Vendredi dernier, je suis allé au cinéma voir le nouveau film biographique sur Édith Piaf, sorti en France sous le titre "La Môme" et qu'on nous propose au Québec sous l'appellation contrôlée (!) "La vie en rose".
Si, aujourd'hui, je joue l'accordéon avec un style français - quoique sur clavier piano, et non sur chromatique boutons - et me suis intéressé à la chanson française, c'est parce qu'un jour, jeune adolescent, j'ai entendu la voix d'Édith Piaf et l'accordéon sensiblement joué par son collaborateur Marc Bonel. La découverte de son répertoire et sa façon de visualiser le travail sur scène m'ont grandement influencé.
Inutile de vous dire combien j'avais hâte de voir comment on avait pu aborder la vie de Piaf: son histoire avait été triturée tant de fois par des biographes qui se contredisaient ou se copiaient, les tentatives cinématographiques si peu éloquentes (un film en 1973 sur sa jeunesse et un mauvais patchwork signé Claude Lelouch en 83 avec, cependant, de sublimes chansons sigées Aznavour-Lai) que je mourrais d'envie de voir comment Olivier Dahan, audacieux réalisateur des "Rivières Pourpres", nous dévoilerait sa vision de cette artiste hors norme.
Avec des copains manaiques de chansons - et par forcément de celles d'Édith Piaf, comme moi - , collectioneneurs, nous avons échangé sur nos points de vue et je vous livre ce que nous avons trouvé communément. Ce n'est qu'une critique de plus, peut-être: nous sommes amoureux de la chanson, du cinéma et je me dis qu'à travers les louanges générales et les réticences des critiques, on pouvait bien y mettre notre grain de sel... à vous d'en faire l'usage que vous voulez!!
Les points forts:
- Le jeu troublant de Marion Cotillard, à la fois outrancier, pathétique, attachante. Réussir à nous la rendre crédible à tout âge en dépit du maquillage... Intense jeu de comédienne (unanime!!)
- La reconstitution visuelle est époustouflante: cherchez sur le net ou dans les livres disponibles, beaucoup des plans filmés par Dahan ressemblent aux photos d'époque - par exemple: les moments où Édith Piaf chante sur scène, ou encore le moment troublant où Piaf doit quitter la scène à cause d'un malaise et elle y revient après que le public eut déposé des roses au pied du micro. La vrai photo montrait Piaf en plongée avec des gens en tuxedo, seaux de champagne sur les tables et un tapis de roses sous ses pieds...
- Dahan nous a raconté la vie incroyable d'une femme, beaucoup plus que l'écorchement sentimental d'une artiste se livrant aux journaux à potins. Ça soulage de ce qu'on entend généralement sur Piaf.
- Le plan séquence où elle apprend la mort de Marcel Cerdan, troublant, tourbillonnant. Mouchoir obligatoire!!
Les points faibles:
- La chronologie sautillante. Les flash-back sont efficaces dans l'ensemble, mais si vous avez peu lu sur Piaf, vous risquez de vous y perdre... Mes copains me demandaient: "Momone et Simone (vues au début et à la fin du film), c'est la même??" Visiblement jouées par deux comédiennes, la première évoquant Simone Berteaut, amie des rues qui a suivi Piaf très longtemps, et la seconde Simone Margantin, infirmière dévouée des jours d'agonie.
- Des détails visuels musicaux: c'est moi que ça a troublé le plus - déformation professionnelle, je suppose!! Un exemple: Piaf chante pour la première fois en vedette dans un music-hall. 1: Elle chanta à l' ABC (un des music-halls les plus réputés de l'entre-deux-guerres) sans micro!!! On lui fait un bel anachronisme en lui plantant un superbe micro araignée (vieux micro semblable à une toile!!). Jean Sablon sera celui qui osera utiliser un micro le premier, à la fin des années 1930.
Autre anachronisme - coquet, celui-là: la mère d'Édith Piaf chante une chanson dans la rue: "Moi, je m'ennuie", composée expressément pour Marlène Dietrich au début des années 30. On situe la scène dans les années 1918... Juste le titre indique un état d'âme, ça se prête bien à la scène!! Y en a d'autres, je m'arrête là!!
Quoique... que dire de la position du piano, la queue tournée vers les rideaux (le piano placé à droite sur scène)? Détail sans importance que celui-là?? Pour les besoins du film, il est vrai que c'est archi-secondaire, mais d'un point de vue esthétique et musical , c'est "ordinaire"!!! Le son d'un piano qui se projette dans les rideaux, c'est pas très efficace pour un show!!!!
- Ce commentaire m'appartient de plein droit, et je dois peser mes mots pour le dire. Sans taxer Dahan de plagiat. je peux dire que le film est "terriblement" calqué sur la bio télé qui raconte l'histoire de celle qui représente Piaf pour les américains, Judy Garland. ("Me and my shadows", d'après le récit de la fille de Garland, Lorna Luft) Plusieurs façons de faire les ellipses, les liens entre les scènes, sont radicalement pareilles. Il est vrai que la vie des deux femmes, leur talent se ressemblent, mais que la façon de monter le film soit si proche - malgré deux histoires fort différentes - a de quoi faire sourciller...
J'espère que vous aurez autant de plaisir à voir ce film comme nous (plus mangeur de chansons que de pop-corn, ce soir-là!!) et que vous découvrirez ou reprendrez contact avec l'univers tragique et immense de la grande Édith Piaf.