Critères
d'un didgeridoo.
Qu'attendre d'un didg-crafter ?
Introduction
L 'évolution d'un instrument de musique se compose bien
souvent de deux grandes catégories. D'un côté on trouve la
technique de jeu pure de l'instrument (Comment obtenir un son?
Comment le jouer? Dans notre cas, comment respirer ?...etc) celle ci
est développée par les joueurs eux même avides de nouvelles
découvertes et surtout de recherche ! L'autre partie est composée
de la fabrication de l'instrument développé cette fois-ci par des
did-gmaker (ou didg-crafter, ou fabriquant de didgeridoo).
Depuis quelques années maintenant, le didgeridoo a
connu une grande progression des techniques de jeu. Cette progression
va de pair avec les techniques de fabrication de l'instrument.
Durant l' hivert, 2007 / 2008, j'ai eu la chance de
passer un peu plus de trois mois dans l'atelier de Bob Druett
(www.bobdruett.com) en Australie. Il fût le premier à établir des
critères sur lesquels se baser pour tester et fabriquer un
didgeridoo, les journées passées à travailler avec lui et à
tester les didgeridoo m'ont offert une formation dont je ne
soupçonnais pas la richesse. Formation, que j'ai la chance de
continuer et d'appronfondir en passant plusieurs semaines par an chez
Alex (Alex-didg.com) à tester, discuter et élaborer de nouveaux
didgeridoo.
De part les workshop que j'ai pu donner en France et en
Europe, j'ai pu constater un grand manque de connaissance de ses
critères par la plupart des joueuses et joueurs de didgeridoo.
J'ai donc décidé de partager ce savoir avec tout
joueuses ou joueurs désireux d'appronfondir ses connaissances en la
matière, chose qui est devenu pour moi une des base de ma
compréhension de l'instrument.
J'espère que vous aurez autant de plaisir à lire ces
pages que j'en ai eu à les rédiger.
Bonne lecture à vous !
Avant
toute chose:
Ce
qu'il faut bien comprendre dans la conception d'un didgeridoo c'est
que tout est affaire de compromis de plusieurs critères, ces
critères vont bien souvent par paire, il y a donc des choses qui
seront techniquement impossible : là où la physique de l'instrument
offre ses limites.
L'une
des responsabilités du joueur est donc de bien connaître son sujet
pour ne pas rechercher ni demander l'impossible mais bien l'équilibre
parmi ces critères, et c'est là l'un des but du didg-crafter:
trouver cet équilibre que le joueur recherche.
C'est
là la grande différence entre fabriqué son instrument soit même
et passé par un professionnel compétent, c'est aussi la grande
différence entre « juste un bout de bois évidé » et un
instrument pensé et conçu pour la musique.
Chapitre I : Le bourdon,
la base de votre son
La tessiture de la basse :
Écouter la tessiture de la basse d'un didgeridoo va vous aider à
mieux comprendre l'équilibre des basses de votre instruments. Cette
tessiture peut aller de la basse « fermée » à la basse
« ouverte ».
C'est là en gros les deux grandes catégories de formes qui existent
dans la fabrication d'un instrument. La forme conique et la forme
cylindrique, le tout ensuite est de choisir quelle forme sera plus
adapté à votre style de jeu. Souvent un didgeridoo est un fin
mélange entre ces deux type de forme. Voici ces deux catégories :
La
basse « fermée » ou les didgeridoo conique:
C'est la basse typique que l'on peut retrouver sur des didgeridoo qui
seront plus de formes coniques et longues, c'est à dire des
didgeridoo qui au final auront une forme proche d'un Yidaki. La basse
y est très présente et, si elle est beaucoup développée, devient
sourde. Ces didgeridoos auront un son qui sera concentré sur une
direction avec une grande puissance sonore.
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Les + : - Bon retour de pression
- Son de didgeridoo dynamique
- Attaques concentrées
- Grande puissance sonore
- Harmoniques concentrées en une direction (comme le bourdon)
ce qui offre une
sensation d'un belle définition des harmoniques (mais avec
des risques, voir suite).
Les - : - Basse souvent trop sourde et trop présente
- Harmoniques parfois trop proche du bourdon et donc perte de
clarté.
- Didgeridoo bien trop souvent trop « fermé », ce
qui à pour conséquence un son un peu rauque, qui manque
souvent de rondeur.
-
Manque de rondeur dans le son
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La basse « ouverte » ou les didgeridoo cylindrique:
A l'inverse de la basse « fermée » ce type de basse se
retrouve sur des didgeridoo dont la forme est plus cylindrique et
bien souvent dont le départ de la colonne d'air est assez ouverte,
leur diamètre extérieur en devient par nature conséquent. Ce type
de didgeridoo, si on devait le comparé à un didgeridoo traditionnel
se rapprocherai plus des Magos. Avec une basse « ouverte »
ces didgeridoo ont un son qui est diffusé de manière bien plus
large qu'un didgeridoo « fermé », ils ont aussi bien
souvent une basse plus souple mais des attaques qui peuvent en pâtir.
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Les + : - Large spectre sonore.
- Rondeur dans le son, appréciable à l'écoute.
- Harmoniques détachées du bourdon se qui offre une sensation
d'espace sonore.
- Facilité de jeu pour les WA, les Wobbles et une grosse
partie des techniques joues.
- Rebond diaphragme souple.
- Cris aigus très facile à placer même pour des didgeridoo
aigu.
Le - : - Si trop ouvert, le didgeridoo perd en jouabilité.
- Basse parfois trop présente et « étouffante ».
- Peut manquer de précision dans les attaques.
- Raclement en voix grave souvent peu performant.
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Le grain du bourdon:
Définition:
Le grain du son est le degré de finesse du son d'un didgeridoo.
Pour mieux comprendre, prenez l'image d'une sculpture en bois, au
départ la sculpture est dégrossie à la gouje (ciseaux à bois
arrondis), la finition n'est pas fine, et plus cette finition sera
passer au papier de verre de plus en plus fin, plus le rendu sera
lisse et propre. C'est un peu le même sentiment avec un didgeridoo
et son grain de son.
Un didgeridoo avec un grain de son grossier aura un son mal définis
où l'on sentira qu'il pourrait vibrer de manière plus subtil. Quand
à un didgeridoo avec une finesse de grain pousser, sa vibration sera
« dense » et donnera la sensation d'être bien définie.
Attention je ne parle pas ici de la clarté du son ou de ses
harmoniques, je ne parle ici que du grain c'est à dire le son de
votre didgeridoolorsque vous soufflez dedans sans aucune modulation.
Ce grain est une des première chose que vous ressentez, de manière
consciente ou inconsciente, lorsque vous jouez un didgeridoo.
Les harmoniques naturelles de votre didgeridoo :
Ce qui est appelé « harmoniques naturelles » de votre
didgeridoo définis ce dont sera composé le spectre sonore de votre
didgeridoo, c'est là que se joue ce qu'on appelle « la chaleur
du son ».
Ces harmoniques n'ont donc pas de rapport avec celles produites par
la langue. Chaque didgeridoo a souvent une ou deux harmoniques un peu
plus amplifié que les autres.
Sur certains didgeridoo certaines sont flagrantes et sautent aux
oreilles sur d'autre le son manque cruellement de chaleur. Pour
repérer l'une de ses harmoniques, on peut écouter une respiration
joue/gorge faite avec souplesse, c'est souvent cette respiration qui
fait ressortir une des harmoniques de son base, on peut alors
l'appelé « harmonique de respiration ».
Le
retour de pression ou la « back pressure »
Définition
: La pression d'un didgeridoo est la force de résistance (provoqué
par la colonne d'air en vibration) que l'on obtient en soufflant dans
celui-ci.
Le retour de pression est un élément qui a sa place dans le choix
d'un didgeridoo, cette pression dépend beaucoup de la forme de la
colonne d'air du didgeridoo.
Un didgeridoo de forme conique aura moins de pression et sera plus
adapté à un jeu plus méditatif, tandis qu'à l'inverse un
didgeridoo conique avec beaucoup de pression sera plus adapté pour
la rythmique.
Mais même si un minimum de pression est apreçiable, rechercher un
maximum de pression est souvent une erreur car trop de pression
devient un handicap, le didgeridoo devient moins magnable, le son
perd en rondeur et bien souvent en finesse.
La forme est donc un facteur mais la note joue aussi beaucoup. Il est
évident qu'on ne peut demander un didgeridoo en SI avec la même
pression q'un FA.
Encore une fois ici, tout est histoire de compromis, entre rondeur
sonore, pression, présence, souplesse de jeu... Cette présentation
reprend les deux grandes catégories de formes et les notes mais
c'est évidemment un peu plus compliquer que ça, un didgeridoo
cylindrique pourra être parfaitement adapté à la rythmique,
seulement il n'aura jamais une pression si forte et un son si
puissant qu'un didgeridoo purement conique, par contre le son sera
plus rond. C'est ensuite à chacun de décider ce qui l'attire dans
sa recherche d'instrument.
Chapitre
II: La capacité d'articulation et la précision du son
Les harmoniques langue :
Définition: Une harmonique est une composante à part entière
d'un son musical. Il s'agit d'une fréquence multiple de la fréquence
fondamentale.
Nous jouons un instrument harmonique, donc par définition les
harmoniques que l'on peut obtenir en modifiant la cavité buccale par
le biais de notre langue se doivent d'avoir une place dans les
critères d'un didgeridoo.
Généralement on entend rapidement si les harmoniques seront belles
ou non. Mais si avoir des harmoniques bien définies dans son
didgeridoo est un critère qui à son importance faites tout de même
attention que celles ci n'en deviennent pas criyardes et agressives.
En effet des harmoniques trop poussées peuvent devenir désagréables
à écouter si l'équilibre avec la basse n'est pas pris en compte.
La pertinences des attaques :
Définition
: Ce qui est appelé attaque ici se compose des attaques langues de
bases, c'est à dire le T et le K. ex: TEKETE...
Un exemple est très efficace pour définir cette catégorie. Si un
jour vous prenez un didgeridoo que vous ne connaissez pas et que vous
commencez à jouer un de vos rythmes préférés (aux attaques
marquées si possible) et que vous sentez que vous ne les passées
pas aussi bien qu'à votre habitude. Cela peut venir de deux choses,
soit :
Vous n'êtes pas en pleine forme ce jour là... Ne vous en faites
pas, ça arrive à tout le monde !
Vous jouez sur un didgeridoo aux attaques mals définies.
Bob Druett disait: « Un didgeridoo qui est difficile à jouer
n'est pas un bon didgeridoo » . Gardez cette phrase en tête
dans vos test de didgeridoo !
Testez votre didgeridoo et faites donc des attaques de bases dedans,
en faisant attention à ce point vous verrez vite sa manière de
réagir. Ses attaques vont elles droit au but? Ou au contraire sont
elles bancales? Avez vous la sensation qu'il vous faire attention de
ne pas perdre le bourdon à chaque attaque? Quel stabilité votre
didgeridoo vous offre-t-il?
Bien sûr je ne suis pas en train de dire que TOUT vient de votre
didgeridoo, il nous faut toujours et encore pratiquer mais il est
vrai que les deux, joueur et didgeridoo ont leurs responsabilités
dans cette affaire.
La souplesse des joues :
J'ai commencé à parler de ce critère cher à mes yeux (car mon jeu
utilise pas mal les joues) avec Alex durant l'été de mon retour
d'Australie (2008). Il définis tout simplement la capacité, la
facilité et la rapidité avec lesquels on peut vider ses joues dans
le didgeridoo. Ceci se résume assez rapidement par l'ouverture de la
colonne d'air du didgeridoo. C'est un dire que plus le diamètre
d'entrée interne du didgeridoo sera ouvert plus il sera facile de
jouer avec « l'élasticité » de vos joues et inversement
pour un didgeridoo avec une colonne d'air fermée.
L'articulation :
C'est une dernière chose à prendre en compte dans la jouabilité de
votre instrument.
Là aussi un exemple explique bien ce ressenti. Parfois lorsque l'on
teste beaucoup de didgeridoo on s'aperçoit que certains offrent une
sensation assez inconfortable : on a l'impression de na pas pouvoir
articuler de manière clair, comme si vous aviez une patate chaude
dans la bouche ! L'image est ce qu'elle est mais je vous assure que
c'est vraiment ça. C'est alors un soucis d'articulation, souvent ces
types de didgeridoo vont vite saturer, non pas au niveau sonore, mais
ils vont donner l'impression de ne pas encaisser les rythmiques ou la
vitesse. Comme si il y avais un vrai embouteillage à l'intérieur.
L'articulation est une chose qui est très importante pour un
didgeridoo, faites donc attention à ce critère. Chose que l'on peut
aussi ramener facilement aussi pour le joueur lui même, si vous
jouez un jeu bien articuler alors vos rythmes seront plus précis et
bien plus vivant.
Chapitre
IV: Les survibrations et les sous vibrations :
Lancer une survibration puis... la maintenir :
Définition : Une survibration est un son que l'on obtient en
pinçant les lèvres avec beaucoup de pression. C'est ce son très
sec, qui se rapproche de la trompette. Plus le joueur pince ses
lèvres plus le son obtenu est aigu.
Ceci définit avec quelle précision les survibrations de votre
didgeridoo se lance, ce critère rejoint en ce point le critère des
attaques. Tester une survibration dans votre didgeridoo en prêtant
attention à comment celle ci se lance, juste le lancement. Dans
l'idéal, l'attaque doit être propre et bien définie.
Une fois la survibration lancée et que ce point est éclaircit,
observer avec quelle facilité (ou difficulté) vous pouvez la
maintenir pendant quelques secondes. Vous allez vite voir que pour
certains didgeridoo il est très facile de la garder comme quasi
« impossible » pour d'autre.
Ces deux critères vous aideront à définir assez facilement les
capacités des survibrations de votre didgeridoo. Gardez en tête que
l'un n'entraine pas forcément l'autre, loin de là...
Les écarts entre les survibrations :
Il est possible d'accorder, non sans compromis, la première
survibration (la seconde étant déjà nettement plus compliquée)
avec la note de base du didgeridoo. C'est donc la note des
différentes survibrations qui va définir l'écart que vous aurez
entre votre drone de base et vos survibrations. Réfléchissez bien
avant de demander un didgeridoo avec la première survibration
accordée car cela engendre beaucoup de choses dans la conception
même de l'instrument. Et comme je l'ai dis plus haut, tout est
affaire de compromis, vous devrez donc diminuer l'attente pour
d'autres critères. De plus un didgeridoo qui sera accordé en une
note trop éloigné de son bourdon n'aura aucun sens, l'écart du
drone à la première survibration sera bien trop grand pour être
pleinement jouable.
Mais sans aller jusqu'à accorder votre didgeridoo, observez quel
sont les écarts du drone à la première puis de la première à la
seconde... etc. Sont ils éloignées ou au contraire très proches?
Sont ils réguliers ou un est il plus grand que l'autre ?
La facilité de la sous pression et son maintien :
Définition
: Une sous pression est un son qui donne une sensation au son de
ralentir. Il est provoqué par une légère ouverture de la mâchoire,
les lèvres vibrent alors légèrement moins vite et la note descend.
Contrairement aux survibrations, la sous pression n'a pas encore été
pleinement développée par les nouveaux styles de jeu des dernières
années.
Ce critère est donc à prendre en compte bien qu'il soit je pense
encore perfectibles.
Donc pour résumer, la sous pression sera généralement assez simple
à produire lorsque la survibration le sera aussi. Un didgeridoo qui
sera long et conique sera souvent bien adapté à cette affaire.
Le second critère est le maintien de celle-ci, en effet certains
didgeridoos ont une capacité étonnante à pouvoir maintenir
celle-ci suffisamment pour donner l'impression de jouer sur deux
notes, mais là encore c'est une histoire de compromis et pour le
moment les seuls didgeridoos que j'ai pu rencontrer avec cette
capacité n'avaient pas franchement grand chose d'autre pour eux que
ce critère hypertrophiée.
Chapitre
V: La voix
Les cris aigus :
Ce critère est assez simple à définir mais est bien à prendre en
compte dans votre choix de didgeridoo en fonction de votre jeu :
Souvent un didgeridoo qui sera ouvert (cette à dire, ouverture de la
colonne d'air large, à partir de 50mm environ) aura des cris aigus
bien détachés du bourdon et faciles à sortir. Même chose pour sa
note, plus la note sera grave plus les cris auront des chances de
passer facilement.
Les raclements :
Pour les raclements c'est un peu différents, mais pour cela on peut
se référer aux yidaki (didgeridoo traditionnels) qui ont une forme
conique avec un son fermé et une basse bien présente. Les
aborigènes utilisent beaucoup le raclements, en tous cas la voix
grave et les yidaki sont parfaitement étudiés pour ça. On peut
donc en conclure, encore une fois de manière assez simplifiée, que
plus un didgeridoo sera fermé et conique, plus le raclement sera
audible et puissant.
Conclusion
:
Repérer ces critères va vous aidez à comprendre rapidement le
caractère d'un didgeridoo et du même coup l'aider à s'exprimer
dans son sens. Vous allez comprendre aussi que chaque didgeridoo
vous apporte un rythme ou des sons à mettre en avant. Et avec un peu
de pratique vous allez vite vous rendre compte que dix secondes sont
largement suffisantes pour savoir si un didgeridoo est bon ou non.
Bien sûr ces critères ne sont qu'un point de départ, et cette
courte présentation est loin d'être exaustive. Le didgeridoo
contemporain est encore un enfant en bas âge dans le monde la
musique et son évolution n'en est qu'à son point de départ, il
commence tout juste à marcher !
Il est donc évident que d'autre critères complèteront cette liste
dans le futur et que c'est à chacun d'entre nous, passionné par cet
instrument, d'en être l'acteur.
Nous avons la chance de vivre la naissance d'un des instrument les
plus vieux du monde, plutôt paradoxale comme situation non? Alors
amis joueurs, tous à vos tubes !
Amicalement,
Gauthier.