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Akamatsu



Last Updated: 12/11/2009

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October 10, 2008 - Friday 
Je ne sais pas si vous vous êtes arrêtés là dessus, mais dans les autocars de l'Aveyron et d'ailleurs, au dessus de chaque paire de sièges est encastré un discret haut parleur, pas plus voyant que la ventilation. Ce haut-parleur est relié à l'auto-radio du chauffeur qui choisit invariablement d'écouter en continu des stations hautement atypiques telles qu'NRJ ou Totem. Dans ces incessants allers-retours, le chauffeur meuble un peu son quotidien dominé par le peu loquace ronronnement du moteur, et en fait profiter à tout l'ensemble des voyageurs.
Le voyage se fait long. Pas moyen de faire de pause pipi. Lucie a des crampes à force de rester assise. Heureusement que la radio est là pour nous occuper l'esprit. Fabienne vient de gagner l'album de Superbus pour avoir répondu sans fautes à trois questions somme toutes assez simples.
JACKPOT!

Au milieu de personnes de tous âges ayant pour point commun d'afficher une mine plutôt déconfite, je suis assis sur l'un des fauteuils peu confortables des Assédic. Ici, on a pensé à tout, mis à part d'appeler les gens à l'heure : pour pallier à l'attente, un haut-parleur rond et encastré dans le plafond envoie ses ondes positives, où il est souvent question d'amour, de voyages, et de changer de connexion internet parce que la nouvelle offre est meilleure.

Plus tard, au supermarché du coin, je suis en train de trier des fruits. Les rayons doivent ressembler à un marché, un savant mélange de désorganisation et d'ordre. Sauf que la désorganisation s'arrête là où commencent les fruits. Tous doivent se ressembler ; une petite tache, et hop, poubelle!
Au dessus de moi est suspendu un truc qui ressemble à une grande lampe de plafond, avec son abat jour tendu à un fil. Sauf qu'elle n'éclaire pas, l'ampoule n'étant pas une ampoule, mais... un haut-parleur! (comme c'est ingénieux). Tiens, c'est la même radio que cette que j'entendais dans le car et aux Assedics. Fabienne (une autre Fabienne... elle c'est la première fois qu'elle appelle), vient de gagner l'album de Micka. JACKPOT!

Jusque là, rien de plus anodin et banal. Il faut comprendre le chauffeur. Seulement il y a un truc à ne pas laisser filer, c'est le fait que le haut parleur soit placé juste au-dessus de chaque paire de sièges, que le son nous arrive du haut vers le bas, de manière parfaitement verticale. Si vous vous placez au centre de l'allée et que vous observez les rangées, vous observerez un totale symétrie : de part et d'autres 2 sièges, un haut parleur. Les deux sièges suivants, un haut parleur. Les deux sièges suivants, un haut-parleur. Je m'arrête là, vous visualisez.
Aux Assédics, la présence de la radio est un cadeau du ciel. Elle nous coule dessus comme l'eau de la douche, nous éloigne un temps de ce moment d'attente un peu gauche, ou du moins nous rend ce triste fief de la paperasse un peu plus agréable car familier.
Au supermarché, tout concorde pour nous aider à choisir les plus beaux fruits... Un éclairage optimal restituant à peu près la lumière d'un après-midi d'été vers 18h, une température adaptée au bien-être, et cette lampe sonore qui nous rassure d'être au bon endroit, dans un monde normal...
Mais qu'es-ce qu'un monde normal?

Un bel exemple de lobotomie culturelle (quoi que employer le terme « culturelle » continue à défigurer ce terme à l'origine noble), c'est la manière de diffuser de la soupe sonore dans certains lieux de vie commune. Si la musique vient du plafond, je ne peux m'empêcher de l'assimiler à une sorte de chape divine en forme de chape de plomb, n'ayant pour seul et unique but que de nous empêcher de penser. Car penser, c'est commencer à désobéir (je ne sais pas du tout d'où je tire cette citation, en tout cas elle n'est pas de moi). Le comble étant bien sûr d'entendre sortir de ces outils tortionnaires  la voix de Florent Pagny « Non vous n'aurez pas ma liberté de penser », rendant l'instant totalement irréel.

Une parole descendante, je vois trop bien ce que ceci implique : c'est la parole du patron à l'ouvrier, la parole de Dieu au croyant, mais aussi la parole de l'innocent journaliste radio ou du chanteur à succès à celui ou celle qui ne peut plus faire l'effort de penser.

Dans « Le Meilleur des Mondes » d'Aldous Huxley, les bébés sont élevés dans de grandes salles uniformes équipées de hauts-parleurs qui diffusent pendant leur sommeil des phrases édictant comment on doit se comporter en société. Un manière incroyablement perverse de tuer la désobéissance civile dans l'oeuf en s'adressant directement à la partie inconsciente d'êtres perméables. Je ne me rappelle plus si ces hauts-parleurs sont placés à la verticale, mais peu importe, l'effet recherché est sensiblement le même.

Tout ceci, plutôt que de me donner envie de me flinguer, me donne envie de placer mes enceintes sur le sol (et tant pis pour les basses), et de laisser monter doucement les humbles accords des Gnossiennes de Satie.


Rémi