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Walter

Walter Malldwight


Last Updated: 4/10/2009

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Friday, November 28, 2008 
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Parlons de choses légères et sérieuses.


Style et substance. Coton et cachemire. H&M et Bompard.



Premier sujet : le rapport de la commission parlementaire sur la justice des mineurs et une de ses propositions, la responsabilité pénale fixée à douze ans.


Rappelons brièvement que depuis qu’elle a été établie en 1945, l’ordonnance relative à « l’enfance délinquante » – formule désuète qui nous fait imaginer une répression spéciale du vol à l’étalage ou de l’inscription injurieuse sur le mur d’enceinte d’une école ; « parigots, têtes de veaux ! » – a subi un peu plus de quarante modifications, dont la dernière (et pas des moindres), autorise que certains mineurs de 16 à 18 ans soient jugés comme des adultes (cf. la loi d’août 2007 sur la récidive).


Je n’ai pas toutes les clés en main pour en parler de façon exhaustive, je vais donc rédiger au débotté. Dans un premier temps, l’âge de douze ans aurait été avancé par l’ONU – c’est ce que j’ai entendu à la radio de la bouche d’un pro. Les anti ne manqueront pas, j’espère, de chercher cette prétendue recommandation, et d’en dénoter le contexte afin de faire toute la lumière sur ce propos. J’ai pour ma part du mal à imaginer que l’ONU fasse ce genre de proposition d’une part et tente de désarmer des enfants-soldats pour les (re)scolariser d’autre part.


Car oui, c’est tout le propos de l’ordonnance de 45. Le texte affirme on ne peut plus clairement que si les enfants sont acteurs d’actes délictueux ou criminels envisagés par le droit pénal, ils sont soumis à une justice spécifique, basée sur un principe fondamental : la primauté de l’éducation sur la répression.


J’arrive donc au second temps de ce propos, et je me permettrai un parallèle. Pénaliser un enfant (j’entends, le soumettre aux mêmes exigences pénales qu’un adulte – nous parlons ici de responsabilité) revient à le priver des repères fondamentaux nécessaires à sa construction personnelle ; repères familiaux (s’ils existent), repères scolaires (heureusement obligatoires jusqu’à seize ans), repères psychologiques : le passage effectif de l’adolescence à l’âge adulte n’est pas aussi simple qu’une loi qui fixe la majorité à 18 ans. Il en va de même pour le passage de l’enfance à l’adolescence – car enfin, nous nous engageons sur une pente drôlement glissante : si l’on admet qu’un chauve est une personne qui n’a pas de cheveux, qu’en est-il des personnes qui ont, par exemple, une dizaines de cheveux ? Elles ne sont pas chauves stricto sensu, mais elles ne sont pas davantage chevelues. De la même façon, certains enfants sont plus à même de comprendre la nature de leurs actes – et d’en assumer la responsabilité – avant douze ans, tandis que d’autres, pour des raisons psychologiques, sociales, familiales (ou tout ce que vous voulez – simplement, des raisons propres à la personnalité de chacun) sont conscients un peu plus tard de leurs actes, de leurs portées. On a tous en tête des séries télé où des enquêteurs ou policiers sont confrontés à des très jeunes psychopathes terrifiants ; peut-être certains d’entre mes lecteurs ont lu La nuit des enfants-rois de B. Lenteric ; mais dans tous les cas, ces surdoués machiavéliques qui échafaudent des plans terribles, n’appartiennent-ils pas qu’à la fiction ?


Je ne dis pas que les enfants sont purs comme des petits zagneaux qui gambadent gentiment dans de vertes prairies – simplement, ne peut-on pas laisser à l’enfance le temps qu’il lui faut pour se dérouler pleinement, sans devoir déjà la plomber d’une menace pénale ? A douze ans ? Vous vous imaginez à douze ans devant un substitut du procureur pour vous entendre dire un rappel à la loi ? A un enfant on dit que ce qu’il a fait est « mal », et on tâche de lui expliquer pourquoi afin qu’il ne recommence pas – c’est tout le sens de l’ordonnance de 45. Devrons-nous, bientôt, devoir dire à des gamins que boxer ses petits camarades à la récré « c’est mal, en vertu de telle loi modifiée par tel décret ?... »



*


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Voilà une petite image pour répondre à la remarque complètement idiote d’une gribouilleuse de Métro, que je vais citer (les deux) : il s’agit donc de Talia Soghomonian, qui écrit qu’« à l’écoute de ce nouveau disque, un peu trop sage, on en viendrait presque à regretter la Britney qui se rasait la tête dans un salon de tatouage sous le regard ébahi des fans et des paparazzi. »


Donc, chère mademoiselle Soghomonian, je me permets plusieurs commentaires. D’abord Britney ne s’est pas rasé la tête chez un tatoueur, mais chez une coiffeuse, ce qui fait sens, vous le noterez. Je crois d’ailleurs que ladite coiffeuse avait refusé de le faire elle-même, mais avait tout de même récupéré les cheveux pour les vendre sur eBay. Ensuite, oui, Britney est allée chez le tatoueur. Et devinez ce qu’on fait chez le tatoueur ? Mhmm ? Oh pardon, je vais trop vite ?... Reprenons : coiffeur = se faire couper les cheveux. Ayé, on est bon ? Alors tatoueur = se faire tatouer. Donc oui, elle s’est fait tatoué le bas du ventre d’on ne sait quoi – et je n’ai pas peur de dire qu’on s’en tape – sous le regard non pas ébahi, mais avide, des paparazzis. Les fans, s’il y en avait, n’ont pas dû comprendre pourquoi tout le monde photographiait une chauve qui se fait raturer le minou.


Ensuite, petite madame, vous conviendrez qu’on ne regrette pas qu’une fille comme Britney, qui est il faut le reconnaître une aimable courge (à sa décharge, sa mère l’exploite depuis le plus jeune âge ; difficile d’être convenablement scolarisé dans ces cas-là), se soit un peu calmée. Je ne vois pas d’autre intérêt, sinon mercantile (et encore je parle de presse à scandale, puisque en termes de ventes, ses frasques n’ont pas aidé la chanteuse à vendre plus d’albums), que celui de revoir la jeune fille péter à nouveau les plombs. Je ne sais pas si vous avez vu ces images où la boulotte chauve défonce le rétro d’une voiture (celle d’un paparazzi, étonnamment) à coup de parapluie, mais personnellement, je trouve ça plus flippant que rigolo-lol.


Voilà pour l’introduction. Venons-en au fond : cet album sorti hier, ou aujourd’hui, ou demain, bref la date on s’en cogne, tout le monde l’a déjà écouté.



La première question qu’on est en mesure de se poser, c’est : pourquoi un album si près du précédent, qui était tout de même très convenable ? D’accord, Gimme more n’était pas une idée pour faire un single, mais Piece of me ou Toy Soldier étaient assurément destinés à faire un carton. Demi-succès pour Piece of me (dont le clip cependant nous montre un Britney toujours capable d’autodérision, au même titre que Paris Hilton dont je ne saurais que trop vous recommander le dernier chef-d’œuvre), succès d’estime pour Toy Soldier. Break the ice a donné lieu à un clip façon manga assez hermétique, ou une blonde court dans tous les sens pour finalement traverser un plafond de verre et atterrir au milieu d’une réception – dommage, car la chanson n’est pas mal, tout comme Freakshow, pourtant pas promue. Preuve s’il en est que le précédent album a été mal exploité, on retrouve sur le nouveau le Radar qui, peut-être, était destiné à faire un single. (Du coup quand « Metro recommande Unusual you, Womanizer et Radar », ça fait tarte. On se renseigne, Taliachou, avant d’écrire de la bouillabaisse dans un gratuit.)


On ne se trompe pas vraiment quand on peut lire, ici et là, qu’elle – du moins, son staff, qui assurément connaît son affaire – a repris quelques bribes de succès passés. Sans vouloir disséquer l’album, j’ai relevé malgré moi quelques occurrences que je vous laisserai le soin de vérifier… Et que je vous livre avec une vague critique généraliste, qui donnera peut-être des idées pour la critique musicale (n’ayons pas peur des mots) de Métro, dénommée je le rappelle Talia Soghomonian. Un petit copier-coller sympa pour Google : Talia Soghomonian.


Womanizer, déjà, reprend cette tonalité volontaire de vieux tubes ; Crazy ou Stronger, par exemple (alors que le clip mélange différents rôles interprétés dans d’autres clips ; la James Bond Girl de Toxic, la dominatrix de Crazy, la chaudasse de I love rock’n roll). Chanson efficace puisque je me suis levé ce matin en susurrant (avec quand même la voix virile du mec qui sort du lit) Boy don’t try to front ah I know just just what you are ah ah… Bref.


Voyons Circus, où elle demande let me see what you can do, qui rappelle le I wanna see what you can do exigé dans Slave for you. Ensuite le refrain I killed the Lights (Pure) The Lights (Satis) The Lights (Faction) / I kill the Lights (Lights) The Lights (Camera) The Lights (Action) dont les césures (ok, bien grand mot je l’avoue) rappelle les hachés multivocaux de Overprotected. Les thèmes (discursifs, pas musicaux) de Circus et Kill the lights rappellent bien sûr Lucky, What it’s like to be me, Piece of Me, et Kill the lights qui clôt – pour le moment – le storytelling « Britney et le reste du monde » : « Je suis riche et célèbre, bouhouhou mais tellement seule à l’intérieur » (Lucky) ; « c’est dur d’être une star donc me les brise pas, chéri » (What it’s like to be me) ; « T’en as pas marre de me voir dans Voici et Closer toutes les semaines ? Tu veux me bouffer en brochettes ? » (Piece of Me) ; « Ok, je reviens, mais c’est moi qui gère tout – Total control Queen » (Kill the lights). Queen (of Pop) d’ailleurs proclamée dès l’intro (par Danja, collaborateur de Timbaland), prête à détrôner Madonna ?... Vu le style, les poses et les allures qu’elle prend dans les premières images du clip Circus qui circulent déjà sous la forme d’un teasing de trente secondes, c’est de plus en plus certain. Après le duo In the Zone qui sonnait comme une « donation du vivant », le bisou mouillé qu’elles avaient échangé lors de je ne sais plus quelle cérémonie qui tendait à l’« inceste », complété par l’apparition de la demoiselle au Dodger Stadium le 6 novembre dernier, lors du show à L.A. de la Diva, qui tient lieu de « dernière réunion de famille » (avec Justin T., le fils homosexuel caché dans les coulisses prêt à entrer pour 4 minutes), Circus annonce le régicide… Ou la retraite. Maintenant queen, Britney relègue Madonna au rang de Queen Mum.


Circus demande, au même titre que In the Zone, que tout le monde la rejoigne pour faire dudit circus – où elle est, encore et toujours, la bête de foire ; celle que l’on a déjà croisée dans le très sautillant Freakshow – un dancefloor – où elle pourra se fondre dans la masse.


Shattered Glass (aucun rapport avec Philip) ressemble à la suite de Kill the light, comme un extended mix. La chanson en soi ne vaut pas grand chose. If you seek Amy (subtil jeu homophonique qui donne F-U-C-K-ME, jeu qu’auront bien sûr détecté les ex-utilisateurs d’ICQ) fait penser à une chanson de Rihanna (Disturbia pour l’intro, SOS pour les couplets).


L’album bien sûr charrie son lot de slows dégoulinants, où il n’est que question d’amour, de good-bye, de forever, de dream et de reality ; subtil mélange de bouhouhou et de hihihi ; le côté « je suis triste et mal aimée et seule » de Walk on by conclu par le « bon finalement ça va pas si mal, ptêt bien que j’ai un peu dramatisé et que l’avenir sera porteur » de When I found you.



Bref en deux mots, c’est un bon album, qui devrait s’accompagner d’une promo dévastatrice. Ceux des fans qui ont vu les photos du booklet apprécieront de voir notre chère Brittany sourire.



Juste pour le ranking, une dernière fois pour la route : Talia Soghomonian.



J*



Sunday, November 09, 2008 


Salut à toi, lecteur, qui vient rafraîchir ton esprit desséché à la source de mon intarissable faconde.



Alors bon, j’avoue, c’est un peu tard pour vous donner de mes nouvelles.


J’ai soutenu mon merveilleux mémoire intitulé « L’expression de la nature morte chez Caravage ». Je me suis fait aimablement démolir par mon jury, dont un membre à déclaré quelque chose comme « certaines pages sont passionnantes, mais, tout à coup, vous partez dans des explications qu’on peine à suivre et on se dit : "bon, laissons-le délirer, on finira bien par reprendre le fil. " »


Un autre de me demander : « …et pourquoi vous appuyer sur le Merleau-Ponty des dernières années que sur celui de la Phénoménologie de la Perception ? »


J’veux dire, il sait qui je suis, lui ? D’où il me casse les bonbons sur un auteur que je pratique, pour ainsi dire, depuis que je suis pubère ?... La question suivante, c’est quoi ?, « êtes-vous sûr d’avoir écouté les œuvres majeures de Philip Glass ? » ; « pourriez-vous vraiment chanter, en entier et dans deux langues, C’est la fête / Be our guest tiré de La Belle et la Bête de Disney ? » ; « Et votre prénom, vous êtes certain que c’est le bon ?... »


Restons sérieux. C’est pas une équation de Schrödinger, c’est L’Œil et l’Esprit, quoi. Il espérait vraiment me coller en me demandant d’expliquer mon « choix éditorial » ?...



Bon.


14, une mention bien, mais une heure et demie de soutenance, quand même.



Alors me voilà engagé pour un M2. C’était l’idée. Avec un nouveau sujet de mémoire à circonscrire d’après quelques idées que j’ai déjà, à faire valider par mon futur directeur de mémoire, qui n’est autre que l’ancien, c’est-à-dire le même, et qui m’a déclaré : « Si vous voulez que je vous dirige (Ksh ! ksh ! – bruit de fouet), il faudra revoir votre méthode de travail.



*



Autre nouvelle de poids : j’ai trouvé un job. Peut-être pas le job étudiant de mes rêves (je sens comme une contradiction dans cette expression, un peu comme dans « la charcuterie rêvée d’un végétarien » ou « la démocratie idoine d’un nord-coréen »), mais enfin, ça me beurrera l’épinard. Mais quoi, vous demandez-vous ? Ah ! Je ne peux pas trop en dire. Si je veux vous régaler prochainement d’anecdotes absolument délicieuses, il me faut garder un minimum de discrétion. Je suis vendeur dans un magasin d’objets de décoration et de linge de maison, voilà comment nous le dirons.



*


Connaissez-vous cet homme ?


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Vous allez prochainement le vouloir dans votre lit. (Ou votre cuisine, ou les deux.)





*



Enfin, un peu de piapiapia sur Philip Glass, au sujet d’un nouvelle interprétation de célèbres compositions / transcriptions pour piano.



0886971195729.jpgPhilip Glass, The Piano Music par John Lenehan.


Je suis de ceux qui apprécient de connaître plusieurs versions d’une même composition pour en préférer une. Mais voilà. Lenehan nous livre une compilation pianistique éminemment dispensable, quand on le compare à de précédents enregistrements. Pour le détail :


1. Glasswork, Opening. Outre la version originale que l’on trouve sur l’enregistrement Glassworks (1982), Alessandra Celletti (Metamorphosis, 2005) en fait une reprise très appréciable du point de vue de la qualité d’enregistrement… Et de l’interprétation. C’est doux, c’est plaisant, ça donne envie de faire des bisous à l’Italienne. Lenehan : au tas. Interprétation étouffée (ce qui vaut pour tout le reste de l’album), molle du cul.


Trilogy Sonata. 2. Einstein on the beach : knee play n°4 ; 3. Satyagraha : conclusion act 3 ; 4. Akhnaten : scene 3, dance.


Déjà, c’était une drôle d’idée d’adapter des ptits bouts d’opéra pour en faire une sonate (1998, par Riesman et Muhly). Mais soit, car le résultat est réussi, surtout dans l’interprétation de Paul Barnes (The Orphée Suite for Piano, 2003). (Steffen Schleiermacher a pour sa part raté son coup en 2006 dans son album Dances and Sonata, du moins, pour la partie Sonata.) Mais voilà, En écoutant Lenehan, on se demande comment il a déchiffré la partition. Je propose : avec un œil fermé et en écoutant autre chose. Il joue piano quand on lui demande forte, staccato quand on lui demande legato, etc, etc.



The Hours, 4-14.


Alors là, c’est le pompon. Plus inutile qu’une anthologie de Clayderman. C’est mal joué, voilà ! Je ne vois pas quoi dire de plus. Michael Riesman, qui est l’auteur de la transcription pour piano, avait réalisé un enregistrement parfait de l’intégralité de la transcription (Music from the Hours, 2004), et Alessandra Celletti avait magnifiquement repris Dead Things et The Poet Acts.



Bref, si vous le voyez en magasin, au demeurant à un prix scandaleux, ne l’achetez pas. A la rigueur, en occasion sur internet, pour vous faire une idée.


Prochainement je ferai un commentaire beaucoup plus aimable sur les Songs and Poems pour violoncelle interprétés par Wendy Sutton.



J*


Sunday, October 05, 2008 

Je donne jeudi prochain une conférence sobrement intitulée Promenade à Rome.



A Moulins sur Allier (03), au Colisée (non, c'est pas une blague), Cours Anatole France, 15h.



Ce sera chouette, faut viendre.



J*

Wednesday, October 01, 2008 


......

..


........


J’emprunte ce titre à Haendel pour annoncer la couleur : je vais parler de choix. Je vais tenter, du moins.


J’ai vu hier soir La vie devant ses yeux (The life before her eyes) de Vadim Perelman, adaptation du roman de Laura Kasischke avec notamment Uma Thurman. Le film traite d’une tuerie dans un lycée survenue il y a quinze ans (« le pitch est d’actualité en plus, lulz », a constaté J~) et de ses implications dans le réel : le drame ressurgit dans la vie de l’héroïne sous forme de flashes.


Difficile d’en dire plus sans révéler le nœud de l’intrigue, nœud d’autant plus gordien qu’il porte tout à la fois sur les faits, la perception qu’on en a (nous spectateurs) et l’imagination des personnages du film – ou plus exactement, leur aptitude à restituer un souvenir, à le revivre, et partiellement, à le recréer. Au final je crois qu’il n’est pas très grave qu’on ne comprenne pas la fin du film – car oui, en discutant avec deux personnes en sortant du cinéma, il apparut que nous étudions tous trois dubitatifs, avec cependant chacun nos idées sur l’interprétation à envisager. Pourquoi nous n’avons pas d’indice sur la raison de la tuerie, sur ce qui passe dans la tête du tueur ? Aucune importance, nous avons vu Elephant et Bowling for Columbine ; et même si ces films recèlent chacun leur lot de stéréotypes et d’inexactitudes, ils nous permettent d’au moins entrevoir un malaise, une terreur, qui poussent certains êtres à se débarrasser de ce malaise en se débarrassant de ceux qui l’ont généré. (Bien sûr, que je grossis le trait. Je n’élève pas ça en théorie, je propose, c’est tout.)


C’est le premier choix : mourir ou tuer – mourir ou faire mourir ? Souvent (encore une fois, je synthétise) les auteurs de school rampages (pour employer la terminologie américaine) d’abord tuent, puis retournent leur arme contre eux. C’est notamment ce qui s’est passé en Finlande il y a quelques temps. Comme si l’acte de donner la mort devait être absous, « résolu », en périssant par la même voie, comme si à la mort qu’on donne ne devait jamais que succéder la mort qu’on prend, pour s’épargner la justice des autres hommes – celle des vivants – qui sont, pour l’une inopérante, pour les autres incapables de comprendre à moins de forcer, surinterpréter les mouvements d’une conscience.


Il est d’ailleurs beaucoup question de conscience dans ce film. Du moins son nom est souvent invoqué ma sa définition ne surgit jamais, et le réalisateur tâche d’en circonscrire les effets par quelques exemples, exemples pour le moins cruciaux : choisir de mourir, encore une fois, ou de laisser mourir, ou plutôt laisser tuer. Car le tueur demande aux deux filles, qui hurlent « ne nous tue pas ! », « je ne vais en tuer qu’une, mais laquelle ? » ; au moment qui suit l’une déclare « si tu ne devais en tuer qu’une, que ce soit moi ». Premier choix. Le second choix, qui échoit (hihi) à son amie, c’est donc : dois-je laisser mourir ou dois-je me proposer à sa place ? Car voilà la question : qu’est-ce qui fait qu’à un moment, une conscience décide que c’est pour elle le moment de mourir, de tout abandonner ?... Je me rappelle un jour de MP qui s’était extasiée devant une émission de divertissement : « Bilitis, Bilitis !Quand on a écouté ça, on peut mourir. » (Ce que Bilitis vient faire là-dedans, j’en sais fichtre rien, mais ce furent ses mots. Elle se fit sévèrement remonter les bretelles par mon oncle qui se trouvait là, pas tant à cause de la phrase mais plutôt sur le choix de « ce qu’il faut écouter avant de mourir » – ce devait être un braillard quelconque qui s’époumonait sur des vocalises sirupeuses.) Des livres sortent, maintenant, et ont pour titre Les mille films qu’il faut voir avant de mourir, 500 œuvres d’art à connaître, ce genre d’intitulés. (Je connais des cinéphiles et des étudiants en histoire de l’art qui peuvent déjà se trancher les veines dans une baignoire.)


Bref.


Je repose la question : à quel moment peut-on considérer qu’on est libre de mourir (suicide), ou qu’on est disponible pour mourir (proposition de meurtre, comme dans le film) ?


Pour ma part, envisager le suicide reviendrait à constater que je ne suis plus capable d’apprendre, ou que j’en ai assez appris ; ou encore, que j’ai définitivement perdu face au temps et que je ne supporte plus ses excès ; ou pire, que j’ai cédé face à moi-même. Assurément, je préfèrerais mourir avant de voir mourir ceux que j’aime ; le deuil est à proprement parler un poids. Est-ce le raisonnement de la fille dans le film ? « Je décide de mourir maintenant, tant que j’en ai le choix, parce que je ne supporterai pas de voir mourir mon amie – et surtout, d’avoir sur la conscience sa mort, au moment où j’ai eu le choix ? »


On pose parfois la question : que voudriez-vous avant de mourir ? Les réponses varient somme toute assez peu. Réfléchissez deux minutes, et vous verrez que votre réponse portera soit sur le sexe, soit sur la nourriture : « me taper un cassoulet / une forêt noire énorme », « coucher une dernière fois avec cet(te) ex au corps magnifique / que j’ai tant aimé(e) ». Il y a aussi « nager avec des dauphins », « voir Madonna / Philip Glass / Brigitte Fontaine en concert », « passer une journée avec absolument tous les membres de ma famille », etc. Complétez la liste. Aucun d’entre nous ne répondrait : « enfin comprendre la théorie de la relativité restreinte », « connaître le sens de la vie », « savoir si les bouclistes sont plus proches de la vérité que les cordistes », « savoir si Darwin avait raison », ou « qui a tué JFK, finalement ? »




Alors que peut-être, avant de mourir, on voudrait simplement avoir le choix de notre mort, non pas en termes décisifs (« elle ou moi ? ») mais plutôt factuels : où, quand, comment.


Puisqu’il faut bien mourir, à défaut d’avoir bien vécu – et pourquoi mourir, quand on ne sais pas si on a vécu ?



J*


Saturday, June 28, 2008 



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Je voulais faire un genre de jeu de mots avec Rencontre du Troisième type, mais ça marche moyen. Bref. La question que je pose aujourd'hui, c'est : pourquoi les vieux sont-ils toujours si pressés ? Attention, quand je dis « les vieux », ce n'est pas péjoratif. Enfin, un peu. C'est surtout pour englober la population qui grisonne de la tempe, qui se dégarni du front, qui fait skrouik aux jointures et « Que la terre est basse » en ramassant le stylo qu'ils ont fait tomber en faisant leurs mots croisées, fléchés, ou leur saloperie de sudoku.




 




Dans l'épisode onze de la saison 3 de Six Feet Under, Ruth rencontre un monsieur charmant. J'ai oublié le nom de cet acteur, mais on le connaît tous. Il est très grand, avec un air très sérieux et des narines qui ont l'air vaste comme des cavernes. Il joue toujours le même genre de personnages, là, de tête, je dirais : le scientifique qui meurt au début de I, Robot ; le médecin célèbre d'Al Pacino dans Angels in America. Oh, oui, il joue aussi le Duc d'Edimbourg dans The Queen. (Je présume que m'égare.) Donc oui, elle le rencontre dans un épisode, et dans le suivant ils parlent déjà de mariage. C'est au moment de se concerter qu'ils se rendent compte qu'ils nourrissaient le même projet depuis quelques temps (quelques jours, au mieux).




Les vieux me donnent l'impression de tout vivre comme si c'était la dernière fois qu'ils le vivaient. Par exemple, ma grand-mère songeait à faire ses cadeaux de Noël au début du printemps. Avant la fin de l'été, c'était bouclé. Certaines choses ont à peine commencé qu'ils les voudraient déjà finies ; mais dans l'interstice temporel, ils font les choses si délicatement, si précautionneusement, que l'action même dure plus longtemps que prévu. Par exemple, si vous faites l'ouverture d'un supermarché, vous serez toujours en compagnie d'une dizaine de mamies à l'air bonhomme et de quatre ou cinq papis (espérance de vie oblige) qui éventuellement les accompagnent avec un air courtois/incommodé (c'est au choix) ou sont là de leur propre fait, et dans ce cas-là, révisent leur liste de courses/s'amusent à faire tourner les roues de leur caddie/fument une gitane maïs qui soulève le cœur.




Ils foncent dans le magasin quand les portes s'ouvrent, ils vous regardent d'un air mauvais si vous les devancez à la balance des fruits et légumes et ils persiflent si vous leur grillez la priorité à la coupe de fromage/charcuterie. Ils sont pressés. Vous n'avez pas compris ? Ils ont des milliers de choses à faire. Ils en ont déjà fait depuis six heures du matin, puisqu'ils sont levés depuis cinq.




Mais, à la caisse, qui ralentit son monde en organisant sa chariotte comme une construction en Meccano, en dépliant son billet de dix milles façonné comme un origami niveau avancé, en parlant de la pluie, du beau temps, des articulations qui font krrronk et du fils/neveu/cousin qui vient dîner demain soir ? C'est elle. Elle est là. La vieille. Elle s'est vengée de la priorité grillée au moment où elle s'apprêtait à expliquer au fromager qu'il lui fallait le double de Saint Marcellin en raison de la visite susmentionnée en vous passant devant à la caisse parce que, vous fait-elle remarquer, elle n'a qu'un petit panier où se chamaillent six madeleines, un pot de faisselle et une branche de céleri alors que vous, consommateur jeune et frétillant comme une carpe koï au moment du repas, vous avez un plein chariot de provisions qui croustillent sous la dent (que vous avez encore) et d'autres qu'elle ne peut plus digérer depuis 1987. Ce qui la rend d'autant plus furieuse.




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Car oui, la vieille n'est pas que pressée. Elle est furieuse. Quand on la connaît, quand elle fait partie de la famille, on a appris à ne voir que ses bons côtés et à gentiment se moquer des mauvais. Mais la vieille que vous croisez dans la rue, celle-là, peut être d'une infinie courtoisie autant qu'elle peut, sans explication, vous faire un croche-pied avec sa canne simplement parce que vous la dépassez au guichet de la poste, où elle vient retirer, comme à chaque fin d'après-midi, vingt euros (« Redites-moi voir combien ça fait en francs pompidoliens, mademoiselle, vous seriez tellement aimable ? ») qu'elle dépensera en courses le lendemain. Si on arrêtait un peu de se sentir coupable devant ces vieux qui nous passent devant parce qu'ils sont pressés d'aller voir Le Renard et les dernières publicités pour Ténia, ils arrêteraient de nous passer devant. Pourquoi est-ce qu'on aurait plus de temps qu'eux à passer à la caisse ? Pourquoi le respect envers une personne doit croître au moment où cette dernière se ratatine ?...




Attendez, je ne dis pas qu'ils doivent rester debout dans le bus ou porter leurs valises tous seuls. Simplement, la dernière fois que j'ai vu quelqu'un céder sa place dans le bus à une mamie aux cheveux violets, c'est parce qu'elle a aboyé sur la personne en lui faisant valoir son grand âge et sa fatigue d'une vie. Le vieux régresse naturellement. Il redevient mineur. Il estime qu'à leur âge (comme les mineurs avant d'atteindre 18 ans), ils ne sont pas responsables de leurs erreurs, et que tout leur est dû. La place dans le bus. La réduction au cinéma. Le Youki assis sur les genoux en première classe. (Encore que là, Kévin ne fait de difficultés ; il ne sait pas qu'existe la première classe et n'a pas de Youki. Il se déplace en skate, comme tout le monde.)




Certain vieux ont une conception plus despotique de l'ordonnancement des choses, ce qui n'est pas contradictoire. Nous avons tous eu, ou avons encore, un vieux ou une vieille dans notre famille qui s'imagine que le monde tourne autour de lui ou d'elle, et que son pouvoir s'étend avec le nombre des années. Le vieux divise en secret, rassemble en public, il aime tout le monde. Avec ses préférences. Mais bref, chacun a ses histoires de famille…




Ainsi, par-dessus tout, les vieux sont palpolis.




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Donc, quelques vieux cumulent tout cela. Tout. Gentil, aimable, courtois, et tout à coup, ça joue des coudes, ça lance des éclairs derrière ses YSL fumées, ça s'accroche à son Vuitton comme un trapéziste à son trapèze. En position de combat. « Preums », pense l'ancêtre.




Je vous raconte ? Jeudi soir, on a eu le bon goût de m'inviter au cocktail de la MAPRA (Maison des Arts Plastiques Rhône-Alpes), qui avait lieu dans le jardin du musée des Beaux-Arts de Lyon. Charmante cour intérieur, « délicieuse », même, pour citer le député qui avait fait le déplacement avec le sénateur-maire et la moitié de son conseil municipal. Âge moyen : cent ans. Nan, j'exagère. Mais disons, une proportion de vieilles personnes assez conséquente.




Discours 1.




Discours 2.




Discours 3.




Là, il était prévu un petit intermède musical. Quelque chose de très bien. Du Nordin et du Reich. Assez contemporain pour se sentir dans un cocktail, juste assez snob pour ne pas se sentir à une ouverture de Conforama.




et, aux dernières notes de Reich, la Vieille, qui a senti que c'était la fin, s'approche imperceptiblement du buffet le plus proche. Elle rassemble ses dix orteils et son oignon et se lance dans un mini-moonwalk – sauf que voilà, elles font toutes la même chose. Et, comme des centuries de fourmis au ralenti, elles commencent à se rassembler et se diriger d'un même corps vers le personnel en noir, séparé – heureusement ! – de ce public affamé par de grandes tablées multicolores.




Soudain, c'en est fini de Reich. Applaudissements nourris. Et encore. Et là, à l'hallali. Haro sur le buffet. Tout ce qui est présenté dans une assiette, avec ou sans facilité d'accès (somme toute, les cure-dents, la vieille n'en a cure, elle a ses propres serres) est arraché, englouti, avalé, repris, resservi, arrosé – car la vieille mange d'une main et boit de l'autre. C'est en tentant de me diriger vers un point de ravitaillement que je me suis fait bousculer par une, puis deux et enfin trois vieilles qui trottinaient dans la même direction pour finalement me retrouver avec une veste au kir. (Oui, je ne me déplace pas. Le kir vient à moi.) Et un « Pardon » ? Mon cul ! La vieille donne un œil, constate que je suis un « Jeune ». J'ai le temps de vivre. J'ai le temps d'aller au buffet. Je n'ai pas faim, moi. Je n'ai pas connu les tickets de rationnement, moi. Je ferai d'autres cocktails !...




 




Voilà, c'était ma charge contre les vieux et surtout, les vieilles. La Vieille. La sans-gêne qui se dit que cet article qu'elle lit sur mon blog est peut-être le dernier.




 




C'est bien fait ! Vieux tableau !




 




J*

Tuesday, June 03, 2008 


 




C'était la tournure d'un mail d'Annabelle il y a quelques mois. Elle avait mis ainsi en objet : « Des nouvelles de Madagascar attention c'est long, très long. » Ca m'avait plu, donc je reprends ce titre pour intituler la consternante succession de digressions qui va suivre.




 




On m'a dit récemment (et on se reconnaîtra) quelque chose de vaguement désagréable comme « t'écris plus trop sur ton blog », genre, « qu'est-ce que tu branles ?... » (oh ça va, j'écris comme je parle et je parle comme j'écris, alors permettez-moi cette tournure un brin familière).




Eh bien je vais tout vous raconter, et je conclurai par un trait de suspense. Quelque chose d'énorme se profile à l'horizon, et vous allez voir que c'est à prendre au pied de la lettre.




 




 




Alors quoi ?




Ces dernières semaines furent chargées, en terme d'examens notamment.




Histoire de l'art moderne : « décrivez la méthodologie de recherche que vous avez employée pour votre mémoire », quelque chose comme ça. Sujet facile, à deux précisions près : d'abord, la matière est enseignée par mon directeur de mémoire ; ensuite, c'est ledit directeur qui m'a, deux heures avant l'examen, démoli au sujet de ladite méthodologie dudit mémoire de moi (appréciez toutes ces allitérations). Donc bon. Difficile de trouver le juste milieu entre « ma méthodologie elle déchire » et « je suis une sous-crotte qui ne mérite pas même votre condescendance, ô Maître aimé, bouhouhou, détestez-moi ». Battre sa coulpe ou camper sur ses positions ?... Je campe peu (nan mais vous me voyez sous une tente ? – ok, pas drôle) et, avec le temps, j'ai appris à écouter les conseils et avis des autres sans (toujours) les prendre pour des agressions à l'encontre de mon délicieux être. Donc, j'ai modérément battu ma coulpe (ouch !) tout en faisant valoir le bien-fondé, fatalement candide, de ma « méthodologie », qui a consisté à lire des livres, prendre des notes et observer les tableaux que j'étudie. (Sisi, on appelle cela une « méthodologie ».)




Histoire de l'art contemporain : mes camarades msn se rappellent probablement des messages récurrents au sujet du postmodernisme (« Occupé – révise son postmodernisme, toute aide bienvenue », « parti manger – Jameson wants me dead », etc.). Et paf, sujet du partiel : « peut-on (ou doit-on, chai plus) parler d'un ou de plusieurs postmodernismes ? A l'aide d'exemples, etc., défendez votre idée, etc., etc. ».




Le postmodernisme, ou comment opposer Habermas et Lyotard (on comprend), connecter Philip Glass à Battles (mais siiiii), regretter « feu Rauschenberg » (sic) et conclure sur les collages de Schwitters.




Je vous tiendrai au courant de mes notes, pour rire.




 




L'Anglais et l'Italien ça compte pas, c'est juste du blabla. Même si, cela dit, j'ai passé le CLES 2 d'Italien hier (CLES pour Certificat de Langues d'Etudes Supérieures, quelque chose comme ça). D'ailleurs il y avait parmi les autres candidats un prénommé Kiriakos (j'innove pour l'orthographe, je ne l'ai pas vu écrit), duquel je me suis gentiment moqué, auquel j'ai d'une façon (malgré moi) fort déplaisante expliqué que son équivalent français était Cyriaque, et qui m'a remis un peu plus tard à ma place en m'expliquant qu'il parlait six langues. Dont le Grec, évidemment. Le lecteur attentif avait deviné. (Ouch, bis.)




 




Et donc c'est tout, vous dites-vous ? Eh bien, pas exactement. Je pourrais aussi vous raconter que j'ai tenté pour la troisième fois d'aller voir Louise Bourgeois à Beaubourg mais que j'ai du m'asseoir dessus (sur la tentative, pas sur Louise Bourgeois ou Beaubourg) puisque le Centre Pompidou avait été envahi par la CGT qui y avait établi son QG. Enfoirés de syndicalistes. (Oooh ça va, je taquine.) Non aux 35 heures ! la retraite à 65 ans !... (Oui, je taquine toujours.) Le même jour j'ai tenté le Louvre pour enfin voir l'expo Baccio Bandinelli, qui finissait, et j'ai trouvé dans sa librairie non pas les deux livres épuisés que m'avait recommandés mon prof mais une traduction du journal de Pontormo, peintre que j'affectionne, notamment connu pour sa Déposition de Croix... sans croix (chapelle Capponi, santa Felicità, Florence, 1525), et désormais respecté pour d'édifiantes déclarations telles que : « Jeudi matin j'ai chié deux étrons non liquides et dans ce qui en sortait c'était comme de longues mèches de coton, c'est à dire du gras blanc. » Ah, l'art ! Prout.




 




Sinon dans le Têtu de juin, que j'ai acheté pour rire (j'aime aussi me coincer les doigts dans une porte), on trouve une critique du film Chronique d'un scandale (Notes on a scandal) qui conclut par : « Cate Blanchett et Judi Dench sont extraordinaires dans ce drame psychologique à la fébrilité absolue ». Il faut dire que Judi Dench nous a habitués à son rôle récurrent de mère Fouettard dans les derniers James Bond, toujours prête à lui en coller une ou à se laisser tenter par les raisonnements oiseux dudit 007 (qu'il s'agisse de Brosnan ou de Craig), autant qu'elle nous a étonnés en restauratrice de fresques dans Un thé avec Musollini... Mussolinni... Bordel, M-u-s-s-o-l-i-n-i, j'y arrive, qui donne d'ailleurs la réplique à Cher, actrice toujours impeccable dont on rêve un jour de reprendre les répliques (« Champagne's on me ! » (qu'on peut traduire par « J'offre une tournée générale de champagne ! » et non pas « j'ai du champagne sur moi ! », qui fait plus cochonne qui sait pas boire que riche américaine classieuse)) à défaut de pouvoir un jour entrer dans ses costumes de scène (pas assez de hauteur de plafond chez moi, en ce qui me concerne). (Dieu que cette phrase était longue.)




Donc oui, tout ça pour dire que Judi Dench est absolument impeccable en prof autoritaire et manipulatrice, autant que Cate Blanchett en séductrice naïve et dépassée. (Et qui est navrante dans son rôle de méchante dans le dernier Indiana Jones, mais que voulez-vous, on ne peut pas être bon partout. Ah si, Nicole Kidman peut.)




 




Ou plutôt Nicole Kidman pouvait. Nicole Kidman était mieux avant, comme beaucoup de gens. J'ai acheté le livre de photos de Mario Testino que Taschen a sorti il y a quelques temps, et bon nombres d'entre elles sont une ode au « c'était mieux avant ». Nicole Kidman, « elle était mieux avant de se faire greffer des Francfort au dessus et au dessous des lèvres. » Lindsay Lohan, « elle était mieux avant de ressembler à un canot pneumatique. » Donatella, « elle était... euh... Moins pire avant de ressembler à un brise-glace. » (Non vraiment à ce stade-là, on n'appelle plus cela une bouche. Ca me rappelle le conseil que donne un jour Minnie Driver à Patsy Stone dansAb Fab lorsque cette dernière se remplit les lèvres de Botox : « règle n°1 : la bouche est toujours moins grosse que le visage », quelque chose dans ce genre.)




Heath Ledger, « il était mieux avant de mourir. » (Il doit faire une drôle de bobine, maintenant.) Kirsten Dunst, « elle était mieux avant qu'on lui donne des vrais rôles. » (Oui parce que j'informe les fans que Kirsten Dunst est une mauvaise actrice. Non non, même pas passable. Mauvaise. Vous l'avez vue dans Spider-Man 3? Quoi, c'est un rôle de courge ? Gwyneth Paltrow aussi, elle a un rôle de courge dans un film de super héros, j'ai nommé Iron Man. Et elle s'en sort bien. Dunst, à part montrer les dents... Oh j'imagine bien les prises de vue : « Ok Kirsten maintenant tu essaies d'avoir l'air triste... Non, triste, pas inquiétante. Et rentre les dents, sinon je te fais limer tout ça. » Ok, j'exagère. Kirstun Dunst sansles dents, c'est comme un doberman avecles oreilles et la queue intactes : ça fait moins peur quand c'est à l'arrêt. Même en photo, elle a l'air chiante. Sauf quand c'est LaChapelle qui shoote.)




Madonna, « elle était mieux avant de se faire rajouter des pommettes. »




Il y a aussi une photo bizarre de Gael Garcia Bernal. Il a l'air méchant et semble tenir un couteau à cran d'arrêt, dont on ne sait pas trop s'il s'en sert de peigne ou de téléphone. « Allô, tu m'entends ? ça coupe... » (Pardon.) (Tiens, Jtf lui a loué une voiture tout récemment, ce qui fait que si je soudoie Jtf, je peux avoir son adresse et son numéro, au Bernal. Mais je braie pas un mot d'Espagnol, je serais bien embêté s'il me demandait d'arrêter d'appeler ou sinon il prévient la police.)




 




Donc oui, je parlais de cet excellent film avec Cate Blanchett et Judi Dench, d'autant plus excellent que c'est Philip Glass qui en a signé la musique.




 




Voilà.




Sinon je vous situe l'action : je suis dans le train qui me reconduit à Lyon, je viens de passer l'après-midi avec Minimounette à faire des choses aussi essentielles que regarder les questions au Gouvernement sur Itélé, chercher un sac isotherme sur lequel n'est pas écrit Picardou Champion (et nous l'avons trouvé aux Galeries, ouais snob, je sais, pardon Mum) pour conserver mes raviolis chinois congelés, tester les encens de Nature et Découvertes. Il y en un qui sent le bordel. Cette lourde odeur qui imprègne les coussins moches d'endroits douteux. « Senteur bar à putes – Laissez-vous porter par cette entêtante évocation de souvenirs de célibat lointain, mélange de tabac tiède et de cette étrange eau de toilette que portait Candice, qui était en fait de l'aftershave parce que Candice était un monsieur. Ampoule rouge et abat-jour à frange pailletée non fournis », pourrait-on lire. (Les explications sur les encens Nature et Découvertes sont toujours d'une poésie de ce genre.)




Il y a trois personnes en première. La clim' doit être réglée à 18 ou 20°, donc on a plus l'impression d'être au Musée du Luxembourg que dans un train en juin. (Oui, il fait toujours un froid polaire dans ledit Musée ; ceux qui ont vu Arcimboldo (ou Lalique moins récemment) savent de quoi je veux parler. Quoi, Vlaminck ? Nan, j'irai pas, j'irai pas ! J'fais ce que je veux.) J'écoute la BO de Blanc dans Noir et Kajiura Muki minaude des japonaiseries. (Youli-chan, si tu me lis...) Je bois de l'Evian payée une demi-fortune au Relayavant de partir et ça me donne envie de faire pipi. (Lecteur, tu as le droit de savoir.)




 




Il est 20h.05, je suis officiellement passé dans la tranche horaire gratuite de mon forfait Neo... A l'heure où les grands fauves vont boire (c'est qui qui a écrit ça, déjà ?) je vais ennuyer d'autres gens par d'autre medium.




 




Bien à toi, ami lecteur soulagé.




 




J*




 




 




P.-Sc. : ah oui, je parlais d'une énorme nouvelle. Ma soeur se marie la semaine prochaine. Je vous raconterai tout cela, bien évidemment sans omettre aucun des abominables détails, avec force photos gênantes et histoires de famille drôles, touchantes et pathétiques.




Oui, je sais que tu lis mon blog, frangine. Ce post-scriptum tient lieu d'avertissement.




Mais bon, il y a une piscine à l'hôtel.




Dansl'hôtel.

Wednesday, May 28, 2008 


...chantait Poni Hoax il y a des siècles.




J'écoutais distraitement Inter en faisant mon lit, et elle s'est mise à pleurer. C'était vers 9h.20, dans la très courte mais excellente émission de Vincent Josse, Esprit critique. Ca parlait de marionnettes, et moi les marionnettes, je m'en bats l'oeil, comme dit la Reine-Mère (mon autre grand-mère, moins citée que Mamie Porto).




Et puis elle s'est mise à pleurer, au sujet de Christine Fersen, qu'elle avait rencontrée, qu'elle « croisait ». Elle a appris son décès avec « émotion » – et elle a essayé d'étouffer ses sanglots tandis que le journaliste rattrapait le coup ; puis elle s'est remise à parler de ces saloperies de marionnettes, dont définitivement on se bat l'oeil.




 




Madame, je ne vous connais pas, mais je vous bise bien amicalement, si vous me permettez cet abominable moment d'épanchement sentimental dont je suis si peu coutumier.




 




 




Et si aujourd'hui, si on arrêtait les marionnettes ? On va se promener entre les gouttes, boire un café trop cher, ratatinés sur une terrasse avec des gens qui parlent fort de leur souci quotidien, entre le prix de la baguette et le supérieur tyrannique.




En rentrant on cherchera qui est Christine Fersen et on pensera à la dame aux marionnettes qui a pleuré pour elle, en direct, à la radio.



 



J*



 



 




 

Saturday, April 26, 2008 


Alors oui, bien sûr, vous allez dire que j'ai traîné à parler de ma semaine en Italie, et que du coup, maintenant, j'ai la flemme de le faire et que je vais m'en sortir par une pirouette.




Et vous avez raison.




 




Je ne parlerai pas du frisson qui m'a parcouru lorsque les premières notes du dernier mouvement de la Symphonie du Nouveau monde ont retenti. Non, je me contenterai de me montrer avec mon air ravi au premier rang de la Scala. Ouioui, la Scala, à Milan.




 




 




 



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Bon vous allez trouver ça snob, le premier rang, mais il n'y avait plus d'autres place que là. On entend aussi bien qu'ailleurs, mais on voit mieux les instrumentistes ! C'est Marin Alsop qui dirigeait.




Et c'était bien.




Une chose : mangez léger avant d'aller au concert.




 




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Un petit apéro, trois fois rien.




 




Ensuite, allez dîner.




 




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(Oui, il faut bien s'hydrater quand on mange.)




 




 




 




Je pourrais aussi, toujours au sujet de Milan, vous parlez de mes deux épiphanies ; l'une à la pinacothèque de l'Ambroisienne, devant la seule nature morte connue de Caravage ; l'autre devant la Cène à Emmaüs du même peintre, à la pinacothèque de Brera.




Mais on se contentera de cette photo qui résume généralement mon activité dans les musées :




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me moquer des bustes sérieux. Ici, Léonard de Vinci.




 




Et toujours, bien penser à se réhydrater.




 




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Ensuite, direction Florence. La Renaissance, les Médicis, tout ça. Vous connaissez, hein.




Entre l'apéro et le dîner, autre activité de type en vacances :




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écrire des cartes postales. Plein. Par wagons. Prévoir un budget spécial à cet effet.




 




Le soir, après s'être légèrement sustenté, penser à se réhydrater.




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C'est important, au moment des premières chaleurs.




 




En arrivant à Parme, il a bien entendu fallu se nourrir.






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Ce qui est explique mon air pressé.




On connaît le standing d'un restaurant à l'architecture de ses desserts.




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Mais c'est très joli, Parme, sinon. On s'est bien promené.




 




Et puis, Rivoli. Dans le château, une cafétéria. Derrière la cafétéria, un restaurant, un vrai.




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Avec une carte des vins épaisse comme le bottin.




 




 




 




 




 




 




Allez, sans rire. Tout est dans l'album photo du mois... Qui sera très bientôt en ligne (pas pour le moment, pour des raisons techniques).




 




J*




 




 

Sunday, March 30, 2008 
Je me suis réveillé jeudi matin avec un sentiment de grande tristesse, une tristesse idiote, de l’empathie post-mortem, à base de conditionnels, et de « et si...? », de « peut-être que... ».
Dans la nuit de mercredi à jeudi, j’ai rêvé de Jocelyne. J’ai rêvé de Jocelyne et j’ai pensé à Sophie.
Je vais vous parler de Jocelyne et de Sophie.

Jocelyne était une camarade de classe à l’école primaire, puis au collège. C’était une jolie fille, une brune énergique avec un visage volontaire, quoique toujours empreint de douceur. J’idéalise sûrement, maintenant. Mais dans dans mon souvenir, Jocelyne reste cette fillette de onze ans au caractère un peu emporté mais toujours prête à éclater de rire, cette adolescente de treize-quatorze ans qui se bat avec les garçons, qui a des bonnes notes en arts plastiques et qui se fait coller par le prof de Maths. Jocelyne avait un an de plus que moi et sa soeur, Béatrice, un an de moins. A l’école, au moment où chaque « garçon » devait avoir une amoureuse, je me retrouvais avec Béatrice, parce que les garçons la craignaient un peu. Trop silencieuse, trop mystérieuse, trop d’yeux bleus. (Tout les garçons préféraient Marion, tout le monde aimait Marion, concept pur de cheerleader à la fois blonde, jolie, populaire et bonne élève – si bien que Marion passait sans trop se poser de questions de Rémy à David, de David à Mathias, etc., en ignorant soigneusement Alexis, un camarade grassouillet et timide, et moi, le drôle de garçon qui restait les soirs dans le bureau de la directrice pour faire ses devoirs parce que sa maman ne pouvait pas venir le chercher avant cinq heures.)

J’ai deux souvenirs très distincts de Jocelyne.
Le premier doit dater du CE1 quand elle était au CE2. Nous faisions des projets de groupe, parmi lesquels : construire un château en carton, le peindre, le soumettre à la vindicte populaire. Je me souviens que les boîtes de croquettes pour chat que je rapportais de chez moi étaient très appréciées par mon groupe – invariablement composé d’Alexis, David et autres élèves plutôt impopulaires et/ou rejetés et/ou cancres – pour élever de hautes murailles autour de tourelles en rouleau de papier toilette ou de sopalin. On fit un corps de bâtiment avec une boîte de sucre, dont on ôta le bec verseur en alu. Jocelyne, qui passait par là, désigna le rebus et demanda : « vous ne vous en servez pas ? », et comme la réponse était non, elle récupéra le bec verseur qu’elle replia sur lui-même et dont elle fit un heaume à un petit gardien de son château. Cette ingéniosité nous avait stupéfaits.
Le second souvenir se passe aussi en primaire, mais plus tard. CM1 pour moi, CM2 pour Jocelyne.
Nous devions écrire des lettres à des correspondants étrangers, je crois, ou une classe étrangère, quelque chose comme ça. Je crois me souvenir qu’il y avait un genre de mini-concours pour sélectionner la lettre qui représenterait la classe ou l’école. Les institutrices avaient déjà séparé le grain de l’ivraie pour proposer au vote une dizaine de lettres, parmi lesquelles majoritairement celles d’élèves de CM2, mais aussi celle d’Alexis, celle de Marion bien sûr, et la mienne.
Jocelyne avait écrit une jolie lettre sur qui elle était, comment était sa classe, son village. Elle l’appelait « mon ami de si loin », elle voulait « aller voir son beau pays ». (Je ne me souviens pas de ma lettre.) Tout le monde s’inclina devant son talent, les tournures de ses phrases (que je jugeai pour ma part parfois trop simplistes, d’autres fois trop emphatiques – oui, je me souviens avoir pensé des critiques stylistiques), son ton sincère. La lettre fut choisie, pour d’ailleurs je ne sais quel résultat.

Puis vint le collège. Le temps faisant son oeuvre – une année scolaire suffisant, dans la perception qu’ont les enfants du temps, à effacer bien des traces – Jocelyne se borna à occuper un reflux de ma mémoire, cette mémoire qui, lorsqu’on la convoque, restitue parfaitement des souvenirs qu’on croyait disparus ; et l’année suivante, elle n’était plus que « Jocelyne, qui est en cinquième/en quatrième », selon que je fus moi-même en sixième ou en cinquième (ensuite, j’ai changé de collège).

Des années plus tard, ma soeur me parla de Jocelyne, que c’était terrible, qu’elle faisait « n’importe quoi ». J’avais oublié Jocelyne, de mon école primaire. Par un stupide lapsus mental, je pensais à Jocelyne, la secrétaire de mairie d’un patelin proche, qui était la fille d’un vieil homme chez lequel mon père achetait ses lapins, et dont le fils avait été, lointainement, un camarade, mais c’est vite dit.
(Curieux ouvrage que celui de la mémoire, comme je dis souvent, qui vous fait vous rappeler des génériques télé ou des slogans publicitaires – « Javel dire à tout l’monde ! » – au moment où, en partiel de droit du contentieux administratif, vous tueriez un proche pour qu’on vous souffle le nom d’un célèbre arrêt du Tribunal des Conflits (Société commerciale de l’Ouest africain, 22 janvier 1921) qui est indispensable à votre raisonnement.)

« Jocelyne est morte », me dit-elle.
« Qu’est-ce que tu veux que ça me foute ? », ai-je répondu à ma soeur, parce que d’une part ce que me dit ma soeur par nature ne m’intéresse pas, et d’autre part, parce qu’elle me disait que cette brave femme, que j’avais dû voir trois fois dans ma courte vie en allant à la mairie, était morte.
Jocelyne s’est faite embobinée par un drôle de type. Jocelyne s’est droguée. Jocelyne a fait une overdose.

Jocelyne ? Quoi, l’autre Jocelyne ?!...

J’ai rêvé de Jocelyne, je n’ai pas compris pourquoi ; par quel glissement de conscience ce souvenir lointain a oeuvré dans mon inconscient, proposant, à la machine qui rêve, de disserter par long filaments oniriques sur le visage doux, tout à la fois austère et souriant, de Jocelyne, en classe, en CM2.

Me réveillant là-dessus, j’ai aussitôt pensé à Sophie.
Sophie était une autre camarade de classe, que j’ai rencontrée en quatrième, au collège. C’était une jolie adolescente, avec une peau hâlée de quarteronne, un sourire franc et impeccablement blanc, des ongles manucurés et une sérieuse propension à rigoler à n’importe quel moment, pour n’importe quel sujet. Sophie était une bonne élève, elle fut probablement déléguée, d’ailleurs ; et sa jovialité la rendait populaire au sein de la classe, comparativement à une autre élève, Christine, meilleure élève encore qui, après un certain temps d’observation/inquiétude réciproques, devint ma meilleure amie.
Sophie fréquentait une fille qui tentait, comme un papillon de nuit pris dans un prisme de lumière, de s’en approcher le plus possible sans s’y brûler. Stéphanie était l’avocat, l’infirmière, la secrétaire de Sophie, et toujours un barrage entre elle et le reste du monde. Comme si pour atteindre Sophie, il fallait implicitement toujours passer les épreuves de Stéphanie.
Sophie avait eu cette incroyable faculté, je m’en souviens, de réussir à faire rire notre professeur de physique-chimie, la rigide, inflexible Mme E.
Les classes composées selon les options, en l’occurrence, pour la 4ème A, latin et Allemand, il était normal que les élèves de 4ème A se retrouvent ensemble en 3ème A. La classe se reforma avec ses mêmes groupes de camarades et une nouvelle venue, Alexia. J’avais pour ma part, à ce moment de ma scolarité, des rapports convenables avec la plupart des gens. C’est du moins l’impression que j’ai maintenant – je tirais une vague gloriole d’être le premier à parler au nom des autres pour n’importe quel motif, de même qu’un insolent pitre notoire.
Un matin, peu de temps après la rentrée, la mère de Sophie me trouva devant le collège pour me demander si je pouvais, les matins, aider Sophie à porter son cartable jusqu’en classe (le collège était en haut d’une pente, et c’était un bâtiment tortueux fait d’escalier et couloirs). Sophie était fatiguée, m’expliqua-t-elle. Pour ma part j’étais satisfait (et surpris) qu’on me prenne assez au sérieux pour qu’on puisse me demander de soulager une camarade malade.
Car Sophie était malade. Leucémie.
Quelques temps plus tard, aux premiers jours de Novembre, Mme E. (la même que susmentionné), qui était responsable du cycle 4ème/3ème, convoqua ma mère et lui conseilla vivement à de me changer d’établissement.
Je partis, donc, laissant Christine doublement furieuse : contre les profs et le collège qui m’avaient dirigé vers la sortie, et contre moi parce qu’elle savait bien qu’une large partie de ce renvoi m’était imputable.
Le temps passa, avec lui la scolarité dans mon troisième et dernier collège, duquel on demanda poliment à ma mère de me retirer pour trouver un lycée plus capable de me supporter.

Christine, qui m’avait toujours soutenu dans l’adversité, m’apprit quelques temps plus tard, alors que je demandais des nouvelles de mes camarades, qu’après s’être battue, défendue, toujours en tâchant de positiver, Sophie était morte.

Dix ans après, je rêve de Jocelyne et je pense à Sophie.
Que seraient-elles devenues ? Qui seraient-elles, où seraient-elles ?...
Jocelyne aurait fait les Beaux-Arts, à l’étranger probablement. A Bruxelles, tiens. Elle serait devenue une artiste de renom... Ou pas. Elle aurait connu un succès populaire, ou un succès d’estime, ou pas de succès du tout. Elle aurait rencontré un galeriste amical qui, au bout de quelques temps, lui aurait offert des fleurs, puis l’aurait invitée à dîner. Elle se serait enfuie par peur de s’enfermer dans un schéma social qu’elle craignait, puis elle serait revenue, se serait laissée épouser, aurait fait à cet homme charmant qui vendait quelques-unes de ses toiles trois beaux enfants, Samuel, Raphaël et Nathaniel.
Sophie serait devenue journaliste d’investigation, ou avocate d’affaires. Elle vivrait dans un appartement coquet à Paris ou Londres, elle se mettrait en ménage avec un homme d’affaires de la City qui lui proposerait de mettre leur PEL en commun, puis de se marier. Elle accepterait, mais une fois qu’elle serait passée associée dans son cabinet, ou rédacteur en chef dans son journal... Et non sans avoir eu auparavant une aventure avec une très belle fille du Nord qui lui aurait fait tourner la tête. Elle accoucherait d’une petite fille qu’ils appelleraient Matilda, parce que c’était le prénom de la grand-mère de Thomas, son jeune époux, mais aussi celui du personnage préféré de Sophie dans le roman d’enfance éponyme de Roald Dahl.

Dix ans après ?
Hier, je recevrai un mail de Sophie, qui veut revoir les gens de sa scolarité pour lesquels elle avait eu de l’estime. Christine vient de m’appeler, nous partirons ensemble à Londres pour le mariage. Stéphanie sera là.
Demain j’ai croisé Béatrice en allant chercher le pain. Elle m’a dit que Jocelyne avait eu une proposition d’exposition à Berne. J’irai la voir probablement.

Dix ans après, je me demande avec amertume où j’en serai si, comme Jocelyne, j’avais fait les mauvais choix de mauvaises personnes ; ou si comme Sophie j’avais dû subir une maladie, et la laisser m’emporter. Parfois ces questions resurgissent, aux mauvais moments (mais d’ailleurs, quels sont les bons ?), et traînent avec eux des hypothèses terribles, seulement solvables dans le temps, avec le doute qu’elles réapparaissent à tout instant ; méthodiques dans le hasard, absolutistes dans la destruction, comme devant répondre aux certitudes que l’on a mûri à leur propos.

Il ya ce poème de Rupert Brooke, The Soldier, qui commence ainsi :

?If I should die, think only this of me:...?

Et moi, si je meurs, que resteras-t-il de moi ? Les livres et le piano du fils, les cartes postales du neveu, les diplômes de l’étudiant, les baisers du petit ami, les rires des amis ?... Si je meurs, qui rêvera de moi en se disant que je suis un intrus du sommeil des vivants ?...

J*
Sunday, March 23, 2008 


Ces derniers temps furent chargés. Non, chers lecteurs, je n’essaie pas de dédouaner de cette nouvelle irrégularité bloguesque, mais, réellement, il me fut compliqué de me « poser » ne serait-ce qu’une heure pour écrire autre chose que mon mémoire. Qui avance, oui, merci.




 




Commençons par quelques événements culturels. Je suis allé voir l’expo que consacre le Musée de Grenoble à son extraordinaire collection de dessin. On tombe sans tarder sur un très grand tableau de Matisse, que j’ai appelé le smiley.




 




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Une grand visage sur fond jaune, qui vous regarde avec l’air de se foutre de votre gueule, comme si vous aviez fermé un peu trop vite une fenêtre de conversation msn au moment où votre contact vous raconte la fin d’une blague très amusante, ou une anecdote charmante sur ce qui s’est passé la nuit d’avant (et si possible avec qui).










Je poursuis par une devinette, qui m’a été suggérée par le film Bienvenue chez les ch’tits, que j’ai vu juste avant Les femmes de l’ombre. Deux films heureusement fort différents, car malgré certains maladresses de Salomé (qui ne reproduit pas le navrant Belphégor, même en faisant encore tourner Sophie Marceau), j’ai trouvé que c’était un assez bon film.




Une devinette donc : voici deux photos.




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Nous avons d’un côté une poutre, de l’autre, l’actrice Zoé Félix. Laquelle de ces deux photos représente une mauvaise actrice ?




 




Voilà qui vous donne une idée de mon opinion sur le film.




 




 




Lundi j’étais à Paris pour rencontrer M. Fernandez, écrivain charmant qui m’attendait chez lui avec du gâteau aux pommes. Vous comprenez bien que je ne suis pas allé le voir pour manger de la pâtisserie, mais pour parler d’une « autobiographie imaginaire » (sic) qu’il a faite de Caravage il y a quelques années. Quel homme charmant. Et quelle énorme... Bibliothèque !




J’en ai profité pour ensuite aller faire un tour au Louvre, refaire ma carte Multipass, donner un oeil à la Mort de la Vierge qui n’est pas, dans mon oeil, si mal conservé que ça... Mais passons.




 




Rentré fort tard, j’ai consacré mon mardi à parcourir les nouveaux livres trouvés dans la librairie du Louvre, décidément trop bien fournie pour mes maigres moyens. C’est mardi, d’ailleurs, que j’ai obtenu un autre rendez-vous, avec un autre auteur qui a cette fois écrit une biographie archidocumentée sur le Lombard.




 




Oh, mercredi ? Après avoir évoqué Mathew Barney lors d’un cours d’Anglais avec Jonathan, ce charmant Jonathan ajouterais-je, qui fait son mémoire sur le Cremaster Cycle, j’avais rendez-vous à Oullins pour voir, au théâtre de la Renaissance, Les Enfant terribles, opéra de Philip Glass adapté du livre de Jean Cocteau. Et c’était bien. Mise en scène, chanteurs, pianistes (car oui, point d’orchestre, mais trois pianos, et sur scène je vous prie), tout.




 




J’avais jeudi un concert à Clermont, pour voir Moriarty ; mais un violent mal de crâne m’a littéralement couché.




 




Vendredi retour au domaine familial, samedi exposition Gaultier/Chopinot au Centre National du Costume de Scène à Moulins. Le soir cinéma, Angles d’attaque, bon film, bons acteurs, mais un « ta-gueule » n’aurait pas été de trop pour calmer certaine jeune fille décidée à ne communiquer que par un gloussement strident dont on n’aurait su dire s’il s’agissait d’un rire ou d’un cri de secours.




 




 




Dimanche repas de Pâques, et depuis 16h., digestion.




 




 




Et je dors quand, moi ?




 




J*