2008 July 01JazzMagazine - disques d'émoi"ENRICO PIERANUNZI - Plays Domenico Scarlatti – Sonatas and Improvisations" by Vincent Cotro
On connaît la formation classique et la double carrière de concertiste et de jazzman d'Enrico Pieranunzi. Le lien entre les deux ne pouvait mieux s'incarner qu'à travers ce recueil de sonates de Scarlatti mêlées d'improvisations. À propos de ces sonates (555 au total !) publiées pour certaines sous le nom d'« Essercizi » en 1738, le compositeur annonçait la couleur dès la préface : « Lecteur, que tu sois dilettante ou professeur, ne t'attends pas à trouver dans ces compositions une intention profonde, mais une manière ingénieuse de badiner avec l'art afin de t'exercer à la pratique du clavecin. […] Montre-toi donc plus humain que critique ; et ainsi tes plaisirs en seront plus grands. […] Vis heureux. » La liberté est au fondement même de chaque pièce, recelant une ou plusieurs atmosphères particulières traduites par un geste, une couleur ou une qualité d'émotion propres. Cette même liberté régit le lien entre les sonates et les improvisations. Fréquemment, la composition est d'abord interprétée avant de faire l'objet d'un éloignement progressif (jeux rythmiques, décalages, variations harmoniques…) suivi d'un retour au texte. Ce principe est illustré de belle façon dans la première (K531) comme dans l'ultime pièce (K69) où Pieranunzi regagne subtilement l'aigu du clavier pour rejoindre en douceur les seize dernières mesures. La fin peut aussi advenir au cours de l'excursion improvisée (K9). Ailleurs, Pieranunzi nous conduit habilement jusqu'au XXe siècle en prenant prétexte d'une petite cellule descendante en notes répétées pour faire allusion à Bartók et Prokofiev. Certaines sonates sont interprétées telles qu'en elles-mêmes, sans le moindre commentaire ou la moindre introduction improvisée. On admirera le respect absolu de l'intégrité des textes originaux, que Pieranunzi traite en pianiste gouldien plutôt qu'en claveciniste, généreux sur les contrastes dynamiques et la mise en valeur des appuis rythmiques (K492). On admire tout autant – mais on la connaissait déjà – sa maîtrise d'une exploration spontanée, aussi expressive que rigoureuse.