Gender: Male
Status: In a Relationship
Age: 28
Sign: Pisces
State: Rhône-Alpes
Country: FR
Signup Date: 10/31/2008
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Saturday, November 21, 2009
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Je ne vous ai pas encore parlé de mon mentor ! Un
personnage ! Il a vécu il y a bien longtemps. Si longtemps que le temps et
les générations ont oublié son nom. Dan Sernov était son nom de baptême. Mais
il était plus connu sous le pseudonyme de Strige. Strige le voleur de vie pour
ses ennemis, Strige l’indomptable pour les autres. Tout en hauteur et en
délicatesse, pâle, les cheveux couleur soleil et des yeux délavés par les
siècles d’errance. De son Nord natal, il conservait cette morgue, ce je ne sais
quoi de lointain et distant. Mais le temps passé sur les routes lui avait
enseigné l’art de la survie. Il fallait savoir s’y prendre avec lui pour ne pas risquer de finir avec une lame
entre les omoplates. Je fis sa connaissance lors de mes premiers jours sur la
route. Je m’étais exilé loin de la vie que j’avais connue, loin des miens, poussé
par le besoin de changer, d’oublier certaines blessures. Je n’avais pris pour
tout bagage que les vêtements que je portais, quelques vivres et un antique
pistolet appartenant à ma famille depuis des lustres. Je cheminais lentement à
travers un royaume depuis longtemps disparu, les épaules encore pliées sous le
poids de mes péchés. Le soir tombait. Les dernières lueurs de l’astre du jour s’éteignaient
dans la plaine. Un léger souffle de vent faisait onduler les herbes hautes. Je
cherchais un refuge pour passer la nuit, n’ayant pas encore suffisamment le
gout de l’aventure pour dormir à la belle étoile. Quelques pas plus loin je
distinguais une vieille ferme en ruines à la lisière des champs, en partie
dissimulée par un bosquet. Je me glissais rapidement entre les herbes pour
atteindre la bâtisse et m’installais le plus confortablement possible pour la
nuit. Les murs de pierre étaient encore solides et quelques fétus de chaume
entassés dans un recoin faisaient une litière acceptable. Epuisé par ma journée
de marche je ne tardais pas à plonger dans le sommeil. Mais au cours de la
nuit, une sensation étrange me sortit de ma torpeur. Un rayon de lune glissant entre les interstices du toit
éclairait l’intérieur de la pièce d’une étrange lueur. Et plus loin, dans l’embrasure de la porte,
une forme se découpait : le profil d’un homme en long manteau, le cheveu à
demi hérissé, fumant tranquillement, adossé au chambranle. Pris de panique, j’attrapais
mon vieux pistolet et le braquais sur l’ombre.
« Tu comptes me tuer avec cette antiquité, petit ?
Vu son âge, la seule chose que tu vas faire c’est te le faire exploser au
visage, en admettant qu’il soit chargé. » fit une voix un peu rauque.
Et l’ombre continuait tranquillement à fumer sans esquisser
un autre geste. Je voyais rougeoyer l’extrémité de sa cigarette dans l’obscurité
qui l’enveloppait. Quelque chose dans son ton laissait entendre que tirer ne
serait pas une bonne idée, sans pour autant sembler menaçant. Je me redressais lentement en baissant un peu
mon arme pour mieux ajuster ma visée sur l’ombre quand mon poignet fut
soudainement saisi par une poigne glacée qui me tordit le bras jusqu’à ce que
mon arme m’échappe des mains. L’espace d’un clignement de paupières, l’ombre
avait quitté l’embrasure de la porte et s’était glissée dans mon dos pour me
désarmer. Estimant que je ne
représentais plus un réel danger, elle s’était maintenant installée face à moi,
adossée au mur de pierre. Mon antique pistolet était maintenant dans sa main
gauche, le canon pointé vers le sol.
« Il eut suffit d’une pression de ton doigt et tu étais
mort. » fit à nouveau la voix avec un accent glacial.
La lumière argentée de la lune éclairait un visage en pointe
de flèche, aux cheveux blonds, à la peau pâle et dont les deux yeux bleu acier
me transperçaient. L’homme était drapé dans un long manteau couleur crème qui,
bien qu’ayant connu des jours meilleurs, lui donnait une certaine allure. Bien qu’appuyé
à une ruine, il se dégageait de lui une prestance de prince. Son visage
affichait une expression indifférente, voir légèrement méprisante mais son
regard trahissait au contraire une froide détermination. Une étincelle de folie
y brillait par instants. Relevant le canon de l’arme vers le toit, il pressa
alors la détente. Un claquement bref résonna alors que le chien frappait le
vide. Puis l’homme lança le pistolet vers moi. Je le réceptionnais lourdement
entre mes mains.
« Toujours vérifier que ton arme est chargée et à
portée de main avant de t’endormir. Et savoir évaluer si un combat est perdu d’avance
d’un coup d’œil. Voila deux règles qui devraient te permettre de survivre
un peu plus longtemps, petit. »
C’est à cet instant que j’aperçu glissées entre les doigts
de sa main droite de fines lames de lancer. Il aurait pu me tuer à n’importe
quel moment, s’il l’avait voulu.
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Thursday, October 08, 2009
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A toi fier marin happé par les eaux sombres Emporté par les flots vers de lointains abymes Où dansent les naufragés sur les échos sublimes De mélodies liquides où leurs cris sont en nombres
A toi pauvre soldat qu'un obus a brûlé Lancé dans le combat sans t'en voir revenir Pour d'absurdes idéaux tu t'es laissé occire Sur un champ de bataille tu péris, oublié
A toi le voyageur, errant sur les chemins Que la brume a un jour occulté de ce monde Pour mieux t'enchevêtrer dans ses voiles vagabondes Te perdre dans ses volutes et t'entraîner au loin
A toi le bel aïeul à la grande sagesse Ton corps fut écrasé, voûté par le labeur Et le temps t'a usé, brisé par le malheur Chargeant tes derniers jours de peines et de tristesse
A toi le romantique au coeur percé d'épines Rongé par tes remords, tes souffrances cachées L'insidieuse douleur t'a longtemps consumé Avant de t'emporter d'une pique assassine
A vous tous, disparus, nos chers trépassés Nos glorieux ancêtres, amis tendres et sincères En nos coeur, nos pensées, telles d'étranges chimères Vivent vos souvenirs pour l'éternité
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Thursday, October 08, 2009
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Cela vient subtilement, d'abord un frôlement L'éclat bref d'un regard mêlé d'obscurité Isolé dans une foule d'êtres inanimés L'âme perdue lentement esquisse un mouvement
Un appel silencieux dans l'air surchargé Porté par une fragrance, un parfum si léger A peine perceptible, étherique messager Si ce n'est par l'esprit qui sait l'interpréter
Puis vient un autre effort, l'ombre d'une expression Preuve d'encouragement, étrange invitation Doucement un lien se tisse entre deux entités Reflet d'alliance antique, d'ententes oubliées
Alors viennent les mots, l'histoire, les gouts communs Que se trouvent l'un et l'autre au fil de leurs destins Ils viennent à reconnaitre des chemins partagés Comme si vers cette rencontre ils étaient poussés
De ces croisements fortuits naissent bien des relations Des amitiés durables, des amours, des passions Il s'en faudrait d'un rien, pourtant, qu'ils soient manqués Occultés par les craintes et la timidité
Alors prenons plus garde, ayons plus d'attention Pour ne pas laisser perdre ces belles occasions La vie donne peu de temps aux joies improvisées Mais charge de regrets pour chaque acte manqué.
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Tuesday, August 04, 2009
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La nuit dernière, mon voyage m'a fait
m'arrêter dans un coin plutôt isolé. Je marchais depuis plusieurs
heures dans des gorges rocheuses, coincé entre deux falaises très
escarpées. N'étant pas un spécialiste de la varappe, j'ai préféré
suivre le chemin sinuant entre ces deux pans de montagne. Au détour
d'un virage j'ai découvert un espace un peu plus ouvert au sol un
peu moins aride qu'à l'habitude. Quelques buissons survivaient
encore parmi les arbres mort et dissimulaient en partie une vieille
bâtisse encore debout malgré le temps rongeant ses murs. C'était
une maison ancienne aux murs de pierre. Son toit était toujours en
place mais son intérieur avait du subir un incendie. Les pierres
étaient noircies par le feu et les planchers avaient disparus. Au
centre de ce qui avait du être la pièce principale, un trou béant
s'ouvrait vers les profondeurs de la terre, à demi comblé par des
carcasses métalliques et des détritus de toutes sortes. Une vague
odeur de souffre montait de ce puits. Fatigué par plusieurs jours de
marche incessante, je décidais de m'installer pour prendre un peu de
repos. Je déposais donc ma besace dans un coin où restaient
quelques planches et m'assis, dos à l'un des murs, enveloppé dans
mon lourd manteau de peaux. Le soir tombait et le froid n'allait pas
tarder à se faire mordant. Je regardais les étoiles s'allumer une à
une dans le ciel vide quand la fatigue m'emporta dans un lourd
sommeil. Mais au plus sombre de la nuit, mon sixième sens me sortit
brusquement de mon assoupissement. Je n'étais plus seul. Quelque
chose rodait dans les environs. J'entendis les rares buissons frémir
comme sous le vent mais pas une brise ne soufflait. Hormis ces
bruissements et quelques rares craquements de branches mortes, il
planait un silence de mort sur ce lieu. Soudain, j'aperçus une forme
plus sombre que l'obscurité extérieur passer devant une fenêtre
béante. Cela avait vaguement forme humaine mais il m'était
difficile de déterminer de quoi il s'agissait. Je m'accroupis
silencieusement dans mon recoin et me concentrais un peu pour
utiliser ma perception psychique. Au début je ne distinguais que des
ombres fluctuantes, comme agitées par un courant invisible. Puis une
forme humanoïde se dégagea. Cette étrangeté se déplaçait à la
manière d'un fauve en chasse, se glissant d'une cache à l'autre. Je
sentis que je ne l'avait aperçue que par chance. La chose rendait
l'atmosphère lourde, chargé de violence, de haine et de menaces.
L'odeur de souffre me parvint plus fortement. L'être s'approchait de
plus en plus près. Je sus aussitôt que je devais quitter les lieux
au plus vite. Cette créature, quelle qu'elle soit, n'appartenait pas
au domaine vivant de ce monde. Elle rodait entre plusieurs plans de
la réalité jusqu'à être appelée par quelqu'un ou quelque chose.
En aucune manière, je ne pouvais lutter contre cette entité. Les
humains, oui, leurs créations, passe encore, mais les créatures
venues de je ne sais quelle zone ténébreuse, aucune chance, je
n'étais pas de taille. La peur véritable vint se glisser jusque
dans la moelle de mes os. Je repassais rapidement la bandoulière de
ma besace, me glissais aussi silencieusement que possible hors du
bâtiment et me fondis dans l'ombre pour regagner le chemin. Lorsque
mon pied rencontra de nouveau cette poussière sableuse qui
constituait la majorité du sol de ce monde, je regagnais un peu de
sérénité. Pas assez pourtant pour ne pas mettre le plus de
distance possible entre ce lieu perdu et moi avant que le soleil n'ai
pointé à l'horizon. J'ai rarement croisé de terres damnées mais
celle-ci l'était à n'en pas douter et je ne tiens pour rien au
monde à y remettre un jour les pieds. Puisse mon chemin ne jamais
m'y ramener.
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Wednesday, July 29, 2009
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Ce fut une rencontre surprenante et la
première d'une longue série. L'histoire d'Andessia Lysofant ne prit
pas fin ce jour là et malgré les ravages du temps cela reste l'une
des rencontres les plus marquantes. Sans doute parce que cette
pistolera était quelqu'un d'exceptionnel à sa façon. Je me suis
probablement senti plus proche d'elle que de bien d'autres êtres que
j'ai pu croiser au cours de ma longue existence. Je ne l'ai côtoyée
que quelques jours cette fois là car elle me faussa bien vite
compagnie une fois que sa blessure fut sur le chemin de la guérison.
Un jour où la chaleur était particulièrement insupportable, je
m'étais allongé dans l'ombre d'une vieille maison aux murs de terre
battue, la seule encore debout à des milles à la ronde.
L'atmosphère étouffante me pesait lourdement sur les épaules.
Lysofant s'était installée dans le coin opposé et semblait
assoupie. Mes paupières devenaient de plus en plus lourdes et je
sombrais bientôt dans un demi sommeil. Le claquement caractéristique
d'un révolver dont on arme le chien me réveilla brusquement. Je me
jetais instinctivement au sol, les lames jaillissant dans mes mains,
prêt à riposter au moindre tir. Lysofant avait disparue. La zone
était déserte mais un cheval piaffait à proximité alors que la
pistolera et moi nous déplacions à pieds. Un coup de feu claqua et
une balle vint se loger dans le mur où reposait ma tête un instant
plus tôt. Je roulais sur le coté pour me dissimuler dans un recoin
et sortir du champ de vision de mon assaillant. Un autre coup résonna
mais rien n'atteignit mon voisinage immédiat. Le tireur avait
vraisemblablement changé de cible. Il y eut encore plusieurs
échanges de balles mais rien dans ma direction. Je risquai alors un
œil à l'extérieur. C'est à cet instant qu'un canon se glissa
contre ma nuque.
« Tu bouges et tu es mort,
l'assassin. »dit une voix dans mon dos. « Où s'est posté
ton ami le Pyrofacteur? J'ai reconnu son foulard macabre. Il est
unique. »
« Il est derrière toi mon
pote »fit la voix de Lysofant. Une détonation retentit et
quelque chose tomba au sol. Le canon qui s'était glissé dans mon
cou disparut. Je me retournais lentement et vit la pistolera un
sourire moqueur au coin des lèvres, le pied posé sur la poitrine
d'un inconnu où s'épanouissait une large tâche de sang.
« Un partout, Fossoyeur. Nos
comptes sont soldés. »
Elle m'asséna alors un violent coup de
poing sur la tempe qui m'étourdit. Puis elle fit rapidement les
poches du mort avant de foncer vers l'extérieur du bâtiment. J'eus
le temps de la voir sauter sur la selle d'un cheval qui paissait un
peu plus long, puis elle le lança au galop et s'évanouit dans un
nuage de poussière alors que je reprenais lentement mes esprits.
Dans ce monde, rien ne dure. Autant pour la gratitude. Mais je savais
que je la recroiserais un jour. Elle avait laissé glissé dans une
de mes poches un étrange pendentif dont la pierre avait la couleur
verte de ses yeux. Un petit souvenir d'une légende, d'une certaine
façon. Plus simple qu'un au revoir et plus complexe qu'un
remerciement, tout comme elle l'était.
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Wednesday, July 29, 2009
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Dix jours plus tard, j'ai croisé
quelques humains en costume militaire rampants au sol, tentants de se
dissimuler dans les rares broussailles et les ruines des bâtiments
d'une grande ville. Je me suis gentiment laissé prendre et conduire
dans ce qui restait de leur base d'opérations. J'ai alors appris
qu'ils s'entrainaient le jour à l'extérieur pour aller combattre la
nuit dans les sous-sols de la ville envahis par toutes sortes de
créatures. Je ne me suis pas tellement attardé, n'ayant pas
d'intérêts dans leur affaire. J'ai au moins pu refaire un peu mon
stock de provisions en piochant dans leurs rations. Vue leur
espérance de vie face aux créatures qu'ils affrontent, ça ne leur
manquera pas.
C’est le jour suivant que j’ai
croisé la route d’Andressia Lysofant pour la première fois. Ca
ressemblait à un jour comme tous les autres. Le soleil brulant
brillait haut, l’air était chargé de poussière, les ruines
s’étendaient à l’infini au milieu de ce désert poussiéreux.
Droit devant moi, au centre de ce qui avait du être un village
apparut un puits surmonté d’un petit toit. Je commençais à
manquer d’eau et me pris à espérer que ce puits ne soit pas sec
comme la majorité de ceux que j’avais pu croiser. Aussi
avançais-je plus rapidement vers la petite part d’ombre
qu’apportait ce toit inattendu. Mais à quelques mètres j’aperçus
une botte qui dépassait du muret bordant cette source d’eau
potentielle. Une lame se glissa prudemment dans le creux de ma main,
prête à filler vers une cible si nécessaire. Je continuais ma
marche comme si de rien n’était. La botte bougea alors et je vis
se dresser un pistolero au chapeau à larges bords enveloppé dans un
cache poussière brun passablement râpé. Il s’appuya
nonchalamment de l’avant-bras sur la margelle du puits en braquant
vers moi l’ancêtre d’un six coups ayant subi quelques
modifications. Un foulard orné d’une mâchoire grimaçante
masquait de son visage ce qui n’était pas dissimulé par son
chapeau.
« Holà Ombré, fit une voix
éraillée. Qu’est-ce que tu viens faire dans ces ruines ? »
« Je ne fais que passer mon
chemin et prélever un peu d’eau s’il en reste »,
répondis-je d’un ton monocorde.
« Comment te nomme-t-on ? »
repris la voix.
Imperceptiblement, je vis le canon de
l’arme trembler, comme si celui qui la tenait n’était pas au
mieux de sa forme.
« On m’appelle Frost. »
« Frost ? Comme Frost le
fossoyeur ? Le Pacificateur ? »
« Possible. Et toi, pistolero,
quel est ton nom ? »
« Lysofant. Je suis Pacificateur
comme toi. » fit l’inconnu. « Tu veux de l’eau ?
Approches il y en aura assez pour deux. Mais soit gentil de rengainer
ta lame. J’ai déjà eu une rude journée. »
« Lysofant le Pyrofacteur ?
Je te croyais plus dans l’Est. »
« L’Est n’est plus qu’une
ombre dans ce gigantesque tombeau. » répondit le pistolero.
« Je te le laisse si tes pas t’y conduisent. Je… »
Soudain, mon pistolero vacilla dans ses
bottes et s’affaissa contre le muret du puits. Son revolver pointa
vers le sol et je cru qu’il était mort. Je m’approchai, toujours
méfiant, et poussait l’arme loin de la main qui la tenait d’un
coup de pied. Mon pistolero semblait bien mal en point. Dans sa
chute, son cache poussière s’était ouvert et je pus voir sa
chemise tachée de sang sur le flanc droit. Mais ce que me révéla
aussi cette chemise ensanglantée était encore plus surprenant. En
effet, la poitrine de mon pistolero révélait deux protubérances
inhabituelles pour un homme. Mon pistolero était une pistolera !
Je m’accroupis devant elle et approchais mes mains de son flanc
quand elle fit un mouvement.
« Bas les pattes l’ami. J’ai
toujours un calibre pointé sur toi. »fit-elle en secouant sa
poche gauche.
« Une arme bien inutile
alors. »répondis-je en lui saisissant le poignet, extirpant sa
main vide de sa poche gauche. « Du calme Miss Lysofant. Je ne
m’attaque pas aux mourants, ni aux mourantes. »
La pistolera fit une tentative pour
libérer son poignet de mon étreinte mais sans succès.
« Cessez de vous agiter, vous
allez vous faire du mal inutilement. Je veux simplement regarder
votre blessure pour savoir si je peux faire quelque chose. »
Je libérais alors la main de Lysofant
pour soulever délicatement le tissu de sa chemise couvrant la plaie.
La blessure était vilaine mais pas létale si on la traitait
rapidement. Je rabattis le pan de cache poussière sur le flanc de la
pistolera et lui demandais :
« Voulez-vous que je vous trouve
un endroit plus confortable pour que vous puissiez vous éteindre
plus paisiblement ? »
« Laisses moi, Fossoyeur. Je
crèverai dans la poussière comme un homme. Ne me prends pas en
pitié. »répondit-elle bravement.
Mon regard croisa alors le sien et je
sus alors que je ne pourrais pas la laisser mourir comme je l’aurais
fais avec n’importe quel autre porte flingue de ce monde. Ce
n’était pas de l’amour, non, car je ne peux m’éprendre d’une
humaine. Mais c’était une forme de compassion. Je lisais dans son
regard les douleurs et les épreuves qu’elle avait du traverser
ainsi que sa détermination à succomber ici si l’heure était
venue mais quelque chose m’empêcha de l’abandonner à son sort.
Je sortis quelques ustensiles et une bouteille d’alcool de ma
besace et revins vers elle.
« Buvez un coup, vous allez en
avoir besoin. »dis-je en lui tendant la bouteille.
« Je t’ai dis de me laisser,
Pacificateur. Je suis condamnée, alors laisses moi mourir. »
« Ca ne sera pas pour cette fois,
Miss. Vous n’êtes pas encore froide. »
Nos déterminations se jaugèrent puis
elle empoigna la bouteille en lâchant un soupire. Elle but une
longue rasade puis se retourna vers moi.
« Allez, vas-y puisque tu ne veux
pas me laisser crever. »
Je soulevais à nouveau le tissu de sa
chemise pour voir la plaie de plus prêt. Visiblement le projectile
était toujours à l’intérieur. Je puisais un peu d’eau au puits
et y trempait un morceau de tissu. Je sortis ensuite ma lame la plus
fine et la passais à l’alcool. J’appliquais alors mes mains le
long de la plaie pour sentir où pouvait se trouver la balle. Je
touchais un renflement près d’une cote.
« La balle est encore là. Je
vais devoir l’enlever. Serez les dents, je vais devoir ouvrir. »
Je posais la main près du renflement
et fis glisser la pointe de mon stylet le long du derme pour y
pratiquer une fine entaille. Je sentis la pistolera se tendre sous
l’effet de la douleur mais pas un cri ne lui échappa. Je glissais
ma lame dans l’entaille ainsi pratiquée et la fis jouer pour
extraire le projectile. Je baignais ensuite les plaies avec de l’eau
puis les refermais avec un peu de fil et une aiguille après y avoir
versé quelques gouttes d’alcool. Je pensais ensuite les blessures
de Lysofant avec un bandage et remis en place sa chemise par-dessus.
Pas une plainte ne lui avait glissé des lèvres, ni une larme.
« Vous voila moins mal. Votre
carcasse ne pourrira pas ici, Miss. »
« Cessez de m’appeler Miss. Mon
nom est Lysofant. Je suis aussi Pacificateur.»
« Très bien. Mais nous allons
devoir cohabiter pendant quelque temps. Je ne peux pas vous laisser
seule dans votre état. Vous êtes certainement plus brave que
beaucoup d’autres mais vos blessures nécessitent du repos. Je me
vois donc dans l’obligation de rester avec vous le temps que vous
soyez sur pieds. »
« Voila que vous voulez jouer les
gardes malade après les médecins maintenant ? Vous n’avez
pas une route à poursuivre ? Je n’ai pas besoin de vous. »
« Un vieil adage dis que
lorsqu’on sauve une vie, on en devient responsable. »
« Les vieux adages n’ont plus
court au milieu de ce chaos, mon vieux. »
Lysofant tenta de se remettre debout en
s’appuyant sur la margelle du puits mais la douleur l’en empêcha.
Je m’accroupis à coté d’elle et la soutint pour l’aider.
« Si vous faites trop d’efforts,
vous allez rouvrir la plaie. »
« C’est bien ma veine. Me voila
flanquée d’un galant en plus de ne pas avoir fini dans une
tombe. »maugréa-t-elle. « D’accord, vous allez
m’aider, mais ne vous attendez pas à de la reconnaissance. C’est
vous qui avez tenu à me sauver. »
« J’aurais certainement pu vous
laisser vous vider de votre sang. Mais certaines choses ne
s’expliquent pas. »
« C’est ça. En attendant,
filez-moi un peu d’eau avant que je finisse desséchée. »
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Thursday, July 16, 2009
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Où en étais-je ? Ah oui, j’étais pris au piège dans ce
champ sorti de nulle part, face à un monstre sortit de l’imagination démente d’un
humain disparu depuis longtemps. Il ne me restait qu’une seule option : l’affrontement.
Je dégainais alors ma lame la plus longue et la plus affutée. De simples
couteaux de lancé glisseraient sur le corps annelé d’un tel animal. Prenant une
grande inspiration, je me jetais à corps perdu dans la bataille. Je feintais à
gauche, plongeais à droite, me relevais presque sous l’abdomen monstrueux et
tentais de lui percer le flanc mais ma lame fut repoussée par ses écailles. Il
s’en fallut plus d’une fois d’un rien pour que je ne finisse empalé par l’une
de ses pattes ou déchiré en deux par ses terribles mâchoires. Je persistais
pourtant, bondissant de coté, roulant au sol, glissant très près de ses
anneaux, me faufilant entre ses pates et les tiges végétales. Soudain, je vis
le monstre lancer son cou en arrière et gonfler son torse. Une collerette apparu
autour de son cou et, jetant sa gueule grande ouverte en avant, il cracha un
étrange venin qui s’enflamma lorsqu’il atteignit le sol. J’eus à peine le temps
d’esquiver un jet qui aurait put signer la fin de mon combat. La bête
commençait à être très énervée. Je la contournais et risquais alors une manœuvre
périlleuse. Je bondis sur son dos et m’agrippais à ses écailles. L’animal hurla
de rage. Il se tortilla en tous sens, ruant, cherchant à me déloger par tous
les moyens, mais je tins bon. Je repairais une zone de peau moins dense à la
jointure de son cou et de sa collerette et, décidant d’en finir, y plongeait ma
lame sur toute sa longueur en remontant vers le crâne. Le monstre siffla de
douleur et ses ruades se firent encore plus violentes. Il tentait de tourner la
tête pour ôter la lame avec ses mâchoires, les faisant claquer violement. Ses
yeux brûlaient d’une rage folle. Je compris que pour en finir, il me faudrait
faire appel à mes plus puissantes ressources. Je saisis alors la poignée de ma
lame à deux mains et murmurais dans mon ancien langage un antique appel.
Aussitôt une force phénoménale m’envahit. J’arrachais mon coutelas du cou de la
bête, m’élançais dans les airs et
retombait sur son abdomen la pointe de mon arme en avant, évitant ses
ondulations et ses tentatives pour me saisir de ses mâchoires. Ma lame s’enfonça
profondément à travers les écailles qui se déformèrent sous l’impact. Mes bras
pénétrèrent à sa suite dans les entrailles du monstre jusqu’à atteindre le cœur
et le traverser. Le corps du monstre s’affaissa
alors et s’écrasa au sol. Dans un dernier souffle, l’animal ouvrit sa gueule et
expulsa encore son mortel fluide, arrosant copieusement les environs. Je m’extrais
difficilement des entrailles ravagés du monstre et n’eus que le temps de sauter
sur mes jambes pour fuir. Ses congénères reptiliens approchaient à toute
vitesse pour tenter de m’agripper. La carcasse de la bête se mit à fondre,
libérant plus de venin. Le champ s’embrasait rapidement. Je n’eus donc d’autre
choix que de me mettre à courir de toute la force de mes jambes pour sortir de
ce brasier. Ce ne fut pas sans mal, mais je parvins à échapper aux flammes. En
peu de temps je vis disparaitre l’un des derniers champs de culture de ce
monde.
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Thursday, July 09, 2009
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Ca fait un bon moment que je traine ma carcasse dans ces
ruines. J’ai vu des villes naitre et puis s’éteindre, des fêtes, des
manifestations, des guerres. Trop de guerres. Beaucoup trop de conflits sur ces
terres. J’ai vu l’espèce humaine apparaitre, se développer, croitre jusqu’à la
déraison, épuiser ses ressources, et se battre jusqu’à s’autodétruire. Le frère
contre le frère, le fils contre le père, la créature contre son créateur, ils
se sont tous entretués. Un jour, lorsqu’ils avaient atteint le seuil d’une
nouvelle forme d’existence, le plus fou d’entre eux à appuyé sur un bouton.
C’est là que ce monde a chaviré. Peu se souviennent de ce qui s’est réellement
passé. Certains parlent d’une maladie terrible, d’autres d’explosions
atomiques. Ce qui est sur, c’est qu’un grand cataclysme a eu lieu. Tremblements
de terre, raz de marée, explosions volcaniques, glissements de terrain,
l’ensemble de la planète a vue son apparence bouleversée. Les pertes humaines
furent très lourdes. Environ quatre-vingt quinze pour cent des êtres humains
ont été balayés. Et les survivants durent s’adapter.
Et moi dans tout ça ? J’ai subi, comme les autres,
comme ceux avec qui je cohabite. J’avais depuis longtemps pris l’habitude de me
fondre dans la masse, de faire comme si j’étais l’un d’eux. A ma connaissance, j’étais le seul de mon
espèce. L’adaptation était devenue une seconde nature pour moi. Après tout,
j’ai la faculté de sentir d’où vient le vent. Un forme de précognition si vous
préférez. Ca m’a permis d’éviter quelques galères. Mais pas toutes, loin de là.
Je les ai vus se massacrer allègement pendant des siècles, alors leur
diminution subite ne m’a pas tellement surpris. Avec tout ce qu’ils s’étaient
infligé entre eux, il était certain qu’ils déclencheraient une catastrophe.
Mais je m’égare. Le passé est le passé. Le présent n’est guère reluisant. De petites
communautés qui vivent dans les ruines des cités que leurs ancêtres avaient bâties,
tentant de survivre en essayant d’exploiter ce qui peut l’être encore. Leurs
précieuses technologies ne leur sont plus tellement utiles. Bien peu d’entre
eux se souviennent du fonctionnement de ces appareils. Après avoir atteint leur
apogée, ils sont de retour à leur commencement. Et le climat déréglé n’arrange
rien. La chaleur brûle leurs jours et le froid glace leurs nuits. Une véritable
sinécure. Des ruines, des terres brulées à perte de vue, une atmosphère
étouffante sous un soleil de plomb contrebalancée par un froid de mort lorsque
la lune se lève.
Et moi sur les routes, errant dans ce monde sur la fin,
attendant quelque chose que j’ignore.
Enfin pour ce qui concerne la survie, aujourd’hui je suis
servi. Adossé aux restes d’un mur de pierre, j’attends que l’averse se calme.
Il pleut du plomb. Il a fallu que ma route croise celle d’une bande d’évadés de
l’asile, pillards à leurs heures, s’attaquant aux rares voyageurs. Je ne sais
pas d’où ils sortent leurs munitions mais elles ne doivent pas leur couter
cher, vu l’efficacité avec laquelle ils les gaspillent. Bien sur, je pourrais
les balayer en un clin d’œil, mais le soleil brûlant me coupe mes moyens. Alors
j’attends que l’orage passe pour riposter un peu. J’ai quelques amis tranchants
et effilés à leur présenter. Rien ne
vaut quelques bonnes lames pour disperser les importuns. Ah le temps se calme,
ça va être à moi. D’abord, les deux petits malins qui tentent de me prendre en
tenaille. Ensuite sur la gauche puis sur la droite en revenant vers le centre.
Clac, voila le dernier. Etrange, ils me semblaient plus nombreux. Ahhh !
Mon épaule ! Le lâche m’a eu par derrière. Dommage pour lui. La douleur a
tendance à me faire sortir de mes gonds. J’ai entendu un craquement dans sa
colonne quand mon énergie l’a saisi puis broyé. Il ressemble à un pantin dont
on aurait coupé les fils. Allez, va rejoindre la poussière. Voyons ce qu’on
peut récupérer de leurs petites affaires. Vous pensez sans doute que je ne suis
qu’un charognard. Vous n’avez peut-être pas tort. Mais dans ce qu’il reste de
ce monde, tout ce qui peut s’échanger est bon à prendre. Alors au diable les
scrupules.
Je me souviens que certains penseurs du passé attendaient
qu’ait lieu un grand nettoyage dans l’espèce humaine. Ils espéraient que les
survivants oublieraient leurs différences et leurs préjugés pour fonder une société
meilleure. Je peux vous dire qu’ils se sont grandement trompés. La chasse aux
étrangers est ouverte en permanence. Mieux vaut ne pas trainer trop longtemps
au même endroit si vous n’êtes pas un membre de la communauté. Ca serait
prendre le risque de finir bien vite entre quatre planches. On vous accordera
de quoi manger et un peu d’eau si vous avez de quoi le monnayer, mais rien de
plus. Une seule caste échappe à cet état de fait : les Pacificateurs.
Entendez par là des assassins sans foi ni loi qui tuent sur commande, en
échange de la tranquillité. Certains se sont organisés en bandes pour parvenir
à contrôler quelques villages. Mais ça ne dure jamais longtemps. Il suffit
qu’un indépendant arrive pour que le village sombre dans le chaos. Et il y a des
candidats pour ce beau métier. La tranquillité établie par une réputation de
tueur est une sacrée motivation. La plupart ne passe pas le cap d’une année,
mais il en est quelques uns qui survivent plus longtemps. Aussi ai-je embrassé
cette « carrière » pour être libre de mes mouvements. Un voyageur est
plus tranquille s’il n’a pas besoin de scruter l’horizon à chaque minute pour
s’assurer de ne pas prendre un projectile perdu. Et puis pour un être humanoïde
n’appartenant pas à l’espèce humaine, c’est l’emploi rêvé. Le vent porte les
rumeurs d’un village à l’autre suffisamment vite pour qu’un Pacificateur soit
identifié avant son arrivée. Les rares personnes qui croisent leur route sont
soit des employeurs, soit des commerçants, soit de futures proies et parfois le
tout à la fois.
.. ..
Dans ce pays perdu, il n’y a qu’une seule loi, celle de la
poudre et du plomb. Ca fait plusieurs jours que je n’ai pas pu poursuivre mon
récit. J’étais trop occupé à sauver ma peau, pour ce qu’elle peut encore valoir.
Figurez-vous que je pensais avoir trouvé une zone un peu plus tranquille pour m’établir
quelques jours. Après des mois de désert
à perte de vue, j’ai soudain vu s’ouvrir devant moi une petite forêt végétale.
Tomber sur un champ de plantes vertes alors que tout n’est plus que ruines et
étendues désertiques, c’est inespéré. C’est sur, certains plans n’avait pas l’air
au mieux de leur forme, brulés par le soleil, rongés par les insectes. Mais d’autres
plus jeunes étaient encore verts. Moi qui pensais que c’en était fini des
vertes étendues dans ce monde de chaos. Je décidais alors de m’avancer un peu
entre ses hautes tiges pour m’abriter un peu de la chaleur écrasante. Ca et là
je croisais quelques abris de fortune et des restes d’habitations pas encore
tout à fait effondrées. A peu près au centre de cette étendue herbeuse, je
trouvais un puits d’où émergeait un gros pipeline qui s’enfonçait ensuite entre
les tiges végétales. Voila comment ce champs n’était pas encore carbonisé :
le dispositif d’irrigation était toujours fonctionnel. Un petit treuil était
disposé au dessus du puits, agitant son crochet au gré du vent. Et à quelques
pas, une remise à outils avec une vieille pompe à main disposée contre l’un de
ses murs. Une source d’eau, des murs, un toit, peut-être même de la nourriture.
C’était le coin rêvé pour se reposer un peu et oublier quelques instants le
sort du monde. Je déposais donc ma
besace, mon vieux chapeau et ma gabardine usée sur un antique établi dans cette
petite remise et allais essayer de faire fonctionner la pompe. Je pus récolter
un peu d’eau moins saumâtre que celle de mes points de ravitaillement habituels.
Elle était fraiche, une véritable bénédiction pour ma gorge desséchée. J’en
profitais pour faire un petit inventaire des lieux et offrir un petit nettoyage
à mes outils de travail. Pour un Pacificateur, il n’est jamais bon de laisser
ses armes trop longtemps sans révision. C’est un coup à se retrouver dans de
sales draps au moment où il faudrait disposer de tout son attirail. Alors
autant profiter d’un petit havre pour s’assurer que tout peut remplir son
office au bon moment. Ensuite je m’accordais quelques heures de repos, mais en
demeurant vigilant. La nuit se levait lorsque je suis sorti de mon sommeil. La
lune était masquée par de gros nuages, plongeant les lieux dans une épaisse
obscurité. L’atmosphère des lieux avait changé. Ce qui ressemblait à un
sanctuaire dégageait maintenant une aura sourde et menaçante. Une odeur de
charogne flottait dans l’air. Les tiges s’agitaient et bruissaient comme si
quelque chose les effleurait en se déplaçant. Soudain, un son horrible résonna,
mélange du sifflement d’un serpent et du feulement d’un fauve. Aussitôt en
alerte, je me coulais contre un mur de la petite cabane, les armes aux poings,
prêt à tout. Mais un frisson secoua ma nuque et s’insinua dans ma colonne.
Malgré mes siècles d’expérience, je n’avais encore jamais croisé une créature m’inspirant
de l’effroi. Mais ce qui glissait entre les herbes représentait un véritable
danger pour moi. L’air vibra et je fus frappé par ce que je pris d’abord pour
une section du pipe line sortant du puits. Mais à son contact, je sentis que ce
n’étais pas un matériau artificiel mais bien quelque chose de vivant. Je
titubais sous le choc et n’eut que le temps de me jeter sur le côté en
percevant une ombre gigantesque qui filait droit sur moi. Je croisais l’espace
d’un instant le regard de cette ombre et j’y vis la fureur, la soif de sang et
surtout une terrible puissance. Mon courage et ma témérité habituelle me
quittèrent complètement. Je fus paralysé l’espace de quelques secondes. Dans l’obscurité,
je sentis ce qui m’avait frôlé faire demi-tour et revenir vers moi en sinuant
sur le sol. Un rayon de lune passa, m’offrant un aperçu de l’horreur. La chose
évoquait le vers par son corps annelé, mais avec des pattes de mante religieuse
et une tête aux yeux reptiliens terminée par une mâchoire aux dents
monstrueuses de fauve. Je sus alors à quoi j’avais à faire. Un Mégalerias, une
chimère crée pour répandre l’horreur et le carnage sur les champs de bataille.
L’une des dernières créations de ces fous d’humains avant le grand cataclysme.
Mais comparée à d’autres que j’avais pu apercevoir, celui-ci semblait les
surpasser en tous points. La liberté dont il avait hérité avec la chute des
humains lui avait appris toute la sauvagerie nécessaire pour survivre par ses
propres moyens. Voila un adversaire avec qui je n’allais pas m’en sortir
facilement. Je me ressaisi, sautais sur mes pieds et, afin de me donner le
temps d’établir une stratégie, je me jetais en courant entre les végétaux. Si j’avais
la possibilité de lui échapper, je préférais dix fois cette solution à l’affrontement.
Mais je du me rendre assez vite à l’évidence : ce champ était un véritable
labyrinthe. Pour compléter le tableau, les limites du champ étaient encerclées
par toutes sortes de reptiles probablement sous l’influence du monstre. J’étais
véritablement pris au piège.
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Tuesday, May 26, 2009
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Dans mon plus jeune temps l'amour j'ai nié Prétextant ne jamais avoir ce sentiment Ne pas voir mon être succomber à ce chant Cet élan qui rend niais je voulais éviter
Mais aux premiers émois mon cœur s'est emballé Palpitant en secret pour tel ou tel minois Qui de mes ravissements rien ne soupçonna Masqués par ma candeur et ma timidité
Plus tard virent les feux qui embrasaient mon âme Un regard, un sourire, une parole échangée Avec l'un de ces anges, de ces si belles fées Saisi par leur lumière, la passion fût mon drame
Le temps fit de mon cœur un étrange végétal Où couvaient bien des feux, brulant sans s'arrêter Pour un peu de bonheur dans leurs yeux enchantés J'étais un papillon pris dans de grandes toiles
Mais aujourd'hui, enfin, le brasier est dompté J'ai enfermé l'amour dans un coffret magique Et pour ne plus subir ses illusions tragiques Avec un pieu d'argent mon cœur j'ai percé.
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Monday, May 25, 2009
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Parce que j'ai trop vécu sur ces terres désolées J'ai trop longtemps frayé avec Mort et Malheur De cryptes en catacombes j'ai vu mille douleurs Et bu jusqu'à la lie le sang des condamnés
J'ai couvert tant de pages de mes sceaux infamants Forgeant les idées noires de mes sombres héros Triturant les ténèbres, les gravant sur ma peau Enivré par le songe de glorieux instants
J'ai monnayé mon âme pour quelques illusions Usant de persuasion, de malicieuses promesses Pour contraindre mon art, cela, je le confesse A clamer la grandeur de mes lamentations
Du fin fond de l'abyme je revins en hurlant Lorsque la noire cloche a soudain résonnée Mon esprit à jamais en demeura marqué Par l'empreinte sinistre de l'être agonisant
A l'aube d'un jour nouveau, couché sous cette pierre Retentira l'écho de mon si long tourment Et l'oiseau noir perché sur la stèle, dignement Affutera son bec pour dévorer ma chair.
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