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Le live, tout de suite Tout le monde semble s'accorder pour dire que la résurgence intensive du LIVE correspond à un besoin culturel lié à la performance artistique, le besoin d'être témoin, la sociabilité inhérente au concert, l'envie de se retrouver entre amis, les jolies lumières, bref, le fait de sortir. D'autres phénomènes plus idiots y contribuent : le karaoké, "La nouvelle Star", la télé réalité en général, le quart d'heure warholien, la fascination pour le ridicule en public. Mais tout ceci est presque secondaire. Un mouvement de masse apparaît et s'organise rarement seul, il faut le piloter.
Le LIVE est donc une poussée artistique voulue et imposée par l'industrie. Depuis dix ans, les maisons de disques imposent à chacun (nouvelles signatures comme vieilles célébrités) de jouer sur scène. De nombreux artistes s'y plient par obligation, même si les risques financiers d'une tournée leur sont directement imputés. L'artiste paye en effet son concert, avant le public. Le "spectacle vivant", comme on l'appelle, nourrit les intermittents – et ça, on sait ce que ça veut dire. Les majors, qui ont toutes combattu la musique électronique, ont forcé cette dernière à s'orchestrer, à reproduire des comportements traditionnels face au public. Le producteur anonyme doit affronter la foule. Le DJ doit être singe. Le singe doit produire des disques qui copient artificiellement le son LIVE. L'alcool coule à flots, les sponsors de fête font vivre les médias de culture. Les fans croient vivre une passion spontanée. Les villes croient animer le centre-ville, souvent au détriment des quartiers, d'ailleurs. Paris vit au rythme des expositions sur Dalida. Au sommet de la chaîne alimentaire, les maisons de disques et les télés. Il suffit qu'un patron de major s'associe à un directeur de programmes, à un tourneur, un éditeur et à deux radios pour qu'un phénomène s'impose à l'ensemble du pays. Qu'ont en commun ces cognoscenti culturels ? Je ne sais pas. Le succès peut-être. Les pleins pouvoirs, sûrement. Il est souvent dit, aux États-Unis, que la ville de St-Louis est dirigée par une poignée de personnes. Dans le domaine culturel, la France l'est assurément.
Didier Lestrade
16:40
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