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LA TOURNEE DE FILM NOIR AUX USA ET CANADA....
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Invités au festival NXNE de Toronto, nous avons décidé d’organiser une tournée sur le continent américain. Oan et Victor ont joué les tour managers pendant deux mois afin
d’assurer le succès de l’opération, et en ce Mercredi 17 juin, nous nous
apprêtons à décoller vers des cieux peuplés de cheeseburgers et de Bud Lite.
Les protagonistes : - Oan Kim : chant , claviers, guitares, leica .
-Alex Choiselat : guitares, vodka et coma.
-Assen « Bulgar
King » Tzankov : drums and “ jokes”.....
-Benoît “ slim” Perraudeau:
Basse et shopping.
-Julien Malfilatre : son,
moustache et T-shirts imprimés.
L’homme de l’ombre : Victor, sans qui rien n’aurait été
possible et que nous remercions en lui laissant tenir les manettes depuis Paris.
C’est dans un
contexte nébuleux que se profile le départ, puisque la tournée a été bouclée au
dernier moment. Nous décidons sagement
de remettre les basses considérations financières à notre retour en
France en nous appuyant sur Assen et sa Visa à débit différé.
Sur le plan musical, l’arrivée récente de Benoît à la basse
nous a conduits à d’intenses séances de répétitions, tant pour réarranger
certains morceaux que pour monter
ceux qu’il ne connaissait pas. Les
divergences d’opinions sont
encore nombreuses sur la pertinence de tel réarrangement, de tel fil de
batterie ou riff de guitare, et c’est donc semi-confiants que nous entamons cette tournée.
Mercredi 17 Juin
Après un
concert au Backstage, à Pigalle, achevé à 2 heures du matin, direction
Roissy, à 5h.Toute l’équipe embarque pour un vol Paris-Toronto via Reykjavik à
l’exception d’Oan , qui se roulera quelques heures plus tard dans le stupre
d’un vol direct Air France gracieusement accordé par le consulat français à Toronto.
Le vol par Iceland Air nous gratifie d’une escale de 14
heures en Islande que nous mettrons à profit pour goûter aux brochettes de
baleine et à la tranquillité surnaturelle de Reykjavik. Nous en repartons en
ayant l’impression d’avoir été télétransportés dans un épisode du
« Prisonnier » le jour de la grève des figurants.
Arrivés à l’aéroport
de Toronto, nous louons le véhicule de tournée. Assen refuse la Mustang
initialement prévue et après d’âpres négociations, nous optons pour un Van
Dodge noir, que, bizarrement, personne n’appellera jamais la Filmnoirmobile.
Le consulat nous avait réservé deux chambres pour quatre
dans l’un des hôtels chics de la ville ; comme nous sommes cinq nous retrouvons Oan dans une
auberge plus modeste mais
néanmoins chaleureuse.
Nous déposons nos affaires et nous rendons à la fête de
lancement du festival NXNE, dans une chapelle remplie de crânes décorés et de
jeunes filles tatouées. Des graffeurs performent en direct au son des mix et le
tout se déroule dans une ambiance ultra-indé mais finalement un petit peu
froide et polie.
Quelques vodka-cranberry et au lit, après 24h de voyage.
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JEUDI 18 JUIN ....
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Réveil à 9h00, café, muffins et cigarettes.....
Nous avons rendez-vous au Mc Do du coin de la rue
avec l’équipe du « Take away
show » ( les « concerts
à emporter » locaux ). Le preneur de son est le sosie Mike Myers dans
Wayne’s world, le cameraman une version avenante du bassiste de Green
Day .....
Nous nous rendons au Steve’s Music Store où nous jouons trois titres avec les
moyens du bord (basse et guitare acoustique, drumsticks et claviers du magasin), avant
d’acheter un peu de matériel.....
Déjeuner dans un restaurant asiatique , occasion
pour les sensibilités de chacun de s’exprimer : les grognements d’Assen
ponctuent les commentaires de Benoît
sur les nuances de couleurs de la vaisselle.....
On se
procure les pass du festival et
direction « El Mocambo » à 18h00 .....
Il n’y aura pas de balances ( 1500 groupes jouent à
Toronto en 5 jours), juste un line check, situation que nous rencontrerons sur
presque toutes les dates.....
Quelques bières et burgers au Sneaky dee’s, le bar des sports du coin et nous
sommes de retour dans la salle afin d’observer la prestation de nos
prédécesseurs, sorte de revival de Led Zep mâtiné de Mars Volta. ....
Le festival étant pour la multitude de groupes
présents une occasion de montrer aux professionnels ce qu’ils savent faire, on assiste à une sorte de
surenchère un peu forcée et stérile, devant un public clairsemé car éclaté sur
tous les concerts. En gros, les descendants de Robert Plant et Jimmy Page se
roulent par terre devant 30 personnes,
s’acquittant toutefois d’une prestation honorable.....
On réveille Assen et Benoît avant d’entrer sur
scène. Les conditions sont peu évidentes mais on fait le boulot, invoquant les
mânes des Stones qui jouaient ici même il y a 30 ans.....
L’équipe du consulat à laquelle nous devons notre
venue est présente. Ils sont chaleureux et nous encouragent pour la suite. Une partie du groupe reste regarder « You say party we say
die !», pendant que Julien et Alex emmènent les 2 jeunes stagiaires du consulat au bar jouxtant la salle.....
Après une virée avortée ( impossible d’acheter de
l’alcool en magasin après 22h), ils s’écroulent à l’hôtel.....
La nuit de Julien est peuplée de rêves moites où
figurent d’innocentes stagiaires.....
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VENDREDI 19 JUIN....
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Café et muffins puis nous prenons la route pour
Buffalo. ....
Assen est au volant, rôle qu’il tiendra jusqu’à
notre départ pour New York. Nous l’en remercierons à plusieurs reprises avant
d’apprendre qu’il s’est assigné cette tâche uniquement pour des raisons de
survie.....
Clap your hands say yeah , Metronomy et les Ting Tings rythment le trajet. Les Ting Tings sortent en vaincus de ce
battle improvisé qui nous mène jusqu’aux chutes du Niagara, à la frontière
Canada-Usa......
Après une courte pause romantico-poétique à base de
« c’est bien fait quand même » , « ils sont forts ces
ricains » et « je voyais ça plus grand », nous quittons la ville
(Alex a un pincement au coeur en voyant s’éloigner le Casino local où il
souhaitait jouer le budget tournée) et
passons le pont conduisant à la douane.....
Il faut faire disparaître les feuilles de route et
informations relatives à nos concerts aux US. Sans visa de travail , impossible
de passer, et de nombreux groupes canadiens sont refoulés à la frontière.,
trahis par leur instruments et/ou leur touche de beatniks. Une des astuces à
laquelle ils ont recours est de se procurer moyennant finances une fausse
attestation d’enregistrement dans un studio US .....
Nous n’avons rien de cela.....
Nous circulons dans un van noir aux vitres teintées,
gorgé d’instruments jusqu’à la gueule et conduit par un bulgare tout droit
sorti des Affranchis de
Scorsese.....
L’officier des douanes lui, sortirait plutôt de
Chips , avec cette touche amicale propre au bad guy de Terminator 2.Il nous demande
de nous ranger un peu plus loin et nous explique que nous récupèreront nos
passeports dans les locaux de la douane.....
Assen gare la voiture, nous en sortons et nous dirigeons vers ce que nous pensons
être le QG de la douane. En fait,
nous traversons le frontière à pied….Les flics sur place nous
interpellent ; nous pénétrons dans un boc de béton et de métal sous leurs quolibets (
« are you guys in a band ? »).....
Le groupe y est interrogés par le sergent Peppi dont l’air buriné, sévère mais juste rappelle Robert Duvall.
Décidément cette tournée est pleine de sosies.....
Il nous questionne séparément sur le but de notre
venue ( chacun lui sert l’histoire
dont nous avons convenu, à savoir : concert à Toronto puis tourisme aux US
avant retour sur Paris) et prend nos empreintes .....
A chaque fois que l’un d’entre nous passe entre ses
mains expertes, le reste de l’équipe se morfond dans la salle d’attente , aux
côtés d’une famille de pakistanais. Nous essayons tous d’avoir l’air cool et
décontracté des gens innocents ce qui nous confère immanquablement l’aura
des coupables. En effet,
impossible de ne pas se sentir coupable de quelque chose dans ces conditions.
On commence à envisager le pire.....
« Ok, have a nice trip guys ». Le sergent
Peppi tend les passeports. Nous mettons quelque temps à réaliser la bonne
nouvelle et , laissant flotter
derrière nous une odeur de
syndrome de Stockholm, rejoignons le van. On a l’impression d’être relachés
après avoir fait le casse du siècle, mais on va juste jouer dans un bar à
Buffalo.....
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BUFFALO....
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Les environs de la ville font penser à une ancienne
ville industrielle frappée par la crise : bretelles de périphérique
entourées de cheminées d’usines, pancartes publicitaires défraîchies. A mesure
que l’on se rapproche du centre les perspectives sont plus dégagées, bordées de
maisons sur 2 étages.....
La ville est belle mais déserte.....
On fait un tour de reconnaissance au Merlin’s. C’est
un bar un peu miteux ou très
authentique, au choix. En cette fin d’après-midi, trois clients bedonnant
jouent aux fléchettes en buvant des bières.....
La barmaid, une motarde d’une cinquantaine d’années
aux seins énormes nous donne le numéro de téléphone de Curt pour que l’on
obtienne les détails de la soirée. Elle nous montre la scène , à l’étage,
bordée d’un billard . 10 m² de moquette pourrie, sono minimale, pas de
batterie. Vu les conditions , on s’attend à chanter « Rawhide » derrière un grillage pour nous protéger
des jets de bouteilles.....
L’auberge est plus au sud , dans le centre-ville,
sur une large artère piétonne, bordée de théâtres, mais elle aussi
déserte : Main Street d’une ville fantôme.....
On pose
nos affaires. Benoît joue un vieux morceau de Johnny Cash sur une guitare
trouvée dans la salle commune pendant qu’Assen fait la sieste. On tombe sur le
répondeur de Curt. Pas très grave,
on passera directement au Merlin’s après dîner.....
Ici à Buffalo, le choix est clair : manger des
wings et mourir. Oan a repéré à l’avance le restaurant fondateur, le berceau de la wing
originelle, de la mère de toutes
les wings : The Anchor Bar.....
Le groupe a encore en tête un concert au Hard Rock
Cafe à Paris où le catering était monstrueux. Tout le monde avait carburé aux
burgers et filets de poulet ; la prestation, empâtée, s’en était fortement ressentie (ironiquement,
c’était un concert de soutien à Action contre la faim).Afin de ne pas répéter
la même erreur , nous commandons sagement 75 chicken wings.....
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