Gender: Female
Status: Single
Age: 20
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City: Montreal
State: Quebec
Country: CA
Signup Date: 6/7/2005
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Friday, October 19, 2007
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Textes commentés - Kant - Qu'est-ce que les lumières?
§ 1
Qu'est-ce que les Lumières ? La sortie de l'homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d'autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l'entendement mais dans un manque de décision et de courage de s'en servir sans la direction d'autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
§ 2
La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d'une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu'il soit facile à d'autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d'être mineur ! Si j'ai un livre qui me tient lieu d'entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n'ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n'ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c'est une chose pénible, c'est ce à quoi s'emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d'exercer une haute direction sur l'humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n'aient pas la permission d'oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s'aventurer seules au dehors. Or, ce danger n'est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d'en refaire l'essai.
§ 3
Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s'y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu'on ne l'a jamais laissé en faire l'essai. Institutions (Preceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l'usage de la parole ou plutôt d'un mauvais usage des dons naturels, (d'un mauvais usage raisonnable) voilà les grelots que l'on a attachés au pied d'une minorité qui persiste. Quiconque même les rejèterait, ne pourrait faire qu'un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu'il n'est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s'arracher à la minorité et à pouvoir marcher d'un pas assuré.
§ 4
Mais qu'un public s'éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c'est même pour peu qu'on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l'esprit d'une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même. Notons en particulier que le public qui avait été mis auparavant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se placer dessous, une fois qu'il a été incité à l'insurrection par quelques-uns de ses tuteurs incapables eux-mêmes de toute lumière : tant il est préjudiciable d'inculquer des préjugés parce qu'en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers. Aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux lumières. Une révolution peut bien entraîner une chute du despotisme personnel et de l'oppression intéressée ou ambitieuse,(cupide et autoritaire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de penser ; tout au contraire, de nouveaux préjugés surgiront qui serviront, aussi bien que les anciens de lisière à la grande masse privée de pensée.
§ 5
Or, pour ces lumières, il n'est rien requis d'autre que la liberté ; et à vrai dire la liberté la plus inoffensive de tout ce qui peut porter ce nom, à savoir celle de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines. Mais j'entends présentement crier de tous côtés : « Ne raisonnez pas » ! L'officier dit : Ne raisonnez pas, exécutez ! Le financier : (le percepteur) « Ne raisonnez pas, payez ! » Le prêtre : « Ne raisonnez pas, croyez : » (Il n'y a qu'un seul maître au monde qui dise « Raisonnez autant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez ! ») Il y a partout limitation de la liberté. Mais quelle limitation est contraire aux lumières ? Laquelle ne l'est pas, et, au contraire lui est avantageuse ? - Je réponds : l'usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières. J'entends par usage public de notre propre raison celui que l'on en fait comme savant devant l'ensemble du public qui lit. J'appelle usage privé celui qu'on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l'intérêt de la communauté un certain mécanisme qui est nécessaire et par le moyen duquel quelques membres de la communauté doivent se comporter passivement afin d'être tournés, par le gouvernement, grâce à une unanimité artificielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empêchés de détruire ces fins. Là il n'est donc pas permis de raisonner ; il s'agit d'obéir. Mais, qu'une pièce (élément) de la machine se présente en même temps comme membre d'une communauté, et même de la société civile universelle, en qualité de savant, qui, en s'appuyant sur son propre entendement, s'adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas raisonner, sans qu'en pâtissent les affaires auxquelles il est préposé partiellement en tant que membre passif. Il serait très dangereux qu'un officier à qui un ordre a été donné par son supérieur, voulût raisonner dans son service sur l'opportunité ou l'utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais si l'on veut être juste, il ne peut lui être défendu, en tant que savant, de faire des remarques sur les fautes en service de guerre et de les soumettre à son public pour qu'il les juge. Le citoyen ne peut refuser de payer les impôts qui lui sont assignés : même une critique impertinente de ces charges, s'il doit les supporter, peut être punie en tant que scandale (qui pourrait occasionner des désobéissances généralisées). Cette réserve faite, le même individu n'ira pas à l'encontre des devoirs d'un citoyen, s'il s'exprime comme savant, publiquement, sa façon de voir contre la maladresse ou même l'injustice de telles impositions. De même un prêtre est tenu de faire l'enseignement à des catéchumènes et à sa paroisse selon le symbole de l'Eglise qu'il sert, car il a été admis sous cette condition. Mais, en tant que savant, il a pleine liberté, et même plus : il a la mission de communiquer au public toutes ses pensées soigneusement pesées et bien intentionnées sur ce qu'il y a d'incorrect dans ce symbole et de lui soumettre ses projets en vue d'une meilleure organisation de la chose religieuse et ecclésiastique. En cela non plus il n'y a rien qui pourrait être porté à charge à sa conscience. Car ce qu'il enseigne par suite de ses fonctions, comme mandataire de l'Eglise, il le présente comme quelque chose au regard de quoi il n'a pas libre pouvoir d'enseigner selon son opinion personnelle, mais en tant qu'enseignement qu'il s'est engagé à professer au nom d'une autorité étrangère.
§ 6
Il dira « Notre Eglise enseigne telle ou telle chose. Voilà les arguments dont elle se sert ». Il tirera en cette occasion pour sa paroisse tous les avantages pratiques de propositions auxquelles il ne souscrirait pas en toute conviction, mais qu'il s'est pourtant engagé à exposer parce qu'il n'est pas entièrement impossible qu'il s'y trouve une vérité cachée, et qu'en tout cas, du moins, rien ne s'y trouve qui contredise la religion intérieure. Car, s'il croyait trouver rien de tel, il ne saurait en conscience conserver ses fonctions ; il devrait s'en démettre. Par conséquent l'usage de sa raison que fait un éducateur en exercice devant son assistance est seulement un usage privé, parce qu'il s'agit simplement d'une réunion de famille, si grande que celle-ci puisse être, et, par rapport à elle, en tant que prêtre, il n'est pas libre et ne doit non plus l'être, parce qu'il remplit une fonction étrangère. Par contre, en tant que savant, qui parle par des écrits au public proprement dit, c'est-à-dire au monde, - tel donc un membre du clergé dans l'usage public de sa raison - il jouit d'une liberté sans bornes d'utiliser sa propre raison et de parler en son propre nom. Car prétendre que les tuteurs du peuple (dans les affaires spirituelles) doivent être eux-mêmes à leur tour mineurs, c'est là une ineptie, qui aboutit à la perpétuation éternelle des inepties.
§ 7
Mais une telle société ecclésiastique, en quelque sorte un synode d'Eglises, ou une classe de Révérends (comme elle s'intitule elle-même chez les Hollandais), ne devrait-elle pas être fondée en droit à faire prêter serment sur un certain symbole immuable, pour faire peser par ce procédé une tutelle supérieure incessante sur chacun de ses membres, et, par leur intermédiaire, sur le peuple, et pour précisément éterniser cette tutelle ? Je dis que c'est totalement impossible. Un tel contrat qui décidérait d'écarter pour toujours toute lumière nouvelle du genre humain, est radicalement nul et non avenu ; quand bien même serait-il entériné par l'autorité suprême, par des Parlements, et par les traités de paix les plus solennels. Un siècle ne peut pas se confédérer et jurer de mettre le suivant dans une situation qui lui rendra impossible d'étendre ses connaissances (particulièrement celles qui sont d'un si haut intérêt), de se débarrasser des erreurs, et en général de progresser dans les lumières. Ce serait un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste justement en ce progrès ; et les successeurs sont donc pleinement fondés à rejeter pareils décrets, en arguant de l'incompétence et de la légèreté qui y présidèrent. La pierre de touche de tout ce qui peut être décidé pour un peuple sous forme de loi tient dans la question suivante : « Un peuple accepterait-il de se donner lui-même pareille loi ? » Eventuellement il pourrait arriver que cette loi fût en quelque manière possible pour une durée déterminée et courte, dans l'attente d'une loi meilleure, en vue d'introduire un certain ordre. Mais c'est à la condition de laisser en même temps à chacun des citoyens, et particulièrement au prêtre, en sa qualité de savant, la liberté de formuler des remarques sur les vices inhérents à l'institution actuelle, et de les formuler d'une façon publique, c'est-à-dire par des écrits, tout en laissant subsister l'ordre établi. Et cela jusqu'au jour où l'examen de la nature de ces choses aurait été conduit assez loin et assez confirmé pour que, soutenu par l'accord des voix (sinon de toutes), un projet puisse être porté devant le trône : projet destiné à protéger les communautés qui se seraient unies, selon leurs propres conceptions, pour modifier l'institution religieuse, mais qui ne contraindrait pas ceux qui voudraient demeurer fidèles à l'ancienne. Mais, s'unir par une constitution durable qui ne devrait être mise en doute par personne, ne fût-ce que pour la durée d'une vie d'homme, et par là frapper de stérilité pour le progrès de l'humanité un certain laps de temps, et même le rendre nuisible pour la postérité, voilà ce qui est absolument interdit.
§ 8
Un homme peut bien, en ce qui le concerne, ajourner l'acquisition d'un savoir qu'il devrait posséder. Mais y renoncer, que ce soit pour sa propre personne, et bien plus encore pour la postérité, cela s'appelle voiler les droits sacrés de l'humanité et les fouler aux pieds. Or, ce qu'un peuple lui-même n'a pas le droit de décider quant à son sort, un monarque a encore bien moins le droit de le faire pour le peuple, car son autorité législative procède justement de ce fait qu'il rassemble la volonté générale du peuple dans la sienne propre. Pourvu seulement qu'il veille à ce que toute amélioration réelle ou supposée se concilie avec l'ordre civil, il peut pour le reste laisser ses sujets faire de leur propre chef ce qu'ils trouvent nécessaire d'accomplir pour le salut de leur âme ; ce n'est pas son affaire, mais il a celle de bien veiller à ce que certains n'empêchent point par la force les autres de travailler à réaliser et à hâter ce salut de toutes leurs forces en leur pouvoir. Il porte même préjudice à sa majesté même s'il s'immisce en cette affaire en donnant une consécration officielle aux écrits dans lesquels ses sujets s'efforcent de tirer leurs vues au clair, soit qu'il le fasse sous sa propre et très haute autorité, ce en quoi il s'expose au grief « César n'est pas au-dessus des grammairiens », soit, et encore plus, s'il abaisse sa suprême puissance assez bas pour protéger dans son Etat le despotisme clérical et quelques tyrans contre le reste de ses sujets.
§ 9
Si donc maintenant on nous demande : « Vivons-nous actuellement dans un siècle éclairé ? », voici la réponse : « Non, mais bien dans un siècle en marche vers les lumières. » Il s'en faut encore de beaucoup , au point où en sont les choses, que les humains, considérés dans leur ensemble, soient déjà en état, ou puissent seulement y être mis, d'utiliser avec maîtrise et profit leur propre entendement, sans le secours d'autrui, dans les choses de la religion.
§ 10
Toutefois, qu'ils aient maintenant le champ libre pour s'y exercer librement, et que les obstacles deviennent insensiblement moins nombreux, qui s'opposaient à l'avènement d'une ère générale des lumières et à une sortie de cet état de minorité dont les hommes sont eux-mêmes responsables, c'est ce dont nous avons des indices certains. De ce point de vue, ce siècle est le siècle des lumières, ou siècle de Frédéric.
§ 11
Un prince qui ne trouve pas indigne de lui de dire qu'il tient pour un devoir de ne rien prescrire dans les affaires de religion aux hommes, mais de leur laisser en cela pleine liberté, qui par conséquent décline pour son compte l'épithète hautaine de tolérance, est lui-même éclairé : et il mérite d'être honoré par ses contemporains et la postérité reconnaissante, eu égard à ce que le premier il sortit le genre humain de la minorité, du moins dans un sens gouvernemental, et qu'il laissa chacun libre de se servir en tout ce qui est affaire de conscience, de sa propre raison. Sous lui, des prêtres vénérables ont le droit, sans préjudice des devoirs professionnels, de proférer leurs jugements et leurs vues qui s'écartent du symbole officiel, en qualité d'érudits, et ils ont le droit de les soumettre librement et publiquement à l'examen du monde, à plus forte raison toute autre personne qui n'est limitée par aucun devoir professionnel. Cet esprit de liberté s'étend encore à l'extérieur, même là où il se heurte à des obstacles extérieurs de la part d'un gouvernement qui méconnaît son propre rôle. Cela sert au moins d'exemple à ce dernier pour comprendre qu'il n'y a pas à concevoir la moindre inquiétude pour la durée publique et l'unité de la chose commune dans une atmosphère de liberté. Les hommes se mettent d'eux-mêmes en peine peu à peu de sortir de la grossièreté, si seulement on ne s'évertue pas à les y maintenir.
§ 12
J'ai porté le point essentiel dans l'avènement des lumières sur celles par lesquelles les hommes sortent d'une minorité dont ils sont eux-mêmes responsables, - surtout sur les questions de religion ; parce que, en ce qui concerne les arts et les sciences, nos maîtres n'ont aucun intérêt à jouer le rôle de tuteurs sur leurs sujets ; par dessus le marché, cette minorité dont j'ai traité est la plus préjudiciable et en même temps la plus déshonorante de toutes. Mais la façon de penser d'un chef d'Etat qui favorise les lumières, va encore plus loin, et reconnaît que, même du point de vue de la législation, il n'y a pas danger à permettre à ses sujets de faire un usage public de leur propre raison et de produire publiquement à la face du monde leurs idées touchant une élaboration meilleure de cette législation même au travers d'une franche critique de celle qui a déjà été promulguée ; nous en avons un exemple illustre, par lequel aucun monarque n'a surpassé celui que nous honorons.
§ 13
Mais aussi, seul celui qui, éclairé lui-même, ne redoute pas l'ombre (les fantômes), tout en ayant sous la main une armée nombreuse et bien disciplinée pour garantir la tranquillité publique, peut dire ce qu'un Etat libre ne peut oser : « Raisonnez tant que vous voudrez et sur les sujets qu'il vous plaira, mais obéissez !
§ 14
Ainsi les affaires humaines prennent ici un cours étrange et inattendu : de toutes façons, si on considère celui-ci dans son ensemble, presque tout y est paradoxal. Un degré supérieur de liberté civile paraît avantageux à la liberté de l'esprit du peuple et lui impose néanmoins des limites infranchissables ; un degré moindre lui fournit l'occasion de s'étendre de tout son pouvoir. Une fois donc que la nature sous cette rude écorce a libéré un germe, sur lequel elle veille avec toute sa tendresse, c'est-à-dire cette inclination et cette disposition à la libre pensée, cette tendance alors agit graduellement à rebours sur les sentiments du peuple (ce par quoi le peuple augmente peu à peu son aptitude à se comporter en liberté) et pour finir elle agit même en ce sens sur les fondements du gouvernement, lequel trouve profitable pour lui-même de traiter l'homme, qui est alors plus qu'une machine, selon la dignité qu'il mérite.
§ 15
Dans les Nouvelles Hebdomadaires de Bueschning du 13 septembre, je lis aujourd'hui 30 du même mois l'annonce de la Revue Mensuelle Berlinoise, où se trouve la réponse de M. Mendelssohn à la même question ? Je ne l'ai pas encore eue entre les mains ; sans cela elle aurait arrêté ma présente réponse, qui ne peut plus être considérée maintenant que comme un essai pour voir jusqu'où le hasard peut réaliser l'accord des pensées.
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Friday, October 19, 2007
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Les génies créateurs fascinent. Ils semblent posséder la touche magique et multiplient les chefs-d'oeuvre en se renouvelant sans cesse. Cela condamne-t-il le commun des photographes à ne produire que des images médiocres? Loin de là. Il existe une discipline de la création accessible à tous. Elle se décline sous trois aspects: apprendre, expérimenter et réaliser.
APPRENDRE Selon une idée répandue, le véritable créateur puise à ses seules sources novatrices, sans influence extérieure. Le créateur de génie peut-être, mais pas le créateur ordinaire. La création correspond à un processus: on prend une photo qui mène à une autre qui mène à une autre qui mène à une autre. Il existe plusieurs façons d'enclencher ce processus. La première source d'influence consiste à voir et à revoir les travaux d'autres photographes. Et un bon exercice est de se demander: ''Laquelle de ces photos aurais-je aimé prendre moi-même?'' ou ''Comment le photographe s'y est-il pris pour obtenir de telles images?''. Il ne s'agit pas de copier ce que d'autres ont créé, bien que ce ne soit pas un exercice futile en soi. Il s'agit plutôt de s,imprégner d'un climat qui mènera éventuellement à l'éclosion d'idées nouvelles.
La seconde source d'influence réside dans son propre équipement photo: il est impératif de bien le connaître. Les appareils actuels possèdent de multiples réglages et leurs guides d'utilisation font d'excellents livres de chevet! Certaines fonctions moins usuelles peuvent déboucher sur des façons plus audacieuses de photographier. Par exemple: le réglage de la synchronisation lente avec le flash autorise l'utilisation de temps de pose plus longs que la normale et permet ainsi un mélange de flou et de net - donné par le coup de flash - dans la même image. En plus, cette opération procure à l'image des tons plus chauds que si elle avait été illuminée parl e flash seul.
EXPÉRIMENTER Une autre idée répandue veut que le véritable créateur soit continuellement frappé d'inspiration, qu'il accumule les eurêka. Le créateur de génie peut-être, mais pas le créateur ordinaire. La création photographique se déploie dans le temps et présente deux phrases distinces: avant la prise de vie et apprès celle-ci.
Il est préférable d'aborder la prise de vue avec une certaine vision tout en demeurant ouvert aux occasions qui peuvent se présenter. Il faut s'assurer qu'on a bien réglé son appareil en fonction de ce qu'on veut réaliser. Combien a-t-on gâché de photos à ce stade par négligence ou par ignorance?
La démarche créatrice ne procède pas nécessairement en ligne droite, elle fonctionne par à-coups, ponctuée de priodes de piétinement et de phases de déblocage. Une bonne façon d'approcher un sujet consiste à en multiplier les prises de vue en changeant un petit élément à la fois, qu'il s'agisse d'une modification du cadrage, de la composition, de l'angle de vue, de l'éclairage, de la profondeur de champ ou encore du temps de pose; autant de choix qui viendront altérer les qualités visuelles de l'image. Dans le cas de mise en scène ou de portraits, il ne faut pas se gêner pour demander aux protagonistes de varier leurs poses. Pour les sujets en mouvement, on peut aussi compter sur le hasard qui amènera peut-être les éléments de la scène à créer eux-mêmes une composition unique en se déplaçant, comme dans la photo de rue ou la photo animalière. Dans tous les cas, il faut se mettre au diapason de l'ensemble du tableau. Il vaut mieux s'efforcer d'obtenir le meilleur d'un sujet donné que de papillonner d'un sujet à l'autre. Cette suite d'images va converger, ou peut-être pas, masi elle va certainement conduire plus loin ou ailleurs par rapport à la première impression qu'on a du sujet et à la première photo qu'on en a fait.
La deuxième phase d'expérimentation photographique, celle qui suit la prise de vue, se présente différemment. La déception est presque toujours au rendez-vous lorsqu'on examine ses photos; on croyait tenir quelque chose et on se retrouve avec peu. Voici venu le moment de procéder avec rigueur à un examen critique de ses photos en tant qu'images: il s'agit d'établir les cadrages les plus justes, les compositions les plus cohérentes et les couleurs les plus harmonieuses ainsi qu'en bout de piste, les sujets qui produisent les impressions les plus fortes. Cette évaluation se concentre sur les détails et fait appel à l'esprit d'analyse. Elle requiert des moyens de visualisation adaptés`la planche contact pour le film noir et blanc, la table lumineur pour la diapo et l'organiseur pour le numérique. Ces dispositifs permettent de converver l'historique du processus créatif facilitant ainsi l'évaluation des séquences improductives et des moments de résolution. Ils simplifient le choix des meilleures images d'une série par comparaison entre voisines.
Cette sélection créative des images s'effectue par petites touches: on regarde, on met de côté, puis on y revient. La plupart des images qui résultent de cette première sélection demandent à être traitées numériquement. Là encore s'ouvre un vaste champ d'expérimentation. Changement du cadrage, réglage de la luminosité, du contraste et de la couleur et même, utilisation de procédés créatifs élaborés: chaque modification d'une image mènera à une autre qui mènera à une autre... La possibilité de comparer plusieurs variantes de ses images côte à côte demeure essentielle.
RÉALISER Une dernière idée répandue présente le véritable créateur parachevant son oeuvre avec facilité grâce à son talent. Le créateur de génie peut-être, mais pas le créateur ordinaire. Le photographe doit littéralement mettre ses images au monde. Les photograhpies laissées dans sa boite à chaussure ou sur le disque dur de son ordinateur n'existent pas: il faut les partager avec des amis ou avec les collègues de son club photo, les soumettre à des concours ou, pourquoi pas, les vendre ou les exposer au café du coin. Les expérimentations multiples de la prise de vue, les difficiles premières sélections et les essais à l'ordinateur prennent tout leur sens dans les quelques images achevées qui seront finalement montrées, que ce soit à l'écran ou sous forme d'épreuves. Ces images bichonnées et soignées dans le détail véhiculeront leur émotion propre, parfois fort différente de celle ressentie par le photographe à la prise de vue.
On l'a déjà dit, créer représente 10% d'inspiration et 90% de transpiration. L'essentiel consiste à bien connaître ses sujets et sa technique, à remettre cent fois son ouvrage sur le métier et à aller jusqu'au bout en partageant le fruit de son travail. Il y a des leçons à tirer de chaque séance de pose, de chaque exercice de prise de vue: ''Quels thèmes m'allument? De quelle manière est-ce que je préfère photographier? Qu'est-ce qui m'a déçu? Qu'est-ce qui m'a fait faire un bond en avant?'' De ces enseignements, chacun pourra peu à peu cerner une certaine démarche personnelle qui évoluera avec le temps. Mais quelle que soit cette évolution, les mots d'ordre de la créativité demeureront les mêmes: oser et persévérer.
Raymond Aubin, Photo Sélection (Novembre 2007)
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Friday, October 19, 2007
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Il était une fois un oiseau, doté d'une paire d'ailes parfaites aux plumes étincelantes et aux couleurs merveilleuses. Bref, un animal fait pour voler librement dans le ciel, à la plus grande joie de ceux qui l'observaient.
Un jour, une femme vit cet oiseau et s'en éprit. Elle le regarda voler, bouche bée d'admiration, le coeur battant la chamade, les yeux brillants d'émotion. Il l'invita à l'accompagner, et ils volèrent ensemble en complète harmonie. Elle l'admirait, vénérait, célébrait l'oiseau.
Mais un jour la femme pensa: ''Peut-être aimerait-il découvrir les montagnes lointaines?'' Elle eut peur. Peur de ne plus jamais éprouver cela avec un autre oiseau. Et elle se sentit jalouse - jalouse du pouvoir de voler de l'oiseau. Elle se sentit seule.
''Je vais lui tendre un piège, pensa-t-elle. La prochaine fois que l'oiseau apparaîtra, il ne repartira plus.'' L'oiseau, qui était lui aussi très épris, revint la voir le lendemain. Il tomba dans le piège et fut emprisonné dans une cage.
Chaque jour, la femme le contemplait. Il était l'objet de sa passion, et elle le montrait à ses amies, qui s'exclamaient: ''Tu es une personne comblée!'' Cependant, une étrange transformation commença à se produire: Comme l'oiseau était à elle et qu'elle n'avait plus besoin de le conquérir, la femme s'en désintéressa. L'animal, qui ne pouvait plus voler ni exprimer le sens de sa vie, dépérissait et perdait son éclat, il enlaidit - et la femme ne lui prêtait plus attention que pour le nourrir et nettoyer sa cage.
Un beau jour, l'oiseau mourut. Elle en fut prodonfément attristée et ne cessa dès lors de penser à lui. Mais elle ne se souvenait pas de la cage, elle se rappelait seulement le jour où elle l'avait aperçu pour la première fois, volant, heureux, aussi haut que les nuages.
Si elle s'était observée elle-même, elle aurait découvert que ce qui l'avait tellement émue chez l'oiseau, c'était sa liberté, l'énergie de ses ailes en mouvement, et non son aspect physique.
Sans l'oiseau, sa vie même perdit son sens, et la mort vitn frapper à sa porte. ''Pourquoi es-tu venue?'' lui demanda la femme. ''Pour que tu puisses voler de nouveau avec lui dans les cieux, répondit la mort. Si tu l'avais laissé partir et revenir à chaque fois, tu l'aurais aimé et admiré bien davantage ; désormais, tu as besoin de moi pour le retrouver.''
Onze Minute, Paulo Coelho
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Tuesday, October 16, 2007
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Selon Platon, au début de la Création, les hommes et les femmes étaient bien différents de ce qu'ils sont de nos jours; il y avait seulement des êtres androgynes avec un corps, un cou, et une tête à deux faces, chacune regardant dans une direction. C'était comme si deux créatures étaient collées dos à dos, avec deux sexes, quatre jambes, quatre bras.
Mais les dieux grecs, jaloux, s'aperçurent qu'une créature à quatre bras travaillait davantage; que deux faces opposées étaient en permanence en éveil et qu'ils ne pouvaient pas l'attaquer en traîtres; que quatre jambes n'exigeaient pas grand effort pour rester debout ou marcher longtemps. Et, le plus dangereux; cette créature dotée de deux sexes n'avait besoin de personne pour se reproduire. Alors, Zeus, le maître suprême de l'Olympe, dit: ''J'ai un plan pour ôter leur force à ces mortels.'' Et, lançant la foudre, il coupa cette créature en deux, créant l'homme et la femme. Cela accrut beaucoup la population de la terre, en même temps que cela désorienta et affaiblit ses habitants - il leur fallait maintenant chercher leur moitié perdue, l'étreindre de nouveau, et retrouver dans cette étreinte leur force de jadis, leur habileté à éviter la trahison, leur résistance à la fatigue et au travail. Cette étreinte à laquelle les deux corps se confondent de nouveau pour ne faire qu'un, nous l'appelons le sexe.
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