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Monday, June 29, 2009
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Wednesday, May 06, 2009
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... ensuite j’ai suivi la Capuche dans des escaliers réservés. A voir la façon dont les gens s’écartaient, la déférence avec laquelle ils nous décochaient leurs sourires et nous ouvraient les portes, j’ai vite supposé que la Capuche devait être une figure d’importance. Un peu de son aura, sans doute, retombait sur mes banales épaules, et bien que je ne fus pas en mesure de savoir si c’était une bonne nouvelle, j’avoue que je n’étais pas indifférent aux démonstrations de respect dont les visages m’abreuvaient. Au fond, me disais-je, je suis peut-être la personne attendue, un messie ou une étoile, et la Capuche le guide engagé pour déblayer la voie royale qui porte mes pas vers le ciel. Ainsi j’ai traversé des sas, des salles de conférences, des couloirs tapissés d’écrans, de rumeurs et d’ascenseurs et dans un espèce d’atelier, des rangées de filles peintes en jaune cousaient des boutons sur des os. Il régnait, partout où nous passions, cette frénésie singulière qui prélude aux grands événements, des corps lancés à pleine vitesse et qui s’avançaient tête baissée les bras chargés de dossiers, certains même en train de noter sur la couverture de classeurs des ordres de dernière minutes, d’autres qui semblaient parler aux murs et aux miroirs, des fils suspendus aux oreilles. Et tous, malgré l’air affable qu’ils imprimaient à notre passage, arboraient ce même regard fou, cette panique mal dissimulée où couvaient les premiers nuages du déluge hiérarchique qui ne tarderait pas, en cas de retard ou d’erreur, à leur retomber sur la tête avec le poids de la honte. La menace d’un renvoi définitif au premier barreau de l’échelle. La misère. Ou pire. Peut-être risquaient-ils leur vie dans cet ultime compte à rebours. Je ne pouvais pas me permettre de les freiner dans leur démence pour leur poser la question ni leur proposer un coup de main, car j’étais moi aussi déjà prisonnier de cette transe et lancé dans une poursuite sans cesse plus effrénée à mesure que la Capuche augmentait la cadence au centre du labyrinthe, sans prendre la peine de se retourner pour vérifier que je n’avais pas perdu sa trace, et il aurait fallu moins qu’une respiration, un clin d’oeil ou une seconde d’inattention pour qu’elle tournât à brûle pourpoint à un croisement inattendu et que je perdisse ses semelles pour me retrouver solitaire et désemparé au milieu de ce tsunami de stress anonyme, ballotté d’une pièce à une autre par des centaines d’épaules sans pitié, prêtes à m’écraser pour atteindre leur but mystérieux dans les temps. Heureusement j’ai de bon réflexes. Et un instinct de survie aiguisé grâce à cet accident de voiture dont je peine à me rappeler. Alors, malgré les forêts de jambes et les changements de directions aussi rapides qu’inopinés, je réussis à poursuivre la Capuche, tâche facilitée encore une fois par notre apparente position privilégiée au sein de la chaîne de commande et qui nous permettaient envers et contre tous de fendre les flots humains sans encombre, tels deux Moïses des temps modernes. Après ce qui me parut un siècle ou deux de marathon nous débouchâmes dans les coulisses d’un théâtre. Des figurants en costumes s’agitaient comme des électrons aux faisceaux d’une lampe torche. Certains étaient couverts de plumes, d’autres de peau de singe, nus sous des paillettes, dans des robes de carnaval. Nous croisâmes des groupes isolés, changés en tigres, en clowns ou en tortues. Dans cette pénombre artificielle, les corps se substituaient aux visages, tous sanglés dans leur drôle de tenues, et ces couleurs criardes, ces improbables parures, diamants, boas et masques vénitiens composaient un fatras indigeste et ébouriffant de luxure qui contrastait brutalement avec les postures accablées de ces acteurs involontaires. Mal dans leur peau de pacotille ils me firent l’effet de spectres dépressifs revenus d’un cercle Dantesque pour leur ultime fête sur terre. Un dernier spectacle avant la mort, le néant et l’oubli. La Capuche s’était volatilisée. J’étais maintenant livré à moi même, et je sus que je tiendrai le premier rôle de la pièce en préparation. Le rideau n’attendait que moi pour lever son mur de velours sur cet avenir inconnu où s’estompait toute projection ; je n’avais plus, comme seule balise, qu’un incommensurable espace vide. J’entendais loin derrière un voile le brouhaha d’un public impatient de me voir fouler cette scène où j’allais jouer ma vie, une comédie dramatique dont j’ignorais la moindre ligne mais qui avait été écrite pour moi, sur une page vierge de ma conscience, composée par un autre auteur, répétée par un autre acteur, longtemps avant ma réincarnation. Puis, immobile sur un portant, je découvris parmi les cintres ce costume qui portait mon nom. C’était une armure médiévale, tressée dans des fils barbelé et d’où pendaient piteusement deux ailes en coton rachitiques. A côté, dans un sac un poubelle, une auréole en pâte à sel attendait d’être couronnée au faîte de cette panoplie d’ange confectionnée à ma mesure. Déchu, c’est sûr, me dis-je. Je n’eus pas le temps de m’apitoyer car un haut-parleur annonçait l’imminence du cinquième acte. Contraint d’enfiler ma tenue, je me mis nu quand le noir tomba. J’entendis gronder dans la foule une vibration carnivore qui hurlait et tapait des pieds. A l’instant de saisir l’armure une pointe s’enfonça sous mon ongle. Je voulus retirer ma main mais mes doigts étaient empêtrés dans les tresses de fils barbelé. Le costume s’insinuait en moi, mu par sa propre volonté. Il tentait de m’écorcher vif pour me mettre définitivement dans la peau de son personnage. Bientôt je ne fus plus qu’une plaie qui convulsait entre ses bras. Avalé par mon rôle avant d’avoir foulé les planches, j’appelai à l’aide un technicien mais il était déjà trop tard. Le chuintement du rideau m’inonda de lumière. Le théâtre s’ouvrit. Le public se tut. J’étais couché au centre du plateau, bouche bée et ensanglanté, incapable de trouver un mot. Et je compris, une dernière fois, que j’avais raté mon entrée.
Issy les Moulineaux. 29/30 avril 09
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Wednesday, April 01, 2009
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Ailleurs en nous, à l’intérieur, il y a un congélateur où l’on conserve loin de nos yeux les aliments que la mémoire a stocké à notre insu, en vue d’un éventuel festin. On garde au frais sans le savoir, pour l’avenir, certaines histoires inachevées, ces idées noires que le printemps a délavées à coups de soleil, ces amours dont on a rêvé et qui sont restés lettres mortes, ces livres que l’on n’a pas compris mais dont les mots se sont coincés sur les parois, entre deux portes, comme du persil à nos gencives. Nous transportons tant de visages, tant d’odeurs enfuies sous des tombes, des petites coupures, des brûlures, des centaines de ciel et de lunes, des oranges à moitié rongées que nous croyions avoir jetées dans la benne à ordures du temps, mais qui on ne sait pas comment, ont échappé aux éboueurs, peut-être sauvées par un ange, ou par une fée mal informée. Et voilà que nos vieux déchets sont retirés du néant, extraits de l’ombre, lavés, triés et déposés quasi intacts dans des boîtes en plastique hermétiques, étiquetées avec soin et rangées par ordre chronologique sur des étagères ventilées, enfouies à moins 18 degrés. Nous ignorons le plus souvent tout de ces restes pétrifiés, et n’éprouvons aucun désir de réchauffer au micro-ondes les plats qu’on a déjà mangé, qu’on est sûr d’avoir digérés et évacués dans la foulée sous les cascades d’une chasse d’eau. Au delà de la nostalgie qui parfois perce nos nuits blanches, lorsqu’on se raccroche à des branches de saules qui chialent des madeleines et bien en deçà de ces rêves qui tâchent nos pinceaux mal rincés pour mieux emmêler nos dessins, nous gardons ce congélateur aux tréfonds d’une pièce verrouillée dont nous déglutissons sans cesse la clé des chants désaccordés. D’ailleurs, quand pour quelque raison, nous enclenchons la marche arrière, que nous regardons par derrière nos vies dans le rétroviseur, ce n’est pas dans le congélateur que nos allons chercher du sens, mais dans le réfrigérateur, situé à l’étage du dessus, où nous avons nous même classé les ingrédients de notre passé, histoire de ne pas tout oublier. A chaque instant vécu ou presque, notre mémoire a prélevé des échantillons d’existence, une fleur par ci, dix pleurs par là, quelques beaux souvenirs d’enfance dont on pourrait avoir besoin pour ne pas sombrer dans l’amnésie et se retrouver sur le monde pareil à un arbre sans racine, susceptible de s’écrouler au premier soupir de vent. Il nous faut bien, pour accepter d’ouvrir les yeux à chaque aurore, l’illusion d’aller quelque part, et nul ne saurait avancer sur un chemin sans queue ni quête. C’est une condition du futur sine qua non de s’abreuver des instants qui l’ont précédé. Alors, chacun à nos manières, selon la logique du hasard, nous trions nos boîtes en plastique avant qu’elles passent à la censure, et nous choisissons pour l’après quelques morceaux de temps brisés qui nous serviront de repères, de balises et de nourriture, un peu comme nous retirons parfois, en vue d’un repas du lendemain, un plat du congélateur, qu’il nous arrive d’oublier. Et voilà où je veux en venir, à ce réceptacle en plastique clos par un couvercle bleu ciel qui traîne entre deux petits suisses, et un bifteck haché sous vide. A l’intérieur stagne je crois, une soupe de courgettes moulinées. Je ne sais plus quand ni pourquoi j’ai déplacé cette mixture de la partie congélateur pour la poser dans le frigo, mais le fait est qu’il est trop tard, elle doit commencer à moisir. Je m’en suis aperçu ce matin, pendant que la bouilloire sifflait. Je voulais saisir dans la porte le paquet de café soluble, et mes yeux s’y sont accrochés. Cette boîte était là, au milieu, depuis presque une éternité, mais je l’avais comme occultée, rendue invisible. Alors dans mon esprit troublé, deux questions s’imposèrent, suivie d’une autre, toutes sans réponse. Pourquoi avais-je si longtemps rayé cette boîte de ma conscience ? Pourquoi revenait-elle maintenant, précisément, à cette seconde, me rappeler son existence ? Et que devais-je en faire ? Immédiatement l’image infecte d’un enfer en putréfaction s’imprima derrière mes rétines et je visualisai la mousseline blanche, flottant mollement à la surface d’une nappe gluante et duveteuse, des millions de micro organismes sur un océan de champignons, des bactéries et des microbes lubriques en train de partouzer sans capotes sur un lit visqueux et nauséabond de soupe en décomposition. Ce qui se jouait sous ce couvercle, c’était une tragédie morbide où je tenais le premier rôle, l’image projetée de mon esprit en route pour l’estomac des mouches, enterré dans un trou de mémoire, condamné à n’être plus rien qu’une somme infinie de zéros. Ce que j’avais volontairement provoqué, en rayant cette boîte de mon champs de vision, c’était le sens de son retour, sa présence à présent indiscutable et la conscience qui l’accompagnait, que je suivrai le même chemin, un jour ou l’autre. Je ne suis pas grand chose de plus compris-je alors malgré moi, qu’un reste de soupe décongelée, en attente d’être effacé des souvenirs de l’éternité. Je n’avais donc plus que deux choix : prendre mon dégoût à bras-le-corps, ouvrir le couvercle en plastique et me confronter à la chose. Assumer la vision d’horreur, l’odeur qui ne manquerait pas de me faire mariner la bile, et aller debout sur mes jambes vider la mixture infernale dans l’oeil globuleux des toilettes. Ou alors, saisir le café, détourner les yeux de la boîte et refermer la porte, en remettant l’acte à demain, ou même si possible à jamais. J’optai bien-sûr pour le deuxième, même si je ne m’en sentis pas fier. La boîte resta donc à sa place, et sauf intervention divine ou vol par un mauvais esprit, elle doit encore s’y trouver. Qui sait, quand j’aurai le courage de me confronter au néant j’en assumerai les conséquences. En attendant je me rassure en réfléchissant au couvercle. Car tant que la boîte reste close, rien de ce qui s’y passe n’existe en moi. Les choses peuvent bien empirer au delà de l’imaginable, elles pourrissent loin de mon regard, et donc de ma réalité. Les cartes restent entre mes mains propres, immaculées et insouciantes, bien au-delà de tous soupçons. Je respire à cette évidence : si je laisse le couvercle en place, la mort ne peut plus m’effleurer. Il en est de même, je pense, pour tous ces instants refoulés, ces heures dans le congélateur, que l’on se cache à demi-mots. Un jour ou l’autre ils nous reviennent, comme par miracle, ils apparaissent, réincarnés à la conscience, dans la zone réfrigérateur, entre le fromage et le beurre. Alors quelles que soient nos mémoires, ils nous aspirent à reculons, nous donnent un avant-goût de la mort que nous ne pouvons pas éviter. Mais nous conservons malgré tout, histoire de ne pas désespérer, l’illusion que chaque souvenir a un couvercle qu’on est libre de laisser scellé, encore un jour, ou à jamais.
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Friday, March 13, 2009
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Merci !
Toute l'équipe d'Activ'Prod
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Thursday, January 29, 2009
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Pour répondre à votre question je dirais que je bois de l’eau et que je n’en fais pas une maladie ni même une question de principe parce que rien n’est plus naturel du moins me semble-t-il n’est ce pas mais arrêtez moi si je me trompe que d’étancher sa soif lorsque celle-ci se manifeste et dans mon cas je dirais que cela arrive entre deux et mille fois par jour parfois plus parfois moins cela dépend évidemment de différents facteurs qui peuvent être ou non c’est selon indépendants de ma volonté tel que par exemple mon envie de boire de l’eau parce que j’en éprouve le désir ou bien les changements de température parce que comme vous le savez certainement ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre ou alors si c’est le cas permettez moi de vous dire que vous devriez changer de métier et reprendre illico vos études donc dis-je qui dit grosse chaleur dit déshydratation et par là même nécessité de s’abreuver plus qu’à l’accoutumée c’est une question de logique et aussi de santé publique car vous n’ignorez pas je pense que notre corps est composé de 80% d’H2O et qu’il est nécessaire pour ne pas dire essentiel de renouveler régulièrement l’oxygène de notre organisme et qu’en cas de forte canicule par exemple comme celle qu’on a subi en 2003 mais à ce propos j’y reviendrai tout à l’heure parce qu’il se trouve que je sais des choses là dessus que le gouvernement nous cache et que je juge de mon devoir de dévoiler au grand public mais chaque chose en son temps n’est ce pas nous avons toute la journée devant nous alors autant procéder par ordre si vous le voulez bien et aborder les problèmes les uns après les autres pour ne pas s'emmêler les pinceaux et risquer de devenir confus parce que n’est ce pas comme dit si bien l’adage populaire à trop vouloir parler on finit par ne plus rien dire alors qu’avec un peu de discipline dans la maîtrise du discours il n’est pas du tout compliqué de bien se faire entendre et donc comprendre de son interlocuteur quel qu’il soit ce n’est pas vous qui me direz le contraire vu l’expérience que vous avez en la matière mais revenons à nos moutons je disais donc que lorsque nous nous retrouvons confrontés à des étés particulièrement torrides pour ne pas dire caniculaires notre besoin en eau augmente proportionnellement à la transpiration que nos glandes dites sudoripares produisent pour réguler notre température corporelle et éviter ainsi le dessèchement prématurés de nos organes vitaux tels que le coeur les poumons et dans une certaine mesure les genoux car avoir mal aux genoux lorsqu’il fait plus de 40 degrés Celsius à l’ombre excusez moi si cela vous paraît futile mais ce n’est pas de tout confort croyez moi je sais de quoi je parle étant donné que depuis que j’ai subi une quintuple déchirure des ligaments croisés suite à un accident de ski mes rotules sont comme qui dirait particulièrement sensibles au climat tellement même que ma mère dit souvent que je devrais travailler pour Météo France si vous saisissez le trait d’humour car ce n’est pas tout d’être sérieux il faut bien rigoler un peu ce qui ne m’empêche pas soyez en sûre madame de garder le fil de ma pensée et d’affirmer avec toute la force de conviction dont je suis capable qu’il est extrêmement important de boire abondamment et sans retenue lorsqu’il fait chaud surtout lorsqu’on est un enfant en bas âge ou bien une personne âgée car ces deux catégories sont vous l’ignorez peut-être parmi les plus fragiles de notre espèce et de ce fait beaucoup plus sujettes au dessèchement prématuré des organes vitaux choses dont nous avons eu la preuve lors que la fameuse canicule de 2003 qui si vous voulez ma pensée ne devait rien au hasard ni à un quelconque anticyclone tropical égaré comme les médias ont essayé de nous le faire croire mais avait été bel bien habilement orchestré par le lobby juif des eaux minérales en bouteilles de mèche avec les francs-maçons pour nous pousser à la consommation car tout le monde sait enfin ceux qui s’intéressent vraiment au sujet que ces gens mal intentionnés sont les enfants de l'Antéchrist venus d’une autre galaxie et qu’ils cherchent par tous les moyens à asservir l’humanité et qu’il s’infiltrent pour ce faire dans les plus hautes sphères du pouvoir et ce sont eux qui versent dans nos bouteilles les germes d’une maladie contagieuse dont on ne verra les effets que dans quelques centaines d’année et pour nous forcer à la boire et augmenter dans le même temps les bénéfices commerciaux de leur multinationales américaines ils ont installé dans le désert de l’Arkansas une usine secrète dont la mission est de réchauffer la planète et qui utilise pour atteindre cet objectif le même principe et la même technologie que celle du four à micro ondes élaboré par la NASA et qui envoie plus de 1000000 kilojoules de radiations électromagnétiques par seconde via un canon à pulsation iodée directement vers la couche d’ozone ce qui a pour effet évidemment de faire s’écraser les avions et ralentir les mouettes et fondre les glaciers de l’océan indien et l’un dans l’autre selon le principe du domino c’est tout l’équilibre de notre écosystème qui s’en trouve chamboulé tant et si bien que le Gulf Stream se refroidit et que les masses d’air équatoriales se dilatent sous l’effet conjugué de la chaleur et du sel évaporé pour finir par divaguer jusqu’à notre continent et provoquer le drame que l’on connaît c’est à dire l’extinction des escargots de Bourgogne et 15000 morts au mois de juillet et donc alors que fait le commun des mortels dans ce cas je vous le demande mais vous connaissez la réponse bien sûr il se rue vers son supermarché pour acheter de l’eau minérale infectée et hop ni vu ni connu le tour est joué et voilà on est tous corrompus par le germe judéo maçonnique et dans quelques années croyez moi nos enfants naîtront avec le nez crochu les oreilles pointues et une queue de cochons fourchues alors moi oui pour répondre à votre question je bois de l’eau tous les jours et parfois plus et je n’en ai pas honte et je ne m’en cache pas bien au contraire il m’arrive même de m’en vanter mais je ne me laisse pas prendre au piège de la société de consommation parce que je sais ce qui se trame alors j’ai élaboré mon propre système de filtration que je suis prêt à partager gratuitement avec tous mes compatriotes dans un souci d’humanité parce que je ne suis pas vénal et ne vois aucun intérêt à conserver pour ma seule jouissance personnelle une invention de cette importance n’est ce pas au diable l’avarice après tout c’est l’avenir de la race humaine qui est en jeu dans ce combat alors écoutez moi bien madame j’espère que vous enregistrez parce que c’est assez compliqué non pas que je doute de votre intelligence mais deux précautions valent mieux qu’une comme on dit ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à manger de la glace ni au cheval à boire de l’eau ce qui me ramène au vif du sujet à savoir le système de filtration que j’ai élaboré pour contrer la tentative d’infection généralisée de nos verres par les juifs et leurs alliés qui leurs mangent dans la main c’est à dire les grands médias bien sûr ainsi que les conglomérats industriels et pharmaceutiques sans parler des hautes sphères de la finance mondiale qui vous ne l’ignorez pas sont comme cul et chemise avec Israël tout comme d’ailleurs les gouvernements des pays les plus riches sans parler de ces intellectuels vendus à la cause sioniste et qui essaient encore de nous faire croire que la Shoah a existé alors que la plupart des gens sensés et bien informés savent qu’il n’en est rien et qu’Hitler et ses soi-disants camps de la mort sont une invention pure et simple et une manipulation d’échelle interplanétaire pour justifier la main mise des youpins sur la terre sacrée de Jésus qui doit passez moi l’expression sacrément se retourner sur sa croix à l’heure qu’il est et donc à présent ces égorgeurs d’enfants déicides contaminent notre eau minérale en bouteilles mais pas seulement car cette pollution criminelle concerne également les différentes marques d’eau de source et tenez vous bien ça va vous faire un choc mais comme on dit n’est-ce pas la vérité n’est pas toujours facile à avaler ce qui n’empêche pas qu’il faut bien que quelqu’un se lève et la profère à la face du monde même au péril de sa vie et si je dois être ce héros alors c’est que c’était mon destin de faire savoir à la population que l’eau du robinet aussi est infectée par le virus et que le seul moyen de protéger nos générations futures de la dégénérescence génétique est de filtrer l’eau d’où qu’elle vienne de la façon suivante à savoir tout d’abord la congeler à moins quarante degrés minimum et ce pendant une période comprise entre douze et seize heures exactement ni plus ni moins avant de la faire bouillir dans une cocotte en fonte jusqu’à évaporation complète des particules dans l’atmosphère particules que l’on récupérera sous forme de buée dans du papier toilettes 100% pure cellulose qu’il nous suffira ensuite d’essorer en ayant pris soin préalablement de s’être munis de gants de moto sur un filtre à essence de la marque KNECHT idéalement même si un BOSH peut faire l’affaire lequel filtre une fois imbibé de l’eau récupérée devra être à son tour congelé pendant trois ans minimum si possible dans de l’azote liquide avant de pouvoir en extraire l’eau purifiée et normalement prête à la consommation même si moi personnellement je préfère renouveler l’opération une petite dizaine de fois car comme dit le proverbe n’est-ce pas on est jamais trop prudent lorsqu’il s’agit de notre santé et qu’en plus nos ennemis sont nombreux et extrêmement malins et parfaitement bien organisés puisqu’ils ont équipés le cerveau des fourmis et des acariens de transmetteurs wifi avec webcam intégrée pour mieux surveiller nos mouvements et qu’à l’instant où je vous parle ils préparent certainement une contre attaque mais je m’en contrefiche parce que tant qu’il y aura sur terre des gens sains d’esprit et courageux et vigilants tel que votre serviteur si vous me permettez de m’envoyer ces quelques fleurs alors la résistance ne faiblira pas et nous ne baisserons pas les armes avant d’avoir fait éclater la vérité au grand jour quel que soit le prix à payer et la victoire assurément viendra récompenser nos efforts en des temps plus glorieux où les animaux et les hommes vivront tous main dans la main en harmonie avec les plantes et les esprits de nos ancêtres alors ce sera une nouvelle ère et les anges de l’Apocalypse reviendront sur terre pour nous couvrir d’or et d’amour et moi peut-être que je serai récompensé et pourquoi pas même sanctifié pour avoir sauvé la race humaine des griffes de ce complot mondial mais bon ça c’est une autre histoire n’est-ce pas comme on dit qui vivra verra et je parle je parle et le temps passe et je sais que vous avez d’autres entretiens à assurer hors je ne voudrais pas abuser de votre temps car comme on dit n’est-ce pas le temps c’est de l’argent et l’argent ne pousse pas sous les dents des poules alors je vais vous laisser en espérant que mon témoignage aura été utile à votre enquête d’opinion marketing et que votre client sera satisfait de votre travail et du mien mais avant de prendre congé si je peux permettre une dernière requête étant donné que j’ai beaucoup donné de ma personne pour faire avancer votre projet et que j’ai de ce fait dépensé des litres de salive il se trouve que j’ai un peu soif et que si vous le voulez bien je ne serais pas contre vous emprunter juste un petit verre d’eau minérale. Issy les Moulineaux- 26-29 janvier 2009
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Thursday, January 15, 2009
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......................
J’étais assis dans cette pièce
rose où la peinture s’effilochait. Plié en deux sur la cuvette, j’avais un ver
dans les boyaux qui vomissait des SOS. Ensuite les toilettes débordaient. Ma
merde m’engluait les chevilles. Je voulais m’essuyer mais le papier était mouillé.
Une matière visqueuse et infecte. Au fond de ma gorge résonnaient les cris
angoissés des hoquets que mon estomac contractait, en vain ; je dégueulais
du vide. J’entendis gémir une poulie. Une trappe s’écarta sur ma tête et il se
mit à pleuvoir : le plafond me chiait dessus ; des citernes
d’excréments. Si je n’avais pas serré mes dents pour éviter d’en avaler,
j’aurais pu hurler à la mort. A la recherche d’une issue, mes bras poisseux
gesticulaient et soudain j’agrippai un fil électrique agrafé au mur. Il n’était
pas assez solide pour me hisser vers la surface, mais je n’avais nul autre
espoir auquel accrocher ma survie. Je le longeai du bout des ongles en retenant
ma respiration, jusqu’à ce qu’il arrête sa course. Alors je découvris un trou
creusé dans un recoin du mur.
Et j’aperçus le petit point
rouge.
Qui clignotait.
.. ..
Pour accoucher ces quelques
lignes j’ai mis un masque de chirurgien, enfilé des gants de vaisselle et caché
mes yeux maquillés derrière une paire de lunettes noires. J’ai enfoncé dans ma
bouche un accessoire sophistiqué qui dénature mes cordes vocales.
Mes phalanges patinent sans arrêt
sur les mauvaises touches du clavier. Collectionnent les fautes de frappes. Mes
doigts ont encore une fierté qui veut me battre au bras de fer. La pièce est
noire et mes paupières épileptiques. Seul l’écran éclaire mon v..isa..ge.
Si je me cache à la lumière ce
n’est pas par timidité. De toute façon il est trop tard. Je suis irradié au
grand jour sous le crachat des projecteurs. Une mouche collée dans la toile.
Six milliards d’yeux, ça fait du
monde.
Impossible de s’y dérober.
Vous avez tous vu ces images.
Monstre de foire, assis au fond
de ma baignoire je transpire seul dans ma doudoune, fenêtre close et portes
blindées, lumière éteinte, rideaux tirés. Une fois que j’aurai fini de taper,
je cliquerai sur « envoyer » et détruirai l’ordinateur. Puis je
passerai l’aspirateur, partout et jusque dans les trous, j’inonderai à l’eau de
javel, foutrai le feu à l’appartement, et hop, envolé. Je changerai d’identité.
Le temps qu’un autre prenne ma place au sommet de l’actualité.
Un jour, qui sait, vous m’aurez
sans doute oublié, mais ce ne sera jamais assez.
Loin des regards, je continuerai
à m’enfouir, aussi longtemps que quelque part existera le moindre rire.
Anduze/Issy les Moulineaux, 23
décembre 2008-15 janvier 2009
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Tuesday, November 18, 2008
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Les choses se passent un peu comme ça, sans qu’on y pense, sans qu’on en soit vraiment acteurs, à peine certaines nous effleurent et des avions saturent le ciel, des trains à vapeurs nous emportent alors même que nous restons assis, couchés ou debout sous les branches d’un cerisier en fleurs fanées, ou dans les jambes d’un saule pleureur, à ne rien faire que respirer l’air qui déplace les abeilles.
Les choses se passent quoiqu’on en dise, et la plupart même nous ignorent, à l’autre bout de l’univers, dans d’autres corps elles se blottissent, pour d’autres regards elles paradent, des fées dans des robes en dentelles, des cils courbés sous des ombrelles, des tubes en couleurs qui clignotent et des avions saturent le ciel sauf qu’ils ont la tête à l’envers et encore des trains électriques qui loin de nos mains les entrainent alors même que nous rions, assis, debout, ou allongés sur des dunes ou dans des cratères, à ne rien vouloir d’autre que vivre plusieurs années en une journée.
Les choses commencent parfois comme ça, on avale une cuillère de temps,chaque matin à la vieille aurore, quand les chiffres nous délivrent d’un pays lointain sans horloge, où les choses existent autrement, avec des explosions de dents, des attentes ininterrompues au milieu de champs de betteraves et des avions qui rayent le sol, creusent des tunnels en enfer, les voyageurs embrassent des anges et les trains planent au dessus des mouettes, ils n’emportent plus rien ni personne que la face cachée de nos songes.
Les choses commencent partout pourtant, entre des cuisses, entre des mains, on glisse des ténèbres au grand jour, de l’eau tiède à l’air saturé où s’éloignent sans cesse des avions invisibles à notre conscience et pareils à ces passagers nous embarquons pour un voyage que nous ne pouvons pas penser, des besoins qu’on ne sait pas combler,des désirs fous qui nous façonnent, des baisers qu’on apprend à rendre,des espoirs à multiplier et des mots qu’on répète en vain, des phrases qu’on invente et qui réciproquement deviennent, avant même d’être prononcées, notre unique raison d’être un monde
Les choses recommencent comme ça, partout tout le temps au même instant les mêmes histoires naissent et meurent, d’autres destins dont on ne sait rien et qui s’éteindront avec nous, sans même nous laisser une trace, ni aucun sens à emporter, où s’en vont-elles ces choses qui passent derrière les fenêtres allumées, à l’intérieur des portes blindées, sous la mer ou au cœur des pages, à l’intérieur des inconnus,nous cherchons à les contempler mais leur présence est un mystère, leur destination un silence, et nous restons les pieds sur terre, dans l’ombre effacée d’une lune, seuls et pourtant innombrables, les yeux dans les cieux, nous ne voyons rien que des étoiles et des avions qui rayent le ciel, toujours curieux et ignorants des vies qui jamais ne s’envolent.
Les choses trépassent aussi comme ça à la fin d’un livre d’images,l’écran d’ordinateur s’étouffe et avec lui le ronflement d’un gros ventilateur. Silence. On sait qu’ailleurs des ambulances emportent des corps en sursis, que des derniers soupirs s’exhalent, que des chiens se font écraser, les ampoules grillent, les papillons aussi, des cheveux tombent dans les baignoires, des lettres d’amour se consument avant d’avoir été tracées, et les avions encore s’effondrent, piquent du nez dans nos mémoires, pendant que sur un quai de brume nous regardons partir les trains et qu’autre part, plus loin ou non, un enfant vient cueillir des choses…
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Saturday, November 15, 2008
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......................
....J’ai des mots en suspens, qui
dansent avec le vide. Au rebord de mes lèvres, comme des fildeféristes, ils
vacillent, hésitants, au dessus d’un abîme. Mes phrases ont le vertige, elles
s’accrochent comme elles peuvent, de leurs dix doigts brisés, elles pleurent à
bout de force et supplient mon silence de ne pas les lâcher. Moi, je suis debout,
quelque part dans l’automne, sur un trottoir quelconque, c’est une rue qui me
porte et j’entends sans entendre des moteurs qui explosent, le roulis des
poussettes où des bébés pleurnichent, une radio qui grésille entre deux
stations et dans les trous du vent le claquement de deux talons qui s’éloignent,
peut-être vers cette bouche de métro édentée.
Le téléphone en main, tout juste
raccroché, je m’arrête immobile à cet endroit du temps, le regard clouté à la
pointe de mes pompes et je fixe de haut ces images qui s’agrippent, qui battent
des pieds et tanguent comme saisies de vertige. Englué, j’ai toutes ces choses
à dire qui ne veulent pas voler, ces lettres qui oscillent, frétillent de leurs
ailes coupées, frénétiques, apeurées, elle refusent de lâcher prise et
pourtant, je le sais, elles rêvent de décoller, pour se répandre en larmes.
Te rendre hommage une première
fois une fois passée ta dernière heure.
Derrière mes yeux ça bouge encore,
un cinéma diffuse ta mémoire en couleur, des instants minuscules, sensations
microscopiques où survit encore ton v..isa..ge
tel qu’il n’existe plus. Je te regarde de l’intérieur et me replie et je me
sens soudain comme ces mots qui s’accrochent, solitaires sur une corde tendue
entre deux tours.
Je bloque à cette frontière, ce
barrage filtrant qui se dresse, impénétrable, entre mes pensées et ma voix, et
les phrases qui en moi se libèrent, si légères et si graves, qui s’alignent en
colliers dans une logorrhée pure, nette et incontrôlée, ces images qui
remplissent le silence que tu laisses pour inonder l’espace de cris et de refus,
s’aplatissent, ridicules et se recroquevillent, impuissantes, avortées à l’instant
d’exister, et au bord de mes dents, il n’en reste plus rien, que des traces
sans ombre et des banalités.
Un pigeon passe qui picore les
restes d’un croissant. Je range mon téléphone, et mes pieds inconscients recommencent
à marcher, partis de rien pour n’arriver nulle part.
.. ..
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Thursday, October 23, 2008
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A l'arrière de la moto de ma
mère, la nuit m'emmène à l'école. Ma bouche fait de la fumée, parfois aussi je
tousse.
«Dis-moi papa, pourquoi
est-ce que tu klaxonnes dans les virages ? ».
Mon caca fait encore pipi, comme
j'ai mal au ventre.
Dans le frigo, je vois une
bouteille d'eau fraiche qui pique. J'y pense toute la nuit, obsédé, je n'arrive
pas à dormir car j'imagine sans cesse le liquide dans ma gorge avec ses petites
bulles qui pétillent. Je n'ose pas descendre tout seul dans le noir, les
escaliers et le couloir, alors j'attends le premier soleil en tranche et entre les volets et puis je cours
vers la cuisine, assoiffé. Le goulot calé dans la bouche je me remplis le ventre jusqu'à
en avoir la nausée.
Est-ce ainsi que les hommes
vivent, et leurs baisers au loin les suivent… le vinyle craque sous le diamant
et je me vois bien comme un grand, avec une foule d'histoires d'amour, et des
filles pendues à mes lèvres.
Ce soir, ma fiancée, Julie dort dans ma
chambre. La lampe est allumée quand elle se déshabille.J'ai peur de la voir toute nue, alors je ferme les yeux un peu. Elle
dit « ça y est, j'ai mis ma chemise de nuit », alors je la regarde et
je m'aperçois qu'elle a menti. Elle rigole, sans aucun vêtement. Toute cette
peau d'un seul coup. Et ce mystère entre les jambes. Je la trouve belle mais j'ai honte et les joues rouges et
la langue sèche. J'ai dix ans, plus ou moins, enfin je crois, et je t'aime.
Le couteau traverse la croute du
pain puis déchire la chair de mon doigt, touche l'os et je pleure de voir que je suis
tant rempli de sang. Gicle, gicle, tâche la toilé cirée.
Mon nez coule à cause du
pollen, un liquide transparent qui me chatouille et je souille des milliers de
mouchoirs, ils deviennent durs comme du carton, chiffonnés et rabougris, ma
corbeille déborde, et je me dis qu'un jour, à force de me moucher je serai vide
et sec à l'intérieur. Mes narines sont irritées, à force d'être frottées.
Dans une boîte de puzzle, je
cache des femmes en papier, toutes nues.
A l'arrière de la Golf rouge, ma vie se fait du
cinéma et je suis le héros d'une histoire que je m'invente en cours de route,
sur les champs qui enchainent les vaches, sous les falaises trouées et les longues
cheminées de la raffinerie de pétrole qui crachent des nuages de plomb, ailleurs, il y a des kilomètres d'immeubles, des
milliers jardins divers, des fleurs dont j'ignore le nom, des oiseaux inconnus et surtout, partout, des fenêtres éclairées où je
devine des ombres à table, devant des poulets imaginaires, des gens qui sont
d'autres destins, d'autres lits et qui m'attirent dans leurs lumières, pendant qu'une
chanson pourrie de France Gall crachote dans l'autoradio.
Il y a toujours tous ces camions
près de chez moi, rue Brindeau, posés sur l'énorme bascule en béton, parfois je
voudrais partir avec eux, en Espagne ou en Afrique, et d'autres fois, j'ai
peur, sans savoir pourquoi, qu'ils m'enlèvent loin de ce trottoir.
Il y a aussi des labyrinthes de
containers, rouges, orange et blancs, près des bassins du port autonome, et des
montagnes de charbons noirs que je n'ai pas le droit d'escalader.
Il y a souvent, après la porte
blanche, un parfum de café grillé, de gazole et de pain, alors je sais que
c'est l'automne, et mon cartable pèse un peu lourd. L'air a un goût
particulier, les matins où la pluie menace, lorsque les feuilles décèdent des
branches et que j'ai un contrôle de maths.
Une forêt dans la ville haute,
encadrée par des routes, et toujours bien coiffée. De la mousse au pied des
arbres, des champignons mortels et des jeux. Je grimpe une cage aux écureuil,
me balance dans un genre de panier à salade et puis trottine sur le dos d'un
vieux poney dépressif, dont les yeux sont bridés de cuir.
J'écris un poème pour Karine. Je
l'embrasse au cinéma. Puis elle me quitte pendant une boum.
Demain, je serai encore là, en
pyjama, pour commencer mes grandes vacances.
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Tuesday, July 15, 2008
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Je m'en souviens très bien me dit-il – comme si moi j'avais oublié, comme si j'étais amnésique ou je ne sais quoi – c'était le jour de la victoire de Mikhail Youzhny en finale de Wimbledon le 25 juillet 2013 à 23H53 exactement – alors que je m'en rappelais parfaitement étant donné que j'y étais, moi, dans les gradins, aux première loges cette année là, parce qu'à l'époque excusez moi du peu, mais j'étais moi-même champion de ping-pong – une balle de match incroyable, passing court croisé le long de la ligne et boum – il a insisté sur le boum, lourdement, en tapant dans ses mains comme si j'étais sourd ou débile ou je ne sais quoi, alors que je l'avais vue, moi, de mes yeux la fameuse balle de match, et que ce n'était même pas un passing court croisé le long de la ligne, mais un revers slicé dans les pieds – et Mikhail poursuivit-il – il l'appelait par son prénom comme s'ils avaient élevé des chèvres ensemble dans le Poitou en mai 68 ou je ne sais quoi – Mikhail, donc, il s'est mis à danser sur le court, il faisait la chenille électrique, le pas de bourré, le moonwalk et des pirouettes, salto avant, triple boucle piquée, et le robot, tours sur la tête et caetera, complètement désarticulé – il en rajoutait avec les yeux, globuleux et plein de veines éclatées, et sa voix se perchait dans les contraltos pire qu'un chien qu'on émascule, alors que moi, je veux pas dire, mais je l'avais vu en vrai, Mike, ce jour là, et il avait à peine souri après l'annonce de sa victoire, peut-être qu'il avait sautillé sur place, d'accord, un peu, mais pas plus, c'était pas le genre à en faire trop, pas comme l'autre face de cul de tétine qui continuait de me saouler – et moi, poursuivit-il, je regardais ça depuis le camping sur l'écran géant du congélateur, et j'avais une raquette à la main aussi, et un short en lycra orange et un bandeau en éponge Spontex et des chaussettes en coton à bandes tricolores, bref tout l'attirail du champion – alors que pardonnez-moi, mais les chaussettes à bandes tricolores, c'est grave ringard, personne n'en porte plus depuis la victoire de Noah, et qu'en plus, il n'a jamais fait de camping parce qu'il a peur des araignées et qu'il ne supporte pas de chier autre part que dans les toilettes de sa mère – et il se trouve, continua-t-il – comme si ça m'intéressait plus que ma première chemise à fleurs – que j'avais de l'eau jusqu'aux genoux, parce qu'à ce moment là précisément, on faisait un tournoi dans le lac à côté de ma caravane, le water tennis tu connais, c'est pareil que le water polo sauf que c'est du tennis – c'est bon, je ne suis pas né de la dernière nuit et je lis Le Monde tous les jours – c'est une nouvelle discipline olympique tu le savais ? – appelle moi débile tant que t'y es, c'est moi qui te l'ai soufflé au fion et en plus, figure toi que le water tennis, je l'ai carrément inventé alors hein, faut pas pousser mémé dans les escaliers de secours, bouffon – et donc, insista-t-il – alors que je soupirais franchement pour bien lui montrer que je m'en fichais comme de mon premier slip à coeurs – on frappait dans des balles trempées, ce qui n'était quand même pas pratique, parce qu'elles s'alourdissaient avec l'eau ce qui ramollissait le rebond, ce qui fait que le plus souvent elles coulaient à pic avant de toucher la raquette – vas-y apprends-moi la science physique et la mécanique des forces, je te rappelle que j'ai un doctorat et douze prix Nobel – et du coup on passait plus de temps à faire de la plongée sous-marine qu'à jouer au tennis – allez, mon vieux, pas à moi, tu nages pire qu'un bloc de granit et te noierais dans une goutte de Coca – et à un moment ressassa-t-il, alors que je sortais ma tête du lac avec une sangsue sur le nez – tu l'as encore abruti, ah non pardon, c'est ta gueule – j'ai vu cette fille sur le rivage, foutue comme une allumette, avec un corps tout sec et maigre, de l'os avec de la peau par dessus, et une grosse tête toute rouge, des cheveux oranges, et un nez, mon pote – je ne suis pas ton ami, connard – un nez de Catamaran – pardon mais je vois pas le rapport – et une bouche qu'on aurait dit sortie de la cuisse de Jupiter – faut que tu m'expliques ta métaphore, je vois pas ce que Jupiter vient faire dans l'histoire – et bref – ouais vas- y abrège, je m'endors – cette fille me dit un truc que j'ai oublié – t'as qu'à aller vidanger tes neurones – et moi je lui réponds du tac-o-tac un autre truc, je ne me souviens plus quoi exactement – alors pourquoi tu me le racontes – mais en tout cas le truc que je lui réponds , ça ne lui plait pas à la fille, ça la vexe même carrément, et elle se met à chialer des crocodiles alors je m'excuse platement mais elle appelle son père qui sort d'un coup de l'eau – genre t'as rencontré Jésus au camping – et qui s'avance vers moi, pas content, tu vois – non, je ne vois pas, non, tout ce que je vois c'est ta tête de hareng pourri qui me palpite sous les naseaux – et le père, c'est le sosie de Mikhail Youzhny, mais avec les cheveux de Jack Lang et les jambes de Julia Roberts, et il a une grosse voix, un peu cassée, comme Louis Armstrong, le chanteur de Led Zep – non mais révise tes classiques, Armstrong c'est pas un chanteur, c'est un mec qui fait du vélo sur la lune – et il m'engueule carrément, il me dit, c'est toi qui a traité ma fille de poufiasse enfoiré, et moi je dis, je suis désolé, et il me dit rien à foutre et moi je dis pardon et il me fout un pain de mie dans la gueule et voilà comment je suis mort, je m'en souviens très bien – comme si moi j'avais oublié, comme si j'étais amnésique ou je ne sais quoi, alors que j'étais juste là, à ce moment là, puisque c'était moi le mec en question, et là je m'approche de lui, je le regarde dans les yeux, avec force et détermination et je murmure : tu commences à me casser les noix avec tes histoires à la couille, et lui et il me sourit et il me demande : - D'accord, tu veux un jus de pomme ? Alors j'acquiesce parce que j'aime ça, et puis on trinque à l'amitié.
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Monday, July 07, 2008
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Le trait clignote et alors ? Je recule mon fauteuil à bascule et j'attends, le regard rivé sur le trait, que quelque chose s'anime, derrière lui, et en moi, une image ou un sens. L'appareil photo près du scotch, c'est un fait que je ne peux nier, tout comme la présence de ce livre, qui rêve sous une couverture bleue. Deux langues en papier s'en échappent. Il n'y a rien à ajouter, à part la table, et les objets qu'elle pose, deux photos aimantée qui resteront - quoiqu'il advienne ailleurs - immobiles. J'essaie d'éviter les questions, et la pression de ce qui pousse, mes plantes au fond et en surface, les jours qui me dépassent du dessus. Nul besoin d'espérer trouver une solution dans le ciel. C'est un plafond qui m'abrite, des murs qui me contiennent. L'extérieur est toujours en moi ; ci-joint la frontière de mes yeux...
Il était une fois ça, me dis-je, ici quoiqu'il advienne, toujours à la même place, que je bouge ou me pose, je me transporte et me subis, me poursuis sans cesse à la trace, mes bras, mon coeur, ma tête me collent aux basques où que j'aille, ou pire encore, si je ne vais nulle part, ils me poussent vers l'avant. Rien d'autre à faire, que d'être avec les choses. Le répertoire en carton, appuyé sur un montant métallique, renferme des noms propres, des adresses et des chiffres, des gens plus ou moins oubliés dont il ne reste pour certains, rien d'autre qu'une trace sur cette page. Des souvenirs à peine effacés. Des corps alignés.
Le trait clignote et quoi ? Des mots viendront peut-être, pour repousser l'instant, m'empêcher de rester assis, le regard vide sur les cahiers alignés. Une facture d'électricité. Ma carte bleue est toujours grise, à côté du pavé de post-it. J'approche mon fauteuil à bascule, comme si ce geste avait un but, signifiait quelque chose de neuf, une motivation, un désir, une idée. Non, ce n'est qu'un mouvement comme tant d'autres, sans fond et sans forme, qui existent avant qu'on ne les ait voulus. Tant de déplacements nous précèdent, trop de pensées nous entraînent. Difficile d'être entre deux eaux. Trouver le mot juste, la direction adéquate, le sens exact est impossible, une fuite sans cesse renouvelée, vers l'avant ou en arrière, les heures nous tirent par les deux bouts, sans jamais nous écarteler. Notre résistance force le respect. Puis nous mourons. .. .. Le trait clignote, et voilà. .. .. Autant de fois qu'il le faudra, que je voudrais le répéter. Et si je n'écris pas maintenant, qu'importe. .. .. Au commencement tout se ressemble, c'est après que les choses se gâtent, s'embellissent aussi par endroits, façonnées sans raison valable. Si je m'arrête, c'est le silence, à part un peu de vent vers la grue, de temps à autres, un clapotis. Le ronronnement de la tour en plastique. Le bourdon vague du périphérique.
Des sons. Des images. Odeurs et cætera. Objets et projections. On ne s'échappe pas facilement.
Je ne suis pas seul, ni nulle part. Alors je deviens quelque chose. Le reste est une histoire de mots, de sang et de respiration. Juste un trait qui clignote.
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Tuesday, June 24, 2008
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C'est un soir qu'elle découvrit l'œil. Au fond du lit, contre son pied. D'abord elle sentit sa paupière. Un truc bizarre et plutôt doux qui frôlait ses orteils, comme un pinceau sur un dessin. Elle avait peur des araignées alors elle convulsa ses jambes, éjecta le drap et bondit, prête à écraser sa phobie sous une grille de Sudoku. C'est alors qu'elle le vit, palpitant dans l'obscurité : un œil humain et grand ouvert qui la fixait d'un air timide. Elle était une fille comme les autres. Enfin, c'est ce que les autres disaient. Elle ne brillait pas dans la foule qui l'avait rendue anonyme. Sa vie n'était pas un roman, ni une nouvelle, ni un chapitre, à peine une phrase qu'on lit en boucle en attendant le point final. Elle existait entre guillemets mais n'osait pas être déprimée, car il n'y avait pas de raison. Elle voyageait en classe moyenne, mangeait bien, travaillait beaucoup, dormait toujours dans des draps propres. Il y avait un toit sur sa tête, et dedans, du temps. Dehors, elle traînait sa tristesse comme certains leurs rhumes de cerveau, une gêne qui agace sans broncher, qu'on accommode, qu'on apprivoise et qu'on finit par oublier. A présent l'œil l'implorait. Ne m'écrase pas, je t'en supplie. Il battait ses cils à tout crin, comme un gosse en flagrant délit. Sur le drap housse plein de nounours, il faisait tout petit et pitié. Ils se dévisagèrent longtemps, elle de tous ses yeux, et lui de tout son être, ils ne se lâchèrent pas du regard. C'était un œil assez profond, mais qui irradiait en surface. Un œil qui racontait des choses, d'un bleu tirant sur le gris clair.
Elle lui parla : - Tu m'entends ? L'œil était sourd, évidemment. Peut-être lisait-il sur les lèvres. En tout cas s'il ne sut répondre, sa pupille se contracta au coeur d'un iris suspicieux. Terrorisé apparemment. Elle tendit lentement sa main et le recueillit dans sa paume ; il commença par frissonner. Elle l'approcha de son visage et lui sourit. L'œil se calma, encore inquiet. Elle se sentit troublée, et trembler. Personne ne l'avait vue d'aussi près. Ni regardé de cette manière. Car l'œil l'aspirait toute entière dans ses paupières écarquillées. Il s'ouvrait de plus en plus grand pour essayer de la convaincre de ne pas être écrabouillé. Il employait ses dernières forces à prouver sa fragilité.
Elle dit : - Ne crains rien. Puis : - Tu me rappelles quelqu'un. C'était vrai. Mais elle ne put dire qui. Elle le mit sur sa table de nuit, au creux d'une boîte de mouchoirs. Puis elle s'allongea près de lui. Avant d'éteindre la lumière, ils se fixèrent encore un peu. L'œil était heureux à présent, il scintillait de gratitude, et elle n'en croyait pas les siens. Plus rien ne serait comme avant. Au bout d'une heure à se contempler, la fille et l'œil s'alourdirent, et se refermèrent en même temps. Elle n'était plus comme les autres. Elle portait partout un secret, au chaud dans une boîte à lunettes. Cette présence la justifiait aux yeux de l'univers entier. Elle le sortait dès qu'elle pouvait, enfermée dans les sanitaires, isolée dans un ascenseur, elle entrouvrait à peine l'étui et regardait son œil, toujours tendre et tendu vers elle. Le soir, elle l'installait au milieu des mouchoirs, tamisait les lumières et s'allongeait sur son lit, face à lui. Là, ils s'observaient en silence, dans une communion solennelle que seul le sommeil apaisait. Un soir elle comprit qu'elle l'aimait. Pour la première fois l'œil pleura. De bonheur, sans doute, ils mélangèrent leurs larmes, une autre façon de s'enlacer. Puis elle fut seule de nouveau, perdue quelque part dans le noir. Elle avait égaré son corps, ses mains, ses jambes et son visage, tous disparus de sa conscience. Elle ne ressentait plus qu'un muscle dont elle ignorait l'existence, mais qu'elle contractait sans arrêt, comme un réflexe d'un autre âge, une tentative désespérée. Sourde, au-delà du silence, elle n'entendait qu'un vide ultime, morbide et intersidéral. Alors d'un coup la terre trembla, aspirant le ciel à l'envers et elle fut inondée de lumière. Aveuglée, elle ferma les yeux, et lorsqu'elle rouvrit sa paupière, elle ne put croire ce qu'elle voyait. C'était elle-même, qui se dressait, telle un gratte-ciel en chemise de nuit, immense au dessus de son être qu'elle hésitait à écraser avec une grille de Sudoku.
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Sunday, June 15, 2008
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Je m'étais à peine retourné un instant, le temps de sortir une coupelle du lave-vaisselle, que mille ans s'étaient écoulés. Les arbres du jardin, qui la seconde d'avant peinaient encore à griffer le balcon du troisième, dépassaient à présent le toit de l'hôtel Pullman, crevant de leur cime le ventre gonflé d'une lune à demi rongée. Leur tronc autrefois si maigre qu'ils me rappelaient ma petite voisine de palier anorexique, fine comme la pointe d'une punaise, et qu'on avait retrouvée morte, coincée entre les portes de l'ascenseur la veille du onze septembre 2001, leur tronc donc semblaient maintenant des baleines obèses, larges comme des centrales nucléaires. Ailleurs mais pas très loin, le bébé merle qui hier au soir sifflotait des airs d'opéra, s'était tu pour l'éternité, peut-être mort de vieillesse sur une antenne parabolique couverte de mousse et de poussière. Moi, j'enfonçais mon index dans la purée de graisse qui recouvrait le carreau, dessinais un coeur tordu où j'aperçus mon reflet, yeux dans les yeux. Je n'étais plus rasé de près, mais barbu blanc comme un druide, et mes cheveux gonflaient en touffes de neige, jusqu'à caresser les écailles du plafond, s'emmêlant aux fils électriques dénudés que vomissaient les douilles vides des ampoules éclatées. J'avais, sur le front, le menton, et à la commissure des lèvres, des fossés de peaux creusés à la pelleteuse, des canyons de rides, des gorges si profondes que j'y voyais des pirogues, des forêts, des grattes ciels, des landes, des steppes, des montagnes russes enclavées, tout un monde de petits hommes, enfants, insectes et mammouths, logés au chaud entre mes plis séculaires, abrités au creux de mes pores, inconscients d'être parasites, bactéries ou microbes, envahisseurs insouciants de mon corps sans âge ni souvenir. Mille ans s'étaient écoulés, le temps de sortir cette coupe du lave-vaisselle, et que je serrais dans mes doigts remplis d'os, jusqu'à ce qu'elle s'effrite et se délite en un crachin de porcelaine, une pincée de sable bleu saupoudrant le carrelage d'immondices où mes pieds invisibles s'embourbaient, avalés jusqu'aux tibia dans des strates successives de résidus organiques, cimetières de fleurs séchées, mers de mouches, champs d'épluchures de patates, le tout décomposé, pétrifié, en gelée, en purée, en ciment. En levant haut mes chevilles, comme si je marchais avec des skis, je me sortais du bourbier et avançais péniblement, de ma cuisine à mon couloir, jusqu'à la porte de sortie. Le palier était couvert de ronces, sur lesquelles des mures noires brillaient, plus grosses que des pastèques, et j'y enfonçais toute ma bouche, affamé, mon visage collé dans le sucre remuait à la manière des chats, et sur mes papilles excitées un plaisir neuf se déposait, sensation longtemps oubliée, de paix et d'euphorie, comme si rien n'existait plus que le goût de la baie, sa texture sur ma langue et son lait dans ma gorge. Mille ans s'étaient écoulés. Mais où ? Dans quel tunnel, quel pont, quelle trou noir ? Comment pouvais-je en être sûr d'ailleurs ? Ce n'était qu'une impression. Peut-être n'était-ce pas mille, mais deux mille, dix mille, ou alors moins, cent ans, dix ans, deux ans ou juste un jour, une heure pas plus, à peine une seconde. J'appuyais sur le bouton de l'ascenseur, qui s'enfonça dans du beurre, puis la cabine ouvrit sa fente et je pénétrais dans le cube où des lianes portaient des babouins à lunettes, stade évolué de mes vieux singes, et qui débattaient sans me prêter la moindre attention du sens de l'éternel retour. Un bel ara jouait aux dames avec un genre de dinosaure, et nous atteignîmes le rez-de-chaussée. Dehors, sous les immenses arbres, les pavés libéraient une plage, des dunes, des crabes et de l'écume, et à la place de ma rue, des vagues s'enroulaient en chuchotant des contes de Grimm et d'Andersen. Alors je la vis toute nue. Mon amour n'avait pas vieilli. Sur un drap d'étoiles de mer, elle m'attendait étendue. Je m'allongeais à ses côtés, prêt à attendre l'éternité contre son coeur et dans ses bras. Belle comme le jour et cætera, elle tourna son regard vers moi, m'embrassa fort puis murmura : - Chéri, quand tu auras fini de vider le lave-vaisselle, tu pourras me filer un coup de main pour le linge ? Emu, je rangeai la coupelle, à sa place dans le placard. Mille ans s'étaient écroulés.
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Monday, April 14, 2008
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Il se souvient avoir pleuré des larmes grosses comme ces valises qu'on traîne dans les escalators, dans les couloirs d'aéroports, ces gares d'où on ne part jamais et où l'on traîne près des wagons, un sandwich humide à la main. Il chialait pire que des madeleines, une boulangerie toute entière lui reniflait dans les narines, et il morvait des croissants chauds, des crocodiles en chocolat et des religieuses au café qui priaient un Jésus en sucre glace. Assis à la table d'une terrasse, au cours d'un été sans indien, un ami lui tenait la main, et lui, les yeux crevés de poches, il geignait toute sa belle famille, sa mère ses cousines sa grand-mère, son canari, son pinscher nain et puis le petit chaperon rouge, le loup, les cochons, les moutons, bref toute une ménagerie de verre qui lui coulait par les paupières. Glacé sous son crâne en carton, la belle au bois dormait, avec une seringue dans les veines, une culotte verte et déchirée, encore trempée, sanguinolente et des nuées d'abeilles zombies éjaculaient dans ses oreilles. Son cœur, enfin ce qu'il en restait, épluchait des tonnes d'artichauts, la vinaigrette lui cramait les yeux sur l'assiette comme il se dévorait la langue, coupée en dés à la fourchette, il pleuvait des cordes sur sa tête où des pendus barbus bandaient. Il se rappelle avoir crié, sauf que sa voix était une autre, le chant d'une sirène de pompier bloquée dans un embouteillage, un grand brûlé s'épluchait le nez à la vitre. Ses dents restaient collées, émail soudé, gencives mouillées, et en voulant ouvrir la bouche, ça lui explosait à la gueule, une voiture piégée, un avion détourné, une bombe à retardement qui giclait plein de billes colorées. Telles étaient ses larmes encore, des boules chinoises multicolores, gouttes arrachées à la fontaine qui s'évaporent à peine lâchées dans l'atmosphère, et son ami ni pouvait rien, à part lui écraser la main en murmurant ça va passer ça va passer ça va passer. Sauf que rien ne s'arrête jamais, puisque le temps cueille des cerises, et que le sommeil a ses lois, ses tables de multiplications, et qu'à l'instant d'ouvrir les yeux, il lui reste encore des souvenirs, comme un chewing-gum dans les cheveux, qui ne tardent pas à s'effacer, fuir à toute jambes dans sa cervelle, et dont il ne conserve qu'une vieille impression de douleur, un cadavre exquis sous anesthésie. Puis rien. Il retrouve sa table de chevet, son soleil entre les volets, et l'air a toujours le même goût, entre la figue, le raisin et le chou, les draps fleurent un peu le printemps, à cause de la lessive et du mois d'avril qui bourgeonne comme si de rien n'était. Tout existe encore et son corps aussi. Rien n'a disparu dans la nuit, les choses sont toujours à leur place, peut-être tant mieux, peut-être hélas. Et lui toujours vivant ici. Comme hier. Plutôt content. Ce n'est pas pour tout de suite l'enterrement. Il jette un coup d'œil à ses mains, se gratte les couilles du bout des ongles, ébouriffe ses cheveux noués et envisage le nouveau jour au chiffres clignotants de sa montre. Et puis il sent un truc sur ses joues, du carton sec qui se craquelle, alors seulement il se rappelle, sans savoir pourquoi ni comment, d'un rêve d'acier, il se souvient avoir pleuré…
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Thursday, March 13, 2008
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Je vois une main à la fenêtre, tous les matins, à 9H12.
Cette main agite un chiffon rose. Le volet électrique s’ouvre, et la main sort par la fenêtre, son chiffon rose entre les doigts, qu’elle agite 42 fois, toujours de la même façon, au dessus des arbres et des balcons. La première fois que j’ai vu cette main, c’était par hasard, un matin, pendant que je sirotais mon premier café, fumais ma première cigarette. Je regardais par ma fenêtre, parce que le ciel s’annonçait bleu, et que j’aime contempler la grue, au loin là-bas, devant chez moi. Parfois, mais c’est une autre histoire, je rêve aussi d’y être assis, aux cieux d’Issy les Moulineaux, à cinquante mètre de hauteur, seul à la place du conducteur, enfermé dans le cube en verre, à soulever les grosses pierres, au milieu des ailes des pigeons. C’est alors que je vis cette main, ce matin là, sortir pour la première fois, à 9H12 exactement. Comme je n’avais rien à faire d’autre, je me mis à compter les coups qu’elle imposait au chiffon rose. J’imaginais, je ne sais pourquoi, qu’un compte à rebours commençait, et qu’au moment où cette main en aurait fini de danser, disparaissant de la fenêtre, je m’évanouirais moi aussi, aspiré par un tourbillon, un trou creusé dans le trottoir, comme dans ces tours de magie noire. La main agita le torchon précisément 42 fois, de la poussière s’en échappa, comme une averse d’étincelles lâchée dans les traits du soleil. Puis elle s’arrêta. Moi, je n’étais pas mort, ni même évaporé, mais toujours là, planté au même endroit, ma cigarette tombée en cendres, mon café froid sous le ciel tendre qui surplombait la grue immense. Alors, comme elle était venue, la main aussitôt disparut dans l’espace vide de la fenêtre, et après quelques secondes à attendre que la malédiction s’accomplisse, que mon monde immobile s’achève d’une façon plus ou moins jolie (mon coeur peinturlure le salon, ma cervelle fait de la purée, mon foie est léché par les chiens, mes poumons sont trempés dans l’huile), je vis que rien ne se passait, que l’air glissait entre mes dents, que la journée recommençait, malgré cette main à la fenêtre, comme avant, toujours vivant, si bien que je n’y pensais plus. Puis il y eut un lendemain, comme c’est assez souvent le cas, et la même heure revint me voir. A 9HI2 exactement, la main sortit par la fenêtre, avec le même chiffon rose, qu’elle agita 42 fois, avant de disparaître encore. Cette fois, je n’eus pas vraiment peur. Je fus même plutôt captivé, comme par le pendule de l’hypnose, cette boule qui danse en face des yeux, et qui vous plonge à reculons, vers vos romans photos cachés, vos vieilles histoires censurées, secrets de famille et autres viols à l’étalage. Pendant que la main agitait le chiffon rose à la fenêtre, des souvenirs me remontaient dans un ascenseur électrique, des fantômes soulevèrent des plaques, jonglèrent avec leurs boulets rouges, et je vis encore mon grand-père, comme souvent pendant mes nuits troubles, sur un tricycle gigantesque, ses pieds soudés aux pédales, un tronc d’arbre troué au nombril qui chante quand il me prend dans ses bras. Voilà, je vis encore bien d’autres choses que je n’ose pas écrire ici, des trucs à faire rougir les roses, à faire manger les pissenlits. Le jour d’après, évidemment, j’étais posté à mon balcon, à 9H12 exactement, et la main fut au rendez-vous, pour valser ses 42 coups. Cette fois, je n’eus aucune vision, ni terreur, ni même illusions, je regardais juste le chiffon qui exhalait des graines d’or, molécules lâchées dans l’espace, arrachées à la pesanteur, qui avaient dû être autre chose avant de se désagréger, des bouts d’objets, morceaux de chaises ou de jouets, des pellicules capillaires, des ongles usés aux caresses, et mes pensées vagabondèrent, le long de la peau de cette main, quand je compris en un éclair qu’elle appartenait à quelqu’un. Derrière chaque porte entrouverte, derrière chaque serrure, chaque vitre, chaque paupière, se cache toujours un univers, et ce que l’on voit en surface n’est que le reflet d’un miroir qui ne renvoie que notre image, nos propres fantasmes déformés, nos désirs sombres, inavoués, se logent partout en bas relief, pour nous faire croire que l’on existe dans toutes les dimensions possibles, alors qu’au fond, nous le savons, nous ne sommes rien qu’un bout du temps avec plein de pensées dedans. Cette main, cette heure, et ce chiffon, n’avait rien à faire avec moi, ne m’adressait aucun message, mais remplissait juste une tâche qui excluait mon existence. Il y avait, évidemment, un but que je ne pouvais comprendre, une habitude singulière qui n’avait de sens que pour elle-même, et dont je ne saurais jamais rien. Qu’elle fut princesse ou ménagère, libre comme l’air ou prisonnière, cette main s’accrochait à un bras, lui-même agrafé à un corps mu par sa propre volonté, dans sa logique inexpliquée. De tout cela, au fond des choses, je n’étais qu’un témoin passif, un dérangé contemplatif qui cherche toujours une façon de croire que tout a une raison, histoire de ne pas aller voir sa vérité dans le miroir. Depuis ce jour où je compris que cette main ne voulait rien dire, tous les matins, à 9H12, je la fixe avec le sourire, et pendant que la grue girouette, mon café fume une cigarette.
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