Status: Single
State: Ile-de-France
Country: FR
Signup Date: 7/5/2007
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November 25, 2009 - Wednesday
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23 novembre 2009
C’était un jour d’été,
devant le théâtre de l’Empire, rue de Wagram, il y a pas mal d’années
maintenant. Je sortais de l’enregistrement d’un magazine culturel de la télé
(le Cercle de Minuit ?). J’avais partagé le plateau avec des acteurs et
actrices montants du cinéma français dit d’auteur, devenus notoires depuis.
Tout au plaisir de faire leur connaissance et afin de prolonger cette
rencontre, je leur ai proposé de boire un verre à une terrasse. Nous nous sommes
assis. Ils ont commencé à discuter entre eux de leur métier sans prêter aucune
attention à ma personne. Au bout d’une demi-heure passée à les écouter, ils se
sont levés, m’ont serré distraitement la main et se sont éclipsés sans m’avoir
adressé une parole. Ils n’affichaient aucun mépris, juste de l’indifférence.
J’aurais pu être le garçon qui les servait, c’était pareil. Je n’étais pas de
leur monde.
Quand j’ai vu pour la
première fois LE GOÛT DES AUTRES au cinéma, j’en ai presque pleuré dans la
salle tellement ce film pointait avec justesse le même point sensible.
Castella, le personnage central, a priori petit patron antipathique et risible,
se retrouve touché par la grâce d’une comédienne lors d’une représentation de
Bérénice à laquelle il assiste contraint et forcé (il est venu y voir jouer sa
nièce). Il n’a de cesse alors de vouloir se faire accepter par une élite
intellectuelle où son naturel balourd est sujet à moquerie. L’albatros de
Baudelaire n’est plus le poète sur le pont du navire, mais le pauvre gars,
cible d’un aréopage distingué qui se gausse dès qu’il approche.
Tout cela m’est revenu
après certaines remarques au sujet de mes premières parties de Calogero. Pour
quelques esprits peinés, il était indigne que je me produise avant lui. C’était
un peu de la confiture aux cochons. Si l’on estime – et je n’ai pas cette
fatuité - que mes chansons sont de qualité supérieure, pour quelles bonnes
raisons faudrait-il en priver un public qui ne les a jamais entendues ou si
peu ? Pourquoi devrait-il se contenter seulement de ce qu’il
connaît ? Pourquoi refuserais-je de chanter devant un tel public ? ....
En me produisant dans
ces Zéniths, je ne fais rien de plus que mon métier. J’offre mes chansons à des
inconnus qui ne se seraient jamais déplacés pour me voir. Ils me jugent comme
bon leur semble. Il y a un nombre important de spectateurs qui doivent regarder
leur montre, impatients que je finisse mon set. L’indifférence n’est pas
l’exclusivité des snobs. Mais dans la foule il y a aussi des Castella et des curieux
qui, venus applaudir leur chanteur favori, en découvrent un autre, différent,
qui va les emmener là où ils ne s’attendaient pas à aller. C’est comme ça que
les choses se font. Moi-même j’ignorais en achetant à 13 ans mon premier 45
tours de Johnny Hallyday que, de surprises en détours, je deviendrais un punk
rigolard, un chanteur à textes puis – avec une fierté mâtinée de gêne - un
auteur étudié dans les écoles.
L’échelle des valeurs a
des barreaux mobiles. Il y aura toujours quelqu’un au-dessus ou en dessous des
critères de chacun. Un jour d’été, je suis Castella, un jour d’automne, je suis
Bérénice.
PS : mon disque du
moment est COCKTAIL MOLOTOV et ce n’est pas une nouveauté – il a dû sortir l’an
passé. Édité par le label Le Son Du Maquis, il se présente comme une bande-son
de Mai 1968 avec musiques et extraits de commentaires radio d’époque. Un double
album drôle et instructif. Entre Gong et Jacqueline Taïeb, on y apprend entre
autres la recette du cocktail Molotov, ce qui peut toujours (re)servir.
Ps 2 : La Blanche
vient de sortir IMBÉCILE HEUREUX, un album triste et drôle qui fait du bien où
ça fait mal et vice versa. Ils joueront le 30 novembre et le 1er
décembre à l’Européen.
http://www.myspace.com/lablanche
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November 2, 2009 - Monday
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Jeudi 29 octobre 2009
Savez-vous que l’avenir
de 99 % des films au cinéma se joue à la séance de 14h, le jour de leur
sortie ? Si un film ne remplit pas immédiatement les salles, il est
euthanasié pour laisser le passage au tombereau d’images de la semaine
suivante.
On n’en est pas encore
là en musique, mais on s’y achemine. La cadence de production est soutenue. Il
n’y a jamais autant eu de choix, il faut bien faire un tri. Je compatis alors
au trop-plein de sollicitations des chroniqueurs et des programmateurs, obligés
d’user de vils subterfuges pour se soustraire aux relances d’attachées de
presse opiniâtres. Mais faudrait pas déconner.
ARGUMENTS SPÉCIEUX A
L’ENCONTRE DE « PANORAMA » ET LEURS RIPOSTES TACTIQUES :
« PANORAMA est un
BEST OF.
- C’est plus un
autoportrait musical qu’un BEST OF. D’ailleurs J’AIME UN PAYS, ALLONS À LA
CAMPAGNE, PARTOUT C’EST LA MERDE, TINY TINTO, MACHINE À LAVER*, MA VIE C’EST DU
CINÉMA*, etc… en sont absents.
- Oui, mais c’est une
compilation quand même. Je ne chronique pas les compilations.
- C’est une relecture
rafraîchissante de chansons connues et méconnues. Pour le public qui suit Kent,
c’est l’occasion de retrouvailles originales et pour ceux qui le découvrent,
elles représentent ce qu’il est aujourd’hui.
- Il n’y a pas assez
d’inédits.
- Si l’on remasterisait
les Beatles, par exemple, juste pour tirer profit de leur fonds de catalogue,
on ne pourrait qu’approuver la réticence des magazines honnêtes à devoir en
parler. De même si l’on sortait une compilation du défunt Michael Jackson,
l’exploitation pourrait outrer les journalistes scrupuleux. Heureusement on
n’en est pas là. Par contre réinterpréter entièrement des chansons, pour
certaines oubliées, les chanter en duo, en proposer des nouvelles afin d’offrir
une vision panoramique d’un répertoire, la question n’est pas de savoir si cela
est inédit au sens étymologique, c’est d’en comprendre la démarche et
d’apprécier le résultat. L’avez-vous écouté ?
- Non, mais… Kent, je
connais. Je l’ai vu en 1992 au Café de la Danse.
(ou bien)
- Je l’ai vu avec
Starshooter en 1978.
(ou bien encore)
- Trop branché pour ma
radio.
- Trop mainstream pour
ma revue.
Ces deux dernières
remarques me suivent depuis le premier 45 tours de Starshooter comme une ombre
entre deux chaises. Choisis ton camp, chéri. Les générations passent, les
chapelles restent, l’ouverture d’esprit est remise à la Saint-Thiéfaine.
L’argument massue des gardiens de temple est qu’ils donnent à leurs lecteurs,
auditeurs, téléspectateurs ce qu’ils attendent. Or chaque année une exception
vient mettre à mal ce principe et l’année suivante, l’exception devient une
recette.
Tandis que des meneurs
d’opinion décident de ma légitimité, la chanson PANORAMA grignote les ondes
radios par la bande, la tournée s’étoffe et l’album a dû être repressé pour
satisfaire la demande des disquaires.
Ô sacro-saint public,
vaste Mer des Sargasses, où les Conquistadors s’engluent à trop vouloir te
plaire et finissent laboureurs de varech, viens, je t’attends dans mon
panorama, le regard vierge et les mains nues !
* titres de Starshooter
PS 1 : vu Rodolphe
Burger en concert-dessins à la Fondation Cartier. Il jouait avec son groupe,
Dupuy et Berberian dessinaient sur sa musique. C’était fabuleux.
PS 2 : vous l’aurez oublié
demain, mais il est bon de le savoir.
La plateforme d’écoute
en ligne Deezer, qui vient de lever 6,5 Millions d’Euros auprès de fonds
d’investissement (AGF Private Equity et CM-CIC Capital Privé) séduit le milieu
financier. En revanche, la faible rémunération* des artistes sur ces écoutes et
l’opacité des accords signés entre Deezer et certaines majors font grincer des
dents de nombreux acteurs dans la filière musicale. (source IRMA)
*0,001centime d’Euro
par écoute (ndla)
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October 12, 2009 - Monday
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SAMEDI 02 MAI
10h30.
Rendez-vous rue d’Hauteville avec Sylvain Gripoix pour la séance photos de
l’album. Je travaille avec Sylvain depuis BIENVENUE AU CLUB. Nous nous
entendons très bien. J’apprécie ses talents de photographe, mais aussi de
graphiste. Nous nous sommes vus mardi dernier pour parler de la pochette. Je
souhaite un portrait en studio, plan serré, fond noir. Je pars le 4 mai à
Berlin pour deux mois. Nous devons et nous pouvons faire les photos avant mon
départ, ce qui permettra d’avoir du temps pour soigner la maquette.
©Benoit
Brayer
Je
prends la pause et me plie de bonne grâce aux fantaisies de Sylvain. Le
contexte est plutôt reposant. Ça nous change de la séance pour L’HOMME DE MARS
au Museumotel, dans les Vosges, en plein hiver, -10° dehors.
MERCREDI 01 JUILLET
Je
suis rentré de Berlin hier soir. Durant deux mois, j’ai vécu une autre vie loin
du PANORAMA, fréquenté d’autres gens, pris de la distance sur ma vie, mon
œuvre, etc… Un mois de plus et j’enregistrais un disque en allemand avec
Corinne Douarre. Je déconne. Quoique… À Berlin, je n’ai écouté que deux fois
les titres de PANORAMA. J’avais envie d’oublier les chansons pour mieux les
retrouver. J’ai passé plus de temps à suivre par Internet l’élaboration de la
pochette. Sylvain travaille en parallèle sur deux maquettes : le portrait
sur fond noir et le « profil blanc », proposition inattendue, très
forte, totalement à l’opposé de l’idée de départ. Ce profil me plait beaucoup
et je ne suis pas le seul.
Aujourd’hui
je répète PAROLES D’HOMME avec Agnès Jaoui. On s’est raté à Berlin. Elle y
faisait un aller-retour hier, alors que je rentrais sur Paris. Pareil avec
Suzanne Vega dont j’attends toujours la voix. Elle joue le 5 juillet dans la
capitale allemande. À quelques jours près, on aurait pu s’enregistrer ensemble
dans le studio de mon ami Marc Haussmann. JEUDI 02 JUILLET ©Bertrand
Fresel
Dernier jour de
prises au studio Plus XXX. La journée est réservée essentiellement à Dominique
A et la chanson JE SUIS UN KILOMÈTRE. Dominique est venu avec sa guitare et des
CDs d’arrangements concoctés chez lui. Malheureusement nous découvrons avec
surprise que la plupart des fichiers n’ont pas été gravés sur les CDs.
Dominique nous explique que son enregistreur numérique a rendu l’âme en
surchauffant durant la manipulation. Pas grave. Nous avons dans le studio tout
ce qu’il faut pour rattraper le coup. Notamment le bon vieux Chamberlin de
David Bowie qui séduit quiconque joue une seule note sur son clavier. De… de…
David Bowie ?!? Voui. Lorsqu’en 1976 David Bowie débarque au studio
d’Hérouville pour enregistrer avec Iggy Pop, il a aussi apporté avec lui le
vénérable Chamberlin qui résonne sur sa trilogie berlinoise – Berlin, one more
time. Il est reparti sans. Des années plus tard, le jeune Bertrand Fresel en a
fait l’acquisition et c’est ainsi qu’on peut l’entendre dérouler ses volutes
sonores d’un autre temps sur mes derniers disques. Évidemment Dominique A tombe
aussitôt sous le charme du vieil appareil. On fait des prises au Chamberlain,
au piano et à la guitare. L’ampli Fender vintage que nous utilisons va lui
aussi cramer en plein vol. Ajouter à cela le scooter de Jil Caplan qui vient de
tomber en panne en crachant des flammes, on se demande tous, inquiets, si
Dominique ne serait pas un suppôt de Satan ! Nous finissons par les voix.
C’est du nanan.
J’ai laissé à
Dominique A la liberté d’arranger JE SUIS UN KILOMÈTRE comme bon lui semble.
J’aime beaucoup sa manière dépouillée d’habiller ses compositions. Ça collait
parfaitement à l’ambiance générale de mon album. On s’entend bien sur la
chanson. À tel point qu’il nous faut nous brimer tellement les idées fusent.
Les aiguilles tournent, Dominique doit prendre son train pour Bruxelles.
Agnès Jaoui arrive à
son tour pour chanter PAROLES D’HOMME. Avec une bonne bouteille de vin. Nous
faisons les voix, partagés entre la conscience professionnelle et l’envie de
boire cette bouteille en casse-croûtant au salon en compagnie des autres. On
arrive finalement à mener à bien les deux objectifs. Pour la première fois je
peux enfin passer du temps avec l’une de mes invités sans avoir à surveiller la
pendule. Nous avons fini les prises, demain les mixes.
MERCREDI 03 JUILLET… MERCREDI 15 JUILLET
Qu’est-ce que le
mixage ? C’est la mise en relief de la musique. Situer les sons, les
instruments dans l’espace, transformer des fréquences sonores en paysage.
Le
mixage est un drôle de moment. C’est avant tout un travail d’ingénieur du son,
surtout si l’on est en confiance et que la personne aux manettes est la même
qui a enregistré les titres. C’est le cas. De plus les chansons sont très
épurées, il y a peu de risques d’une direction erronée. Je pourrais donc très
bien partir en vacances et revenir le dernier jour. Mais il y aura toujours un
détail qui pose problème, un doute qui traîne, qui font que, non, je n’ai pas
le droit de m’éloigner de la console.
Alors,
durant les huit jours de mixage, j’apporte de la lecture, des amis passent me
voir, je travaille sur les notes de pochette… Je répète aussi. Les huit jours
ne s’enchaînent pas, j’ai des concerts à assurer. Je vais aussi enregistrer la
voix définitive de PANORAMA avec Calogero. Nous allons recevoir in extremis la
voix de Suzanne, enregistrée par Gerry Leonard dans une chambre d’hôtel, entre
Berlin et Hanovre. Entendre enfin pour la première fois JUSTE QUELQU’UN DE BIEN
dans sa version bilingue nous fait fondre littéralement, tellement les deux
voix se marient bien.
Je
vais aussi refaire PAPILLON DE NUIT, seul à la guitare. L’enregistrement du
premier jour n’est vraiment pas bien et je tiens à cette chanson.
Le
dernier jour est consacré en grande partie à une tâche ardue : le choix et
l’ordre des titres. Nous nous retrouvons avec 24 chansons. Certaines perdent
d’office l’affaire. J’AIME UN PAYS, LES VRAIES GENS, ON A MARCHÉ SUR LA TERRE
restent en plan, nos nouvelles versions ne valent pas les originales. J’étais
partant dès le départ pour mettre un maximum de chansons sur l’album, à
condition qu’elles soient réussies, bien sûr. Je suis servi. Il y en a même
trop. 21 chansons, ça ne tient pas sur un CD. Alors j’élabore une liste
d’incontournables, d’indiscutables avec l’aide de Benoît Brayer, mon manager,
et de proches. Ma voix comptant pour 10 au vote final, bien entendu. Nous
arrivons à cerner 18 titres à l’unanimité. L’ordre est un autre casse-tête.
Contrairement à ce que croient les téléchargeurs anarchiques, toutes les
chansons ne s’enchaînent pas n’importe comment les unes aux autres. Il y a des
problèmes de tonalité, de tempo, d’arrangements à respecter afin d’assurer une
belle harmonie à l’ensemble. Plus que ça. Certaines chansons plus difficiles
d’accès que d’autres, placées aux bons endroits, s’écoutent avec bonheur. Un
bon ordre est crucial.
PAPILLON
DE NUIT, À QUOI RÊVONS-NOUS et LOUIS LOUIS LOUIS se retrouvent sur le
carreau ? Que nenni. La première sera un ghost track à la fin de l’album. Ça lui va bien. Les deux
autres seront des bonus en téléchargement. De quoi satisfaire les chasseurs
d’inédits dont je fais partie.
JEUDI 23 JUILLET
La journée du
mastering.
Qu’est-ce que le
mastering ? C’est l’étalonnage des chansons les unes avec les autres afin
de rendre le tout homogène. Comme pour le mixage, ma présence ne semble pas
cruciale, d’autant que Bertrand m’accompagne à la séance. Mais, encore une
fois, il faut être là au cas où… Nous sommes au studio Translab et c’est Chab
qui se charge de l’affaire. Nous avons déjà travaillé ensemble pour l’album JE
NE SUIS QU’UNE CHANSON. Je crois que personne n’a réellement mesuré la somme de
travail que représente le mastering de PANORAMA. 21 titres, ce n’est pas rien,
beaucoup pour une journée. Nous terminons fort tard. Chab est quasiment sonné.
Mais ça y est, nous sommes au bout de la partie sonore. La pochette de Sylvain
a été validée hier. Reste à lire et relire les notes du livret pour déceler les
fautes et les coquilles planquées.
Voilà, c’est fini.
Ce qui suit n’est plus vraiment de mon ressort. Le disque part en fabrication,
il va être proposé à la vente, aux radios, aux journaux, aux télés, au public.
Rien d’autre à faire que de laisser aller les choses. Partir un peu. Ailleurs.
Il est une heure du
matin quand je rentre. La maison dort. J’ai sommeil, mais n’arrive pas à monter
me coucher. Une bière, un coup d’Internet, une BD de Robert Crumb. Un canard
sur la Marne fait coin-coin dans la nuit.
J’ai
un océan à franchir pour un continent inconnu…
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October 6, 2009 - Tuesday
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Mardi 14 avril
Nouvelle journée avec Ludo. Nous démarrons avec
CONGAS ET MARACAS, sur une idée d'arrangements que j'ai eue très récemment pour
emmener le titre sur un sentier qu'il n'a pas encore pris. C'est peut-être,
sans doute, une des chansons que j'ai le plus jouée, un des rares titres de
Starshoot' n'ayant pas eu droit au purgatoire.
Claquements
de doigts, un texte en prose introduit le propos. Texte qui m'a été inspiré par
un bar havrais où Jérôme Soligny m'emmena un soir. Fred est à la basse, Ludo à
la guitare électrique, moi au chant. La première prise est la bonne. C'est
Bertrand qui le dit derrière la vitre de la cabine de contrôle. Je demande
quand même à faire une autre prise. À l’écoute des deux enregistrements, je
dois avouer que Bertrand a raison : la première prise est la bonne malgré
ou plutôt grâce aux imprévus qui la jalonnent et qui sont autant de
rebondissements inattendus et enrichissants.
crédits :
Marie Planeille
Barbara
Carlotti arrive pour chanter TOUS LES MÔMES en duo. Élégante, décalée,
charmante comme de coutume. Nous avons déjà beaucoup répété la chanson
ensemble, mais comme Barbara est fort consciencieuse, on en remet une bonne
couche en compagnie de Ludo avant de commencer les prises. Car la chanson se
fera à deux voix et une guitare, c'est tout. C'est tout et c'est beau, c'est en
boîte à la deuxième prise. Nos voix se marient bien, la chanson sonne comme une
berceuse.
J'aimerais
boire un thé tranquillement en compagnie de Barbara, en grignotant des macarons
pour prolonger ce bon moment, mais il est plus judicieux que je profite de la
présence de Ludo, qui ne sera plus là demain, pour avancer encore sur d'autres
titres avant le soir.
Nous nous mettons
sur PAROLES D’HOMME, prévu en duo avec Agnès Jaoui. Fred nous donne une rapide
directive avant de nous abandonner pour se rendre sur le champ au Crazy Horse
rejoindre Découflé. Ils travaillent à la nouvelle revue. Nous enregistrons le
playback selon ses conseils. Le résultat est plutôt pauvre. Il a dû oublier un détail
essentiel dans le string en strass d'une fille du Crazy. Tandis qu'avec
Bertrand, je réécoute en maugréant le maigre instrumental, Ludo, déjà prêt à
partir, le blouson sur le dos, trouve une idée et s'en retourne nous la jouer
sans plus attendre. On l'enregistre immédiatement. Une seule prise, improvisée
de bout en bout, mythique. Merci Ludo.
La
journée s'achève. Je laisse Bertrand à ses occupations. J'aurais bien fini au
restaurant aujourd'hui afin de casser la mécanique du quotidien. Mais les
personnes autour de moi étant occupées, je me contenterai d'un débriefing à la
terrasse du bar à côté, en compagnie de Benoît. Nous discutons du déroulement
des séances, de mes doutes, de mes affres. Je me lasse rapidement d'être le
sujet de la discussion. Alors nous parlons d'autre chose, du dernier livre que
je lis, DEMAIN LES POSTHUMAINS de Jean-Michel Besnier. Livre bouleversant bien
des idées reçues sur la notion d'humanité.
MERCREDI 15 AVRIL
Excellente
matinée. On met rapidement en boîte MÉTROPOLITAIN puis RESTE ENCORE. Pause
sandwich au soleil sur un banc des Buttes-Chaumont en compagnie de Jil Caplan
et Marie Planeille qui photographie les séances.
 crédits :
Marie Planeille
Arthur
H est avec nous cet après-midi pour BETSY PARTY. Contrairement au duo avec
Barbara, ici, pas de longue répétition préparatoire pour des harmonies vocales
en dentelle. Tout doit passer dans l'énergie spontanée, comme si Arthur me
rejoignait sur scène à l'improviste. Et ça se déroule ainsi. Le morceau dégage
une joie contagieuse et la voix d'Arthur est exactement ce qu'il fallait pour
lui apporter un nouvel attrait.
Comme
avec Barbara, fi des politesses, nous nous devons d'enchaîner les chansons,
quand bien même le rythme soutenu de travail me laisse penser désormais que
nous aurons le temps de tout faire. Au revoir Arthur et Betsy, bonjour J'AIME
UN PAYS. Le piège de la chanson incontournable. Depuis des mois, j'argue du
fait que le disque n'est pas un Best of commun, compilant des tubes, mais un
panorama de ce que j'ai été, de ce que je suis intimement à la lumière
d'aujourd'hui. Sinon autant mettre bout à bout les versions originales. Mes
partenaires « commerciaux » me demandent quand même de tenter le coup
avec J'AIME UN PAYS. C’est un peu mon Gérard Depardieu, nécessaire à l’affiche.
Mais, dès les premières prises, on se rend vite compte qu'il y a une
incompatibilité rythmique entre Fred et moi, que nous n'avons pas décelée en
concert, privilégiant le joyeux bordel à la rigueur musicale. En gros, je pense
le morceau en binaire et lui en ternaire. Je joue européen et lui américain.
L'écoute impartiale du studio ne pardonne pas cette mésentente. Nous
n'arriverons pas à l'enregistrer ensemble. Comme il est tard, nous remettons
l'ouvrage à demain. Je suis contrarié par ce contretemps et le problème
soulevé. Ce soir encore, j'aurais aimé que l'équipe dîne ensemble pour nous
voir autrement qu'en bêtes de somme. Mais tout le monde a des obligations.
J'arrache un apéro de justesse qui me rend plus mélancolique qu'autre chose. La
maison vide, le frigo qui maigrit faute d'avoir le temps de faire les courses
n'arrangent pas mon humeur. Bien que je commence à accuser la fatigue du
travail soutenu, j'ai du mal à aller me coucher et me laisse trimballer dans
les méandres de l'Internet à la recherche de rien jusqu'à l'exaspération.
JEUDI 16 AVRIL
En
arrivant je demande à écouter de suite J'AIME UN PAYS. C'est nul. Je rejoue
complètement le titre, seul, guitare et voix séparées, pour assurer une base.
Fred ajoutera une mandoline plus tard. Pour l'instant nous finissons les
derniers morceaux joués à deux. UN PEU DE PRÉVERT est plié en deux prises. La
deuxième est la bonne, nous ne touchons à rien. Joie et soulagement.
J'appréhendais de chanter et jouer la chanson en direct à cause des parties
guitare successives, pas toujours facile à enchaîner. Médiator, arpèges,
médiator… C'est ça, le studio : les bonnes et les mauvaises surprises sont
rarement là où on les attend.
LES
VRAIES GENS, par exemple. Chanson facile à interpréter. Pour s'amuser on y
colle une des boîtes à rythmes de Lilicub. Commence alors une série de prises
de tête sur le mélange des sons de la boîte avec les guitares, puis des
guitares entre elles. Adieu la spontanéité, mauvais signe.
crédits :
Marie Planeille
Fred attaque ses overdubs. Chamberlain nostalgique
pour LES ÉLÉPHANTS et PAROLES D'HOMME, plus du piano pour cette dernière ;
orgue Hammond crève-cœur sur MOIS DE MAI ; mandoline sur J'AIME UN PAYS
qui me semble bien nu.
Lorsqu'on travaille dans le minimalisme, si une
chanson paraît nue, ce n'est pas par manque d'arrangement, c'est parce qu'on
n'a pas su capter l'émotion. La
journée a démarré dans l’agacement et finit dans le doute, au bord du cafard à
cause de cette chanson. Le disque est bientôt bouclé, est-il bon ?
Pourquoi est-ce que je m'évertue à vouloir sortir encore un album après tant
d'années ? J'ai l'impression aujourd'hui que ce métier m'apporte plus de
déconvenues que de joies. Ce n'est pas la première fois. J'ai déjà ressenti cela
durant la réalisation de CYCLONE, mais je savais, à l'époque, que c'était
passager, lié à un contexte foireux, plus personnel que général. Aujourd'hui je
sais qu'en général, on ne suit pas la carrière d'un chanteur. La plupart des
gens attendent de lui qu'il les ramène où ils l’ont connu. Le plus souvent, son
évolution, ses remises en question, son âge même, sont des entraves à l'intérêt
qu'ils lui portent. Et puis aujourd'hui, surtout, le contexte foireux est
général. Pas besoin d'un dessin, plutôt d'un whisky.
Message
d'Agnès (Jaoui) qui ne pourra pas venir chanter durant ces séances. Cela se
fera donc en juillet. Message de Calo (gero), débordé, qui me promet de nous
voir avant mon départ pour Berlin. J'ai écrit un texte pour son album, il m'a
écrit une musique pour le mien. C'est tellement simple parfois de faire des
chansons.
VENDREDI 17 AVRIL
Fred
Pallem n'est plus avec nous, il est parti vaquer à d'autres occupations
musicales.
J'enregistre
la guitare et une voix pour JE SUIS UN KILOMÈTRE. En juillet, Dominique A
chantera avec moi et rajoutera quelques overdubs de son cru. Je lui laisse
arranger la chanson car il m'a inspiré en grande partie l'aspect minimaliste de
PANORAMA. Une manière de clin d'œil.
J'enregistre ensuite la
guitare et la voix définitives de JUSTE QUELQU'UN DE BIEN destiné à Suzanne
Vega dont je suis sans nouvelles. Gerry Leonard m'a fait une très belle guitare
pour le titre. J'espère que Suzanne aura le temps de faire sa voix avant qu’on
ait fini.
Le rythme de la journée
est assez soutenu. Je finis la séance en chantant LES ÉLÉPHANTS.
Je
crois que je n'ai pas été aussi fatigué après des journées de studio depuis le
dernier album de Starshooter. À l’époque j'étais victime de l'exigence sans
faille de Mick Glossop aux manettes qui repoussait sans cesse les limites de
nos capacités. Aujourd'hui c'est le nombre de chansons enregistrées en si peu
de jours et la double casquette d'artiste-producteur qui m'éreintent.
Heureusement ce soir, nous dînons en groupe dans un drôle de restaurant chinois
végétarien, tout près de chez Barbara Carlotti qui d'ailleurs se joint à notre
table. Je finis tard la soirée au bar d'à côté en bonne compagnie.
L'enthousiasme de Jil (Caplan) pour le projet et les margharitas ont raison de
ma fatigue et de mes doutes.
SAMEDI 18 AVRIL
Réveil
évidemment difficile suite aux tardives agapes de la veille. Il pleut
tristement.
Je
fais des voix témoins sur PAROLES D'HOMME pour Agnès. La chanson baigne dans
une belle ambiance mélancolique. Je m'embrouille un peu, beaucoup, sur une harmonie
plus compliquée que prévu. La fatigue nerveuse me joue des tours.
Thierry
Romanens nous rend visite avec un ami. On leur fait écouter CASH, bien
évidemment. On profite de leur présence pour rajouter des claps à BETSY PARTY.
Thierry parti, je fais la voix de AU REVOIR ADIEU. Je n'avais pas remarqué à
quel point le titre sonnait rockabilly. J'enchaîne avec UNE VILLE À AIMER, un
peu dans le même esprit, mais je m'épuise et abandonne en cours de route. On
passe aux guitares électriques de LÉO SONG où, là aussi l'asthénie me joue des
tours. Il faut pourtant finir.
Bertrand
commence les mises à plat des chansons. Je finis la voix de UNE VILLE À AIMER.
On écoute les titres du premier jour. PAPILLON DE NUIT me laisse sceptique. Une
chanson guitare-voix doit faire dresser les poils des bras sinon c'est raté. On
se dit qu'on l'essaiera à nouveau en juillet. Nous passons avec anxiété à
l'écoute de À QUOI RÊVONS-NOUS ? Va-t-elle nous faire le même effet ?
Non, la magie est bien là, il se passe vraiment quelque chose durant la
chanson. Je suis soulagé.
©Jil
Caplan
Voilà,
c'est terminé, je n'ai plus rien à faire. Il est 22h. Je range les guitares
dans leurs caisses, elles ont bien travaillé. Nous aussi. Il est tard, j'ai
faim, j'ai envie de me retrouver dans les rues d'une ville à aimer. Je rejoins
Jil et Jean-Chri à une terrasse de café dans le Marais jusqu'à ce que la
fatigue me somme de rentrer, maintenant, tout de suite, avant que ça ne soit
trop douloureux.
LUNDI 27 AVRIL
Déjeuner avec Jil
Caplan avant de nous rendre chez Calo pour enregistrer une voix témoin sur la
démo de la chanson PANORAMA. Sa mélodie est belle et simple et forte. Je sens
aussi que Calo se retient dans les arrangements pour bien rester dans l'esprit
de l'album. Si la chanson se démarque trop, cela sera néfaste à l’unité de
l'album.
Je traverse à pied
Paris pour me rendre chez Agnès. Elle me reçoit dans son grand appartement
tortueux, au joyeux bordel ambiant. Nous parlons de choses et d'autres en
buvant du thé avant d'écouter la mise à plat de PAROLES D'HOMME. Nous
esquissons un début de travail, mais deux enfants tout mouillés, surgissant de
la salle de bain, interrompent notre travail. Nous nous donnons rendez-vous à
mon retour de Berlin pour une répétition plus sérieuse.
à suivre...
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September 28, 2009 - Monday
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Samedi 11 avril.
10h.
Nous allons démarrer sensiblement tous les jours au même horaire. Fred Pallem
est là. Antonin Leymarie aussi. Antonin est batteur ; il est venu avec
tout un bazar qui va de la grosse caisse d'harmonie à la boîte en bois remplie
de coquilles de moules. Beaucoup de temps perdu à tenter un son de batterie
conventionnelle. C’est absurde et agaçant. Cela n'est pas du tout approprié aux
chansons telles qu'elles sont conçues. Mais l’erreur est tellement humaine…
Il
est 16h lorsque nous enregistrons enfin le play-back de UNE VILLE À AIMER,
l'une des trois nouvelles chansons de l'album. Nous enchaînons avec AU REVOIR
ADIEU qui baigne dans la même ambiance sonore que le précédent. Puis on tente
ON A MARCHÉ SUR LA TERRE où Fred galère avec le son de sa Gretsch. On tourne le
titre, mais bof…
Il
est déjà 21h, je n'ai pas vu passer la journée. Je rentre chez moi, talonné par
l’angoisse de ne pas y arriver. À la maison, je suis seul. Je revois un épisode
du DÉCALOGUE de Kieslowsky : TU NE TUERAS POINT. Bizarrement la
désespérance polonaise du film est tellement belle qu'elle calme mes états
d'âme.
Dimanche 12 avril
Journée
électrique. Mon Hagström Super Kent va vrombir toute la journée. Nous attaquons
la séance avec DES ROSES ET DES RONCES. J'avais prévu de laisser faire ma
partie de guitare à Ludovic Bruni qui n'arrive que demain. Or nous voulons
aussi de la batterie sur ce titre. Il est donc nécessaire que je joue afin
d'avoir un play-back cohérent. La chanson est vite mise en boîte, voix
comprise. La nouvelle version est fort différente de l'originale. On dirait du
psychobilly.
Nous
enchaînons avec INOXYDABLE, titre symbolique dans PANORAMA. C'est la première
chanson digne de ce nom que j’ai écrite après un mémorable concert de Doctor
Feelgood à la Bourse du Travail de Lyon en 1975. J'étais sorti subjugué par le
groupe. C'est en rejoignant ma banlieue sur ma Mobylette orange que m'est venu
le riff d'INOXYDABLE totalement inspiré par l'incroyable jeu de guitare de
Wilko Johnson. La version 2009 se fait à deux, batterie et guitare Super Kent.
Minimaliste à souhait.
Nous
restons dans ma préhistoire avec BETSY PARTY. Je n'ai pas rejoué ce morceau
depuis 1982, depuis la fin de Starshooter. Trop représentatif du groupe, d'une
époque, trop juvénile aussi. Il m'était difficile de le chanter sans sombrer
dans la dérision. Le projet PANORAMA est un bon prétexte. BETSY sera chantée en
duo avec Arthur H.
Pourquoi
Arthur H ?
Je
vous remercie de me poser cette question. Parce qu'en 1979, lors d’un concert
de Starshoot' à Paris, Jackie Berroyer est venu nous dire bonjour dans les
loges, accompagné d'un minot dont il avait la garde ce jour-là. Et ce minot,
c'était Arthur. Arthur que j'ai un mal fou à joindre ces derniers temps car il
est en tournée. Nous enregistrons le play-back sans les voix, Arthur ne peut
venir que mercredi. Je m’amuse beaucoup durant la prise.
La
journée se déroule très bien et nous avons largement le temps d'enregistrer
CASH, chanson hommage à Johnny Cash. C'est un outsider sur l'album. Quelques
jours auparavant Thierry Romanens m'a envoyé par mail l'adaptation musicale de
ce texte que je lui avais fait parvenir, il y a bien longtemps, alors qu'il
cherchait des paroles pour son prochain disque. J'ai voulu en faire une reprise
illico.
Quand
je dis que nous avons le temps, cela ne signifie pas que nous le perdons. Les
heures sont fort remplies. Des amis nous rendent visitent que je salue
brièvement sans quitter la cabine vitrée où je me trouve.
Il
est 22h. Je passe chez Lilicub récupérer des vieilles boîtes à rythmes qu'ils
me prêtent gentiment avant de partir demain en vacances en Inde. Il est fort
tard lorsque je rentre à la maison.
Lundi 13 avril
Les
jours se suivent et se ressemblent. Vu du ciel, une journée de studio n'a rien
d'extravagant. Je commence à pester intérieurement sur les petits riens qui se
répètent comme dans les vieux couples ou les familles. Une manie d'untel, un
geste d'un autre qui, les premiers temps participent au charme de la personne
et insidieusement deviennent des tares comme la poutre dans mon œil.
Je
déteste l'artillerie téléphonique que l'on déploie pour soi-disant ne pas rater
une urgence et qui, la plupart du temps, ne sert qu'à papoter façon mémère. Les
ordinateurs connectés en permanence sur la vacuité du monde, les petites
annonces musicales et les messages cybernétiques lancés à la manière des
cancres du fond de la classe. Je crains en permanence que la concentration
s'évapore et me voilà, à la fois artiste et contremaître, à surveiller la
pendule des comptes à rendre et le pendule oscillant de l'inspiration. Cette
crainte relève plus de la paranoïa que du réel. Elle s'adosse à l’évocation de
mes débuts où la seule distraction possible en studio consistait en un lourd
combiné filaire que l'on décrochait avec parcimonie pour ne pas troubler
l'ambiance quasi mystique de l'enregistrement.
Aujourd’hui, cette appréhension n'a pas lieu d'être.
Les idées fusent et chacun sait être à sa tâche en temps voulu. Exit Antonin
Leymarie et sa brocante percussive, place à Ludovic Bruni et la vélocité
arachnéenne de son jeu de guitare. Lorsque j'arrive au studio, une envolée
d'accords de flamenco m'apprend que Ludo est déjà là. Le temps pour Fred de
poser son pork-pie hat et son iPhone et nous voilà jouant en direct LOUIS LOUIS
LOUIS, l'un des titres les plus faciles du répertoire. Ludo à la guitare
électrique, Fred à l'acoustique, je peux chanter avec eux, sans me prendre la
tête, ce drôle d'hommage à Louis Blériot.
Durant la pause
déjeuner, Jil Caplan m'emmène dehors pour que j'interprète UNE VILLE À AIMER dans la rue,
devant sa caméra, tel un beatnik d'un autre âge.
La
journée commençait bien, mais lorsque nous entamons MOIS DE MAI, tout se barre
en couille. Non pas par dissipation, ni par manque d'inspiration, au contraire.
Profitant d'un moment d'inattention de ma part, Fred et Ludo sont partis dans
une direction inattendue avec piano et guitare acoustique qui me laisse fort
dubitatif. Le morceau perd son air de cabaret électrique et se met à ressembler
à une chanson d'Higelin, période CAVIAR & CHAMPAGNE. Cela me rappelle de
bons souvenirs, mais là n'est pas le propos. Après un long détour inutile, nous
repartons sur la base d'origine. Ludo et Fred se partage les guitares
rythmiques, je chante en direct et, dans un même élan, j’accomplis le solo du
titre, mariage de la Super Kent et d'un ampli taillé dans un paquet de
cigarettes.
 Retour
sur ON A MARCHÉ SUR LA TERRE pour voir si Ludo aurait des bonnes idées. Rebof…
On revient ensuite sur LES ÉLÉPHANTS. De nouveau l'inspiration se bloque. Ma
direction musicale ne parle pas à tout le monde. Fred et Ludo suggèrent une
nouvelle piste. Bien que vexé par l'abandon de mon arrangement, je dois
reconnaître que cette version est séduisante et qu'il vaut mieux profiter de
l'effet de surprise qu'elle suscite pour bondir en avant plutôt que
tergiverser. Nous l'enregistrons tel quel.
Il
est 21h30 lorsque nous arrêtons. Je suis rincé, vidé par la tension et les
remises en cause successives. Heureusement que les autres ne sont pas comme
moi. Ni Fred, ni Ludo, ni Bertrand ont ma susceptibilité et les émotions à
fleur de peau. Un caractère passionné, emporté, est un fauve imbécile qu’on
porte dans un sac-à-dos, une bombe qui menace d'éclater à chaque minute pour un
rien. Elle se croit nucléaire et dévastatrice, la plupart du temps, elle n'est
qu'un pétard mouillé. Et c'est tant mieux.
Je
dîne en faisant mon courrier électronique. J'envoie un mail à Suzanne Vega.
Nous allons chanter ensemble JUSTE QUELQU'UN DE BIEN.
à suivre...
HISTOIRE D'UN PANORAMA EN VIDÉO: http://www.kent-artiste.com/12videos/index.php
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September 22, 2009 - Tuesday
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Vendredi 10 avril 2009....
10h,
tout près des Buttes-Chaumont. Hier soir, je suis venu déposer les 14 guitares
de Fred Pallem au studio. Ajouter aux miennes, nous voilà équipés d'une
vingtaine de manches à nous deux pour approcher les 24 chansons en 9 jours de
mon album PANORAMA. Panorama musical aux contours tout à fait subjectif puisque
le choix du répertoire est avant tout le mien. Mais, pour cette même raison,
parfaitement objectif car seul l'artiste en personne est le mieux placé pour
savoir ce qui, dans son travail, est le plus représentatif de lui-même.
Pourquoi
24 chansons ? Parce qu'en 9 jours, c'est le maximum que l'on puisse
aborder dans la configuration choisie. Tout tourne autour de deux guitares et
une voix avec quelques extras. Pourquoi 9 jours ? Parce que tel est le
budget. J'aurais préféré 60 chansons en un mois, par exemple. Mais après, qu'en
fait-on ? Déjà 24, si l'on travaille bien, ça va être la guerre pour la
liste finale, celle qui se lit au dos des pochettes de disques que personne
n'achète plus.
C'est
en pensant à cela que je m'installe au studio Plus XXX pour les premières
prises. Il fait très beau, nous sommes à la veille des vacances de Pâques,
l'ambiance est printanière et décontractée. Heureusement. Intérieurement je
suis plutôt tendu. Je dois chanter beaucoup de titres en direct, si possible en
m'accompagnant à la guitare. Cela fait quelques années maintenant que je suis
démissionnaire des membres antérieurs en studio. J'ai travaillé avec
d'excellents guitaristes à qui je déléguais mes accords, sachant qu'ils en
tireraient de plus belles sonorités, tandis que je me concentrais sur mon autre
instrument musical, celui-ci irremplaçable : la voix. Aujourd'hui,
vendredi, je suis seul avec toutes ces guitares qui n'attendent que de résonner.
Fred Pallem n'arrive que demain. J'ai quelques titres que je peux interpréter
en solo. Notamment À QUOI RÊVONS-NOUS que je joue souvent seul en concert
depuis quelques années. Ma chanson fétiche et je ne saurais dire exactement
pourquoi. Elle est juste réussie. Ni conventionnelle ni absconse, elle raconte
des choses intimes sans que j'aie eu à faire d'efforts pour l'écrire, un jour
d'été, dans un train qui m'emmenait à Annecy. De plus elle peut être à
géométrie variable sur scène et m'a souvent ouvert à la transe en tournoyant
autour de sa rythmique hypnotique.
Le
studio n'est pas la scène, c'est une clinique où une technologie avancée révèle
les entrailles du talent et de ses limites comme une IRM saucissonne l'humain
en ayant cure de son âme. On passe beaucoup de temps, des heures, à placer des
micros et à les tester selon l'ambiance voulue. Durant ces essais, il ne faut
pas épuiser les ressources de la chanson, surtout lorsque celle-ci doit sortir
d'une seule traite de la gorge et des mains des musiciens.
J'ai
apporté ma guitare acoustique personnelle, celle qui m'accompagne depuis tant
d'années, une japonaise qui inspire le mépris des vrais guitaristes, au mieux
un vague sourire condescendant. Bertrand me laisse l'essayer, mais très vite je
me retrouve avec une vieille américaine réputée dans les mains, dont je me
garde bien de vanter les attraits à voix haute de crainte de vexer ma nipponne.
Je fais abstraction du
temps d'installation, du buisson de microphones sous mon nez, je m'adapte à
l'irréalité sonore du casque qui me couvre les oreilles, je m'invente un
auditoire plus rassurant que le personnel du studio qui, de sa cabine vitrée,
va me juger sur un plan technique avant tout. Je dois leur plaire aussi, je
dois les séduire par-delà leurs scanners audiophoniques. Jil Caplan, venue
filmer la réalisation du projet, évolue autour de moi avec sa caméra. À son
insu, elle sera ce public qui me manque et sans qui une chanson n'est qu'un
exercice de style.
"Tu es prêt ?
Me demande dans le casque Bertrand, l'ingénieur du son.
- Ouais !
- Ça tourne."
La
première prise est rarement la bonne pour la technique qui découvre, dans le
déroulement de la chanson, les imprévus qu'elle suscite. À QUOI
RÊVONS-NOUS est une chanson toute en nuances qui va de la douceur à
l'envolée. Tous les micros, toutes les guitares n'encaissent pas de la même
manière de tels changements. On a beau répéter dix fois le titre, l'intention
feinte ne sera jamais à la hauteur de ce qu'on lance lors de la prise réelle.
J'ai beau le savoir parfaitement après toutes ces années de studio, je suis
toujours désappointé d'entendre, dans le silence qui suit l'accord final de la
première prise, la voix du réalisateur dire :
"OK.
Bon, on va changer le son de la guitare… Essaie de chanter plus près du micro
dans le premier couplet… Frappe moins la guitare dans le troisième, on perd la
rondeur des graves… Sinon l'intention, ça va, mais est-ce que la prochaine
prise, tu peux la faire moins agressive ? Ta voix est beaucoup mieux quand
elle est plus posée…"
La
musique, c'est du théâtre. Une mise en son est une mise en scène à l'usage des
oreilles. Sur scène, un geste peut remplacer ou porter une note. L'exacerbation
est justifiable par les remous visuels qu'elle engendre, l'imperfection est
vite escamotée par un effet de manche - de guitare. En studio, nous jouons pour
des aveugles. Un détail sonore ne doit pas nuire à l'essence de la chanson
interprétée. Mais l'exigence de la perfection doit avoir aussi ses limites.
Celles-ci sont dictées par la teneur du projet. Avec PANORAMA, je veux capter
une authenticité brute sans nous laisser abuser pour autant par le charme
indulgent des maladresses qui font vrai. Ce fut le sujet de longues discussions
préparatoires avec Bertrand, Fred et Benoît, mes compagnons de route. Bien
définir le cadre de nos intentions. Aussi, à ce moment de la journée, je me
dois de faire confiance à Bertrand et de tenir compte de ses remarques sans
porter attention aux ruades d'un ego susceptible, toujours prêt à ramener sa
fraise pour avoir le dernier mot. Je ne sais plus combien de prises nous
faisons. Trois, peut-être quatre. L'avant-dernière est la bonne. C'est la
première fois de ma vie que j'enregistre une chanson seule en studio, d'une
traite avec juste ma guitare et ma voix. Il m'aura fallu plus de trente ans
pour l'oser.
Dans l'après-midi,
j'enregistre PAPILLON DE NUIT, LES ÉLÉPHANTS et LÉO SONG de façon plus
sommaire. J’ai l'intention de rajouter des guitares électriques sur ces titres
que je ne pourrais faire que les derniers jours. J'abandonne les chansons à
l'état d'ébauche. La première journée se clôt sur une impression d'inachevé,
pointant la somme de travail des jours à venir.....
Il
est 21h quand je reprends la route de la maison. J'ai peur de ne pas y arriver.
Ce projet me paraît tout à fait insensé, bien plus que L'HOMME DE MARS,
étonnamment. J'arrive chez moi avec ce sentiment pesant qui m'accompagne depuis
dix ans désormais à chaque fois que je suis en studio : c'est mon dernier
disque, de plus il n'intéressera personne. Aucun désespoir là-dedans, juste une
froide évidence que la raison ne saurait contredire.
à suivre…
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August 2, 2009 - Sunday
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Jeudi 25 juin Viola Hamann m’attend à la gare de Potsdam pour me faire visiter la ville à vélo. Viola m’a interviewé à mon arrivée à Berlin pour son mémoire sur les auteurs français dans la capitale allemande. Elle a tenu à me faire visiter la ville. Potsdam fut une résidence royale avant de devenir une cité de la RDA. Les bâtiments historiques côtoient les constructions sans charmes de l’époque socialiste. La ville est en pleine rénovation comme pour essayer de remettre de l’ordre à tout ça. Elle devient aussi la belle banlieue des Berlinois fortunés. Le prix de l’immobilier grimpe au grand dam des étudiants qui la peuplent et dont la fac, laide à souhait (réalisme socialiste oblige), va être déplacée hors les murs. Viola m’emmène au parc Sans-Souci où fut construit le château du même nom, sur les plans de Frédéric II. Le parc est immense et le château petit. Il paraît que les autres monarques de l’époque ne voulaient pas rendre visite au roi, jugeant indigne sa drôle de villégiature. Voltaire y a séjourné. Frédéric II a fait aussi bâtir de fausses ruines sur un tertre face au château, afin d’en disposer comme vue inspiratrice. On est loin des débordements versaillais. Dans le parc, il y a aussi un curieux petit Pavillon Chinois, orné de statues dorées. On ne sait pas si ses statues représentent de véritables Chinois où des Prussiens déguisés, tellement leurs faciès sont peu asiatiques. Virée à Cecilienhof, la magnifique bâtisse où, dans un cadre idyllique, Truman, Churchill et Staline décidèrent la création d’une nouvelle frontière qui coupera en deux un pays et un peuple pour longtemps. Petit tour sur le Glinicker Brücke où, durant la Guerre Froide, les services secrets d’Est et Ouest s’échangeaient leurs espions prisonniers. Passage rapide dans les rues de la Colonie Alexandrovska et ses maisons de campagne russes. On évite le quartier hollandais que je connais déjà de mes précédentes visites au lycée Helmotz. Il est déjà tard. Je quitte Viola pour m’en retourner sur Berlin. J’allume la télé, comme ça. Michael Jackson vient d’avoir une attaque cardiaque. CNN tourne en boucle l’information. J’en déduis qu’il ne se passe plus rien en Iran et qu’on est sorti de la crise financière mondiale. Vendredi 26 juin Michael Jackson est bien mort. Il éclipse le décès de Farah Fawcett. Il serait intéressant d’écrire un essai sur les trajectoires comparées d’Elvis Presley et de Michael Jackson, demi-dieux acculés par leur jeunesse mythique à la solitude, dans un corps hypertrophié ou derrière un visage mutant. Que pleurent les fans de Jackson ? L’icône encore noire, aux pieds agiles, du milieu des années 80 ? Celle-ci était déjà morte depuis longtemps. Ou bien le quinquagénaire fou et défiguré ? Ces deux images se reflètent en miroir à la Dorian Gray. Ne retenir que la première, c’est ne rien retenir d’un drame qui n’est pas qu’une crise cardiaque. C’est le drame de l’éternelle jeunesse et du changement de corps à volonté. On y viendra un jour, sûrement. En attendant, on bricole avec les moyens du bord, pionniers d’un mythe à venir, mutants volontaires. Katrin m’emmène sur Teufel Berg, la colline de Berlin-Ouest. Terre de remblai, c’est un amoncellement des gravats de la ville au sortir de la guerre. Les Américains y avaient disposé un centre d’observation sur son point culminant. On le voit encore, bâtiments à l’abandon, inutile. Hier truffé de micros et de caméras, aujourd’hui coquille vide. Le temps est couvert, impossible de distinguer la Fernsee Turm. Nous descendons au bord de Teufel See, petit lac où se baignent deux adolescents courageux dans l’eau encore très fraîche pour la saison. Nous allons ensuite au café Bilder Buch sur Akazienstrasse, un salon de thé et de lecture avec une arrière-salle et une arrière-cour, insoupçonnable et tout à fait charmante. Je tente de me suicider en ingurgitant une énorme part de gâteau au chocolat, mais je n’arrive pas à mes fins. Samedi 27 juin Matinée shopping à Prenzlauer Berg et dans Mitte pour les dernières courses avant le départ. Isabelle Cimière m’invite à une fête ce soir où son ami DJ fait le son. Je fais un tour en début de soirée à la CSD (Christopher Street Day) alternative d’Oranienstrasse. La CSD officielle, avec paillettes et tout le tralala a lieu sur le Kurfürstendamm, les « Champs-Élysées » berlinois. À Kreutzberg, un tronçon de la rue entre Adalbertstrasse et Heinrich Platz est fermé à la circulation. Les gens s’y rassemblent pour faire la fête dans une ambiance quasi familiale. Tout le monde semble connaître tout le monde. Les bars font tous terrasse ; des stands de bouffe sont installés sur les trottoirs. Certains commerçants, des Turcs pour la plupart, ont leur DJ. Pour montrer qu’ils sont dans la vibe, ils se déhanchent gauchement en servant des falafels et des Red Bulls. Un peu partout, on sert du Cuba Libre, ça doit être facile à préparer et pas cher à faire. Au bout de la rue, côté Heinrich Platz, est monté un petit podium où se produisent divers artistes. Ça va du groupe techno anglais au danseur du ventre local. Quelques drag queens traversent la foule. La fête battra son plein, plus tard, sûrement, mais je dois me rendre à une autre sur Potsdamerstrasse. Elle a lieu dans une cour d’immeubles où le bruit ne risque pas de déranger les voisins puisque tous les locataires sont une seule et même communauté et ce sont eux qui le font. Ils sont une grosse vingtaine à y vivre. Une douzaine sont des permanents, les autres sont des résidents de passage. Le lieu était un squatt auparavant. Quand la mairie a voulu le fermer, les habitants ont proposé de le louer à la ville plutôt que le quitter. Dans la cour, des bancs et des tables avec de quoi boire et manger, un frigo vitré pour les boissons, un feu de bois pour les grillades. Une salle de rez-de-chaussée a été aménagée en dance-floor. Il n’y a pas trop de monde, c’est assez cosmopolite, pas mal de Français, un couple de jeunes Japonais. Le garçon fait tout à la fois, boire, manger, jouer de la guitare, danser, crier, courir… au milieu de convives nonchalants qui le remarquent à peine. Je parle un bon moment avec Felicitas, une danseuse petite et souriante, avant qu’un mouvement ascendant ne la happe et l’emporte dans la cuisine du premier étage où il y aurait de la vodka. C’est vrai qu’il n’y a plus de bière ni de vin depuis un moment. Je reste à côté du feu finissant avec quelques autres tandis que nous parviennent des exclamations joyeuses de la fenêtre ouverte de la cuisine. L’alcool ne me fait plus d’effet qu’au premier verre désormais. Quelques minutes d’euphorie. Si j’en bois plus, ça m’endort ou bien ça me rend malade. Je ressens cela comme une exclusion. L’alcool ne me veut plus dans son club. Ce n’est sans doute pas un mal. Il est deux heures du matin. Je rentre chez moi où m’attend une bonne limonade… Dimanche 28 juin Un brunch à la terrasse d’Avril, à l’angle de Graefestrasse et de Böckhstrasse, sous un ciel qui aurait oublié le soleil, sera le seul fait notable d’une journée gris souris. Lundi 29 juin Décrochage de l’expo à l’OFAJ. Je commence à faire mes adieux aux gens rencontrés. Ce soir, dîner à Sol y Sombra, restaurant à tapas sur Oranien Platz. Je retrouve Markus Mueller, le photographe, Isabelle Cimière, l’organisatrice de mon expo, Patrick Suel de la librairie Zadig, Boris Steinberg, chanteur berlinois, Jean-Sébastien Meynard, professeur de français et acteur underground et Katrin Schielke de la Fondation Genshagen. Dommage, il manque Corinne Douarre et Marc Haussmann, en concert en France. Certains font connaissance. Le vin aidant, on s’amuse tous bien. Vers minuit, les travailleurs raisonnables rentrent chez eux tandis que Jean-Sébastien, Isabelle et moi partons pour un dernier verre au Roses sur Oranienstrasse. C’est un bar aux murs couverts de fourrures synthétiques qui baigne dans un éclairage psychédélique. La musique n’est pas remarquable, la bière non plus, mais on est là-dedans comme dans un cocon. Je fais durer la nuit, demain je quitte la ville. Mardi 30 juin Je passe chez Boris lui laisser mon vélo et diverses choses à rendre à Corinne et Marc. Dernier petit-déjeuner berlinois, dernier relevé de mails à l’Edelweiss. Katrin vient me chercher pour m’emmener prendre mon avion à Schönefeld. Il fait chaud, ça circule mal, je suis chargé comme une mule. À l’enregistrement des bagages, je découvre que je suis en excédent de poids. Je dois laisser ma guitare et mes livres à Katrin sinon je paie une somme astronomique pour pouvoir tout embarquer. Je pense à ces films d’aventure où la belle doit abandonner sa garde-robe sur la berge pour descendre en pirogue une rivière mystérieuse semée d’embûches. Mais je ne pars pas à la découverte d’une cité légendaire, je rentre à Paris et les indigènes avec qui je communique porte des uniformes d’hôtesse de l’air. Je rentre à Paris où je retrouve femme et enfant après une longue absence et où, dès demain, on m’attend en studio pour finir mon prochain album. La nostalgie n’aura pas le temps de m’habiter. Je passe d’une vie à une autre. Après-demain je sais que je commencerai déjà à douter d’être resté deux mois à Berlin. « Arm aber sexy ! » Pauvre mais sexy, la célèbre réplique de Klaus Wowereit, maire de la capitale allemande, colle tellement bien à cette ville, à la population que j’ai fréquentée, aux soirées où je suis allé. Sexy et généreuse, nonchalante mais active, avant-gardiste et modeste. Des qualificatifs qui s’additionnent les uns aux autres, qui forment des boucles. Berlin est harmonieusement complexe comme une personne. Berlin, c’est la ville humaine. C’est aussi l’orange bleue d’Eluard. Berlin, ich liebe dich.
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July 23, 2009 - Thursday
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Mardi 23 juin Ça devait être simple, finalement non. Il y a un vendeur-réparateur de bicyclettes dans la Wienerstrasse, à 500 mètres de chez moi. Je vais lui laisser mon vélo sur le chemin pour me rendre à l’OFAJ où je dois récupérer deux planches de L’HOMME DE MARS pour le vernissage de l’expo-photos « 20 Jahre Mauerfall » à Lette-Verein. Timing et enchaînement parfait. Sauf que, exceptionnellement, aujourd’hui, le réparateur de vélos ne prend pas de réparations car il est débordé. Je demande à une cycliste qui passe si elle connaît un autre garage. Oui, à Kottbusser Tor. 500 mètres plus loin. Je m’y rends en poussant toujours mon vélo à plat. Sur place, je ne trouve rien. L’explication était vague, du genre « Tu verras, tu ne peux pas le rater… ». Je me renseigne à nouveau auprès d’une autre cycliste qui m’indique un chemin tortueux entre des immeubles, « Tu verras, tu ne peux pas le rater… ». Je trouve enfin le réparateur, bien planqué dans une petite rue. C’est un vieux Turc qui occupe un garage à voiture, en bas d’un immeuble. Ses outils sont étalés sur le trottoir, devant un banc où le bonhomme papote avec un copain. Il se fait appeler Ali Baba et son garage est sa caverne. Si on a le temps, on peut réparer soi-même son clou, il est là pour filer un coup de main et prêter le matériel nécessaire. La réparation ne coûte rien. Je n’ai pas le temps, c’est à lui de le faire. Nous mettons un moment à nous comprendre, chacun dans notre baragouin germano-pidgin. Finalement il va me remettre en état mon pneu et un garde-boue branlant pour 20 Euros. Tout sera prêt demain matin, avant mon train pour Genshagen. 20 Euros, plus les nouvelles lampes que j’ai dû acheter l’autre jour, ces extras me coûtent le prix du vélo. J’en ai fait l’acquisition pour 50 Euros, il y a deux ans, lors d’un précédent séjour berlinois. Je l’adore. Il est rouillé, mais solide, il semble inusable. Il ne craint ni les intempéries, ni d’être volé. Il pourrait être beau, mais n’en a pas la prétention. J’arrive à l’heure et d’un bon pas à l’OFAJ. Juste le temps de décrocher les deux dessins et je repars à Lette-Verein où je me pointe dix minutes avant le vernissage. La foule ne se presse pas ce mardi à 15h, dans cette école d’art. Nous faisons quand même nos discours de présentation pour les quelques visiteurs présents, à peine dérangés par une femme de ménage qui pousse son chariot au milieu de notre petit monde sans nous prêter attention. Les 20 portraits de Markus Mueller enfin réunis, accompagnés de mes commentaires, ont de l’allure. Je me rends compte que nous avons bien travaillé. Markus n’a eu les tirages que ce matin, un problème d’impression a failli remettre en cause le vernissage. Des personnes qui se sont prêtées à notre jeu sont venues voir leurs portraits. Ça semble leur plaire. Nos avocats peuvent dormir en paix. Nous allons boire un café en terrasse. Il fait très beau. Puis je pars rejoindre Marc au studio. Je fais un détour sur Kastanien Alle pour prendre en photo un Photomaton. Mais vintage. Un ancien, comme avant, qui vous fait votre portrait noir et blanc en quatre poses. C’est l’attraction touristique du moment. Le week-end, les touristes font la queue pour venir faire des grimaces devant cet objectif d’un temps révolu. Avec Marc, nous enregistrons OMBRE BERLINOISE, chanson qui arrive trop tard ou trop tôt. Je ne la vois pas vraiment dans l’album PANORAMA. J’aurais plutôt envie de la garder pour un projet complètement berlinois. Mercredi 24 juin Je récupère mon vélo. Ali Baba a fait du bon travail. A Kottbusser Tor, je découvre un autre Photomaton vintage, mais pas du tout mis en évidence. Il est sur le rond-point à la station de métro. Je pense qu’il est là depuis toujours et les usagers ne sont pas des jeunes Américaines riant très fort, mais plutôt la population turque alentour qui vient ici pour des portraits nécessaires à leur régulation administrative. Je retrouve Marc à la gare de Südkreuz, sur le quai n°5 où nous prenons le train pour Ludwigsfelde. Le voyage est rapide. Katrin Schielke nous attend à notre arrivée et nous conduit au château de Genshagen. Aujourd’hui nous présentons le travail des ateliers d’écriture à la Fondation. Je suis anxieux, je me demande si les élèves ont abouti les projets. Je m’installe dans le grand salon avec Marc pour la balance de notre concert. Les classes arrivent petit à petit. Je découvre les affiches, les BDs qu’ils ont réalisées, dont je n’avais vu que de vagues esquisses. C’est drôle et souvent malin. L’Helmotz-Gymnasium de Potsdam a réalisé une affiche de publicité intitulée « les Montagnes Russes des Sentiments » qui est très bien vue. À Sophie-Scholl, ils ont fait une BD noir & blanc dans le style de L’HOMME DE MARS, du beau boulot. Je répète avec Manon et ses copines sur les marches de l’escalier menant au jardin. Leur chanson est inspirée d’un titre de Johnny Cash, je dois retrouver les accords et les faire chanter bien ensemble sur le tempo. Katrin nous appelle pour la générale. Je (re) découvre durant celle-ci une chanson composée à Potsdam avec des élèves, que je dois interpréter. Heureusement l’un d’eux en a gardé une trace enregistrée sur son portable. Tout le monde se rue sur le lunch avant le début de la présentation. Je suis rasséréné. Malgré encore quelques hésitations causées surtout par la présence du micro, les élèves sont au point. Tout se déroule excellemment bien. Je réalise soudain que je suis à l’origine de ce travail et j’en suis tout étonné. C’est Sophie-Scholl qui ouvre les festivités. Un groupe a réalisé « Aliens », un titre sur CD dans une ambiance très trip-hop ; j’accompagne Samy à la guitare pour son rap, « Les Pieds Rouges » (les Pieds Noirs martiens, en quelque sorte) ; j’accompagne aussi Manon et ses copines pour « La Route des Étoiles », sur la musique de Johnny Cash. Anton, le jeune garçon qui chanta lors de ma visite au lycée de Ludwigsfelde, est venu en outsider interpréter deux titres de sa composition. Il obtient un vif succès. Cela ne m’étonnerait pas qu’il fasse son chemin dans la musique. Côté Helmotz-Gymnasium, Borys lit son « extrait d’un Martien qui débarque sur la Terre » avec humour et conviction ; Madeleine et Daniel lisent « Ce qui est important » (un texte hypersensible) à deux voix, accompagnés au piano par Lisa ; qui accompagne également Annie et Katharina sur « Un Mars dans le box » ; tout le groupe, les profs compris, forme une chorale pour chanter « Nous, les Martiens » ; je clos la présentation en interprétant « La chose avec l’autre monde » , accompagné par Nadja au piano et Karym à la batterie. Puis c’est mon tour de chanter mes chansons avec Marc au piano. Petit concert de fermeture pour mon travail avec la Fondation Genshagen. Puis tout le monde trinque. Les élèves s’en vont assez vite pour des histoires d’horaire de transport. Dommage, on commençait à être très à l’aise. La soirée s’effiloche doucement au gré des départs. Markus, qui est venu lui aussi, nous annonce que le magazine de photos Focus est intéressé pour publier des portraits de notre exposition. C’est une bonne nouvelle. Les derniers invités s’en vont. Katrin, Marc et moi restons seuls au château. Nous descendons au bar en sous-sol où nous attend une collation. Le château est vide. Nous parlons longuement de choses et d’autres jusqu’à très tard. Puis nous rejoignons nos chambres pour une ultime nuit de châtelain.
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July 20, 2009 - Monday
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Samedi 20 juin Journée sans éclat notable. Dimanche 21 juin La Fête de la Musique a depuis longtemps débordé des frontières de la France. J’étais venu jouer à celle de Berlin en 1997. Je partageais une scène avec le groupe Sawt El Atlas. Il m’était arrivé une drôle d’histoire. Le Grüner Salon, un cabaret berlinois spécialisé dans la chanson, ayant eu vent de ma venue quelques semaines auparavant, m’avait proposé de venir chanter le lendemain de la Fête de la Musique. Les mails n’existaient pas encore. J’ai eu un échange de faxes avec le Grüner Salon qui n’a jamais reçu le dernier où j’expliquais que, malheureusement, mes musiciens n’étant pas disponibles, je ne pouvais pas assurer ce concert. À l’époque, sur scène, je me contentais surtout de chanter et je ne savais plus jouer mes propres chansons. En arrivant à Berlin, je découvris que j’étais annoncé dans le programme du cabaret. Il y avait déjà des réservations. Yvonne, la programmatrice, me supplia de rester, ne serait-ce pour chanter qu’un quart d’heure afin de ne pas trop décevoir sa clientèle. Elle pouvait encore trouver un artiste pour assurer la fin de soirée. Muriel Boisson, qui m’accompagnait alors au piano et au violon, était la seule de mon groupe a n’avoir pas d’obligation. Elle accepta volontiers de faire la pianiste pour ce mini-tour de chant impromptu. Nous répétâmes quelques titres l’après-midi et, le soir, je montai sur scène après un discours d’Yvonne, racontant à l’auditoire l’histoire du fax perdu et expliquant pourquoi je ne pourrai me produire qu’un quart d’heure. J’ai chanté plus d’une heure, le public ne voulait plus nous lâcher, Muriel et moi. Je lui suis encore reconnaissant d’avoir su improviser des accompagnements au fur et à mesure que je suggérais de nouvelles chansons. C’est un des plus beaux souvenirs de mon métier et c’était déjà à Berlin. Aujourd’hui je chante, mais pas en public. Je répète avec Marc pour le concert de mercredi à Genshagen. Son studio, à Prenzlauer Berg se trouve à côté de Zredzkistrasse où une scène a été montée et où Element of Crime va jouer en fin d’après-midi. Nous nous y rendons après notre travail. Il fait beau. Il y a foule aussi et la scène est ridiculement petite. D’où nous sommes, si je me mets sur la pointe des pieds, je distingue juste les cheveux du bassiste. Nous battons en retraite près d’un débit de bière où nous ne voyons plus le groupe, mais où le son est très correct pour apprécier encore le concert. De toute façon, les musiciens d’ Element of Crime ne sont pas des bêtes de scène, nous ne perdons pas grand-chose. Des amis de Marc nous rejoignent. Nous allons ensuite dîner chez Fella’s, restaurant italo-berlinois, où l’on peut manger des pâtes aux scampi, accompagnées d’une caïpirinhia, sans choquer aucun gourmet. Un orage éclate. Le temps change soudainement. La température baisse très vite et la pluie persiste. Malgré tout, avec Marc, nous décidons d’aller boire un dernier verre au « Zu mir oder zu dir » (littéralement « Chez toi ou chez moi »). Ce sera des White Russians, histoire de se réchauffer à la santé de Big Lebowsky. Lundi 22 juin Le temps est vraiment très étrange. On passe du bleu aoûtien au gris novembre, du plein soleil à la pluie glaciale, du calme provençal à la tempête en haute mer. Des vents traversent la ville de long en large et changent le scénario météorologique au gré de leur fantaisie. Si l’on est à vélo, il faut savoir humer le ciel, tel un Indien, pour passer entre les gouttes et se réjouir d’aller dans la direction des déplacements d’air. Le temps s’est calmé lorsque j’enfourche ma bicyclette pour me rendre sur Gleisenaustrasse, au Junction Bar, pour le concert de Fat City Rollers. C’est un trio de funk-rap. Le batteur, Leonardo, est l’ami de Marc que nous avons retrouvé hier à Prenzlauer Berg. Il partage aussi le studio d’enregistrement de Marc. Un batteur, un clavier-guitariste, un bassiste chanteur. Ils n’ont pas inventé le funk, mais ils assurent très bien et le public venu nombreux en a pour son argent et son tampon. À l’entrée des clubs, on vous tamponne la main afin que vous puissiez aller et venir sans souci. L’emmerdant, c’est que l’encre utilisée est limite indélébile et ne part qu’au papier de verre. Après le concert, un DJ envoie une musique absolument banale pour danser. Une femme de bonne carrure s’empare de la mini-piste de danse et entame une gestuelle martiale tout en changeant constamment ses affaires de place et en arrangeant, dérangeant ses cheveux à la vitesse d’un joueur de bonneteau. Elle ne doit pas boire que du café. Je crève en rentrant. Pas moi, le vélo.
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July 15, 2009 - Wednesday
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Jeudi 18 juin L’exposition permanente de la Neue Nationalgalerie a été répartie dans d’autres musées pour l’installation d’une installation en cours d’installation. Le hall est complètement vide, les quatre immenses murs vitrés sont couverts de peinture blanche. Il n’y a personne à l’intérieur, excepté un homme au guichet situé assez loin de la porte à tambour. Les pas résonnent dans le silence. L’architecture du lieu et son inoccupation plonge le visiteur dans une scène inédite de PLAYTIME de Jacques Tati. On s’attend à voir surgir M. Hulot, la pipe en l’air et le parapluie à la main. À 20h, cocktail de vernissage à l’Ambassade de France pour l’exposition de bandes dessinées franco-allemandes, Comic-Kunst. Frédérique Bertrand, Blexbolex, Michel Galvin, Pierre La Police, côté français ; Atak, Anke Feuchtenberger, Stefano Ricci, Henning Wagenbreth, côté allemand. Tous les artistes sont là, mais je n’en verrai aucun. Je me fais alpaguer sans arrêt par des connaissances qui me présentent à d’autres connaissances et, le vin blanc aidant, ma curiosité se retire pour laisser place à la chasse aux éclats de rire. Les œuvres présentées ici sont plus des tableaux que des planches, plus appropriés au faste du bâtiment. Après le cocktail, Patrick de Zadig, Jean Meynard et moi-même atterrissons sur Oranienburgerstrasse pour boire une dernière bière et refaire le monde des relations franco-allemandes. Vendredi 19 juin J’ai rendez-vous à midi à Zille-Markt sur Bleibtreustrasse avec Isabelle Nicolas, professeur à la Freie Universität. Le Zille-Markt est un bistro ancien à la Berlinoise, où l’on ne servira jamais de tofu et de lait de soja. La carte propose du consistant, du solide, du lourd. L’intérieur est décoré de dessins de l’illustrateur Zille qui croqua les Berlinois avec humour et tendresse au début du XXe siècle. Je passe ensuite à l’Institut Française tout proche pour l’autre partie de l’exposition Comic-Kunst. Là, sont accrochées les planches des dessinateurs. Je repars tardivement de l’Institut, après avoir fait le tour de tous les gens que je connais maintenant dans les lieux. Je suis invité à dîner chez Patrick qui habite au-dessus de sa librairie Zadig. Nous discutons de choses et d’autres en écoutant le dernier Sonic Youth en boucle. À un moment, Myriam, la compagne de Patrick, évoque le nom de Stéréo Total, un binôme pop franco-berlinois qui sévit depuis quelques années maintenant dans la capitale. J’ai lu ce matin dans Zitty, la revue des sorties culturelles de la ville, que le groupe se produisait ce soir, à côté de chez moi, à minuit, au SO 36, sur Oranienstrasse. Myriam bondit de joie. Elle veut absolument les voir. En trente secondes, nous laissons Patrick avec les enfants qui dorment et la vaisselle en vrac et partons à toute allure à Kreuzberg, elle en taxi et moi en vélo. Myriam a beaucoup fréquenté le SO 36 lors de ses premières années à Berlin. C’est un club légendaire, menacé de fermeture à cause des nuisances sonores. Le concert de Stéréo Total est une soirée de soutien au club, la première de toute une série, afin de collecter l’argent nécessaire à l’isolation des murs. La faune est bigarrée. Les punks côtoient les étudiants et les jeunes touristes. La salle est bien foutue. La petite scène est assez loin du bar pour que les amateurs de bière et d’éructations puissent s’en donner à cœur joie sans trop déranger les auditeurs. Stéréo Total, c’est un peu Rita Mitsouko, toute première formule. Françoise Cactus chante en français, en anglais mais surtout en allemand avec un accent à couper au couteau. On dirait une tenancière d’hôtel de province. Elle joue parfois de la batterie ou de la guitare sommaire. Bretzel Göring assure le lancement des samples et les sons électros, aussi la guitare rythmique, un peu de batterie. Il saute de partout autant qu’il peut. Les chansons sont de la pop décalée et joyeuse, sans prétention. On est là pour s’amuser, c’est tout. Et ça le fait.
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