Avertissement : ceci est une reprise revue et corrigée d'un post que j'ai fait naguère pour un forum
Les claviers électro-mécaniques et électroniques ont très fortement marqué de leur empreinte toute la musique du XXe siècle. L'origine de leur succès tient à la combinaison de la familiarité du clavier - interface idéale de composition et de performance - et de la richesse d'une nouvelle palette sonore. Je vous livre ici un rapide aperçu des claviers de légende qui ont apporté leur touche personnelle au monde de la musique en les regroupant par familles :
- 1. Les claviers électro-acoustiques
- 2. Les claviers électro-mécaniques
- 3. Les synthétiseurs
- 4. Les échantillonneurs analogiques
- 5. Les échantillonneurs numériques
1. Les claviers électro-acoustiques :
le son est produit mécaniquement puis capté et amplifié
Le Hohner Clavinet (1964)

Un petit clavecin (plus proche du cemballo en fait) amplifié avec un micro alimenté par une pile 9 V. Ce mode de captation a totalement modifié le rendu sonore de l'instrument qui est devenu tranchant, agressif et plus rythmique que jamais. L'intro de Superstition par Stevie Wonder illustre ces qualités à merveille. Le Reggae fut aussi transformé par cet instrument, tout comme le jazz-rock. Sur le parcours entre l'instrument et l'ampli, il est possible de glisser toutes sortes d'effets électroniques, comme un flanger ou une pédale wah-wah. Imaginez un peu J.-S.B. se déchainant à la wah-wah sur une fugue.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Clavinet
Après le clavecin électrique, le piano... avec deux modèles principaux :
- Le Fender Rhodes (1er proto de 1946. En série à partir des années 1960)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Piano_%C3%A9lectrique
- Le Wurlitzer (à partir des années 1950)

En fait de piano, il s'agit de lamelles métalliques frappées par des marteaux. Le son du Fender Rhodes, très doux, est particulièrement apprécié dans le jazz-rock à la Chick Correa (meilleurs albums de Return to Forever par exemple). Le Wurlitzer a un son plus "sale", plus proche de la saturation. Il a été plus apprécié dans le rock. Les deux peuvent aussi recevoir de mutliples effet de phasing-flangering, wah-wah, chorus, trémolo... et bien sûr permettent le jeu à la pédale de volume. On a tous dans l'oreille le solo mythique de Fender Rhodes dans Riders on the Storm des Doors.
2. Les claviers électromécaniques
Un instrument à part : l'orgue électromécanique Hammond.

Ici un Hammond B3 (1955), à la sonorité aussi proche que possible d'un orgue à tuyaux (c'était en tout cas le but recherché), est agrémenté par sa cabine Leslie : les hauts parleurs montés sur un axe rotatif motorisé à vitesses variables délivre un effet entre le vibrato et le chorus absolument splendide.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Orgue_Hammond
3. Les synthétiseurs
La synthèse sonore est l'art de crer des sons grâce à des oscillateurs électroniques. Les principales sortes de synthèse sonore sont :
la Synthèse soustractive
la Synthèse additive
et la Synthèse FM
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Les Ondes Martenot

Inventé en 1928, ce fut le premier synthétiseur à oscillateurs à connaître un large succès, aussi bien dans la musique expérimentale que dans les chansons populaires. Le jeu au clavier est complété par une touche agissant sur l'intensité, ce qui permet nombre d'effets sur l'attaque et les nuances. Il est également possible de jouer avec un ruban coulissant qui permet les glissandos, les vibratos et le jeu sur les 1/4 ou les 1/8 de ton. Par ailleurs, le son était diffusé par des résonnateurs variés, comme la fameuse "palme" avec ses cordes vibrant par sympathies, ce qui ajoutait des caractéristiques proprement accoustiques au son synthétique. Aujourd'hui, les virtuoses du Martenot ne sont guère qu'une poignée.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ondes_Martenot
http://www.chez.com/cslevine/ondes/Ondes_3.htm : description du jeu et des possibilités sonores.
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Dans les années 1960, la série des orgues analogiques polyphoniques entièrement électroniques (combo organs) a été prolifique.
Le Vox Continental


Continental 1 (1962)

Continental 300
Très utilisés par Pink Floyd, les orgues Vox tentent de reproduire le son de l'orgue Hammond pour un encombrement et un coût moindre.
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La synthèse sonore a vraiment connu son développement avec les synthétiseurs à banques d'oscillateurs qui permettent de nombreuses combinaisons et donc des expérimentations sur la matière sonore électronique. Vedette de cette conception, la série des instruments de Robert Moog : http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Moog
Le Minimoog (monodique) (1971)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Minimoog
Très beau solo de Max Middleton dans Egypt de Kate Bush (album Never for ever, 1980). La monodie procure un très agréable coulé des notes.
Le Polymoog (polyphonique)

Le Moog modular (l'usine à gaz)

C'est l'instrument de prédilection de Wendy Carlos, Klaus Schulze, Popol Vuh...
Le Multimoog

Et le sadomasomoog

Mouais, enfin je ne suis pas vraiment sûr pour celui-là...
Un rival de Moog : les ARP Séquenceur 2500/2600 (1970)

Les ARP 2500 et 2600 sont des synthétiseurs qui permettent aussi de la création d'ondes par combinaison d'oscillateurs. Mais notons qu'on y trouve également un séquenceur : à quoi ça sert ? À faire des séquences répétitives modifiables instantanément. Si je ne m'abuse, l'intro de Baba O'Riley des Who est faite au ARP 2600.
Avec un clavier :

Parmi les nombreux synthétiseurs à banques d'oscillateurs, citons encore
Le Yamaha CS80 (1977)

Le Sequential Circuit Prophet (ici le modèle 5 de 1977)

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Peu à peu, les oscillateurs ont permis d'obtenir des sonorités évoquant celles d'instruments acoustiques.
Le ARP Solina String-Ensemble (1974)

Il tente d'imiter synthétiquement le son d'un ensemble de corde. John Paul Jones l'emploie sur l'album Presence de Led Zeppelin.
Puis, à partir de la fin des années 1970, les orgues combos offrent une sélection de sonorités synthétiques regroupées sous des appellations qui évoquent des instruments réels : trumpet, brass, violin, mandolin, pipe organ... Les possibilités sont certes moins étendues qu'avec les banques d'oscillateurs des Moog et des ARP mais l'usage est bien plus simple.
Dans cette catégorie, les orgues Farfisa sont emblématique de la fin des années 1970

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Un nouveau pas a été franchi avec une nouvelle génération de synthétiseurs basée sur la synthèse FM (modulation de fréquence), qui a donné sa sonorité aux années 1980.
Le Yamaha DX-7 (1983)

4. Les échantillonneurs analogiques :
Les sonorités synthétiques ont longtemps été considérées comme des approximations "imparfaites" des instruments acoustiques et électro-acoustiques. D'où le rêve de pouvoir capter les sons naturels et de le restituer de manière crédible à volonté. Les moyens magnéto-optiques d'enregistrement ont été largement mis à contribution pour tenter d'atteindre ce but.
- Le Mellotron (1963)


Cet instrument électronique n'est pas un synthétiseur. Il ne crée aucun son. C'est en fait un magnétophone à clavier. Sous chaque touche se situe une courte bande magnétique enregistrée avec le son d'un instrument joué à la note juste. Un mécanisme à ressort provoque le réenroulement de la bande lorsque la touche est relachée. Il a été inventé pour les grands studios afin de remplacer les orchestres. Le rendu sonore est pourtant à mille lieues de faire illusion. C'est ce qui fait son charme. Aujourd'hui, le mellotron est très recherché pour sa sonorité rétro kitsch. L'exemple le plus célèbre de l'usage du mellotron est l'intro de Strawberry Fields des Beatles, à la "flûte traversière". En fait, les bandes magnétiques sont chargées en plateaux. Chaque plateau offre plusieurs sonorités. Les plus célèbres sont la flûte, les cordes et les cuivres. Pratiquement, les possibilités sont infinies, mais le sampling a fini par limiter l'intérêt du mellotron. Il existe aujourd'hui de nombreux émulateurs de mellotron, mais aucun ne peut restituer la particularité des effets mécaniques de l'appareil (ah, la sensation de la bande qui se rembobine à chaque fois...). Un must
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mellotron
Concurrent de la bande magnétique, il fallait bien employer le disque... Ce fut chose faite avec l'inénarrable Optigan de Mattel (début des années 1970)

Le premier tourne-disque à clavier (en plastique). On charge un disque spécial dans un système de lecture optique et le clavier donne accès à une série d'accompagnements et de sons préenregistrés. Il est à noter que certaines tonalités ne s'obtiennent qu'en jouant sur le pitch, c'est-à-dire la vitesse de lecture du disque optique. Résultat atroce et absolument cultissime.
Je crois que Blur l'a utilisé sur l'album 13.
5. Les échantillonneurs numériques
Trop lourds, trop fragiles... les instruments magnéto-optiques ont été remplacés par des instruments entièrement numériques lorsque les techniques de sampling ont commencé à être raisonnablement exploitables. Avec ces appareils, un son est d'abord échantillonné à sa fréquence "naturelle" ; puis cette fréquence est ralentie ou accélérée pour obtenir toutes les tonalités utiles. Les premiers échantillonneurs ignorant le time stretching, cela avait une incidence sur la vitesse de défilement des séquences échantillonnées, comme quand on accélère une bande magnétique ou la vitesse de rotation d'un disque. L'effet est donc très peu naturel, ce qui est particulièrement recherché aujourd'hui.
Le Fairlight CMI (1979)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fairlight
Il échantillonne en 8 bits sur 20/32 KHz et tourne sous une version modifiée de MS-DOS. On entend le CMI abondamment sur le 4e album solo de Peter Gabriel ; il y est notamment employé pour créer des séquences (San Jacinto, Rythm of the Heat...)
Le NED Synclavier system (prototypes dès la fin des années 1970)

Le plus puissant calculateur de son temps au service de la musique. Il paraît que le processeur a été utilisé dans la navette spatiale. Le Synclavier est composé de deux sections distinctes : le synthétiseur et la fameuse section d'échantillonnage qui lui a permis de devenir la machine à rêve de producteurs peu scrupuleux ; des albums entiers ont été réalisés sans musicien grâce à sa flexibilité et à la crédibilité de ses sons de basses en slap et de guitares rythmiques. Sa meilleure utilisation dans ce sens reste peut-être Slave to the Rythm "de" Grace Jones. Sinon, il est largement audible sur l'album So de Peter Gabriel et les B.O. d'Eric Serra.
Pour en savoir plus
Que les amateurs de claviers "vintage" ne passent pas à côté du site de l'ami qui m'a permis de connaître (et tripoter) tous ces instruments : http://egrefin.free.fr/
BONUS : un site entièrement dédié aux claviers vintage : http://www.vintagesynth.com/
Un dernier conseil : YouTube est une gigantesque banque de données qui permet de voir et d'entendre tous ces instruments en tapant seulement leur nom. N'hésitez pas, vous ferez des découvertes musicales étonnantes !
Keep on rockin' !