Marcu Biancarelli est un écrivain contemporain Corse, plusieurs livres (nouvelles et romans) ont été édités chez Albiana, le dernier "Murtoriu", chez le même éditeur, devrait sortir ces mois ci.
J'ai eu le privilège de lire le tout dernier "Murtoriu" et j'ai rarement lu un livre aussi fort, aussi inspiré et aussi juste.
Un libraire décide de fermer sa librairie lorsque les touristes débarquent l'été. La présentation du personnage est faite, le ton est donné, acte de résistance, non acte de refus, refus de voir pénétrer les conséquences d'un capitalisme exacerbé et saturé emmener son insouciance , sa négligence et son intolérance dans un lieu sacré, dans un lieu d'art.
Marcu nous décrit une Corse d'aujourd'hui, avec style et un regard limpide sur notre société, nous accompagons ce libraire, peu conventionnel, dans ses angoisses quotidiennes:
- angoisses survenant du passé où les tranches de vie de son grand père revenant de 14 18 sont écritent dans une langue Corse étudiée d'une telle manière que le réalisme qui s'en dégage nous laisserais penser qu'à Agnaronu (village de l'auteur) une faille temporelle existe et qu'elle permettrait à Marcu d'observer le passé avec un aisance déconcertante.
- angoisse liée à la famille et à l'attirance réciproque que le libraire entretient avec sa propre cousine germaine.
- et angoisse liée à la situation extrème du lieu dans lequel vit le libraire, une froide solitude l'hiver, avec le goût fade d'une rupture amoureuse en toile de fond, avant l'arrivée des bûchers des vanités frénétiques du tourisme de masse l'été.
Les moments d'apaisement sont liées aux parties de chasse en compagnie des amis du libraire et des moments passés en montagne en compagnie du frère d'un des amis qui est berger et handicapé. Ces moments sont décrits d'une manière très juste et naturelle, on ne sombre jamais dans le nombrilisme, dans la mélancolie facile où le sentimentalisme.
Plusieurs protaganistes alimentent cette histoire, vous l'aurez compris.
Par alternance Marcu nous racontent l'histoire de deux voyous effrayants pratiquant une violence incroyable sous l'emprise d'un fatalisme glaçant.
Métaphore d'une Corse en proie à la folie et à son incompréhension face au monde moderne décadent qui s'immisce jusque dans les moindres recoins de nos montagnes.
Réflexions cinglantes, desciption d'une Corse dans l'ombre d'un soleil étouffant, effets littéraires, écriture minimaliste dans la lignée des plus grands auteurs contemporains américains, tout y est dans ce formidable roman qui devrait sortir en langue Corse cette année. (pour le français une version traduite sortira par la suite).
Si vous avez eu ce sentiment de vous perdre, où de penser que tout part en couille, que les valeurs que l'ont vous a enseigné dans votre famille ne servent plus dans ce monde hostile et ce qui reste de son humanité. Si vous pensez que notre culture et que nos familles qui ont vécu par le passé appartiennent à une autre civilisation, que ses restes s'effritent de jour en jour et que ce monde tombe lentement chaque jour en voyant agoniser sa langue, l'essence même de ce que nous sommes,
Alors lisez le prochain roman de Marcu Biancarelli, car vous si vous n'y trouverez aucune solution à tout ça, vous y trouverez plus que ça, une vertu très rare que la littérature peut parfois nous offrir : ce sentiment d'avoir grandit.
Marcu, e campane à murtoriu pienhjenu sempre in nostri capi, ci vulia à sfugà si di stu male, l'hai fattu et ti ringraziu.
http://marcubiancarelli.blogspot.com/