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Last Updated: 3/25/2009

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Friday, April 03, 2009 

L'Afrique très présente dans sa terre natale la Colombie, a intrigué le
photographe depuis sa tendre enfance. Après un périple à Cuba,
direction le Ghana. Une errance plus difficile qu’il ne l'imaginait,
moins 8 kilos en un mois, cassé à Accra la capitale aux incessants
klaxons. Au Ghana, tout le monde observe Jorge, tout le temps. Yeux
curieux, regards méfiants, complices. Là-bas des blancs, il n’y en a
pas. Il y brille, on le dévisage, parfois avec méfiance et aussi avec
curiosité, intérêt, sympathie. Les africains marchent à côté de lui,
l’entourent et l’observent en permanence. Avec eux les présentations
sont timides et réservées. Ce sont des bosseurs impressionnants,
austères et accueillants après la distance: à 4H du matin ils se
réveillent, se couchent tôt, travaillent beaucoup. Pour eux il est le
blanc, « l’obrouni », alors qu'en tant que métisse, il ne s’est jamais
senti blanc.

Jorge photographie peu là où il vit et énormément
les territoires qu’il découvre. Photographier l'aide à apprivoiser la
nouveauté. La composition de ses images, il la soigne beaucoup.
Géométrie construite dans le cadre, recherche de verticales
impeccables, d’horizontales idéales, de beaux axes. Dans ses photos,
les horizons suspendus s'effacent derrière les gens. Ses couleurs sont
particulières, ciselées, recréées, comme matées, nous révélant une
Afrique sèche et poussiéreuse. Un monde dépouillé de soleil, où les
tonalités vidées de chatoyances, jouent la carence ; puis sont poussées
à l’extrême, comme autant d’agacements fluos et magnétiques.


En partant d'Accra, capitale catholique du Sud, il a tracé sa route,
direction Nord-Est où les mosquées prolifèrent. Sur des voies
improbables, sa pérégrination d'un mois a suivi un axe presque
rectiligne. A longé le Lac Volta, traversé le Burkina, enfin le Niger.
Ce qu'il trouve gai, intrigant, élégant, mystérieux, d’un clic il en
extrait la substance. Figeant le temps. Dans son viseur, le regard
méfiant du dealeur au chapeau vert d'eau. Mais ne serait-ce pas cet
homme qui photographie Jorge dans sa tête ? Il y a toujours un oeil
visible ou caché dans ses images, un genre d'oeil, même s'il n'y a pas
de visage. OEil présent ou fuyant. Ou deux yeux en phares de camion.
Même les fenêtres semblent l'observer sous la moustiquaire.

Il cadre dans son viseur nomade, découvre les regards inquisiteurs d’un
frère et de sa soeur. Est-ce eux qui le capturent ? L'instant où une
personne croise son objectif, un contact se noue. Rencontre fugitive,
contact muet, apprivoisement sensible. Quand ce ne sont pas les gens
qui le dévisagent, c'est quelque chose, une image ou un objet, comme le
cocon de papillon en oeil de cyclope attrapé par le grillage. L'oeil,
fenêtre ouvrant sur les profondeurs intérieures.

Juste avant que Jorge appuie sur le bouton, le chauffeur de taxi lui jette un coup d'oeil dans le rétroviseur. La jeune fille déhanchée dans son pantalon
rose fuschia, bien consciente de sa présence, sourit sans le dévisager.
Dans le viseur sur le marché, il choppe l’éclat d’une fille rieuse. Sa
grâce pleine. Pas la même langue et un échange.

Il est parti au Ghana sans imaginer le souffle de la mort à ses côtés. Une rencontre déconcertante et pas programmée.
L'image qui lui reste dans la tête, c'est celle qu’il n’a pas shootée, celle de deux cadavres au bord de la route vers le Nord. Mort omniprésente au fil de ses pas. Il évite de prendre en photo les gens qui souffrent. Ses images, celles qu’après une longue sélection il a finalement gardées, l'aident à comprendre ce qu’il a vécu là-bas. Comment il s’est ébréché et révélé là-bas. Il dévoile un réel aux échos de vestige. Son penchant pour l’obscurité
chante aussi l’éclat tranchant des vivants.

Le Ghana, aujourd’hui Jorge ne compte pas y retourner. Mais il aime toujours le contempler.



Thursday, March 26, 2009 

Il a pris une longue et profonde inspiration dont il était déserté. N'étant pas au fond à droite de la scène, n'avançant pas en diagonale, il se retrouverait quand même au-devant à droite. Téléporté des pieds. Lesté de son poids de mammifère antédiluvien et de moustique. C’était possible avec lui. Durant quelques minutes, son grand corps d’ours a avancé en diagonale. Gagnant du terrain sautillement après sautillement. À chaque pied posé, il se propulsait horizontalement, arrachant à la gravité de la scène son imposante masse. En haut de sa carcasse, une présence invisible plombait, épaules alourdies enroulées en dedans, qui s’affaissèrent, retenant à moitié les bras brinquebalants. Ah, cette fatigue, ce drôle d’épuisement. Basculements en avant de bilboquet...
Il dansait incréé.
L'oubli l'envahissait. Cette fatigue qu'il faudrait secouer comme des pellicules, ce poids qui contraint ses épaules, emprisonne ses bras brinquebalants. Personne ne l'a fait, ce petit saut, même pas lui, aucun ventre n'a entouré sa fragilité. Au-dessus, son visage incliné vide d’expressions. Un vertige intérieur l’accapare peut-être. Tout du long des bras qui se touchent il y a cette énergie qui dégringole, sauvage, intermittence d’électrochocs faisant tressauter les avant-bras, pinçant les épaules, convulsant le dos. Pulsion débridée à fond traversant les mains abandonnées. Colonies de fourmis africaines se tirant la bourre. Doigts qui tressaillent, gigotent, laissent s’enfuir des picotements. Phalanges se rétractant.
 Les jambes affolées martèlent encore. Épaisses, et pourtant elles repoussent le sol comme des plumes dans le vent, trépignent, concassent un rythme mat avec agilité.

Il n’y a ni musique ni silence.
Sa peau est apparue un jour hors de la contrainte de l'utérus, aucun air ne l'a comprimée. D'où la fluidité de son jeu de jambes. Alors il danse cette immense absence et c'est un petit peu énervant. Tout cet espace à habiter, hors limites, de mouvements incréés qui pèsent, surtout ceux des bras. Lourds, n'en font qu'à leur tête, coulés l'un à l'autre. Ils s'agitent hors de lui. Et s’il était tout entier dans son coude droit ? Envahi d’un flux tressaillant et acide comme un nerf touché par la roulette, flou qui dégringole tout du long, convulsant les poignets, qui s'échappe électrique par ses doigts gigotants.
Petite tête et grands pieds.
Tête inclinée, tête animée d'une petite bougeotte et pieds sautillants. Pieds balèzes. Piétinements tangeants. Appuis sur les orteils bien centrés, il sautille furieusement. Ça gratte. Dans son bide une bête bondit à intervalle régulier. Cette bougresse retient tous ses tendons entre ses dents, c'est sa marionnettiste interne. Sa mission ? La cohésion. Et de temps à autre, elle lâche un peu de mou. Elle danse à sa façon d’animal. À l’intérieur de lui, lui-même enveloppé d’une large couverture de peau. Aucun mur pour contenir sa peau frémissante et sa bête. Tout l’imposant corps de Pippo est possédé de vagues, certaines incontrôlables qui l’attaquent par le bas, agiles, déconcertantes. D’autres qui du crâne se propagent, aussi, et l’enfoncent dans une pesanteur mastodonte. Tout autant antinomiques qu’épileptiques, ces deux assauts se rejoignent au milieu des hanches, derrière le nombril, là où une masse viscérale pâteuse encaisse le choc des antipodes. Versatilité pointue des pieds allégés par la transe, écrasement limite entre les omoplates, et entre, caché par les plis de la veste, le ventre, trait d’union viscéral, là où s’annihile affaissement des épaules et tressaillement rageurs des jarrets.
Et s’il habitait tout entier derrière son foie ?
Même pas envie de s'évader. Il rêvera retrouver les instants où il avait la tête sur les épaules mais ils sont partis bien loin...Sans préavis...Vraiment agaçant. Ou c'est la caféine. Ou les moustiques énervés par le vent. Ou l'eczéma qui arrive. Où trouver ce tunnel qui le ferait naître. Faut-il le creuser de son crâne comme une taupe épileptique? Chacun de ses bonds cherche haut en l'air. Un tunnel, un boyau à sens unique qui l'aspirerait dans d'amples contractions. Par où la sortie ? D'où poussent ces gestes désarticulés de gorilles mastocs. C'est son trait d’union viscéral. Il n'en sortira jamais. Avec cette gravité qui le poussera vers quoi...Il a envie de rire des jambes et de pleurer des clavicules. Heureusement personne ne le voit. Il ne s'écoute pas lui-même, il en a marre, marre, l'exaspération le parcourt.
Et la tête, bougrement massive, animée d’une bougeotte incessante, initiant tous ces mouvements, détachée de cette fièvre, l’absente qui brinqueballe du chef… Et la tête qu’on pourrait couper pour voir, tellement ce corps bouge comme un canard décapité. Ce corps, n’est que nerfs. Nerfs sollicités à fond et sans but –gros tas de nerfs en vrac. Il danse l'air sur un sol poussiéreux qui le fait rebondir. Sa carcasse ricoche à la cadence de la pluie. Il est un cabri, il gambade dans la montagne. Il danse en n’accommodant pas ses yeux, le sol devient flou, se demander à chaque tressaillement à combien de mères sous cette scène, on arrivera à la terre ferme, le sol devient nuage, la nuit dégringole…
Devant, du noir, du rouge, invasion, déconnection, il avance malgré ses pieds, poussé dans un retranchement néant, ça marche tout seul, énervé, exaspéré, n’être que mou-ventre, mouvance, le mouvement à vif !





Saturday, February 14, 2009 

C’étaient les murs qui s'effondraient et l'air devenu du béton, c'était arrivé alors que ce n'était pas possible, cette vérité-là qui n'aurait jamais due m'arriver, à d'autres oui c'est déjà arrivé; déjà quand il s'agit d'eux, je ne m'en remettais pas mais alors moi, alors… Bien que dit, ça n'était pas possible, pourtant il y en a qui continueraient à déambuler, tous ces gens dehors, déambuler en regardant les vitrines. C'était noir sur blanc gravé sur la plaque translucide de la pellicule.

Bien qu'en l'entendant, je me disais que ça ne pouvait pas arriver. Pas m’arriver.

Tous ces gens dehors, et pourtant je viens de l'apprendre, alors que ça ne peut pas m'arriver, même si je le savais, je devais bien le savoir quand j'étais dans le noir, il devait bien y avoir une raison à ces petites fêlures, petites faiblesses, petits tremblements, ça n'arrivait pas comme ça. Ça fait partie du pire de ce qui puisse vous pendre au nez, à vous ; mais à moi ne peut pas.

Quand même. J'aurais dû m'en douter, le déceler, ne pas passer à côté.

Même il s'agit de choses invisibles et indolores,( elles ont des dents, c'est sûr), des choses fabriquées par moi, non pas par moi, par mon corps.
Comment démêler la fatigue normale de la langueur des cellules folles, est-ce que ça se sent, est-ce que tous les gens dehors, ceux qui déambulent et regardent les vitrines le savent ? Combien encore marcheront après moi? J'entends les voitures sur le boulevard, il y en a sans cesse, elles ne s'arrêtent jamais alors qu'elles auraient dû, les métros aussi, tout aurait dû stopper net en entendant ce qui n'est pas possible.
Mon corps n'est pas moi puisqu'il veut ma peau, mon corps est un étranger, je prends mon corps et à la poubelle. Eject. Ce n'est déjà plus mon monde, ces trottoirs, ces voitures, ces vitrines, je pourrais traverser sans faire gaffe au feu, puisque que c'est déjà fini alors que je respire de la pierre et je ne vois rien qui vaille, pourtant tous ces gens ont l'air d’être content - finalement.

Ça vaut la peine, visiblement, pour certains, pourtant, ça vaut la peine, faire ses courses c'est amusant, aller au café aussi, ça valait peut-être la peine, je ne le sais que maintenant, c'était une succession de petites choses banales comme le marché et le plaisir de choisir ses légumes, oui du fenouil, ça changera, trop tard pour changer, t'as pas mangé assez de légumes, dans le fond tu l'as bien cherché.
Ou une botte de carottes et un boeuf bourguignon aux petits oignons, c'était à savourer, comme le vent dans les branches, le crocus violet qui vient d'éclore, ça les enchante encore les gens de dehors, ceux qui portent leur sursis en bandoulière, le nez au vent.

Et pourtant, comme si le toit vient de s'effondrer, plus rien qui protège de la foudre, tout est effrité, rongé par les cellules avides, comme on dirait : tout ça pour ça !

Comme ça que ça vient, on l'apprend dans un fauteuil design, inoxydable, un fauteuil qui rouillera peut-être dans un siècle. Et si c'était dans la tête qu'on alimentait les minuscules hargneuses, cellules assoiffées de croissance, finalement c'est peut-être pas la faute du corps, si c'est les mauvaises pensées par exemple, je prends mon esprit et je le glisse dans la poubelle, eject… Et l’on est effondré pour celui qui le dit, tellement il fronce les sourcils, il s'inquiète, c'est flippant de faire flipper son docteur.

Qui après ira dehors, dehors sur le trottoir et marchera à côté des voitures qui ne s’arrêtent pas, rejoignant les autres qui déambulent, en souriant finalement même s'ils ne sourient pas extérieurement, déambulant vers toutes les choses possibles dont on peut rêver, allégrement.
Donc, certitudes mortes et je sais maintenant pourquoi mes ongles se dédoublaient tout le temps. Ça aurait pu aussi être une tornade aux Antilles, avec beaucoup d'autres, je veux dire une cause extérieure, il me semble que la tornade aurait été plus facile à avaler. Que cette chose que je n'avais pas envisagée. Pouvoir me concerner -moi.






Wednesday, November 19, 2008 

Samedi, Au Petit Pot, boulevard Bonne Nouvelle, les tables rondes se rapprochent, ceux qui ont envie de danser s’entassent. Entre les commandes, le garçon ronchonne :- Pour la musique, on est en mode dépression ? Au tableau noir, menu, os à moelle et pain grillé. On va bouger, avec comme thème du jour le déplacement, du point A - porte Saint Denis au point B -Micadanse. Expérimenter la basket légère ce que c’est que de traîner, de déambuler voir d’errer. À deux. Y aller ne sachant pas où. Le corps en véhicule sans GPS. Au programme aussi, une expérience de trajet en aveugle.

Décollage du point A. Faubourg effervescent de passants, une nuée agitée de pigeons déboule au-dessus des têtes. Visage droit de celui qui cache ses mains dans les poches de son caban, gueule penchée de celui au dos courbé qui étreint sa canette, museau pointu de celle qui zigzague. Crachant un commentaire à chaque passant et sur moi qui titube les yeux fermés, guidée par une comparse, un :- On n’est pas à Lourdes, ici ! bien senti. Avancer paupières closes, écouter la ville dans le noir. Dérangeant. Ça ralentit bien l’allure jusqu’à ce que j’ouvre les yeux. Les sons s’adoucissent.

Pas vifs jusqu’au passage, on débouche sur un long couloir calme, ralentissement encore, entrer, passer le seuil de ce lieu parenthèse, trois hommes assis concentrés sur leurs jeux de cartes, en ombre chinoise au loin une silhouette s’efface. Verrière semi-translucide en couvercle qui laisse filtrer une lumière opalescente. Étalages de maniocs et d’ignames, parfums de curry et de paprika, flottement. Tout le lieu enrobé d’une vibration en dehors du temps, entre des vitrines de breloques indiennes et les devantures de variétés asiatiques. Resto paki muré, immense tête du mort peinte sur les briques, c’est écrit rénovation immeuble en péril.À la sortie du Brady, il est conseillé de ré-enfiler son corps bunker. Ainsi, nous traversons le boulevard vibrionnant, les feuilles mortes s’échappent au passage des bagnoles, jusqu’au deuxième passage,   sans ombre qui vive sur les pavés usés, cour carrée graffitée. Promesse de carnaval à prévoir avec les costumes de théâtre multicolores derrière une grille fermée.

Succession d’affiches : extensions en promotion, de mèches colorées en veux-tu, en voilà. Ribambelle de salons de coiffures pleins à craquer, des noires attendent sur des chaises en Skaï pour se faire faire des tresses, bavardages et rires, des manucures asiatiques enchaînent la mise en couleur d’ongles géants en traçant de délicats dessins, des paysages paradisiaques intégrants palmiers et quelques dragons contrariés crachant toute l’absurdité de n’être que des enjoliveurs miniaturés. On part rôder vers le marché. Un seul cri fait vibrer la rue : -Banane un euro le kilO ! avec un long O qui flotte jusqu'au gris bouché du ciel, lancinance filante. Un autre vendeur, celui d'en face, balance sa mélopée concernant les clémentines et se terminant aussi par un O interminable, le refrain banane surenchérit vaillamment, les clémentines contrent, échO de kilos au-dessus des papayes, grenades, et caramboles.

On coupe par le Sentier et ses boutiques de souliers moches. Fissa, pas lassées, nous fendons l’air froid de la rue des Archives pour retrouver le point B. Relaxation pour sentir nos os, le froid du squelette. Toucher le dur blindage de l’intérieur.

Tisser le fil de l’impro, avec deux trajets et trois images tirés de nos déplacements. Je me souviens de l’enragée qui piétinait une boîte de carton vide. À coups redoublés, elle a tenté d'aplanir la carcasse de cellulose, de le compresser en surface aplatie qui pourrait enfin être engloutie dans une grande poubelle jaune. À peine écrabouillé, le carton se détend, un angle incongru, se déplie, ça crisse, pourrait aller jusqu’au cube, se rétracte. Juste un volume émergeant qui tente de reprendre forme et qui se fait ratatiner la minute suivante, dans un gémissement exaspéré. Résistance de l’objet, combat. Soubresauts de cellulose. Enfin, raplapla le carton.

Pourquoi ne pas étirer chacun de mes mouvements comme un chewing-gum bien malaxé, comme un O longuement déclamé ?



Friday, November 07, 2008 
Acte 1.Vendredi. Au pied des rosaces, la nuit s’est posée.

Un groupe, une recherche en danse improvisation autour de la ville, on se retrouve non loin de la Seine dans le 4ème. Le postulat est posé : il y a le corps du dehors, et celui du dedans. Le premier entre directement en contact avec les différents espaces qui composent le mille-feuille de Paris. Et le corps du dedans, comment réagit-il, que perçoit-t-il ? Pendant ce stage de 3 jours, se demander comment la ville traverse nos corps. Il paraît qu’on se jette dès ce soir dans la fosse aux lions : improvisation en extérieur sous la lune. Je balise, peur d’être ridicule à gesticuler devant des inconnus. En attendant, essayons de se concentrer sur ce qui m’attrape la barbaque quand je déambule le nez à l’air dans cet antre de béton et de goudron. Ce qui influence ma peau, ce qui joue sur mes muscles, ce qui résonne dans les os.
On part en relaxation, (c’est le corps du dedans qui s’y retrouve). Bonjour tas de moi.
- Ça y est, vous vous habitez mieux ?

Alors, on y va. Bouche cousue pour mieux ouvrir ses yeux.
On part dehors, brouhaha des voitures, vent rapiécé dans la rue étroite, en file indienne sur trottoir qui n'en mène pas large, pont squatté par un prophète agité et son tandem calligraphié, néons rouges qui piquent les yeux. On longe un jardin clos, on défile sous des gargouilles grinçantes.  On s’extirpe du gris de la rue pour s’éparpiller sur l’obscur parvis. Je la connais, cette façade de pierres blanches, dentelée, ornée, illuminée avec sa rosace géante. Cet œil étincelant de cyclope toise les fourmis qui débarquent. On a sacrément rapetissé pendant la promenade, et bien, soyons en fort aise ! Dansons maintenant.

(Peux pas -à cause de mes sacs. Pose les là. – À cause des gens. Oublie les.) Et lance toi parmi les touristes éparpillés, décolle, ouvre un passage à tes élans. Sinueuses et mouvantes, des silhouettes se découpent en contre-jour, une main serpente à l’aplomb du portail, l’un court en spirale, d’autres s’agrippent. Ça tourbillonne sous les deux tours. Des entremêlements se défont, les pièces de l’échiquier permutent. Sous les gros manteaux, les colonnes vertébrales tentent la verticale, les sternums se défroissent, les bosses s’effacent, un tremblement de bras descend le long de la jambe, la jambe ébauche un saut, le pied part en glissade. En commun, ce soulagement léger à rester pas trop loin. Les uns des autres. Comme un essaim de moineaux. –C’est quoi le nom de votre danse ? Quelques badauds s’arrêtent, regardent et oublient le monument.Un rythme balance sur le banc, alternativement une s’assoie et celles qui l’entourent se lèvent brusquement. Entre les gants de laine et les bonnets bien enfoncés, de petits bouts de peau sentent l’air friquet et impulsent de nouvelles figures. J’oscille de-ci de-la, entre deux tortillements engoncés, une main, la droite, tremble, décolle et s’envole jusqu’à la rosace. 
Tuesday, September 30, 2008 
Juste avant, le mieux c'est de marcher, bouger, s'oxygéner la chair et le bocal, rapport au fait que ça peut surchauffer là-haut, avec pour conséquences : embrouillaminis, hoquetements et jacasseries. Avant toute pratique assise, forcément, c'est  une condition athlétique, qu'il faudrait dans l'idéal. Et un endroit, où se poser, se caler les reins avant de déverser...
Ce n'est pas un lieu précis qui me vient en tête. Peut-être ce café près du boulevard Montparnasse qui fait l'angle avec Raspail, avec sa belle et vaste baie vitrée qui déverse sa lumière sur la droite. La banquette bordeaux où je me calle bien, c'était l'après midi, peu de monde, une conversation rythmée entre un réalisateur de documentaire et une monteuse. C'était de bon augure ces gens qui tchatchent d'un projet en train de prendre forme. Je tapotais vaguement sur un petit clavier. Ça m'était arrivé d'écrire sur une table style napoléon 3, mais ça ne va plus, elle est derrière une porte, endroit tassé trop encaissé.
Écrire, quelque soit l'endroit, c’est ronger le mur des idées toutes faites, du moins tenter de le faire, le tenter inlassablement. Par exemple récemment, j'ai rempli au stylo bic un carnet vert de notes, une série de flashs qui remontaient en flot, des grosses bulles qui explosaient en pagaille. Je n'ai rien pu relire, pas encore. Mais quelle panique le jour où je n'ai plus mis la main sur le carnet, qu'est ce que je me suis houspillée.
N'écrire que sur un clavier, gigotage des doigts pour aligner des petites briques avec une régularité compacte. Il faut savoir que ma graphie n'a plus de forme. Au stylo, ou même au feutre dansant, la moitié des lettres est dessinée rondes et reliées, l’autre moitié en petites capitales anguleuses. J'ai perdu la manière de tracer les dessins, je remplis les feuilles blanches à rabord, du haut en bas et de droite à gauche, même pas de marge. Tassé à bloc, trop. Barrer un mot d'un trait noir bien appuyé, c'est agréable, mais au final il reste des griffonnages informes, des lignes entassées et la sueur visible à l'oeil nu.
Alors que j'imaginerai bien le Texte, arrivant tout de suite sous une forme finie, aérée, tendant à l'épure. Existant formellement hors tout contexte. Aux orties les brouillons. Le rêve : ne pas passer par  l'étape premier jet, zapper le labeur, les repentirs et les reprises. Tombant beau, bien centré dans le rectangle apaisant de l'écran, le Texte rentrerait tout de suite dans le rang, un beau tombé sur la page comme sortant du pressing, un côté impeccablement défroissé.
L'écran, le clavier, c'est dû aussi à mon problème de bras droit qu'il faut économiser. Écrire des deux mains, c’est un vrai plaisir. Le moment plaisant, c’est l’utilisation de la fonction copié-collé qui permet tant, qui permet d'en rajouter des bonnes couches à peu de frais, d'amasser  du signe à bon compte, de varier à loisir et sans effort, de remplir en veux-tu-en-voilà de mots surgissant de la surface du néant, se projetant à la surface. Nets. Sans dessins patauds et les angles déployés.
L'indispensable pour soutenir l'effort, c'est du chaud comme : une boisson brûlante, un pull douillet ou mieux un cardigan, les pieds emmitouflés. Et du vide infini comme : une vue, un horizon à balayer du regard pour s'extirper du rectangle écrit, un bout de ciel qui traîne, des nuages qui bougent avec du vent qui ouvre, une largeur infinie, et non pas encadrée. Les yeux là dans le ciel, je me rappelle des effilochages, d'inlassables obsessions qui rongent la matière grise.
 
Le moment de se mettre à table est venu. Se rappeler que tu peux écrire, c’est-à-dire moi, oui, c'est possible que tu le fasses et ça l’étonne à chaque mot, se donner le droit, sauter dans le vide, après la majuscule aligner les phrases, allonger les lignes, superposer les paragraphes, accumuler le grisé des pages. Jeter des mots à foison, écran après écran. Le mieux c'est peut-être de marcher avant de bouger de se dépenser, que la cage thoracique soit libre, on en revient là, aux os.
 
Comme d'inlassables grignotements d'un rongeur piégé dans l'épaisseur d'un murmure épais, l'écriture hoquette, houspille, racle et ausculte dedans, aveugle au présent comme un poisson surgissant de la surface du lac, se propulse dans l'air sans poumons. Les nageoires déployées dans l'air, brassant l’air.

Installée presque immobile mais aussi poisson volant, je m’élargis, j'étale les coudes sur la table au lieu de les recroqueviller, contre ma tendance au tassement et à la fermeture. Les épaules ne remontent en crochet jusqu'aux oreilles, les mains allongées sur le clavier, l'air qui passe dans le nez jusqu’au ventre, tout le corps bougeotte petitement, la paralysie s’éloigne. Alors le mouvement de peu des yeux, le tapotis des mains, les micro-agitations des articulations compensent le remue-méninges inlassable de la soupe du dedans.

K1000
 

 
Sunday, August 24, 2008 
Imagine, on aurait besoin de silence. Ça serait le jour alors qu'on est la nuit. C'est éloigné du pont vieux et pentu où avancent les divas escargot. Leurs visages émergent de la pierre, elles dansent au delà des bercements des branches, au dessus des taches argentées agitées de la rivière, au dessus des poissons. Imagine derrière le chemin sinueux et les amandiers du Rougier, derrière la tente et les noisetiers du terrain incliné. Tu suis les cailloux derrière les ronces, les mures et les gros chardons violets, tu passes les fils électriques. Aille !
Ils gardent les chaumes et tu n'es pas rendu.
Les mouches, harassantes, les jappements transforment l'air en havre de guerre. J'ai vu les canyons de ce rouge indéfini entre ocre et lie de vin, l'herbe verte et les graminées blanches. Et des éoliennes sur une crête.
Sous les huées des mouches et la méfiance du chat ça vente à tout va.
Passe derrière le lit sec du ruisseau à l'humérus, jusqu'au bout du chemin des temps incertains. Il faudra aussi enjamber le gros arbre mort, celui qui ne se rend pas compte qu'il l'est, mort. ( Là, tu peux pas comprendre, c'est pas de l'intellect, c'est du sensitif ). Reprenons, regarde, la surface inclinée, l'étirement du mollet et le bleu brulant du ciel. Peut importe le vent, pourvu qu'on ait la délicatesse. Là-bas, ici, tu traces, sur tes rotules, face à la pente, tu fais une belle dégringo-rigolade.
Imagine que ça se passe la nuit alors qu'on est le jour. Ce n'est pas pour l'errant que tu es devenu rien. Ralentir merci. Et là bas, tout était noir, avec des cris de busards, comme c'est busard...Le poids de ton pas s'allège. Tu ne t'es pas vautré, chouette !
Accroche-toi, même si ça déconcerte. Découverte du ruisseau et de ses ricochets immobiles. Plus loin, plus jamais, trop tard monte de la terre l'odeur d'herbe coupée. Désaccordés les grillons languissent à la belle étoile. Sous tes semelles les pierres s'entrechoquent, au dessus c'est un planétarium en vrai, en vrai.
Derrière les volets verrouillés les errants de la nuit restent tapis.
Comment dire ?
Peut-être que les yeux s'accommoderont du noir pour que le corps ne se pète pas la gueule.
Alors le sentier à bras le corps tu ramènes ta fraise dans les baies rouges.
Sait-on jamais, si c'est un clair de lune aux trois quarts, si tu écarquilles les yeux, tu découvriras, tu découvriras à coup sur, sur les aplats accidentés, l'obscur.
Là tout sera noir, immobile, silencieux. J'y avais vu une lueur vacillante la veille, alors que j'en avais plein les jambes. Alors que c'est vide, abandonné, juré. Ralentir jusqu'à l'immobilité, merci. Volets verrouillés, porte vitrée sans reflets, c'est l'endroit où il ne faut pas rester.
Ne pas rester à côté, à côté de la maison dans la nuit. Celle là même, la maison que l'on dit: hantée.
Monday, December 10, 2007 
Désormais, c'est dans une amap que j'achète mes légumineuses. Une amap ? C'est une association où l'on adhère auprès d'un agriculteur du coin ( moins de transport et de CO2), on s'abonne pour avoir un panier de légumes sans pesticides cancérigènes chaque semaine. Jeudi en allant chercher mon panier de carottes, d'oignons, d'épinard et de panais, je vivais une expérience totalement exotiques : les légumes poussent dans la terre ! Pas comme chez Attack-les-prix où ils sont nickel chrome dehors et truffés de chimie dedans. Je n'ai plus l'habitude des légumes englués dans la terre. À laver et à relaver. Même parfois, il y a des petits insectes qui galopent dedans. C'est dingue, les légumes sont des trucs vivants, ils viennent d'un endroit sans bitume, songeai-je les mains gercées sous le robinet.
Le mot carotte, quand est-il apparut pour la première fois ? En 1393, c'était garroite, empreinté au latin carota lui-même cloné grec karôton, qui est l'un des deux noms de la carotte. Mais quel est l'autre ? C'est staphulinos, dérivé de raisin, peut être apparenté à kara, qui veut dire tête ; et tenez-vous bien, de là, chère. Avant le XXIe siècle, bien avant, on disait faire bonne ou mauvaise chère à quelqu'un, c'est à dire lui faire un bon ou mauvais accueil. De cette idée, on est passé au repas, favorisé par l'homonymie de chair (nourriture, viande). D'où est resté l'expression faire bonne chair. Alors que certains font bonne chaire à Kadhafi alors qu'il faudrait lui faire mauvaise chère. Overdose de carottes qui sont censés rendrent aimables ? À quand Bush à l'Élysée en grandes pompes pour lui fourguer notre came nucléaire ?
Cet hiver c'est la fête à la carotte, cet humble légume qui dans des temps pas si éloignés était réservé aux gueux. Ceux qui frimaient avec un De avant leur nom, les nobles, s'étant réservés la meilleure part du gâteau, les légumes qui poussent hors de la terre. L'indigne, le crade, le en dessous étant généreusement laissé en pitance aux bouseux mes ancêtres. Pourquoi donc est-ce la fête à la carotte ? -Parce que c'est la meilleure alternative au bâton, dit l'âne qui n'est pas bête, contrairement à l'Élysée.

Avez-vous déjà essayé de faire avancer un âne, même pas bâté ?
Alors qu'avec une carotte dans la main gauche et une matraque dans la droite, tout devient possible. Le mieux étant de lui mettre le légume orange sous les narines et la faire reculer au fur et à mesure que le bourrin avance pour essayer de la croquer. « La carotte ou le bâton » c'est une métaphore, et je kiffe grave ma race, avec les métaphores. Les métaphores sont ma carotte ultime. Je leur fais bonne chère. Je leur mitonne des bons petits plats. Croquants, craquants et rissolés où je ressuscite le panais de mon amap, plante herbacée à racine charnue, appartenant à la famille des Apiacées (Ombellifères), qui fut autrefois très cultivé comme légume et comme plante fourragère pour les ânes et les mules. Ses racines peuvent passer l'hiver en terre, ce qui accroît leur goût sucré lorsqu'il gèle. Le problème c'est qu'on a des hivers sans gels et que du coup, cette année, les mulots pullulent car ils n'ont pas gelés l'hiver dernier. Le désert se rapproche. Où est passée la neige à Noêl ? Faut-il remplacer le sapin feuillu par un palmier ? Et pour le climat, les carottes sont-elles vraiment cuites ?
Friday, December 07, 2007 
Comparons attentivement le jeu de jambes de the Clash et celui des danseurs zoulous. Comparons leurs façons de bouger le genou, l'articulation avec laquelle on tient le bon bout, la mécanique osseuse qui par-delà la jambe et jusqu'au pied, permet au corps de tenir debout.

Le genou ext le centre de la jambe, comme l'auvergne celui de la France. Il en vu d'autres, combien de chute déjà, avant de savoir aligner un pied devant l'autre sans y penser ? De combien de croûtes s'est-il orné, comme des parures abruptes aux beaux rouges qui varient ? Combien de marches a-t-il raté, combien de coups a-t-il encaissé ? Il appartient à une famille d'exception. Le hibou n'a pas de genoux, les cailloux le font soubresauter, il se plie pour cueillir les choux, ses seuls bijoux sont les pansements et le mercurochrome. Le genou a la tête dure, la peau sur les os. C'est un galeux, un dur à cuire. Comme mon groupe favori.

Comment the Clash bouge sur ses 8 pieds ? Mick Jones en appui sur la jambe droite et scande le rythme de la gauche, ou il sautille épileptiquement d'un pied sur l'autre, se tortille les genoux en dedans. Tout mécaniquement. Le speedy
Joe Strummer donne de grands coups de pieds rageurs sur la scène qui ne lui a rien fait. Les Dock Martens écartés parallèles se balançant de gauche à droite le flegmatique Paul Simonon fait le grand écart, ou presque, genoux en dedans. Avance de trois pas, recule, frappe du talon. Sautille, swing rock. C'est donc un appel sauvage au pogo, totalement ! Sauter zébulon comme un parkinsonien sans neuroleptiques et retomber abruptement sur le béton, sans amorti. ( Le batteur, no comment). J'ai pogé à Londres en 78 en buvant de la bière, j'ai vu the Clash en concert au Stadium dans le 13ème, et je sais que quand ils sont venus jouer au Zénith pour un concert organisé par la LCR, car c'étaient aussi des communistes, les autonomes sont entrés chercher des noises au service d'ordre de la ligue et ça a bastonné pendant tout le concert.

Pieds nus sur la terre. Comment le zoulou bouge ses tiges, quand il danse ? Il trace ramassé. Se meut jambes fléchies, presque assis. En suspension et rotules à 90°. Il lève haut le pied pour scander. Toute l'énergie du mouvement part de la hanche. Sa jambe droite, il la jette en avant, elle siffle dans l'air passe derrière l'oreille. Déplie explosivement le genou, d'un balancement tend la jambe, le pied loin. L'autre jambe vole. Les pieds impulsent la direction où se précipiter. Ça bascule, ça fouette l'air, tombe, roulade arrière, et hop ! Il saute sur ses pieds en une vague et se relève.
Donc les zoulous sont évidemment plus souples et beaucoup plus scandés que the Clash, plus punk rock en essence. Ils gagnent le match par KO. La prochaine fois, comme j'ai tâté de la boxe aussi de mes petits poings rageurs, j'analyserai en trois rounds le jeu de jambe de Mohamed. The fly. Ali.
Moralité : plus on pogote fort, moins on croit au futur.


PS.
Pour celles et ceux qui se demandent quelle est la ligne de basse de Should I Stay Or Should I Go, la voici :
w w w w e q e e e e e e e+H e q e e e e e e e+H
G:------|---|---|---|---------------|-------|---------------|-------|
D:-4:---|---|---|---|---------------|-------|---------------|-------|
A:-4:-R-|-R-|-R-|-R-|-R-5-5-----2-3-|-5-R---|-R-5-5-----2-3-|-5-R---|
E:------|---|---|---|-------3-3-----|-------|-------3-3-----|-------|
Friday, November 30, 2007 
Fin novembre, sur l'autoroute Cap sur Saint Priest des Champs. L'Auvergne, c'est loin, désert, plouc. 130 Km/h. En lettres rouges vif, majuscules et clignotantes au-dessus de ma tête Salage en cours, prudence.C'est ce que je lis sur l'autoroute derrière la vitre avant parsemée de crachins, un des patins de l'essuie-glace n'adhère pas, le crachoti du lave vitre est faiblard.
J'ai une petite raclette verte bi-face blanche et noire. S'il neige, s'il vente, s'il gèle…Je prends de l'altitude. L'Auvergne, ça grimpe. Mood volcan éteint.

La musique d'ambiance de mon carrosse 406, c'est le Freak, c'est chic. Le Freak, ta-ta-ta-ta-ta...c'est chic. Riff de basse mortel qui sent l'été et le soleil, méga truc qui donne une irrésistible envie de se lever et d'aller à la plage. Le riff absolu, toujours imité, jamais égalé. Ça rend la route belle. Nuages blancs qui fait mal aux yeux et gris amoncelés à l'horizon.

Je ne croise aucun saleur. C'est du bluff cette annonce. Salage à l'horizon, prudence Grosse anguille grisonnante et plate, l'autoroute descend, puis remonte, le soleil en revers m'aveugle. J'ai la rate au cours bouillon. L'auto rentre dans un coton flou qui s'étend partout. Visibilité nulle, feux à fond, n'y voire toujours goutte.
Même pas les feux arrière du pékin précédent. Salage en cours, prudence. Le Freak, c'est chic, encore et encore. Avant je croyais que la chanson s'appelait le fric, c'est chic, ou l'Afrique c'est chic. Mais c'est quand j'étais à chaise. Enfin non, quand j'étais HS. HS est une expression que j'ai compris la semaine dernière, j'entendais « à chaise ».
Genre : -flûte, mon ordi est à chaise.
Ou
-Saperlipopette, mon baladeur est à chaise.
Et je pensai, quelle curieuse expression, à chaise, pour dire que c'est cassé-broken, mais le français réserve tant de surprises !


Par exemple, expression d'autoroute: salage à l'horizon, prudence. En lettres rouges à peine nettes dans l'enveloppement de nuages qui envahit l'espace. Bouillie de bruine et brouillard blanc sur le plateau de l'Auvergne. 90km/h. Merde où est passé Saint Gervais d'Auvergne ? À chaise, Saint Gervais ? Mais comment font les gens pour vivre ici toute l'année ?
Je décélère. Redécouvrir les années 80 avec les oreilles : Tou-tou-toute première fois, partenaire particulier, c'est la ouate, tu le sais bien le temps passe et ce n'est rien, Marcia Bailla. Une orchestration à base de boîte à musique gigotante et trépidante. Ca rend la route swingante. Le panneau passe, je trouve la voie, les vaches, les volcans émergent de la brume. Potée aux choux et air pur. Salage en cours, montée en progression, mélodies en fête…
Le trajet fini, la retraite au centre du monde pouvait commencer.