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Corinne Douarre



Last Updated: 12/17/2009

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Status: Single
City: CHANSON Berlin / Paris
State: France
Country: DE
Signup Date: 9/4/2006

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Tuesday, June 23, 2009 
„ Qui est le dernier ? “ 


Au Jobcenter, le centre d'aide social à Berlin, pas de ticket numéroté. Pour savoir qui nous précède, on s'adresse à la vingtaine de personnes dans la salle d'attente : „Wer ist der Letzte?“ „ Qui est le dernier ? “ . En français, on ajouterait „ des imbéciles “ ou „ des ploucs “ , mais en allemand pas besoin. Le mot „Letzte“ se suffit à lui-même. Je viens pour la première fois. Je demande timidement : „Wer ist der Letzte?“ en hésitant à préciser „Oder...die Letzte?“, la dernière. Un type corpulent au visage rouge me répond avec un sourire habitué : „ Le dernier, c'est moi “. À peine prononcée, la formule magique le transforme alors en avant-dernier et moi, en „ dernier “. Un employé appelle : „Der Nächste, bitte!“ Le suivant, s'il-vous-plait ! Une femme s'avance. Beaucoup de derniers sont des femmes ici. Je vais m'assoir entre „ mon “ dernier et le prochain suivant.

Je trie les photocopies pour mon dossier. Une nouvelle personne arrive : „Wer ist der Letze?“ . C'est moi. Je deviens alors „ avant-dernier “ et elle, „ le dernier “. Nouvel appel „ Der Nächste, bitte!“. Le suivant, c'est mon dernier, le monsieur au visage rouge. Je pense à Brel : „ Au suivant ! Au suivant ! “ . Les visages sont gris, les vêtements aussi. Dans mon imper rose j'ai presque honte. Les seuls en rose ici sont les petites filles de la femme brune, l'avant-avant-avant-dernière. Et les enfants.... On est loin des petits princes de Prenzlauer Berg*. Pourtant, ils sont aussi de Prenzlauer Berg ces enfants-là. De l'autre Prenzlauer Berg. „ Le suivant s'il-vous-plait ? “ C'est mon tour. Un cinquantenaire me grille. Un jeune prenzlauerbergien me regarde, navré : „ Vous étiez pourtant avant lui ? “. Un ticket numéroté aurait empêché cette erreur. Mais avec un petit ticket, je n'aurais pas remarqué le visage de mon dernier, et ce suivant n'aurait jamais su que j'étais la dernière... L'absence de ticket crée des liens, si éphémères soient-ils. On retient le visage de celui dont on est „ le suivant “ et l'on est son prochain, et on l'aime bien, parce qu'après lui, c'est nous... Bon, moi, je me suis laissée doubler. Un homme murmure à son voisin „ Ça, quand on est lent...“

Oui, je suis lente. Mais parfois, je suis aussi muette, surtout lorsqu'il s'agit de protester. Je l'étais moins l'autre jour, dans le U-Bahn**, quand deux adolescentes assises à côté de moi ont sorti leur portable pour appeler leurs copines dispersées dans les autres wagons. „ Eh, venez, venez, c'est trop drôle ! “ . C'était trop drôle parce qu'un sans-abri ivre et incohérent avait pris place parmi les gens qu'il semblait indisposer par son odeur. Elles sont venues, les copines, elles trouvèrent ça très drôle aussi. Les deux meneuses ont continué à appeler toutes leurs copines les unes après les autres. C'était des jeunes turques de Wedding, un quartier défavorisé, voisin de Prenzlauer Berg. Personne ne réagissait. J'ai fini par leur dire que c'était moche ce qu'elles faisaient et j'ai vu dans le regard de l'une d'entre elles qu'elle le savait et que ça la gênait. Les autres ont réagit comme des petits coqs : „ C'est pas tes affaires ! “. Ma réponse les a étonnées : „ Bien sûr que si, ce sont mes affaires “ .

Qui est le dernier ? Qui est le suivant ? Moi qui pendant longtemps était fière d'habiter sur la planète Prenzlauer Berg, que je croyais capable de prémunir de la misère et d'offrir un toit à chacun. À la terrasse ensoleillée d'un café je pense à une ancienne chanson d'Anne Sylvestre. À l'époque je la trouvais pessimiste.

"C'est ignorer qu'un matin,
demain peut-être
On peut la tenir en main
la triste lettre
On ne peut plus vous garder
On ne peut plus vous loger
On ne peut plus vous aimer
II faudra vous débrouiller, seul

Quand ça commence
La malchance
Ça vous balance
Drôle de danse
J'y pense... J'y pense.. J'y pense...“


Corinne Douarre, 1er mai 2009
*voir carnets berlinois de novembre 2008 et la chanson "Les petits princes" de Corinne Douarre
**U-Bahn : métro


Album actuel : Ciel XXL (Label: Kook. Distribution en Allemagne : Broken Silence. ©Corinne Douarre 2009) www.corinnedouarre.com (site en français et en allemand) www.myspace.com/corinnedouarre
Sunday, April 26, 2009 

Dans ma dernière rubrique je vous parlais du Tanjas Nachtcafé, scène disparue où sont passés la plupart des artistes qui font la Chanson Berlinoise d'aujourd'hui. Parmi eux, parmi elles, Cora Frost...


Cora Frost, la fille illégitime de Barbara et de Brigitte Fontaine version berlinoise


C'est hallucinant. Barbara est ressuscitée. Je ferme les yeux, je suis au théâtre du Châtelet et c'est elle que j'entends, c'est cette émotion, c'est sa force, sa féminité exarcerbée, c'est sa voix qui se déchire en sombres éclats. Un instant c'est bonheur de la retrouver, un pur miracle. J'ouvre les yeux : je suis au théâtre de l'Admiralspalast, au cœur de Berlin, en présence d'un autre miracle : Cora Frost. Entière. Sulfureuse. Fantasque. Incomparable.


Après vingt-cinq ans de carrière, Cora Frost, dont on dit ici qu'elle est la chose la plus dangeureuse que le cabaret allemand ait créée, est en tournée pour offrir le meilleur d'elle-même au public : son „Best of Rest of Cora Frost“. Le meilleur... de ses restes. Des restes certes, mais alors, pour un festin gargantuesque. Car Cora, comédienne, chanteuse, metteuse en scène et auteuse, ne sait qu'offrir. Avec elle, c'est Berlin dans sa démesure et son étrangeté que l'on rencontre. C'est du théâtre, de la danse, de la performance, de la poésie et du punk, mais avant tout, c'est de la chanson.


Le spectacle commence par le tournage d'un porno burlesque, avec lequel Cora et ses musiciens espèrent gagner un peu de sous. Ça rate. Cora portait pourtant pour l'occasion sa plus belle robe de mariée et son dodu pianiste, son peignoir de bain le plus laid... Plus tard elle nous glace le sang avec Oh, wehe,Schneewehe une chanson équivoque sur le petting en voiture. Puis elle nous attendrit avec son surréaliste Berlin, das liegt am Meer... Oui, il y a la mer à Berlin, demandez aux amoureux... La rêverie s'achève sur un gargarisme à la wodka à quatre voix avec ses musiciens, trois improbables complices, le fidèle Dert Thumser (piano), Toni Nissl (batterie) et Gary Schmalzl (guitares), qui ne se contentent pas de jouer, ou plutôt si, qui jouent, facétieux et comédiens à part entière. Tour à tour Don Quichotte, clown ubuesque, splendide chérubin, Cora est femme, elle est forte et elle se bat contre les moulins à vent...

De tous ses restes, ses ballades sont de loin les plus déroutants. Sa Wildschweinserenade (la sérénade du sanglier) par exemple, un grand classique tragicomique : dans une étable de Bavière, une fermière malade d'amour adresse une prière désespérée à Marie : si elle embrasse cette jeune citadine qui habite de l'autre côté de la montagne, Marie la pardonnera-t-elle ? Cora, diva lunaire, s'habille pour cette chanson d'un boa de plumes aux couleurs de nuit qui la couvre des pieds jusqu'au cou, sublime et effrayant à la fois. C'est un Ave Maria contemporain, beau à pleurer, que Cora Frost porte avec intensité comme une fleur noire à la boutonnière. Un autre de ses meilleurs restes, la plus grinçante de ses ballades, Die Ballade der Paula Maus, est entré dans le „Balladenbuch“ * aux côtés de Goethe et de Brecht. Pas étonnant, les chansons de Cora Frost ont l'évidence des contes. Et Cora a déjà tout d'une légende.


Cora Frost chante dans les clubs et les théâtres du monde, de Paris à São Paulo (sur son site il y a des vidéos d'elle en duo avec Chico Cesar, un régal). Le 16 mai elle apporte un peu de folie berlinoise à Zürich. Une excellente occasion pour un week-end garanti dépaysement...


Corinne Douarre, avril 2009


*Die Ballade der homosexuellen, kleinwüchsigen Krankenschwester Paula Maus, die ein gar schreckliches Ende nahm („La ballade de Paula Maus, l'infirmière naine homosexuelle, qui connut une fin tragique“).

Das Balladenbuch“, Frank T. Zumbach, éditions Artemis & Winkler, reccueil des plus grandes ballades allemandes

www.myspace.com/corafrost (officiel)

ww.myspace.com/cora_frost (fanclub)

www.corafrost.de (site officiel)

Vidéo de la „Wildschwein Serenade“ live au BKA-Theater, Berlin : http://bestoffrost.magix.net/website/programm.1.html   

Les Carnets berlinois  de Corinne Douarre sont publiés dans Le doigt dans l'oeil, revue musicale mensuelle


Saturday, April 25, 2009 

Carnets berlinois : „ Nouveau Berlin, nouvelles chansons“


C'est plus fort que moi. Quand je me promène vers le Tacheles sur la Oranienburger Straße, je traverse le grand parking, improvisé sur une étendue de sable, et je vais rôder du côté de la Kalkscheune. À la recherche du temps perdu. Le cabaret est toujours là et dispense aujourd'hui à volonté, derrière ses façades fraîchement rénovées, des soirées dansantes branchées. Party time. Autour de moi, le quartier des granges, les sinistres échos d'une nuit de cristal et un mur disparu. Mais ce sont d'autres fantômes qui m'attirent ici. Ce sont des rires, des chansons, de frénétiques pianos à la Kurt Weill, de timides prémices électroniques, une poésie en devenir, une effervescence, une solidarité. Et des voix, qui chantent toujours, mais en solitaire désormais, loin de la Kalkscheune...


Dans les années 90, Tanja Ries, dont je vous parlais dans ma dernière rubrique, est la première à employer ce terme, peut-être même le crée-t-elle : la Nouvelle Chanson Berlinoise. Sans renier Marlene Dietrich ni Friedrich Hollaender, elle invente des chansons qui ne ressemblent pas à celles d'avant. Et elle n'est pas la seule. Pour faire découvrir les autres artistes de cette scène en ébulition, elle organise des soirées à Mitte, au cœur du cœur de Berlin, d’abord dans le sulfureux ex-Kreuz-Club au pied du Bunker, puis dans la plus sage Kalkscheune. C’est la belle époque du Tanjas Nachtcafé*, messe païenne du dimanche soir où faiseurs de chansons, transformistes, danseuses du ventre et comiques renouvellent, en toute complicité, le Kleinkunst* berlinois.


On m'avait dit, c'est là que ça se passe, alors j'y vais, une première fois. Avant le spectacle, dans la salle bondée, j'aborde Tanja Ries, installée à la table des artistes, juste devant la scène. Intimidée, je demande à la Maîtresse de cérémonie comment l'on se fait programmer dans ses soirées. Je m'attends à une proposition d'audition. Elle me répond : « C'est à toi d'estimer. Si tu penses que ce que tu fais est dans l'esprit de ce que tu verras ici ce soir, je te donne une date. »


Voilà, je suis à Berlin. Fin des années 90. Et je ne me rends pas encore bien compte de la chance que j'ai d'arriver là, à ce moment-là, dans cette ville -là, où tout bouge...même la chanson.


à suivre...


Corinne Douarre, mars 2009


Notes:

Tanjas Nachtcafé* : littéralement « le café de la nuit de Tanja »

Kleinkunst* : littéralement « petit art » , nom pour désigner les catégories de spectacles proches du public et demandant peu de moyens techniques (café-théatre, mime, spectacles de marionnettes, chanson etc...).


Les Carnets berlinois  de Corinne Douarre sont publiés dans Le doigt dans l'oeil, revue musicale mensuelle

Saturday, April 25, 2009 

Carnets berlinois : Tanja Ries chante die Liebe in Berlin


Und jetzt, ein Liebeslied.“ . « Et maintenant, une chanson d’amour » . Sur la scène du BKA à Kreuzberg, Tanja Ries, icône de la Nouvelle Chanson berlinoise, surprend son public. Qu’a-t-elle chanté jusqu'à présent sinon des chansons d’amour ? La poétesse précise : « Jusque là j’ai chanté des chansons « sur » l’amour. Maintenant, vraiment… une chanson d’amour. »


Tanja Ries le revendique : « Je ne sais écrire que sur l’amour. Ce qui se passe entre deux êtres, et plus encore, ce qui se passe à l’intérieur d’une personne amoureuse, les transformations, les mouvements que l’amour provoque… Je n’écris en revanche que très rarement une chanson d’amour » . Die Liebe. Avec un long « i » et féminin en allemand... Sich verlieren, sich fallen lassen, sich fangen lassen, erwachen, warten… Se perdre, tomber, se laisser rattraper, se réveiller, attendre…. Miroirs, falaises, envols, peurs, quiétude… Tanja Ries compose avec ces éléments depuis plus de dix ans, avec une conséquence rare, avec obsession. Les amours impossibles qui vous perdent, les amours possibles qui vous perdent plus encore, les identités bousculées, en recherche. Ces courts moments, dépeints avec une extrême finesse, ces moments pendant lesquels on sait, tout a changé, pendant lesquels on espère que plus rien ne changera plus.

Ses chansons font du bien et font mal, elles vous libèrent des habituelles figures de l’amour, elles donnent envie d’être amoureux, même si. Et soudain on est sur cette place qu’elle décrit dans une de ses plus belles chansons, « Himmlischer Frieden » , cette place d’une beauté sans limites,  « grenzenlos schön » , au cœur du no man’s land, d’un vide qui fait peur tant il contient de possibles. Comment ne pas penser à la Potsdamer Platz juste après la chute du mur, cet immense vide où l’avenir de Berlin était en attente ?


Le nouvel album de Tanja Ries s’intitule « Liebe mich ». « Aime-moi » , une phrase que dans la vraie vie, personne ne dit. Pas même Tanja Ries, elle l’a empruntée à sa série télévisée préférée : « Grace anatomy »... La musique de l’album envoûte. Les compositions de Tanja Ries y rencontrent les samples du rapper Kronstädta (Label p-pack). Gouttes de pluie et bruits de chaînes, arabesques de piano à la Debussy, guitares électriques, silences… C’est libre, androgyne, c’est urbain et océanesque, c’est infiniment triste et cassé, c’est finalement très beau, c’est tellement berlinois.


Comme des mobiles de Calder, les chansons de Tanja Ries oscillent dans le vide. Chacune d’entre elles est un ensemble qui tourne sur lui-même, frémit sous le vent et réagit à la lumière. Un équilibre sans cesse en redéfinition, qui tire son mouvement de son déséquilibre. Et qui hypnotise.

Comme die Liebe.

Corinne Douarre, janvier 2009



Tanja Ries, auteur compositeur interprète, a cinq albums à son actif. Elle monte depuis 2000 des projets hip hop avec des adolescents de Berlin et l’association Gangway e.V.a et a repris en 2004 l‘organisation du Chansonfest Berlin (festival berlinois de la chanson ).

Album actuel : « Liebe mich » (Label: Kook, distribution en Allemagne par Broken Silence

www.tanjaries.de (site en allemand)

www.myspace.com/tanjaries


Les Carnets berlinois de Corinne Douarre sont publiés dans le webzine Le doigt dans l'oeil (revue mesuelle)

Wednesday, April 22, 2009 

Carnets berlinois : « La berlinite aiguë »


Pour ma seconde rubrique berlinoise, je prends de nouveau mes ailes à mon cou mais je m’en fais cette-fois ci une écharpe bien chaude, car, vous allez voir: il est arrivé. Suivez les plumes.


À Berlin, le problème, c’est l’hiver. Et qui dit hiver, dit « berlinite aiguë » . La berlinite aiguë s’attrape un jour de bruine en novembre. C’est une dépression locale qui a la particularité de rendre les choses qui vous entourent grisâtres. Malgré les idées reçues, Berlin n’est pas gris. Avec la berlinite aiguë, vous voyez tout gris acier : l’immeuble rose-framboise d’en face, les Bionades au litchi, les graffitis du Tacheles, les feux d’artifice de la Saint-Sylvestre, les nuits du KitKatClub, les bières blondes entre amis, les Pères-Noël sur le Ku’damm, les fresques de Thierry Noir à la East Side Gallery… Tout est gris, gris, gris. Gris votre vélo vert dans le hall, gris votre jus d’orange. Et gris le ciel, pourtant souvent flamboyant, parfois même bleu aussi, d’un beau bleu bien clair.


La berlinite aiguë lâche parfois prise, et vous retrouvez pendant quelques heures les couleurs. Mais elle se caractérise surtout par de fortes crises pendant lesquelles vous voyez tout en gris anthracite : la ville devient alors insupportable, l’humidité pénètre les os, les petits pavés de Berlin Mitte sont autant de milliers de Stolpersteine* en attente, l’agonie du Palast der Republik vous rappelle la vôtre, son squelette de métal laissé aux corbeaux ressemble à vos nuits, votre vie d’artiste est inutile et la vie des autres ne vaut pas mieux.


C’est alors que se passe le miracle : vous créez. Dans le gris jusqu’au cou vous produisez vos meilleures chansons, vos meilleurs poèmes, vos meilleures toiles. Vous produisez, sans effort, au rythme des crises. Et ça marche. Donc bien-sûr pas mal de berlinois ne font rien pour se protéger de la berlinite. Bien au contraire. Sans elle, la ville de Berlin serait-elle le pôle artistique européen que l’on sait ? Si elle a des aspects bénéfiques, il faut néanmoins se la farcir, et ce pendant six mois, jusqu’aux premiers beaux jours de mai. C’est long. Vous qui envisagiez de venir quelques jours à Berlin cet hiver, vous vous demandez sans doute « Ai-je des risques de l’attraper ? » . Rassurez-vous. En général, il faut avoir passé déjà quelques années à Berlin pour y avoir le droit. Une bonne berlinite, ça se mérite. Elle touche rarement les touristes. Les rares à la choper la ramènent chez eux et la soignent en silence pendant des mois, de loin, en pensant avec tristesse à tout ce beau gris qu’ils ont laissé là-bas… Mais la plupart, atteints comme par hasard d’une crise deux heures avant, ratent leur vol de retour et s’installent provisoirement à Berlin. Pour les dix prochains hivers. Après, on verra.


J’en connais beaucoup des comme ça.


Pensez-y quand vous réserverez votre billet d’avion.


À bientôt,

Corinne Douarre, décembre 2008


*Stolpestein (« pierre d’achoppement ». Vient de « stolpern » : trébucher et « Stein » : pierre) : plaque métallique carrée de 10 cm ..é, sur laquelle est gravée le nom d’une victime du nazisme. Cette plaque est fixée dans le sol, en remplaçant souvent un petit pavé, devant la maison de la personne déportée. www.stolpersteine.com


Les Carnets berlinois  de Corinne Douarre sont publiés dans Le doigt dans l'oeil, revue musicale mensuelle


Sunday, December 21, 2008 




Carnets berlinois

Bonjour,

Pour fêter ma première rubrique
berlinoise dans « Le doigt dans l’œil », je prends mes ailes à mon
cou et vous emmène à Prenzlauer Berg, quartier des anges et des petits princes.
Vous êtes prêts ? Suivez les plumes !

À Prenzlauer Berg, le maître mot est « le temps ». Partout, le temps
manque. Ici, non. Il y en a tellement que vous le voyez s’étaler en nappes au-dessus
des allées et prendre en douceur les gens dans ses filets. Vous êtes
pressés ? compressé ? dépassé ? stressé ? Venez à
Prenzlauer Berg, y sniffer une bonne dose de temps. Mais attention : de temps
libre. Et tout comme lui, devenez-le aussi. Libres d’aller ici ou là à pied ou en
vélo, de vous arrêter à la terrasse du Kohlenquelle,
café pour bobos sans le sou, peinard au fond de son impasse ; libres de
vous attarder dans les sofas du «  Zu mir oder zu Dir? »
bar pour francophilobranchés qui savourent leurs cocktails en écoutant
France Gall en allemand (« Ein bisschen Goethe-euh, ein bisschen Bonaparte-euh… » ).
Et, sur une pelouse urbaine (où vous ne trouverez pas de panneau « interdit aux chiens,
aux enfants, aux cannes des vieux et à tout ce qui fait des trous dans le gazon »),
libres de vous étendre un instant au soleil de l’été, pour écouter les oiseaux.

Le temps c’est de l’argent ? C’est peut-être cela. Comme à Prenzlauer Berg il
n’y a pas d’argent, eh bien, on a du temps. Le temps d’écrire des chansons, le
temps d’être amoureux, le temps de sortir la nuit dans les bars, dont on
remarque souvent à peine le petit drapeau (et c’est beau
un arc-en-ciel la nuit ! ), le temps de se chercher, de surtout ne pas se trouver… 
Et le temps de sourire en regardant le monde économique s’écrouler. La
crise ? Elle est ici depuis tellement longtemps, on sait ce que c’est vous
savez, elle fait partie des murs (du mur ?). Au café, vous n’entendrez pas
toutes les deux minutes « Vous reprendrez quelque chose ? ». Ce serait brusquer
le temps, le réduire, le violer.

Alors
vous comprendrez qu’en tant qu’ange je me sente particulièrement à l’aise à
Prenzlauer Berg. En plus, j’y ai une multitude de copains ici, les petits
princes et les petites princesses, qui me racontent de jolies histoires, parce
qu’ils  me voient, eux et savent que je les entends. Vous ne me comprenez pas ?
Retournez voir « Les ailes du désir », vous saisirez dès les premières images…
«Der Himmel über Berlin» en allemand. Traduction libre, mais « Le ciel au-dessus de Berlin »,

ç
a sonnait pas terrible parait-il... Quand vous aurez
revu ce chef-d’œuvre de lenteur et d'espaces fantômatiques, venez ici et
comparez le Berlin des années 80 avec celui d’aujourd’hui.

Ne venez pas à Berlin parce qu’on vous râbache que Berlin est une ville pas chère.
Ce n’est même pas vrai partout à Prenzlauer Berg. Berlin mérite mieux. Venez
ici parce que Berlin est un réservoir de temps… Venez planer dans ses allées, venez
chercher l’inspiration, venez perdre la tête.

Venez déambuler sous son ciel immense.

Venez prendre un moment d’éternité.

Venez prendre votre temps, tout simplement.

Corinne Douarre, novembre 2008

Album
actuel : ciel XXL (Label: Kook, distribution en Allemagne par Broken Silence)

www.corinnedouarre.com

www.myspace.com/corinnedouarre

....................http://www.ledoigtdansloeil.com/decryptage.html

Les Carnets berlinois  de Corinne Douarre sont publiés dans Le doigt dans l'oeil, revue musicale mensuelle



Saturday, December 20, 2008 
Les ailes de la musique

Corinne Douarre, auteur compositeur interprète, est à Berlin une incontournable de la scène musicale française. (...)

Touchante. C’est l’adjectif qui lui convient le mieux. Aucune trace d’arrogance dans le regard de Corinne Douarre, voire une trop grande humilité, quand on sait que la dame n’a jamais eu peur de prendre ses désirs en main, écumant les bars avec son accordéon dès son arrivée à Berlin en 1997. Puis, comme s’il lui suffisait de claquer des doigts, une rencontre avec la chanteuse Evi Niessner en 1998 lui ouvre les portes du Grüner Salon, et un duo avec Kent à la Radio Sarroise débouche sur une série de concerts conjoints à la UfaFabrik à Berlin. En 2003, Corinne est invitée à faire la première partie de Benjamin Biolay au festival Francofolies de Berlin, puis celle de Jeanne Balibar au Francophonic en 2007… En bref, un rêve devenu réalité pour cette dessinatrice et architecte de formation. C’est qu’il suffit de voir Corinne sur scène pour comprendre : est-on dans un concert ou dans un one-woman-show ? La chanteuse, mutine, traduit le contenu de ses textes comme s’il s’agissait d’une histoire drôle, y glisse une anecdote ou deux, avec une fraîcheur teintée parfois d’une étonnante timidité.

Outre trois CD à son actif, Corinne a également monté trois spectacles musicaux avec des jeunes Français, Allemands et Polonais, spectacles fondés sur la Seconde guerre mondiale. Un vrai travail de mémoire pour cette artiste dont l’un des morceaux s’intitule « Ma mémoire m’oublie » . En réalité, ce projet avait quelque chose de plus intime pour la chanteuse : partir sur les traces de son père interné en camp de travail durant la guerre.

Dans ce nouvel album, « Ciel XXL » , c’est Berlin qui se profile en filigrane, avec sur la couverture un clin d’œil aux « Ailes du désir » de Wim Wenders. Des ambiances électro ou des mélodies simplement confiées au piano, une guitare électrique aux riffs profonds, une poésie soufflée d’une voix cristalline… en bref, des chansons tendres et drôles, un peu comme Corinne, oui, un peu comme elle.

Céline Robinet/La gazette de Berlin, mars 2008

Corinne Douarre « Ciel XXL » 
www.corinnedouarre.com ou www.myspace.com/corinnedouarre

Wednesday, October 29, 2008 
Bonjour à tous,

J'enrage.Les bonnes radios et émissions qui proposaient 'autre chose' vont bientôt toutes disparaitre. Ils ont déjà fermé Radio Multikulti enAllemagne, la seule radio d'envergure régionale en Brandenbourg dédiée aux musiques du monde...

Et maintenant il est question de fermer l'émission en allemand de RFI.

Cela représenterait une perte culturelle énorme, cette antenne est essentielle pour les relations franco-allemandes, et cela met en danger des journalistes qui depuis des années font tellement bien leur travail. C'est injuste.

Si vous vous sentez, ne serait-ce qu'un tout petit peu, concerné(e) par cette nouvelle, envoyez cette phrase:
«Erhalten Sie die deutschsprachigen Sendungen von RFI!» (sauvez l'émission en langue allemande de RFI) à la rédaction:
Email: deutsche.redaktion@rfi.fr

Merci mille fois de le faire!!!

Corinne Douarre


 
Suppression de programmes à RFI: neuf responsables écrivent à Sarkozy
    
    PARIS, 28 oct 2008 (AFP) - Les chefs de service de neuf rédactions de la 
radio publique Radio France Internationale (RFI) ont écrit mardi au président
Nicolas Sarkozy pour protester contre l'intention de la direction d'arrêter la 
diffusion de programmes dans six des 19 langues dans lesquelles elle émet.
    'Nous avons été informés vendredi dernier (24 octobre) des intentions de la 
direction de l'Audiovisuel extérieur de la France (la holding qui coiffe RFI, 
ndlr) concernant les émissions en langues étrangères' de RFI, écrivent les 
signataires dans cette lettre dont l'AFP a obtenu une copie.
    Ils estiment que six rédactions (en allemand, albanais, polonais, 
serbo-croate, turc et laotien) 'sont menacées de fermeture pure et simple', 
tandis que trois autres (en persan, chinois et russe) 's'éteindront sur les 
ondes et seront cantonnées à la toile'.
    De source syndicale, on avait appris lundi que RFI, dont les émissions 
s'adressent en priorité aux auditeurs de l'étranger, envisageait d'arrêter la 
diffusion de certains de ses programmes. Cependant, la direction de RFIn'avait 
pas souhaité commenter l'information.
    Les signataires de cette lettre, qui a été remise mardi à l'Elysée, 
s'attachent à souligner l'importance d'une présence de RFI dans chacun des pays 
concernés.
    'Nous comptons sur vous, Monsieur le président, pour continuer à défendre 
les intérêts de la France à l'étranger', écrivent-ils en conclusion.
    Dans le cadre d'une réorganisation de l'audiovisuel extérieur français, RFI,
la chaîne d'information continue France 24 et la chaîne francophone TV5Monde 
sont coiffées depuis avril par une holding 'Audiovisuel extérieur de la 
France'.
Tuesday, October 28, 2008 
Ihr Lieben,

Ich könnte vor Wut platzen. Alle gute Sender und Sendungen, die etwas
'anderes' anbieten, werden verschwinden. Es ist schon so mit Radio
Multikulti von RBB.

Jetzt ist die deutschsprachige Sendung von RFI dran... Fürchterlich.

Es wäre einen schweren kulturellen Verlust, und ich finde es
unheimlich ungerecht, für die Journalisten und Mitarbeiter, die bei
dieser Sendung eine wunderbare Arbeit leisten.

Falls Ihr Euch von Dieser Nachricht getroffen fühlt, auch wenn nur ein
wenig, könnt Ihr eine Email an die Redaktion schicken. Infos findet
Ihr unten.

Tausend Dank wenn Ihr es macht,
Corinne Douarre


Paris, 27. Oktober 2008

Liebe Hörerinnen und Hörer,

Rettet RFI AUF DEUTSCH!!!

Der im Sommer neu ernannte RFI-Präsident Alain de Pouzilhac will die
deutschsprachigen Sendungen und den Internetdienst aufgrund massiver
Einsparmassnahmen einstellen. Dies hat er am Freitag, 24. Oktober
2008, offiziell mitgeteilt. Wir wollen ihn u.a. mit Hilfe von
Hörer-Protesten dazu bewegen, seine Entscheidung noch einmal zu
überdenken. Wenn Sie die RFI-Sendungen erhalten wollen, dann schreiben
Sie: «Erhalten Sie die deutschsprachigen Sendungen von RFI!» an:

Email: deutsche.redaktion@rfi.fr
Post: Radio France Internationale (RFI)
Deutsche Redaktion
75762 Paris cedex 16





RFI : Grösste Audioplattform

RFI bietet die aktuellste und ausführlichste
Frankreich-Berichterstattung in deutscher Sprache im Audiobereich.
Dreimal täglich gehen für Sie Journalisten aus Paris und Berlin auf
Sendung. Wir halten Sie werbefrei und kostenlos auf dem Laufenden -
mit Nachrichten, Presseschau, Reportagen, Experten-Interviews,
namhaften Studiogästen, Live-Schaltungen und einem musikalisch
vielseitigen Programm. Wir berichten über Ereignisse und Initiativen
im deutsch-französischen und europäischen Bereich.



RFI : Näher an Frankreich

Seit ein paar Monaten können Sie unsere Sendungen, Reportagen und das
Sonntags-Quiz unter www.rfi.fr/deutsch auch auf INTERNET nachhören,
nachlesen und sich auf Stichwortsuche begeben. Besuchen Sie unsere
Website im neuen Look und mit vielen französischen O-Tönen: ein
Service, von dem immer mehr unserer Hörer Gebrauch machen (+35,4 % im
September 2008).



RFI: FRANZÖSISCHES KULTURFENSTER IN BERLIN



RFI sendet in Berlin auf einer eigenen Frequenz, UKW 106. Die
Berlin-Redaktion berichtet täglich aus der deutschen Hauptstadt. Sie
verfügt dazu über ein eigenes Produktions- und Sendestudio im Haus der
Bundespressekonferenz. RFI engagiert sich für das französische
Kulturleben in Berlin, als Partner von zahlreichen Veranstaltungen.
Der Erfolg des RFI-Hörerklubs (www.clubrfiberlin.net) mit derzeit rund
900 Mitgliedern mündete in die Gründung des neuen Vereins der Freunde
von RFI in Berlin.





RFI : Initiativen

RFI stößt Themen an, unterstützt den deutsch-französischen
Jugendaustausch, fördert eine europäische Öffentlichkeit und lanciert
Initiativen: am 6. November findet im Berliner Club Peugeot Avenue'
Unter den Linden von 18-19 Uhr eine von Pascal Thibaut geleitete
Live-Diskussion unter anderem über die Folgen der US-Wahl für
Deutschland, Frankreich und Europa statt. Kommen Sie zahlreich!






Am 29 Oktober 2008:
 
Proteste gegen Aus für deutschen Dienst bei Auslandssender RFI
    - Neun Redaktionschefs schreiben an Sarkozy  =
    
    Paris, 29. Oktober (AFP) - Mit einem Brief an den französischen 
Staatschef Nicolas Sarkozy haben neun Redaktionsleiter des 
französischen Auslandssenders RFI gegen die mögliche Einstellung 
des deutschen und fünf anderer Dienste protestiert. Die Präsenz von 
RFI in jedem der betroffenene Läner müsse erhalten bleiben, heißt 
es in dem Brief. 'Wir zählen darauf, Herr Präsident, dass Sie auch 
weiterhin die Interessen Frankreichs im Ausland vertreten', 
schreiben die Journalisten. Aus Gewerkschaftskreisen war am Freitag 
verlautet, dass bei RFI sechs Sprachdienste eingestellt werden 
sollen. Betroffen sind neben der deutschen Redaktion auch die 
albanische, laotische, polnische, serbo-kroatische und türkische. 
    
    Den Gewerkschaften zufolge begründeten RFI-Präsident Alain de 
Pouzilhac und Generaldirektorin Christine Ockrent die Pläne 
gegenüber dem Betriebsrat mit der ungenügenden Zahl von Zuhörern in 
den betroffenen Ländern. Die Geschäftsführung von RFI lehnte bisher 
eine Stellungnahme ab. 
    
    Radio France International ist der größte französische 
Radiosender für internationale Nachrichten, vergleichbar mit der 
Deutschen Welle. Er berichtet in 20 Sprachen und hat nach eigenen 
Angaben 46 Millionen regelmäßige Hörer in aller Welt. Im Rahmen 
einer Neuordnung der französischen Rundfunkanstalten soll der 
Sender einer Holding einverleibt werden. Bisher unterstand er dem 
Außenministerium. 
   

Thursday, May 03, 2007 
Berlin Mitte (paroles et musique: Corinne Douarre)

La première fois que je t'ai vu
Tu étais sale et presque nu
T'avais sous tes airs de paria
Un charme à l'effet immédiat

Un parfum triste et suranné
L'odeur du charbon calciné
Planait dans tes rues et tes ruines
Se mêlait au goût de la bruine

Refrain: Si la soie te va bien
Ce n'est plus toi que je croise en chemin
Au cours de mes chères promenades
Je dois chercher ta rouille et ta grisaille
Et c'est chaque fois comme un cadeau
Quand le hasard me ramène à ta peau
Quand le soleil du soir pose son fard
Sur le plus miteux de tes murs, Mitte

Je te découvrais, fascinée
En plus noir et blanc qu'au ciné
Peuplé de vides et de brouillard
De no man's lands et de hasard

Dans ce décor inachevé
À la fois mort et nouveau-né
Déambulait un train fantôme
Dans les dédales de ton royaume

Refrain

Au lieu fort de la déchirure
Un rideau de fer et un mur
T'étais la mémoire des „ossis"
Des étoiles rouges et noires aussi

Tes cicatrices encore intactes
La violence des balles, les impacts
Faisaient pour ta nuit de cristal
Le plus inquiétant mémorial

Refrain

C'était un monde d'une autre époque
Amas de briques et de broc
Plein de mystères sous les façades
De vie derrière les palissades

Petit à petit tu t'effaces
Mitte disparaît sous la glace
Des cafés chics et des vitrines
Toujours plus class, toujours plus clean

Si la soie te va bien...