Extrait: surf Lanzarote 2003
"4h45 du mat le réveil sonne..j'ai le plus grand mal à me sortir du lit.
Je croyais avoir été raisonnable sur la fête de la veille mais apparemment pas suffisamment.
Juste le temps de prendre mon sac, d'enfiler mon maillot, un sweet, une polaire et des tongues et me voilà au rendez vous de 5h au local surf .
objectif : être sur l'eau pour le lever du soleil. Moi si enthousiaste la veille le suis beaucoup moins ce matin… je me traine jusqu'au camion , m'installe et me rendort.
Nous voilà parti ! nous traversons l'île d'est en ouest dans la nuit direction le spot de Famara qu'on appelle la piste car il faut rouler un moment au milieu des roches volcaniques sur des chemins boueux et sinueux…
Nous faisons une arrivée fracassante à la « camel trophy » histoire de préciser que le spot est à nous !! çà finit de me réveiller.
Il fait toujours nuit, il n'y a personne.. Matt sort la caméra et la braque sur moi en me demandant mes impressions… suis éblouie . j'ai sommeil et froid. Je finis par grommeler que c'est un sport de psychopathe et qu'il faut que je sois sacrément tarée pour être là..
Il n'y pas un souffle d'air.. on entend seulement le grondement permanent des vagues.. j'enfile cette foutue combi froide et mouillée de la veille.. je râle.. le plus dur est d'enlever le sweet.
Quelques minutes après me voilà partie, le surf sous le bras je m'enfonce dans l'eau.Au contact des premières mousses je me hisse sur les pieds comme si je ne voulais pas me faire mouiller… dans les secondes qui suivent une belle vague me rappelle que cet effort là est absolument inutil..
Je n'ai déjà plus ni froid ni sommeil : la partie a commencé sans que je puisse décider des règles. Ici seule la mer est maître du jeu.
Je m'allonge sur le surf.
Je dois passer la barre de suite avant d'être trop fatiguée. Les vagues sont serrées et la lutte est permanente . si tu lâches prise la partie est terminée.
Le jour commence à faire son apparition.. je distingue désormais le contour de l'immense falaise, derrière moi se détache l'île de la Graciosa et sur ma droite une série de petits volcans. Je viens de passer la barre et suis en attente. Je décide de profiter du paysage qui rosit progressivement… c'est beau.. c'est tout.
Le soleil se lève et je respire à pleins poumons en m'étonnant de la chance que j'ai d'être là…
…
Il va falloir que j'y aille. Je me rapproche de Jimmy.. çà me rassure. Une ondulation de la mer me rapproche des vagues.. on dirait une bête gigantesque qui passe sous nous.. .penses pas.
Une ondulation se forme cette fois derrière moi. j'entends Jimmy : « Rame Isa Rame ».. je jète un œil derrière moi et m'exécute.. plus impressionant que la vue c'est le bruit qui arrive dans le dos qui fais frémir… je rame du mieux que je peux… le bruit énorme est là cette fois , tout près, inondant mes oreilles.un vacarme qui dit que je suis une poussière et que si je reste là dans quelques secondes je ne serais plus rien… Je rame comme si je voulais fuir mais la bête me soulève et je sent cette force gigantesque qui me hisse dans les airs… je me redresse et soudain ma planche bascule. Je crois tomber d'un étage… je glisse… j'ai envie d'hurler et de rire .. en pensant victorieuse «. je t'ai bien eu» …mais rapidement la vague me rattrape et comme pour me rappeler que c'est elle la reine elle m'engloutie…un instant je ne vois plus rien, je ne sais plus trop le haut ? le bas ?... et puis je suis tirée par le pied… le surf me ramène au ciel… je part sur le sable et m'étale, les bras en croix… je souris.."