Gender: Male
Status: Single
Age: 40
Sign: Gemini
City: Xanadu
State: Lorraine
Country: FR
Signup Date: 3/4/2007
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Monday, November 02, 2009
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Current mood:Lungenkrebs
Y’a pas cinquante façons d’appréhender la journée. Nier cette foutue gueule de bois, c’est comme jaillir de la tranchée avec l’espoir d’en réchapper. Alors tu te réfugies sous les trois oreillers qui traînent pas trop loin de tes mains, en vrac. Y’en a un qui sent bon… comme un parfum de femme… A peine tu essaies de mettre un visage sur l’odeur que déjà les obus sifflent, pulvérisant chacun des énormes efforts que tu alignes pour garder les yeux ouverts. Et voilà, tu patauges dans ton marécage, les jambes alourdies par les milliers de faux pas qui ont fini par te perdre là. Gueule cassée. Petit Poucet. Petit Poucet. Tu retrouves plus ton chemin même quand tu sors pas de chez toi. Tu dessines de jolis labyrinthes pour danser tout seul jusqu’aux impasses au fond à gauche, au fond à droite, où tu pisses dans le meilleur des cas, où tu t’agenouilles la gueule dans la cuvette, les genoux sur le carrelage, la bave au coin des lèvres. Tu demandes à la dame pipi de bien vouloir t’excuser et elle te répond qu’elle est morte depuis longtemps, qu’elle en a plus rien à foutre désormais des clampins de ton espèce ; et tu balances ta monnaie sur le sol, et tu rampes juste après pour ramasser les pièces, pour t’offrir le dernier pour la route, pour l’autoroute qui monte en lacets jusqu’au sommet du précipice d’où tu observes le vide en espérant un jour regarder le ciel à la place. T’as tout mélangé. Les alcools et le présent et le passé. T’as fait ton brave, comme si jamais t’allais te réveiller, comme si toute ta vie c’était cette nuit et ces rues et ces gens et des rues et encore des gens plantés là comme des arbres cramés qui attendent les bras en croix que le jour refuse de se lever. Pis soudain y’a plus rien à voir, plus rien à attendre. Alors, de tous les espoirs que t’as laissé pourrir tu fais une sorte d’enclume que tu pends à ton cou. Ta tête tourne à contretemps... Tu rigoles déjà moins, parce que t’es tout seul sur ton chemin de croix. Les façades des immeubles te renvoient des images que tu veux pas regarder maintenant… des cuisines bien rangées, des bibliothèques remplies de livres que personne ne lit, des chambres d’enfants avec des papillons en papier sur les murs, comme si l’amour allait rester… Comme s’il avait existé. Chez toi c’est difficile d’entrer, même avec la bonne clé. La serrure arrête pas de bouger et t’as beau balancer des coups de lattes dans la porte, tu réveilles personne et t’as plus qu’à recommencer. Tu vises et quand tu reconnais le couloir tu sais que c’est fini et que t’es plus bien loin de l’entrée du tunnel et soudain tu penses à ton lit et il te donne envie de vomir ce lit bourré de fantômes qui moulinent leurs jambes froides dans ta nuit qui existe plus que dans tes regrets. Tu montes les marches, tu te tiens à la rampe, tu recules , un pas ou deux, puis tu reprends l’ascension et déjà tu sens que merde et bordel et tout… Tu rentres et tu longes le couloir, les mains contre les murs. Tu espères qu’au bout y’aura de la lumière, un sourire, des bras pour te cacher dedans, un refuge pour pas partir encore une fois… Mais y’a rien. T’allumes pas la lumière. Tu te déshabilles pas. Il fait froid. Tu t’écroules, aux commandes d’un vaisseau qui tourne tout autour d’une planète inhabitée, et ton foie commence le boulot. Il pompe tous tes excès pour les distiller en trous noirs dévoreurs de mémoire. Pas d’atmosphère, aucun rêve, juste un puits sans fond que tu explores chaque nuit plus avant sans en rapporter la moindre pépite d’or. C’est là que tu enfouis ta vie, toujours plus loin de la surface, pour que personne vienne fouiller dedans et t’exhiber sous le nez les preuves de ta misère. Tu veux pas regarder, tu veux pas voir, t’as jamais écouté les conseils, t’as jamais cru qu’on tenait à toi, et tu tiens pas à toi, tu tiens plus à rien, tu t’en fous, ta mémoire fout le camp, ton foie distille, tu réveilles personne quand tu te rues sous le robinet pour avaler des litres d’eau que tu pisseras jamais. T’attends le regard sévère du médecin qui te claque qu’y a plus rien à faire, que c’est toi qui a creusé ta tombe avec ton foie hypertrophié, qu’il peut pas ressusciter les morts et que de toute façon ça servirait à rien parce que tu sais plus vivre. Tu peux pas dormir toute la journée. Le sommeil tu connais plus. Tu sors de l’abîme comme tu y es entré. Juste la barbe un peu plus dure, les cheveux ébouriffés, l’estomac dans un bain d’acide et qu’il fasse soleil ou brouillard ça t’est bien égal. Tu oublies vite ton mal de crâne, tu fourres quelques fringues dans la machine, tu passe vite fait sous la douche et tu pars bosser, l’haleine de vainqueur mal planquée derrière un verre de jus d’orange et une pastille à la menthe forte qui manque de te faire gerber parce que tu sais pourquoi tu bouffes cette merde que tu détestes en vrai. Rapidement, tu élabores un classement des gens pendant que tu conduis. Tu te dis qu’on est six milliards au moins sur cette belle boule bleue et ocre, et t’es tout au fond de la classe, à côté d’un radiateur qui chauffe pas. Y’a plein de types que t’as toujours pris pour des cons qui s’en sortent bien mieux que toi, y’a des gens qui ont pas l’eau, pas l’électricité, rien à bouffer et des enfants en pagaille et ils ont envie de voir le jour d’après. Pas toi. Toi le jour d’après il te fout la trouille, parce que pour l’atteindre tu dois passer la nuit, cette foutue nuit qui dure et qui s’étire et qui grignote tes parts de soleil. Tu mesures l’étendue de ta lâcheté. Qui s’étend comme un désert. Tu penses à tes semblables qui jouent au ballon sur une plage à Valparaiso, tu penses aux aurores boréales que tu verras jamais, tu penses au type qui a domestiqué le feu, tu penses à Neil Armstrong, et aussi à celle que t’as aimé quand tu avais un cœur plus gros que le foie, et dans un virage tu files tout droit… Le courage c’est pas ça tu te dis en embrassant le pare-brise… le courage c’est tout sauf ça. Le brouillon se déchire. L’encre rouge efface l’histoire. Un moment tu observes la scène, avant de t’allonger sous la terre, sans rien ranger…
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Friday, October 09, 2009
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Current mood:fiction romance!
Ils ont kidnappé la bête au petit matin. Elle dormait pas quand la porte s’est ouverte et que la lune s’est réfugiée dans ses yeux étonnés... Elle finissait son petit déjeuner : carottes, choux fleurs et navets. Ils se sont mis à quatre pour la pousser dans la cour. Elle voulait pas sortir. C’était pas normal et ça lui fichait la trouille. Les oreilles dressées, elle tremblait du groin tout en lançant des regards perdus. Personne les lui rendait. Elle entendait des voix, des cris de joie, d’impatience, et une espèce de tension inhabituelle. Elle reconnaissait pas tous ces gens, peut-être à cause de la pénombre…peut-être… Et puis Il est arrivé, clope au bec, chapeau sur les yeux. Lui, elle le remettait bien. C’était Lui qui lui apportait ses navets si bons, ses choux fleurs croquants, ses délicieuses carottes. C’était Lui qui avait embarqué son frère la semaine passée ; elle se rappelait vaguement. Du coup elle a abandonné toute résistance, parce qu’on ne crache pas dans la main d’un ami de la famille. Pis pour un drôle de machin il avait plutôt belle allure. Une espèce de statue sculptée par la pluie. Lui, c’était Augusto. Tout le monde l’appelait Gusto. Un balèze tout en noeuds. Tyrolien. Blond. Les yeux d’un bleu de lac d’altitude. Déterminé en amour, faiblement résistant à l’appel du vin. Personne le comprenait quand il ouvrait la bouche, rarement, et qu’il ponctuait chaque phrase d’un long sifflement à interpréter ou pas. Il portait un chapeau monté d’une plume de milan, et quand il marchait avec son bâton, toujours flanqué d’un chien différent, il faisait peur aux gosses. Il était saoul du soir au matin, juste parce que c’était froid dans sa tête et que ça lui donnait envie de vivre un peu plus vite. Au plus fort de la cuite, jamais il mentait. Il avait pas appris. Il avait jamais eu besoin. Il avait séduit sa femme en plein jour, passé le Rubicon les gendarmes aux fesses et il l’avait emmenée en moto jusqu’à ce coin perdu de la France où il s’était mis une grosse biture avec un type qui l’avait enrôlé dans la mine. Il avait exigé une carte d’identité, une maison avec du chauffage, des sous pour le vin et pour les meubles en échange de quoi il s’engageait à bosser comme un dingue. Il a planté toutes les bouteilles qu’il s’envoyait, goulot à l’envers, pour en faire des bordures dans son jardin. A deux seulement ils ont fabriqué trois gosses, que des mâles qui se sont baladés toute leurs enfances avec des millions de sourires peints sur la trogne… A la sainte Barbe, il dansait tout seul et il accrochait les porions aux portes manteaux. Des baffes qu’il leur filait. Personne pour le faire chier… A Audun-le-Tiche, il était Le Tigre… Le Tigre… Putain de respect…Un Tigre qui piochait sous la terre, qui balançait le minerai dans les wagonnets, qui sifflait quand ils étaient pleins et qui chantait sous la terre pour dire qu’il allait juste recommencer tant qu’il aurait des bras. Rentrer mort c’était le deal. Rentrer mort et jamais se plaindre de servir à quelque chose. Et jamais se demander à quoi. Le Gusto, il avait monté une baraque un peu en haut dans la côte du Mandelot, dans la forêt. C’était sa garçonnière pour le week-end. Il avait là tout un harem des brebis, coiffées comme Louise Brooks, sauf que les poils ils étaient blancs ou gris et qu’elles souriaient plus qu’elle. La Louise il l’avait vue une fois au cinéma, même que souvent il disait qu’il lui avait tenu la main dans les ruelles de Vienne, avant qu’elle soit dans le cabaret. Les dates concordaient pas vraiment, mais c’était un bout de lui, pis y’avait jamais personne pour le contredire, de toute façon… Tout le temps il montait la côte fin raide, il insultait les arbres et les hannetons avant de leur adresser un clin d’œil quand il s’étalait à cause de la lune qui brillait jamais assez fort pour trouer ses nuits. Le nez dans la boue, il luttait pour vivre encore un peu… il écartait les bras, et puis il chantait jusqu’à ce que les glands tombent du grand chêne, le seul être vivant plus fort que lui il disait. La bête il l’avait élevée. Sélectionnée. C’était sa cochonne… Il y avait passé du temps pour qu’elle soit belle. Pour qu’elle lui ouvre l’appétit. Il l’avait bien nourrie, des fois même il lui avait parlé. Il lui avait raconté sa vie, la fois où il était revenu de Stalingrad à pieds, un camarade mort sur chaque épaule… (Il a fini par les bouffer quand ils ont été bien secs, quelque part dans la montagne en Roumanie) C’était pas pour l’amadouer la truie, il en avait rien à foutre d’amadouer, c’était juste le besoin de parler sa langue à lui, avec des mots et juste des sons pour ponctuer, parce que c’était dans les sons qu’il planquait ses quatre vérités. Elles étaient à lui les vérités. Dans sa mémoire personne pouvait fouiller. Au fond de sa carcasse, il aimait pas tuer. L’avait davantage une âme de charogne… courage ok, mais respect il aimait. Sauf que quand même fallait bien bouffer, nourrir, tenir le rang. On s’attache à sa famille, pas au bétail. Le bétail il sert à entretenir la famille. On est des hommes il disait, pas des arbustes… on mange du porc, on mangerait des ours si on pouvait. On mange parce que si on mange pas on peut plus baiser. Et baiser il aimait tellement fort que la simple évocation de pieds de femmes noués autour de sa nuque lui ouvrait la braguette plus fort qu’une journée à gratter le fond du puits. Quand la truie s’est retrouvée au milieu de la cour en terre battue, il l’a attachée à un piquet. Il lui caressant la hure. Il s’est accroupi devant sa gueule qui semblait sourire et il l’a regardée droit dans les yeux. Sa manière à lui de la remercier. « A mort t’es condamnée ma jolie.. c’est Moi qui vais te saigner ? Arrête de me regarder comme ça, t’es déjà saucisses, jambons, boudins… pis aussi les escalopes… whouaw… avec des tomates et du poivron, c’est plus qu’un maquillage de pute tu sais..c’est vraiment pour ça que je t’aime bien… c’est vraiment pour ça que je te tue. J’ai plus toutes mes dents mais j’ai fait des enfants, qui pensent à toi, qui veulent ta cervelle jusqu’à tes pieds.. sois courageuse ma bête, c’est juste un bon moment à passer… » En cuisine, les femmes avaient tendu des linges sur la longue table, préparé les hachoirs et les couteaux. Elles attendaient le sacrifice en buvant du café et de l’amaretto… elles se racontaient des histoires que les enfants écoutaient, dessinant dans leurs têtes les visages de héros qu’ils ne se souvenaient pas avoir croisés. Il faisait presque jour. Le gueulard envoyait des ombres rouges dans les nuages et y’avait des éclairs en plus, pour la pyrotechnie. On se serait cru dans un paradis inversé. La cochonne pensait à rien. On pense jamais à rien avant de mourir. On sait pas, c’est tout et c’est bien comme ça. Presqu’elle était sur le point de s’endormir comme toujours quand elle a pris le gros coup de masse sur la tête. (Il a brandit la masse et sans aucune forme de cérémonie, il en a balancé un grand coup sur le crâne du porc. Il a fermé les yeux et il voyait quand même un sourire de la mort au bourreau, mais il l’avait déjà fait tellement de fois que c’était juste un clin d’oeil) Merde, j’ai pensé, en voyant les yeux de la bestiole tourner dans tous les sens… La masse sur le crâne ça a fait un drôle de bruit, du genre rock’n roll qu’on n’oublie jamais. Ses genoux ont plié pis son groin il a bouffé la poussière, et pendant qu’elle était là la bête, à se demander pourquoi elle avait tellement mal au choux, le Gusto s’est pointé avec son couteau et il lui a ouvert la carotide, pendant que son benjamin tendait une bassine pour récolter le plus de jus possible. Pas facile comme mission, parce que ça giclait partout. Les autres essayaient tant bien que mal de maintenir la bête dans une position décente, en lui serrant les pattes… mais c’était pas évident, à cause des soubresauts. (Oh merde… j’ai plus aucune force… on dirait que je pars dehors… on dirait que je pars dedans… on dirait que je pars et que je peux bien me défendre jamais j’aurais assez de vie pour lutter contre cet enculé d’assassin… putain j’ai plus d’esprit, j’ai du blanc dans mes yeux, j’ai du noir dans mes yeux, j’ai du noir et j’ai du bl…. » Elle a posé sa tête sur le sol. Elle a balancé un peu de sang par les narines. La poussière a tout avalé. Vite fait. Il pleuvait pas ces temps-ci. Dehors ça ressemblait à un marécage avec des morts dedans… Je sais plus qui je dois aimer…
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Thursday, September 24, 2009
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Current mood:Dézaftizé
J’ai remonté le col de mon imperméable. Les enfants jouaient dans la cour. J’avais du chant dans la voix. Etouffé. Désaccordé. La rue montait vers la tempête. Au bout de la rue la terre s’arrêtait. Elle avait prévenu qu’elle irait pas plus loin. Que plus loin c’était les vagues, le vent, l’océan. Gris. Gris avec des reflets gris. Un arc en ciel de gris. Un soleil sous la mer. J’avais du sel dans les yeux. Mais pas encore de larmes. Il était trop tôt. Je pensais encore avec ma peau. Ma peau un peu fine ; j’aurais du écouter ma mère…M’habiller pour la vie, pas faire mon coquet. Je me jette à la mer ? Je me laisse avaler ? Je bois ce que je respire et je respire à en crever ? Non, elle dit l’Autre… Non, arrête pas de respirer ! Bois et attends… La seconde moitié de ta vie. Je penserai à toi elle mentait. Je me retournerai pas mais je penserai à toi. Parfois. Quand j’aurai envie de tes yeux sur moi, de ta voix, de tes bras. Je l’ai crue. J’avais aucune raison de douter. Je vénérais les fantômes et les regrets. Et j’ai serré le vide un peu trop longtemps... Je tombais sans arrêt dans les trous que je posais dans sa mémoire. Où je croisais les autres qui venaient d’arriver, hilares et satisfaits de se trouver là, à contresens de moi. Pour fuir j’ai marché longtemps sur tous les trottoirs de la ville. J’ai dormi sur des bancs. J’ai mordu les arbres, comme un lâche. J’ai avalé des hectolitres de lune pour vomir la lave éteinte entre mes pieds perdus. J’attendais le soleil des jours d’avant et je faisais tourner la Terre à l’envers juste pour elle et moi.
Retour à la réalité.
Pause déjeuner Pas la première, mais la première quand même…
Je suis tout retourné. A midi, j’adresse la parole à une inconnue. Après des mois de mutisme, je pense à l’homme le plus fort du monde. En vrai je la connais un peu, puisqu'elle me prépare mes sandwichs presque tous les jours. Mais pas plus que ça. Je n'hypothèsais même pas sur son prénom, c'est vous dire le peu d'intimité que nos rencontres avaient engendrée. Et puis crac. Vous savez ce que c'est… un petit vent froid au dehors, un ciel bas, des passants emmitouflés dans des manteaux tristounets et soudain l'irrépressible envie de manger là, sans emporter le butin. Prendre un peu ses aises, boire en mâchouillant, admirer les croûtes mal agencées sur les murs rissolant d'acides gras saturés… à la simple perspective de cet acte de rébellion vis à vis de la sacro sainte pointeuse arracheuse de temps mes mains se mirent à trembler, tant et si bien qu'elles vinrent effleurer le poignet de la fille au moment où elle me tendait la saucisse si joliment emballée dans un morceau de pain dégoulinant de ketchup carmin comme les lèvres de mon cordon bleu attitré. Je tiens à préciser immédiatement que je ne suis pas un de ces dragueurs de fast-food au sang chaud qui courent les rues glauques de ce début de siècle, je vais même vous avouer que je suis plutôt lent… ben oui, j'adore les cérémonies de regards en coin échangés comme des hameçons aguicheurs péchant les premiers mots… je me délecte de la banalité des premières phrases qui sans rien dire rendent les réponses heureuses… et lorsque enfin j'arrache quelques jolis sourires, j'emporte le tout dans mon sac à fantasmes qui infuse quelques temps dans mes nuits agitées pour concocter le doux élixir du besoin de recommencer… Vous l'aurez compris, pendant que les autres sans vergogne alignent femmes, maîtresses, bébés, pavillons, monospaces, chien-chien et tondeuses à gazon, je capitalise les occasions manquées. Du coup je brûle d'un amour permanent pour toutes ces femmes à peine croisées. Pour chacune d'elle je bâtis des châteaux aux quatre coins du globe, châteaux qui finissent invariablement hantés par nos lunes de miel improvisées, par les enfants que nous n'aurons jamais, par nos disputes avortées... Je suis donc là, debout derrière le comptoir, et son poignet tout doux finit par m'échapper. Je lui tends 4 euros. Pendant qu'elle ouvre le tiroir caisse, je l'envisage sans cet horrible tablier qui change les amazones en robot de cuisine tout droit sorti d'un film d'anticipation suranné. Du coup on dirait une autre. La baraque à frites prend des allures de temple Maya. Je suis le gentil conquistador qui revient sur ses pas après le carnage pour emmener la pauvre orpheline dont les couettes sont si bien tressées. Le snack se fait tripot. Je suis Johnny Boy prêt à claquer tout le pognon qu'il doit aux affreux pour faire danser sa belle dans Mean Street. Et puis je suis moi, Mr Zaft, perclus de frustration à la simple idée d'avaler ce hot dog dans mon coin avant de repartir au bureau le cerveau lourd d'avoir rêvé sans dormir. Je crois que c'est là qu'elle a remarqué que j'avais soif. Elle m'a proposé une bière et j'ai accepté. Elle a demandé si je travaillais dans le secteur et j'ai répondu qu'il fallait bien gagner sa vie… alors elle a répondu qu'elle trouvait cette expression étrange… gagner sa vie… j'ai répondu que ça ressemblait à une promesse trahie, qu'un jour on nous donne la vie et qu'ensuite on nous demande de la gagner… bref, je vous épargne l'intégralité de la discussion (vous pourrez la lire dans les petits carnets qu'on retrouvera après ma mort dans la table de nuit d'un château hanté), mais je peux vous dire qu'à cet instant précis mon téléphone a sonné et que je l'ai laissé faire… si bien qu'elle parlait en regardant ma poche pendant que je l'écoutais en sentant tout le manteau vibrer… Et puis deux allemandes ont permis au vent froid d'entrer et je suis allé m'asseoir dans mon box. Je l'écoutais. Quand elle parle allemand, on n'entend plus son accent, j'ai pensé en dépliant mon journal… Je me demande bien d'où elle vient… Et comment elle a atterri dans cette rue de Nancy. Qu'est ce qu'elle a bien pu ressentir quand elle a quitté son pays ? Qu' est-ce qu'elle portait comme chaussures pour aller à l'école quand elle était petite ? De temps à autres je levais le nez et nos regards se croisaient… Dans Libé, je parcourais les messages perso… je les trouvais bien fades pour une fois… Ensuite elle est partie toute une éternité dans une petite pièce attenante et j'ai allumé une cigarette. Quand elle est revenue, elle a fait mine de débarrasser mon plateau mais je ne l'ai pas laissé faire… j'ai commandé une autre bière… j'ai fumé une autre cigarette… et nous avons bavardé encore un peu, elle debout, moi vautré… Elle était russe avant, ou à peu près . Je lui avoue mes basses pensées et elle lâche un petit rire qui fissure l'enveloppe de cristal dans laquelle les coeurs sont si mal protégés. Je me lève… je veux payer encore une fois mais comme c'est déjà fait ça lui donne matière à se moquer de moi. Ce que je prends comme un compliment. Et puis je me retrouve sur le trottoir. Je ne sens plus le froid. J'avais juste besoin d'aimer un petit coup, pour donner un sens à cette journée. Je ne sais pas ce qu'elle m'a donné en échange, mais ce soir encore j'entends ses mots. Et je suis heureux d'être vivant. Rescapé. C’est pareil en vrai…
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Tuesday, September 08, 2009
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Current mood:vaniteux.
Dimanche un peu plus tard... je pense à elle. On s’est réveillés sans avoir dormi et on s’est collés fort parce que dehors il faisait froid, et aussi parce qu'on avait envie de sentir qu'on respirait dans les oreilles de l’autre. On était tout nus du cœur et on se demandait vaguement si on n’avait pas fait trop de bruit avec nos sexes. On n’avait pas très bonne haleine, et nos mains se perdaient dans nos cheveux, s’attrapaient pour se guider vers nos bouches et aussi nos yeux qu’on aurait bien fermés un peu si le temps ne passait pas si vite. On a dit des conneries, des conneries gentilles, comme des enfants qui jouent ensemble pour la première fois juste avant de redevenir adultes. Sortir du lit a été un vrai supplice. Amputation d’un souvenir vital, ça s’appelle au musée des tortures. Quand on est obligé d’abandonner là, dans les draps, un morceau de bonheur tout en sachant qu’il n’a aucune chance de survivre. Plusieurs tentatives qui ont fini en lutte où on se mordait la langue à la façon des bébés tigres… avec les dents molles. Café fort. Cigarettes. Bisous. On ramasse les fringues… on retrouve pas tout… quelle importance ? Ce qui reste, c’est cadeau. Elle me donne son numéro. Elle sourit toujours. Elle est jolie parce qu’elle est jeune je dis. Je suis jolie parce que je suis bien, elle répond. Je suis pas certain d’avoir bien entendu mais je lui demande pas de répéter… surtout pas. Je nous regarde dans le miroir de l’entrée. Elle tire la langue. Je ferme les yeux pour la photo. Le miroir dit que demain matin il l’aura développée, et que je ferai moins le malin avec mon cœur désorienté. Je recommande au miroir d’aller se faire foutre avant de fermer la porte tout doucement, de peur que l’air vacille, qu’il assainisse le passé. Et tout à coup elle est partie. Oubliant son odeur, et ses rires, et ses gémissements, et ses yeux qui chavirent, et ses seins qui attirent mes mains et ma bouche, et ses fesses qui attirent mes mains et ma bouche, et son ventre qui attire mes mains, et ma bouche, et mes envies de la garder rivée à moi, comme dans les histoires où les amants arrivent à l’hôpital parce qu’ils sont emboîtés. Sauf que c’est pas à l’hôpital qu’on serait allés… mais directement au lit, pour terminer le premier chapitre en crescendo. Ou sur une chaise. Ou dans la baignoire. Ou dans un restaurant. Elle est partie et je suis comme hier. Forcé d’attendre que ça revienne. Que ça me tombe dessus pour me donner envie de continuer encore un peu. Dans le bon sens. Toucher un instant ce qui ne dure jamais. Parce que c’est dans l’instant que tout devient beau, jamais dans la continuité. Parce que c’est dans l’instant qu’on jouit, pas dans les projets. Parce que l’espoir c’est comme une bétaillère qu’on double sur l’autoroute, avec des cochons qui te regardent passer… qui savent pas si tu vas vivre, mais qui savent qu’ils vont crever. Et qui peuvent pas s’empêcher de croire que peut-être ils mériteraient de vivre, tout cochon qu’ils sont. A tort ? A raison ? A raison je pense… mais j’ai le droit de me tromper… Je fume des clopes en me grattant le nombril. Je me sens vide, un mélange de gueule de bois et de manque d’amour. Je m’effondre dans le canapé rouge, les yeux perdus sur le mur blanc contre lequel sa voix rebondit comme une balle magique. Je peux écouter Brel, Daniel Darc, Dominique A… je peux écouter de l’opéra ou des cantiques ; toutes les chansons me parlent d’elle, et aucune ne parle de moi. Alors je crois que je n’existe pas encore, j’imagine que je contemple un désastre qui frappe un inconnu et que ce pauvre type m’aborde dans la rue pour me demander des conseils et là je change de voix et je change de mots et j’attrape la balle magique que je fourre dans ma poche comme si je l’avais volée. Je capitule sous le poids de la mélancolie…Quand je serai grand… J’habiterai dans une maison en verre, perchée au dessus des nuages, au sommet d’une falaise. Avec un puit sans fond au milieu du jardin, un puit magique dans lequel je balancerai des pièces du monde entier. Je fermerai les yeux un instant. Pour laisser au temps l’illusion d’exaucer mes vœux. Je peindrai une porte sur un mur de briques. Une porte ouverte sur le jour d’après. J’en franchirai le seuil chaque matin, juste après les tartines. Pour me promener dans les conséquences de mes actes. Innocent. Naïf. Détaché. Comme le Vésuve se baladant dans Pompéi un jour de foire. Avec des lunettes de soleil… Et rentrer apaisé de ne plus avoir à choisir qu’en connaissance de cause... Libre de contempler l’horizon qui s’éloigne dans le présent sans pour autant s’enfoncer dans les brumes du destin. Etre mon destin. Choisir la bonne option ou la mauvaise, mais savoir au moins que la mauvaise ouvre un chemin tortueux vers le jour suivant… et ainsi de suite. Ne plus laisser aux autres la force d’agir sur ma vie, qui ne les concerne en rien vu qu’elle est à moi. Que je n’en ai qu’une, qu’elle est mon plus grand bien. Distribuer mes actions au compte gouttes, à tous ceux qui sauront m’apprivoiser, à tous les bluffeurs qui m’amuseront le temps de me berner. Aux gens doués de raison, de déraison, aux agités qui font des vagues dans des verres d’eau avant de les renverser sur les têtes des badauds… « C’est de la pisse ? » ils diront effrayés… Je fabriquerai le bonheur, mon bonheur, ma vision du bonheur. Je me roulerai dedans et je rirai aux éclats avec mes dents pourries… insensible aux miroirs qui n’ont d’autre pouvoir que celui de réfléchir la réalité… Dans la boue ou dans la soie, je me roulerai selon mes humeurs… tout en décidant ce qui est boue, ce qui est soie, ce qui n’est rien aussi… Quand je serai grand… Je ferai pousser des arbres à femmes. Je sais qu’elles poussent pas dans les arbres les femmes… Et je sais aussi tout ce qu’elles ont de précieux… Mais j’aime bien l’idée de l’arbre à femmes… les vrais mâles iront jusqu’à plébisciter l’arbre à morceaux de femmes… arbre à bouches, arbre à seins, arbre à culs, arbre à vagins… Parfois je les comprends… Quand je suis amoureux et qu’elle m’aime pas. Bref… un verger d’arbres à femmes… complètes… imaginez le coucher de soleil comme il les ferait briller ! Bien sûr, certaines se laisseront dévorer par les oiseaux, mais les meilleures, j’irai les récolter la nuit, quand tout le monde dormira. J’en ferai des confitures, des guirlandes et des parfums. Certaines iront sécher entre les pages de mon journal intime. L’essence de leurs souvenirs dessinera les contours des histoires que nous aurions pu vivre ensemble… Si j’avais été grand maintenant. Pas dans vingt ans. Pas trop tard. Pas jamais…
Réveil. Encore cinq minutes… Réveil encore. Putain ! Cinq minutes j’ai dit ! Virer la couette. Ne pas allumer la lumière tout de suite. Dormir jusqu’à la salle de bains. Eau qui coule. Froide. Tiède. Chaude. Tête sous la douche. Fermer les yeux. La nuit qui coule pour se perdre dans la bonde. La suivre un instant dans le trou et puis lâcher prise pour me frotter. Le visage. Le torse. Le ventre. La bite. Le cul. Les jambes. Les pieds… Tout est en ordre. Vieillir un peu. Un peu plus. Pour rien. Café. Clope. Clope. Clés. Téléphone. Clés. Bagnole. Autoroute. me goinfrer de rien. Jusqu’à vomir de l’air. Dans une énorme bulle qui crève chaque jour. Sans rosée… Les yeux dans le vague. Je double les camions. Je double une bétaillère, ignorant les cochons qui courent comme s’ils n’avaient plus de tête lorsque je ferme la porte de mes rêves sur le jour en trop. La nuit se sauve avec eux. La nuit se sauve et elle revient et on lui pardonne tout parce qu’elle est plus forte que le jour. D’ailleurs, cette nuit, je ne peux pas affirmer avoir souffert. Tout juste si je me souviens d’un rêve étrange, un rêve sans doute sans rapport avec mon état actuel. Plus que la trame du rêve, si tant est qu’un rêve puisse suivre un quelconque scénario, ce sont les sensations physiques ressenties cette nuit là qui me reviennent en mémoire. Comme souvent lorsqu’on dort, les premières images du songe ont surgi à l’improviste. Bien qu’elles ne s’inscrivent pas dans la suite chronologique d’un événement antérieur, puisque avant le rêve il n’y avait rien, ces images n’étonnent pas le rêveur, si bien qu’il se fond sans effort dans ce semblant de Destin incohérent, comme s’il venait de monter dans un train dont il ignorerait la provenance et la destination tout en connaissant tous les passagers. Peut-être qu’avant d’embarquer dans son rêve, le dormeur passe par une antichambre où on l’équipe des souvenirs adéquats, afin qu’il ne soit pas totalement dépaysé en arrivant. Peut-être aussi que parfois on lui refile volontairement des mauvais souvenirs, qu’on intervertit les paquetages, dans l’unique dessein de provoquer le malaise nécessaire à la genèse d’un angoissant cauchemar. Cette nuit là donc, j’ai rêvé. Il me semblait être plus âgé que dans la vraie vie, même si mon âge ne se calculait pas en années, ni en mois ni en jours. Je déambulais dans un décor changeant. Un diaporama décousu de champs de fleurs, de forêts et d’immeubles en ruines. Chacun des tableaux que je subissais me rappelait vaguement des visages familiers. Ici l’immeuble abandonné, derrière le collège, et toute une galerie de portraits penchés aux fenêtres qui bizarrement n’étaient plus murées. Une grosse femme aux cheveux jaunes, un petit garçon mort dans un ascenseur en flammes, un curé borgne, un chien sans oreilles… Là le champ qui bordait la maison de ma grand mère, une constellation de fleurs fanées, brûlées par un soleil blanc, où la carcasse d’un âne gris jouait au Dormeur du Val, sans faire illusion. Ici la forêt qui dissimule la frontière avec le Grand Duché, avec des arbres gardes-barrière qui parlent plusieurs langues sans s’écouter, si bien que toujours j’ai fini amnésique dans un cimetière de soldats inconnus, volontairement oubliés. Au début du rêve je marche seul. Le sol n’a aucune consistance. Comme si j’ avais oublié mes jambes. Comme si mon corps était resté allongé dans un lit défait et que mes yeux seuls se trimballaient à l’intérieur de morceaux de moi et des autres. Et soudain je sens une présence à mes côtés. Une petite fille brune. Elle flotte partout où je regarde, comme un filtre. Je n’ai pas le temps de la reconnaître à cause de ce visage qui change sans arrêt. A l’image de celle que j’ai cherchée partout, dans les immeubles en ruines, dans les champs de fleurs, dans les forêts plus sombres que mes regrets. Elle m’accompagne comme un papillon, comme un torrent, comme un corbeau, alternativement et dans le désordre. Elle m’accompagne mais elle n’est pas avec moi, et quand je la perds de vue un instant, j’ai envie de crier comme si j’avais perdu mon bébé dans la Médina de Fès. Et puis elle revient en hurlant de rire, elle tournoie et pédale dans l’air chaud, elle sourit avec les yeux et j’ai envie de l’attraper comme un jambon en haut d’un mât de cocagne. Et puis, à force de se répéter qu’elle est comme, je finis par la chasser. La dernière fois que je l’aperçois, elle niche tout en haut d’un charme, déguisée en Grande Duchesse. Avec un miroir en guise de visage. Un miroir sans teint. Je sens le poids de la nuit. Je chasse le drap avec les pieds. J’ouvre les yeux sans me réveiller et la réalité me semble plus étrange que le rêve, broyée par mes paupières qui refusent de s’ouvrir ou se fermer, qui laissent le vent du présent déformer les perspectives déjà bancales de mes paysages d’adoption. Je ne veux pas me réveiller même si mon corps lutte pour. Je ne veux plus dormir non plus. J’aimerais que la nuit s’éternise. Pour voyager encore. Sortir de la forêt. Respirer l’air d’un âge que je n’aurai jamais. Visiter l’avenir et en être le héros, rencontrer des gens qui n’existent pas pour leur montrer à quel point je serai mieux quand je serai un autre, l’autre planqué tout au fond de moi, un autre qui dort mieux qu’il ne vit. Parce que je les envie tous, les autres de mes rêves. Ils apparaissent, disparaissent, se changent en arbres ou en geysers, donnent leur numéro de saltimbanques irréels avant de s’effacer dès que le soleil remet tout en ordre. Ou dans le désordre… Comme cette vieille indienne qui se lave le visage avec les cendres de son homme, agenouillée au bord de la falaise. Le soleil se planque derrière une crête et le vent ne dit rien d’intéressant. Elle se frotte la bouche, les yeux et les cheveux, méticuleusement. Elle se balance d’avant en arrière, lentement. Lèvres closes, elle chante avec son ventre avant de se relever. Après avoir rajusté sa jupe grise elle s’approche du précipice. A petits pas. Les bras plaqués le long du corps. Le cou tendu vers la croix qui domine la cime entre les nuages. Ses orteils se crispent sur le bord, comme les serres du condor. Et tandis qu’elle ouvre la bouche pour psalmodier, elle commence à se pencher vers l’avant. Jambes tendues. Ses bras filent vers l’arrière tandis que ses doigts s’agitent. Elle se penche toujours plus loin, au rythme du présent, du futur et du passé… impossible de deviner lequel des trois la retiendra. Elle se penche tellement qu’on la croirait capable d’horizontalité ; gargouille de chair et de sang qui vomirait ses dernières gouttes de vie, à la source d’un torrent stérile. L’écho, admiratif, cesse de rapporter ses plaintes. Les aigles tournoient dans la crainte de la femme qui vole, une adversaire à laquelle ils n’envisagent pas de se frotter. Et puis elle tombe. En silence. Sans écarter les bras. Sans se soucier de ralentir sa chute. Les yeux ouverts. Déterminée. Toute une semaine je ne rêve plus. Toute une semaine je me remplis d’images ternes à vomir. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre je paye mes factures sans secouer mes chaînes. C’est vendredi et je n’ai aucune raison d’être de mauvais poil. Je range mes affaires dans mon casier. Je suis sur le point de quitter cette putain d’usine quand les types de la sécurité me tombent sur le paletot. Deux gros porcs. Bagouzes à l’auriculaire et crânes rasés. En costard noir. « Ton sac ! » aboie le plus petit des deux, pendant que l’autre ricane. « Quoi mon sac ? » que je réponds, soudain stoppé à un pas du week-end. « Allez, montre-nous ce que t’as piqué, connard ! » fait l’autre, me bousculant contre le mur. J’ai envie de me battre. Mais je me suis fait virer des dizaines de fois à cause de cette incapacité viscérale à me contrôler. Cette fois je compte y rester un peu à ma place, le temps de me refaire, de stabiliser, parce que la rue et la zonzon, ça commençe à faire ritournelle. Et puis y’a la fille du dimanche. C’est tout nouveau pour moi. L’envie de la voir tout le temps, et aussi d’imaginer faire un bout de chemin dans ses bras. Partir en vacances, choisir le papier peint, tout ça… Le gros essaie d’arracher mon sac. Dans la queue, les prolos mirent sans moufter. Je sens les fourmis me grimper dans les phalanges. L’autre promène son haleine juste sous mon nez. Un petit coup de tête et il y laisse ses chicots, que je me dis pour pas penser à autre chose. Finalement, je lève les bras pour laisser le videur fourrer les mains dans ce foutu sac. Après tout, le soleil brille, la caisse m’attend sur le parking, le plein est fait… Mais quand l’encravaté sors un petit boîtier électronique du sac, quand il affiche un sourire radieux sur sa face de furet, quand il me le brandit tout content de sa pêche, je sens le sol se dérober sous mes pieds. « C’est quoi ça ? Hein ? C’est quoi ça espèce d’enculé de voleur de mes deux ? » Il trépigne le gros. Le plaisir du boulot bien fait. Je peux plus reculer, vu que je suis déjà contre le mur ; alors je garde juste les bras en l’air, le temps de respirer. Pas chercher à comprendre… y’a rien à comprendre. Le boîtier, je sais même pas ce que c’est. Je passe mes huit heures à enfiler des joints autour des vitres de ces putain de camionnettes qui sortent toutes brillantes de la chaîne. Moins électronique comme taf, y’a plus grand chose… « Je sais pas qui l’a mis là », voilà ce que je réponds, sincère, presque souriant… Tu parles d’une aubaine pour les deux sous-flics ! Ils se mettent illico à la sur-jouer grosse farce, rires forcés et gestes amples à l’appui. Z’improvisent leur scène, devant un bon public de vautours aux yeux cernés. Y jouent leur Belmondo souvenir d’enfance. Y crament trente secondes de célébrité. C’est presque les applaudissements de la foule en délire quand le chef d’équipe rapplique. Un jeune pas bien épais le contremaître. Binoclard et sûr de lui. Du genre qui veut grimper. Qui bouffe à tous les râteliers. Qui balance des promesses juste pour se débarrasser de la vermine, et qui ferme la porte du burlingue juste après, retourne à ses dossiers pourris en imaginant que derrière les chiffres y’a que des putes qui se font baiser. Depuis un moment déjà j’avais envie de le rectifier le sous-fifre. Mais jusque là c’était juste une haine de classe, un truc pas perso. Même des fois je balançais entre l’envie de lui péter le nez et celle de lui bourrer la gueule, pour l’écouter se répandre juste avant de gerber ; et le retrouver le lundi matin tout minable, fuyant, déshonoré. Il se pointe façon caïd le ptit merdeux de kapo. Mains dans les poches, sourire aux crocs. Poids coq qui se prend pour le roi de la basse-cour. Tout sauf un juge de paix. Y prend le boîtier dans sa pogne. Le soupèse comme un lingot, l’air du parfait député en campagne… avant de remonter ses binocles sur son tarin… un tic sûrement… « Bon, ben y’a plus qu’à déposer plainte » il explique aux caves de l’assemblée. L’affaire semble pliée. Mais l’innocent il a tout gardé ouvert. Les yeux, les oreilles, les poings. Il a entendu le refrain avant le début de la chanson, et il commence à s’agiter dans tous les sens. A distribuer des beignes. Des coups de tête. Des coups de pieds. En aveugle, mais qui portent, vu que tout autour c’est qu’adversité. Il entend des plaintes, des cris, des onomatopées… il voit tout rouge et il sent pas les mandales lui arriver. Il décroche les deux mâchoires des gros, pis il écrabouille les lunettes du chef, qui voit que dalle, qui porte les mains à ses yeux, qui pleure du verre rouge, qui perd les pédales parce qu’à l’école il a pas appris à se battre ce con, préférant louvoyer pour s’en sortir à moindre frais… Pis tandis que tout le monde s’observe, je cours vers ma caisse et je pars en klaxonnant. Je saigne des sourcils. Même les essuie-glace ne sont d’aucun secours. Je chope le rouleau de PQ dans la boîte à gants pour m’en faire des compresses d’évadé. Des vertes, qui sentent le thé. Je choisis l’autoroute pour rouler un peu sans y penser. Devant c’est plein sud. J’ai rien à foutre au sud. Derrière c’est la merde. Aujourd’hui comme hier, et demain c’est pas la peine d’espérer. Alors quoi ? Embarquer la fille du dimanche ? L’emmener au rien ? Lui faire cracher son livret A ? Pour l’investir en moi ? Peine perdue je me dis… on n’investit pas dans ce qui fuit… Recommencer ailleurs ? Encore une fois ? Encore une fois avant la prochaine fois ? Je l’ai appelée, la fille du dimanche. Elle a pas répondu…J’avais besoin d’elle avec un seul mot en forme de cœur…Pour regarder l’avenir comme une seule journée. Rapiécée mais unique. Avec des bouts passés au shaker. Nuit, glace pilée, vodka, baisers, musique, le tout dans le même verre. Et aussi des Craven A. En retardateur. Le mec au bar rigolait. Il en avait rien à foutre, de la fin du monde telle que je l’imaginais. Il tournait juste la manivelle, fabriquait la glace pilée. Encaissait. Rigolait sans savoir…Que j’avais envie qu’il soit plus là… Ce con. Qui rigolait dans un monde que j’imaginais mort. Avec mon sourire. Avec mes poings. Avec mes armes de moins que rien. Avec mes mots qui serviraient aucune cause. Vu que j’allais me réveiller encore. Comme tout le monde, gober une aspirine. Chercher la thune pour le loyer. En descente. Quand le soleil virerait au noir. Et que ta Terre continuerait de tourner… Sans elle ? Parfois on regarde des mots qui sont plus beaux que la vie. On détourne le regard pour ne pas rire, ne pas pleurer, et puis on garde l’envie de tout donner en magie. Les jours se ressemblent. Les jours se ressemblent pas. Les jours recommencent. Toujours un peu plus tard dans la vie. Jusqu’à ce qu’on oublie…
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Monday, August 24, 2009
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Current mood:Garou Garou
Chanson des murs.
Elle était forcément belle cette nuit. Le soleil avait voyagé toute la journée, moissonnant les ondes de milliards de vies, et maintenant il allait se coucher derrière le mur ouest du couloir de la mort. J’essayais de lui envoyer le mien de rêve, le tout dernier, pour qu’il l’affiche sur un arc en ciel, même en tout petit… même voilé au milieu de l’océan au fond du puits d’une nuit passée… Il avait pas des contours bien distincts. Juste il finissait jamais. Chaque fois que j’y pensais à mon rêve, il devenait plus vrai, et toute ma vie devenait plus vraie, comme s’il avait jamais fait nuit et que j’avais vécu d’une traite, Chaque fois que je rencontrais un mur je rembobinais… J’avais toujours un peu la trouille, comme quand on attend le cauchemar qui recommence même quand on se réveille au milieu en sursaut. Je recommencerai pas, je gueulais en appui sur mes coudes, oreiller trempé. Et puis je me fourrais sous les draps, et je savais que j’avais pas d’autre choix que recommencer. Et toujours la même scène qui revenait. La petite place devant l’église, la bascule grise pour peser les camions, l’ombre d’un adulte sans visage, penché sur moi, qui me posait sur la selle d’un vélo trop grand. Mes pieds moulinaient sans atteindre les pédales et j’essayais de convertir les centimètres de vide en années à attendre et l’ombre disait regarde devant toi, regarde toujours devant toi… Je me tordais la nuque, couché sur le guidon et je voyais le ciel qui finissait contre un mur placardé d’affiches délavées et je voulais pas foncer dans le mur mais l’ombre poussait toujours. Elle m’ordonnait de regarder devant moi alors mes yeux ne se fermaient pas et les larmes coulaient et le mur devenait flou, entrait dans mon ventre quand l’ombre me soulevait et que le vélo s’écrasait sur l’horizon bouché. Et c’était comme si j’avais toujours les yeux ouverts, même quand je dormais ; et toute ma vie j’ai eu peur des murs, peur qu’il dissimulent d’autres murs, toujours plus hauts, toujours plus épais. Les murs de la ville, les murs de l’école, et aujourd’hui les murs de la prison, et demain matin, les murs du cimetière, ceux qui montent plus haut que les envies, qui s’enfoncent jusque dans les entrailles de l’oubli. Des murs comme des œillères, percés de meurtrières conspiratrices. Des murs humides avec la peur qui suinte quand les fissures se mettent à hurler les illusions approximatives d’un idéal qu’on n’atteindra jamais. Mais j’ai jamais fermé les yeux. Demain matin. Demain matin c’est mon dernier matin. Le couloir de la mort donne sur une petite cour au sol desséché. Le silence comme une blague qui ravive un instant le parfum d’une rosée factice, précieusement conservée dans le tiroir verrouillé de mes sourires d’enfant. Ils sont huit à m’attendre. Huit ennemis tirés au hasard de leurs mauvaises nuits… Je sais qu’ils vont vivre encore ; mais il m’est impossible de les envier. La soumission c’est marcher au pas dans les sables mouvants… le temps se chargera du reste. Le temps ne se chargera plus de moi. Le temps m’a laissé tomber. Le temps me fout la paix désormais. Regarde devant toi, me répètera l’ombre. Regarde devant toi quand tu sens ton corps se vider. Regarde devant toi et raconte ce que tu vois par delà leurs murs qui protègent des murs qui protègent des murs qui ne protègent rien… Parle leur avec la petite voix de la brèche ouverte, chante leur une chanson sucrée, dans ton dernier souffle tu chanteras tellement faux qu’ils ne pourront l’oublier, cet air qui s’étiole et qui siffle au sortir d’une cornemuse percée de dizaines de balles inutiles… et tes yeux regarderont tellement là-haut qu’ils en éprouveront un vertige… Alors peut-être qu’ils baisseront les armes, et qu’ils iront se coucher en silence sur leurs paillasses qui rebondiront contre les murs de leurs cellules jusqu’à les faire hurler à leur tour. Ils seront huit, ils seront soixante quatre, ils seront vite des milliers à ne plus se supporter…
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Tuesday, August 11, 2009
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Current mood:Jeu de rôle...
Paraît que j’ai 26 frères et 13 sœurs. J’en connais deux. Pourtant mon père était pas spécialement beau. Pas riche non plus. Et ma mère plutôt jolie… les autres aussi j’imagine. Je dis ça, mais je le connais pas vraiment mon père. Juste l’autre jour j’ai vu sa photo sur sa tombe. Belle moustache… Pour la trouver sa tronche, ça a été tout un jeu de l’oie. Un pas en avant et des allers-retours dans son passé, comme ça pendant quatre ans. J’ai interrogé des tas de gens qui voulaient pas répondre, qui me prenaient toujours pour un gosse… certaines pour leur fils… heureusement je suis cruel avec les vieilles ! Des bras au ciel quand je prononçais son nom, des cris et des rires et pas mal de grincements de dents… un mélange de langues embrouillées. Des mensonges gênés qu’on noyait dans le jambon, le parmesan et le melon et le vin blanc. C’était un peu comme si toutes les femmes l’avaient croisé. Celles qui mentaient avaient au moins entendu parler de lui… par leur sœur, par leur mère, par leur père… j’en ai même rencontré une (très vieille et aveugle et sourde) qui m’assurait l’avoir vu dans un film de guerre. Le titre, elle l’avait oublié, mais elle se souvenait très bien de son long manteau en cuir noir… Les hommes disaient pas grand chose… même si les veufs m’ont bien aidé… J’ai posé des questions, j’ai avalé des sous entendus, j’ai voyagé sur des fausses pistes qui finissaient toujours dans des impasses avec une fenêtre ouverte au bout… périmètre d’action restreint pour le Casanova des Apennins… Il avait laissé sa tronche dans les souvenirs des gens qui oublient pas facilement le bonhomme qui fait toujours semblant de revenir de loin. Bref, j’ai suivi les pistes. J’ai vu des villages qui existent plus. Juste des maisons neuves construites en contrebas, et la vie d’avant qui s’entortille dans les ronces… J’ai croisé des routes qui ne mènent plus nulle part, où j’avais du mal à respirer pour ne pas chialer sur la terre qui tourne toujours dans le même sens… Y’a des endroits qui ressemblent même plus aux souvenirs de ceux qui y vivaient… Bon à la fin il est mort comme les autres. Enterré dans le cimetière d’un petit village qui donne sur la vallée. A l’ombre du Monte Catria, dans les Marches, Italie… Il est entouré par tout un tas de frères et sœurs bien habillés dans des photos ovales en noir et blanc. Y’avait juste trois vieilles fleurs fanées pour montrer à quel point il avait bien brouillé les pistes et mes filles m’ont dit qu’il me ressemblait du sourire… Alors j’ai souri. Elles ont demandé combien elles en avaient, elles, de frères et sœurs, et j’ai haussé les épaules… Après on s’est sauvés, à cause des frelons qui nous observaient d’un peu trop près… On s’est arrêtes pour manger une glace dans une station service sur la nationale. Les filles comptaient les voitures rouges qui passaient et j’avais envie d’être avec elles pour toujours. Je sentais mon cœur tout sec avec les fausses larmes qui coulent dessus sans l’irriguer, et j’avais envie qu’elles me sautent sur les genoux, ou qu’elles me prennent la main, ou qu’elles m’embrassent et me serrent pour que je ne meure jamais mais y’avait trop de voitures rouges et puis la glace fondait au soleil... Je savais bien qu’elles allaient me demander pourquoi on n’était pas à la plage, pourquoi on se farcissait un cimetière dans ce coin paumé, pourquoi j’avais envie de savoir des trucs quand lui n’avait jamais pensé à moi, ni au 39 autres… Mais elles ont rien demandé du tout. Elles regardaient et la montagne et la rivière et le ciel et les nuages ils sont entrés en elles pendant qu’elles disaient rien. C’était joli… de temps à autres on montait un peu les lacets et puis on voyait le jour qui partait chez les autres. Le soleil il laissait des dessins à lui dans les nuages, et même si on avait déjà vu mieux question dessins, on trouvait qu’il improvisait pas mal le soleil. - On a 23 oncles et 13 tantes inconnues ? - Oui… ça fait au minimum une centaine de cousins ! - Tu les connais ? - Ben non… - Et tu vas les chercher ? - J’en sais rien… je crois pas… - Nous on vient si tu veux. Je me souviens avoir pensé à des tas de choses en même temps. Qu’elles étaient au début et que les détours c’était bien, plus tard. Pis aussi qu’elles disaient ça pour pas me laisser seul. J’ai pensé qu’elles avaient compris et qu’on n’aurait plus jamais à revenir là dessus. Pis j’ai eu envie de les serrer fort dans mes bras mais je pouvais pas à cause de la route qui arrêtait pas de tourner… Et j’arrêtais pas de les regarder, de les voir avec leurs yeux en paix et pis j’ai dit on va se baigner quand on est arrivés sur la côte et elles ont répondu non… J’ai roulé un peu plus vite, pas longtemps, on est tombés dans un bouchon…
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Tuesday, August 11, 2009
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Current mood:Hamac et Wisky Coke
Chicago. O’Hare Airport. Je croyais arriver en pays libre. Que partout y’aurait des gens speed, des types qui cavalent derrière des autres en leur tirant dessus. Des cris dans les couloirs de l’aéroport. Des balèzes en noir qui nous plaquent contre les parois et nous sauvent la vie sans demander la pièce. Pis les méchants qui tracent, kidnappent au passage, se retournent main sur la bouche de l’otage, flingue sur sa tempe, yeux révulsés, rictus à la Jack Nicholson… J’avais une vision série télé de l’Amérique. Impossible d’en démordre. Durant les 9 heures de vol, j’ai pensé à Billy the Kid, pas un instant à Pat Garrett. Du coup, quand je me suis retrouvé nez à nez avec le douanier, quand je lui ai remis ma fiche sur laquelle j’avais promis juré que jamais au grand jamais je n’avais pris de drogue, que le mot lui même m’était inconnu, et que jamais au grand jamais je n’avais violé un homme, insulté une femme, pissé dans un massif de fleurs ou voté communiste, j’ai eu l’impression de déposer plainte pour coups et blessures contre mes rêves d’enfant. Interrogatoire surréaliste, des questions inarticulées d’un côté ; mes réponses à côté de la plaque de l’autre. Derrière moi, des yuppies marchands de blé, de bisons, de bourbon 15 ans d’âge, trépignaient comme un troupeau de wisigoths qui attendent un taxi pour franchir le Rhin. Un samedi soir à Strasbourg. 4 heures du matin. Après que le douanier se soit assuré de ma virginité côté FBI, qu’au jugé il ait consigné dans son ordinateur que ce n’était pas un à nègre de plus qu’il laissait fouler le sol de Dieu, j’ai eu l’immense privilège de franchir le portique de sécurité pour me retrouver sous un soleil de plomb à attendre un bus un peu au pif, avec le vague espoir de me retrouver downtown avant la fin des congés. Les gens baragouinaient dans tout un tas de langues plus ou moins proches de l’espagnol. Avec mon anglais niveau 3ème, j’avais l’air d’un diplomate :
-Taxi Gringo ?
-Why not ?
-?
-Si senior.
-Bene Bene… Vamos.
C’était une Buick. Ou une Chrysler. Plus certainement une Datsun. Boîte automatique, Saint Christophe aimanté sur le tableau de bord, pas de compteur et la radio qui beuglait du Booker T. Dépaysement partiel, je me croyais dans un épisode de Kojak. J’ai pris une sucette dans mon sac avant de me passer la main dans les cheveux. J’étais pas Kojak. L’autoroute c’était comme dans les films, avec des voies partout. D’immenses usines barraient l’horizon, avec plus ou moins d’harmonie dans la pause.
-ke calor ! qu’y disait le taxi driver.
-No comprendo… que je répondais dans un élan de sympathie inconsidéré.
-West Addison ?
-Yes, je laisse échapper dans un américain trop parfait. Je m’en mords les lèvres. C’est sûr, y va me dépecer avant de me piquer mes 47 dollars cash.
-D’yu know de Bulls ?
-(bullshit je pense, avant de me souvenir des casquettes vues sur les étalages du boulevard Magenta un soir de cuite) Ah ! Si ! Chicago Bulls ! Great team ! !
-Loosers! il marmonne… white socks arrre rrrealy the bessstss !
-You know, i come from France, que je brandis en forme de joker désarticulé. -Frrrance ? Infierno ! qu’il répond avant de s’arrêter dans un grand crissement de pneus pour m’offrir une tranche de pastèque à 37 cents.
Il discute longtemps avec le pastéquier. Se marrent fort tous les deux. J’entends des " chicas ", des " coger " pis je note un échange de biftons qui me regarde en rien. Je remonte dans la bagnole, à l’avant. J’attends. J’essuie les sirènes. Les bus jaunes emmènent des petits noirs vers l’abattoir. Ou au musée. Je connais pas assez pour savoir. Sancho Panza remonte en selle. On tourne en rond pour trouver la bonne entrée dans la ville. Sur Lake Shore Drive, il percute légèrement une Mercedes décapotée et les vieux lui font tout un scandale. Il me demande d’intervenir alors je pose un pied sur l’asphalte qui tremble à cause des milliers de grosses caisses qui défilent tout autour. J’essaie d’argumenter en sa faveur, mais ils me comprennent pas. Même, je les fais marrer. Doivent me prendre pour un bulgare, un martien, un grec ancien… On repart je sais pas trop dans quelles conditions (poing américain en travers de la gueule du vieux, un peu de cris étouffés par le brouhaha de la circulation, insultes diverses et variées, multicolores et imagées) … pis le taxi finit par me larguer au pied du John Hancock Center. Il dit qu’il va pas plus loin, que j’ai qu’à me démerder… si je comprends bien ses gestes désordonnés. L’est bigrement énervé, j’ai pas envie d’en faire un ami... Je lève la tête pour voir d’où vient l’ombre et j’ai le regard plein d’une gigantesque forme jais qui monte plus haut que le ciel dans tous mes rêves. Je lâche un wouahhh ! Il est beau, il est noir, il a deux grandes antennes sur le front, doit mesurer une tour Eiffel au moins…effet de masse en plus. Vertige vu d’en bas. Je sais pas à quoi ça peut servir, quand je me souviens que j’étais venu avec la vague idée de voir des trucs comme ça… Mais wouahhh quand même, parce qu’en vrai, les rêves ils sont toujours un peu plus grands que dans nos têtes, n’en déplaise aux rêveurs professionnels ! Au rez-de-chaussée, y’a un café " français ". Loufiats en nœud pap, cheveux gominés, baguette molle pour 1 dollar, café XXL. J’évite. Je préfère prendre du recul, essayer d’apercevoir le ciel derrière la structure de verre et d’acier. Un type vient me voir tandis que j’ai l’air con de la fourmi qui reluque la paroi du pot de confiture. Je remarque pas tout de suite qu’il me cause en français. D’ailleurs au début je réponds pas. Ce qui le vexe un tantinet. J’entends quand il dit qu’il a lavé les vitres de la tour Montparnasse, même que c’était pas un chouette métier, parce que souvent y pleuvait des cordes et que tout le monde se marrait en le voyant trimer dans sa nacelle… mais je réponds rien, vu que je suis tout parti vers le haut. Pas envie qu’il m’emmerde le manœuvre de l’Arkansas ! Je lui demande où il est le lac Michigan. Me répond juste derrière. Une moue pathétique lui barre la tronche. Je mets ça sur le compte de sa frustration de presqu’immigré en France, pays des droits de l’homme, comme vous le savez… On finit par causer un brin. Je lui explique que j’ai envie de quelques bières, et il répond qu’il a le droit de se barrer quand il veut de son taf pour picoler avec moi vu qu’il est payé à la vitre. Il calcule. Comme une pute. Genre si je reste 2 plombes avec toi, je perds 4 vitres à 8 dollars pièce, donc si tu me paie pour 32 de Budweiser on est quittes et à la fin je te montre le coucher de soleil sur le lac mon chou… C’est dégueulasse mais j’accepte. Sans regret au fond. Parce que le coucher de soleil sur le lac Michigan à 32 dollars, c’est pas la moitié d’une affaire !
Pour le spectacle, fallait descendre un peu Michigan Avenue et tourner à gauche sur East Pearson Street. J’aime bien écrire des noms de rues américaines que vous connaissez pas, ça fait comme dans les bouquins de James Ellroy… du coup vous pensez c’est forcément vrai ce qu’il raconte le Zaft, y’a l’itinéraire et tout… Au bout, j’ai pas pu faire autrement que repérer deux grandes tours circulaires (des tours quoi !) d’à peu près 75 étages qui se tapaient le boulot de phare. Les derniers rayons de soleil leur cramaient les baies vitrées, si bien qu’on aurait dit que l’étoile elle était à l’intérieur des bâtiments, et que tout le dehors c’était juste un reflet. Le laveur de vitres, ça l’impressionnait plus. Un blasé de première, je me disais en imaginant les gens tout là haut, incandescents, se ruant sous des douches brûlantes dès que le soir venait. Juste avant d’arriver sur la plage, j’ai repéré un petit bar sur la droite. Enseigne verdâtre et comptoir tout en longueur, avec trois tables et une douzaine de tabourets à poil. Le barman black à moustache disait rien vu que quand on a débarqué, Big Jim et moi, il était tout seul. Comme on était au temps de la sortie de Jurassic Park, des Budweiserosaurus Rex gonflables (surtout du bide) pendouillaient lamentablement au-dessus du comptoir. On s’est installé. Big Jim il me racontait une histoire qui lui était arrivée à Paris, quand il était jeune et mince et presque beau. Une histoire un peu embrouillée avec une fille qui portait pas de culotte et qui parlait bien l’anglais sous l’effet de la vodka. Il me semble avoir répondu qu’en France toutes les filles étaient comme ça, avant de commander deux bières pour pas retarder le patron qu’avait l’air super impatient de bosser. Y’avait zéro musique dans le rade. Juste l’autre et moi en train de causer lingerie avec un barman qui nous posait pas de question. Le téléphone sonnait, mais y répondait jamais. Devait attendre le bon code pour aller récupérer la came dans l’arrière-cour, je me disais sous l’effet d’un retour de Kojak. Bref, on picolait sagement, comme dans les films. On tournait la canette entre nos doigts, le nez tout près du goulot. J’allumais clope sur clope et je matais l’heure histoire de pas rater le coucher de soleil. D’ailleurs, il me semblait que la nuit tombait vachement vite à l’extérieur. Quand j’ai fait part de mes craintes au demeuré de l’Arkansas, il a répondu qu’il fallait qu’il pisse, si bien que j’ai profité de sa faiblesse pour vider les lieux et courir vers le bord du lac. Tout de suite j’ai été déçu. L’horizon donnait sur l’Est. Pour voir le coucher de soleil sur le lac, il aurait fallu traverser. C’était un peu comme se taper la Belgique du sud au nord à la nage, si on ramène à nos proportions. J’ai tourné la tête et je l’ai vu disparaître, the fat old sun, derrière une forêt de verre et d’acier… quand même, ça devait lui piquer le bas du dos, de se vautrer comme un con sur les prétentions des humains. Mais sûrement qu’il aimait ça, vu que chaque soir il revenait. Quand il a fait nuit, j’ai marché longtemps vers le sud, parce que ça brillait plein feu de ce côté. Des lumières de toutes les couleurs et des lasers qui filaient vers la lune qu’était là aussi… avec son drapeau yankee planté dans l’œil, genre qui aimerait bien se venger mais qu’a les bras trop courts. Des cyclistes arrivaient dans mon dos en gueulant " take your right ! ", " take your left ! " et j’ai failli en tuer dix, en mourant autant de fois. Heureusement que dans mon sac j’avais planqué une bouteille de mirabelle toute pure de la Meuse… un poison mortel pour qui n’en a pas besoin. J’ai trouvé un banc en retrait de la cyclohighway et je me suis installé derrière une petite table carrée. En réalité, un échiquier. Y’en avait toute une ribambelle alignées sous les arbres. La plupart étaient inoccupées, pourtant dans l’ombre, je distinguais des acharnés qui se la jouaient paisible, des psychopathes de la stratégie... J’ai bien failli m’assoupir. Vent chaud, mirabelle, écureuils noctambules, rien à penser pour le lendemain… quand deux filles se sont posées à la table voisine. Des indigènes. J’ai pas tout de suite ouvert les yeux, mais j’avais pas encore les oreilles fermées. Je savais pas si elles étaient blondes ou brunes, fast-foodées ou végétariennes, pis dans la pénombre je suis pas un loup… Mais bon sang, qu’est ce qu’elles causaient ! Vite et fort, comme si leurs vies en dépendaient. Du coup j’en ai profité, entre deux rasades à 40 degrés, pour élaborer la théorie suivante, dite du minimum vital en paroles… Alors voilà… je vais essayer d’être clair, universitaire presque… Hypothèse : On a tous un certain nombre de mots à prononcer avant notre mort. Thèse : Hommes et femmes ne sont pas égaux face aux mots. Le type moyen se verra gratifié à la naissance d’un capital de base de quelques millions de syllabes à associer, mensonges non compris… Ceux qui exagèrent, les politicards et les patrons, volent les mots des pas dégourdis, mais tout est mutualisé… ils parlent quand les autres se taisent, c’est un principe vaseux communiquant. Antithèse : Les femmes elles héritent de tout plein de mots à la naissance. Environ cinq fois plus que les hommes selon certaines études du MIT (Massachussets Institute of Technology). Evidemment, tous ne sont pas utiles. Elles en ont tellement qu’elles ont pas le temps de les trier, si bien qu’il leur arrive de dire de grosses bêtises. C’est physiologique. Et nous on répond, comme des imbéciles, sans forcément mesurer l’étendue du gâchis. Conclusion : Vient toujours le moment où les femmes, mathématiquement, ont le dernier mot. Elle en gardent même en réserve. Qu’elles dilapideront dans d’ignobles duels de veuves. Heureusement, vous n’êtes plus là pour les entendre. C’est pour ça qu’elles ont une espérance de vie plus élevée que celle des hommes les nanas… Quand on les qualifie de bavardes, en vrai on est naïfs, on se laisse empoisonner ! Lorsque leur discussion a connu quelques secondes de flottement, mais voisines se sont tout naturellement intéressées à moi. Heureusement pour vous qui me lisez, j’avais ma théorie encore toute fraîche et j’ai senti venir la tentative de meurtre des verbopathes de l’Illinois ! Vous pouvez me faire confiance, j’ai rien lâché… parce que mes derniers mots, j’espère bien choisir celle à qui je les offrirai…
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Tuesday, July 28, 2009
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Current mood:sixteen again
Dans le garage de son père, La Laitue il avait posé des coussins, affiché un poster des Doors et une photo de lui sur un éléphant du cirque Pinder, avec sa mère (morte) toute petite en bas qui lui tenait la main, sur la pointe des pieds, pendant qu’il se marrait sans les dents de devant… Il avait aussi récupéré une platine disque qu’il avait branchée sur un vieil ampli basse Fender… C’était un peu sa piaule ce garage, depuis que son paternel il avait plus le permis, donc plus de caisse… juste une vieille mob bleue avec des saccoches pleines de consignes. Du coup, quand le vieux il était à l’usine et qu’on avait pas envie de se taper deux heures d’histoire, on rasait les murs et on entrait toujours un peu comme par effraction dans son garage rock. En général on commençait par vider nos poches… feuilles, tabac, shit, briquet… ok. On faisait pas d’histoire, mais question géo, le Maroc, l’Afghanistan, le Liban on avait visité et on avait des cartes postales plein les poumons… Des fois je lui disais ça doit être cool l’Afghanistan, à la Laitue… mais lui il pensait qu’au Népal. Il savait rien sur rien, mais il allait souvent à Katmandou la nuit… des allers simples il espérait. Il connaissait le cours de la roupie et même le nom du roi de là-bas. Enfin, il pouvait bien me raconter n’importe quoi… Question musique au début on était pas potes, la Laitue et moi. Lui il aimait bien des trucs de vieux, en 83… je vous laisse même pas imaginer parce que depuis le temps que vous me lisez on est devenus intimes… Non, je vous dis tout… Jethro Tull par exemple… merde ; personne écoutait Jethro Tull normalement. Sauf la Laitue. Des solos de flûte traversière dans un groupe de rock, pire que ça question mauvais goût y’a plus jamais eu ! Il aimait bien aussi Iron Butterfly, Genesis, Yes, Pink Floyd, Mike Oldfield… Plus ils étaient longs les morceaux, plus il pensait que c’était bien. Moi ça me donnait juste envie de fumer… Un jour, c’était en hiver, y’avait de la neige partout, j’ai amené l’album des Ramones… avec l’ampli Fender on aurait dit qu’ils étaient là, dans le garage. On a creusé un bang, dans une bouteille en plastique, et lui il a bu la flotte un peu grise, parce qu’il avait soif… mouais… Joey Ramone faisait tout trembler dans nos crânes avec sa voix de gentil-méchant… " Now I wanna sniff some Glue, now I wanna have somethin’ to do-ouh" La Laitue il a juste dit merde avant de partir comme une boule de flipper. Il a voulu que je remette dix fois le même morceau, si bien qu’à la fin il a gerbé sur ses Americana, à cause de la musique y disait. Je lui ai rappelé qu’il avait picolé la flotte du bang mais lui il voyait pas le rapport. Bref, on était des punks désormais. La Laitue, il voulait se teindre les cheveux en rouge. C’était un peu plus tard mais pas tellement. Un matin, plutôt que se farcir deux heures de sport, on s’est pointés au supermarché et on a cherché de la teinture rouge. On a demandé conseil à un mec qui traînait des palettes de lait mais y’avait que des couleurs pour vieilles dans les rayons, et le Diacolor violet ça lui rappelait trop sa grand-mère qu’y disait, presque sérieux. Comme on avait pas loin de dix francs, on a acheté trois grosses bières avant de remonter dans son garage. On a fait une pause sur un banc en pierre, à côté du cimetière, pour fumer un coup. On a descendu une bière aussi, et La laitue il m’a demandé si j’avais filé ma dispense de sport au pion… Non, j’ai répondu, j’en ai pas. Et toi ? Moi je suis dispensé pour trois mois il a dit… J’ai un truc au pied, je sais plus comment ça s’appelle mais normalement ça fait un mal de chien. Une ampoule ? j’ai demandé. Ouais, mais en mieux, il a fait avant d’enlever ses pompes. Bordel, j’avais encore jamais vu des pieds aussi morts ! Le lendemain on a séché les maths. On était largués de toute manière, pis la prof elle nous aimait pas. Chaque fois qu’elle nous interrogeait, elle arborait un petit sourire de prof de math, un sourire isocèle avec les angles morts qu’on prenait pas bien, vu qu’on était susceptibles et qu’on était punks en plus. Bref, on était dans le garage et on parlait d’un type qu’on connaissait pas parce qu’il était dans l’autre collège de la ville mais qui avait les cheveux verts. On parlait de lui pas seulement à cause des cheveux, mais parce qu’il connaissait des filles qui portaient des futes à carreaux noirs et rouges et on trouvait ça pas juste, parce que le type il avait l’air d’un fils de bourge, pis qu’en plus il était gros, et ptêt même fils de prof, mais ça on devait vérifier. La Laitue, ça l’a énervé cette histoire de couleurs de cheveux, et le fils de prof il est vite devenu fils de pute, et on a bu les deux autres bières et on a écouté GBH et après un long raisonnement on a conclu que si la Laitue il avait eu les cheveux rouges, les nanas elles seraient là avec nous et pas avec l’autre crétin. Il est monté et je l’ai suivi. J’avais un peu la trouille parce que son père à la Laitue c’était un sale con, avec des grosses mains et un tout petit cerveau. Si y nous chopait là j’étais bon pour la rouste et lui pire encore. Normalement il était au taf, mais on sait jamais avec les mecs qui picolent au boulot, l’accident de travail il peut arriver partout, même aux chiottes… La Laitue il m’a planté dans le salon pendant qu’il allait à la salle de bains. C’était moche et sombre et froid le salon de la famille Laitue. Y’avait une espèce de meuble en faux bois avec des tasses renversés derrière les vitrines, des photos ternes de jeunes mariés qui rigolaient déjà pas, des canettes vides sur la table en verre, un cendrier et des clopes écrasées à côté, une sale moquette rouge pâle avec des tâches un peu plus brunes pas loin du canapé en velours vert à grosses côtes… Heureusement il est vite revenu, et il était vachement sérieux… " Amène-toi ! " il a dit, en me montrant un flacon de mercurochrome. Pendant qu’on descendait les marches, je me souviens bien que je pensais qu’il était vraiment barge… On a fait ça dans le jardin. J’ai versé quelques gouttes avec la pipette et tout de suite il a ressemblé à un accidenté de la route. Frotte ! j’ai ordonné en me marrant, et il l’a fait. Au final, il en avait partout et ça donnait un dégradé de rose plutôt ridicule, mais j’ai dit que c’était bien l’effet plume que ça produisait en séchant... Il avait l’air tout content… il en avait même sur les lunettes. Après on a écouté encore une fois City Baby attacked by Rats de GBH et je suis rentré chez mes parents pendant que la Laitue se grattait la tête. Le lendemain en allant au bahut j’ai pensé à la Laitue, et à la tronche du prof de français en témoin officiel de l’arrivée du punk dans son établissement. Je rigolais tout seul en marchant parce que le prof de français il était plutôt genre médiéval… il parlait comme Gargantua et tout… Mais quand je me suis pointé dans la cour, j’ai tourné partout sans trouver la Laitue. Personne l’avait vu. J’ai pensé putain il a encore tout fumé et il s’est pas réveillé et son père il va le tuer et puis je suis monté en cours parce que j’étais pas en avance non plus… C’était une matinée à la con, je me suis fait interroger en grammaire et j’avais pas appris, vu que j’avais pas eu le temps, à cause du plan coiffure de la veille. Bref, j’ai ramassé une caisse et c’était pas la première. A la récrée, l’autre il était toujours pas là, alors je suis allé fumer ma clope tout seul derrière le bâtiment C. J’allais la balancer quand je l’ai entendu me demander une taffe… Whouah ! Il était tout gonflé des joues, pis y portait une casquette AC/DC, pis il était pas fier. Il a dit qu’il allait tuer son père ce soir pis vite fait il a levé sa casquette et j’ai juste eu le temps de voir qu’il avait plus un poil sur le cailloux. Merde, pour les nanas c’est foiré, j’ai dit… Il a pas rigolé. Comment tu vas le tuer, j’ai demandé… ch’sais pas il a répondu, mais cette fois je le fais. Il avait les yeux rouges avec des éclairs dedans… J’ai filé dans les couloirs pour récupérer mon sac, pis j’ai bousculé le pion, qu’était trop stoned pour protester… en plus y m’avait à la bonne rapport à un plan shit où j’avais été pas mal… Quand j’ai retrouvé la Laitue, il était tout pas bien j’ai essayé de lui remonter le moral, je lui ai dit qu’il y avait des petites nanas skinheads au Luxembourg mais il m’écoutait pas… J’suis un Punk il a dit, et j’ai pas besoin de l’autre connard ! ! ! Comme j’étais d’accord, j’ai fermé ma grande gueule. On est passés au bloc chercher du shit et on a eu deux acides en cadeau, pour participer à la course du samediiiayhay ! !… la course du samediiiayhay ! c’était un truc assez rigolo : on partait tous de devant l’église et sous trip on devait arriver à un endroit improbable en stop ou comme on voulait… Nous, nos trips ils étaient méchants. On se battait dans un champ de maïs pas mûr et juste après on entendait l’avion comme dans le film d’Hitchcock et on se poussait pas pour le premier rôle, juste parce qu’on aimait bien se pousser… Y’avait la terre qui bougeait, y’avait le ciel qui bougeait, et la lune qui tournait comme un vautour, alors on chopait la trouille à cause du rictus de la lune avec son bec de vautour qui plongeait pour nous manger là comme des vers et pis l’avion du film qui nous rasait et pis la Laitue il a enlevé sa casquette AC/DC et il a dit regarde c’ki m’a fait l’autre enculé et j’ai dit je m’en branle et il m’a sauté dessus et pis il a fait jour et il était un peu plus loin quand je me suis réveillé. J’ai pris mon briquet et j’ai commencé à lui cramer le bas de son futal et il bougeait pas alors j’ai dormi encore un peu et quand on s’est réveillés on savait pas où on était mais on savait comment on allait le crever son vieux à la Laitue… Bien sûr on l’a pas fait. On l’a tué plus tard… trop tard… je vous raconterai !
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Thursday, July 09, 2009
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Current mood:Soft as snow (but warm inside)
Je gardais son visage Bien serré entre mes mains. Elle ne fermait pas les yeux. Elle ne souriait pas. Elle était comme un papillon De nuit. Sans vie. Dans un filet. Une proie sans intérêt. Elle disait je ne me souviens pas Qui tu es pour moi.
Elle avait sous la peau
Un labyrinthe de sens uniques. Des cadavres dans tous les coins. Qui m’indiquaient la sortie. Me prodiguaient des conseils Pour ma vie d’après.
Je serrais plus fort. Mon cœur coupé en dix Comme autant d’indices Qui palpitaient en morse Au bout de mes doigts. Elle ne comprenait pas le morse. Je n’insistais pas.
Je suis sorti Entre ses jambes Un peu moins gai Que ce matin de juillet Où j’entrais sans gloire Dans la pénombre De ses rêves d’adulte, Semblables aux miens Pourtant.
Je comptais revenir A l’instant précis où Le sommeil l’emporterait. Une image, une vision, Mon visage qui grimace Derrière les rideaux de sa nuit Mon visage qui danse Avant de disparaître, Chassé par un cri. Elle tire le rideau Elle redoute de me trouver Là Où je ne suis pas.
Je me promenais parfois, Du côté de ses rêves. Je laissais traîner mes chaînes, Pour faire du bruit. Elle ne se réveillait pas. Je tapais dans les réverbères Pour écrire en lumière Ce que je ne lui avait pas dit. Elle ne se réveillait pas.
Elle ne se réveillera pas Cachée dans mes bras Tordus, poilus, pas beaux Tendres et longs comme des couteaux Sous sa gorge. Et moi je ne dors plus Avec mes mains Qui ne servent à rien Qui serrent son visage Qui serrent son cou Elle ne se réveillera pas. Elle ne se réveillera plus.
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Thursday, June 25, 2009
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Current mood:black box dum dum dum dum...
Une machine Dans mon cœur Un bohémienne Qui dit oui Qui dit non Qui dit peut être Qui se tait Quand je me plais Qui se tait Quand je me hais Qui distribue Mes questions Qui se tait Quand je réponds.
Qui dit oui Quand je ne sais pas Qui dit non Quand je ne sais pas Qui dit peut être Quand je crois
Je suis seul Je ne sais pas Je suis seul et Je sais trop bien
Qu’une machine Ne répond pas A mes oui A tous mes nons Je sais.
Je croise les doigts. J’ai mal aux doigts. Le vrai le faux. J’ai mal aux doigts. Quand j’espère. Quand je souhaite. Quand je renonce. A tout. Et que je recommence. Un peu partout.
N’importe comment. N’importe comment. Juste pour… Encore une fois… Recommencer…
Une machine Dans mon cœur Un bohémienne Qui dit oui Qui dit non Qui dit peut être Qui se tait Quand je me plais Qui se tait Quand je me hais Qui distribue Mes questions Qui se tait Quand je dors Quand je rêve Quand j’espère…
Rien.
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Thursday, June 25, 2009
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Current mood:Everybody loves you when you're dead
Lorraine du nord, vers 1983… Le ciel comme un cimetière, un petit vent d’est, un bon 8 degrés vers la mi-juillet… On se caille sur les marches de la maison des syndicats, et on se demande si le feu d’artifice va pas être annulé. On a dans les quatorze ans, un paquet de clopes pour deux, des vestes en jean avec des patches de Black Sabbath dans le dos et on s’emmerde dur. La Laitue (je vous ai déjà raconté des histoires avec La Laitue dedans… pour ceux qui suivent je résume pas) essaye de m’expliquer pourquoi il a définitivement renoncé à nouer les lacets de ses americana. Il fait toujours ça pour s’échauffer, et toujours ça finit par une tentative de me taxer 1 franc pour faire 2 francs, histoire de se payer un peu de bière. Bon, il y va pas franco… Il voit bien que j’aime pas picoler l’après-midi, mais lui ça commence à le chatouiller dans le foie vers les 10 du mat et il sait pas comment se l’avouer… les addictions, c’est moins galère à partager que les plaisirs normalement. On est là. On dit pas grand chose. Que des conneries en fait. Il aime bien rêver à des trucs débiles, style partir au Népal mais quinze ans plus tôt, et puis crever dans la montagne… La Laitue en vrai, c’était juste un hippie attardé qu’aurait du naître adulte. Sauf qu’il est mort gosse. (Même qu’à l’enterrement on a cru à l’injustice. On a pas chialé parce qu’on n’entravait pas le concept définitif de la mort, mais quand même, on n’était pas fiers, surtout quand son père il a gerbé dans l’église, pas très loin du cercueil, et qu’on s’est tous dit que tel père tel fils mais putain son père on l’aimait pas… Il picolait tellement fort tout le temps que le lendemain matin il aurait été capable d’aller réveiller la pauvre Laitue pour l’envoyer au bahut à coups de pompes dans le cul… Après on en a causé, et on a tous pensé la même chose au même moment, à savoir que valait mieux qu’il crève maintenant La Laitue, parce que sinon, avec son père, ça aurait viré méchant…) Mais pour le moment il est encore vivant et on sait pas quoi foutre de nos grandes vacances. On dirait un mercredi qui finit pas. Ce qui peut sembler pas mal. Sauf qu’on sait qu’il finira ce mercredi de merde, et qu’il finira en lundi de rentrée, et si y’a un truc qu’on déteste encore plus que les grandes vacances, c’est bien la rentrée. Là on est d’accord. Au bahut, on y va surtout pour se retrouver. Pis faire les cons en cours… parce qu’un quart d’heure de récrée, c’est vraiment pas assez. Un petit con des Logékos (c’était des immeubles construits par les ouvriers des usines, pour les ouvriers des usines, au temps où y’avait des usines) passe en vélo et on l’attrape au vol. La Laitue plaque ses mains sur le guidon et je serre le type au niveau de la poitrine. L’autre il se marre. Putain, arrêtez ! qu’il dit… faites chier les gars, suis pressé là ! T’as du shit ? je demande à la manière d’un douanier. Pis je serre plus fort, tandis que La laitue il se met à secouer le guidon du vélo dans tous les sens… Il a du shit. Normal, il essaie de demander de la thune en échange, mais nous on veut juste fumer un joint à l’œil… La Laitue, tout dans son trip hippie, il veut jamais payer pour le shit… L’autre il dit qu’il est en livraison et on admire le mec qui bosse… il finit par nous lâcher la boulette, il vante un peu son matos, pis il annonce que dans trois jours il touche de l’herbe, et nous l’herbe on en rêve depuis toujours… du coup il pose son vélo et il vient avec nous, derrière la salle des sports pour en rouler un peinard. On entend les cris des supporters du match de hand, et on rigole parce que son shit il est vraiment canon. Quand on est défoncés, ça va tout de suite mieux. Les voyages au Népal de la Laitue on se les fait dans la forêt, en descendant les marches qui mènent au centre-ville. Bon, allez pas imaginer que ça brille de partout en bas. Non, en vrai, le centre ville, c’est juste une rue. Quelques rideaux de fer baissés, un bureau de tabac et des junkies qui zonent. Les jours de marché, on rencontre quelques vieux qui promènent leurs poireaux, mais le reste du temps, c’est comme dans les films de zombies. « C’qui nous faudrait c’est une caisse » qu’il lâche en extase devant une Fuego grise immatriculée 57. « Ah ouais ? ça changerait quoi ? » « Ben on pourrait aller où on veut… » « Pour quoi foutre ? » « J’en sais rien moi ! Putain, on roulerait à fond avec les Motorhead dans l’autoradio… T’as déjà été à Paris toi ? » « Ouais, une fois, mais j’avais 7 ans… On s’en fout de Paris, kestu veux foutre à Paris au juste ? » « Ben rien ! On fumerait des joints en dessous de la Tour Eiffel. On ferait les cons dans les rues. Doit y’avoir des gens cools à Ripa… » « Tu sais conduire ? » « Non. Toi tu sais ? » « Ben non… mais bon, ça a pas l’air compliqué… putain t’as raison, on devrait piquer une caisse une fois… » « Tu vois l’autre connard de Khadaf ? » « Lequel ? Le grand ? Celui qui habite près de chez ton cousin ? » « Non, son frangin, le petit avec les gros bras… » « Ah ouais, ok… ben quoi ? » « Ben sa caisse il la ferme jamais, elle est dans le garage à côté de çui de mon oncle, derrière le stade… tu vois où je veux dire ? » « Ouais… et alors ? » « Et alors ? Merde, t’as vraiment pas de cervelle toi ! Alors on y va ce soir, et quand l’autre abruti il rentre du taf, on lui fauche sa caisse de merde et on se tire… » « On se tire où ? » « On s’en branle, on va faire un tour… t’avais prévu mieux pour ce soir ? » « C’est quoi comme caisse ? » « Une Fiat… Elle est pas mal… y’a un autoradio et des appuie-tête… »
Le soir on s’est dégonflés. On était devant le garage, planqués loin des réverbères et quand le Khadaf il est rentré du taf, on s’est dit que ce serait pas juste de lui faucher sa caisse, parce qu’il aurait les boules le matin de pas trouver la bagnole dans le garage… pis le Khadaf, c’était pas un riche… l’aurait pas la thune pour s’en payer une autre de caisse, du coup sa vie elle serait vachement plus compliquée, tout ça… J’ai dit à la Laitue mets-toi à sa place… et il a répondu il s’y met lui à la nôtre, de place ? J’ai dit que non, sûrement jamais, mais bon, lui il avait pas de raison de le faire, et on s’est poussé un peu et il est tombé dans les orties… Je l’ai laissé gueuler un peu… chaque fois qu’il essayait de se relever, il attrapait une poignée de feuilles et il hurlait et moi j’avais envie de me marrer alors je me marrais mais à la fin je l’ai quand même aidé et alors c’est lui qui m’a poussé dedans et j’ai juste eu le temps de fermer les yeux avant de me sentir piqué de partout. Le lendemain il faisait la gueule et moi aussi. On a croisé Tergal. Lui c’était un mec un peu plus naze… devait avoir dans les 16 ans… Un gringalet toujours sapé comme un vieux… On était à la Salle de Jeux. J’avais mis un franc dans le Pinball Pool et j’arrêtais pas de claquer. La Laitue essayait de draguer une nana qui le connaissait pas et qui croyait qu’il était sympa gentil (même que s’il avait pas porté ces grosses lunettes en bois elle l’aurait bien présenté à ses copines…) Bref, l’autre, le Tergal, il aimait pas la Laitue. Un vieux contentieux de bac à sable… mais il était comme nous, il partait jamais en vacances et pour se marrer un peu il était prêt aux pires bassesses. Je lui ai filé une partie et l’air de rien, j’ai demandé s’il savait conduire une bagnole. Bien sûr qu’il savait ! L’avait roulé depuis Nancy un soir où son cousin il était trop bourré pour trouver la première… J’ai voulu savoir s’il avait déjà volé une caisse et il a dit oui, plein de fois… que des allemandes, mon pote, une 3.23 rouge qui montait à 220 et toutes les conneries qui vont avec…Je l’ai laissé jouer et je suis allé trouver la Laitue. La nana elle rigolait bien mais elle devait rentrer, rapport à son père qu’était pas commode… L’autre il suçait son carambar l’air absent… « On va faucher la Zundapp du Tergal » j’ai annoncé et il a pas réagi tout de suite, presqu’amoureux qu’il était. Pis après un temps, il a dit ok… On a emmené l’autre dans la cour de la bibliothèque et on a picolé des bières. Il nous a raconté ses nombreuses vies et on rigolait pas ni rien, on essayait d’avoir l’air inférieur, d’admirer, pour qu’il gonfle et il gonflait tellement fort que quand on lui a parlé de la Fiat du Khadaf aux gros bras il a dit c’est pas un problème… Devant le garage on attendait mais l’autre il devait faire des heures sup, ou alors il avait une chérie que sa femme connaissait pas… Du coup, le Tergal il commençait à pleurnicher, il disait ouais mais non, votre plan il est pourri et on l’a mal pris et on lui a sauté dessus en même temps et on l’a bourré de coups. Quand il s’est retrouvé à terre on lui a filé des coups de pieds partout et il s’est mis à chialer comme un gosse parce qu’il avait mal et on a continué quand même… surtout la Laitue qui tapait fort dans ses côtes… pis quand il était presque plus là, je me suis accroupi et j’ai pris sa tête dans mes bras et j’ai demandé tout mielleux : tu nous la prêtes ta Zundapp ? Oui. Oui. Il a dit oui. Alors j’ai dit on te la rend dans une heure et j’ai démarré et la roue avant s’est levée et je me suis dit que c’était nul mais déjà j’avais la Laitue derrière… Qui gueulait « On va à Paris ! ! ! » mais en vrai on a juste fait le tour du quartier et pis on s’est vautré dans un virage et on a ramené la mob à l’autre qui chialait en matant la lune qui se foutait de sa tronche… A force, on a fini par la piquer la Fiat du Khadaf… on a fait une marche arrière pas trop naze mais y’avait une femme qui nous regardait… J’étais au volant, et j’arrivais pas à passer la première… Alors on a remis le machin à sa place et on est parti voler des cerises… On crachait les noyaux dans une flaque d’eau. La Laitue me racontait son Népal, je lui expliquais comment j’allais embrasser la petite Isabelle… Il disait qu’elle était moche… Pis le ciel est devenu mauve et l’orage a éclaté. On est restés là, à bouffer des cerises… On pensait à Paris des fois, entre les éclairs… C’est la grêle qui nous a chassés.
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Wednesday, June 10, 2009
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Current mood:Robert Schuman
Franchement, je savais pas pour qui voter. Du coup j’y suis pas allé. Pourtant, l’Europe j’aime bien. Je suis heureux d’être né ici, je veux dire. C’est vrai, on peut se balader un peu partout sans attendre trois plombes à la frontière ( De Séville à Hammerfest, de Brest à Riga, le nez dans les étoiles…) on n’a pas trop la trouille de la guerre, si on a envie on peut apprendre des tas de langues à la con, pis c’est pas trop immense, ce qui fait qu’on pourrait très bien ressentir une espèce d’osmose parce qu’au fond, un type comme moi, il est pas complètement déboussolé face à un allemand, un grec ou un bulgare. Après quelques bières, pour un peu que l’autre soit pas trop con, on devrait facilement finir par rigoler, causer en douce des filles et de leurs maris, s’inviter à partager un petit déj au soleil et se quitter bons amis. Avec des tas d’adresses pour les vacances… voire des projets communs, si affinité… Ceux qui foutent la merde dans tout ça, à mon avis, c’est toujours les mêmes petits chefs qui se verraient bien dans la peau d’un élu… C’est dingue ce que les sourds peuvent vouloir porter comme bonnes paroles. C’est sûr, avec leurs indemnités de parlementaires (7 665 € brut soit 5 963 € net, plus 4 202 € d'indemnité de frais généraux et une indemnité journalière de subsistance de 298 € ainsi que le remboursement de leurs frais de voyage) ils peuvent se la couler douce… Mais si on arrêtait de les payer, tous nos bienfaiteurs, peut-être qu’ils finiraient par nous convaincre de leur envie d’Europe. Parce que moi, ce qui m’énerve, c’est qu’ils ont pas envie d’y aller à Strasbourg. Ok, Strasbourg c’est pas Acapulco mais ça ils le savaient avant de poser pour la photo… Ils en ont rien à battre d’améliorer nos petites vies, on est juste des contribuables à qui ont demande de choisir dans quelle poche on déversera nos thunes… C’est pas l’idée que je me fais de la Politique. En fait, ils pourraient tout aussi bien siéger chez eux, le bide à l’air dans leurs fauteuils défoncés, et se raconter leurs salades sur msn. Déjà l’indemnité journalière de subsistance elle pourrait servir à autre chose (Rappelez-moi de combien elle est votre indemnité journalière de subsistance à vous…) Pis pour ce qui est des frais généraux, bon soyons pas chiens, on pourrait à la limite leur rembourser leur abonnement internet… les sites de cul et les jeux en ligne du fiston c’est cadeau, ok… Même avec l’abonnement Meetic, ça fera jamais 4 202 €… Allez, on leur file 50 ? Plus la webcam, évidemment ! Avec leurs indemnités de parlementaires, ils pourraient s’offrir un an à la bibliothèque de leur village, et investir dans une semaine de congés sans solde (si leur cabinet d’avocats en droit des affaires embauche un intérimaire le temps de rédiger quelques plans sociaux, ils devraient pouvoir se passer d’eux hors saison…) Du coup, s’ils sont sérieux (ce dont je ne doute pas une seconde !) ils auront rattrapé tout leur retard idéologique en moins de trois ans… Après on verra… les plus nobles d’entre eux iront peut être bosser à la chaîne ou sur un chantier ou dans un salon de coiffure, par curiosité, un jour ou deux… distribuer des lentilles aux Restos du Cœur… boire des 8.6 avec les punks à chiens… ou passer le bac pour je sais pas moi, avoir un pied dans la réalité… comprendre ce que majorité peut sous entendre… Loin de moi l’idée de les empêcher de boursicoter, ou de déposer le brevet d’un élixir du bonheur ; parce qu’après tout l’Europe c’est aussi ça… un doux parfum d’Amérique ! Au lieu de ça, et depuis un moment déjà, on a des flics dans nos radios-réveils, des banquiers à entretenir, des bidasses dans le désert des tartares, du lait qui tourne sans trouver l’Afrique, des mecs en costards impeccables qui se réunissent pour se tirer la gueule, des usines à chômage, des éoliennes mais pas de vent, le triangle des Bermudes qui nous effraie au moyen orient, des yachts à Cannes et des feux d’artifice pour la télé, des commémorations (pourquoi on commémore pas la fin de la sidérurgie en Lorraine ? J’ai connu des héros moi !)… et aussi le tennis, et la coupe d’Europe… on a tout une culture de coupes en Europe, si t’es coupier, t’as de la veine, chèr(e) lecteur(trice) ! Je viens de relire tout ça… Je sais ce que vous pensez : que le Zaft, il y connaît rien en politique, qu’il simplifie à l’extrême, que c’est pas aussi naze que ça la démocratie… pis aussi un tas d’autres méchancetés que j’ose même pas m’infliger ce soir, parce que j’ai prévu de dormir dans mon plaid bleu avec des étoiles en or et que vous me gâcherez pas mon plaisir… Non ! Pis vous allez dire aussi que j’avais qu’à voter, pour que ça change… Et là je réponds rien… Parce que je savais pas pour qui voter… Et qu’en faisant pas de connerie, j’ai voulu vous préserver ! ! ! (En vrai, j’avais perdu ma carte d’électeur, pis j’étais sorti sans mon portefeuille, si bien que j’avais pas ma carte d’identité, et quand je suis arrivé devant le bureau de vote j’ai compris à quel point c’était sérieux cette affaire… alors j’ai demandé à Marie George de m’excuser… si je me suis pas mis à genoux, c’est parce que j’ai pas osé devant le flic qui faisait portier… une balle perdue, vous comprenez…)
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Sunday, June 07, 2009
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Current mood:in love...
Je vais où je veux. Je fais ce que je veux. Avec qui je veux. Vous pouvez me regarder comme ça, avec vos yeux cons, ça changera rien. Je fais ce que je veux. J’entends rien, je vois rien, parce que je regarde pas, parce que j’écoute pas. Comme vous en fait. Sauf que j’ai choisi de vous ignorer. Je fais ce que je veux. Sans vous. Avec vous mais pas longtemps. Parce que je déteste vos raisonnements. La ligne droite c’est le plus court des trajets. Entre la vie et la mort. Pourquoi j’irai m’emmerder dans vos détours mal tracés ? Ménager la chèvre et le chou ? Ma chèvre finira par me bouffer le chou, et je me retrouverai là comme un berger tremblant face à une chèvre affamée, avec pas un gramme de chou bien frais à lui filer pour la suite… Très peu pour moi. Je refuse de trembler devant une chèvre. Si je tremble c’est de froid, si je tremble c’est d’amour, si je tremble c’est que j’ai oublié de me protéger. Et si j’ai oublié de me protéger, c’est que j’en n’avais pas envie. Je ne tremble que quand j’ai choisi de trembler. Je fais ce que je veux. Parce que je suis en vie. Parce que je suis une vie. Et que j’ai chialé une fois pour y avoir droit. Quand je savais même pas ce que chialer pouvait signifier. J’ai chialé avec mon corps. Par besoin. Toutes les autres fois, c’était juste un jeu, pour avoir ce que je méritais pas. Des trucs dont j’avais pas envie de toute façon. J’ai fait semblant, comme vous, pour posséder ce que j’allais régulièrement déverser à la déchetterie. J’ai rempli des déchetteries entières avec juste mes illusions. Je rentre plus chez moi. Je tourne en rond. Et je vais où je veux. Là où personne ne m’attend. Là où je n’attends personne. Je plante une idée dans la brume et je guette… Les soupirs me font sourire. Les sourires ne m’inspirent aucune confiance. Je guette… L’indifférence. Je fais ce que je veux. Avec qui je veux. Tout seul. En mieux…
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Tuesday, May 19, 2009
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Current mood:Hanging around...
Crève ! Il sifflait calmement, tandis qu’il balançait le coup de savate sensé le tuer ce petit con. Crève !
Encore un coup, une explosion sous la joue du petit flic en uniforme qui dansait comme un fœtus sur une table de dissection.
Crève ! Il bavait pas, il exultait pas ni rien. Juste il cognait. Sûr de lui.
Les miettes de dents sous la langue, le sang au fond de la gorge… Même plus de douleur. Juste la peur de ne pas se réveiller. Clamser là, derrière la haie, dans l’épaisseur de la trouille.
Crève ! Espèce de connard de flic ! Crève et regarde moi en face ! Qui c’est qui te protège ? Hein ? T’as pas l’air bien brave là quand y’a pas ta bande de putes armées !
Il pouvait plus voir. A cause des larmes. Arrête de frapper, il voulait gueuler… arrête juste une seconde… laisse-moi virer ce putain d’uniforme, j’ai pas choisi, suis pas une pute… putain, tu voulais que je fasses quoi de ma vie moi ? Je sais rien foutre !
Oh merde ! Crève salope ! Tu me fais pas pitié avec ta boue sur la tronche, avec ton futal en pétrole qui veut pas se déchirer… Crève je te dis !
Et une nouvelle avoine… saccadée.
Il pensait encore à la fois où il s’était retrouvé à poil, un doigt dans le cul… juste parce qu’il se marrait fort dans la rue. C’était l’époque où ils se laissaient pousser la moustache pour faire ombre dessous le képi, ces fils de putes qui ont tous les permis. Le permis de te traiter comme une merde juste parce qu’ils ont du temps et qu’ils s’emmerdent dans leur rôle de sous fifre de justicier. Putain ! Cette envie de lui enfoncer un flingue dans la bouche ! Comme un doigt dans le cul. Je commence par toi, pis je m’en fais vingt, pis cent, pis je signe pas, parce que je suis pas un connard de serial killer, juste un type qui vous hait, qui cherche pas à se faire mousser mais qui parle la langue que vous avez jamais cherché à comprendre… tarés de flicards…
J’ai jamais fait chier personne, il se disait, et c’était une boucle dans son cœur, un truc qui l’empêchait de ressentir la douleur, et l’humiliation. Je suis un petit branleur de fils d’ouvrier qui avait pas d’usine à proximité, je suis un petit fonctionnaire et c’est toi qui me paie avec tes impôts, pour que je veille sur ta mère, et sur ton père et sur ta sœur et qui t’aide à dormir en paix… et tu me cognes et tu vas m’assassiner avec ta haine espèce d’enculé d’aveugle…
C’était quoi ton pseudo déjà ? Avenger ? Mais merde, tu t’es vu là ? Si j’avais pas tant de bile dans les veines tu me ferais presque bander tellement t’as l’air paumé, merdeux…
Bande espèce de malade ! Bande, et arrête de me torturer, tu fais juste chier là… j’ai mal partout… T’avais l’air gentil dans tes mots, c’était quoi ton pseudo à toi au fait ? Merde, je me souviens plus, si ça se trouve c’est même pas toi qui était prévu dans mon cul…
T’es le numéro le plus nul d’une milice de tarés à la solde de tarés encore plus dangereux que toi… un fils de pute qui obéit à des ordres que tu piges même pas… t’essaie même pas de penser aux autres, parce que si t’osais réfléchir une toute petite seconde tu la verrais la haine des gens dans leurs yeux. Et tu te planquerais pas sous des ordres en papier, ptite merde… regarde-toi ! T’es un lâche, un lâche en uniforme, un mercenaire même pas cher ! Crève !
Et Bam ! Un coup de latte !
Et ça tourne encore un peu sans musique. Le silence qui m’endort quand je pars, avec tous mes membres qui pèsent plus lourd qu’un soleil en plumes. C’est le printemps dans la haie, un jour les araignées boufferont les souris, j’ai plus aucun nerf de branché, tu peux cogner encore, j’ai rien fait de mal.
T’as dit quoi là ? T’as rien fait de mal ? Ahahah ! T’as rien fait de bien ouais ! Tu te rends compte que t’es flic, connard ! Tu sais que t’as choisi le gendarme qui se prenait des coups de bâtons chez les marionnettes ?
Je savais pas qu’il m’entendait. Je croyais qu’on pourrait se comprendre. Je voulais juste qu’il me l’arrache cet uniforme de merde… Je sais je sais je sais qu’il est moche et qu’il me va pas. Je sais je sais je sais que je sais rien parce que j’ai pas fait exprès… Adieu j’ai envie de lui dire… J’ai mal, j’ai pas mal, je sais pas pourquoi.
Un coup de latte, et je pars. L’autre là, le flic de merde, j’en ai rien à foutre… une bavure, c’est juste un accident…
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Monday, May 18, 2009
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Current mood:New Kind Of Kick!!!
Le bar était presque désert. La patronne croisait haut les guiboles sur son tabouret en simili léopard. Mina, qu'elle s'appelait. Depuis deux ans, elle picolait plus. Elle en était devenue moche. Elle passait ses journées à tirer la tronche en lisant des magazines de mode pour vieilles. Avec des photos de mères de familles, endimanchées pour des soirées où elles seront jamais invitées. Du coup, une bonne partie de la clientèle masculine avait mit les bouts. Elle ouvrait son rade de plus en plus tard, passait un temps fou à se maquiller, des fois que Casanova il ait l'idée de venir s'en jeter un en ouverture de sa tournée des grands ducs. Moi elle me regardait même plus. J'avais beau y passer mes huit heures syndicales, dans son boui-boui, j'étais pas plus considéré que le représentant de la maison Perrier. Pourtant, fut un temps, elle hésitait pas à user du vice pour me retenir la Mina. Quand le Campari accostait au fond de ses yeux noirs, elle posait ses seins sur le comptoir pour ramasser mon verre, toujours garé un peu trop loin. Même, elle le repoussait du bout des ongles, pour me laisser le temps de respirer ses grains de beauté. Elle levait le talon avant de me proposer la même chose, en mieux. Pis elle partait d'un petit rire étouffé, qui la faisait trembler juste ce qu'il faut pour en verser un peu à côté. Prétexte à un rinçage de comptoir polisseur de zinc en private room pour mézigue. Comme une apnée. Un soir d'été, la bouffée de chaleur était remontée un peu plus haut sous sa jupe. J'avais un peu soufflé sur les braises, j'avoue. A coup de mensonges, d'inventions bricolées pour tenir une soirée. De ma vie bancale je tirais des histoires à tiroir, bourrées d'exotisme de pacotille. Y'avait du suspense, des personnages en pagaille, j'étais tour à tour victime ou héros. Toujours à la limite, au bord du fossé, je reculais au bon moment, toréador toréador, pour laisser filer les doutes et reprendre le contrôle, juste avant de l'abandonner déçue par un triste revers de réalité. Pendant qu'elle servait un demi au bosniaque du bout du bar, je reprenais mes esprits. Vidais mon martini gin. Recrachais le glaçon. Le regard perdu, comme un gosse abandonné. Du coin de l'oeil, je me marrais de la voir se dépêcher, faire un peu trop mousser le machin, servir l'autre à la brusque pour me revenir, toute chaloupée, rien que pour mes mots, pour ma voix, pour son envie de poser sa tête sur mon épaule avant de m'écouter ronfler. Plus je la sentais disponible, plus je marchais dans ma combine. Je l'aidais à boire un peu plus vite, je posais les bonnes questions, celles qui donnent à la réponse le temps du silence. Pis j'embrayais sur de longues perches pour lui offrir un truc à mordre. J'essayais pas de gagner à tous les coups. Je voulais lui laisser l'illusion de dominer par instants, histoire de pas la mettre en situation d'infériorité, parce qu'allongée, la femme qui subit elle est moins jolie que celle qui ose griffer. Bref, je pilotais le truc en stratège. Les heures se bousculaient, le bosniaque du bout du bar piquait du nez. Elle rigolait pour tout ; était venu le temps de la danse. Une pièce dans le juke-box pour un tango d'ivrognes. Bon début, en rythme, tous les deux concentrés. Les arpions qui se cherchent sans se trouver, l'haleine engnôlée sur la joue et sous le menton, les mains qui vont sans revenir… comme dans les films animaliers, quand on aborde la reproduction à grand renfort de métaphores. Je vous passe les détails. Ventres aimantés, cuisses qui remontent sur les hanches, regards qui défient, dents sur lèvres, langues sur nez, mains dans les cheveux, tout ça vous connaissez. Pis vous savez aussi comment ça finit. Y'a que le décor qui change. Comme on avait improvisé un nid dans le rade, on avait toutes les bouteilles à portée de main. On a dansé encore un peu en bougeant moins vite, en rinçant comme il se doit, et puis il a fait jour. C'est là qu'on a remarqué que le bosniaque du bout du bar il était toujours là, endormi, le futal sur les chevilles, ses jambes blanches vachement trop maigres pour le porter, qu'on s'est dit. Je l'ai un peu secoué pour qu'il arrête de respirer le cendrier. Il a ouvert les yeux d'un coup. La Mina, ça la faisait rire de le voir tout déboussolé, incapable de mettre au point. C'était comme s'il fixait le bout de son nez avec une longue vue. Peut être qu'il rêvait de toute autre chose, et puis soudain le soleil sur ses rétines, et la mémoire qui refuse de suivre, enlisée dans un marécage de bière éventée. Il lui a fallu deux longues minutes avant de bredouiller un truc incompréhensible, et puis il a essayé de remonter son froc sans se lever du tabouret. Bien sûr, il s'est vautré. Sa tête a fait ploc sur le carrelage. Longtemps il est resté là, à ramasser la honte sur son cul nu. Peut être qu'il a des gosses, j'ai suggéré à la dame qui reluquait ses rides dans le miroir. Elle a haussé les épaules. De toute manière, s'il en a, il les mérite pas, qu'elle a asséné en sortant un tube de rouge à lèvres du tiroir caisse. J'ai eu envie de lui écraser une queue de billard sur la gueule. Je l'ai relevé l'autre. Mou comme une serpillière. Il causait tout seul. Il disait des trucs obscènes dans une langue qu'on n'entravait pas. J'avais pas envie de rire. Ni de chialer. Juste le poser dans un coin où il pourrait se réveiller encore une fois, effacer ce qui le faisait flipper, rien qu'un quart d'heure, pour qu'il stabilise sans avoir honte de survivre pour rien. Je l'ai ramené dans sa piaule. Sans ressembler au gentil foyer, c'était pas l'enfer. Y'avait des photos sur les murs, la vaisselle était rangée, le lit frisait pas la misère. Pis sur trois murs, une énorme bibliothèque avec des centaines de bouquins dont j'avais jamais entendu parler. Il a voulu me payer une bière, mais il en avait plus. Il a dit que j'avais du bol de niquer la Mina. J'ai pas répondu. Il m'a demandé comment elle était à l'intérieur. Comme les autres, j'ai suggéré. Il a dit que les autres c'était des prisons, qu'on entrait mais que pour sortir fallait avoir payé… j'avais pas envie de comprendre. Juste me tirer. Parce que pour virer sa misère de l'amour j'avais pas le coeur assez garni. Il a insisté sur l'intérieur… je l'ai chopé, je l'ai regardé longtemps droit dans les yeux. Je l'ai revu à poil dans le bar. Sans aller plus loin. Je l'ai planté avec ses fantasmes à la con. Pis je suis retourné au comptoir. Celle qui servait les bières c'était plus qu'un intérieur moche. Sec. Avec des dents partout. J'ai bu un café avant de me traîner chez moi. Où j'ai dormi deux jours. Quand je suis retourné dans son rade, la Mina elle était bras dessus bras dessous avec un jeunot fringant. Le bosniaque bavait dans son jardin secret. Il m'a même pas reconnu...
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