Comment a commencé l’aventure avec Francis ?

C’est un ami commun, Igor Bogdanov, qui nous a présentés en septembre. Il a choisi de me présenter comme pianiste alors qu’il aurait tout aussi bien pu me présenter comme comédienne-chanteuse, mon autre profession.
Belle ironie du sort, puisque Francis m’a alors dit qu’il s’apprêtait justement à passer une annonce pour une pianiste “femme”.
Ce genre de situations m’amène parfois à penser que certaines rencontres relèvent de l’évidence...
Comment l’avez-vous perçu ?
Ce soir-là, il a chanté un tango, un moment de musique qui m’a fortement intriguée car c’est un univers totalement différent de celui qu’on lui prête habituellement.
Il m’est apparu très ouvert, très accessible aussi. Néanmoins, rien ne pouvait certifier à ce moment-là que nous pouvions nous accorder artistiquement.
Ce spectacle montre un Francis Lalanne plus dédié à la musique des autres qu’à la sienne, qu’en pensez-vous ?
La richesse de ce spectacle vient de la diversité des auteurs auxquels il rend hommage. Il a été inspiré par des univers et des textes très variés mais il les choisit tous à la lumière d’un même leitmotiv : leur résonance immortelle.
C’est un amoureux des grands hommes, de la grande musique. J’ai découvert Francis l’interprète, Francis l’admirateur humble, solennel et émerveillé des grands compositeurs et poètes qui ont marqué sa vie d’artiste. C’est une facette de lui qui le rend particulièrement touchant.

J’aime beaucoup cette intimité piano-voix où on le sent très à l’aise dans un format qui lui permet d’exprimer toute son émotion. Cela n’empêche pourtant pas quelques touches de créativité qui constituent le lien, le fil tendu entre ces grands textes et la musicalité de Francis.
L’avantage du piano est qu’il permet au texte d’exister pleinement et la simplicité du spectacle est un gage de vérité pour moi. Ici, nous n’avons pas d’effets ou d’instruments qui viennent brouiller la lecture. Nous allons directement à l’essentiel.
Seule en scène avec Francis, c’est quelque chose que vous vivez comment ?
C’est un superbe défi car je porte la musique sur mes épaules mais le plaisir n’en est que plus grand.
À la base, je suis pianiste classique, alors cette tournée est l’occasion pour moi de vivre une toute autre aventure.
Vous avez un parcours très atypique, une nouvelle carte dans votre jeu ?
La musique classique a été prédominante dans ma vie jusque très récemment.
Lorsque j’ai découvert le milieu du théâtre, j’ai été amenée, parallèlement à mes projets de comédienne, à accompagner de temps en temps des comédies musicales, des opérettes, et cette complicité avec les chanteurs m’a plue.
Un certain nombre de musiciens classiques méprise un peu la variété, la considérant comme un sous-genre.
Pour ma part, je vois dans la pluridisciplinarité un atout essentiel à notre époque.
Et votre relation avec l’arrangeur ?
Nous avons la chance d’être très complémentaires. Hélène évolue dans le milieu de l’arrangement depuis longtemps et en maîtrise parfaitement les rouages. De mon côté, ma technique et mon oreille absolue (la faculté de reproduire une mélodie immédiatement après son écoute) me permettent d’appliquer rapidement ses propositions. Nous sommes chaque fois en accord sur le style pianistique, la note voulue.
Grâce à tous ces ingrédients, la mécanique s’est naturellement mise en place entre Francis, Hélène et moi, chacun faisant la place à l’autre avec intelligence et respect.
Photos et interview : Emmanuelle Morand aka Kromogen