MySpace
myspace music


ORIGINES CONTROLEES



Last Updated: 11/22/2009

Send Message
Instant Message
Email to a Friend
Subscribe

Status: Single
City: Toulouse
State: Midi-Pyrénées
Country: FR
Signup Date: 7/23/2007

Blog Archive
[Older      Newer]
 /  / 
Wednesday, September 26, 2007 
"Nous étions, au début des années quatre vingt, quelques milliers, puis quelques dizaines de milliers d'enfants issus de l'immigration, à tout à coup éclore de nos ruches en béton pour aller s'humecter à Paris du miel de la république. Nous proclamions alors notre appartenance à la mère république. Kéffiehs et drapeaux tricolores au vent, on s'honorait du triptyque républicain et d'une appartenance aux deux bords d'une mer plate qui vit fuir, partir et revenir nombre de pionniers qui, guitare à l'épaule ou simple baluchon, cherchaient de part et d'autres un Eldorado sans or au flanc de la Montagne.
Enfants de France, nous l'aimions sans équivoque. Malgré les blessures de "la guerre sans nom", ç'est dans son aile tiède que ce sont chauffés nos élans d'en découdre avec toutes les formes de discrimination. Dans ses cours de récrés et dans ses livres, nos têtes frisées se remplissaient des vers de La Fontaine. Dans ses buissons, ses terrains de foot aux genoux mercurochromés, ses villages, nos enfances écartaient des sourires innocents.
Tels des chênes géants on s'est enraciné à l'eau de toutes les égalités, aux airs de justice. On s'est ferré au sol d'une terre ne demandant qu'à chérir la sève de ses plantes, d'où qu'elles soient. Bien plus qu'on ne le voulait, on s'est fait descendants d'ancêtres aux cheveux blonds dessinés pour nous plaire dans les livres d'histoire. Et jamais, Oh grand jamais, il nous vint à l'idée de ne pas en vouloir.
Mais tout ne fut pas en rires et chants d'anniversaires. Les balles ont bel et bien fusé et les corps mutilés doutent encore qu'il faille absolument pardonner. Pendant que les champs s'aggrandissaient de tombes au lieu de blé, les vieux courbaient le dos mais les fils apprenaient. De Lille à Bab El oued, de Toulouse à Oran, Hugo, Voltaire et Char réclamaient pour chaque peuple le droit et la dignité. Un même chant s'élevait dans les classes du bled comme dans celles du midi pyrénéen : "liberté ! " . Ainsi, sous la bannière aux trois couleurs, deux peuples s'affrontaient sous un même idéal, pour une terre, L'Algérie. Etrange contradiction que d'aspirer à l'universalité sans qu'elle fût assumée jusqu'au bout.
C'est chargé de cette mélancolie mais aussi d'espoir qu'est né un genre de chansons dites " chansons de l'immigration": ni tout à fait arabes, ni tout à fait kabyles, mais peut-être tout à fait françaises. Ce genre s'est éclos dans les années quarante avec pour unique thème poussé au paroxysme "l'exil" (l'Ghorba) et comme lieu d'expression les faubourgs de Paris. Il a mis en lumière un blues urbain comme un village raccroché à la grande ville par la "voie Ferré". Ils étaient maçons, porteurs d'eau, voyous, souteneurs de maltaises, mais aimaient la musique passionnément.
De Piaf aux compagnons, en passant par l'Egyptien Abdelhalim, ils picoraient les sons des bords de la mer bleue, mais sans appartenir à chacun absolument.
Si elle est méconnue par les plus jeunes, elle forme en vérité un folklore d'ici, une langue d'ici, berbéro-parisienne ou franca-rabe, où l'on entend aussi bien les noms "d'Aubervilliers, Barbès ou la Chapelle" que ceux de " Alger et Oran".
Mouss et Hakim se font, le temps de treize titres, les héritiers frondeurs, mélancoliques et pleins d'humour de cette époque révolue. Ils ont rouvert ce livre aux pages d'eau salée comme pour rappeler à la France un bout de son patrimoine et de son histoire. Pour rappeler que la chanson française, il fut un temps, s'appelait aussi Dahmane, Mazouni ou Slimane.
Merci les gars."
Magyd Cherfi.