ny a actuellement personne), les flics nous forcent à faire un détour et passer juste au contact de la maison des Éclusiers (le squat des Érythréens), puis nous reforcent à rejoindre la rue Molien, alors que dici, il faut prendre un pont pour rejoindre directement le phare…

Encore pire, ils nous bloquent quelques dizaines de mètres plus loin… Assez violemment, puisque les BAC balancent quelques coups de matraques sur les premiers rangs, qui cherchent à passer.


Après quelques minutes darrêt, les flics nous repoussent jusquen face du pont qui reste cependant bloqué !

Nous sommes donc devant le squat des Érythréens, dans une situation très tendue, car les flics sont au contact de la maison et entravent les déplacements aussi bien des manifestants que des Érythréens…


12h00 : Arrivée au Phare

Bon, on dirait que les flics lillois ont enfin compris qu’ils étaient encore en train de lire le plan de Lille, et qu’ils ont eu la bonne idée de demander aux gens de l’hélicoptère de leur indiquer le bon chemin…

Nous sommes donc enfin arrivés au phare, où nous attendent les autres manifestants. Pas 2000 comme je l’avais malheureusement dit, quand même pas loin d’un millier.

Après une petite prise de parole pour décrire aux autres les conditions de notre parcours, nous partons directement pour la manifestation officielle.

Au delà des barrières, loin de nous, une bonne centaine de Calaisiens nous regardent.


14h30 : Fin de manif

Avec dispersion au phare, alors que nous devions aller jusqu’aux ferries. La longueur du trajet, le soleil de plomb, et probablement le désir de ne pas se retrouver dans une souricière si nous continuions jusqu’aux ferries comme cela était prévu.

Prises de paroles, avec notamment un migrant afgham et une personne de Calais qui héberge un migrant.

Maintenant, puisque nous n’avons pas accès aux restaurants locaux, il ne nous reste plus qu’à retourner au camp.

En espérant que les flics nous permettent un retour moins tumultueux que l’aller…

ZPAJOL liste sur les mouvements de sans-papiers, 27 juin.

http://juralibertaire.over-blog.com/article-33158758.html

Sunday, June 28, 2009 

No Border Calais : "Esquive comme le papillon - Pique comme la guêpe"







De la répression à la jubilation

Le camp No Border de Calais aura donné l’occasion à la Voix du Nord de choisir le sien avec zèle. On appréciera une fois de plus les commentaires adéquats de cet honorable journal, en date du 26 juin, à propos de l’inscription documentée dans le présent article :
«Les No Border écrivent beaucoup. Un site internet, des tracts, des affiches, des pancartes. Ils ne se privent apparemment pas non plus d’étaler leur prose sur les murs, comme en témoigne l’inscription couchée sur un mur du transformateur électrique situé à côté du camp. Surtout, dans un contexte de tensions avec les CRS, l’inscription prend des allures d’avertissement. Et ça fait quoi une guêpe contre une matraque ?»
Quand la police réprime, la Voix du Nord aboie.




Le droit d’auteur comme instrument de censure

Le Jura Libertaire a pour sa part eu droit à ceci, au sujet de la série d’articles intitulée «No Border Calais : La répression qui vient» — qui ont été beaucoup lus, avant d’être supprimés par Overblog :

Mise en demeure
Anne-Caroline BUISSON ..>
Lille, le 24 juin 2009
Monsieur le Directeur de la Publication,
Nous avons constaté que sont reproduits et diffusés des articles parus dans LA VOIX DU NORD sur le site juralibertaire.over-blog.com que vous éditez notamment à l’adresse suivante : http://juralibertaire.over-blog.com/article-32844337.html
Cependant, à aucun moment vous n’avez sollicité ni obtenu notre accord pour la reprise de ces articles.
Je vous rappelle que ces diffusions non autorisées sont constitutives du délit de contrefaçon, sanctionné par l’article L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle.
Dans ces conditions, nous vous mettons en demeure de retirer de ce site l’ensemble des articles de la Voix du Nord dans un délai de quarante-huit (48) heures à compter de la réception de la présente.
À défaut, nous nous réservons la faculté d’engager toute procédure judiciaire, notamment en référé, afin de faire valoir nos droits.
Dans l’attente de vous lire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur de la Publication, l’expression de mes sincères salutations.


No border ? Au bûcher !

Médias, police, justice, mairie, préfecture : tous ensemble pour alimenter la psychose d’une invasion terroriste. Les autorités nauraient-elles pas quelque chose à craindre de la solidarité que lorganisation dun tel évènement fait naître inévitablement ?

Vous êtes maire dune ville qui va recevoir pendant une semaine un événement majeur sur une question qui touche directement votre commune. Que faites-vous ? Bouchart (UMP) a la réponse : annuler les activités culturelles, appeler les flics en renfort, reporter le conseil municipal, faire ville morte, donner des interviews alarmistes tout en faisant pression sur lensemble des associations calaisiennes ; et surtout ne pas rencontrer le No Border qui envoie des «mails anonymes», cest-à-dire dire signés du nom du collectif. «Je ne sais pas de qui on parle. […] cest signé “No Border”. On ne sait pas qui est qui, on ne sait pas identifier.» Pas question non plus de traverser la rue qui sépare la mairie de la Maison Pour Tous où se réunissait le comité organisateur. «À lintérieur de ce mouvement qui peut apparaître “Peace and love”, il y a des anarchistes […] Vu létat desprit de ces personnes, on peut tout attendre.» Tout ? Ambiance…

Police partout / Justice nulle part

Côté préfecture, cest clair : une bonne cargaison de CRS (entre 1000 et 2000 parqués au camp Jules Ferry), des meutes de flics en civils genre cow-boy de la BAC [Brigade anti-criminalité] et fouille-merde des RG [Renseignements généraux] qui occuperont pour loccasion les hôtels calaisiens réquisitionnés tout spécialement.Pierre de Bousquet de Florient [Préfet du Pas-de-Calais, ancien chef de la DST, co-prince d’Andorre entre 1997 et 1999 (c’est pas une blague) et mis en cause dans l’affaire Clearstream] na pas confiance : «Nous voyons bien que ceux avec lesquels nous discutons ou bien ne tiennent pas leurs engagements, ou bien ne veulent pas les tenir». Il est fait ici référence au refus dun terrain par le collectif organisateur, les gens du voyage layant déjà réservé, chose que le préfet avait «omis» de préciser. Pourtant ce dernier est «de bonne volonté», et ses déclarations le prouvent : il est «absolument sans illusions sur les intentions de ceux qui organisent». En effet.

«Tous les papiers quon reçoit sont signés No Border. Mais No Border, pour moi, cest nobody.» Humour… «Ce ne sont jamais les mêmes personnes qui négocient avec nous. Il sagit souvent de pions avancés. Les vrais décideurs, on ne les voit jamais.» Et paranoïa… Une structure sans hiérarchie, cest trop !

Et celle là : «La manifestation est déclarée sous de faux noms, de fausses identités. […] Quelles craintes ont-ils à déclarer leur manifestation ?» Peut-être une méfiance vis-à-vis des flics et des magistrats habitués à mettre en taule au moindre prétexte ? Lors dune réunion de négociation, le sous-préfet a prévenu : surtout «ne pas répondre aux provocations policières», tout est dit !

À noter : les populations migrantes détenues au Centre de Rétention Administrative de Coquelles ont été transférées pour loccasion. En effet, assiéger les CRA pour réclamer la libération des populations en exil, voilà le genre de «dérives ultra violentes» dont sont capables les personnes participantes au No Border.

Des pressions à gogo

Du côté de la société civile, cest lembrouille. Certaines associations humanitaires se méfient de la «politisation» de la question migratoire [Emmaüs, Secours catholique et Médecins du Monde se sont officiellement «désolidarisés» du No Border (Nord Éclair, 18/06/09)]. Dautres craignent la réaction du maire en cas de participation au projet : adieu subventions ! Côté théâtre, sans les pressions que le directeur du Channel a subi, aurait-il annulé la rencontre organisée par le No Border dans ses locaux ? «On ma demandé de prendre cette décision. Mais cette décision cest moi qui lai prise. Librement.» Précisant par ailleurs que «lavenir du Channel est en jeu». Et lavenir nest pas mis en péril par le No Border : «Honnêtement, je ne pense pas quune avocate et un médecin auraient tout cassé au Channel». Considérant les 800.000 € annuels versés au théâtre par la mairie de Calais, Bouchart était plus à même de peser sur le «libre arbitre» du directeur de la scène nationale…

Positionnements «subtils»

On connait la promptitude avec laquelle les Verts et la LDH dénoncent les politiques répressives dans des communiqués qui nengagent à rien. Pourtant, le représentant de la LDH sur Calais et lélue Vert enfoncent tranquillement le No Border dans le torchon Nord Littoral [Édition du 13/06/09]. Contactés par nos soins, ils nont pas donné signe de vie… morts de honte ?

Si les associations de soutien aux sans-pap de Calais nont pas signé lappel à manifester du No Border [L’association Terre d’Errance fait exception], certaines ont fini par le soutenir publiquement [Notamment le collectif d’associations C’Sur, ainsi que l’association Salam, dont les communiqués dénoncent entre autre la psychose entretenue par les autorités] tandis que nombre de militant-es associatifs se sont joints à titre individuel à lorganisation de lévènement.

Les médias partent en croisade

Côté médias, on donne pleines pages aux autorités se délectant des «dérives ultra-violentes», sans contradicteur et sans vérifier la réalité des faits ; on déblatère sur les thèmes de prédilection des flics et des mouchards : sécurité, ordre, violence et menace. La description du réseau No Border frise le comique : «groupuscule associatif international à sensibilité anarchiste», «GreenPeace de limmigration», «mercenaires de lanti-impérialisme», «babas cool pacifistes ou casseurs ?», «réseau dultra gauche clandestin», «groupe dextrême gauche anarchiste»… Quand on questionne le journaliste de Nord Littoral, il annonce : «Cétait par provocation, pour que les gens du No Border se manifestent». Un vrai pro…

La Voix du Nord remporte la palme avec son titre : «Le camp No Border, une zone de non-droit». Le journaliste se lâche : «Ces militants […] senferment, se replient, sisolent et déterminent une zone de non-droit». Il en rajoute : «Visiblement, tout est mis en œuvre pour vivre en autarcie». Pourquoi tant de haine ? Parce que la presse est invitée à rester en dehors du camp, tout comme les flics. Les raisons ? Primo : une carte de presse ne donne pas tous les droits. De deux : le camp fonctionne en groupes de travail et en réunion collégiale, il est de ce fait important de se protéger des mouchards. Tertio : quand les journalistes feront leur boulot, on en reparlera. À titre
de remarque : lui et ses collègues restent bien gentiment sur le pas de la porte quand les réunions de ministres et des conseils dadministration se font dans le secret. Cela concerne pourtant la vie de millions de gens. Alors ? Quand lautorité parle, les chiens de garde se couchent.

Psychotiques forcenés

Cet enchaînement de dispositifs sécuritaires, médiatiques et souterrains crée un certain malaise. Le quadrillage policier, les interventions récurrentes du maire et de la préfecture sur «lultra-violence», les dizaines darticles que les médias locaux consacrent non sur lévènement, mais sur ses supposés dangers…

Précisons ici que les camps No Border sont loccasion de créer un rapport de force avec les autorités, notamment par laction directe (occupations de locaux, blocages) et de créer une rencontre avec les populations locales et migrantes. Contrairement au positionnement «humanitaire» œuvrant dans la négociation permanente, il sagit ici de montrer une opposition nette, non contre une population, mais contre une politique répressive, xénophobe et «ultra violente».

Citations tirées de la Voix du Nord, Nord Littoral et Nord Éclair, journaux propriété de l’empire Rossel (qui compte aussiL’Indépendant, Lille Plus, Nouvelle Côte d’Opale, etc.) + d’info :La Brique no 12.

Thursday, June 11, 2009 

08.06.2009

« Un handicapé incarcéré »

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Il y a un peu plus de deux ans E. était un détenu en bonne santé  faisant du sport régulièrement et participant à toutes sortes d'activités que propose la centrale. Puis, un jour, après un match de foot, ils l'ont emmené et je ne l'ai plus revu durant un certain temps. Quand il est réapparu en promenade personne ne l'a reconnu tellement il était affaibli et amaigri. Ensuite  nous l'avons vu  dépérir de plus en plus en quelques mois, jusqu'à ce qu'il finisse par être paralysé, ne se déplaçant plus qu'en fauteuil roulant. Tout ça, d'après lui, à cause d'une infection urinaire mal soignée, chose que nous avions eu un peu de mal à croire vu son état physique.
En le voyant traîner son corps comme un fardeau au parloir ou lors de ses rares sorties en promenade, je me suis dit qu'il devait vivre un véritable enfer en détention, car bien évidemment, ici, rien n'est véritablement adapté pour les personnes handicapées subissant une longue peine.
Un jour, il est venu me parler de son histoire et de sa souffrance. Il avait entendu parler du BLOG et avait envie d'y exprimer ce qui lui était arrivé afin de faire bouger les choses et surtout de ne pas laisser passer sous silence les erreurs que l'administration avait commise à son encontre et qui l'avaient conduit  sur une chaise roulante. Comme il avait un peu de mal à mettre tout ça par écrit, je lui ais donc  proposé de l'interroger en une dizaine de questions dans le cadre de la série des « interviews interdites » afin de faire partager à un maximum de lecteurs extérieurs les réflexions de cet handicapé incarcéré.
La raison d'être de ce BLOG, comme vous le savez, est  de laisser la parole en priorité à ceux qui ne l'on pas, afin de vous donner, par le récit et différents témoignages, un petit aperçu de l'inhumanité carcéral brut telle que nous pouvons la vivre au quotidien.
Par la même occasion c'est aussi une façon de briser le silence scandaleux des institutions, tout  en vous donnant à réfléchir sur le « vrai sens de la peine » que certain accomplissent toujours dans des conditions indignes dans le soit disant « pays des droits de l'homme ».
Je vous laisse donc avec les propos de E., accrochez-vous parce que ce n'est pas tendre...
 
 
A bientôt sur le BLOG pour la suite...
Laurent JACQUA
Pour tout contact   laurentjacqua@yahoo.fr
 
 
 
1) Comment tes problèmes de santé sont-ils arrivés ?
 
Tout a commencé lorsque j'ai ressenti  quelques difficultés pour uriner après un match de foot. Le lendemain je suis allé à l'infirmerie pour voir le médecin qui a diagnostiqué sans faire plus d'analyses une infection urinaire.
Des antibiotiques m'ont été prescrits, mais le soir même j'ai eu un blocage urinaire qui m'a conduit à être hospitalisé d'urgence.
A l'hôpital de Poissy les médecins ont décidé de me percer le ventre avec un cathéter pour soulager la vessie puis je suis retourné à la prison et j'ai dû utiliser une sonde et une poche durant six mois pour uriner.
Durant cette période j'ai été extrait à plusieurs reprises dans différents hôpitaux pour voir des urologues qui ont finalement décidé de me retirer la sonde perçant mon ventre depuis six mois.
Mais les choses n'ont fait qu'empirer puisque suite à un nouveau blocage je suis retourné aux urgences et ils m'ont réinstallé un cathéter avec une poche. De retour à la prison pendant le parloir j'ai eu un début d'hémorragie au niveau des perforations.
Les surveillants ne ce sont alarmé outre mesure et m'ont fait remonter en cellule au lieu d'appeler les secours.
Quelques heures plus tard j'ai été retrouvé inconscient dans ma cellule et finalement j'ai atterri une fois de plus aux urgences parce que les surveillants n'avaient pas pris la mesure de la gravité de mon cas.
Après un coma dont je ne peux précisé la longueur je me suis réveillé à l'hôpital de Poissy  et j'ai constaté qu'ils avaient retiré le cathéter planté dans le ventre pour m'introduire une sonde dans le sexe.
Le lendemain seulement j'étais de retour en cellule malgré la gravité de mon état.
Durant dix jours j'ai gardé cette nouvelle sonde urinaire. C'est le médecin chef de la centrale qui a pris la décision de me la retirer sans consulté l'avis d'un urologue, résultat la vessie c'est bloquée à nouveau et les aller retour entre les urgences et la prison n'ont plus cessé pendant des semaine jusqu'à ce que la direction de Poissy prenne enfin la décision de m'envoyer à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes où j'ai été hospitalisé durant un mois. J'y ai fait toute une série d'examens et d'analyses qui ont décelé une « prostatite aigue » ce qui n'est pas normal à 33 ans.
 
2) D'après toi qui en est responsable ?
 
Le retard pris pour mon problème de santé, une mauvaise prise en charge du médecin de l'UCSA de Poissy, l'incompétence du personnel pénitentiaire ainsi que les mauvais soins à l'hôpital de Fresnes ont conduit à ce qu'une simple infection urinaire se transforme en prostatite aigue. Mon état s'est considérablement dégradé puisque aujourd'hui je suis paralysé des deux jambes, en effet le nerf sciatique a été touché suite à l'hémorragie, j'ai aussi perdu plus de 10 kilos.
 
3) Depuis quand ton calvaire  dure-t-il ?
 
Depuis le 12 avril  2007 je vis un véritable enfer et je ne vois pour l'instant aucune amélioration à ma situation et à mon état santé.
 
4) Es-tu bien suivi sur le plan médical à Poissy ?
 
Comme vous avez pu le constater plus haut, la prise en charge en prison des cas comme le mien sont dramatique et les conséquences sont terribles puisque aujourd'hui je me déplace en fauteuil roulant et en béquille quand cela va un peu mieux. C'est seulement au bout de deux ans qu'un urologue sérieux a fini par trouver un médicament capable de me soulager.
 
5) Quelles conséquences cela a-t-il sur ta vie en détention ?
 
Imaginez la vie d'un handicapé dans un milieu comme la prison, rien n'est adapté pour nous. C'est un vrai parcours du combattant ne serait-ce pour se déplacer, nettoyer sa cellule,se laver, s'habiller, aller au parloir et bien entendu je suis privé de toute activités culturelles et sportives, je suis prisonnier de mon corps à l'intérieur de la prison, c'est une double peine. Je vis au jour le jour selon mon état physique, mais moralement c'est encore pire puisque je vis dans l'angoisse permanente d'une rechute ou d'un problème grave de santé.
Je ne vis plus je survis en me traînant comme un vieillard affaibli.
 
6) A combien de pourcent évalues-tu ton handicape ?
 
J'évalue mon handicape à 90% mais ici la COTOREP l'évalue seulement à 79% pour pas que je bénéficie de l'aide médicale et des auxiliaires de vie. Il faut savoir que l'allocation COTOREP en prison n'est que de 30%, ce qui représente 185 euros.
 
7) Espères-tu une amélioration de ta situation ?
 
Comme aucune guérison ne peut se régler par un traitement médicamenteux la seule solution est chirurgicale avec l'ablation de la prostate ce qui risque d'engendrer une stérilité permanente.
Je suis actuellement en train de réfléchir à cette seule possibilité, mais la décision reste difficile à prendre compte tenu de mon désir d'enfants et de ma vie de couple.
Vous pouvez voir ce qu'une simple infection urinaire mal soignée en prison peut vous coûter à cause d'une erreur médicale en milieu fermé. C'est ce que l'on pourrait appeler de la maltraitance carcérale et de la non assistance à personne en danger.
 
8) As-tu demandé un aménagement de peine, et si oui ont-ils tenu compte de ton état de santé ?
 
En juin 2008, mon état de santé s'aggravant, j'ai fait une demande de baisse de peine de sûreté, celle-ci a été rejetée et j'ai dû attendre mars 2009 pour faire une demande de conditionnelle pour raison médicale. Après un mois d'attente j'ai eu une réponse négative à cause de mon passé judiciaire et mon incapacité à travailler vu mon handicape.
J'ai fait appel de cette décision mais je suis très pessimiste en ce qui concerne mon aménagement de peine.
 
9) Qu'envisages-tu d'entamer comme autres procédures ou démarches pour que l'on prenne enfin en compte  ta souffrance et  ta situation ?
 
J'ai déposé plainte contre le médecin chef de l'UCSA de Poissy, ainsi que la direction de la centrale.
J'ai aussi informé de ma situation  les  instances concernées, à savoir ; la direction régionale pénitentiaire, la DASS, l'IGAS et OIP.
 
10) Comment envisages tu ton avenir ?
 
 
Je souhaiterai être libéré en appel et bénéficier d'une conditionnelle le plus vite possible avant qu'il ne soit trop tard et que mon état de santé ne se détériore encore plus.
J'aimerai retrouver ma famille et surtout ma femme et ma fille. Etre soigné de façon plus efficace et humaine à l'extérieur, ainsi n'aurai-je peut-être pas besoin de subir l'ablation de la prostate en suivant un traitement adapté à mon cas.
 
E. T.

BLOG DE Laurent JACQUA : "Vu de prison"
http://laurent-jacqua.blogs.nouvelobs.com/

- Laurent JACQUA, séropositif, incarcéré depuis 1984, auteur de "la guillotine carcérale", écrit le premier blog de prisonnier depuis sa cellule de la maison centrale de Poissy -
 
Saturday, May 23, 2009 

Le gâchis Patrick Henry

Christian RANUCCI, Lucien LEGER, Patrick HENRY, tous trois incarnent chacun une facette du traitement judiciaire du tueur d’enfant. 3 facettes d’un même échec pourrait-on dire, aucun d’entre eux n’ayant une fin heureuse, ou du moins synonyme d’espoir et de réinsertion. Christian RANUCCI incarne aux yeux du grand public l’erreur judiciaire, avec un arrière fond d’injustice qu’on adhère ou non à la thèse de l’innocence, puisque lui-seul sur les trois a été guillotiné, à 22 ans. Lucien LEGER incarne la folie meurtrière, le meurtre sans la moindre raison si ce n’est l’espoir de devenir un criminel célèbre, et fut sanctionné de la peine de mise à l’écart de la société, 40 ans de détention. Patrick HENRY incarne lui la crapulerie et la médiocrité d’un homme lancé dans un enlèvement mal ficelé, tuant l’enfant sans état d’âme lorsqu’il devient gênant, le seul à avoir eu de la chance et qui l’a systématiquement gâchée. Tous trois sur une période de dix ans, entre 1966 et 1976, auront déchaîné les passions et les haines, puis auront ressurgi à leur façon à la fin des années 90.

Le 30 janvier 1976 à TROYES, Patrick HENRY kidnappe le fils des époux BERTRAND, le petit Philippe. Le mobile est crapuleux, il veut extorquer de l’argent et appelle aussitôt les parents pour leur demander un million de francs. Patrick Henry est déjà connu des services de police pour quelques vols ainsi qu’un homicide involontaire. Il est jeune et rêve à l’évidence d’une vie facile et sans contrainte. Patrick Henry est un jeune homme sans qualités et sans qualification. Il s’est laissé orienter vers un CAP de cuisinier. Il a été représentant, il a vendu des ficelles et des grillages aux paysans champenois. Et puis il a voulu ouvrir un magasin dont il attend la fortune. Mais il confond chiffre d’affaires et bénéfice. Il est vite dans le rouge.

A-t-il voulu imiter quelque enlèvement d’enfant de riche industriel comme il s’en est produit dans les années 70 ? Sur l’année 1975, on recense Maxime Cathalan, 20 mois, fille du PDG des laboratoires Roussel, libérée contre 2 millions de francs, et Christophe Mérieux, libéré contre 20 millions de francs. Toujours est-il qu’il s’est bien trop surestimé.

Philippe BERTRAND le connaît, et le suit tout naturellement lorsqu’il vient le chercher à la sortie de l’école. Les parents reçoivent vite une demande de rançon, destinée au grand-père, le seul à avoir une petite fortune, toute relative puisqu’il dirige un cabinet d’assurance. Mais on ne s’improvise pas kidnappeur d’enfant et Patrick HENRY est très vite pris à son propre piège. Agissant seul, il ne peut risquer d’approcher l’enfant d’une grande fortune et entreprendre un rapt violent. Il est obligé de s’en prendre à un enfant de son entourage, pour pouvoir partir avec lui après l’école sans éveiller les soupçons. Effectivement, personne à l’école n’a rien remarqué, mais Patrick HENRY se retrouve vite face à un dilemme, puisque l’enfant pourra le dénoncer. Pour la planque, là encore, les moyens ne sont pas au rendez-vous. Il a loué une petite chambre pour y rester avec Philippe, ce qui n’est guère discret, au niveau du voisinage ou des cloisons, au travers desquelles les pleurs vont s’entendre et attireront les soupçons lorsque les médias relaieront l’affaire.


 

Par ailleurs, concernant la rançon, les parents ayant fait appel à la police, Patrick HENRY ne parvient pas à organiser sa remise, les policiers n’étant jamais loin. Il balade ainsi sur de longs kilomètres le père du petit Philippe, le promenant en de multiples points de rendez-vous où le père y trouve des habits de son fils, et manque ainsi à deux reprises de se faire attraper par la police. Car Patrick HENRY a trouvé malin d’utiliser de petites routes de campagne, pratiques certes pour semer des poursuivants mais sur lesquelles il est impossible de se fondre dans la foule, parce qu’elles sont désertes.

Par deux fois, il est donc poursuivi par la police et s’échappe de justesse. Les jours passent sans nouvelles du ravisseur pour les parents du petit Philippe. C’est comme si Patrick HENRY avait abandonné l’idée de récupérer l’argent. Durant cette période, il part au ski et vaque à ses occupations. Repéré cependant par des gérants de bar, il est arrêté et interrogé par la police, qui doit le relâcher. L’affaire Patrick HENRY est aussi célèbre pour le dérapage assumé des policiers lors de la garde à vue puisque le commissaire a avoué, après que la culpabilité d’HENRY ait éclaté au grand jour bien sûr, l’avoir emmené en forêt. Le commissaire lui a tiré juste au dessus de la tête sans que Patrick HENRY ne craque. Cette bavure incroyable ne sera évidemment jamais reprochée au commissaire dans l’atmosphère de lynchage qui a suivi.

Libéré de sa garde à vue, Patrick HENRY se livre à quelques interviews qui lui seront grandement reprochés à son procès, dont la fameuse interview télévisée où il milite pour la peine de mort pour le responsable. Même relâché, Patrick HENRY reste surveillé, et avec une confondante bêtise, mène tout droit les policiers dans sa planque, où le cadavre de l’enfant est resté, depuis l’enlèvement, sous le lit, enroulé dans un tapis. Patrick HENRY l’a vraisemblablement tué le soir-même de son enlèvement, les voisins du dessous n’ayant jamais entendu des pas ou bruits d’enfant. Il n’a pas fait disparaître le corps. C’est la fin de ce pitoyable enlèvement et meurtre d’enfant.


 

Patrick HENRY risque alors la peine capitale et aucun avocat de Troyes ne veut le défendre. Même son père réclame le châtiment suprême. Dans des cas comme celui-là, c’est le Bâtonnier, Robert BOCQUILLON, représentant de l’ordre des avocats, qui doit accomplir cette besogne, besogne qui lui ôtera certainement de nombreux clients. La chance sourit alors à Patrick HENRY, qui bénéficie d’un appui décisif dans sa défense puisque Robert BADINTER accepte de venir plaider uniquement sur la peine de mort. Cela ajouté à une stratégie de défense en retrait, où Patrick HENRY reconnaît les faits, permettra aux deux avocats de lui sauver sa tête, malgré l’ambiance de lynchage durant le procès. En janvier 1977, à la stupeur générale, Patrick HENRY est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.


En prison, Patrick HENRY semble se réinsérer de façon encourageante par le biais de l’informatique qu’il a étudié et qu’il enseigne à son tour aux autres détenus. Il obtient son BEPC, son bac, une licence de mathématiques et un DUT en informatique. Il s’occupe de l’imprimerie de la détention et la transforme en entreprise florissante. Il gagnera ainsi environ 1.100 € par mois avec cette activité quand la plupart des détenus doivent se contenter des maigres salaires des ateliers. Et pourtant, l’appât du gain reprend le dessus. Patrick HENRY est en effet condamné en prison pour trafic de drogue, organisé donc au sein de la prison, en 1989. Cette affaire est lointaine quand il obtient une libération conditionnelle avec promesse d’embauche chez un employeur caennais le 15 mai 2001. La famille du petit Philippe n’a manifestement pas fait opposition. On se souvient en effet que Lucien LEGER n’avait pu pendant longtemps être libéré en raison du père de sa petite victime qui avait juré de le tuer à sa sortie. La sortie de Patrick HENRY se déroule mieux et passer la tourmente médiatique, on pense qu’il va mener une vie tranquille avec son nouveau travail.

 

Les surveillants de la prison en tout cas sont peu enclins à le voir sortir, et certains disent qu’il n’avait rien perdu de son côté manipulateur en détention . Patrick HENRY les étonnait par ses provocations, nullement impressionné par les menaces des autres détenus qui ne sont pas tendres avec les tueurs d’enfants. Des surveillants disent également que son goût et sa recherche de l’argent ne l’ont jamais quitté et qu’il choisissait ses amis par intérêt .

 

Et de fait, Patrick HENRY recommence à faire n’importe quoi. Alors que la libération conditionnelle lui a été accordée difficilement, il recommence ses larcins, est pris pour vol à l’étalage et se fourvoie dans un trafic de stupéfiants en se faisant arrêter avec plusieurs kilos de haschich en Espagne. Il a acheté la drogue au Maroc et est sorti du territoire français en violation de ses obligations auprès du juge d’application des peines. Rien que cette faute déclenche la délivrance d’un mandat d’arrêt par son juge d’application des peines. Il se serait fait cueillir en France dès sa rentrée sur le territoire. Comme si l’incarcération durant 25 années n’était qu’une parenthèse et qu’à peine sorti, il voulait de nouveau mener à bien son projet de vie facile. Là encore, il n’a aucune expérience du genre de délinquance où il sévit et met toutes les chances de son côté pour se faire attraper. La police espagnole a en effet installé, comme souvent,un barrage sur un axe bien fréquenté des trafiquants ramenant du cannabis du Maroc vers la France. Patrick HENRY essaie d’échapper au contrôle mais se fait arrêter avec 10 kilos de pollen de cannabis d’une valeur de 30,000 €. Incompréhensible faux pas lorsqu’on sait que Patrick HENRY est sorti de prison avec un pécule de 110.000 francs grâce à son travail à l’imprimerie et n’avait pas besoin d’argent !


 

La sortie de son livre intitulé "vous n’aurez pas à le regretter" était prévu quelques mois plus tard mais ne verra sans doute jamais le jour. Cette phrase, Patrick HENRY l’avait prononcée à l’énoncé du verdict de la Cour d’Assises. Déjà, on pressentait la recherche des médias, et nul doute que sans son retour en prison, Patrick HENRY aurait fait le tour des plateaux télé. Il avait alors commencé à monnayer des interviews.

 

Le 22 juillet 2003, il est condamné par le Tribunal Correctionnel de CAEN à quatre ans de prison et 20000 € d’amende. Sa conditionnelle est évidemment annulée et il est donc de nouveau condamné à perpétuité. Dans le cadre de l’enquête en FRANCE, la police retrouve des images pédophiles sur son ordinateur. Patrick HENRY s’est aussi connecté sur des sites d’achat d’armes et de faux documents....Patrick HENRY censé être un exemple de réinsertion termine donc en mouton noir de la réinsertion. Au vu de sa personnalité, nous n’avons peut-être pas fini d’entendre parler de lui.

 

Voici une interview donnée au journal L’EXPRESS après cette affaire en février 2003 dans laquelle Patrick HENRY ne manque guère d’excuses pour se justifier. A la lire, on s’étonne vraiment qu’une libération conditionnelle ait pu lui être accordée. Patrick HENRY y apparaît comme quelqu’un d’égocentrique, justifiant sans le moindre mal ses délits :

Vous avez été arrêté, début octobre, avec 10 kilos de haschisch en Espagne. Pourquoi avoir pris le risque de retourner en prison, alors que vous sortiez à peine de vingt-cinq ans de réclusion ?

C’est un long enchaînement de circonstances. En fait, lorsque je suis sorti de prison, en mai 2001, j’ai commencé à travailler chez un imprimeur. Très vite, je me suis senti mal dans cette entreprise, même si j’étais reconnaissant à son patron de m’avoir offert une chance. J’avais l’impression de faire en liberté exactement ce que je faisais dans les ateliers en prison. J’ai commencé à chercher un autre boulot. Mais ce n’est pas facile quand on s’appelle Patrick Henry… Un jour, j’ai voulu louer un garage dans une agence immobilière de Caen. Quand j’ai donné mon nom, l’employé m’a hurlé de sortir. A ce moment-là, j’en suis arrivé à la conclusion que je n’avais pas d’autre solution que de quitter la France. Je me suis dit que j’allais monter une entreprise de programmation informatique en Tunisie. Là-bas, personne ne connaît mon nom, mon visage. Le problème, c’est qu’il me manquait encore un peu d’argent pour financer ce départ.

Votre éditeur vous avait pourtant versé une importante avance. Pourquoi aller acheter du haschisch ?

J’allais mal. La seule chose que je savais, c’est que, depuis mon crime, il était évidemment hors de question que je m’attaque à une personne ou commette une agression. J’avais entendu parler du shit, du Maroc. Dans mon esprit, je faisais un seul aller-retour. Je ne savais même pas comment revendre la drogue, ni combien cela allait me rapporter…

La police espagnole ne vous en a pas laissé le temps...

Au péage de Sagunto, au sud de Valence, la Guardia civil me contrôle. Je tremblais, mais, dans ces cas-là, on garde toujours un petit espoir d’y échapper. Pendant que les policiers tournaient autour de la voiture, j’ai réussi à prendre discrètement mes papiers à l’intérieur et à récupérer mon passeport, qui avait été placé sous un képi, sur le toit du véhicule. Quand ils ont découvert les 10 kilos, ils ont vu que j’étais nerveux et m’ont passé les menottes. J’ai quand même essayé de m’échapper, mais je ne suis pas allé bien loin…

Vous avez déçu la confiance de ceux qui vous ont aidé et risquez de porter atteinte à la réinsertion des prisonniers. Comment expliquez-vous votre attitude ?

Depuis mon procès, j’ai l’impression d’être un phénomène de foire. On m’a présenté comme le symbole de la lutte pour l’abolition de la peine de mort. Pourtant, après mon procès, alors que j’étais incarcéré, il y a eu plusieurs condamnations à mort et même deux exécutions. On n’en parle pas. Plus tard, j’étais censé incarner le problème de la réinsertion, après vingt-cinq ans passés en détention. On a voulu faire de moi un surhomme, alors qu’en fait je ne suis qu’un pauvre type. Et maintenant que je suis en Espagne, on lance des procédures d’urgence pour me faire revenir le plus vite possible en France. Je suis prêt à rendre des comptes à la justice, mais pas à être récupéré par le débat politique.

On a parfois l’impression que vous avez totalement refoulé le meurtre du petit Philippe Bertrand...

Depuis mon acte de 1976, je suis habité par un mal-être. J’ai dans la tête en permanence la mort d’un enfant. Comment est-il possible, si vous êtes normal, d’intégrer une chose pareille, de l’admettre, de l’oublier ?

Avant l’épisode du haschisch, il y avait déjà eu le vol à l’étalage chez Leroy-Merlin, en juin 2002...

Rien ne justifiait ce geste stupide. J’ai risqué ma liberté parce que j’ai eu la flemme d’aller chercher de l’argent dans ma voiture, qui était garée à 300 mètres sur un parking ! Cette histoire ridicule a eu des conséquences gigantesques. Lorsque la nouvelle a été rendue publique dans les médias, le 18 juillet, le ciel m’est tombé sur la tête. J’étais affolé. J’ai jeté toutes mes affaires dans ma voiture et j’ai pris l’autoroute Caen-Paris sans savoir où aller. Je voulais me cacher. Je me suis finalement arrêté sur une aire de repos, je me suis allongé dans l’herbe et j’ai pleuré pendant vingt minutes. J’ai appelé mon avocat, Me Thierry Lévy, qui m’a demandé de le rejoindre à son cabinet parisien. Là, il m’a expliqué qu’il fallait faire face. Pourtant, le jour du procès, je n’étais pas fier. Le parquet n’a pas voulu que j’entre au tribunal par une porte discrète. Pourquoi m’obliger à affronter les objectifs des photographes ? Et pourquoi me condamner à une amende démentielle de 2 000 euros pour un vol de 80 euros que j’avais remboursés ?

Votre ancien employeur a déclaré qu’il avait trouvé des photos à caractère pédophile sur l’un de vos ordinateurs...

Je ne sais pas qui a entré ces photos sur mon ordinateur. Je n’ai jamais stocké la moindre photo pédophile. A l’époque de mon crime, il n’y a eu aucun soupçon de cette nature. Je considère que la pédophilie est une maladie. Je ne l’ai pas attrapée en prison.

Compte tenu de votre crime, ne deviez-vous pas être plus irréprochable encore que les autres citoyens ?

J’ai du mal à accepter cette idée. J’ai quand même fait vingt-cinq ans de prison. C’est très long. Je ne suis pas sûr que m’y remettre servira à grand-chose. Un an après ma remise en liberté, dans ma tête, j’étais encore en prison. Après l’épisode Leroy-Merlin, j’ai offert ma démission à mon employeur, qui la gardait sous le coude. Je ne savais plus où j’allais, je ne sortais plus de chez moi, je vivais volets clos. J’avais passé dix-sept ans en prison à Caen et je ne connaissais personne dans cette ville. Mon grand regret, c’est de n’avoir pas été capable de parler de mes problèmes avec les quelques personnes qui auraient su m’écouter. J’ai le sentiment d’un immense gâchis.

Vous allez avoir 50 ans dans quelques jours. Comment voyez-vous votre avenir ?

Je ne vois pas grand-chose. En France, ma liberté conditionnelle va tomber automatiquement. Je vais sans doute être condamné, peut-être à sept ans de détention. Au bout d’un certain temps, je pourrai toujours essayer de demander une liberté conditionnelle. Mais quel employeur va s’engager à me donner du travail ? Or, sans travail, pas de conditionnelle… Et après, quand je sortirai, il faudra tout recommencer à zéro. Je ne sais pas si j’en aurai le courage.


http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-gachis-patrick-henry-56394

 

Monday, May 18, 2009 

Tous et toutes à Calais du 23 au 29 Juin - Camp No Border







Publié vendredi 15 mai 2009

 

Du 23 au 29 juin à Calais se tiendra un camp pour la liberté de circulation pour tous et toutes et la fin des frontières et des contrôles migratoires.

Suite à la rencontre entre un militant du collectif No Border et des Lyonnais, à la Plume noire le 13 mai 2009, voici quelques éléments d’information pour le camp No Border.


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Plan de l’article : 


- I - Appel pour un camp No Border à Calais
- II - Diaporama sur la situation des migrants
- III - Préparer le camp
- IV - Liens et contacts utiles
- V - Quelques vidéos sur la situation à Calais

I - Appel pour un camp No Border à Calais Discussions, actions, rencontres, meetings, manifestations, démonstrations (23-29 juin 2009)

Le camp No Border de Calais est un projet mené par des militants français et belges, et des groupes de soutien français en coopération avec le réseau No Borders britannique. Il vise à mettre en lumière la situation à Calais et dans le nord de la France, construire des liens avec les communautés de migrants, contribuer à développer les liens entre les groupes qui les soutiennent, et enfin défier les autorités sur le terrain pour protester contre la répression croissante contre les migrants et les militants de la région. Le camp revendique la liberté de circulation pour tous et toutes, la fin des frontières et des contrôles migratoires. Nous appelons à un mouvement radical contre les systèmes de contrôle qui nous divisent entre citoyens et non-citoyens, entre avec et sans papiers.


Pourquoi Calais ?

Nous avons choisi Calais pour deux raisons essentielles. C’est un lieu important dans l’histoire du développement des contrôles migratoires et depuis longtemps un goulet d’étranglement pour celles et ceux qui cherchent à se rendre en Grande-Bretagne. C’est surtout un lieu d’affrontement entre ceux qui veulent stopper toute migration vers l’Union Européenne et ceux qui luttent pour détruire les barrières entre les peuples, les frontières qui empêchent la liberté de circulation pour tous et toutes, et non pour quelques privilégiés.

Depuis le milieu des années 90, des dizaines de milliers de migrants ont vécu à Calais sans aucune ressource, contraints de dormir à la dure dans la “jungle” dans l’espoir de pouvoir un jour traverser la Manche vers l’Angleterre. En 1999 la Croix Rouge a ouvert un centre dans la ville voisine de Sangatte, mais celui-ci a dû fermer sous la pression conjuguée de la France et de la Grande-Bretagne. Depuis, une présence policière et une répression renforcées obligent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à errer dans la région de Calais et le long des côtes du Nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Ils et elles sont régulièrement brutaliséEs par la police, victimes de gaz lacrymogènes, battuEs, arrêtéEs et enferméEs régulièrement au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Coquelles. La police brûle régulièrement leurs abris et les maigres possessions qu’ils contiennent. Les groupes qui les soutiennent en leur fournissant des repas et de l’aide humanitaire subissent une répression croissante par la police et plusieurs militants ont été arrêtés ces derniers mois. Pendant ce temps, le ministre de l’immigration britannique Phil Woolas a appelé à la construction d’un centre de rétention permanent à l’intérieur du Port de Calais.

La partie la plus visible de l’iceberg

Calais n’est pourtant qu’une petite partie de l’ensemble des contrôles migratoires européens, une frontière interne majeure au sein du système hi-tech des frontières européennes. Depuis le début des années 2000, l’UE s’emploie à construire “l’Europe Forteresse” en externalisant ses frontières en Asie et en Afrique avec des patrouilles frontalières en Méditerranée, en Lybie et sur la côte Ouest de l’Afrique grâce à l’agence Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures), et via sa politique extérieure qui permet de payer des Etats, de l’Ukraine jusqu’au Maroc, pour effectuer à sa place le travail de prévention de l’immigration.


Les droits des migrants sont aussi ceux des travailleurs

A travers ce système de contrôle aux frontières, les autorités créent deux sortes de migrants : une minorité de migrants “qualifiés”, considérés comme “utiles” à l’état, et une majorité de travailleurs sans papiers, à laquelle aucun droit n’est garanti et qui se retrouve donc exploitée à loisir sur le marché du travail. C’est pourquoi notre combat pour la liberté de circulation est également un combat pour les droits de tous les travailleurs.


La solidaité transnationale marche !

Etablir des liens en travaillant ensemble nous permet d’échanger de l’information à un niveau transnational, et ainsi d’exploiter les failles et les fissures de cette “Europe Forteresse”. En novembre dernier, c’est en partie grâce à un effort de solidarité transnationale que la déportation organisée de réfugiés afghans de Calais à Kaboul a pu être empêchée.


Camper et Faire Campagne contre les Frontières

Ce camp s’inscrit dans la tradition des camps No Border organisés à travers le monde depuis les années 90. Comme le camp de Lesvos au mois d’août prochain, ce sera un espace pour partager des informations, des compétences et des expériences, un espace pour préparer et réaliser des actions contre le système des frontières qui nous divise tous et toutes. Depuis des siècles, les puissances impérialistes européennes exploitent la terre, les ressources et les populations de la majorité de la planète pour s’enrichir et devenir plus puissantes, semant sur leur passage la guerre, la destruction de l’environnement et des inégalités criantes. Tenter le voyage vers le Royaume Uni, c’est lutter contre cette injustice. La situation calaisienne est une conséquence de la politique d’immigration britannique et nous appelons les groupes, réseaux et individus à agir à travers la Manche pour participer au mouvement global de solidarité qui défend leur droit à la circulation à travers les frontières.


Egalité des droits pour touTEs !

Personne n’est illégal. Liberté de circulation et d’installation pour touTEs !

II - Diaporama sur la situation des migrants à Calais (cliquer sur l’image pour passer à la suivante)

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III - Préparer le camp no Border

La Logistique :

Les besoins logistiques sont nombreux, le matériel et les bonnes volontés sont les bienvenues. Le camp a notamment besoin de :

- Groupes électrogènes.
- Cantines (deux se sont déjà engagées à venir).
- Des tentes de grandes tailles pour l’installation des espaces collectifs. (chapiteaux, marabous, yourtes, etc.)
- Du matériel informatique et des gens compétents pour le mettre en place afin d’installer une tente informatique / médias alternatisf.

contact : calais.logistics[at]gmail.com

Finances du camp :

Le camp a aussi besoin d’argent, les dons sont les bienvenus et doivent être envoyé à :


London No Borders, Co-operative Bank
IBAN : GB85CPBK08929965252615
BIC Code : CPBKGB22

Les dons serviront pour :
- Matériel électrique
- Provision d’eau
- Toilettes chimiques (en complément de toilettes sèches fabriquées sur place)
- Assurance si l’on obtient la permission légale de tenir le campement
- Location de tentes
- Factures téléphone et Internet
- Location d’un lieu en ville pour un point d’info
- Location d’un lieu pour l’équipe médicale / légale
- Achat de la bouffe, en large quantité, à l’avance ; on récupérera de l’argent à travers des dons dans le camp

Le terrain ? Plusieurs terrains ont été repérés par les militants locaux. Des négociations sont en cours avec la communauté d’agglomération pour l’obtention d’un terrain à proximité du centre-ville équipé eau/électricité et capable d’accueillir entre 2.000 et 3.000 personnes. Dans le cas où les négociations pour le terrain échoueraient un des terrains sera probablement squatté.

Le planning ? Sur l’ensemble de la semaine aucun planning précis n’est pour l’instant posé, en dehors du 27 Juin où une manifestation importante est prévue. Pour le reste les rendez-vous dépendrons des envies des participants, de leurs modes d’actions, de l’actualité. Débats, projections, aussi bien que manifestations et actions diverses sont bien sûr envisagées.

Un espace d’expression sera prévu avec des cartes du monde. Dans le camp il faudra que les migrants aient la parole, la possibilité d’écrire à leurs familles par courrier postal ou courriel, de laisser des témoignages sur différents supports.

Un espace d’infos juridiques et politiques.
Des infos sur la France, Calais, l’Angleterre.

Des débats sont envisagés, parmi les premières propositions :
- Comment vivre sans frontières
- Pillage des pays du sud
- Monde du travail et sans papiers, vivre illégal
- Racisme et manipulations politiques
- Le rôle des médias
- L’enferment, prisons pour étrangers, prisons pour tous
- Migrations sud/sud
- Les lois européennes mises au clair et comparaisons transnationales du sort réservé aux migrants
- Militarisation du monde, raison des migrations

Médias alternatifs :

Le site No Border reste le premier outil d’information sur le camp, avec relais dans les médias alternatifs par la suite, avec notamment l’adaptation d’un site "indymedia.org" en site multilingue pour relayer l’information (Les motivés pour faire de la traduction seront les bienvenus sur le camp). Une radio sera aussi mise en place sous forme de web-radio, peut-être émission 24h/24h pendant le camp. Des équipes photo & vidéo sont aussi en formation.

La volonté de faire un journal papier (quotidien ?) est aussi évoqué.

Les bonnes volontés et les compétences sont les bienvenues pour faire vivre l’information dans et hors du camp.

Médias traditionnels :

Il est évident que nous serons rapidement amenés à être en contact avec les médias. Des journalistes étaient d’ailleurs présents lors du premier meeting que nous avons eu.

Nous avons demandé un compte-rendu aux camarades anglais sur la façon dont le lien avec les médias avait été géré lors du campement de Gatwick. Le groupe médias avait été contacté quelques six semaines avant le début du camp. Au campement de Gatwick, il y avait un n° de téléphone pour les contacts presse, ainsi qu’une tente réservée aux contacts médias ; la règle choisie était aussi « aucun média à l’intérieur du campement. » Une formation pour gérer les médias, comment répondre aux questions manipulatoires avait été proposée. Il avait été noté qu’il faudra être vigilantEs quant aux intrusions de médias dans le campement, dans les réunions…

Pour le campement de Calais, les choses pourraient être différentes étant donné la médiatisation du sujet (cf. le succès du film "Welcome", qui décrit la situation à Calais…). Sans doute aussi y aura-t-il un traitement médiatique beaucoup plus hostile de la part des médias britanniques ?

Nous avions décidé de mettre en place une équipe médias lors de notre prochaine rencontre en mai. Il faut collectivement décider des messages, du discours porté par cette équipe. Cette équipe pourrait être composée de deux groupes, l’un gérant les médias britanniques, l’autre les médias français et belges.

Dans tous les cas, nous ne pourrons contrôler les distorsions opérées par les médias. Il faudra essayer de faire passer notre message No Border aussi clairement que possible. Le groupe britannique a déjà été formé, il a produit un article à destination du magazine Red Pepper. Le groupe français sera mis en place en mai.

Il est vraisemblable que les associations locales ainsi que leurs porte-paroles soient contactés par les médias qui les connaissent bien. Nous allons écrire aux associations pour leur dire comment nous souhaiterions qu’elles appréhendent leurs réponses aux médias quant au campement. Nous demanderons à ce qu’aucun détail matériel ne soit donné quant aux actions. Bien entendu, chacun-e sera libre d’exprimer ce qu’il ou elle pense du camp, évidemment nous espérons que cela sera plutôt positif, voire enthousiaste ! Nous espérons aussi que les assoces s’associeront et organiseront des ateliers au sein du campement, sur la situation sur le terrain, la solidarité à construire etc…

Bref, il reste donc à décider comment nous allons organiser l’équipe médias, quels seront celles et ceux qui seront mandatéEs pour parler aux médias. Sur le site web, il y aura des coordonnées pour les contacts médias. Une idée serait de contacter Atiq Rahimi (l’écrivain afghan lauréat du dernier Goncourt), et, plus important, de contacter d’autres migrants pour faire partie de ces contacts.

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IV - Plus d’info / Contacts :

- Le site du camp no border
- Le site no borders anglais
- contact : noborder-groupelocal-calais[at]hotmail.fr

- Le tract diffusé auprès des migrants de Calais aussi en arabe et en dari

Des sites sur la situation des migrants et les luttes dans le Nord :

- Dissidence Nordiste
- Here Today, gone tomorrow…
- Collectif C’sur (Collectif de soins d’urgence aux réfugiés
- Site de la Cimade
- Association SALAM
- Les Permanences d’Accès aux Soins de Santé (PASS)(A calais mais aussi partout en france)


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V - Vidéos

5 Ans après la fermeture de Sangate…

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La vie des migrants à Calais (film en trois partie)

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Témoignages des 50 Afghans arrêtés à Calais en Novembre 2008

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Sans-Papiers : enquête de Saïd Bouamama

Le 31 mai 2009, au "Nouveau Siècle" de Lille, le sociologue Saïd Bouamama présente les données de son enquête sur le devenir des sans-papiers, les trajectoires des personnes ayant bénéficié d’une régularisation.

Organisé par le CSP 59, le Collectif Afrique et l’IDM, avec le soutien du Conseil Général.

Un rapport en trois parties extrêmement intéressant !

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Pour les motivé-e-s, un autre camp No Border aura lieu cet été en Europe, à Lesvos en Grèce, du 25 au 31 aout 2009. Plus d’infos ici.
Contact : noborder.lesvos.2009[at]gmail.com

Un gros merci à Enous, pour son passage à la Plume noire et pour toutes les informations/vidéos/textes qu’il a pu nous passer sur le No Border de Calais.


http://rebellyon.info/article6363.html

Tuesday, May 12, 2009 

http://soutienauxsanspapiers.hautetfort.com/media/02/00/1682946433.jpg

EVENEMENT TRES IMPORTANT A MONTPELLIER DANS LA LUTTE AVEC LES

SANS-PAPIERS POUR OBTENIR LEUR REGULARISATION !


VENEZ NOMBREUX, FAITES SUIVRE CETTE INFO ! MERCI

Kermesse de solidarité

La Coordination des Comités de Soutien aux sans-papiers vous invite à venir nombreuses et nombreux,le samedi 16 mai sur la place du plan Cabane à partir de 16 h,


POUR UNE GRANDE KERMESSE DE LA SOLIDARITÉ AVEC LES SANS-PAPIERS.


Avec: Tombola *, jeux, stands , animations pour les enfants, musique, tables de presse et conteurs

Venez ainsi passer un moment convivial en protestant contre les contrôles incessants de la police et les rafles dans Figuerolles qui criminalisent ce quartier.
Venez affirmer votre solidarité avec les sans-papiers...

Accepter de laisser les sans-papiers criminalisés aujourd'hui c'est accepter la restriction de nos libertés demain !


Les sans-papiers sont les premières victimes de l'inégalité dans la répartition des richesses que nous subissons nous aussi. Accepter leur sort aujourd'hui c'est accepter nos conditions de vie de demain !

Aucun être humain n'est illégal !


* Les bénéfices de la tombola serviront à participer aux frais pour la défense des dossiers de sans-papiers déposés le 25 juin dernier par la Coordination des Comités de Soutien aux sans-papiers . Les lots de la tombola sont une contribution des commerçants du quartier Figuerolles. Un grand merci à eux.

Site internet de la Coordination des comités de soutien aux sans-papiers de Montpellier, à visiter: 
http://soutienauxsanspapiers.hautetfort.com/






Thursday, April 30, 2009 

appel pour un camp no border à calais

Le camp No Border de Calais est un projet mené par des militantEs françaisES et belge, et des groupes de soutien français en coopération avec le réseau No Borders britannique. Il vise à mettre en lumière la situation à Calais et dans le nord de la France, construire des liens avec les communatés de migrantEs, contribuer à développer les liens entre les groupes qui les soutiennent, et enfin défier les autorités sur le terrain pour protester contre la répression croissante contre les migrantEs et les militantEs de la région.

Le camp revendique la liberté de circulation pour tous et toutes, la fin des frontières et des contrôles migratoires. Nous appelons à un mouvement radical contre les systèmes de contrôle qui nous divisent entre citoyenNEs et non-citoyenNEs, entre avec et sans papiers.


Pourquoi Calais ?
 Nous avons choisi Calais pour deux raisons essentielles. C’est un lieu important dans l’histoire du développement des contrôles migratoires et depuis longtemps un goulet d’étranglement pour celles et ceux qui cherchent à se rendre en Grande-Bretagne. C’est surtout un lieu d’affrontement entre ceux qui veulent stopper toute migration vers l’Union Européenne et ceux qui luttent pour détruire les barrières entre les peuples, les frontières qui empêchent la liberté de circulation pour tous et toutes, et non pour quelques privilégiéEs. Depuis le milieu des années 90, des dizaines de millier de migrants ont vécu à Calais sans aucune ressource, contraints de dormir à la dure dans la “jungle” dans l’espoir de pouvoir un jour traverser la Manche vers l’Angleterre. En 1999 la Croix Rouge a ouvert un centre dans la ville voisine de Sangatte, mais celui-ci a du fermer sous la pression conjuguée de la France et de la Grande-Bretagne. Depuis, une présence policière et une répression renforcées obligent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à errer dans la région de Calais et le long des côtes du Nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Ils et elles sont régulièrement brutaliséEs par la police, victimes de gaz lacrymogènes, battuEs, arrêtéEs et enferméEs régulièrement au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Coquelles. La police brûle régulièrement leurs abris et les maigres possessions qu’ils contiennent. Les groupes qui les soutiennent en leur fournissant des repas et de l’aide humanitaire subissent une répression croissante par la police et plusieurs militantEs ont été arrêtéEs ces derniers mois. Pendant ce temps, le ministre de l’immigration Phil Woolas a appelé à la construction d’un centre de rétention permanent à l’intérieur du Port de Calais.


La partie la plus visible de l’iceberg
 Calais n’est pourtant qu’une petite partie de l’ensemble des contrôles migratoires européens, une frontière interne majeure au sein du système hi-tech des frontières européennes. Depuis le début des années 2000, l’UE s’emploie à construire “l’Europe Forteresse” en externalisant ses frontières en Asie et en Afrique avec des patrouilles frontalières en Méditerranée, en Lybie et sur la côte Ouest de l’Afrique grâce à l’agence Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures), et via sa politique extérieure qui permet de payer des Etats, de l’Ukraine jusqu’au Maroc, pour effectuer à sa place le travail de prévention de l’immigration.


Les droits des migrants sont aussi ceux des travailleurs
 A travers ce système de contrôle aux frontières, les autorités créent deux sortes de migrants : une minorité de migrants “qualifiés”, considérés comme “utiles” à l’état, et une majorité de travailleurs sans papiers, à laquelle aucun droit n’est garanti et qui se retrouve donc exploitée à loisir sur le marché du travail. C’est pourquoi notre combat pour la liberté de circulation est également un combat pour les droits de tous les travailleurs. La solidaité transnationale marche ! Etablir des liens en travaillant ensemble nous permet d’échanger de l’information à un niveau transnational, et ainsi d’exploiter les failles et les fissures de cette “Europe Forteresse”. En novembre dernier, c’est en partie grâce à un effort de solidarité transnationale que la déportation organisée de réfugiés afghans de Calais à Kaboul a pu être empêchée.


Camper et Faire Campagne contre les Frontières
 Ce camp s’inscrit dans la tradition des camps No Border organisés à travers le monde depuis les années 90. Comme le camp de Lesbos au mois d’août prochain, ce sera un espace pour partager des informations, des compétences et des expériences, un espace pour préparer et réaliser des actions contre le système des frontières qui nous divise tous et toutes. Depuis des siècles, les puissances impérialistes européennes exploitent la terre, les ressources et les populations de la majorité de la planète pour s’enrichir et devenirs plus puissantes, semant sur leur passage la guerre, la destruction de l’environnement et des inégalités criantes. Tenter le voyage vers le Royaume Uni, c’est lutter contre cette injustice. La situation calaisienne est une conséquence de la politique d’immigration britannique et nous appelons les groupes, réseaux et individus à agir à travers la Manche pour participer au mouvement global de solidarité qui défend leur droit qui défend leur droit à la circulation à travers les frontières.


Egalité des droits pour touTEs !

Personne n’est illégal. Liberté de circulation et d’installation pour touTEs !


http://calaisnoborder.eu.org/ http://london.noborders.org.uk/cala...

Contact à Calais : noborder-groupelocal-calais at hotmail.fr

Infos à propos du camp No Border de Lesbos : contact : noborder.lesvos.2009 at gmail.com


http://lille.indymedia.org/article16180.html


Wednesday, April 29, 2009 

1er Mai : un enterrement de première classe

mardi 28 avril 2009
par Patrick Mignard


Je rappelle incidemment aux lecteurs qui seraient enclins à penser ou estimer que Patrick Mignard se contente de critiquer et décrier sans proposer d’alternative, qu’il élabore également des formes et des modes différenciés d’évolution sociétale, dans nombre d’articles constructifs passés et cela depuis déjà pas mal de temps. Ne serait-ce que dans Manifeste pour une alternative 1 , (2), (3), (4), à titre de simple exemple. (Michel Berthelot)

AVERTISSEMENT - Ce texte est particulièrement déconseillé, pour raisons médicales, à celles et ceux qui vivent le rêve éveillé d’une victoire imminente d’une « insurrection générale » et de la « mise à mort – tout aussi imminente - du capitalisme par les masses exploitées  »… Par contre il leur est tout à fait conseillé pour l’amélioration de leur conscience politique.

Depuis des mois, pour ne pas dire des années, la logorrhée verbale des organisations politico-syndicales nous joue la pièce éculée et mystificatrice de la « lutte finale ».

L’arrivée au pouvoir de la bande de néo conservateurs libéraux qui nous détruisent peu à peu tous nos acquis sociaux n’a rien changé à la stratégie ridicule de celles-ci…. Ce n’est plus une retraite, c’est une débandade.

LE SYMBOLE D’UN SYMBOLE...

...ou le syndrome du « serpent qui se mord la queue »

Le 1er Mai qui arrive est un peu différent des précédents : en pleine crise économique, sociale, après des mois de liquidation des services publics, des licenciements, délocalisations, des suppressions de postes dans l’Éducation Nationale, privatisations massives, écroulement du pouvoir d’achat, progression de la pauvreté, répression du mouvement social, atteintes aux libertés,…

Le 1er Mai, se veut une fête, il le demeure, mais comme un enterrement qui est aussi une forme de « fête », de cérémonie au cours de laquelle on rend hommage au défunt et où l’on signifie que « la vie continue »...

Il est vrai que, comme dans une fête, ou un enterrement, on va sortir, en ce 1er Mai son plus beau costume, ses plus belles banderoles et drapeaux, comme on exhibe de magnifiques couronnes... les cortèges auront de la classe.

La « fête du travail » ? Mais de quel travail parle-t-on ?

S’il s’agit des droits des salariés, de leurs conditions de travail, de leurs rémunérations, de leur protection sociale, de leurs retraites, de l’avenir de leurs enfants... alors ce n’est pas une fête qu’il faut. Ce n’est pas la joie qui doit dominer, mais la rage et le désespoir.

Tous ces acquis sont actuellement en perdition... Dans une génération ils auront quasiment disparus.

Le 1er Mai, nous nous trompons de fête. Nous fêtons des acquis que nous sommes incapables de défendre... à fortiori d’en gagner de nouveaux.

Nous fêtons un symbole qui n’a plus aujourd’hui de sens dans la mesure où le capital n’est plus prêt à lâcher quoi que ce soit et que nous sommes bien incapables de lui imposer un rapport de force qui nous serait favorable. Nos formes de luttes sont aujourd’hui obsolètes et nous nous donnons l’illusion de la puissance avec un symbole qui ne correspond plus, ni à la situation économique actuelle, ni aux exigences qui devraient être les nôtres pour nous imposer face aux profiteurs et à leurs souteneurs.

La mobilisation dans la rue n’a aucun sens, elle n’est qu’un spectacle de plus auquel nous participons et qui fait les choux gras des bureaucraties syndicales et des journaux télévisés… le lendemain rien n’a changé. Elle permet juste de faire patienter.

Le 1er Mai devient l’expression des fantasmes des frustrés que nous sommes du fait de notre impuissance politique.

LA TENDANCE GÉNÉRALE EST À LA... CAPITULATION

Les voleurs d’espoir frappent à nouveau, en toute impunité, sur tous les écrans, sûrs de leur reconnaissance par les maîtres du Capital qu’ils rassurent,… et assuré d’une fidélité, par défaut, de la part d’un peuple en manque d’autonomie, d’imagination et de perspectives concrètes.

Les débris de la Gauche, qui n’a d’ailleurs jamais été capable de renverser le système en place... et n’en a jamais eu l’intention, se dispersent aux quatre vents des débats stériles et des conflits de personnes.

Ces professionnels de la politique, de gauche, comme d’extrême gauche, nous « en mettent plein la vue » de part le monopole de fait et de droit qu’ils ont ; confortés par les gestionnaires du Capital, pour « organiser la fête »... Le Pouvoir ne veut-il pas des syndicats « forts et respectés » ?

La création avec tambours, trompettes et médias du NPA qui nous promettait de « voir ce que l’on allait voir » n’a en rien bouleversé, ni les luttes, ni les perspectives, ni même les consciences... pas même les gestionnaires du Capital qui, au contraire, jouent habilement de cette péripétie « à gauche »... Cette organisation, qui ressemble comme une sœur jumelle à l’ex-LCR, prend peu à peu ses quartiers dans la « niche politique » laissée par le PCF en voie de disparition.

Quant au PCF justement, il s’estompe lentement, lâche prise en glissant dans les poubelles de l’Histoire, en produisant un compost qui alimente, malgré lui, les organisations et ambitions nouvelles pressées de prendre sa place.

Ne parlons même pas des élucubrations bureaucratico-électoralistes des écologistes et autres « refondateurs »(sic) de la « Gauche... »

Toutes ces organisations, aux discours radicaux, à la gestuelle de tribune et aux leaders médiatico-pipolisés, sont sagement rentrées dans le rang et vivent au rythme des invitations de leurs leaders dans les émissions « de stars » de télévision, des sondages d’opinion et des résultats électoraux.

Les syndicats quant à eux ont depuis longtemps démissionné. Ils organisent les plans sociaux, tapent du poing sur la table, appellent au réalisme ( ?) et à la responsabilité ( ?) en organisant des manifestations, et promettant… de « nouvelles mobilisations »... autrement dit, rien.

Tout ce joli monde va appeler à un 1er mai « U-NI-TAI-RE », persuadé, ou le faisant croire, qu’il « va faire trembler le Gouvernement  ».

AUX URNES CITOYENS !

À l’approche du gâteau électoral en perspective, en juin, toutes et tous se ruent, se bousculent, s’interpellent, s’invectivent... espérant, par des promesses mirobolantes convaincre le chaland et le naïf qu’avec lui «  les choses vont évidemment changer ».

Lors de ce 1er Mai, l’image, le look, de chaque organisation va compter énormément... ça va être un défilé de mode autant pour conclure « glorieusement » ( ?) une année sociale de mobilisation, qu’en vue du prochain scrutin le mois suivant.

La société du spectacle tant décriée concernant le capitalisme, déborde généreusement dans les manifestations de celles et ceux qui croient le combattre... c’est d’ailleurs à cela que l’on peut mesurer leur degré de capitulation et d’intégration à celui-ci.

Ainsi ce 1er Mai, va être non seulement l’enterrement de toutes les mobilisations de ces derniers mois, mais aussi le prélude à la farce électorale des Européennes.

Au terme d’une année sociale dramatique – au cours de laquelle toutes les luttes ont échoué - et au seuil d’une nouvelle encore plus dramatique, ce 1er Mai, aux yeux des gestionnaires du Capital va être notre « chant du cygne », le dernier soupir des sacrifiés avant la capitulation dans les urnes et dans la torpeur de l’été.

Les politiciens et syndicats ne manqueront pas de « crier victoire » ( ?), et de promettre, comme chaque année, « une rentrée sociale agitée » ( ?).

Patrick MIGNARD
avril 2009

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article10407

Friday, April 24, 2009 

L’effrayante et honteuse apathie de la gauche face à la répression pénale et à l’Etat policier.


de La Louve

C’est fou quand même cette impression répétée qu’on peut avoir, parfois, que les politiciens "de gauche" et nous, on ne vit pas toujours sur la même planète.

Parfois, le ras le bol et le désespoir me saisissent, en tant que militante. J’ai envie de baisser les bras. De tout plaquer. Pourquoi le mousse souque si le capitaine tient pas le bon bout, on s’demande?

Quand je vois le nombre d’entre nous qui, avec leurs petits moyens, essaient de tisser la solidarité, mènent les combats sur plusieurs fronts à la fois, sans parler de leur famille, de leur vie quoi, le tout en n’ayant pas des moyens de députés, sénateurs, conseillers généraux....et que, eux, justement, ils semblent trop souvent cantonnés au minimum syndical...

On leur demande pas grand- chose pourtant. Des petits coups de pouce. D’attirer un peu de la lumière et des caméras qui les suivent, sur certaines causes, certains combats. Des combats unificateurs.

Qui nous concernent toutes et tous, au-delà des partis, au-delà des étiquettes.

Y’en a une qui me tient à cœur, à moi et à bien d’autres, c’est la lutte contre la répression policière organisée à l’ère sarkozyste.

Cette lutte contre la répression, contre le tout-pénal, contre le tout-répressif, elle a commencé il y a bien longtemps déjà, pour beaucoup d’entre nous. Dès les fameuses "lois Perben". Contre la réduction des droits syndicaux, ensuite. Contre les fichages de toutes sortes. Contre tout ce qui était susceptible d’asseoir un État policier, contre tout ce qui pouvait constituer des freins à la liberté d’expression, à la liberté de manifester, au droit de grève...

Pour nombre d’entre nous, ces luttes ont toujours été fondamentales, au sens strict.

Sans ces libertés-là, difficile ensuite, en période de crise aigüe, de manifester, comme on en a le droit, et même le devoir, contre le capitalisme, contre la droite, pour son travail, pour son salaire...sans se prendre un (ou deux ou trois) coup de matraque, sans faire un tour en gardav’, sans se retrouver fiché, inculpé...

Dur de se rassembler librement pour crier sa colère, exiger des comptes de nos mandataires, ou tout simplement, discuter entre voisins sur le prix exorbitant des loyers dans la cage d’escalier...

Alors, manifester devant l’Assemblée Nationale (ce qu’il faudrait faire, pourtant, plutôt que de rendre visite à la Bastille..) - mais vous n’y pensez pas !?

Pour ces derniers mois, faisons une liste, non exhaustive :

Saint Nazaire le 29 janvier : des dizaines d’arrestation, 4 manifestants condamnés à des amendes de plusieurs centaines d’euros et à des sursis lourds.1 manifestant condamné à de la prison ferme avec mandat de dépôt, récemment libéré.

Place de la Nation à Paris le 19 mars : des centaines d’arrestations, 49 inculpés, déjà deux condamnés au moins à du sursis allant jusqu’à 6 mois.

Strasbourg, sommet de l’OTAN, le 5 avril : là encore, des centaines d’arrestations, et 49 inculpés.

Que se passera-t-il le 1er mai prochain, dites-moi, à ce tarif là?

Des centaines d’arrestations dans des conditions "plus que pas claires", comme dirait une camarade.

Des dizaines d’inculpations reposant presque toutes exclusivement sur des dépositions policières.

Des peines déjà prononcées allant de la prison ferme à de longs mois de sursis, sans parler des interdictions de manifester et de participer à des manifestations, pour "violence aggravée" sur "agents de la force de l’ordre".

"Violence aggravée"?

Au pire, imaginons, je ne dis pas que j’ai la vérité, non, la vérité avec un grand "V", je ne la connais pas, bien sûr, mais allez, un ou deux jets de canette (vide) par un gringalet en tee-shirt, sur un policier caparaçonné de la tête aux pieds, en réaction instinctive et spontanée, face à un gros gazage devant les portes fermées d’un métro complice...ça mériterait donc 6 mois de prison avec sursis, aujourd’hui?

Et puis, je rappelle quand même qu’il n’y a eu, heureusement, aucun blessé grave à déplorer parmi les dites forces de l’ordre, à Paris, le 19 mars.

Certes, il y a eu quelques blessés, plutôt légers d’ailleurs, à Saint Nazaire et à Strasbourg, le gros des éclopés étant quand même à comptabiliser du côté des manifestants...

On se dit que, forcément, de vrais dangereux "casseurs" d’ultra-hyper-extrême-gauche, organisés, ils auraient peut être fait plus de dégâts que ça...

Peut être.

Je n’en sais rien. Je n’en connais aucun dans mon entourage. J’imagine.

Quand on voit, sur les photos d’archives, comment les camarades antifascistes, communistes, italiens, espagnols ou allemands allaient en manif’ dans les années 70/80, casqués, bottés, armés (et pas pour rire) de clefs anglaises, de manches de pioche, de cocktails molotovs, de frondes qui tiraient des roulements ou des boulons...

Ou, plus proche de nous, quand on voit ce que les gendarmes se sont pris dans la tête en Corse il y a quelques jours, on est en droit de se poser des questions sur l’appréciation que certains ont de la dangerosité d’une "action", à supposer que cette action" existe réllement, bien sûr, ce qui est loin d’être démontré.

Surtout quand on voit, ensuite, le regard incrédule et un peu paniqué des dits "casseurs", Julien, Alexandre, ou Carine*, par exemple, tous "inculpés du 19 mars", âgés de moins de 21 ans, qui pensaient, un peu bêtement, c’est vrai, qu’ils pouvaient rester là, tranquilles, après la manif.

Se faire un sit-in un peu ambiance "peace and love"...

Qui, a 20 ans , n’a jamais rêvé de ces moments que connurent nos parents ou nos grands- parents? Front Popu, Mai 68, Woodstock...que sais-je, mais tous ces moments où on semble vivre en communauté et où les cœurs battent à l’unisson...

A lire les journaux, à écouter la TV, on pourrait croire que tous ces manifestants étaient de dangereux terroristes d’ultra-hyper-extrême gauche, pris la main dans le sang et le couteau entre les dents, multi-récidivistes chevronnés ayant déjà accroché plusieurs scalps de CRS à leurs ceintures, avec des casiers comme des bottins téléphoniques....

Mais non ! Même pas.

On se frotte les yeux pour bien voir...

Et on voit quoi?

On voit des syndicalistes. De "bons pères de famille". Des types et des nanas qui se bagarrent dans leurs boîtes contre les patrons, qui en ont marre de se faire plumer.

L’un d’entre eux, un "historique" de la CGT Saint -Nazaire, Guy Texier, a bien témoigné de ce qu’il avait vu le 29 janvier.

De jeunes étudiants, "primo-délinquants" comme on dit (manière déjà ambigüe de dire que leur casier est VIERGE et qu’ils ne sont jamais passés par la case "tribunal".)

Quelques militants, rares, qui ont déjà un casier , oh, mais pas lourd, pour les mêmes "violences sur les forces de l’ordre".

On voit des gens dont c’était la première manifestation parfois, et qui se demandent ce qu’ils foutent là, de la lacrymo plein les mirettes, dans ce qui ressemble à un traquenard....

Bref , de tout, mais pas l’ombre de la queue d’un dangereux "casseur", d’un affreux terroriste. D’un danger pour la République. D’une menace pour la démocratie.

Alors, nous, les petites fourmis militantes, à la base, ensemble, coco, toto, anar, socialo, syndicalo...on essaie de construire notre défense, celle de nos enfants, de nos potes, de nos vieux, de nos semblables, contre ce qui ressemble de plus en plus à une stratégie organisée pour criminaliser le mouvement social et nous ficher une trouille bleue.

On regarde, éberlués, des vidéos étranges où l’on voit, à Strasbourg, ce qui semble être des représentants des forces de l’ordre jeter des cailloux sur la foule, à Londres, un groupe de policiers s’en prendre à coups de pieds et de matraque à un vieux qui passe sous le nez de leur patrouille, qui décèdera quelques minutes plus tard, plus loin...

On lit le témoignage d’un policier (oui, vous avez bien lu) sur l’incendie de l’hôtel Ibis, toujours à Strasbourg. Édifiant.

A Nation, le 19 mars, on voit de drôles de types, plus si jeunes, toujours sur ces foutues vidéos, des types qui ne sont pas habillés comme des gendarmes, mais qui n’ont pas l’air d’avoir peur d’eux, des types qui ne ressemblent pas franchement à des étudiants en goguette, qui semblent se situer à une frontière mouvante entre manifestants et policiers, frontière qu’ils sont les seuls à franchir assez allègrement d’ailleurs, dans un sens, puis dans l’autre, une barre de fer à la main, pour certains...

On se passe l’histoire de ce jeune allocataire moniteur de la Sorbonne, Clément Onimus, qui est accusé d’avoir jeté une bouteille à un policier et qui fait un appel à témoignages ici, appel même relayé par la présidence de l’Université Paris-4 !

On bosse.

Et on attend, aussi.

On attend toujours.

Que "la gauche" se saisisse vraiment du problème.

On attend que le PCF signe les appels anti-répression.

On attend que "Désirs d’Avenir", que le PS, les signent aussi.

On attend que la CGT, FO... les signent aussi.

Celui lancé pour les inculpés du 19 mars, par exemple, attend toujours les paraphes de la plupart d’entre eux - camarades militants, harcelez vos organisations respectives !

Et plus que de les signer, on attend qu’ils désignent dans leurs organisations, au moins une personne chargée de faire le lien entre eux et le mouvement anti-répression.

On attend qu’ils désignent chez eux au moins une personne chargée de traiter des questions des libertés publiques.

On attend, voire, qu’ils nous proposent un soutien matériel, financier, même pas grand chose, mais un petit peu.

On attend que Mme Royal, la mère de toute la Patrie, monte (légitimement) sur ses grands chevaux, pour dénoncer cette répression qui s’abat sur des gamins qui pourraient être ses fils.

Qu’elle nous demande pardon à nous aussi, tous les pauvres prolos, tous les jeunes, tous les exploités, qui s’en prennent plein la gueule, au nom de cette France qu’elle dit représenter et qui n’a pas voté Sarkozy, mais qui a perdu.

On attend que les secrétaires nationaux du PCF fassent un geste fort, autre qu’un tract sujet à caution, un geste de solidarité qui nous montre qu’ils ne sont pas exclusivement tournés vers le Front de Gauche, et pas exclusivement préoccupés par les Européennes.

On attend que M. Mélenchon utilise son évidente aptitude à la parole publique, ses tribunes, ses blogs et sites, ses réseaux pour dénoncer cette répression, et soutenir le mouvement qui se dessine ici et là.

On attend que M Le Hyaric et M Laurent utilisent "l’Humanité", "Regards", pour nous apporter ce soutien.

On attend que Cl. Autain sorte de son fief Montreuillois, et mette sa gouaille, sa personnalité, ses micros, son blog au service d’une cause importante, juste.

Plus on est de fous plus on rit...

On attend que Mme Aubry et M Hamon, M Désir... et tous ces gens qui essaient de nous acheter à nouveau nos "voix" (et plus si affinités) pour redorer leur blason, fassent quelque chose pour NOUS, nous les militants, nous les badauds, nous les prolos...pour nous protéger des coups (au propre et au figuré) du pouvoir sarkozyste.

On attend que les (nos) organisations syndicales se saisissent sérieusement du problème.

Alors, qu’est-ce que vous attendez toutes et tous, nom d’un chien, soi disant "de gauche", pour vous manifester, pour nous soutenir, pour soutenir les inculpés, pour soulever le problème dans les médias? Faire entendre une autre voix? Donner un autre "son de cloche"?

Il faudra combien de noms sur la liste, après Yldune Lévy, Julien Coupat...?

Vous attendez quoi? Un deuxième Malik Oussekine?

Un autre 8 février 1962, où des manifestants pacifiques mourront étouffés contre les grilles du métro?

Vous attendez qu’un petit jeune (ou un petit vieux) reste sur le carreau, pour vous indigner "durablement"? Et décider, enfin, de quel côté vous êtes?

Avez-vous oublié qui sont nos ennemis et de quoi ils sont capables?

Vous croyez qu’ils ont changé parce que vous, vous avez, hélas, bel et bien "changé", depuis 30 ans.

Mais "eux", non, ils n’ont pas changé d’un poil.

Au fond, si on gratte juste un peu, ce sont toujours les mêmes synarques, les mêmes cagoulards, les mêmes liguards, anciens proches ou membres d’Occident, d’Ordre Nouveau, barons du capitalisme pur et dur, piaffant, pour certains, de faire connaître enfin à la France son "heure fasciste"....

Vous qui irez au Mur des Fédérés le 1er mai, rappelez-vous, ceux qui nous font face aujourd’hui, ce sont les héritiers directs des Versaillais qui massacrèrent la Commune de Paris !

A quoi sert la mémoire si on ne tire pas d’enseignements de l’Histoire?

A quoi sert de commémorer, si on ne sait pas prolonger?

Que des citoyens non politisés ne pigent pas ça, admettons, mais vous !

(Et après, vous vous demanderez, plus ou moins benoîtement, le soir du 7 juin, "mais pourquoi donc y-t-il plus de 50 % d’abstention aux élections européennes", ou "pourquoi le peuple ne nous aime plus"?....)

La Louve

* Les prénoms ont été modifiés

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article84196



Wednesday, April 22, 2009 

Droit des femmes : des conquêtes menacées et encore beaucoup à gagner

Aujourd’hui,
les droits économiques, sociaux et culturels des femmes sont en
régression et celles-ci sont particulièrement touchées par la
précarité, la pauvreté et les violences. L’ordre moral est de retour,
ne nous y trompons pas : si les propos du pape sur le préservatif,
prononcés sur le continent le plus sévèrement touché par le sida font
scandale, à juste titre, ceci ne doit pas masquer une véritable
offensive actuelle, notamment menée par l'État, contre les femmes.

Les
attaques contre le droit à l'avortement se multiplient : deux décrets
d’août 2008, donnant un début de statut juridique au fœtus, permettent
d’inscrire un enfant mort-né au livret de famille, sans délai de
gestation. Les associations anti-avortement se frottent les mains : ces
décrets ouvrent la voie juridique à la repénalisation de l'avortement,
comme l’amendement Garraud en mars 2003 qui proposait un « délit
d’IVG » dans le cadre de la loi Perben et qui fut rejeté par le Sénat
en janvier 2004. L'absence de réelle formation des praticiens sur cet
acte, la persistance de la « clause de conscience » des médecins leur
permettant de refuser de pratiquer une IVG remettent également en cause
l'accès réel au droit à l'avortement.

Parallèlement, le
gouvernement a tenté de réduire de 42% le budget du Planning Familial.
Après négociations et pétitions massives, il a finalement rétabli ces
subventions mais en mettant en concurrence le planning avec d'autres
associations et en exigeant des « résultats » !

Autre attaque
récente de l'État contre les droits des femmes, après avoir supprimé le
Ministère des Droits des Femmes, le gouvernement démantèle le Service
des Droits des Femmes et de l’Egalité, qui était chargé de la promotion
de l’égalité salariale et professionnelle, de la lutte contre les
violences faites aux femmes et de la préservation des acquis comme
l’accès à la contraception et l’IVG. Ce, alors qu'en France, une femme
meurt tous les 3 jours victime de violences conjugales et que 48000
femmes sont violées chaque année… A ce sujet, la « présomption de
consentement », introduite dans la loi du 4 avril 2006 (article 222-22
CP), en matière de viol conjugal représente une régression sociale
dramatique.

Dans le monde du travail, les inégalités s’aggravent
et ce sont les femmes qui sont le plus touchées. S'il est maintenant
connu qu'à travail égal, une femme gagne 20% de moins qu'un homme, il
faut également mettre en avant qu'elles représentent 80% des
salarié-e-s pauvres, 83% des emplois à temps partiel, la plupart
imposés et avec des horaires flexibles, sous le prétexte qu'elles
devraient s'occuper des enfants, dans une conception sexiste de la
répartition des tâches domestiques.

Contrôler le corps des
femmes, leur sexualité, leur vie, c'est l'arrière fond de telles
attaques, la logique capitaliste et celle du système de domination
masculine se rejoignant et se renforçant mutuellement. C'est le cas
également de la politique raciste de répression de l'immigration, qui
accroit la précarité des femmes sans-papiers, et les expose ainsi plus
facilement à l'exploitation, aux violences, aux contraintes des
intégrismes religieux, aux mariages forcés ou aux mutilations
sexuelles. Peut-on brader l’accès aux soins, la liberté de choisir sa
sexualité ? Peut-on nier que ce sont les femmes et les adolescentes des
classes populaires qui en paieront les frais ? On sait qu'en temps de
crise, les pratiques sexistes et réactionnaires auront tendance à se
renforcer.

Nous dénonçons ces agressions contre la liberté et
l'autonomie des femmes. Nous rappelons notre exigence historique :
contraception, avortement, libres, gratuits, et accessibles ! Il nous
faut rester vigilant-es et se mobiliser sur ces questions. Le combat
des femmes, c’est le combat de toutes et de tous, pour une société plus
humaine, plus juste, une société libertaire. Ce n’est que par des
luttes, parfois anciennes, et des comportements neufs que nous
briserons les tabous, les clichés et les inégalités.

Le 21 avril 2009
Relations Extérieures
de la Coordination des Groupes Anarchistes


http://www.c-g-a.org/public/modules/news/article.php?storyid=235