Gender: Male
State: Nord-Pas-de-Calais
Country: FR
Signup Date: 11/5/2006
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Saturday 14/11/2009
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L’errance de la toile blanche.......
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Combien de fois suis-je tombé, devant la toile blanche, dans un état de profonde stupeur proche de la paralysie hypnotique ? Je ne saurais le dire…....
Un état très particulier que connaissent tous les créateurs et qui voit alterner des moments d’agitation exaltée proches de la confusion mentale, exaltation servie par le pressentiment de voir enfin de l’Informe naître la Forme tant espérée qui voit alterner aussi ces instants étirés dans le temps, emplis d’abattement, de torpeur, de vide stérile et désespérant…....
Il s’agit bien d’engendrer à partir des méandres de l’Imaginaire et d’accoucher d’un être tout aussi imaginaire, l’œuvre d’art… qui devient objet bien réel et pourtant bâti sur une pure idéalisation du monde…....
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Un paradoxe… ....
Pour supporter un monde construit en partie sur l’Illusion, que ce soit en le fuyant ou en l’affrontant, il nous faut créer de l’Illusion donnée elle aussi pour réelle…....
Une béquille parmi d’autres mais qui se fonde, elle en particulier, sur l’Illusion la plus manifeste, celle proposée par l’œuvre d’art, qu’elle soit peinte, écrite, filmée, numérisée, théâtralisée… ....
Une illusion que tout le monde feint d’appréhender pour réalité tout en sachant pertinemment qu’elle n’est qu’illusion pure. L’œuvre d’art est comme cet équilibriste qui marche à petits pas sur la corde reliant le réel et l’imaginaire. Elle participe des deux et se revendique comme telle. Un jeu entre 2 extrêmes particulièrement frappant au Théâtre qui exige que le spectateur joue le jeu dans l’instant où il se pose comme tel: un jeu de dupes intégrant immédiatement l’illusion pour le transmuter en faux réel…....
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Pourquoi donc, dans un monde où l’Illusion règne déjà suffisamment, ajouter encore d’autres formes illusoires qui, apparemment, n’ont aucune nécessité primordiale ?
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On pourrait pourtant en rester là et inventer, créer sans se poser de questions. Mais ainsi sommes-nous faits, des éternels demandeurs, des pinailleurs, des coupeurs de cheveux en quatre…. ....
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Combien de fois me suis-je posé cette question de la nécessité de créer ? Nécessité pour soi-même, nécessité pour les autres… Cela me laisse perplexe et, c’est avec le temps, que cette question s’est imposée de plus en plus… La jeunesse a quelquefois le privilège de l’enthousiasme et je peignais alors sans trop me poser de questions. L’envie, le désir l’emportait sur toute interrogation. Un désir qui met en branle une énergie à tout épreuve, un désir qui prend racine dans l’Illusion justement, la croyance… L’illusion que tout est possible… Jeu du désir et de la foi (en soi), jeu du désir et de la motivation… Fondamental.....
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Mais aujourd’hui, peste soit le nombre des années, il m’arrive souvent de tourner autour de la toile immaculée à la virginité agaçante. « N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » dirait l’autre.......
On se penche dessus, on s’assoit, on prend du recul, on va boire un café, on se rassoit, on reprend un croquis, on pose la toile verticalement puis horizontalement, on boit un autre café…. Tout plutôt que faire le premier geste… Rien que du banal, l’angoisse de la page blanche, diriez-vous ? ....
Mais cela va plus loin ou plutôt cela va plus profond…
La question proche du lieu commun: pourquoi créer ? se double en fait de LA question existentielle: pourquoi vivre et comment vivre ? ....
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Si donner un SENS à ce monde relève de l’utopie, de l’INSENSE, il faut bien donner un sens , un petit sens, un sens des plus modestes à chacun de nos actes inscrits dans la banalité des jours… ....
Ma fille m’a dit: ‘Tu ressasses « . Soit. J’en prends acte, un acte de foi puisqu’il s’agit du jugement d’une personne essentielle. Alors laissons tomber quelquefois la quête du SENS ultime pour donner des petits bouts de Sens à l’Instant, même si la somme de ces parties ne nous renseigne en rien sur le SENS global du Tout…....
Damned ! J’ai progressé… Etre lucide sur ce qu’est notre monde tout en admettant notre défaite essentielle devant la force de l’Illusion. Elle nous est consubstantielle, qui pouvons-nous ?, elle fait corps avec la conscience. ....
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Jouer ainsi le jeu de l’Illusion tout en s’efforçant de ne pas y succomber corps et âme: projeter, anticiper, élaborer, planifier, créer au sens large… Et aussi ressentir, aimer, rêver, fantasmer, idéaliser, sublimer... ....
Qu’il est quand même doux de s’illusionner tout en gardant les pieds sur terre. La quadrature du cercle: les pieds dans la gadoue et la tête dans les étoiles.......
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Qu’il est finalement nécessaire de sublimer !... Nous sommes dotés de cette conscience qui fait tant de mal quelquefois et nous avons ,à portée d’âme, l’antidote, la sublimation, cette fonction miraculeuse de la psyché, qui transmute le plomb en or. Le contre-poison qui fait que l'homme n'a de cesse de construire, imaginer, restituer, sous mille aspects, ce sentiment indicible de vacuité pour mieux l’annihiler avec cet outil unique dont il dispose, l'imaginaire symbolique. ....
Sinon pourquoi accorder tant d’importance à ces traces de matière jetés sur une triviale toile de lin ?
C'est peut-être cela que nous ressentons confusément dans notre relation à l’œuvre. Elle parle de l'artiste, de celui qui la regarde ou l'écoute, et d'un « plus » indéfinissable qui établit la relation entre les deux et la relation à un Indicible, ce qu’on pourrait appeler le « Mystère » faute de mieux…D'où le choc esthétique que l'on peut ressentir devant certaines œuvres, inexplicable mais palpable, choc qui semble la manifestation de ce point de rencontre si rare entre le créateur, l’observateur et un questionnement universel…....
J’ai donc décidé de ne plus ressasser… de désasser, si l'on peut dire. Le ressassement, pire le ressentiment, semble le premier pas vers le précipice Une seule arme contre lui: l’action. Même avec un zest de compromission vis-à-vis de l’Illusion… C’est le prix à payer pour éviter la chute dans la paralysie mélancolique de l’auto-analyse perpétuelle… Le tout agrémenté d’une bonne dose d’auto-dérision… et de Ricoré. Un fragile équilibre: il faut y croire sans vraiment y croire. Diable !, dirait Faust, avec raison… L’Illusion est bien une diablesse avec laquelle il nous faut pactiser sous peine de de mourir d’inertie.....
Alors, tout en restant vigilants, laissons encore quelques alouettes aux miroirs, peuplons le monde de moulins à vents, préservons nos châteaux en Espagne… Tel Sisyphe, grimpons et regrimpons sans fin…....
Il semblerait que ce soit notre punition et notre salut….
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Monday 09/11/2009
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Je m’étais absenté quelque temps: problèmes de santé et de motivation… Mais comme j’ai retrouvé la forme, voici un petit texte revigorant et particulièrement chargé de peps comme au bon vieux temps… Il faut que je vous signale aussi qu’il m’a été inspiré par certains articles du blog de John Stalker III. ....
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Quand on arrive à un âge certain (l’adjectif est passé derrière le nom depuis peu…) et qu’on a terminé sa vie de labeur d’honnête travailleur, on se retrouve soudainement comme au bord d’un précipice. Je parle du travail « officiel », mon travail de peintre se poursuit ou plutôt va se poursuivre. Il est aujourd’hui au point mort (excusez-moi pour la tonalité négative du mot mort, rien n’y fait, ça vient et revient toujours sous la plume/clavier… Pourtant, j’ai la forme, sacrebleu !...).....
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Un précipice donc… Oups ! Certains vont grommeler « Voilà qu’il refait dans le négatif... » Mais dans tout négatif, n’y-t-il pas de l’argentique (un peu facile mais je n’ai pas pu résister) ? Il suffit d’aller le chercher… Oui et non donc…....
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Non parce qu’un précipice n’est pas le « bout du monde ». D’un précipice, on peut s’écarter, lever les yeux au Ciel pour appeler à l’aide (même si Dieu n’y est pas) ou tout simplement se les bander et camper en son rebord en toute tranquillité. Ce qui ne se voit pas n’existe pas , non ?.......
Il suffit alors de faire comme si tout danger était écarté et s’occuper... Le mot est lâché: s’occuper. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, trouver d’autres formules pour brûler la vie, ce qu’il en reste… L’édifice bancal que nous avons construit dès l’enfance vient de s’écrouler. Tous nos petits artifices, toutes nos motivations plus ou moins sincères qui faisaient que la vie, bon an mal an, vaille que vaille, déroulait sa pelote, ont volé en éclats… Il reste un peu de fil mais comment, au fil de cette vie qui s’annonce encore, trouver un sens ? .......
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Un sens ! Je n’aurais pas dû employer un « gros mot »… Soyons plus modeste, trouver une raison d’être personnelle, une raison à ce qu’on fait, ce n’est déjà pas si mal. A défaut de trouver Le Sens de la Vie. Ou tout simplement vivre pour le simple plaisir de vivre… Le rêve impossible, pour moi en tous cas !... ....
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Certains y parviennent… Comme je les envie ! Savourer les plaisirs de l’instant, voir dans le Ricoré du matin « tous les matins du monde », s’enivrer à l’avance d’une revigorante promenade sous la pluie battante, lire avec délectation la rubrique nécrologique du journal tant attendu, s’escrimer sur une grille où l’on croise les mots à l’infini, s’endormir serein devant un écran de télévision, témoin constant de la mort programmée du monde, s’émoustiller à la pensée du lendemain qui va forcément chanter… Précipice ou pas, beaucoup l’ignorent, armés des petites recettes de la vie. On le voit sans le voir, absents de tout vertige. Vertige inconnu de certains, vertige de la vie, vertige existentiel… Les Bienheureux… Il y a aussi les vertiges de l’amour mais c'est un peu éculé.....
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Cependant, pour d’autres, la ligne de faille est assidûment présente, béante… Avec aucune recette coutumière pour la combler. On sent confusément que la Vie devrait être autre chose, qu’on évolue sur la superficialité d’un monde dont le spectacle nous déçoit, qu’on s’est fourvoyé, qu’on a perdu l’essentiel. Bref, qu’il y a un malaise… Armés de la conscience, nous avons projeté et mis en place un monde qui nous étouffe. Il ne nous reste pour l’affronter que l’arme suprême qui nous fait tout endurer, l’Illusion…....
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La valise de secours, la trousse de survie, l’Illusion sans laquelle l’enfer serait ici-bas…Mais nous ne sommes pas des Dante en puissance, capable d’une divine comédie ici et maintenant. Lorsque Persée affronte la Gorgone, il lui renvoie son propre reflet, l’obligeant ainsi à se voir nue, à contempler sa propre conscience, sans illusion… Dépossédée du voile de l’Illusion, elle ne peut supporter sa propre image et meurt… Sommes-nous tous des Gorgones, médusés par notre propre apparence au point de ne pas oser soulever le voile et considérer le réel pour ce qu’il est ?.......
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Pas tous…. Certains, malheureusement, sont dépossédés de toute faculté à s’illusionner… L’arme de l’Illusion leur fait défaut, ils se voient et voient le monde sans fioritures.
Arme à double tranchant, périlleuse, difficile à manier et qui peut faire autant de tort à celui ou celle qui la possède.
Elle nous cache la vanité du monde et nous permet, d’une certaine façon, d’y survivre (sans Illusion, pas de projet, pas d’anticipation, pas de réalisation) tout en nous donnant les capacités de s’y noyer. Avec l’Illusion surviennent les divagations (et pas seulement celle de trouver bon le Ricoré), les errements idéologiques, les tromperies sur soi-même, les projets les plus fous. Avec aux deux extrêmes de la chaîne, la même exaltation imaginative, imagination pervertie, qu’elle soit idéaliste ou matérialiste (le 20ème siècle en fut friand)…. Et la capacité de vivre en toute bonne conscience, une conscience rêveuse, endormie… Le sommeil de la conscience, celle du « juste ».... Et le nec plus ultra: l’illusion de croire en l’Illusion… Jeu de miroirs, jeu de dupes, puisque illusion vient du latin illudere signifiant jeu, jeu des apparences trompeuses, des faux semblants… pris pour argent comptant.....
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Au bout du compte, deux façons extrêmes de faire avec le monde. Le rêver, en toute bonne conscience, forts de nos certitudes ou s’en détacher, s’en abstraire, en écartant le désir sur lequel se fonde toute Illusion. Se tromper ou se mutiler… Entre, les deux l’effarement et la chute. ....
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Pas forcément. ....
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Entre les deux, toute la palette des formes de résistances. Composer avec sans se compromettre… Affirmer une lucidité rude mais tranquille face au miroir aux alouettes. Auto-dérision contre auto-illusion. Recherche de soi, en soi, afin de faire corps avec les fondements naturels à retrouver… Avec des outils .......
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Mais je vais vous quitter pour ma promenade quotidienne (c’est pas vrai !...) et reviendrai plus tard pour me donner l’Illusion de dire des choses intéressantes sur l’Illusion et les béquilles de la Vie, l’Art en particulier, la plus sublime...
A+ Daniel
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Wednesday 04/11/2009
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Claude Lévy-Strauss est mort...
Il a bien vécu et longtemps. On ne va pas le plaindre… ....
Pourtant, il me laisse un peu plus seul, effaré au sens propre du terme, admiratif devant l’ampleur de sa tâche et l’acuité de sa pensée…
La Pensée,… il en était devenu l’incarnation, lui qui sut aussi se faire homme d’action au cœur de l’Amazonie. ....
Tristes Tropiques… Et aujourd’hui triste planète…
Ce qu’on lui doit, à mon sens, est cette capacité à traquer l’universel au-delà des apparences de la diversité. Et, pourtant, savoir accepter cette diversité comme essentielle, consubstantielle à l’Homme… ....
Quelle leçon !...
Que devraient méditer tous les nationalistes qui ne savent exister qu’en excluant l’autre, tous les tenants d’un progrès uniforme et mondialisé, tous les amoureux étriqués de leurs petits clochers, tous les partisans d’une supériorité raciale…....
Lévy-Strauss tenta de faire le grand écart et de réconcilier les deux extrêmes: communautarisme replié sur lui-même et mondialisme conquérant. Accepter la diversité sans en faire une arme de combat contre l’autre.
L’accepter en tant que telle, sans plus… ....
Mais je crois qu’à l’aube de son centenaire, il n’était pas dupe. Son regard sur le monde, jugé à l’aune de tout ce qu’il avait pu observer et déduire, était lucide et sans concessions. Il est parti, vaincu. Le monde lui a donné tort, un monde qu’il ne reconnaissait plus comme sien. ....
Claude Lévy-Strauss est mort. Je ne le pleure pas. Il a bien vécu et longtemps... Mais avec lui, c’est une parcelle d’illusion et d’espoir qui s’effrite encore, une de plus, une parcelle de soi, de chaque être humain…....
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Je n'étais pas venu ici depuis longtemps. J’ai fait un effort pour cet évènement. Je retourne à d’autres efforts afin de retrouver une autre parcelle de soi, l’étincelle de la création et de la motivation.....
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A+....
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Thursday 27/08/2009
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Il a l’impression fâcheuse depuis quelques mois d’être … un arbre, isolé, rigidifié, un survivant mort-vivant figé au milieu du sentier de la Vie. Bizarre, non ? …....
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Tout s’agite, tout passe autour… Allées et venues continuelles, fébriles, de plus en plus irréelles, distanciées mais bien vivantes alors qu’il s’enracine de plus en plus profondément dans un milieu indifférent.....
Il n’est pas bien portant, un peu comme rongé de l’intérieur. Un parasite certainement, insidieux, vorace, invasif… Il est pourtant là, toujours, apparemment bien portant, tendu vers le soleil, mais la douloureuse vermine l’envahit peu à peu, sûrement, inexorablement.....
Il fait encore partie des vivants, bien sûr, mais son immobilisme, sa fixité, morbide puisque délaissée par la sève vivifiante, oblige à le contourner, à faire un détour, à faire avec lui tant bien que mal… La vie suit son cours mais il semble y faire obstacle. Un flux vivifiant qui l’indiffère à force de s’y sentir étranger, observateur pitoyable du Mouvement.......
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Ses branches se tordent, dérisoires convulsions, ses feuillent ternissent, même le vent semble l’ignorer… De plus en plus ancré dans un sol où l’énergie s’épuise, se dilue malgré de vains efforts pour y puiser la force indispensable. ....
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Rêve-t-il d’une hache libératrice ? Qui mette un terme ou mieux, qui permette de renaître sur une nouvelle base régénérée, un tronc nouveau libéré de l’inertie, une nouvelle colonne vertébrale, souple et solide à la fois… Un rêve arboricole bien peu réaliste comme tous les rêves. Mais un refuge… Ou pire, la nostalgie des verts paradis de jadis qui l’enferme davantage dans sa solitude non partagée, indicible, privée, intime… Tendre pousse d’alors, énergique, chlorophylisée à frôler l’overdose, en perpétuelle croissance, conquérante, insouciante d’un avenir pourtant fatal.......
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Car, au plus profond de lui-même, au sein des cernes accumulées par l’existence, la source reste vive mais comme inhibée, contrainte par une écorce de plus en plus rigide, inhospitalière… Ce qui l’attriste et le révolte: ne sent-on pas parfois un frémissement dans un feuillage devenu rare ? Un ultime bourgeon percer la paroi pétrifiée ?... Une dernière lutte entre la sève et le tronc, l’esprit et le corps ? Est-ce possible pour un arbre ? Si cela est, mesurons alors la dimension de son combat, l’ampleur de sa souffrance puis celle de sa défaite inéluctable, la résignation... ....
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Il a l’impression fâcheuse depuis quelques mois d’être … un arbre, isolé, rigidifié, un survivant mort-vivant figé au milieu du sentier de la Vie. Bizarre, non ? …
Il a tout simplement mal au dos… :)
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Tuesday 02/06/2009
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Ces temps derniers, le hasard ( ?) a fait que j’ai rencontré, au travers de documentaires télévisés, de lectures diverses, un faisceau convergent de données concernant le corps et ce qu’on peut bien en faire… En vrac… Corps brisés, torturés de Gantanamo. Corps entassés dans nos prisons républicaines. Corps cachés sous la burkha. Corps souillé d’un enfant de Thaïlande. Corps instrumentalisés des mères porteuses d’Inde ou d’ailleurs. Corps exposés des cadavres devenus œuvres d’art Corps réparés, à peu de frais, des touristes médicaux dans des cliniques de luxe. Corps rémunérés des prostituées. Corps encartonné sur un trottoir d’une nuit hivernale. Corps découpés, dépecés, dés-organisés et vendus à la carte. Corps étalés, huilés, engraissés des nantis au soleil d’un club Med tunisien. Corps décharné, pétrifié d’un enfant du Darfour. Corps fluets des enfants des mines et plantations. Corps sacré des idoles vivantes et des dieux morts. Corps explosés mêlant victimes et terroristes dans un hideux magma. Corps massacrés des animaux d’un safari réjouissant. Corps stressés, compressés, survitaminés, sur-hormonés des animaux de batterie. Corps repus et affamés, obèses et squelettiques, exploiteurs et exploités, mercenaires et esclaves, adulés et méprisés, désirés et rejetés, corps qui valent des millions, corps inutiles et absents… Une belle palette, très variée, qui pose le problème du corps, de ses droits, le problème aussi du rapport de ce corps à ce qu’on appelle la personne… Sommes-nous maître de notre corps, propriétaire à part entière, décideur exclusif de ce qu’il en advient ?... Existe-il des limites à ce droit inaliénable de propriété ? Si je puis disposer comme je l’entends de mon corps, suis-je autorisé à user d’un autre corps, sous quelque forme que ce soit, si celui-ci est consentant ? Le corps, irréductible à un simple agglomérat de tissus et de cellules, étant bien plus que cela pour s’élever, esprit oblige, au niveau de la personne, rencontre inévitablement, sur les chemins les plus étonnants qu’il puisse emprunter, cet empêcheur de tourner en rond qu’on appelle l’Ethique… Voilà un petit patchwork de quelques ressentis éprouvés à mon corps bien défendant… :) J’y reviendrai plus tard quand j’aurai un peu assimilé le brouet indigeste. A bientôt. Corporellement vôtre… Daniel
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Tuesday 05/05/2009
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Un petit ajout humoristique au "dialogue avec Dieu" que j'ai reçu aujourd'hui par mail...
"Suite à une crise cardiaque, un homme subit une chirurgie à coeur ouvert. Il se réveille après l'opération et se trouve soigné par des soeurs dans un hôpital catholique. Comme il retrouve ses esprits, une soeur lui demande comment il compte payer ses soins...
- avez-vous une assurance maladie ?
Il répond d'une voix faible: -pas d'assurance maladie.
- Avez-vous de l'argent à la banque ? - Pas d'argent à la banque.
Elle poursuit :
- Avez-vous un membre de votre famille qui peut vous aider ? - Je n'ai qu'une soeur, vieille-fille qui est religieuse dans un couvent.
La soeur se fâche et lui dit : - Les religieuses ne sont pas vieilles-filles, elles sont mariées à Dieu...
Et le patient rétorque alors : -Envoyez donc la facture à mon beau-frère !"
Comme quoi la polygamie comporte des responsabilités certaines qu'il faut bien assumer un jour...
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Monday 04/05/2009
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Me revoilà, Dieu ! Bien dormi ? Moi aussi, comme un ange… Mais revenons à nos moutons à défaut d’agneau divin.
Le péché originel, fallait quand même y penser… Tu nous as mis dans la tête un temps béni, celui du paradis terrestre, où tout était pour le mieux, avec un couple parfait qui ne connaissait ni souffrance, ni mauvais sentiments, ni travail, etc... Le tout vivant dans une nature idyllique. Tu prétends que tu étais bien, au départ, ce dieu de bonté créateur d'un monde parfait. Mais il a fallu que ces 2 créatures insatisfaites de leur paradis trop tranquille peut-être, dont l’une avait la côte de la première (sacré farceur !), se soient mis en tête (surtout la femme d'ailleurs, ce qui lui valut des millénaires de rancune...) de vouloir comprendre, de ne pas se satisfaire de quelque chose qui leur tombait tout cuit dans le bec, si je puis dire, et de goûter au "fruit" de la connaissance , de l'arbre du Bien et du Mal... Et c'est donc par leur faute, pas la tienne bien sûr, que l'Humanité n'eut plus par la suite que des pépins... L'homme a bien mérité son sort, dis-tu, il voulait savoir, et bien il saura, il connaîtra la douleur, la misère, la faim, la nécessité de travailler pour survivre, etc... La femme accouchera dorénavant dans la douleur... La nature deviendra sauvage et impitoyable. Bien fait !... Et par la suite, pour couronner le tout, tu préféras Abel à Caïn. Pas étonnant, Abel, docile, t’offrit un agneau ; Caïn, le rebelle, osa transformer ce que tu avais créé en t’apportant le produit de sa récolte… Quel péché d’orgueil ! … Tu en as fait le premier meurtrier et le premier agriculteur qui osa intervenir sur la Nature. Il s’en mordra les doigts et sa descendance avec… Tout le monde doit porter sa croix, n’est-ce pas ?... Mais cela ne suffisait pas encore à te dédouaner aux yeux des hommes. Il t’a fallu inventer ton contraire, rejeter la cause de toutes nos petites misères sur une autre entité chargée de "titiller" l'homme et son libre-arbitre. Une figure concrète, emblématique chargée d’ « incarner » ce mal, la figure du diable, de Satan, l'ange déchu (encore un désobéissant). Par contraste, tu n’apparais que d’autant plus blanc, plus blanc que blanc… D’un autre point de vue, je me demande si ce n’est pas plus mal : le libre-arbitre, tu ne nous l’as pas donné, on te l’a volé… J’imagine mal de vivre dans un état de bonheur paradisiaque permanent. On est libre finalement, libre avec nos joies et nos peines. Normal, toute liberté a un prix, celui de la responsabilité de ses actes… Responsables, d’accord, mais pas coupables… Tu as mis à notre disposition tout un arsenal destiné à écarter le mal. Merci Dieu… Mais ça fait un peu trop valise de magiciens dont on se passerait fort bien : la confession, l’expiation, la pénitence et même l’exorcisme… Quant à la prière, elle a quelquefois des allures de marchandage, voire même de chantage. N’as-tu pas quelquefois la fâcheuse impression qu’on te fasse chanter (comme un dieu). Hum ! Pardon, c’est de l’humour, un truc bien humain que tu ne connais pas sauf sous sa forme la plus noire… Tu vois ce que je veux dire : si je fais ça pour toi, tu exhauces et tu accordes… Donnant/donnant. Gagnant/gagnant comme on dit aujourd’hui… Et je passe sur les indulgences, par indulgence, ces misérables tractations mercantiles afin d’écourter son temps au Purgatoire. Comment as-tu pu tolérer cela ? Mais bon, c’est de bonne guerre, de religion… Par contre, il y a quelque chose qui me tracasse depuis longtemps. Pourquoi d’être arrêté en si bon chemin ? On ne peut pas dire que tu pèches pourtant par modestie. Maître de l’Univers, créateur de toutes choses en ce monde, tu t’en es tenu à ce misérable petit bout de caillou qu’on appelle Terre pour y poser ton jouet de prédilection, l’espèce humaine… N’es-tu pas seul dans l’univers ? C’est une question qu’on se pose pour nous-mêmes mais pourquoi pas pour les dieux ? Aurais-tu des concurrents ? Serais-tu limité à un territoire ? Au-delà, propriété privée, on ne passe pas… Si c’est le cas, faut bien reconnaître que c’est toi le meilleur, les autres ont plutôt raté leur coup car aussi loin que porte le regard de nos lunettes astronomiques, on ne voit pas âmes qui vivent… Si ce n’est pas le cas, je te repose la question, Dieu : pourquoi t’être arrêté en si bon chemin ? Et pourquoi sur ce pitoyable morceau de pierre où tu bâtis ton Eglise, avoir choisi la minuscule Palestine pour y incarner ton « fils » ? Quelle drôle d’idée !... Et pourquoi le « sacrifier » pour le salut de cette fourmilière humaine égarée dans l’immensité cosmique ? Tu l’a récupéré, d’accord, mais il a quand même passé un mauvais quart d’heure… Ce n’est pas dieu possible de faire cela. Qui plus est, tu as mis dans la tête de ces hommes parmi les hommes, au demeurant très sympathiques, l’idée assez saugrenue d’être le peuple élu… Ce qui leur causera plus de tracas que de satisfactions par la suite. Je sais bien que les voies de Dieu sont impénétrables, mais là tu te surpasses… Au bout du compte, que de méprises, que de cruauté, que de violence, que de haine en ce monde que tu as créé, un peu trop vite peut-être… C’est l’affaire des hommes, dis-tu… Peut-être mais cela dépasse l’entendement quand toute cette violence est commise en ton nom. Comment peux-tu admettre cela de tes serviteurs les plus zélés ? Tous prétendent avoir Dieu de leur côté… Il arriva même qu’on tailla dans la masse en prétextant que tu reconnaîtrais les tiens !... Mais je crois qu’il est temps de nous quitter. Je ne voudrais pas abuser de ton hospitalité et je sens que tu commences à bouillir d’impatience. C’est vrai que tu n’as pas à te justifier. C’et le privilège d’un Dieu. Juste une dernière question : pourquoi essayer de persuader certains d’entre nous que notre monde ne date que de quelques milliers d’années et nous avoir fait don de la Raison ? Veux-tu faire de nous des schizos ? Mais nous te pardonnons tes offenses comme tu pardonnes aussi à ceux qui t’ont offensé, dit-on…. Car paraît-il qu’il vaut mieux quand même croire en Toi. Alors fais un miracle, Dieu, avant qu’on se sépare, fais en sorte de t’effacer une fois pour toutes de nos mémoires. Laisse nous ne pas reposer en paix… Prends exemple sur les Anciens. Ce brave Osiris, après avoir recollé les morceaux, s’en est allé se dissoudre dans le néant de l’oubli. Zeus, un autre alter ego, malgré son caractère de cochon, a battu piteusement en retraite… Pourquoi ne pas t’éclipser en douceur et laisser la place à l’Indicible, au Mystère ? Et si, par malheur, « quelque chose » te succédait, si finalement il s’avérait qu’un « Principe » organisait le monde, allez ! prions pour qu’il nous apparaisse pur, éthéré, nu de tout oripeaux dogmatiques et sacerdotaux, prions pour qu’il se présente à nous en tant que tel, universel et vide de toute projection ethnocentrique et culturelle… Un principe de cohésion qui ne demande rien, n’exige rien, ne promet rien. N’ayant pour but que sa seule raison d’être… Question de principe, quoi !... En attendant, salut Dieu ! Merci pour la causette même si tu ne fus pas très bavard. Dieu m’est témoin que j’ai fait des efforts de franchise, à mes risques et périls… Inutile de me reconduire, je connais le chemin… Je ne te dis pas adieu, il est fort probable qu’on se revoit, à mon corps et âme défendants… A moins que ta légendaire facilité à pardonner soit usurpée et que je me retrouve … en enfer. Damned ! J’en prends le risque. C’est le prix de ma liberté ici-bas… PS : « Ni dieu ni maître » disaient Auguste et Léo… Je ne sais pas s’ils sont chez toi, ceux-là. Il ne me semble pas les avoir croisés…
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Sunday 03/05/2009
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Salut Dieu !
Une fois n’est pas coutume, je me suis invité à ton autel pour tailler une bavette… Je ne te connais ni d’Eve ni d’Adam, enfin un peu quand même, mais d’autres avant moi l’ont déjà fait. Comme j’ai aperçu de la lumière divine filtrer sous les portes de Saint Pierre, je me suis permis cette intrusion dans ton « Home, sweet and heavenly Home » un peu avant l’heure… Mais pas d’inquiétude, je ne fais que passer. Bien que je me sente chez toi comme sur un nuage, inutile de chercher à me retenir, on connaît tous ton fameux sens de l’hospitalité et avec quelle grande bonté tu nous rappelles à toi pour notre plus grand bien…On discute un moment entre vieux amis, puisque tu me connais bien comme tous mes comparses humains, et je me tire… Permets-moi d’exprimer d’abord ma surprise. Je croyais avoir été fait à ton image. Sacré farceur ! Je n’y vois que du feu (feu purificateur, pas celui de l’enfer bien sûr) ou plutôt tu te présentes à moi en «homme » invisible… Toujours aussi cachottier… Mais passons .. D’ailleurs, comme tout le monde le sait, tu dois être un peu « débordé ». On peut faire merveille en 7 jours mais après il faut bien gérer… ad vitam eternam le grand bazar de la Vie. Je suppose que tu ne savais pas où tu mettais les pieds quand l’idée t’est passé par la tête mais maintenant il faut bien assumer… Tu as beau dégraisser régulièrement, licencier à tour de bras, les humains, ça repousse comme du chiendent. Je ne sais pas si tu as bien réalisé, dans ta grande omniscience, que ça ne va pas pouvoir continuer indéfiniment. On a beau se serrer les coudes, Dieu, on commence à se sentir à l’étroit. Il te faudra bien délocaliser un jour… Dieu sait où tout cela va nous mener... On essaie bien par nos propres moyens mais, pour l’instant, tout ce que nous sommes parvenus à faire, c’est « un grand pas pour l’humanité »…. Je sais, ça te fait marrer. Il est vrai que tu ne nous as jamais promis la lune, c’est plutôt l’inverse… Pourquoi nous avoir fait ainsi, à toujours vouloir la demander ?. .. Puisqu’on parle de lune, je vais en aborder une vieille. Pourquoi avoir commis l’irréparable ? As-tu un plan, un projet ? Dans ce cas, j’avoue ne pas bien en percevoir la finalité et la pertinence. Et comme tu n’es pas très bavard, je dirais même, pardon pour mon audace, comme tu as tout d’un mufle invétéré puisque que tu ne réponds jamais quand on te cause, on a le temps d’attendre… J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre l’intérêt pour toi de créer un terrain de jeu si minuscule au sein de cette immensité infinie que tu prétends aussi contrôler, le peupler ensuite de milliers de « vies » qui s’agitent en tous sens à seule fin de ne pas sortir trop vite de la partie, leur faire les pires tracas, les malmener comme des vauriens, les faire souffrir et espérer en vain, et tout cela, Dieu, sous couvert de ton incommensurable bonté… Bonté divine justement ! J’ai trouvé… Ne serais-tu pas un peu sadique sur les bords ? Allez, on est bons joueurs, on ne t’en voudra pas… Tu n’as quand même pas inventé la souffrance, la torture, la perversité, la haine, bref le Mal et au bout du compte la Mort, simplement pour nous éprouver et juger qui d’entre nous seraient les meilleurs… au jeu de la pénitence et de l’auto-flagellation ?... Quand on crée quelque chose, c’est aussi pour en retirer du plaisir, je suis bien placé pour le savoir… Allez ! Pour une fois, dis quelque chose… Tu as de moins en moins à perdre, tes résidences secondaires sur Terre se vident de plus en plus et, pauvre Benoît !, tu multiplies les erreurs de casting… Avoue le maintenant, faute avouée est à moitié pardonnée… Et la confession apporte le réconfort, le sais-tu ? Pour t’introduire ainsi dans nos têtes, dans nos corps, y malaxer nos organes, nos neurones, nos émotions, nos sentiments, pour « jouer » avec nos nerfs en permanence comme tu le fais, pour distiller sans cesse le chaud et le froid, le plaisir et la souffrance, tu dois bien avoir quelques onces de perversité… Tu sais que tu es le roi de la douche écossaise… D’ailleurs nos tourmenteurs professionnels connaissent bien la technique. Efficace… Je vois que tu vas monter sur tes grands chevaux. Y Ajouterais-tu le péché d’orgueil … et la mauvaise Foi. Le comble pour toi, Dieu !... Je t’aurais donné pourtant le bon dieu sans confession. Ne sois pas surpris que tous les jours que tu fais, on se pose de plus en plus de questions, nous les hommes… Mais le nec plus ultra, c’est quand même l’usurpation d’identité… Pourquoi aller se cacher derrière des pseudos (je sais, c’est à la mode) mais ça ne date pas d’hier : Dieu, Allah, Yahvé, pour les plus connus. Avoue que c’est un peu tordu, on ne sait plus à quel saints se vouer et ton petit jeu du « je » masqué nous cause bien des embarras, le mot est faible… Et pour nous compliquer la vie, quand tu délaisses la djellaba pour la bure du moine, tu t’es mis dans la tête de te présenter à nous en « 3 en 1 »… La formule a du succès, certes, et tu n’es pas le seul à nous la vanter à des fins mercantiles mais on attendait de toi un peu plus de simplicité… Je sais ce que tu vas me dire pour ta défense mais avoue, sur ce point, que la plaidoirie est un peu usée : tu ne serais en rien coupable, toi l’instigateur de tout ce fatras, ce serait moi, nous, les hommes, car, tu nous as laissé un cadeau de choix, un don divin pour lequel on ne te sera jamais assez reconnaissant, tu nous as donné, merci mon dieu, le libre-arbitre… Là, faut bien l’admettre, tu as fait très fort. Tu as su habilement réconcilier l’inconciliable : ton immense miséricorde devenue légendaire et l’existence du mal dans un monde que tu nous as concocté… Toi si parfait, reconnais que tu t’es un peu planté en créant une créature aussi .. imparfaite. Finalement, tout cela serait de notre faute. Pas la tienne, Dieu… C’est toi qui es l’auteur du projet qu’on appelle divin et ensuite tu t’en laves les mains (je sais, ça déjà été fait…), tu te dégages de toute responsabilité. A nous la responsabilité et ce qui va avec : la culpabilité. C’est quand même un peu fort de café, Dieu… L’arôme qui s’en dégage est un peu … entêtante. A nous donner la migraine et une bonne crise de Foi. Tu ne dis rien, Dieu, comme d’hab’. Ce n’est plus un dialogue, ça devient un monologue… Je te laisse reprendre tes esprits saints et on se revoit demain pour la suite. On pourra causer du péché originel. Qu’en dis-tu ? Rien… évidemment. Je vais dire bonjour à mon pote Jean dont je t’ai parlé récemment et à Jimmy des « Doors »… A ne pas confondre avec celles de Saint Pierre. A moins qu’il n’habite plus bas, beaucoup plus bas… I know « the gates of Eden » (un autre pote, Bobby, qui m’en a touché un mot) but can you tell me where are the Doors of Hell? No ? … J’ai essayé l’anglais mais apparemment sans résultat. Pourtant depuis Babel, tu dois en un connaître un bout... A+
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Saturday 25/04/2009
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Tout d’abord rendons à César (non pas Jules mais Ju2), ce qui est à César… Ce qui va suivre est une divagation réflexive issue de 2 textes postés par Ju2. L’un fait référence au livre "Vivre et penser comme des porcs" de Gilles Châtelet.
http://anti-mediocratie.blogspot.com/2009/04/vivre-et-penser-comme-des-porcs.html Quant au 2ème le voici : «J'ai rencontré, lorsque j'étais jeune, une divinité dangereuse et je ne voudrais raconter à personne ce qui envahit alors mon âme -- pas plus les bonnes que les mauvaises choses. C'est ainsi que j'appris à me taire à temps et aussi que l'on doit apprendre à parler pour bien se taire: qu'un homme qui a des arrière-plans a besoin de premier plans, que se soit pour lui-même ou pour les autres. Car les premiers plans sont nécessaires pour se reposer de soi-même et pour rendre possible aux autres de vivre avec nous.» Friedrich Nietzsche 1885
Ces deux textes renvoient finalement à des problématiques assez proches. J’espère que Ju2 ne m’en voudra pas de m’en servir comme tremplin. A condition de réussir le plongeon… Qu’il me pardonne si je bois la tasse ou si j’altère quelque peu ses propos… C’est justement leur pertinence et leur intérêt qui me conduisent à ce qui va suivre… Je tiens aussi à remercier un professeur de philosophie, Simone Manon, pour sa sélection de textes d’auteurs dans laquelle j’ai puisé et ses commentaires éclairants… Ju2 met l’accent sur une caractéristique de notre société : la manipulation et l’acceptation consciente ou non d’un consensus mou typique d’une société consumériste. La masse au sein de laquelle l’individu devrait s’épanouir ne fait que diluer les volontés et instiller ce qu’on a appelé la « pensée unique ». Le porc serait aussi un mouton … de Panurge. Nous avons su, peu ou prou, au fil des siècles, faire sauter les verrous de la censure, de l'Eglise, libérer la pensée, libérer les corps, libérer nos émotions. Mais il reste la censure la plus prégnante, celle dont on ne débarrasse pas si facilement, l'auto-censure et le conditionnement… orchestrés par un monde gouverné par la raison purement économique, au nom de la seule rentabilité, un monde qui tourne peu à peu au rythme des « roues de la fortune », des rêves dorés, … et des frustrations profondes si le réveil est brutal. Aussi semble-t-il plus aisé de continuer à sommeiller dans les douces habitudes que nos Parques modernes tissent au jour le jour, de s’abandonner aux petites ficelles de la vie que d’autres tirent pour nous…. D’autant plus facile quand on se laisse bercer par un ballet télévisuel savamment orchestré. Pour atteindre une béatitude (non, c’est pas du Ségolène…) collective, annihilisatrice de toute pensée lucide… Du grand déballage de la télé-réalité (un accessit particulier pour Delarue) au journal aseptisé de TF1 en particulier, des jeux d’argent facile qui font rêver dans les canapés aux émissions de variété formatées où les politiques viennent aussi faire le show, le téléspectateur a sa drogue homéopathique habilement distillée. Au fait, les stupéfiants ne sont-ils pas prohibés ? Mais je décerne un pompon d’or, cela n’engage que moi bien sûr, au « Plus grand cabaret du monde » qui allie racolage et populisme de bas étage sous couvert de bonnes intentions. Tout y est formidable et tout le monde s’aime… Ajoutons, pour clore le chapitre qui nécessiterait un livre, le quasi monopole d’une TV où l’on voit toujours la même coterie, écrivains, chanteurs, acteurs qui viennent se promouvoir et se congratuler alors que le pays regorge de talents qui n’y auront jamais accès… Au fait, le squat n’est-il pas prohibé ? Merci quand même au Web qui permet à tous ceux-là de trouver une voie d’expression en dehors de la « petite lucarne » officielle… Le texte de Nietzsche est toujours d’actualité : on a l’impression que la "Civilisation des (bonnes ?) moeurs" nous a poli, au fil des générations, pour nous permettre de nous rendre supportables aux autres et nous a forgé ce premier plan de la conscience sur lequel nous pouvons reposer nos certitudes et nos illusions... Mais qu’en est-il lorsque les premiers plans s’uniformisent, selon les convenances, selon les pressions diverses et sournoises du seul modèle de civilisation qui nous est proposé (imposé ?) ? Ainsi, nous les présentons aux autres sous la forme de l’apparence et bien peu creusent suffisamment pour percer les façades et entrevoir ce que chacun peut être véritablement… en arrière, au fond, essentiellement… Il arrive que les arrières-plans s’affichent cependant : si nous les avons trop enfouis, occultés, ils peuvent s’ouvrir à soi-même par l'auto-analyse, l’introspection, la réflexion lucide sur soi. Ils peuvent aussi se révéler aux autres par la libération de la parole ou ... la sublimation dans l'Art par exemple. Au risque de déranger… puisque cette émergence remet en question le consensus. ***
Interlude: la contestation dans le domaine religieux fut particulièrement « brûlante »Ici, Giordano Bruno, ce chercheur d’étoiles impénitent… Il fut torturé et brûlé en 1600 pour refus de se rétracter et de faire pénitence justement… 
*** Je me suis donc posé, à partir de ces prémisses, une question qui me trotte dans la tête depuis des lustres : elle est relative à ce jeu permanent entre la nécessité d’être lucide et conscient et la quête de la satisfaction (pour ne pas dire le bonheur… n’allons pas jusque là). Pour me simplifier la vie qui n’est pas toujours satisfaisante justement, je me permets de citer un passage que j’ai déjà écrit ailleurs : « J'envie quelquefois, quand je vais acheter un journal, ce joueur qui sait profiter du plaisir simple de l'instant, qui peut s'abîmer dans la douce inconscience teintée d'espoir que procure l'achat de ces petits billets à gratter du bonheur éphémère. Mais encore faut-il pouvoir y croire... C'est comme la Foi, quand on ne l'a pas, rien n'y fait, on a beau le vouloir … J’envie bien souvent aussi la douce inconscience (ou la grande sagesse, allez savoir !) de mes 2 chattes que la chaleur d’un radiateur, une ou deux caresses, un sachet de Whiskas bien sûr (nous, on a toujours le Whisky) suffisent à envoyer au Nirvana des chats pour quelques heures… » Ainsi se pose le choix entre l’exigence vis-à-vis de soi et du monde qui nous pousse à lutter sans répit contre le consensus (au risque de se sentir plus malheureux, déprimé car trop clairvoyant, sans concessions) et la douce hébétude liée au phénomène de masse qui nous fait glisser doucement vers la médiocrité… Le mot « choix » n’est certainement pas celui qui convient. Il s’agit ici aussi de conditionnement, d’éducation, de milieu social… Le choix n’intervient que si, à l’issue d’une prise de conscience progressive (encore faut-il qu’elle soit humainement possible), je décide de réagir, d’aller au-delà du miroir des apparences, d’ôter de temps à autres les premiers plans même s’ils « sont nécessaires pour se reposer de soi-même et pour rendre possible aux autres de vivre avec nous », de casser le moule imposé pour devenir, allez ! on va faire dans l’Heroïc Fantasy, un paladin de la « vérité », un chevalier errant en quête d’un Graal qui n’aurait rien de mystique… Notre société techno-capitaliste a certainement emballé le phénomène, la crise actuelle a certainement mis en pleine lumière ce qui préexistait déjà, il n’en reste pas moins que l’Homme, depuis Socrate en passant par Montaigne, s’est toujours trouvé très mal à l’aise sur ce plan… Quelques pensées d’auteurs qui pourraient nous éclairer viendront étayer ces propos… et prouver que la question ne date pas d’hier !.... *** Interlude « amusant » : citons Daumier, emprisonné 6 mois pour avoir fait de Louis-Philippe une « poire », qui se rabat sur la caricature de la bonne société parisienne. On pourrait se croire au « théâtre ce soir »… 
***
Je crois, mais mes neurones vieillissants me font quelquefois défaut, que c’est Lacan et même Pascal qui affirmaient que la vie n’était que désirs en marche… Pascal en faisant une source de notre insatisfaction perpétuelle. Vivre, c’est être dans la quête du désir plus que dans sa satisfaction… Qu’il soit désir d’accéder à la satisfaction de plaisirs « inférieurs » ou « supérieurs » évoqués par nos penseurs ou autre, il est néanmoins le moteur de notre élan vital. Mais la recherche de la satisfaction immédiate, surtout dans le domaine du matériel ou des plaisirs futiles tant vanté par nos publicitaires, annihile artificiellement et temporairement le désir … Ce vide momentanément comblé laisse place aussitôt à un autre vide, un autre manque suscitant un nouveau désir avide de sa satisfaire dans l’immédiateté… Et ainsi de suite… Celui qui, tout en ne boudant pas cet aspect mais en le maîtrisant, choisit la voie de la difficile recherche d’une vérité pourfendeuse des faux-semblants refuse donc l’aveuglement du « divertissement » pascalien pour appréhender le monde sans fards… Comme tout homme, il est aussi de plein pied dans le désir mais l’objet de la quête progressive, toujours fuyant (qui peut prétendre avoir totalement traversé le miroir des illusions ? ) le maintient dans un désir permanent, émaillé de grandes satisfactions intellectuelles lorsqu’il pressent avoir avancé quelque peu sur ce chemin sans limites, désir permanent toujours tendu vers le même objet…
Même si le refus de se tromper, la volonté de mettre à bas le mur des illusions risque à tout moment de nous plonger dans la désillusion... On plonge alors dans ce que Kant nomme la misologie, la haine de la raison, le gouffre d’une hyper lucidité à la Cioran qui nous ferait même envier ceux qui ne s’en approchent jamais… Dans « Fondements de la métaphysique des mœurs », Kant remarque « que plus une raison cultivée s’occupe de poursuivre la jouissance de la vie et du bonheur, plus l’homme s’éloigne de vrai contentement. Voilà pourquoi chez beaucoup, et chez ceux-là mêmes qui ont fait de l’usage de la raison la plus grande expérience, il se produit, pourvu qu’ils soient assez sincères pour l’avouer, un certain degré de misologie, c’est-à-dire de haine de la raison. En effet, après avoir fait le compte de tous les avantages qu’ils retirent, (……), toujours est-il qu’ils trouvent qu’en réalité ils se sont imposé plus de peines qu’ils n’ont recueilli de bonheur ; aussi, à l’égard de cette catégorie plus commune d’hommes qui se laissent conduire de plus près par le simple instinct naturel et qui n’accordent à leur raison que peu d’influence sur leur conduite, éprouvent-ils finalement plus d’envie que de dédain ».
Inutile de faire du commentaire de texte. Je crois que la pensée de nos auteurs est claire et limpide sur la question, même s’il existe des approches un peu différentes, des nuances. Rousseau, dans son « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes », enfourche évidemment son dada et met l’accent, quant à lui, sur la bonté essentielle d’un homme perverti par la société. « Ce n’est pas sans peine que nous sommes parvenus à nous rendre si malheureux. Quand d’un côté l’on considère les immenses travaux des hommes, tant de sciences approfondies, tant d’arts inventés, tant de forces employées, des abîmes comblés, des montagnes rasées, des rochers brisés, des fleuves rendus navigables, des terres défrichées, des lacs creusés, des marais desséchés, des bâtiments énormes élevés sur la terre, la mer couverte de vaisseaux et de matelots, et que de l’autre on recherche avec un peu de méditation les vrais avantages qui ont résulté de tout cela pour le bonheur de l’espèce humaine, on ne peut qu’être frappé de l’étonnante disproportion qui règne entre ces choses, et déplorer l’aveuglement de l’homme qui, pour nourrir son fol orgueil et je ne sais quelle vaine admiration de lui-même, le fait courir avec ardeur après toutes les misères dont il est susceptible, et que la bienfaisante nature avait pris soin d’écarter de lui. Qu’on admire tant qu’on voudra la société humaine, il n’en sera pas moins vrai qu’elle porte nécessairement les hommes à s’entre-haïr à proportion que leurs intérêts se croisent, à se rendre mutuellement des services apparents et à se faire en effet tous les maux imaginables » Il privilégierait presque un état de douce ignorance naturelle à ce que l’homme civilisé doit endurer. Finalement, l’incapacité à imaginer au-delà du moment présent ou, quant à nous, la capacité à en dissoudre l’angoisse permanente dans l’abondance des divertissements et dérivatifs serait une sorte de vaccin contre l’angoisse. L’illusion comme bouclier contre la peur, plus efficace que le prozac… Illusion, le mot est lâché… Illusion d’un matérialisme porteur d’un « bonheur » où triomphe l'idée de réussite individuelle, de consommation effrénée... A l’opposé, illusion des idéalismes exacerbés qui procurent à leurs adeptes de réconfortantes "missions" spirituelles qu'ils ne seront jamais capables d'atteindre… Les illuminés de la Foi… Les 2 pôles extrêmes, paravents masquant le réel, autant néfastes, autant symptômes d’une fuite en avant perpétuelle. Prendre le contre-pied du consensus ambiant s’avère donc ardu et, pour reprendre une expression de Ju2, faire le choix de l’anti-médiocratie, remonter à contre-courant, opter pour une vue lucide des choses, se desciller les paupières en quelque sorte, semblerait donc induire une recrudescence de l’angoisse ou la montée d’un désenchantement, d’une déconvenue… Cavanna, pour citer un auteur moins classique et plus marrant (pas ici !), nous le crache « en pleine gueule pour reprendre son expression : « La conscience est là, je ne peux pas faire qu'elle n'y soit pas, je ne peux pas faire comme si elle n'y était pas, je ne peux pas redevenir singe, ou chien, ou limace, ou caillou... La conscience est là, c'est à dire l'angoisse, en pleine gueule." Elle est là, le choix est simple : la fuir et l’endormir dans l’action vaine ou l’affronter en face… au risque de finir pétrifiés comme ceux qui osèrent contempler leur propre moi éventuellement coupable dans le regard de Méduse… *** 
***
Mais il existe peut-être une alternative…
Oser regarder les choses en face, se mettre au service de la raison et de la connaissance est à différencier de la quête éperdue d’un bonheur. Il s’agit plus d’être « vertueux » que d’être heureux. Et corollairement, la conscience réconfortante pour l’esprit d’être sur le chemin de la vertu, chemin que n’épargne ni doute ni douleur, peut s’avérer une approche plus sûre, non pas du bonheur mais de la satisfaction de soi… Voici un petit emprunt à l’inévitable Wikipedia. Pardonnez moi ce recours devenu consensuel, c’est le comble !... « La vertu est une notion à l'intersection des ensembles de la philosophie, de la religion et du politique, qui est encapsulée à notre époque par le politiquement correct, et était définie autrefois comme l'humain vertueux, c'est-à-dire celui qui tire parti des circonstances pour agir avec toujours le plus de noblesse possible. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Vertu
C’est Descartes, dans une « lettre à Elisabeth », qui le souligne particulièrement : la satisfaction intellectuelle est bien loin de la gaieté futile. Les « grandes joies » procurées par la connaissance objective sont amples et durables. L’exercice de la vertu (qui porte en soi sa propre satisfaction) est supérieur à la quête d’un bonheur toujours fuyant… « C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que l’ignorer, j’avoue qu’il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n’est-ce pas toujours lorsqu’on a le plus de gaieté, qu’on a l’esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n’y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n’approuve point qu’on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie de l’âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s’apercevant qu’ils sont faux. Et encore qu’il pourrait arriver qu’elle fût si continuellement divertie ailleurs, que jamais elle ne s’en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu’elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.» C’est ainsi que ce que j’accepte de perdre, la certitude rassurante de mes illusions, peut s’ouvrir sur un réel contentement intérieur. D’ailleurs, n’est-ce pas ici que se joue tout le drame de la condition humaine : accepter le risque. Et n’est-ce pas lorsque nous décidons justement de lutter et que nous triomphons par paliers des obstacles, que nous ressentons la véritable joie, celle d’avoir refusé la facilité et l’étourdissement ? ... Ce sentiment si subtile d’avoir touché du doigt, même si peu, ce qu’on nomme dignité et dont se nourrit l’estime de soi… Même au prix du sacrifice de nos « grandes illusions » ou de nos tristes remèdes… Voir aussi le blog de Lavande sur ce point : http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendId=364247604&blogId=484988011
On en arrive alors à côtoyer le paradoxe, je ne sais si vous l’avez déjà éprouvé, de vivre comme un peu dédoublé, une vie où se mêlent mélancolie et joies fugitives, amertume et ferveur, pessimisme et espérance, envie de se résigner et conviction de poursuivre sa route…
Terminons par une remarque de John Stuart Mill extraite de « L’utilitarisme » écrite en 1861 et qui revêt des accents très modernes. On la croirait écrite de la veille !... . « On peut dire encore qu’il ne manque pas de gens qui sont, en débutant dans la vie, animés d’un enthousiasme juvénile pour tout ce qui est noble, et qui tombent, lorsqu’ils prennent de l’âge, dans l’indifférence et l’égoïsme. Mais je ne crois pas que ceux qui subissent cette transformation très commune choisissent volontairement les plaisirs d’espèce inférieure plutôt que les plaisirs supérieurs. Je crois qu’avant de s’adonner exclusivement aux uns, ils étaient déjà devenus incapables de goûter les autres. Les hommes perdent leurs aspirations supérieures comme ils perdent leurs goûts intellectuels, parce qu’ils n’ont pas le temps ou l’occasion de les satisfaire…. »
Ajoutons, petit clin d’œil à Ju2 et à Gilles Châtelet, et pour achever par où nous avons commencé, cette phrase du même Stuart Mill qui résonne comme une conclusion : « il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et si l’imbécile ou le porc sont d’un avis différent, c’est qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question : le leur. L’autre partie, pour faire la comparaison, connaît les deux côtés. »
*** Interlude : Un Socrate insatisfait peut-être mais l’insatisfaction mène quelquefois au pire… Ci-dessous « le procès de Socrate »

***
Une dernière chose… De même que l’homme peut-être ange ou démon, ange et démon, il peut aussi être un aigle et un porc… Les deux à la fois, chez le même individu, moi, vous, nous… Celui qui ne se verrait qu’en aigle constamment triomphant, survolant de bien haut la masse porcine, pécherait par orgueil et auto-aveuglement… On sait, depuis Icare, le sort qui pourrait l’attendre… Tout est question de connaissance de soi, connaissance de l’ambivalence qui nous anime, de discernement … pour faire le choix de la raison et de la vertu sans oublier l’abîme toujours proche de notre inconscient, l’océan toujours menaçant des multiples tentations et facilités de la vie… Même si un bon Chivas de temps en temps, ça ne se refuse pas… :)
Excusez la longueur mais vous pouvez lire ce texte à dose homéopathique… Trois lignes sous la langue chaque soir. Je m’étends, je m’étends, c’est mon péché peu mignon. Pas très vertueux tout ça… Un effort à faire de ce côté-là.
A+ Daniel
Quelques sites intéressants où chacun devra faire le tri bien sûr…http://www.agora21.org/ http://www.lafronde-economique.net/ http://www.voltairenet.org/fr http://altermonde-sans-frontiere.com/ http://penseeunique.com/ http://anti-mediocratie.blogspot.com où vous retrouverez d’autres liens pertinents
Un peu en marge, un film à voir : « La question humaine » de Nicolas Klotz (2007). Film sur la manipulation qui met l’accent sur le mensonge des mots, leur puissance d’annihilation. Le film, adapté d’une roman de François Emmanuel, fait un rapprochement osé entre la rationalisation technicienne nazie et le pragmatisme froid des grandes firmes libérales sans jamais établir une relation de cause à effet évidemment. Et heureusement… Mais, au-delà des circonstances et des contextes, il pointe du doigt une même volonté d’occulter l’humain, de le réduire à une simple chose, que l’on garde ou rejette…. http://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/09/11/la-question-humaine-psychanalyse-de-l-economie-liberale_953813_3476.html
Finalement, on reste seul avec sa conscience...

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Monday 20/04/2009
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Ainsi même si toute crise porte en elle un germe positif, j’ai peine à croire que celle-ci, malgré son ampleur, nous permette de créer un autre modèle de civilisation… Cela devrait être puisque la faillite du système actuel est retentissante… Il est vrai, que lorsque je suis dans un « bon jour », je me dis que nous vivons une période historique, innovante, propice à toutes les possibilités..... Et pourtant le refrain habituel est entonné par beaucoup de nos économistes qui ne jurent que par la croissance avec tout ce que cela entraîne de négatif et sur un fonctionnement conformiste de masse créé de toute pièce... Il faudrait renverser le processus: partir des besoins jugés essentiels à l'homme (la notion de plaisir n'étant pas exclue) et produire en conséquence.......
Dans ces périodes de crise, les contradictions internes au système se révèlent: comment concilier les taux de profit élevés des dirigeants et des salaires décents permettant le maintien d'un pouvoir d'achat, pouvoir d’achat qui est le garant de la bonne marche de l'économie ? Si on produit à n'en plus finir des biens de consommation, c'est pour les vendre !... Car le capitalisme a un besoin énorme de capitaux et d'investissements pour financer ses ambitions qui mènent à la démesure que l'on connaît aujourd'hui... L'excédent est le pire ennemi du capitalisme d'où la lutte pour trouver des débouchés à tout prix et l'éthique qu'on met volontiers dans sa poche… Pour résoudre la contradiction, on a connu l'automatisation, on connaît maintenant les délocalisations… On n’avait pas prévu l’emballement du système dû à la folie spéculative de certains.......
On a ainsi misé sur certains postulats chers au capitalisme libéral: la croissance, la création des besoins, l'auto-régulation du système.... On est en train d'assister à sa déconfiture... qui sera bien sûr la nôtre car les casseurs ne seront pas les payeurs.......
....
Il est vrai aussi que nous noircissons du papier, je noircis du papier, qu’il est aisé d’ergoter sur les aspects positifs ou négatifs de la crise, il est vrai que tout ce bel édifice de mots s’écroule soudain lorsque, aux infos du matin, l’interview d’un jeune ouvrier mis au chômage technique d’une aciérie de Lorraine qui ferme temporairement, vient me rappeler à la seule réalité qui compte. Celle de la vie et de son implacable dureté… Il disait sa détresse, son prêt immobilier à peine commencé d’être payé, le sentiment d’ingratitude, d’injustice, la difficulté de chaque jour à vivre, sa femme déjà au chômage, les factures à payer , les enfants qu’il faudra restreindre… Je n’oserais lui parler des « bienfaits » de la crise et ce qu’il souhaite le plus ardemment, comme tous ces salariés des petites entreprise d’équipementiers automobile, c’est que la croissance reprenne, c’est que les voitures se vendent, même polluantes, même superflues, même pour certaines destinées aux plus riches… Peut-on le lui reprocher ? ....
Et pourtant fondamentalement le système devrait être remis en cause, sinon vivre ne consistera toujours qu’à accumuler du travail, pour la plupart peu épanouissant, afin d’entrer dans la norme contraignante du métro-boulot-dodo-auto-toit sur la tête-consommation-endettement-répétition-lassitude-reproduction… tout en sachant que cela contribue à notre propre destruction, tout en sachant que cela profite aux puissants, tout en sachant, comble de l’ironie, qu’ailleurs d’autres hommes, affamés, nous envient …....
Il suffit de faire un travelling arrière sur la cohorte des masses humaines qui vont et viennent, matin et soir, de la maison au travail et du travail à la maison, pour avoir le vertige, un vertige existentiel devant cette multitude d’individualités, dont nous sommes, qui courent et viennent dans le même sens pour assurer leur place, coûte que coûte, dans le grand manège de la vie en société… A des jeunes en difficulté scolaire qui savaient que leur vie étaient déjà programmée ainsi autour d’un travail sans intérêt et peu rénumérateur, et qui me disaient: « A quoi bon ? », j’avoue que je restais souvent à court d’arguments…....
....
Ouvrons une parenthèse sur la jeunesse, sur ces perspectives offertes aux jeunes justement. Les élèves nous arrivent au collège pétris d’un environnement familial et socio-culturel déjà bien ancré. Ils arrivent aussi, tout dépend du point de vue, acteurs ou victimes plus ou moins éblouis ou frustrés d’une société-spectacle, d’un système de valeurs consumériste axé sur la satisfaction immédiate du désir, la consommation facile et éphémère, la culture du zapping, la perte de la notion du devoir, l’effacement des distances entre enfants et adultes, etc… Il n’y a rien de général, c’est une tendance ...........
Mais ce modèle de société, si tant est qu’il soit un modèle, tend de plus en plus à dénier à une majorité de ses membres les moyens d’accéder à ce qu’il promet. C’est le point faible du système qui tend à se mutiler lui-même, de l’intérieur… Un système social, ça s’appuie sur des valeurs. Pour la faire à la grecque, on peut dire que c’est ce qui fonde la cité… Alors si l’on met dans un des plateaux de la balance, les salaires des enseignants en début de carrière, les salaires et les conditions de travail de nos chercheurs par exemple, les maigres revenus des travailleurs précaires et de la plupart de nos ouvriers et dans l’autre plateau les profits exorbitants des acrobates de la finance, traders et consorts, les revenus indécents des vedettes toute catégorie confondue de notre société à paillettes, on voit bien quelles sont les valeurs qui l’emportent. On voit clairement où nous situons, sur une échelle de valeurs le savoir intellectuel, le savoir technique et manuel d’une part et la prime au profit illimité et au jeu des apparences d’autre part... C’est clair, d’autant plus pour des jeunes esprits malléables. On peut s’estimer heureux, et je m’en étonne tous les jours, qu’une grand partie de la jeunesse fonde encore ses espoirs dans la réussite par le savoir, la connaissance, dans la recherche de l’enrichissement personnel. Pour combien de temps ? … Fin de la parenthèse.....
Le temps justement n’est pas du côté des changements profonds. ....
Krisis: décisions…Urgence…....
Je ne crois pas à un changement spectaculaire et faute de mieux, c’est le court terme qui prime, la survie même au prix d’une vie qui perd peu à peu de son sens… au lieu de permette un épanouissement relatif de chacun.....
Nous touchons ici à la fois un problème de morale et un problème d’intérêt collectif ou individuel, le problème du court terme et du long terme… On n’est plus dans la seule économie mais dans la vie, sa réalité et les choix quasi éthiques à prendre… Il nous a fallu du temps pour mettre à nu la perversité de certaines idéologies du passé, nous faudra-t-il autant de temps pour sortir de l’Idéologie de la consommation. Redécouvrir ce qu’Epicure appelait la « tempérance heureuse ». Opposer à la frénésie et l’agitation perpétuelle de la nouveauté, la raison et la satisfaction durable… Rappelons Edgar Morin « l’élévation des niveaux de vie peut être liée à la dégradation de la qualité de la vie. « Plus nous évoluons techniquement, plus notre conscience devrait s’élever or l’idéologie de la consommation nous ramène au primitif, au frivole, à l’inconstant… Un modèle que l’intégrisme de certains pays a beau jeu de diaboliser.......
Doit-on au nom d’un intérêt planétaire et collectif à long terme, sacrifier l’individu sur le court terme ? Nécessité collective qui fait encore figure d’utopie contre le pragmatisme individuel et immédiat… Mais les perceptions changent, les révolutions même pacifiques, ne se font pas sans casse… On est au cœur du problème avec le conflit des marins-pécheurs: intérêt immédiat, réalité du vivre au quotidien de son travail d’une part et règles collectives européennes des quotas pour préserver les espèces d’autre part… On aura beau dire cependant à notre ouvrier licencié du secteur automobile qu’il a contribué à diminuer la quantité de CO2 dans l’atmosphère, je doute que cela lui rende le sourire… Son seul souhait: reprendre le travail, le « collier » comme on dit, même s’il se sait exploité, même s’il lui faudra encore lutter, même s’il ne se fait aucune illusion sur les futurs salaires des patrons de demain, même si la croissance à laquelle il participe dégrade toujours un peu plus l’environnement… Nos points de vue diffèrent mais soyons honnêtes, ils différent selon notre niveau de recul, de compréhension, certes, mais en grande partie selon notre niveau de sécurité et de protection face à cette crise. Il est plus facile de prôner de belles idées, moi le premier, quand le danger ne nous menace pas directement.......
Et puisqu’on parle de morale, en finira-t-on un jour avec cette compromission permanente, la France en tête, qui consiste à traiter, au nom des intérêts commerciaux, avec les pays indignes de la planète… On a encore tous en tête la visite grandguignolesque de Khadafi… Mais là aussi morale collective en gestation et intérêt particulier immédiat peuvent diverger… On aura beau dire à l’ouvrier qui se retrouve au chômage technique qu’il a participé à la lutte pour l’extension des droits de l’homme dans le monde ou à la diminution de la vente d’armes, d’avions ou de centrales nucléaires grâce à un état qui agit enfin au nom de ses idéaux proclamés, je pense que cela le laissera bien indifférent si les fins de mois deviennent pour lui et sa famille un cauchemar… ....
Il en est de même pour les états de ce monde… Une conscience planétaire semble bon gré mal gré se former lentement mais que vaut-elle quand l’intérêt particulier d’un état est menacé directement ?…....
Faire une Europe, même bancale, relève encore de la prouesse… Les lendemains qui chantent harmonieusement entamés par un concert des nations ne me semblent pas…. pour demain. On peut toujours espérer.......
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Sunday 19/04/2009
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Pour reprendre le discours là où je l’ai laissé, mon optimisme habituel aidant, j’aurais tendance, au-delà des prises de positions spectaculaires, au-delà des « bienfaits » éventuels potentiels, à penser qu’un système économique tel que le capitalisme (auquel rêvent les pays émergents) ne peut, par essence, se moraliser. Face à l’urgence d’une crise, il peut supporter quelques régulations mais, sur le long terme, il ne peut et ne pourra qu’être fidèle à ce qu’il est: la recherche de la croissance tous azimuths dans le but d’accumuler le plus de profit possible. Il y aurait véritable bienfaits si cela débouchait, non pas sur une refondation du capitalisme (j’entends par capitalisme les modes de production, les systèmes de valeurs et l’ensemble du modèle de civilisation qu’il induit…) mais sur une remise en cause profonde du système, sur un renversement des valeurs… S’il nous faut refonder et jeter les nouvelles bases d’un nouveau capitalisme, il n’en restera pas moins fondamentalement un capitalisme avec tout ce que cela comporte… .... ....
Moralisation et capitalisme sont antithétiques. .... ....
Il faudrait que les libertés que s’accorde le libéralisme s’impose une frontière, celle de toute responsabilité liée à toute liberté… Impensable… D’autant plus qu’il maîtrise une prodigieuse capacité de récupération, récupération de ses propres tares afin de les régénérer en arguments de vente et de profit. ........
......... Un peu comme Antée, ce Géant mythologique que nul ne peut terrasser car il puise sa force de la Terre (Gaïa) dont il est un des fils. Il transcende sa faiblesse: dès qu’il paraît vaincu et touche terre, il voit sa force décupler. Si l’on poursuit la métaphore, il est aussi révélateur de voir dans le capitalisme une émanation de Prométhée, celui qui donna le feu aux hommes donc la capacité d’exploiter la Terre, l’industrie…........
Antée sera vaincu par Héraklès qui le soulève et le tue avant qu’il puisse reposer au sol… Sans Héraklès, à force de puiser dans la terre dont il extrayait ses forces, Antée ne risquait-il pas un jour de l’épuiser définitivement ?... ........
Si un Héraklès moderne nous tombait du ciel en disant « yes, we can » par exemple, il devrait couper le système de ce qui l’anime, de son principe vital, le cycle infernal de la production et de la croissance... Difficile, ... même pour quelqu’un qui a bouffé du serpent à la naissance.......
........
En attendant, les outils pour pérenniser le cycle ne manquent pas. Il suffit d’évoquer le matraquage publicitaire, émanation indispensable du système. Depuis l’extension de préoccupations écologiques, vous n’avez pas pu ne pas remarquer comme nos annonceurs se sont refait une santé. Ce qu’on appelle l’éco-blanchiment… (blanchiment, ça vous rappelle quelque chose ?…) Tout devient vert, bio, écolo… Nos voitures, nos lessives vont bientôt devenir inoffensives, associées à la nature, aux petits oiseaux, à la fraîcheur de l’air.... A ce train là, ne va-t-on pas bientôt nous sortir une automobile dépolluante ? Alors que tout le monde sait, que par essence (sans jeu de mot !), une voiture pollue… Voilà de quoi jeter le doute sur tout ce qui concerne la véritable préoccupation écologique. On ne brade pas les mots et les idées au risque de les dénaturer… Vous avez dit moralisation ?… Autre exemple particulièrement pervers: le fait de s’adresser directement aux enfants plus influençables mais élevés au rang de petits adultes responsables, le temps d’une pub, afin qu’ils puissent influer éventuellement sur leurs parents… Moralisation ?... ....
Quittons le monde « innocent » de l’enfance pour rejoindre le terrain des grands, les Grands de ce monde… Peut-être y trouverons-nous cet effort de moralisation tant espéré ?.... Pendant que les grands effets d’annonce agitent le G20, les Grands de ce monde dissertent aussi sur les nécessités de sauver notre planète, puisque sa perte programmée est dans la ligne directe du système capitaliste, ce qui ne les empêche pas d’entreprendre une course folle pour la maîtrise d’un Pôle que le réchauffement permettra d’exploiter… Chouette !... Ironie de l’histoire: on réchauffe à tout vent et l’exploitation sans vergogne de ce réchauffement permettra encore de réchauffer un peu plus les futures générations… Nous n’en sommes pas à une contradiction près… Hypocrisie suprême puisque tous ces états, paraît-il éminemment conscients de la fragilité de notre écosystème, vont rivaliser pour exploiter sans scrupule des terres qu’ils ont contribué à réchauffer et vont par là même augmenter encore un peu plus la dégradation de notre écosystème… C’est le serpent qui se mord la queue.
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En prenant encore un peu de recul, on peut se rendre compte que, finalement, la plupart des écueils à contourner, des bourbiers dans lesquels l’Homme s’est lui-même enlisé, ont tous un dénominateur commun, pointent tous vers le défi majeur, incontournable d’un futur très proche (si nous ne l’avons pas déjà rattrapé…), qui englobe tout (type d’économie, croissance, surproduction, exploitation, famine, etc…), c’est celui fondamental, essentiel, qui s’impose à nous, celui de la crise démographique mondiale…. ........ Ne nous faisons pas d’illusion, tel que le système fonctionne actuellement, si rien n’est remis en question profondément, nous courons tous dans le mur: notre planète, face à l’explosion démographique, ne pourra pas nourrir et faire vivre l’ensemble de l’Humanité qu’elle (sup)porte… Ce n’est plus un choix, nous devons accepter ce fait inéluctable: munis d’œillères, les pays industrialisés (qui le sont de moins en moins d’ailleurs…) ne pourront plus fonctionner sur le même modèle. .... Voilà même que des milliards de Chinois veulent manger de la viande maintenant (avec tous les bouleversements que cela implique sur l’agriculture…). !... Les temps bénis où la majorité de l’Humanité parvenait à survivre avec quelques poignées de riz ou de sorgho pendant qu’une petite partie prenait du poids (dans tous les sens du terme) semblent révolus… Il faudra faire avec, en tirer les conséquences ou lever des murs et des barbelés de la faim à nos frontières, ce qui ne ferait que retarder l’inéluctable… ....
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La mondialisation, aidée par Internet, agrémentée d’une poussée d’acnès sous forme de crise, a au moins cela de bon: ouvrir les yeux de chacun sur un monde qui se dévoile crûment, riches et pauvres se découvrant les uns aux autres… Le monde se découvre en ses parties, nues, telles quelles…. Une découverte où s’engage la valse des réactions et ders sentiments les plus variés et les plus contradictoires selon les points de vue et les latitudes: effroi, culpabilité, mauvaise conscience, convoitise, rancœur, avidité, radicalisation, intégrisme, duplicité, communautarisme, prise de conscience, aveuglement, peur, volonté de revanche, promesses, hypocrisie, bonne volonté, etc… .... Prions (pardon pour le gros mot) pour que cette valse ne soit pas la dernière…. Le seul espoir: l’irruption de la Raison (faute de morale), chez les nantis en sursis et les émergents en devenir, ou à défaut le bon sens élémentaire au sein d’une Humanité que seules les « moyens de dissuasion » empêchent jusqu’alors de se déchirer.
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Creusons un peu (pas notre tombe mais le problème)… On aura beau jeu de pratiquer la relance économique, de réguler tant soit peu le système (en admettant que les promesses et déclarations de bonnes intentions soient tenues) , tout cela restera vain si 2 éléments fondamentaux ne sont pas pris en compte: ........
*Prendre un virage à 90° de toute urgence pour laisser un peu souffler la planète....
*S’attaquer au problème capital de la faim dans le monde…. ....
Intégrer les pays émergents paraît nécessaire (bien que certains commencent déjà à dépecer l’Afrique !) mais il est tout aussi nécessaire de prendre en compte une situation globale intégrant le problème des pays pauvres… On a su créer des Organisations internationales pour gérer les conflits. Il n’existe aucune gouvernance mondiale de la faim alors qu’elle est bien plus meurtrière que toutes les guerres réunies… Quant à l’OMC, la faim et les problèmes agricoles en général sont le cadet de ses soucis… La FAO est inefficace... Commerce, exploitation et croissance avant tout… C’est peut-être de là que viendront les déstabilisations les plus graves (économies parallèles, émeutes, émigration sauvage, piraterie…)…. D’autant plus quand ce sont quelquefois les dirigeants mêmes de pays potentiellement riches qui exploitent leur propre peuple en les maintenant dans l’asservissement et la pauvreté au profit de l’enrichissement sans borne des « élites » (cf les élections en Algérie récentes).......
Ainsi, si nous élargissons un peu la problématique, m’est avis que, pour que les choses changent vraiment en profondeur et durablement, deux aspects fondamentaux, interdépendants des précédents, doivent aussi être fixés : ....
*une meilleure répartition des richesses entre individus à l’intérieur des états d’une part et entre les différents états d’autre part......
*la volonté de produire autre chose et autrement…
Rompre avec l’exploitation éhontée du plus faible (comment ne pas être littéralement révolté par l’étendue de l’échelle des salaires dans certaines compagnies ?), rompre avec la croissance à tout prix (la consommation du superflu encouragée par le matraquage publicitaire, le conditionnement des esprits), rompre avec la production incontrôlée et polluante… Sans équivoque, sans double jeu… ....
....
Vous me direz, et à juste titre, qu’il est facile de prôner de bonnes intentions tout en continuant de vivre plus ou moins comme avant. Je suis le premier à me le reprocher… Mais c’est déjà un progrès: avant la question ne se posait même pas… Il faudrait pour cela des décisions cruciales, collectives, prises au niveau international. Je peux décider que le prochain achat d’une voiture tiendra compte de toutes ces nouvelles contraintes. Encore faut-il une offre adéquate, pas plus coûteuse, et dans le cadre d’une politique générale cohérente…. Par exemple, limiter de plus en plus les vitesses sur les routes pour diminuer la mortalité et aussi pour consommer moins, proposer des modèles plus « écologiques », voilà qui est louable… Alors pourquoi continuer à produire des bolides luxueux grimpant à 300 km/h ou des monstres de consommation comme certains 4x4 qui permettent d’aller faire son marché pour acheter bio… Autre exemple, clarifier les intérêts de grands trusts qui investissent à la fois dans la production de produits déclarés nocifs et dans les laboratoires pharmaceutiques !.... Le mal et le remède rapportent tout autant… On parle de moralisation du capitalisme ???....... ....
Etendre aussi le concept au niveau mondial: rompre avec l’exploitation des pays les plus affaiblis. Colonisation des terres, destruction des forêts nourricières, pollutions environnementales, négation des cultures et des identités socio-politiques. Une multitude de peuples subit le prosélytisme de religions intolérantes, l'invasion de leurs territoires par des colons, des firmes exploitant or, bois, pétrole, gaz, détruisant l'environnement et les communautés ....
Un exemple édifiant qui met en lumière une pratique qu’il faut dénoncer alors même qu’elle se pare d’être dans la mouvance actuelle bien pensante. Les cultures intensives destinées à la production des agrocarburants, promus dans nos pays industrialisés énergie verte de demain, entraînent la dévastation de territoires entiers. C’est dans cette optique que le Brésil, par exemple, implante des milliers d’hectares de cannes à sucre pour produire de l’éthanol au détriment des Indiens Guaranis expulsés de leurs terres, que l’Indonésie est ravagée au profit de la culture de l'huile de palme. C'est ainsi de surcroît que des milliers d’hectares africains qui auraient pu être reconvertis pour les cultures vivrières des populations locales sont accaparés par la Chine, la Corée, les pays pétroliers du Golfe en particulier qui préparent l’après-pétrole en investissant dans l’agrocarburant … Luxe insolent et suprême des nantis qui anticipent déjà la sauvegarde de leurs clinquants eldorados du désert aux dépens de populations spoliées et affamées. Bahreïn, Dubaï, le Qatar s’assurent la pérennité de leur système et continueront à dresser, toujours plus haut, à la face du monde, des tours (de Babel) insensées 5 étoiles, en creusant la terre, et la tombe, des Soudanais… Inch Allah !… Morale et capitalisme ? Morale et religion ?... Le prix à payer ? La mise à mort de la forêt, élément essentiel de l’éco-système de notre planète, l’exode ou l’extinction des habitants et des espèces animales… Des peuples millénaires sont en voie de disparition, menacés comme certaines espèces animales au nom du Progrès et de l’Idéologie de la consommation. Mais que vaut le souci écologique face aux énormes profits engrangés ? Même si cela va à l’encontre des principes affichés au départ: faire du bio… .... ....
Et pourtant, ça bouge.......
L’économie solidaire, le commerce équitable, la lutte contre l’exploitation sauvage de la forêt ou la déforestation pure et simple, la lutte contre la désertification témoignent d’un souci profond. Mais c’est bien insuffisant faute de résolutions au niveau mondial. ....
D’une manière plus générale, il faut prendre à bras le corps les déséquilibres et les contradictions qui animent la planète devenue « mondialisée », contradictions entre la prise de conscience naissante des pays nantis qu’il est temps de décroître ou croître autrement et les besoins de plus en plus prégnants des pays émergents ou à la traîne.… Il faudrait convaincre 90% de la planète et en particulier les pays émergents, Chine, Inde, Brésil, … qui ne rêvent que de nous emboîter le pas... Et de quel droit pourrions-nous le leur reprocher ? .... Pas facile aussi d’admettre, pour les plus puissants, qu’il faut lâcher du lest du côté des « avantages acquis » et accepter de ne plus diriger le monde… De ce point de vue, le G20 est un premier pas…. Malgré tout… Surtout si Obama, notre sauveur à tous, casse les anciens clivages, l’axe du mal érigés par son prédécesseur… .... ....
Mais je reste sceptique…
Au fait, petite anecdote avant de nous quitter… Juste avant de vous écrire, j’ai entendu aux infos un politique déclarer que si les bons citoyens qui avaient placé leurs millions d’euros depuis des années dans les paradis fiscaux jouaient dès maintenant la carte de la transparence, l’administration fiscale serait « compréhensive, très compréhensive »… Souhaitons la même compréhension, qui efface intérêts dus et pénalités, pour le citoyen lambda distrait qui a oublié de signaler quelques malheureux gains annexes… Mais je parle pour ne rien dire puisque les paradis fiscaux vont disparaître… On peut toujours y croire. Je n’y crois pas trop. C’est bien la seule fois où ma croyance au paradis (sur terre) reste inébranlable, malheureusement… :)....
Je vous laisse momentanément, petite krisis de migraine, pour revenir dans une 3ème partie, un peu plus frais, tenter de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de tout cela, sans aller jusqu’aux vertige (difficile !)…....
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Saturday 18/04/2009
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Voici quelques réflexions, sautes d'humeur, ressentis collectés au cours des dernières semaines... Pas d'exposé calibré ni de dissert'... Pas de grandes trouvailles originales... Simplement ce que d'autres partagent certainement avec moi, je l'espère... Mais l'écrire, ça fait du bien.
Vous n’êtes pas sans savoir, à moins d’habiter dans la Galaxie du Centaure, que le sujet en ce moment qui a le vent en poupe, bien que le navire prenne l’eau, est celui de la « crise »…....
Difficile d’y échapper au point de tomber bientôt dans une sorte d’asthénie générale ou de se taper la crise de nerfs du siècle. Il viendrait du latin médiéval Crisis, qui vient du grec Krisis : la décision, … qui ne peut venir que de nous. Là est bien le problème: une crise appelle une décision, urgente, tout en étant, si possible, réfléchie… Sans crise, tout va si bien, tout ronronne, tout va de soi… Et voilà qu’il va falloir agir, choisir, trier, peut-être renoncer, innover… Décider… en bien ou en mal. Foutus banquiers !.... ....
Les temps de crise ont toujours fait se lever orateurs et imprécateurs, prêcheurs et vociférateurs, ranimant en particulier les vocations millénaristes. Des blogs fleurissent sur ce terreau toujours prodigue. Certains diseurs d’incantations aux ailes de corbeaux en font leur choux gras et commencent même , comme au tournant de l’an 2000, à nous annoncer des visions d’Apocalypse sur fond de planches à billets devenues folles… Tous les signes seraient là, c’est certain… Dommage que le G20 ne se soit pas mis d’accord sur la somme rondelette de 666 milliards de dollars à injecter dans l’économie mondiale, c’eût été lumineusement diabolique... L’Antéchrist aux allures de banquier « costume 3 pièces » ne va pas tarder et un nouvel ordre mondial ,enfin !, se mettra en place… La Parousie est en marche, le retour d’un Christ anti-capitaliste chassant définitivement les marchands du temple planétaire… Il est symptomatique d’ailleurs de voir comme notre président a pris depuis quelque temps des allures de rédempteur, de pourfendeur des mauvais larrons ...
Aux antipodes de ceux-ci, des spécialistes optimistes, qui nous ont d’ailleurs déjà stupéfiés par leur surprenante capacité à non anticiper, prédisent déjà la prochaine « bulle » et misent sur nos capacités à « rebondir » pour reprendre un terme à la mode… Il suffit d’attendre pour rebondir sur la bulle, de crise en crise, de bulle en bulle… ....
Entre les annonciateurs d’un séisme à 10 sur l’échelle de Richter du marasme et les éternels tenants d’un capitalisme auto-régulateur à qui on ne la fait pas, qui croire ? ... ....
Ni les uns ni les autres… Entre ces deux extrêmes, beaucoup redoutent simplement une crise profonde, étalée sur le long terme, et aux conséquences ravageuses sur nos modes de vie, plus ou moins ravageuses selon les latitudes bien sûr... ....
Pour essayer d’échapper à cette atmosphère plombée de fin d’un monde, j’ai tendu l’oreille vers un autre aspect développé ça et là… ....
La crise aurait ses bienfaits… A toute chose malheur est bon. La crise serait catastrophique mais salutaire. Eh oui… La crise serait purificatrice, sauf la crise de Foi évidemment (pardon, c’est parti tout seul), tel le feu ravageant Sodome, la pécheresse…. ....
Il y a certainement du vrai là dedans… N’a-t-il pas fallu d’ailleurs quelques dizaine de millions de morts issus des guerres mondiales du siècle dernier pour que l’Humanité (avec un grand H) accouche péniblement de règles et d’organismes internationaux (SDN, Convention de Genève, ONU, etc…) pour mettre un peu d’ordre et un peu d’allure dans notre façon de nous entretuer aujourd’hui… Sans cataclysme guerriers, sans paroxysme de l’horreur, pas d’efforts d’humanisation des conflits, pas de reprise économique (on a quand même eu les « 30 Glorieuses » après la débacle de 40)… Et sans guerre du Viet-Nam, pas de chefs d’œuvre comme « Apocalypse now », « Platoon » ou « Voyage au bout de l’enfer »… A toute chose malheur est bon… ....
J’exagère bien sûr… ....
Il ressort certainement toujours du positif des situations les plus difficiles… Ne serait-ce que le soulagement du calme après les tempêtes… Rien de tel qu’une bonne crise d’urticaire ou de migraine pour se sentir au 7ème ciel quand celle-ci s’achève enfin... Même la crise de jalousie est propice aux armistices les plus suaves… ....
Cela va de soi puisque l’homme, devant un problème, a en général vocation à le résoudre… Krisis, décision… Et une fois résolu, d’en éprouver une profonde satisfaction. Une crise permet de nous éprouver, de tester notre vraie nature, nous place face à nous-mêmes. Diantre ! Moi qui me crus jusque là une sorte d’alter ego d’un Gaston Lagaffe dans ses bons jours, je me découvre alors des ressources dignes d’un Exterminator… ....
Il en est ainsi dès qu’on est plus de deux, chaque couple peut l’attester…. Il en est ainsi même seul face à soi-même… Nous sommes tous apparemment programmés pour affronter des crises à des périodes diverses de notre existence, crise de l’adolescence, de la quarantaine, etc… On peut se demander si l’Homme n’est pas fait pour dépasser les crises, les unes après les autres. Nous savons, du moins la plupart d’entre nous, notre prédisposition au malheur, à la crise, à notre insatisfaction perpétuelle. Peut-être tout simplement parce que nous sommes conscients et connaissons la Fin… On peut se demander si, finalement, ce n’est pas un des moteurs de l’existence, cette volonté qui nous pousse à toujours vouloir, crise après crise, ne jamais renoncer à la quête d’un bonheur utopique… Le malheur serait bon peut-être à cela… vouloir toujours s’en échapper. Là où ça ne va plus, c’est lorsque la force nous manque et que la crise nous terrasse. Crise cardiaque bien sûr, radical !... Crise dépressionnaire, crise du renoncement au combat.......
Sinon une crise peut nous remettre un peu les pieds sur terre et bien souvent nous contraindre à relativiser les choses. Ceci dit, difficile de plaquer un schéma individuel sur un schéma collectif, surtout quand l’économie s’en mêle…....
Pour être franc, l’économie n’est pas mon dada, mon cheval de bataille , et mes connaissances en ce domaine sont bien modestes. Mais elle s’impose à nous quoi qu’on fasse à moins de vivre en autarcie ou de reformer une énième fois un « paradis » communautaire et bucolique, à quelques uns, pour un temps… Et elle s’impose à nous dans sa forme la plus implacable et aveugle, l’économie libérale, même si vous aspirons à vivre autre chose… Quelques uns, à l’image d’un mouvement comme l’Amopie par exemple, forment l'espoir de sortir du champ commun pour tenter d’autres formes de rapports à la propriété, au travail, au monde tout simplement... Une utopie en action, bien isolée...
(http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=735) ....
Mais revenons malgré tout à ce qui nous préoccupe aujourd’hui, la crise financière mondiale… Des bienfaits, on peut lui en trouver sans problème. Rien n’est tout noir ou tout blanc. ....
On peut miser sur un changement de notre façon de fonctionner. Adopter un autre mode de consommation, plus responsable, devient une attitude de plus en plus courante. On peut miser aussi sur un réveil, brutal certes, des consciences… Auparavant, la majorité d’entre nous était exploitée sans le savoir ou sans le dire. Dorénavant, nous le serons en toute connaissance de cause et surtout, au sein de cette confusion totale qu’est la mondialisation, nous pouvons isoler des responsables…. La crise a cela de bon qu’elle permet de mettre à jour les perversités du système. Elle a un effet loupe qui, espérons le, fera des citoyens, consommateurs et travailleurs de demain, des individus clairvoyants…. Il semblerait qu’on ne s’en laisse plus compter et il arrive quelquefois, stupéfaction !, que cet éveil des consciences traverse les fameux clivages droite/gauche… Faut dire que, même à droite, il n’est pas très politiquement correct en ce moment d’être en phase avec les « maîtres » de la finance… ....
Un point positif incontestable: un phénomène qui n’a pas cependant attendu la crise pour exister est néanmoins en pleine croissance (où va se nicher la croissance perdue ?), celui d’un formidable élan citoyen collectif par le biais d’Internet. Même s'il risque l'asphyxie dans la confusion du web...Sites et blogs autour de la crise se multiplient, chacun essayant d’apporter de « l’eau au moulin » à paroles, d’échanger, d’apporter sa petite pierre à la construction d’un vaste édifice virtuel d’analyse, de contestation ou de propositions… Les syndicats, les partis n’ont plus le seul monopole de l’organisation collective. D’une certaine façon, Internet permet à la fois de réagir immédiatement et de rassembler ce qui était épars auparavant… au-delà des corps constitués, des cadres établis. Une formidable liberté et … responsabilité. Citons comme exemple la « ronde des obstinés » concernant les enseignants chercheurs qui n’a pu s’auto-produire que par le biais du Net et qui ne peut s’auto-alimenter et perdurer à l’infini que de cette façon.......
Eveil des consciences, nouveaux modes de vie, nouvelles formes de citoyenneté active, volonté de ne plus être dupe d’un système… Si je me suis levé du bon pied, je me plais alors à espérer que ce pourrait être un formidable moyen de pression qui pourrait, qui sait ?, peser un jour sur les décisions au niveau mondial… La nébuleuse mondiale d’un web citoyen pour la mise en place d’une « gouvernance » mondiale éclairée fondée sur de nouvelles bases… Damned ! J’ai bu trop de Ricoré au p’tit déjeuner, voilà que je vois « la vie en rose »... ....
Tout cela semble même avoir été entendu par un G20 qui, s’il n’a pas révolutionné le système, a au moins eu l’intelligence de trouver un accord commun d’urgence, qui a su s’ouvrir aux puissances émergentes (mais pouvait-il en être autrement ?) … Il n’en reste pas moins que c’est encore une minorité (élargie à 20 certes) qui est sensée tricoter les fils du destin de ce monde.......
Que penser de tout cela ? Pour l'instant, j'ai essayé de me focaliser sur un peu de positif... Mais ça ne peut pas durer, c'est plus fort que moi. Si la suite vous intéresse, je mobiliserai dans le prochain article mon « optimisme » habituel pour vous faire partager quelques cogitations bien peu originales mais essentielles à rappeler, il me semble… Ainsi que mes doutes, vous n’en doutez pas… :)....
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Sunday 12/04/2009
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Voici venu le temps du deuil... Pas facile, surtout de nos jours. Eh oui, le deuil devient aventure intérieure, les pleurs se contiennent. L’endeuillé peut même mettre mal à l’aise, on ne sait quoi lui dire... On ne parle pas souvent de toi, Jean, ou fugitivement, sous peine d’être pris en flagrant délit de deuil. Permets moi que je t’appelle à nouveau Jean, l’habitude peut-être… On intériorise tant bien que mal. Et si je m’obstinais trop longtemps dans un désespoir affiché (n’exagérons rien quand même sinon tu risque de te gonfler d’orgueil et ce serait peu propice à ta sortie de purgatoire !), je mettrais souvent dans l’embarras l’entourage. Le deuil met mal à l’aise On essayera bien de me consoler maladroitement mais mon chagrin renvoie les autres à leur propre désarroi. Silence ! La mort passe...
!… .... La douleur est la même qu’au siècle précédent mais la contrainte sociale est forte: en refusant le deuil, l’émotion de l’endeuillé, la société refuse aussi la présence de la mort et le souvenir de la maladie, même si l’on admet forcément sa réalité. Le deuil lui-même passe quelquefois pour crise de nerfs, maladie, morbidité, faiblesse de caractère.... On me conseillera peut-être d’aller voir un psy.
Que de questions tu m’as fait me poser ! Ton corps, on sait tous ce qu’il en advient mais ton âme ? … Ou tout simplement ton esprit ?... Appelle les comme tu veux...
Peut-être s’est il évaporé avec le dernier souffle de vie ? Peut-être subsiste-il parmi nous, sous une forme inconcevable ? Peut-être est-il devenu ces particules élémentaires indestructibles, les éons (du physicien Jean Charon, tiens ! il s’appelle comme toi…), les éons, disais-je, qui conserveraient les informations d’ordre spirituel. Ainsi notre esprit puiserait ses racines dans les millénaires antérieurs et se perpétuerait, grâce aux éons, dans les millénaires futurs. Joli, non ? … Tu réconcilierais, Jean, par cette prouesse, Mystique orientale et Physique moderne affirmant toutes deux une unité fondamentale de l’univers. Le réel, malgré les apparences subjectives et particulières, serait fondamentalement Un. On t’attend, Jean, pour que tu reviennes nous le confirmer. Les NDE, tu connais ?… Mais je ne crois pas trop à ton retour, fallait pas trop tarder en route, à moins que tu n'aies voulu rester pour je ne sais quelles raisons… Mais je m'égare dans les méandres de ta mort. A chacun donc de choisir les modalités de son deuil et la forme de la survivance ou de l’extinction définitive du « cher disparu ». (encore un euphémisme…)....
Je ne t’avais pas dit que j’avais croisé au Père Lachaise Allan Kardec, ou plutôt sa tombe, théoricien du mouvement spirite au 19 ème siècle, tombe toujours fleurie, véritable relique.... autant que celle de Jim Morrison que tu affectionnais et que tu rencontreras peut-être là-haut ou en bas...
Quoi qu’il en soit, il faut que le deuil se fasse… Le travail du deuil (triste expression) qui me permettra, non pas de t’oublier, mais de penser à toi sans peine et chagrin… Et tous les coups sont permis, certains allant malheureusement à l’encontre même de ce qu’il faudrait faire…..... Tu en as refusé deux, la crémation et la thanatopractie… Deux méthodes à l’opposé mais avec un but commun: le refus de voir ou de savoir le cadavre entrer en putréfaction.....
La crémation a le vent en poupe, ce qui réserve quelquefois quelques surprises au moment de la dispersion des cendres... Tu l’as refusée, à ma grande surprise. J’aurais cru, que par ton passé d’anticlérical invétéré, tu te serais enflammé pour cette solution radicale. Peut-être pour épargner tes proches mal préparés à frayer avec un feu associé à la purification mais aussi encore trop souvent au châtiment...comme un arrière goût de bûchers de triste renommée…....
Tu n’as pas choisi non plus de te refaire une beauté de dernière minute dans un beau salon funéraire… Il faut dire qu’un documentaire sur les « Funeral Home » américains que tu as suivi peu avant ton départ t’en a fait passer l’envie. Champagne et petits fours autour d’un beau et coûteux cercueil capitonné, avec rabattant pour le visage, permettant à tous de s’extasier sur la qualité du travail réalisé !... Personnalisation du cercueil en fonction du métier, du violon d’Ingres, du sport favori du disparu… cercueils en rotin pour écologiste, en carton pliable pour crémation, en berceau pour nostalgiques de l’enfance, avec coffret intérieur pour bijoux, ou biodégradable en 8 heures pour immersion dans l’océan...
J’ai tenté d’imaginer le contenant qui aurait pu te convenir mais j’ose à peine te révéler le résultat de mes cogitations. Un cercueil plombé en forme de boule de pétanque (mais ton arthrite avancée eût empêché la position fœtale nécessaire). Pour évoquer tes anciennes illusions, j’ai pensé aussi au marteau et à la faucille mais j’avais trop peur que tu n’eusses pas la côte (d’Adam) parmi quelques millions d’âmes errantes issues des goulags… La vigueur sexuelle que tu as su garder sur le tard, les infirmières ne me contrediront pas, aurait pu aussi donner naissance à une œuvre maîtresse, s’élevant comme un phare dans la morne plaine d’un cimetière mais… il eût fallu des obsèques, disons, ... très privées. J’avais pensé aussi à t’envoyer en orbite (ça commence à se faire aux USA: 10 000 euros pour 63 millions d’années de manège, ça vous rapproche sans nul doute du paradis mais mes maigres stock options n’y suffisaient pas…). A défaut, on aurait pu te cryogéniser à –196° mais là aussi la technique n’est réservée qu’aux plus riches (qui après avoir recherché leur vie durant la chaleur des plages exotiques peuvent se payer le luxe d'une congélation temporaire)… Ils veulent brise les chaînes de la mort mais gare à ne pas briser tout bêtement la chaîne du froid... Et d’ailleurs je ne crois pas que ce soit la meilleure des choses qui puisse arriver au genre humain de te revoir frais comme un gardon dans quelques centaines d’années... Excuse moi pour ma franchise...
Ainsi la mort est-elle bien facétieuse ou plutôt ne serait-ce pas les hommes qui réinvestissent par le biais du ludique et du mauvais goût, alliés bien sûr au profit, le champ laissé libre par nos peurs... . La société a la mort qui lui ressemble... On a voulu l’occulter, on veut toujours la nier soit en brûlant le corps, soit en lui redonnant l’allure d’un vivant. Le résultat est le même: le refus pour le survivant d’accepter le défunt comme définitivement autre ? Le corps mort, aussi respectable soit-il, n’est plus une personne, sans être pour cela une chose, car porteur d’une histoire et objet d’amour... C’est peut-être le virage fondamental le plus difficile à négocier. Et la sensation confuse de “présence” constante d’un défunt que connaissent certains endeuillés n’est-elle pas la conséquence de ce même refus, de ce même déni de la mort, refus de voir le mort comme autre, définitivement et radicalement autre, dissemblable désormais... Comment faire le deuil de quelqu’un qu’on veut à tout prix maintenir tel qu’il fut... En faisant des morts d’aimables compagnons, on continue à refuser la mort des morts. Ils restent toujours des proches “disparus”, euphémisme révélateur. La séparation/intégration, la rupture ne se fait pas. Les rites primitifs déshumanisaient le mort pour qu’il soit autre et ailleurs, on voudrait, nous, qu’il soit ici et le même... Et c’est pour cela, Jean, que tu viendras hanter mes jours et mes nuits, tu n’es pas mort, tu as simplement disparu .. Faudra bien l'assumer.....
D’ailleurs, je me demande ce qu’en pense ton chien fidèle. A voir son comportement depuis ta « disparition », je mettrais ma main au feu qu’il ressent de la tristesse. N’a-t-il pas d’ailleurs pressenti ta mort, j’en ai l’impression… Ou alors je pêche par anthropomorphisme ? Si l’animal ne sait pas qu’il va mourir à long terme ( ce qui lui évite au moins d’anticiper ses frais d’obsèques), il pressent certainement la possibilité de sa mort lorsqu’un danger survient. Pressent-il la mort de son maître ? En tout cas laisse moi te dire que, lorsque mon regard s’ abîme dans la profondeur immensément triste de son regard, je crois qu’il y a souffrance, même si elle n’est pas du même type, même si nous sommes incapables de l’imaginer...
Là-dessus je vais te quitter mais pour te faire enrager une dernière fois, je vais te citer Papa Freud auquel tu préférais San Antonio, chacun ses goûts… Freud disait que nous ne savions renoncer à rien. Faire son deuil, c’est revenir au principe de réalité, donc de plaisir, c’est accepter le manque. Nous sommes tous un peu comme le mélancolique décrit par Freud, ne sachant renoncer à rien, inapte au deuil. La seule solution est donc d’échanger une chose contre une autre, aimer autre chose, le monde plutôt que soi, les vivants plutôt que les morts, ce qui est plutôt que ce qui fut. Encore faut-il que puisse se faire le travail du deuil pour accepter et non refouler le manque.....
Vivre et mourir vont ensemble. Pardonne moi, Jean, cette banalité de dernière minute... L’enfant meurt dans l’adulte et chaque heure passée dans chaque heure présente. La loi de la vie est la loi du deuil. Je sais que tu vas dire que je pontifie, que je me prends trop au sérieux. C’est pas moi qui le dit, c’est Freud et pour faire bonne mesure et te taquiner une dernière fois, je vais te citer ici, devant ta tombe, devant toi, l’anarchiste invétéré que tu fus, les mots de Dieu… Pas le Big Boss… Je veux dire par là François Mitterrand dans sa préface de “La mort intime” de Marie de Hennezel: “Jamais la mort n’a été aussi pauvre qu’en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d’exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu’ils tarissent ainsi le goût de vivre d’une source essentielle.”
l’Homo Occidentalus a feint de se croire immortel. La mort était devenue accident, anomalie. La société moderne a proscrit tout ce qui pouvait être désagréable dans le quotidien. Même si l’insupportable, la violence, la mort, reviennent en force par le biais du grand ou du petit écran, mais comme banalisées, en dehors du réel, donc tolérables car étrangères et lointaines... Un dernier sale coup à te faire aurait consister à te mettre une TV dans ta tombe, calée sur un chaîne info en permanence…. Toi qui ne croyais pas à l’enfer, à la damnation éternelle, tu l’aurais vécu à chaque minute de ton éternité, l’enfer sur terre, l’enfer sous terre…....
Nous avons perdu ce rapport particulier avec la mort, ce qui nous la rend d'autant plus redoutable à force de vouloir la nier… Mais les choses semblent bouger… On s’oriente désormais vers l’amélioration du mourir en rendant au mourant sa dignité (soins palliatifs): intégration de la mort dans les études médicales, travaux de l’université de Chicago, information du mourant sur son état par les médecins finalement soulagés de ne plus devoir assumer une responsabilité insupportable. Un documentaire percutant ébranla l’Amérique, intitulé “Dying”, dans lequel 4 agonies étaient filmées pendant des semaines comme un phénomène ethnologique. Ce fut un premier virage... On y retrouve le modèle de la mort romantique du 19 ème, de la mort familière et publique du Moyen Age, mais aussi celui de la mort solitaire et de la mort niée, refusée.....
Il va falloir composer, trouver un équilibre…. Réapprendre à mieux mourir pour mieux vivre. ....
Salut Jean… Merci pour l’interview d’outre-tombe… A un de ces jours, là où tu es...
This is the end Beautiful friend This is the end My only friend, the end
Of our elaborate plans, the end Of everything that stands, the end No safety or surprise, the end Ill never look into your eyes...again
***
En épitaphe, le beau poème de NaTaLym
Ode à la mort
Le livre de vie s'écoule, feuilles par feuilles Au-delà de nous, c'est le deuil On cherche, on trouve le déclin Il nous entraîne par la main Eau froide, eau pure Coule sur les murs Le coeur écoute sa parure Image figée d'une pluie d'été...
Le livre de vie s'écoule, feuilles par feuilles Vole au gré du vent Sonne le deuil Attends l'après vie sur le seuil Ode à la mort Qui frappe encore...
Au-delà du monde, l'univers Système solaire, si petits nous sommes... Dans son sillon Attend que viennent les rayons Atmosphère sans lendemain Sans infini, monde clandestin...
A présent Le livre de vie s'écoule, feuilles par feuilles Vole dans le vent Donne le deuil Attend la suite Du glas, encore Ode à la vie, ode à la mort Qui frappe encore... Qui frappe encore...
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=102668574
....
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Sunday 05/04/2009
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Pour inaugurer cette 2ème partie, c Aujourd’hui est donc venu le temps des funérailles, de tes funérailles.… Au fait, un ami du Web m'a suggéré plus haut que tu aurais pu t'appeler Jean-Pierre. Si l'on divulgue que tu arbores comme patronyme resté jusqu'ici secret par discrétion le doux nom de Tombale... Jean-Pierre Tombale serait du plus bel effet... Avec comme épitaphe, si tu le permets: " Il fut Jean-Pierre Tombale, le bien nommé, mais sur cette Pierre, il ne bâtit aucune église... Grand bien lui fasse..."
Bon, un peu de sérieux... Je sais que cela t'aurait fait plier en deux (si l'étroitesse du lieu l'avait permis...) mais ce n'est peut-être pas du goût de tout le monde.
Tout le monde n’a pas la chance d’être enterré sur la plage de Sète malgré une dernière supplique ou en plein Paris au Père Lachaise (longue pour la plupart…). Il faut bien admettre que tu nous auras fait marcher quelques kilomètres jusqu’au dernier moment. L’homme moderne a expulsé les cimetières hors des villes, occultant ainsi la mort physiquement pour l’occulter ensuite psychologiquement. Tu as voulu un enterrement civil, te connaissant c’était dans la logique des choses… Je te voyais mal expédié ad patres, béni, goupillonné, encensé avec l’immense consolation de savoir que Dieu, dans sa grande clémence, t’avait gardé un p’tit lopin de paradis, à toi qui détestais jardiner sauf de temps à autre dans les « vignes du seigneur »…
On t’aura au moins épargné ces assemblées d’amis et de proches dont la majorité ne croit un traître mot (traître ?... ) de ce qu’invoque un curé bien en chaire… Mais ne nous moquons pas. Pense un peu à la grande solitude du prêtre qui accomplit un rite dont lui seul connaît le sens, devant un public muet et ignorant: paroles liturgiques balbutiées, hésitations, malaise confus, signes de croix maladroits.… Il paraît que l’Eglise s’est adaptée, la famille peut personnaliser ses funérailles. Tu n’as pas voulu cela mais sache que depuis quelques années, les proches peuvent participer. On aurait pu, entre deux signes de croix, proposer une lecture, un texte personnel, un poème, une musique... J’aurais pu retracer ta vie, vaste chantier, dont j’aurais dû occulter des pans entiers. On est quand même dans un espace sacré… Je ne sais pas si je te l’avais raconté mais j’ai connu, personnellement, à l’enterrement d’un jeune voisin mort brutalement, ce désarroi stoïque et indifférent de l’assistance devant un rituel méconnu mais, lorsque les premières notes d’une chanson d’un groupe qu’il aimait, les Doors pour les connaisseurs, lorsque ces premières notes ont retenti dans l’église, une émotion d’une ampleur totale a saisi, tétanisé l’assistance. Plus question de l’au-delà mais une irruption brutale, intolérable d’un vécu affectif à jamais disparu…. Tu as choisi la simplicité de l’enterrement civil mais c’est vrai que ça manquait un peu de decorum, de panache.... J’aurais bien vu quelques notes du « This is the end » des Doors justement pour égayer l’atmosphère… C’eût été du plus bel effet… Il nous faut bien remplacer les rites obsolètes par quelque chose. Tu n’avais pas prévu que la « Belle » viendrait si tôt te prendre par la main mais tu ne vas quand même te la faire (la belle), en tout bien tout honneur, en nous plantant là comme des pauvres survivants, statufiés sous une pluie battante, empruntés et maladroits…. Expédier aujourd’hui dignement, sans avis de réception, sous une simple plaque tombale, un pauvre corps, c’est pas du billard.. Parlons en justement. Ah! Ces grands corbillards empanachés de jadis et ces femmes drapées de noir, voilettes au vent, dignes d’une scène des « Hauts de Hurlevent »... Tu as manqué ça. Un vrai drame ! Tout à fait adapté aux tendances cabotines que tu as toujours eu un peu, avoue-le… Pardon, j'oublie que c’est un peu tard pour un aveu posthume...
D’une certaine façon, heureusement que tu n’as pu assister à tes propres funérailles. ..Tu t’en faisais certainement une fête mais on est toujours déçus. Quand on pense que certains rêvent d’y assister en tant qu’acteur et spectateur !Brrrrr !…
Les solennités sont à la baisse, ça manque de « gueule »….et tout ça reste un peu guindé. Exception faite de quelques uns qui savent encore libérer leur chagrin, que de retenue !... Compassion et airs compassés, insensibilité ou sensibilité refoulée, stupeur, peur et incompréhension. Allez ! Comme tu as toujours été un peu dur d’oreille et que, de toute façon maintenant, dur de la feuille tu resteras, ainsi soit-il, je vais la tendre à ta place, discrètement.… Le vent propice m’apporte quelques bribes de phrases (dont je n’oserais pas te répéter la teneur)... “Tu prends ta voiture ou on y va ensemble !” / “Pas d’chance. C’est l’heure de pointe, on n’arrivera jamais à temps” / “Tout doit être parfait” / “Il aurait aimé que ce soit ainsi” / “Pas d’église mais une petite bénédiction, il n’était pas croyant” / “Dans la plus stricte intimité” / “Toutes mes condoléances” / “On aurait dû. Si j’avais su...” / “C’est pas possible !” / “On n'a rien à se reprocher, on a fait le maximun” / « il était beau quand même, on aurait dit qu’il dormait »/ “Pourquoi je n’ pleure pas ?”. Petits arrangements avec la mort, avec nos morts et notre mort prochaine... Paroles vides, paroles de déroute…
Mais t’inquiète, ce n’est pas leur faute. Nous sommes tous victimes. Et toi, vieux sacripant, tu n’aurais pas fait mieux à leur place…. La faute est peut-être due à la suppression progressive du deuil, des rites de mort, médiateurs essentiels entre la vie et la mort., laissant le vide autour d’eux sans qu’on sache réellement comment le combler... Mais je t’en parlerai bientôt. Tu n'en as pas fini avec moi...
Sache pourtant que, plus tard, je n’irai pas sur ta tombe pour te serrer la pince… Il m’est difficile de m’adresser au marbre, ou au granit en ce qui te concerne, de deviser avec le peu de ce qu’il reste de toi sous cette terre et que je n’ose imaginer… Tu fus chair (et tu as su en abuser, sacré dragueur...) mais, à mes yeux, ce qui fit ton humanité n’est pas un assemblage d’ossements et de viscères mais ton esprit… Je doute, s’il est encore d’un monde quelconque, qu’il réside dans cet espace bien peu confortable… Pour ma part, ce que tu fus s’est réfugié dans l’espace intime de mes neurones, le sanctuaire du souvenir, bien plus au chaud que dans l’antre glacée de la tombe, avec l’électricité en prime !… Il me plaît plus de t’y convoquer tel que tu étais, généreux, sensible, un peu vantard aussi, que de rendre visite à une tombe qui ne contient plus que du vide en formation… Mais rassure toi (bien que je doute que cela te fasse aujourd’hui ni chaud ni froid…), certains ou plutôt certaines viendront te rendre visite par besoin ou par courtoisie. A chacun ses « petits arrangements avec la mort »… Une seule chose: pour une fois, tais-toi, écoute et laisse parler les autres….Sacré Jean-Pierre, tu voulais des funérailles dépouillées, tu as été servi et si tu voyais à quoi tu as pu échapper (je te raconterais plus tard à quelles funérailles délirantes on peut assister, surtout aux USA), tu en mourrais de rire, si ce n’était déjà fait… :) Pardonne moi cette boutade un peu facile mais je n’ai pas pu m’en empêcher…
D’ailleurs te connaissant, je ne doute pas de ton sens de la répartie si , malencontreusement, tu t’étais trompé et que tu te retrouvais, le bec sans l’eau bénite, devant ton Créateur… J’imagine ta réaction…
« Salut Dieu ! Ou Allah ou Yahve, comme tu préfères…J’aimais bien Zeus, il me ressemblait plus avec son penchant pour la gente féminine mais faut bien faire avec son temps. Je te donnerais bien du « tu », tu me connais comme ta poche révolver mais avoue que c’est pas facile de tutoyer un « Trois en Un »… Et qui me dit que ce n’est pas encore un coup à toi, un miracle, le plus étonnant, faut bien dire: peut-être n’es-tu que le résultat du Néant ou de la Nature qui a tellement d’imagination ? Le miracle suprême serait que là, devant moi, tu ne sois qu’illusion, ectoplasme, hologramme, que sais-je ?, créé par une Nature farceuse à partir de ta non-existence…
Mais bon, jouons le jeu. Que dire pour ma défense ? Pas besoin d’avocat, ce serait de toute façon celui du diable… Si beaucoup de ceux ou celles qui croient en toi sont sincères, je n’en doute pas, j’invoque pour tous les Jean identiques à moi-même qui ont traversé les siècles d’avoir « péché » en toute honnêteté. Puisque pour moi tu n’existais pas, je n’ai donc pas massacré en ton nom, je n’ai pas violé en ton nom, je n’ai pas brûlé mon prochain en ton nom, je n’ai pas forcé quiconque par tous les moyens à croire en ton nom, je n’ai pas accumulé richesses et joui du pouvoir en ton nom, je n’ai pas renié, excommunié en ton nom, je n’ai pas suivi les conventions sociales, mis mes beaux atours pour te célébrer le dimanche et jeter en suite quelques centimes dans la sébile de celui qui n’avait droit qu’au parvis de tes demeures... Je n’ai pas fustigé ce qui peut préserver de la maladie en ton nom, jeté l’anathème sur tout ce que ton représentant sur terre considère comme déviant, en ton nom… J’assume mes erreurs, mes petits égoïsmes, en mon nom…
Et avoue que tu n’es pas toujours très clair, j’en connais des pistonnés … en ton nom. Se croire prédestiné, dès avant la naissance, au salut final, c’est pas du piston, ça ?… Bon, j’arrête là, si tu me prêtes « vie » dans ton au-delà, je reviendrai sur ce Dialogue avec toi un peu plus tard… Il y a de quoi l’étoffer... Allez ! Sans rancune. Dieu soit loué ! (au fait, combien la caution ?)… »
Il est temps de fermer ton clapet, Jean-Pierre… Je vais te laisser prendre un peu de repos, la journée a été rude, et je reviendrai bientôt te voir, une 3ème et dernière fois, pour deviser un peu sur le vaste problème du deuil… Même mort, faut que tu continues de nous coller aux basques… et pour longtemps.
omme transition, citons ici Saint-Exupéry: “Une civilisation se juge à la manière dont elle soigne ses malades et dont elle enterre ses morts”.
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Wednesday 01/04/2009
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Allez, une fois n’est pas coutume, je vous convie aux derniers instants d’un ami...
Jean est parti, nous a quittés…. Je n’ose pas prononce l’expression tabou, « Jean est mort » …. Notre époque cultive l’art de l’euphémisme pour épargner nos « sensibilités » d’homme moderne ou cacher la cruelle réalité des choses qui gratouillent nos consciences (comme la femme de ménage promue technicienne de surface.. avec le même salaire). Alors disons le crûment: Jean est mort… Ou « John is dead », ça a un peu plus de gueule… Un p’tit côté Lennon…
Mais qui est Jean ? Moi, vous, tout le monde… Un anonyme qui n’a pas fini sur le trottoir du Dakota Hôtel. J’aurais pu l’appeler Vincent, François ou Paul pour faire un p’tit clin d’œil à Sautet…. J’ai trouvé que Jean sonnait bien, comme les trompettes de l’Apocalypse… J’avais pensé à Lazare mais c’est une exception qui conviendrait fort peu aux propos qui vont suivre… Il me fallait un vrai mort, un pur et dur, à « six feet under » ad vitam eternam…
Avant la fin, nous avons beaucoup échangé… Car pour Jean il s’agissait bien d’une fin. Comme la plupart des hommes, il refusa jusqu’aux derniers instants « les petits arrangements avec la mort ». Il n’était pas du genre à s’aveugler en s’inventant un après, un ailleurs, comme nous pouvons aussi nous créer des petits arrangements quotidiens avec la vie, nos manques, nos incapacités à agir... Il n’était pas du genre à transiger, Jean, à pactiser avec Dieu. Un peu avec le diable, avouons le... Dieu ait son âme ! Oups!... Excuse moi Jean mais 2 millénaires d’habitudes ne disparaissent pas si aisément....
Je dois dire qu’il m’a bluffé jusqu’à la fin, prêt à affronter sereinement le Néant ou le Mystère (il était plutôt agnostique) alors qu’il n’avait pas le recours des béquilles conçues par un Imaginaire religieux… Pas d’Extrême-Onction, tout juste une extrême ponction imposée par un acharnement thérapeutique...
Mais chapeau, Jean, bien que tu n'en portât jamais !… Résister ainsi à cet étrange pouvoir de l'esprit à se tromper lui-même, ce n’est pas donné à tout le monde. J’ai écrit récemment à une amie sur le web que Mermoz ou Saint-Ex, je ne sais plus, avait fait cette allusion au renoncement divin, réelle condition de la grandeur humaine... Puisque c’est choisir d’être libre mais aussi d’être seul face à l’Après... Tu as su faire tienne cette position courageuse: assumer sa solitude dernière et sa disparition définitive…
Mais partir n’a pas été de tout repos éternel… Tu m’avais confié ton désir de choisir toi-même l’heure du grand saut sans élastique…. Problème: l’élastique médical est solide et personne n’osa le couper pour accéder à ton désir.
Je suis allé te voir au fin fond de ces mouroirs modernes et aseptisés. Les visites étaient peu nombreuses. Pas de bol, Jean… Au beaux jours du XIXème romantique, la mort était belle, on pleurait abondamment et les deuils étaient exubérants. Tu es mort trop tard. Forcément, fallait pas naître trop tard non plus… C’est vrai que t’es pas toujours beau à voir et, c’est pas ta faute, mon vieux, mais tu nous rappelles ce qu’on veut, nous hommes modernes, à tout prix oublier, tu nous rappelles ce qu’on sera inévitablement… Alors faut pas nous en vouloir: les aspects extérieurs de la décrépitude, de la maladie et de la mort, on n’en veut plus. On n’est plus au Moyen Age quand même… Là pour le coup, t’es vraiment né et mort vraiment trop tard. Jadis, tu n’aurais effrayé personne. Faut dire que la mort, on connaissait, c’était une « amie » de tous les jours... On savait l’affronter et surtout s'y préparer. Tu aurais eu à tes côtes ton "Memento mori", petit recueil de la bonne mort, tu serais mort chez toi, entouré des tiens... A moins bien sûr, avec ton manque de bol habituel, de t’être fait étriper dans une guerre de cents interminable (aujourd’hui, on est plus rapide et efficace, modernité oblige) ou égorger sur les bonnes routes du royaume… Mais bon ! tout n’était pas parfait non plus en ces temps pourtant bénis par Dieu, à l’abri des cathédrales, et sous la protection des prières de moines « désintéressés » qui n’avaient pas encore découvert les vertus du fameux Chaussée…
Mais tu nous quittes en 2009 !… On n’est plus des brutes . La médicalisation, le confort, l’intimité, l’hygiène personnelle ont progressé. On n’a plus la sensibilité grossière de nos ancêtres, nos sens affinés ne supportent plus les odeurs ou les souffrances de la mort telle qu’on la vivait auparavant. Les charniers, c’était d’une autre époque comme ce splendide Cimetière de Innocents où les ossements s’entassaient dans des niches devant lesquelles on venait faire son marché !... Répugnant !... Insupportable !... Ou à la rigueur à quelques milliers de km de notre bon pays. Un charnier roumain ou bosniaque, ça remue les consciences mais épargne nos sens (surtout la vue et l’odorat) polis par les bonnes mœurs et la civilité…
Tu dois donc bien comprendre que tout cela rend la promiscuité avec la mort plus lourde à supporter. La mort laide et sale, et donc la mort cachée, a fait son entrée sur la grande scène de notre vie moderne… Moi qui te connais bien, je suis venu te voir mais il est vrai qu‘un sentiment diffus de malaise planait sur nos rencontres… A mon corps (et esprit) défendant...
Moi le visiteur occasionnel, je me sentais de trop dans ce ballet ininterrompu des rites hospitaliers: allées et venues, perfusions, fébrilité, isolement, paravent, malaise et métal froid, omniprésence du blanc, du pur, du non souillé auquel tu faisais offense, sourires contraints, solitude, sans objets et amis chers, phrases toutes faites et condescendantes, “Comment il va, le p'tit monsieur aujourd’hui ?"… Pauvre Jean, à peine occis, même pas encore réincarné, et l’on te parle déjà comme à un enfant (ou à un débile peut-être à cause de ton karma peu reluisant). Et le temps passe... Et l’hôpital, fait pour guérir, s’acharne à esquiver la mort qui consacrerait son propre échec …
Ce que tu vis là, de cette façon, ces derniers instants, un homme du Moyen Age les aurait qualifiés de « mauvaise mort ». La mort maudite d’autrefois était la mort inaperçue, sans conscience... Curieusement, elle est devenue la bonne mort, la belle mort d’aujourd’hui. « Il est mort dans son sommeil.. » « Il a eu une belle mort, il ne s’est pas réveillé… » La mauvaise mort, au yeux du personnel, est celle de celui qui sait, qui proteste et se révolte...
La dissimulation s’installe et l’on ne peut plus se préparer au départ comme par le passé. L’heure des derniers adieux, des dernières recommandations, heure intime ou solennelle en public, fait partie d’un passé révolu. On part sans rien dire... Alors, Jean, un dernier effort, n’as-tu pas compris qu’il vaut mieux mourir discrètement, sans qu’on s’en aperçoive, à l’abri des regards, sans perturber le service… Hôpital ! Silence…
Et c’est dans le silence que tu nous as quittés… Dans quelques jours viendra le temps des funérailles. Je vous laisse méditer un peu et boire un p'tit remontant avant de passer aux réjouissances... dans peu de temps.
A+ Daniel
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