Lecture au bestiaire
J’ai lu les chats, les singes, les chiens, et même les dromadaires.
J’ai lu les vaches, les dauphins, et les pics verts.
J’ai senti de loin le mal m’envahir,
Réfugié dans un coin me faire, en vain, vomir.
Le lait maternel n’a eu pour effet que de m’appesantir,
L’intégrale nudité a eu vent de me trahir.
Je me suis habillé en vestale du vertige,
En époux, en épouvantail de série bête à mourir.
J’ai relu les chats, les singes, les chiens,
Et l’hippocampe en sus,
J’ai relu les vaches les dauphins,
Dévoré les lapins dans l’ bus.
J’ai oublié les pics verts qui toquaient dans ma tête,
Abrogé les hivers, les gelures, les défaites.
Et pourquoi ?
Pour apprendre que je suis plus bête qu’un appendice qu’on retire,
Plus flasque qu’une limace qui s’étire.
La gamelle a du bon, chaque jour les croquettes
Tombent dans l’assiette,
Rendez-vous redondant de la condition dite animale.
Le reflet dans le vase m’indique des rondeurs d’athlète
De la méditation horizontale.
Quoi de mieux qu’un bif steak après les tirades de Hamlet,
Si Shakespeare avait été un cochon,
Ce que sans nul doute il était, Il aurait pris soin d’écrire
Le monologue du jambon fumé aux herbes de Tasmanie ou d’ailleurs.
« Manger ou être mangé, telle est la véritable question,
Avant toute considération ego existentielle. »
J’ai adopté Jack London, apprivoisé Rimbaud sans jamais le comprendre.
J’ai dévoré Simenon qui ne m’avait pourtant rien fait,
Mais que je place au Panthéon de ma gastronomie bestiale.
Là, j’ai du relire encore les chats, les singes, consulter les vers de terre.
J’ai une fois de plus relu les vaches dans le filet
Que je m’étais confectionné à base de plumes d’étourneaux,
Simple vengeance après qu’ils eussent picoré en une matinée,
Mes cerises blanches dont mon existence raffole.
J’ai relu les dauphins, en faisant, cette fois, abstraction de Flipper.
Toujours aucune révélation, pas même une flagrance, un éveil, une initiation.
Rien ! Je crois que je suis bête et le resterai ad vitam,
Pour l’éternam, on en parle une autre fois, si vous vous voulez bien !
Tout ceci m’inspire une pensée, Il y en a plein le jardin,
Il faut juste se pencher pour les ramasser :
« La vie c’est comme le chien dent, si t’enlèves pas les racines,
Ça finit toujours par repousser et tout envahir.
En fait, je trouve les humains assez envahissants ! »