Gender: Female
Status: Single
Age: 26
Sign: Leo
City: Paris XIX°
State: Ile-de-France
Country: FR
Signup Date: 8/19/2007
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Sunday, March 09, 2008
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Current mood:  adored
Bonjour à tous ! Je tenais à m'excuser pour mon absence ces derniers jours, je travaille sur une vraie publication (à compte d'éditeur et tout) et je n'ai plus de temps pour Myspace !! Et voilà un petit texte du Week End rien que pour vous ! (Ps : Ce n'est pas une autobiographie ;)) Val, de guerre VétéraneBonne lecture !! (N'hésitez pas à vous inscrire sur ce site, In libro Véritas !)
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Saturday, March 01, 2008
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Current mood:  lethargic
Bonjour à tous !! Tout va bien, je travaille actuellement sur le scénario de mes textes, avec quelques découvertes au passage ! C'est ainsi que, extirpé des vastes méandres du net, apparaît "la Lumière" A lire ici ;)Précision : ce texte n'est pas de moi, mais d'un ami sur la communauté ILV, Fredleborgne ;) Si vous aimez mon style, cette histoire vous plaira aussi ;) Très bonne lecture :p
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Saturday, February 16, 2008
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Current mood:  tested
Je vais mieux ! Pour la peine, voilà l'intro de ma prochaine nouvelle !! Course ! Tout commence par une course. J'existe parce qu'un spermatozoïde a été le plus rapide, le plus fort, parce qu'il a trouvé le chemin, la bonne trompe de Fallope. Des courses. Un panier à la main, à remplir pour se nourrir. Des courses. Un hippodrome. J'étais si jeune, quand j'ai vu 15 chevaux pur-sang numérotés courir stupidement en cercle. Pour gagner quoi ? La course ! Je m'interdis de la perdre ! La mort me poursuit. Comment c'est arrivé ? Fort stupidement. Je suis à la rue depuis plusieurs jours. Mon locataire refuse de me laisser rentrer, ou alors, il traverse l'une de ses énièmes phases "ours des cavernes". J'ai frappé la maudite porte de l'appartement, des heures. J'ai demandé pardon. Je me suis allongée sur le paillasson, j'ai attendu, que le sommeil me prenne, car qui dort dîne. Une faim violente, insidieuse, m'a réveillée. J'ai hurlé des excuses une dernière fois. Pure perte. Mon locataire se terrait dans MON appartement ! Incroyable... mais vrai. J'ai descendu les escaliers en spirale. La concierge de l'immeuble, réveillée par mes cris, m'a jetée un regard furibond, une vieille chaussure, et une grosse pierre. J'ignore pourquoi elle me déteste à ce point. J'ai fui, dans la rue. Tôt le matin, j'ai croisé des contribuables en route pour leur travail. C'est à peine s'ils m'ont adressé un regard morne. A peine s'ils sont vivants. Le spectacle que j'offre était donc si commun, pour qu'aucun ne réagisse ? J'avais SI FAIM ! Je me serais jetée sur le premier, la première... Poubelle ! Des emballages plastiques. Du pétrole raffiné. Puant. Berk ! Stupide que j'étais ! Vendredi, jour des plastiques ! J'avais beau posséder plusieurs vies, je me demandais, en cette instant, si l'une d'elles n'allait pas s'achever ici, sur le trottoir, dans l'indifférence générale. Course ! Les mâchoires de la mort claquent. Je bondis, aussi haut que possible, et dévie ma trajectoire pour surprendre mon poursuivant. Il glisse sur le macadam, perd un temps précieux. Je slalome pour éviter une neugeot 306. Il s'en est fallu de peu. Pourquoi la mort me poursuit ? J'y arrive. Mon poubellaller éventé, j'ai cherché un autre moyen de me nourrir. J'aurais pu attendre sur le trottoir, faire les yeux doux, pour qu'une personne avec un coeur s'arrête. Non. J'avais trop faim, ici, et maintenant. Je me suis assise, et j'ai respiré. Profondément. Une odeur de poulet, ténue, m'est parvenue. Mon estomac me guida jusqu'à un jardin d'enceinte Sarisien mal entretenu. Hautes herbes, arbustes privés de taille depuis des années, déjections un peu partout... Ce dernier détail aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Mais la voix de mon estomac était plus forte. Des os de poulets par terre !! Plein de viande, accrochée dessus ! Quelle aubaine. Je nettoyais et croquais la viande blanche, heureuse de me rassasier. Je brisais un os pour me délecter de la moelle. Enfin. Un grincement. La porte d'un vieil appartement s'ouvrit, sur ma gauche. La puce à l'oreille, raté, et paf ! Le sac à puces aux trousses ! Un énorme rottweiler noir et feu, baves aux babines, s'est jeté à ma poursuite ! Son maître l'a rappelé, en pure perte. J'ai fui, aussi vite que possible, dans la rue, sous le regard amusé des passants. Amusé, oui ! Ils se gaussent de mon malheur, rient de ma fuite, parient sur la mort ou sur moi comme ils joueraient au PMU ! Mes forces déclinent. Mon corps réclame de la nourriture, mes poumons de l'oxygène ! Je perçois le souffle canin, la brûlure de mes muscles se fait insupportable... Instinctivement, j'ai pris le chemin de l'Avenue de Persailles, où vit mon locataire. Je croise une flopées de poubelles à plastiques. Des humains. Des pots de fleurs aux fenêtre. Je prie mon Dieu, s'il m'entend, de m'accorder une vie plus longue. Il me reste tant à explorer en compagnie de mon Homme, dans l'appartement... J'oblique à droite, angle de rue. Frôlement d'incisives. Haleine de chien. Il me faut un miracle, vite ! Un poteau téléphonique ? Non. Impossible. Enfin !! J'aperçois le salut à 100 mètres devant moi ! Un acacia, le premier et dernier, épargné par la confrérie des conducteurs de poids lourds en colère qui se font des arbres avec leurs bahuts. Je puise dans mes dernières réserves. Quelques passants semblent réagir à la présence du rottweiler. Ils s'écartent. Qui sait, ce montre de mort pourrait les poursuivre eux aussi ? Ca m'arrangerait ! L'arbre se rapproche à vitesse fulgurante. Je n'aurais pas de seconde chance. Je rassemble mes ultimes forces dans mes membres postérieurs. Détente. Saut formidable, je m'envole littéralement vers l'écorce amie de l'acacia. Pourvue qu'elle ne soit pas recouverte d'un de ces étranges produits glissants ! Pas de seconde... Bingo ! Mes griffes aggripent l'écorce rugueuse, je rebondis et prend place sur la première branche, hors d'atteinte. La mort tourne, impuissante, au pied de mon arbre ami. J'exulte ! Je savoure ma victoire, à défaut de la moelle de poulet. Un humain épuisé rejoint mon bourreau canin en ahanant, le frappe d'un coup de longe de cuir, l'engueule, l'attache et l'éloigne de moi. J'ai gagné ! Avant qu'il n'enferme mon ennemi entre ses murs froids, je vais lui dire qui je suis ! ©Protégé par contrat créative commons http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
A suivre, si ma Muse le veut bien ! Pour rappel, vous avez la possibilité de voter pour mes textes, sur ma page. Je vous embrasse tous !! ;)
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Thursday, February 14, 2008
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Current mood:  used
Bonsoir :o Ce n'est pas mon genre de créer des billets pour raconter mes états d'âme... J'écris pour partager ce qui est beau, original, intense, extraordinaire... Ce soir... J'ai mal !!! Peur !!! Que celà cesse, je donnerai tout pour .. Je peux donner une petite fiction ce soir, sans répandre de traînées de sang sur mon passage... Si vous voulez savoir ce qui me blesse, la réponse est simple... moi-même. Faites attention à mon passage, une licorne blessée a tendance à charger tout ce qu'elle voit, même ses amis. Et je ne veux pas frapper qui que ce soit. D'avance, pardon. (ce texte est sûrement mauvais...)
Licorne et Nightmare.
Il était une fois une petite licorne blanche. Aveugle, dans un monde doux, sûr, et chaud, elle se laissait emporter de monts en vallées, inatteignable, à l'abri, qu'on le nomme utérus... ou, tout simplement, l'Amour. La petite licorne avait une mère, Tinare, et un père, Vaexir. Ils désiraient lui montrer, pour toute première image après sa naissance, un grand lac aux eaux calmes. La nuit s'achevait sur l'aube d'une vie nouvelle, un soleil prêt à réchauffer la petite licorne blanche. Alors, Vaexir et Tinare cherchèrent un les eaux calmes, pour l'arrivée de la petite licorne. Ils avaient trop tardé. Leur monde avait basculé, peu à peu, sournoisement, vers un temps différent. Les grands lacs purs aux eaux calmes n'existaient plus... Les dernières eaux du monde étaient souillées, par les humains, de déchets, par tonnes, cachant les sédiments, sans que l'on sache pourquoi. - Qu'importe, dit Vaexir, purifions ce lac, et nous rejoindrons ensuite le monde des hommes. Nous n'avons plus le choix. Plus le choix. Ils étaient partout... les humains. Les maîtres du monde. Un monde où Vaexir, Tinare et leur fillle n'auraient pas leur place. Tinare plongea au sein des eaux noirâtres. Des sacs plastiques décorés de couleurs vives, des caisses éventrées, des pneus usés y flottaient, dans l'indifférence générale. Alors, Tinare trempa le bout de sa corne au fond des eaux et aspira les poisons de l'existence humaine. Mais il y en avait tellement... trop... Un feu cuisant dévora Tinare de l'intérieur. Elle lutta, se cabra, frappa l'onde, et, à l'intérieur de son ventre, la petite licorne souffrait avec elle. Vaexir vola au secours de sa moitié. Mais, comme toutes les licornes, il possédait une grande force doublée d'une faiblesse évidente. Ne pas supporter la souffrance. Il souleva Tinare et, à corps perdu dans la bataille, tenta de la ramener sur le rivage. La souffrance de Tinare et sa fille suintait par vagues, elle devint vite insupportable. Douleur. Pendant que ses sabots glissaient dans la vase, Vaexir basculait vers la folie. Pour rien au monde il n'aurait abandonné sa femme et sa fille ! Lourde... si lourde... la masse de la souffrance... Vaexir se cabra, en consumant ses dernières forces, comme une chandelle brille si fort avant de s'éteindre à jamais. Il rejoignit le rivage... mais, au moment où son dernier sabot sortait de la vase, il s'effondra. Mort. Des hommes virent Tinare, effondrée sur le corps encore chaud de sa moitié. Ils l'examinèrent, l'attachèrent sur un lit à roulette, l'enfermèrent dans une ambulance, et la conduisirent dans ce qu'ils appellaient une "clinique". Là, ils la couchèrent sur un grand lit blanc, et sa fille vit le jour. Des ténèbres rassurantes aux grands flashes d'artifice-ciel aveuglants. Du liquide à l'air froid, si froid ! Du contact rassurant partout autour delle à une main inconnue, glaciale. On appella l'enfant Valwenkay. Dès son premier instant, elle sut que ce monde n'était pas sien. Elle ne dit rien, ne bougea pas, tant et si bien que les hommes en blanc l'affublèrent d'un de ces mots-signifiants qu'ils affectionnent tant : "autiste". Valwenkay ne voulaot pas vivre ici. Non. Pas dans ce monde, dans ce temps, si froids, factices et blessants. Elle voulait les lacs aux eaux calmes. Les grandes forets. Un ciel bleu sans trainées d'avions. Elle avait fait son choix : se laisser mourir. "- En es-tu bien sure ?" lui demanda une voix. Valwenkay hésita. - Tu peux changer ce monde, s'il ne te plait pas, tu sais. Renoncer, fuir, serait lâche. Sans compter le chagrin incommensurable que tu causerais à ta mère. Alors, Valwenkay accepta. Elle poussa un cri, deux. Tinare, qui avait tant et tant souffert, la porta dans ses bras et l'emmena avec elle dans le monde des hommes.
Leur vie était si difficile... d'années en années, Valwenkay se sentait de moins en moins à sa place. Parfois, elle était licorne, tentant de comprendre ce monde, pourquoi les gens étaient si méchants, pourquoi ils faisaient si mal, pourquoi ils détruisant tant alors qu'il serait si simple de reconstruire. Ensembles. Et parfois, lorsque la souffrance devenait trop grande, Valwenkay se faisait nightmare, brûlant, piétinant, déruisant sur son passage ce monde aberrant qu'elle détestait chaque jour davantage. Tinare ne put rien faire. Elle avait accepté le monde des hommes, bien qu'elle n'y trouvait ni bonheur ni joie. Elle tenta de refaire sa vie avec un autre humain, sans y parvenir. On appelle ça divorce. Valwenkay devenit chaque jour plus Nightmare. Mais le mal qu'elle pouvait répandre l'horrifiait et l'apeurait. Elle se réfugia au plus profond d'elle même, cachant la peur, la souffrance et la haine en un lieu où nul ne pourrait les voir, et tenta d'offrir le peu de Bien qui lui restait à ses rares amis. Comme elle souffrait, comme elle souffrait !! Le poison la rongeait elle-aussi de l'interieur, serpent vivace plantait ses crochets dans chaque organe. Parfois, il mordait le coeur, et Valwenkay croyait entendre une batterie de hard-rock l'accompagner. Parfois, il empoisonnait tous les muscles, et Valwenkay se tordait de douleur dans son lit la nuit, incapable de trouver le repos. Parfois, il mordait la tête, et Valwenkay ressassait des visions de sang et de mort des jours durant. Pourtant, elle survécut... jusqu'au jour où... Tous ceux qui avaient tenter de lui faire accepter le monde des hommes avaient échoué. Qu'on les nomme psys, médecins, ou thérapeutes, tous finirent encornés, piétinés, dévorés. Jusqu'au jour où... on lui montra le monde differemment. Un monde de paix, d'amour et de bien être. Il suffisait de le vouloir. C'était si simple !! Trop. Valwenkay avait enfin trouvé ce qu'elle cherchait. Si elle ne pouvait s'adapter au monde, le monde s'adapterait ! Mais... elle oscillait tant et tant entre le monde des hommes et la folie furieuse qu'elle craignit de faire un faux pas. Trop faible. Trop fragile. Elle s'accrocha, encore et toujours, à son guide, incapable de se faire confiance. Elle tenta, encore et toujours, de donner le meilleur, et cru vraiment y parvenir ! Jusqu'au jour où la réalité du monde la rappella à son joug, terrible. échec. Valwenkay venait de perdre son but, son chemin, et sa joie... lutter pour ne pas devenir Nightmare. Combien de temps ?
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Friday, February 08, 2008
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Current mood:  adventurous
Bonjour à tous ! Si vous avez toujours voulu apprendre à personnaliser votre page myspace, à faire des bannières, des liens, des avatars, à utiliser des logiciels de retouche graphique, de PAO, de 3D sans payer ... Cet article est pour vous !! 11 chapitres destinés à tous les allergiques aux concepts matheux !
(Le but est uniquement d'aider sur Myspace, non pas de vous permettre de créer un site web ! (il existe des cours gratuits spécialisés pour celà, par exemple sur le site du zéro.) Note : Les chapitres seront mit en ligne petit à petit ! N'hésitez pas à repasser régulièrement ! 1) Comment personnaliser ma page avec du XHTML ? Est-ce difficile ?
2) Comment mettre un lien cliquable sur ma page, dans un commentaire, etc...
3) Comment insérer une image, et une image cliquable ?
4) Apprendre la retouche graphique avec the GIMP :p
5) Créer des bannières, des montages photos et retoucher vos photos avec the GIMP
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Sunday, February 03, 2008
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Current mood:  adored
Bonsoir à tous! Voici la version longue d'une nouvelle créée pour un concours sur un site informatique, E-Terre Pour des raisons de mise en forme, je vous invite à la lire en cliquant sur ce lien : E-TerreTrès bonne lecture !! Les croissants virtuels sont toujours dispo ! (Quand l'elfe livreur fait pas grève :p)
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Monday, January 21, 2008
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Current mood:  frisky
Bonjour, encore une petite histoire à vous faire partager !
1) Newa Jansky.
Il est de notoriété publique que les plus grandes aventures commencent là où on les attend le moins. Tu ouvres une armoire et tu débarques dans un monde parallèle, un géant vient de chopper à la maison et te révèle que tu es sorcier-e, un vieux à barbe te refile un anneau en te demandant de sauver le monde, tu creuses un trou et tu trouves un autre anneau qui te donne des super-pouvoirs... Tous les jours, sur le chemin entre ma petite maison campagnarde et la Poste où je travaille, j'ai attendu qu'un géant, un magicien ou un faune vienne me parler. Vous savez quoi ? C'est jamais arrivé. Toujours les mêmes clients, les mêmes colis, les mêmes retraits de liquide, chaque soir, pâtes ou riz, un câlin à ma chienne, je lui donne mon gras de viande, remonte l'escalier, regarde ma messagerie instantanée sur PC au cas où un ami m'aurait parlé pendant le dîner, puis je redescend pendant qu'Ariane, ma Jack-Russel, trépigne sur pattes. Ariane ? La muse canine qui partage ma vie depuis deux ans maintenant. Je dirai qu'elle est Love-and-Brute, un c--ur de gentillesse caché sous une armure pelagée tricolore, barbaro-insouciante. L'avantage à vivre avec un chien plutôt qu'un homme, c'est que tu n'as jamais besoin d'abaisser la cuvette des toilettes quand t'as une envie pressante, tu peux prendre toutes les couvertures de ton lit double (sans homo-transpiro-nauséabondus-ronflus à tes côtés) et même calinouter un truc chaud et poilu pendant des heures. Remarquez, elle a tendance à perdre ses poils et goutter des babines dans la baraque, ma chose douce et poilue. Ma muse canine cliquetait donc des pattes au rez-de-chaussée, dans l'impatiente attente de nôtre sortie vespérale en chemin de campagne. - Voui, voui, On y va ! Je parle à mon chien ! Que ceux qui ôseraient s'en moquer décanillent prestement ! On verra si, au bout de 5 ans de célibat, vous ne parlez pas à vos animaux de compagnie ! Nous passons par le garage, débouchons sur le jardin, et comme d'habitude, Ariane est trop excitée pour se laisser attacher tranquille. Ca, c'est une particularité des Jack-Russels. Ils doivent avoir une batterie interne de 200 000 volts branchée en permanence. Ariane et moi faisons une course du portail au pont au-dessus de la grand-route du village. Comme d'habitude, elle gagne, et finit par me traîner du bout de la laisse. Dans des cas comme ça, tu te sens vraiment boulet en tant qu'humain. Mes jambes lâchent au sommet du pont, tandis que j'ahane en me tenant le ventre, la petite bête revient poser ses coussinets sales sur mon manteau et me lécher le visage. Berk ! En parfait yo-yo canin, elle s'éloigne à nouveau, à l'affût d'une quelconque merde à renifler. - Ariane, ramènes ta truffe ici s'tu veux qu'je te détache ! Le mousqueton de la laisse à rallonge cliquète, et je libère ma muse canine. Elle galope hors de portée, je lève les yeux sur un ciel en soupe-grise-opaque. La lune perce un léger halo aux pâles couleurs de l'arc en ciel. Je ne vois nulle étoile, sauf celle du berger, qui n'est pas une étoile en fait. C'est la planète Vénus. La faible lumière qui parvient jusqu'à moi ne fait guère naître d'ombre, mais suffit pour voir le chemin. Pas n'importe quel chemin. C'est Ivenway. Je l'ai nommé ainsi, ce chemin, parce qu'il n'avait pas encore de nom. Ivenway n'est qu'un chemin de terre qui zigzague entre les champs. Il parait rebutant à première vue, encombré de pneus, roues de tracteur, morceaux de ferraille, vieilles portes, poutres, cadres, et d'autres immondices déversés par ceux qui ont la flemme de trouver une déchetterie. L'éternelle connerie humaine est ici souci mineur. Ivenway est merveilleux, car j'ignore où il conduit. Je pourrais le demander, mais découvrir par soi-même, c'est la moitié du plaisir à rejoindre ce chemin. Il a un esprit protecteur, Ivenway. Je l'ai appellé D'Ivenway, parce qu'il fait partie de ce lieu tout comme j'appartiens à mon village.C'est un rapace invisible, que j'entend parfois au loin, poussant son long cri "IIIIIEEEEEEE." En ces soirées d'hiver, je suis sûre de ne croiser nulle âme humaine. Parfois des lapins, et, une fois, un renard. Personne n'est assez fou pour arpenter un chemin de campagne en pleine nuit. Je perçois le léger whootement du vent, quelques voitures sur la grand-route, un croassement de corbeau et un bruit de clochettes. *gling* *gling* Un bruit de clochettes ? Ben tiens. Si c'étaient des bhean sidhes ou des gnomes ? - Les glingueurs, si vous voulez passer pour des bhean sidhes ou des gnomes, il faudra retintinnabuler par une nuit calme. Je sais très bien que le vent dans les grandes plantes du bord du chemin provoque ce bruit. Les gnomes, ça n'existe que dans les romans de fantasy. Par exemple, dans le dernier que j'ai lu, y'avait un gnome nommé "Boon"... Le vent tombe. *gling* gling* - Je vous ai vexés ? Allons bon. Si vous voulez vraiment me parler, il va falloir le faire autrement que par le truchement d'un son de clochettes... - Et voilà le problème des humains : Ils refusent d'abandonner leur point de vue !! 2) Naféa- HAAAAAAAAAAAAA !! - Quand tu auras fini de hurler, jeune femme, on pourra peut-être parler entre entités civilisées ! - Une fée-papillon toute bleue !! - Je suis Naféa, la fée des champs, ravie de te rencontrer, madame. - Mademoiselle ! Et...Hum... Euuh...Tu... tu es la fée bleue des champs de blé, c'est ça ..? - Des champs de recherche sous Google ! Qu'est-ce que tu crois, il faut vivre avec son temps, jeune femme ! - Des ch... excuses-moi, je digère l'information, et je me renverse mon litre d'eau en sac-à-dos sur la tête, histoire de dissiper les hallucinations... youpi ! Je fouille, extrait ma bouteille, dévisse le bouchon et l'eau claire coule le long de mon visage en imprègnant mes vêtements. Naféa gromelle, plus réelle que jamais. - C'est malin ! Je dois te sécher pour pas que tu tombes malade, maintenant !! - Oui, tu vas me faire croire qu'une petite fée bleue à ailes de papillon qui fait des bruits de clochette le long de mon chemin de campagne a des super-pouvoirs permettent de faire sécher mes fringues instantanément. Tout va bien ! Fil de la réalité, reviens ! Je suis Newa, postière célibataire de Houillère-en-champésis, je promène ma chienne et les fées bleues à ailes de papillon n'existent pas ! Ariane. Ariane ?? ARIAAAAANE !! Ma muse canine renifle les bas-côté, sans se préoccuper le moins du monde de Naféa qui volette devant moi. - Voilà la preuve de ton inexistence, fée bleue : Ma chienne ne te voit pas ! - C'est exactement l'inverse, jeune femme : les chiens sont tellement habitués à me voir qu'il ne font même plus attention à moi. Dis, toi qui as souhaité vivre un truc extraordinaire toute ta vie, tu devrais faire plus attention à tes voeux et *elle appuie un doigt contre mon nez* saisir ta chance ! - Voeux ? Tu peux exaucer les voeux en plus ? - Sous certaines conditions... - D'accord : Dis-moi comment moi, Newa Jansky, postière d'Houillère-en-champésis, je peux être ici à te parler, en cet instant précis ? - Tu valides ton voeu, c'est ton dernier mot ? - Non ! - Très bien, je t'offre la réponse gratuitement ! Avant d'être la fée des champs de recherche sous Google, j'étais humaine, professeur de linguistique et de FLE. - De FLE ? Qu'est-ce que c'est ? - De Français Langue Etrangère. J'ai pris des cours pendant 3 ans, à la faculté de Saint Nedis. 3 ans où l'on nous a distillé la vie de Ferdinand de Chaussure et Noâm Chôme-ski. J'ai eu besoin d'un bon filtre-passoire pour relever les informations intéressantes dans la soupe désinformationnelle-éducative française, mais heureusement, j'ai tiré quelques choses utiles de cet enseignement. "Comment parler à des étrangers très étranges" par exemple. J'étais ainsi devenue la première humaine omnilinguiste. - Tu veux dire que tu parlais toutes les langues ? - Mieux que ça : je communique avec tous les êtres vivants. - Gné ? - Assieds-toi dans l'herbe, par là. Mieux que ça, t'as une pierre sous les fesses. Je te la téléporte... Voilà. Poses ton sac, tu seras plus à l'aise. Bien. Je vais te faire un cours particulier. Tu m'écoutes ? - Je suppose que je n'ai pas le choix... tu es une fée avec des super-pouvoirs, tu peux me rôtir sur place ou me changer en bouse de vache si je te désobéis... - J'ai l'air si méchante ? Raahlala... Réponds à cette question, jeune femme : Qu'est-ce que communiquer, pour toi ? - Parler ? - Mais encore ? - Écrire ..? - Une autre. - .. Je ne sais pas... - Une gestuelle, des émotions, des odeurs, des images, des sons... tout celà fait partie de la communication. La communication, c'est l'ensemble de toutes ces choses porteuses d'information. Chaque espèce vivante, toi, moi, ta chienne Ariane, une coccinelle, une fleur, chaque être vivant utilise un panel plus ou moins large de la liste que je viens de citer pour communiquer. Tu capiches ? - Oui... je crois... - Quand 2 espèces vivantes utilisent un panel qui ne se recouvre pas, elles sont incapable de se comprendre, et ont tendance à se nuire mutuellement par ignorance. - Se nuire mutuellement ? Non. Regarde, je ne peux pas parler à ma chienne et pourtant, je la rend heureuse. - Etait-elle heureuse quand tu lui a offert un collier de cuir à Noël ? - Euuuh... - Etait-elle heureuse quand tu lui a acheté une nouvelle laisse parce qu'elle avait déchiqueté l'ancienne à coups de dents ? - T'as raison... En fait... Je ne vaux rien ! - Tut-tut-tut, arrêtes de te lamenter, en restant là à m'écouter, tu fais le premier pas pour devenir quelqu'un de bien. - Tu crois ? - J'en suis persuadée. - Je t'écoute alors... Le problème avec la plupart des humains comme toi, c'est qu'ils ont un panel de communication très étroit et qu'ils tentent d'imposer leur propre langage aux animaux. - J'ai appris les mots "balle", "croquette" "laisse" et "sortie" à ma chienne... - En tant qu'espèce plus intelligente, c'est à toi d'apprendre le langage de ta chienne. Pas l'inverse. - Ma chienne, elle pense avec sa truffe... - Tu as déjà progressé. Ariane et toi, vous percevez le monde différemment, mais vos signifiés sont exactement les mêmes. - Nos signifiés ? - Je t'explique ça presto... Regarde.... L'arbre, là bas. - C'est un bouleau. - C'est un arbre qui existe, tu peux le voir, le toucher, le sentir, caresser sa fine écorce blanche avec tes mains... - Oui, et alors ? - Ce bouleau est quelque chose qui existe dans le monde. L'arbre que tu peux voir, toucher, sentir et caresser est un signifié. Un signifié, c'est quelque chose qui existe ... tout simplement. Le mot "bouleau", que tu utilises pour désigner cet arbre, est un signifiant. Un symbole, un signe pour désigner l'arbre à écorce blanche que tu peux voir, sentir, et toucher là bas. Tu me suis toujours ? - Oui, c'est la différence entre l'objet et le mot qui le désigne. - Pas seulement. La compassion existe, pourtant tu ne peux ni la voir, ni la toucher, ni la sentir. - Je comprend. Enfin... je crois. - Le signifié ne change pas. Aujourd'hui comme il y a trois millénaire de celà, un bouleau a toujours été un bouleau. Par contre, en fonction des époques et des lieux, un bouleau peut être désigné comme Fagales Betulaceae, birch, abedul, betulla ou encore gwez bezv. Quel que soit le signifiant que tu utilise, tu désignes toujours le même signifié. Le bouleau. Et le jour où tous les êtres vivants pourront communiquer de signifié à signifié, sans passer par la barrière du signifiant, j'aurais enfin sauvé le monde ! - Quelle modestie... - J'aurais pu être la Philip K. Dick ou la Bernard Werber Française à l'époque où j'ai vécu... - Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? - Une reconnaissance posthume ne m'intéressait pas. Tu sais, après ta mort, on reboote les souvenirs de ta précédente vie, on vide le disque-dur de ton âme... et tu ne peux pas les récupérer, ces informations, à moins de décider toi-même d'enclancher un moteur de recherche sur ton propre passé. - Une fée qui me parle avec des termes informatique ? - Je t'ai dit qu'il faut vivre avec son époque, Newa. Je continue... Avant d'arriver à la communication parfaite signifié-signifié, on peut étendre les panels de toutes les espèces vivantes, afin qu'ils se recoupent. C'est à vous, les humains, de le faire. Il paraît que vous êtes les plus intelligents de cette planète. Les maîtres du monde... - Il paraît, mais j'en doute de plus en plus... - Vous devez vous mettre au niveau des autres espèces, non l'inverse. J'ai confiance en vous, c'est mon boulot, ma tâche. Pas qu'avec des bouleaux... - Tu devais être quelqu'un de très influent, de ton vivant. - Pas du tout. Sais-tu que le système m'a jugée inapte à enseigner la langue française pendant des années ? - Quoi ??? Tu rigoles ! - Il me fallait une licence validée, or, je n'ai pas pu aller au bout de la mienne, pour raisons personnelles. - J'ai jamais entendu quelqu'un me donner un si bon cours ! - Tu m'aurais demandé un diplôme avant de me laisser te faire un cours particulier ? - Il y a des diplômes chez les fées ? Te laisser une chance de faire tes preuve me semble une mesure de bon sens... - Voilà qui est sagement parlé. Puis-je te raconter une petite histoire ? - J'adore les histoires ! Mais...Ce serait mieux en musique ! - Aucun souci, j'ai toujours deux-trois instruments sur moi. Naféa claque des doigts et une harpe apparaît entre ses mains. - Comment peux-tu faire apparaître cette harpe miniature comme ça ? - Miniature ? Elle n'est pas miniature, regarde, c'est pile ma taille... Tu vois qu'il n'est pas facile de changer de point de vue, Newa. De plus, il me faudrait 4 ou 5 ans pour t'expliquer comment je fais apparaître des objets. On va dire que c'est de la magie. Laisse moi 2 minutes, j'accorde... Voilà. Elle s'assied sur une petite pierre, jambes croisées, et commence à jouer. Je crains de m'endormir mais, bien au contraire, sa mélodie me maintient éveillée. - Cette histoire m'a été transmise par le prêtre de Fruyères-en-Parisis, qui la tenait d'un très vieux livre... Non, je t'avoue, en fait, je l'ai entendue au cathéchisme, du temps où j'étais humaine... - Naféa, sans vouloir t'embêter, je suis athée, les concepts religieux, ça reste loin de moi... si tu veux, j'invente une religion : L'athée qui croit aux fées... - Qu'il soit la Bible, le Coran, une tradition orale celte, amérindienne, aborigène, ou une fan-fiction écrite sur internet, qu'importe le messager. L'important, c'est le message. - Tu marques un point. Je t'écoute. - Il y a fort, fort longtemps, en des temps très anciens, tous les humains parlaient le même langage. Ils n'avaient pas d'internet, ni de téléphone portable, ni de machine à faire la vaisselle, ni d'usine à produire 15000 tonnes de lait par jour, mais ils possédaient un grand savoir. Certains d'entre eux se crurent supérieurs aux autres Hommes et entamèrent la construction d'une haute tour pour atteindre les cieux. On l'appellait la tour de Babel. Elle était la preuve de la supériorité de ces hommes, le pilier pour atteindre Dieu. Seulement, Dieu en prit ombrage et punit les hommes en créant les différents langages que tu connais aujourd'hui. - Je ne comprend pas où tu veux en venir, Naféa. Dieu, ça n'existe pas, c'est un truc pour les vieux qui ont peur de mourir... - Laisse-moi t'en raconter une autre : En Grèce antique, un héros nommé Bellérophon parvint, grâce à un magnifique cheval ailé blanc nommé Pégase, à accumuler des exploits, gagner des guerres et tuer d'horribles monstres qui pullulaient en ce temps-là. Grisé par ses victoires, il se prit lui-même pour un Dieu et tenta d'atteindre le mont Olympe, où siégeait Zeus, le roi des Dieux. Seulement, Zeus le punit et Bellérophon fit une chute de 3000 mètres. - Tu veux dire que ça ne sert à rien de tenter d'atteindre des Dieux ? - Je ne veux pas te donner de réponse toute faite. Réfléchis par toi-même. - L'égoïsme, c'est mal ? - L'égoïsme est le premier et le plus grand de tous les fléaux. La plupart des maux actuels viennent de là. Prenons un enfant qui jette un papier de bonbon par terre et un industriel qui exploite des ouvrières chinoises 12 heures par jour pour fabriquer des claviers d'ordinateur à bas prix. Les parents de l'enfant qui jette le papier peuvent lui expliquer pourquoi ce qu'il fait est mal. Mais, en général, plus un Homme a de pouvoirs, moins il est tenté d'écouter les conseils. - Je crois que j'ai compris. Mais... c'est quoi, le pouvoir, pour toi ? Tu peux faire apparaître des harpes en claquant des doigts, exaucer des voeux et communiquer avec n'importe quel être vivants. T'as tous les pouvoirs ! - Avant les années 1950, l'humanité croyait que le pouvoir, c'était de posséder des Terres. Aujourd'hui, elle croit que c'est d'accumuler de l'argent et des biens matériels. Tu verras que tu ne peux chercher à obtenir ce que tu possèdes déjà. - Ca doit être génial de voir le monde comme tu le vois. - Je ne dirai pas celà... Du temps où j'étais humaine, j'ai souffert de ma vision du monde pendant deux décennies. De plus, si tu recevais autant d'information que moi, ton cerveau exploserait ! - C'est fâcheux. Pourtant ton cerveau est plus petit que le mien, apparemment... - Newa, tout va désormais te paraître beaucoup plus clair. Je reviendrai plus tard... - Attends, reste ! J'aimerais parler plus longtemps avec toi, Naféa ! Naféa ? Naféa !!!!
3) le monde canin...
Allongée sur un lit d'hautes herbes fouillettes et odorantes, mains croisées sous la tête. Je vois. Un ciel en soupe-grise-opaque. La lune perce un léger halo aux pâles couleurs de l'arc en ciel. Nulle étoile, sauf celle du berger, qui n'est pas une étoile en fait. C'est la planète Vénus. Ariane me rejoint. Je me relève, m'accroupis à son niveau et la prend sur mes genoux. Elle me lèche le visage. J'entend comme un "Je t'aime, je t'aime ma Déesse" en écho. - Allons bon... j'ai rêvé, ma petite muse canine. M'endormir sur un chemin de Terre... la folie me guette. J'ai dormi longtemps ? Un message d'incompréhension diffus me parvient. Ariane secoue la tête, puis reprend son exploration, truffe en avant. Elle est bientôt happée par les ténèbres environnantes. Quelque chose bouge à ma droite. - Naféa ?? Allons bon, elle n'existe pas ! J'ai r^évé, j'étais allongée dans l'herbe... Mais... Pourquoi j'en doute ? Si seulement ... Une minute ! A quoi bon voyager avec une Jack Russel, chien de chasse, si ce n'est pas pour chasser ? Je siffle Ariane. Elle saute le long de mes jambes en moins de 30 secondes. - Ariane, cherche la fée, s'il te plaît ! - ??? - C'est marrant, j'ai l'impression que tu comprends ce que je dis... - Jouer ? - !!! Ariane sursaute et recule en même temps que moi. Je bascule cul dans l'herbe. "Rappelles-toi les conseils de Naféa", me dis-je, rappelle-toi... - Ariane, tu peux r'nifler à côté de moi ? R'nifle, je crois qu'il y a truc-à-manger ou truc-à-courir-derrière. Ma muse canine promène sa truffe à mes pieds, puis me répond : - Nan Déesse, ça sent ni l'à courir, ni l'à manger. Juste de l'herbe à purge, la verdure à-pas-manger-parce-que-ça-rend-malade et la plante-a-jamais-toucher-parce-que-ça-pique-fort. - De l'ortie... Dis-moi, Ariane, pourquoi tu m'appelles Déesse ? - T'es Déesse de ma meute parce que tu donnes le manger. Ca me gêne que tu me voue une vénération, Ariane.... remarque, pour trouver sa place dans le monde, il paraît qu'un humain a besoin d'un chat qui l'ignore et d'un chien qui l'adore. J'ai bien de la chance ! Qu'en-dis-tu ? - Que continuer à chasser-en-r'niflant c'est mieux. - Ouais ! La terre humide s'enfonce sous mes pas. Je me sens changée, plus légère, bien mieux, en ce tinstant où tout semble possible. Mes pensées sont claires, simples et limpides. - Pourquoi tu avances toujours à la même vitesse sans jamais r'nifle, Déesse ? - Parce que ma truffe est bouchée - Couche-toi-là et je te mord-lèche la truffe pour la déboucher, tu veux ? - Non. Tu ne peux pas la déboucher, les truffes d'humains sont fabriquées comme ça, c'est tout. Par contre mes yeux sont meilleurs que les tiens le jour, Ariane, je vois le rouge et le vert. Toi non. Tu vois pâle, jaune et bleu. - Le jour, ça sert à dormir, et la nuit, à courir-en r'niflant. Sert à rien de bien voir le jour. Dis, c'est quoi rouge et vert ? - Tu comprendras peut-être dans ta prochienne vie. - ? "IIIIIIIIEEEEEEEE" Ce cri familier est celui du rapace protecteur, D'Ivenway. Court, puissant et pénétrant. Ce signe reste pour moi un simple son dépourvu de sens. Pourtant... "IIIIEEEEEEEE IIIIIIIEEEEEEEEE IIIIIIIIIEEEEEEEEEE" - Il est bien bavard, ce soir, l'oiseau D'Ivenway. On dirait qu'il a quelque chose d'important à me dire. - C'est juste un bruit-de-truc-qu'on-peut-pas-courir-après-parce-que-ça-flap-flap. Fais pas attention. Bâton-à-déchiqueter et courir-en-r'niflant, c'est beaucoup mieux. - D'Ivenway est mon ami, le gardien de ce lieu, et ce lieu, mon refuge. S'ilcherche à communiquer, c'est mon devoir que de l'écouter, ne serait-ce qu'une heure par jour. - C'est quoi une heure ? - 1/24 ème d'une journée. - ??? - Des trucs que t'as pas besoin de savoir pour être bien dans ta peau de Jack-Russel - ;) - J'ai vu quelque chose là bas, sur le chemin... - Ca r'nifle pas bon : Pouah ! - Tu r'nifle quoi ? - Pareil que le machin où tu met de la viande-bonne-à-manger dehors que je ne peux pas l'attrapper parce que ça brûle ! - Tu veux dire : Comme les cendres du barbecue ? - Pas tout à fait pareil mais ça ressemble. R'nifle pas bon ! - Tu as raison. Je m'approche de la forme, elle devient une carcasse de voiture carbonisée, abandonnée en travers du chemin de terre. Pas n'importe quelle voiture : Une 309 blanche avec un toit ouvrant... Pourquoi ? - 309 blanche ..? C'est quoi ? - On a eu une voiture comme celle-ci, avant. - On tous ou on-sans-moi ? - On sans toi, tu n'étais pas encore née, Ariane. Par contre, ton prédecesseur canin, Dixy, il a connu la 309 blanche à toit ouvrant. Et il n'aimait pas voyager dedans, à chaque fois, il vomissait sur les sièges. - Tu veux dire que c'est le truc-qui-bouge-seul-quand-t'es-dedans-en-t'retournant-l'ventre-mais-qu'il-faut-faire-l'effort-quand-même-parce-que-ce-truc-il-t'envoyage-dans -des-loin-que-tu-connais-pas-et-où-y'a-souvent-des-autres-chiens ? - C'est exactement ce que je veux dire. - Mais ce truc-qui-t'envoyage là est bizarre, il a pas de surface-bien-douce-où-te-poser-à-coté-des-cuisses-de-ta-Déesse. - C'est normal, elle a été brûlée, cette voiture, brûlée, tu comprend ? C'est comme... Comme ce qu'on fait à la viande pour la rendre moins bonne pour les chiens. - Pourquoi vous faites ça ? - La viande cuite est moins bonne pour les chiens mais meilleure pour les humains. - Je veux dire : Pourquoi brûler le truc-qui-t'envoyage ? - Ca j'aimerais le savoir, pourquoi il y a une carcasse de voiture carbonisée abandonnée à cet endroit. J'aimerais savoir qui a fait celà, pourquoi, et dans quel but ... - T'es un humain et tu comprends pas les trucs d'humains ? - Non. - Ca bizarre. Je comprend tous les trucs-de-chien moi. - Je sais. Mais les humains sont bizarres, Ariane. Très bizarres. On ferait mieux de partir, des fois qu'il reste des biturés-défoncés-voleurs-de-voitures dans le coin. - Je peux te défendre, tu sais ? - Avec tes 30 cm et tes 8 kg ? Je te fais confiance, mais là... c'est au dessus de tes forces, ma belle. Partons. - Mumuse-avec-un-bâton avant ? Y'a pas d'autre humain autour du truc-qui-t'envoyage. - Ariane, tu peux me dire où sont partis les humains de ce truc-qui-t'envoyage ? - Ca r'nifle à pas bon, le truc à pas bon bouche ma truffe et l'eau-du-ciel a effacé beaucoup du r'nifle. Je ne peux pas. - C'est pas grâve. Mumuse-avec-un-bâton ? - Ouiiiiiiii !!! - Choppe-le ! Je lance le bout de bois aussi loin que possible et Ariane bondit à travers les hautes herbes comme un cabri. J'ai su en cet instant que ma vie ne serait plus jamais la même. ©Protégé par contrat creative common. Utilisation à des fins commerciale interdite. Modification interdite. http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
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Sunday, January 20, 2008
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Current mood:  catalyzed
Résumé : Bear est un jeune homme tout juste majeur, qui vit seul dans un petit appartement à Nanterre, avec un père alcoolique et violent. Tous les ans, au nouvel an, il fait le même voeu : Fuir enfin un monde qu'il juge absurde et sans espoir.Cette année là, contre toute attente... ça marche. Il se réveille dans un Paradis idyllique nommé Néanterre, en compagnie d'une ravissante jeune femme, Tama.Tama rend peu à peu à son invité les souvenirs de son enfance, et d'un petit jeu nommé le Tamagotchi, qui lui avait été offert par son défunt grand-père...1) Bear Des voyants clignotent, une sirène hurle, mon second se joint à l'angoissant concert. Cap'tain Bear ? Quoi ??? J'le vois bien que vous allez crever ! Vous savez quoi ? J'ai ai rien à battre ! L'humanité est en ruine. Cramer ma vie avec des gens qui ne voient pas le désastre avenir ? Jamais. Ouverture du poste. Traversée des couloirs. Débloquage du sas. Démarrage de la navette de secours. Explosion. Flou. Ouverture des yeux. Les diodes rouges de mon radio-réveil m'apprennent que j'ai fait des câlins à Morphée plus de 10 heures d'affilée. Waouh, un p'tain de rêve de lâche. Je le sais, que je suis lâche. Dans ce monde, seuls les planqués et les égoïstes ont de bonnes chances de survie. J'ai achevé mon rituel de pionce, prélude au réveillon de la St Sylvestre, synonyme d'une grosse murge toute la nuit, avec mes anciens potes du bahut. Je viens d'atteindre la majorité, j'ai droit à une cuite, une noyade sous les bières du cru ! Je repousse ma couette bleue et ses plumes au pied de mon lit, me dresse d'un bond et enchaîne quelques mouvements de gym. Le mur crépit blanc gémit sous mon coup de poing-rituel du matin. Douleur, mais pas de sang. Au cas où j'aurais à cogner un humain, mieux vaut vérifier que mon corps est en état de le supporter. Vous vous demandez qui je suis, peut-être ? Ca, j'aimerais le savoir, chers amis. Ou pas. J'ai très peu d'amis. Le monde entier me hait, et je lui rends bien. Je peux vous donner mon prénom : Walter, et mon pseudo : Bear. Je n'apprécie rien autant que la compagnie de mon rat, Daark. Un rongeur noir, un oeil rouge, l'autre sombre, les oreilles rognées. L'air aussi fou que moi, on est si assortis ! Hélas, là où je vais, tu ne peux m'accompagner, Daark. Il se dresse sur son séant, remue le museau, tente de m'amadouer à clignements d'yeux vairons, puis s'en retourne dans le trou de souris de sa cage, résigné. Je ferme la petite trappe métallique, m'ouvre le frigo et fait disparaître une cuisse de poulet smoky dans mon gouffre buccal, vite rejointe par un paquet de chips à grignoter sur la route. Je tatane la porte d'entrée pour l'ouverture-fermeture, fait cliqueter mes clés et dévale la cage d'escalier anguleuse embaumée de fraîche urine. De quelle façon intelligente pourrais-je occuper les 3 heures qui me séparent de nôtre rendez-vous du nouvel-an? Avec un chichon ? Bof. Je viens de voir un vaisseau spatial en rêve, j'ai pas envie d'éléphants roses dansant la samba. Pourquoi pas un défi ? L'un d'eux s'appelle "Autoculture gratosse en'oussedé" Il s'agit d'entrer dans une librairie de quartier pour... justement, en voilà une. Petite façade brune écaillée, poutres apparentes à la normande, porte à clochettes. Tintement. La porte s'ouvre sur une vieille femme revêche, chevelure fauve moutonnée, lunettes écailleuses vitrines d'yeux marrons pâles, le genre avec une tronche qui dit "emmerdez-moi". Je l'ignore, prend un magazine de jeux vidéos avec mes mains grasses de chips et l'entame, sûr de moi. Elle me fixe mais ne parle point. Tu vois, l'auto-culture gratosse, c'est une technique de survie pour tenir des conversations avec des mecs plus riches que toi, qu'ils croient que non-seulement, tu as la dernière Plaie-station de Sony comme eux, et qu'en plus, tu as test' des tas de jeux qu'eux n'ont pas pu test'. Si cette vieille chouette revêche de vendeuse s'était greffée des fusils à la place des yeux, je serai déjà refroidi et empaqueté. Silence, elle ne me chasse point car j'ai potentiellement un porte-monnaie obèse à vider. Potentiellement. Les minutes passent, la trotteuse infatigable de ma montre accompagne le ballet silencieux des lettres noires sur le papier glacé blanc… . Je lis très vite, paraît-il. Terminé mon rattrapage niveau jeux vidéos, il me reste à combler le déficit culturel nouvelles bagnoles. Hop, je prend un autre magazine. - Vous ne pouvez pas lire comme ça, monsieur. Elle a parlé. C'est le premier avertissement. J'ignore, j'ouvre le mag', je bouquine. La Beercedes classe T. Le 4x4 Bossécrasor, pour être le seul vrai maître du bitûme. Super. Sans plomb. Si, avec plomb, dans leur cervelle à tous. Bande de crétins. - Je vous ai parlé, monsieur ! T'es gentille, j'ai une interro, moi, ce soir. Mon honneur social est plus important que la survie de ton commerce. Sans blagues. Elle choppe le haut de mon "Nautomotoplux" et le repose à sa place. - Si vous voulez lire, vous achetez, monsieur ! Elle palabre en rehaussant le menton, histoire de se donner courage et consistance devant mon mètre quatre-vingt huit. Mais elle ne peut cacher l'odeur de la peur, ses hésitations vocales, ses genoux en castagnettes ni ses pieds en position de repli. Il paraît que j'ai une tête de tueur. Mais je suis quelqu'un de gentil au fond, suffisamment pour demi-tourner mes talons troués et laisser la vieille reprendre un rythme cardiaque normal, le temps que je disparaisse au coin de la rue. Ca ira, niveau culture. Par contre, je crève la dalle malgré le paquet de chips. Là aussi, il existe une technique de survie que je vais m'empresser de te montrer. Tu entres dans un magasin discount, genre où il n'y a qu'une ou deux personnes pour s'occupper du tout. Tu trouves le rayon bouffe qui t'intéresse, et tu baffres. C'est tout. Attention, il faut quand même choisir des produits peu chers, au cas où ils seraient d'humeur à te chercher des noises. Noisettes ? Non. Cacahuètes. J'ai comblé mon vide stomacal, il est temps de prendre royalement la porte. Personne ne me suit. Une petite escale par une parfumerie, histoire de vider un présentoir-test d'Hugobogoss, c'est gratuit, j'en profite ! J'entre dans une bouche de métro, les papilles mécaniques du tourniquet goûtent mon ticket lila et y répandent leur bave bleuâtre datée du jour. Vous êtes surpris que je voyage légalement ? Non, j'ai entraperçu des messieurs en uniforme marine au loin. Observer, c'est la première règle de survie en milieu urbain. Je me tiens tranquille ce soir, jusqu'au café, lieu de rendez-vous. Je pourrais te détailler mon trajet, ses éternelles stations de métro, ces parisiens qui cessent de faire la gueule deux jours dans l'année : le 25 décembre et le premier janvier. Ils sont prêts à aider la veuve, l'orphelin, voire même à sauver le monde, et ils retournent à leur petite vie merdique le lendemain. Mais celà t'ennuierait et te déprimerai bien plus que ma compagnie, fais-moi confiance. Entre les vitrines multicolores et les acacias en cage, je peux te faire partager d'autres aspects de ma vie. Vois-tu, beaucoup croient que je suis un mec très intelligent parce que j'ai décroché le bac scientifique sans ouvrir un cahier. C'est faux. Lorsque je me retrouvais devant une feuille d'examen, les mots tombaient tout seul, je n'ai jamais eu à me forcer pour obtenir la moindre réponse. Mon stylo dansait entre les lignes, je n'ai même pas idée du "comment ça marche", ça a toujours marché, il eut été idiot de me mettre à bosser comme les gens normaux. J'avais plus passionnant pour occuper mes journées : planter des crayons dans le plafond, taguer les tables, placer discrètement une boule puante dans la poubelle... Et me gausser de l'expression de rage du prof, lorsqu'il rendait ma copie en marmonnant « Walter…17 » avant de me la jeter au visage. Mes potes crurent que j'avais assez de mémoire pour tout retenir à l'oral. Flatteur, mais c'est oublier un truc important : de toute ma vie, je n'ai connu que 2 ou 3 profs qui apprenaient des choses utiles ou pratiques. Dans 99% des cas, leurs mots glissaient sur mes oreilles comme l'huile à la surface de l'eau. Aux examinateurs oraux, je racontais ce qu'ils voulaient entendre, rien de plus, rien de moins. Si ma technique était aussi efficace que je l'affirme, j'aurais choppé une mention très bien, en théorie... là, tu oublies le coté social. Quand tu as des grosses moyennes sans bosser, toute la classe te hait. Et moi, je ne voulais pas que les gens me haïssent, parce que ça t'enveloppe d'un froid intérieur terriblement douloureux. Je choisissais la solitude. Continues-tu à croire que je suis quelqu'un de supérieurement intelligent ? Je peux te conter une histoire ? Une parenthèse à la mienne. Retournons ensemble dans le passé. Vers 1900, il y eut une mode des animaux savants en Europe. Par exemple, de chevaux sachant compter en tapant du sabot sur le sol. L'un d'eux s'appellait Clever Hans, Hans le malin, un hongre allemand. Il fut une énigme pendant des années car il parvenait à résoudre des équations, des divisions, et toutes sortes d'opérations très difficiles même en l'absence de son maître. Les gens de l'époque crurent qu'Hans savait vraiment compter comme les humains, puisqu'il ne pouvait y avoir aucun "truc" entre son maître et lui. C'est un psychologue qui mit le secret de Hans à jour. Sans public pour assister à ses prouesses, Hans le malin perdait curieusement ses facultés. Et pour cause ! Il interprétait les émotions des gens. Lorsqu'il approchait du bon chiffre, le public se tendait d'excitation... aussi visible que s'ils changeaient subitement de couleur ou si un gros point d'exclamation apparaissait au dessus de leurs têtes. Hop, il est temps de cesser de compter ! Il était vraiment malin, Hans. Son public obtenait ce qu'il voulait, on lui offrait des friandises, il était adulé et aimé... à quoi bon apprendre à compter comme les humains, franchement ? Et pourtant, quand ce secret fut connu de tous, le public perdit tout intérêt pour l'expérience. Hans le malin ne comptait pas comme les humains ? Nous, public, si transparent à un simple cheval ? Quelle blessure à l'égo ! Ces gens venaient de découvrir quelque chose d'extraordinaire, et pourtant, ils restèrent aveugles. Je fus le Clever Hans de la zep banlieusarde... Je dis "fus", car cette technique, aussi passionnante soit-elle, a un gros défaut : Plus tu la travailles, plus ta sensibilité s'affine, jusqu'au moment où le flood d'émotions devient impossible à gérer, il te noie comme une grosse vague, et tu suffoque pour rester en surface. Le seul remède, c'est l'isolement total, ce qu'on pourrait appeler l'agoraphobie. C'est pourquoi j'ai enchaîné petits boulots sur petits boulots, sans jamais m'attacher aux lieux, ni à l'humanité… Daark, mon rat est tellement plus attachant ! Dès qu'un collègue ou un supérieur me balance un reproche, je perds toute capacité à travailler, et suis viré. Personne ne peut comprendre à quel point la proximité de personnes stressées, colériques ou tristes m'est désagréable... Ca donne froid, très froid, peu importe le nombre de couches de pulls que tu portes, c'est un froid intérieur permanent qui te transperce, te fait trembler, brise tes défenses et te jette à terre. J'avance sur un chemin où nul ne peut me suivre ni me venir en aide. Je suis un ours des cavernes perdu sans un monde en accélération exponentielle, prélude à l'explosion finale. Oh oui, je crois que le monde va exploser… J'ôserai même dire que je l'espère. Hais-moi si tu le veux, lecteur. Que m'importe. Nous sommes à des milliers de kilomètres l'un de l'autre. J'ai facilement trouvé nôtre café de rendez-vous du nouvel-an, un manga-bar du 5° arrondissement nommé le Coeur de Trame. Le concept est simple : Tu t'assoie, et tu bouquines gratos', le temps que les serveurs s'occupent de ton cas. Comme tu l'auras constaté, j'adore la lecture. C'est une porte de sortie toujours ouverte sur un monde où de jolies filles sont prêtes à tomber dans tes bras parce que tu as pourfendu leur bourreau. Dans la réalité, si j'avais aidé la nana à ramasser son sac ou son foulard, elle m'aurait foutu un gros coup sur la gueule par peur. Des mangas, on s'en échangeait déjà avec mes potes du bahut, en cours de philo. Je te préciserai simplement que le prof se contentait de nous distribuer un texte auquel on ne comprenait rien, pour s'installer une heure au bureau avec son café. Et voilà comment un mec qui fait son travail sans passion peut gâcher un brillant avenir de philosophe. Quoiqu'en temps qu'ex baccalauraté scientifique, il y eut peu de chance pour que je finisse en vieux à barbe qui passe ses journées à écrire à quel point la vie, les fleurs et les animaux c'est beau. Le monde, c'est juste une sphère bleue et verte qu'on a donné toute propre à l'humanité, et Dieu, s'il existe, va être bien déçu de voir dans quel état les locataires ont laissé le monde avant de s'autodétruire... Je lis un volume de St Seiya. Une histoire épatante : celle de 5 mecs prêts à tout pour sauver la déesse Athéna à chaque scénario. Ils sont tellement liés, nos 5 héros, on dirait les doigts de la main. Si tu n'es pas familier de cette mythologie gréco-japonaise, je peux te l'expliquer : - Il y a Seiyar, le chevalier de Pégase. Un type fonceur et têtu, qui n'abandonne jamais, même couvert de sang et vomissant toutes ses tripes. C'est l'index. Ensuite, Shiryu, le chevalier du Dragon, un grand beau mec majestueux avec des cheveux jusqu'à la taille, qui se dénude à chaque combat pour que ces mesdames puissent admirer son superbe tatouage. C'est le majeur. Vient Hyoga, le chevalier du cygne, un gars gracieux à l'histoire personnelle triste, c'est l'annulaire. Shun, chevalier d'Andromède, un type qui ne paie pas de mine avec son armure rose de tapette et sa voix androgyne. C'est l'auriculaire. Quand au pouce, Ikki, c'est un mec solitaire, le plus fort des 5, qui n'intervient que quand Shun est sur le point de morfler sévère. J'adore St seiya, parce que ces héros, ils sont bourrés de super pouvoirs très cools, mais, si tu regardes bien, ils restent bloqués dans un combat perpétuel sans espoir de repos. Il y a toujours un méchant dans l'histoire, un abruti prêt à tout pour du pouvoir, une femme, du fric, une maison de vacances, une grosse promotion... ©Protégé par contrat créative commons http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
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Sunday, January 06, 2008
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Current mood:  cheerful
Salutations à tous, c'est avec un immense plaisir que je met en ligne la version intégrale d'Aeros Nyx. En toute honnêteté, la plus belle histoire que j'aie jamais écrite. Je tiens à remercier personnellement tous ceux qui m'ont aidée à trouver le courage et l'inspiration afin de mener cette nouvelle à son terme. Merci. Bonne lecture à vous, les amis. Aeros nyxBonjour. Maman, elle dit qu'il faut toujours commencer par dire bonjour. Même sur un bout de papier ? Je sais pas. Quand vous allez lire, ce sera peut être la nuit. Bonjour ou bonsoir, Madame, mademoiselle, monsieur, pas encore bonne nuit, j'aimerais beaucoup que vous restez un peu avec moi. S'il vous plaît. J'ai assez de papier pour 5 pages. Si la mine du critérium casse pas, des fois j'appuie trop fort dessus. Là je ferai attention. Je m'appelle Ilana. J'ai 8, presque 9 ans mais pas encore. Je suis toute seule, dans le grenier. Maman dit qu'on doit pas sortir. Dehors, il y a l'armée des 200 millions. C'est une armée avec plein de kinois. Mais en fait, je ne crois pas que les kinois sont méchants. Il y en a dans ma classe et ils laissent les filles tranquilles. L'armée des 200 millions, ils sont venus chez nous parce qu'on fait partie du Néotan, c'est une alliance avec l'Aurope, les Etats-Unarics et je ne sais plus quels pays. On est les ennemis du bloc de l'est. Le bloc de l'est, c'est les kinois, des Pojnans, les rabes et tout. Il y a plein de pays avec des noms très compliqués dedans. J'ai peur. Il n'y a plus de lumière dans le grenier. Heureusement, l'obscurité totale, c'est un truc qu'existe pas. Depuis plein de jours, on n'a plus le droit de sortir la nuit. Ca s'appelle le couvre-feu. C'est pour qu'on reste vivants pendant la guerre. Quand on aura gagné, maman m'aidera à construire une cabane dans l'arbre du terrain vague au bout de la rue. Elle me l'a promit. J'ai faim. On a mangé des boîtes toute la semaine. Maman m'a dit qu'elle voulait dévaliser le magasin, en fait, quand elle est arrivée là bas, il était déjà vide. Maman, elle dit qu'il faut être courageuse. Quand on est courageuse on s'en sort. Elle dit aussi de pas penser qu'il fait tout noir dans le grenier, ni aux araignées, que les petites bêtes mangent jamais les grosses. Quand la guerre sera finie, on fera un barbecue dans le jardin. J'ai froid. Y'a plus d'ectricité dans la maison, pour le chauffage. Comme c'est la saison où les feuilles elles tombent des arbres, les jours, ils deviennent froids, plus froids, et les nuits, le givre blanchit l'herbe du jardin. J'entends des bruits en bas. Je dois pas y penser. Quand on pense a ce qui fait peur ça vient vers nous. Quand on y pense pas ça s'éloigne. Whooooot ! Un coup de vent dans le grenier ? Je frissonne. Il est bizarre, ce vent. Pas froid. Au contraire. Fait trop noir maintenant que le soleil se cache. Je pose mon papier et mon criterium. Clic ! C'est sur moi ! Un monstre ! - Un monstre ? Voilà qui n'est guère flatteur, petite fille. - T'as raison Mr le Pas-monstre ! Les monstres ils font que des cris comme « Groaarrr », « Graouuu » ou « Miam un enfant !" - Hihihi. Tu m'excuseras, j'ai atterri dans ton grenier par erreur. Je vais repartir - Non, attends, reste là ! Snifff… bouhouhouhouh… - Oh, ne pleures pas ! D'accord, je reste un peu avec toi. - Merci ! Merci ! Dis, tu es qui, Mr le Pas-monstre ? - C'est mon nom que tu demandes ? Je m'appelle Pégase … - Je sais ! 1) Poisson tropical dont les nageoires ressemblent à des ailes. Y'a pas d'eau dans mon grenier et les poissons, s'ils parlaient, ils se noieraient. Donc c'est la 2. 2) Constellation étendue de l'hémisphère nord, visible en automne. Ca, c'est super haut dans le ciel. Et les étoiles elles sont trop petites et trop loin pour que je les entende causer. Donc, c'est la 3. 3) Cheval ailé de la mythologie grecque, né du sang de Méduse. Alors t'es un cheval qui vole ? Et en plus tu parles ? Waouh ! - Petite fille, tu as appris un dictionnaire par coeur ? - Lu 6 fois. Je l'ai trouvé sur l'étagère là-bas. Quand c'est la journée, il y a un petit rayon de soleil dans le coin du grenier. Alors je peux lire. Sinon je m'ennuierais trop. Et d'abord, je suis plus une PETITE fille ! Ma maman, elle m'appelle sa GRANDE fille ! Et mon nom c'est Ilana Elfang. - Grande Ilana Elfang, je suis enchanté et honoré de faire vôtre connaissance. - Merci Mr Pégase, vous êtes très poli. Vous devez avoir une maman très intelligente ! - Hé bien, je ne pense pas que l'intelligence soit sa principale qualité... - Ha bon ? - En fait, ma mère fut un vrai monstre qui mangeait des gens en faisant des « Graou » et des « Miam, des humains ». - Pauvre Pégase ! - Avant d'être un monstre, elle fut humaine. - Et ton papa ? - Lui… c'est un Dieu. - Le Bon Dieu ? T'en as de la chance ! - Pas « le Bon ». « Un ». - Pourquoi ? - Mon Père, c'est Poséidon, Dieu de la mer. Il était très jaloux d'Athéna, Déesse de la guerre, des arts et de la sagesse. Ils s'affrontaient tout le temps, ces 2 là. Par exemple, pour donner le nom de la ville d'Athènes... - C'est Athéna qui a gagné ! - Tout juste. Quand il ne jouait pas à la guéguerre avec Athéna, mon père passait son temps à regarder les humains. Passionnant au début, mais arrive un moment où tu connais chaque recoin de ce grand zoo par coeur. Mon père a préféré compter fleurette à une femme… - Pourquoi il comptait les fleurs à des femmes ? Elles savaient pas compter ? - Je voulais dire qu'il a dragué une femme au point de la harceler. Elle s'appelait Méduse. - Méduse. Animal marin de la famille des cnidaires, urticant... - Pas celle là, Ilana. Méduse était une très jolie dame, qui se prétendait aussi divine que ma famille. Tu penses que mon père l'a repérée ! Vois-tu, si je ressemble à un cheval, c'est parce que Poséidon avait prit cette apparence pour poursuivre Méduse. - Waouh ! J'adorerais me transformer en cheval aussi ! - Ca, je te le déconseille. Certains humains sont vraiment lourds, lourds, et sur le dos, c'est pire ! J'y reviendrai. Mon père a poursuivi Méduse jusque dans un temple consacré à Athéna. Une offense ! Pour se venger, Athéna a transformé ma mère en monstre : Un serpent aux ailes d'or, aux défenses de sanglier, le visage couvert de barbe et les mains en bronze. Tu imagines ? - Oui, euuh. Non. Je peux le dessiner sur mon journal ? - Fais donc. *** Insertion dessin*** - Joli ! J'ai omis de préciser que son regard pétrifiait quiconque la regardait en face et que ses cheveux sont devenus autant de serpents sifflants et crachants. - Ca fait trop à dessiner ! Mais dis-moi, qu'est-ce qui est arrivé à ta maman ? - Elle a entamé une grande oeuvre de démolition avec mes tantes, Sthéno et Euryalé. On les a nommées les 3 gorgones. Si tu veux, dans les musées, tu trouveras de nombreuses peintures de ma mère dans toute son horreur. Heureusement, je suis dépourvu d'honneur familial. - Pégase, je suis désolée pour toi ! - Ne t'inquiètes pas pour moi, jeune fille. A cette même époque, un futur héros nommé Persée reçut du roi de l'île de Sériphos, Polydectès, l'ordre de tuer ma mère Méduse. C'est une tradition, lorsqu'un roi veut se débarrasser d'un gêneur, il l'envoie occire quelques monstres. Ils mirent du temps, les rois, à comprendre que rien ne peut entraver quelqu'un de motivé. Dans cette tâche, Persée a reçu l'aide d'Athéna, qui trouvait non seulement une occasion de remettre une bonne raclée à ma mère, mais surtout celle d'aider un demi-frère. Oui, Persée était l'un des nombreux fils cachés de Zeus. Une bien grande famille, celle de Zeus. Il a eu 23 enfants avec des femmes humaines. Mais je m'égare. Sur les conseils d'Athéna, Persée sauva sa vie parce qu'il n'a jamais regardé Méduse en face, simplement son reflet dans son bouclier. Caché par son casque, qui rendait invisible, il trancha la tête de ma mère d'un seul coup d'épée. Paraît-il. *CLAAANNNG* - Mais c'est affreux, Pégase ! - Ne bouges surtout pas, Ilana ! *Flatch…flatch* - J'ai entendu un bruit, en bas ! - Tout va bien, grande fille. Je suis à côté de toi. - Pégase, je ne te vois pas… Comment je sais que tu es vraiment là ? - Tu n'as pas besoin des yeux pour confirmer ce que tu sais déjà, Ilana. Écoute la suite... J'étais conscient à cette époque. Conscient d'être coincé entre une paroi abdominale rougeâtre et une masse remuante, froide et métallique. J'attendais cet instant depuis toujours, celui où la lumière infinie du soleil éclairerait la nouvelle route de mon salut. Une brèche. Un point de fuite. - Comme les rayons du soleil dans le coin du grenier quand je lis ? - Bien plus beau ! J'ai rassemblé mes nouvelles forces acquises des mois durant, pour m'envoler aussi vite que me l'ont permises mes ailes argentées. J'ai appris par là l'identité de mon compagnon de cage thoracique, Chrysaor, le guerrier de bronze. Mon frère. J'ai survolé les sources du fleuve Océan, je leur dois mon nom. "Pégé" signifie "source" en grec. Enfin libre. Mais, rendues folles de rage par la mort de ma mère, mes tantes, Sthéno et Euryalé, ne distinguèrent plus la famille de l'ennemi. Persée a fui en trombe, pour leur échapper. - Sur ton dos ? - Sûrement pas ! Je venais de naître, comment aurai-je pu porter un homme adulte ? Et puis, je trouve dégradant de me faire diriger et talonner par un bipède. Persée a utilisé les sandales ailées d'Hermès. De petites chaussures magiques avec des ailes accrochées dessus. Ca te plairait, je parie. - Oh, oui ! - De là, j'ai visité nombre de lieux inconnus des hommes. J'ai pardonné à Athéna, et elle m'a présenté aux Muses, sur ce Havre de paix qu'est la montagne de l'Hélicon. - C'est quoi ? - Une montagne, et un lieu de fête permanent. La musique y est omniprésente, ses rythme envoûtants te transportent dans une idylle dont tu ne voudrais jamais partir. Les muses m'ont lu des poèmes, c'est sans doutes grâce à cela que j'ai appris le langage humain. Sur cette montagne, j'ai créé une source, d'un coup de sabot. - Comment t'as fait ? - Tu pourrais chercher la réponse à cette question toute ta vie. - Dis, steuplait ! - La vérité sort de la bouche du cheval…Cette eau rendait poète quiconque en buvait. Peut-être une alchimie entre mon pouvoir et celui des Muses. J'en ai créé une autre près de Trézène, de la même manière. J'étais très heureux, et je croyais que rien n'arrêterait ma vie entre ciel et eau. J'avais l'éternité. Et j'avais tord. - Dans les magazines sur l'étagère là-bas, Woody Allen dit que l'éternité, c'est chiant, surtout vers la fin. - C'est chiant au début aussi. J'appréciais ma vie, mais en bas, la souffrance me devenait insupportable. Les hommes, ces bipèdes semi-nus que je jugeais faibles et inintéressants, réduisaient mes semblables à l'esclavage. Combien de chevaux ai-je vu mourir dans d'inutiles batailles, sur l'autel d'une divinité, poussés à tourner sur des pistes ovales jusqu'à épuisement, pour le seul amusement des hommes... La fin avait pour eux le nom de poignard sacrificiel, de lame, de lance, de rets, ou tout simplement de labeur. J'aurais voulu réduire cette souffrance mais je profitais trop de la vie pour m'en inquiéter. Les hommes ne savaient pas voler. Comment auraient-ils pu m'atteindre ? Hélas, je fus trahi. Trahi par Pirène. - Qui est-ce ? Une femme ? - Une source. Non, LA source. J'étais seul. Je cherchais désespérément quelqu'un qui me ressemblait, et Pirène me le montrait. Sous l'eau claire, limpide et sans rides, je voyais un autre moi. Je pouvais rester des heures à le contempler, en cherchant comment communiquer avec lui. Ce jour là, je m'étais enfoncé dans Pirène aussi loin que possible, nageant, battant des sabots, en repliant mes ailes. Je tentais de sentir son odeur, parfum de l'autre moi, mais manquais m'étouffer. Le danger, je l'ai senti arriver. Mais j'étais lourd, si lourd et lent... le temps de relever mes ailes me parut infini, alors que je décollais enfin vers le ciel, mon élément familier, je sentis une horrible chose s'agripper à moi. - Un monstre ? - L'eau m'avait trompé. Comme Narcisse. Lui a chu dans un lac, moi... sous un humain. Cet humain ne décrocha pas malgré mon décollage en trombe. Sa patte avant passa sous ma gorge, tentait-il de m'étrangler ? Son poids me ralentit terriblement, j'imaginais mon vol pire que celui d'une oie obèse. Je passais sur un premier cumulus et piquais vers une montagne. Ma remontée en chandelle le secoua à peine, sa prise sur mon encolure se raffermit. - Qui pouvait-il être ? - Tu vas le savoir, jeune fille. Je me cabrais. Il glissa puis retomba lourdement sur ma croupe, en se retenant à ma crinière. Il m'arracha quelques crins au passage. - Aïe ! J'aime pas ceux qui tirent les cheveux ! - Contrairement à toi, je n'ai pas mal lorsqu'on me tire la crinière, mais qu’il ose me mit hors de moi. Je repris de la hauteur. Quand le froid me devint insupportable, j'amorçais un piqué si rapide que le vent hurla à mes oreilles, comme un écho à ma propre colère. Pure perte. Aussi collé à moi qu'une moule à son rocher, l'humain frémit à peine au cours de cette descente. Il poussa même un cri immonde : YAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHOOOOOOOOOWWWWW !!! Ce qu'il m'énervait ! Je secouais la tête. Il tint. Je changeais de cap. Il tint. Je balançais une ruade. Il tint encore. Trois tonneaux, un piqué, deux cabrés, une croupade et un saut de mouton. A peine avait t'il tremblé. Fatigué... Ses affreuses pattes arrières enserraient mes flancs comme deux serpents venimeux. Insupportable. Celà devait cesser ! Illico ! Je me renversais l'encolure et découvrit les dents pour le mordre. Il n'attendait que cela. A peine avais-je ouvert la bouche qu'un horrible goût métallique m'envahit. Ma tête fut prisonnière d'un entrelac doré. Une force inconnue me rejetta sur le côté. Je n'avais jamais senti la douleur. Je goûtais le métal, la sueur et le sang. Mon sang. La force me poussa vers le sol. L'humain. De ses deux membres antérieurs, il commandait ma volonté. Je ne pouvais plus résister. Dépouillé de tout courage, ma robe immaculée barbouillée de sang et d'écume, je m'effondrais à terre. Lui se laissa glisser de mon dos pour me faire face. - A quoi il ressemblait ? - A un humain mâle typique, doté d'une courte crinière alezane, pas pratique pour chasser les mouches. Recouvert d'un pelage mal lissé, transportant sur son dos vertical un gros tas d'objets hétéroclites, du couvercle de survie au Cliiiiinng-qui-tue, en passant par une grosse toile couleur tronc. - Je comprend rien à ce que tu dis, Pégase. - Je te parle comme je l'ai compris à l'époque. Ce n'est pas aux chevaux d'apprendre le langage humain, mais l'inverse, si réellement vous êtes intelligents. Je voyais un humain de près pour la première fois. Il hissa une patte antérieure suante sur la tête. Elle me rappela une énorme araignée égarée sur mon oeil un jour d'automne. Berk ! Impossible d'y échapper. A peine détournais-je la tête que l'entrelac doré me cogna les dents. J'ai mis plus tard un nom sur cet instrument de torture. Le mors. Comme la mort, mais au masculin. Une barre métallique qui encombre ta bouche, cogne dans tes dents, te coince la langue, t'empêche d'apprécier la saveur de l'herbe... Une barre métallique qu'on te glisse parfois gelée entre les dents. Pour comparer, il te suffirait de passer la langue sur une cuiller en argent sortie du congélateur. Et, Ilana, je ne te conseille pas d'essayer, si tu tiens à ta langue. Moi aussi, je tiens à te tenir causette longtemps. Pardonne-moi, je devrais cesser de t'accabler avec les erreurs d'humains qui ont vécu des milliers d'années avant toi. - J'ten veux pas ! Il a fait quoi, le monsieur à crinière, après ? - Il a posé sa patte antérieure sur mon chanfrein et fait plusieurs légers allers et retours entre mon front et mes naseaux. A ma grande surprise, c'était plutôt agréable. Je fermais les yeux, profitant de ce contact chaleureux, le seul que j'aie jamais connu. Oubliée la peur, oubliées, mes souffrance, même l'affreux mors me parut insignifiant en comparaison. Ma vie jusque là n'était qu'une erreur : Toujours seul, différent des chevaux incapables de voler, différent des oiseaux insouciants et légers, différent du Dieu qui m'avait donné naissance. Avec pour seuls témoins les herbes folles d'Hélicon, j'accordais ma confiance à Bellérophon, fils de Glaucos. - Bellérophon ? Drôle de nom. C'était qui ? - Je vais te faire un petit cours d'histoire, Ilana, es-tu prête ? Bellérophon descendait d'une lignée de rois maudits. Petit-fils de Sysiphe. Tu sais, Sysiphe, c'est ce roi condamné à pousser sans cesse le même rocher en haut d'une côte, pour avoir contrarié les Dieux. Fils de Glaucos, un roi qui nourrissait ses chevaux de chair humaine pour les rendre plus combatifs, Bellérophon naquit à Ephyre, qui devint plus tard la ville de Corinthe. En fouillant ma crinière blanche du bout des doigts, il poursuivit son histoire : Glaucos, son père, mourut deux ans auparavant. Tombé dans la mangeoire de ses chevaux et... on n'avait retrouvé de lui que des os. J'ai essayé de manger de la viande une fois, c'est vraiment dégueu... - Pégase ! Ma maman elle dit on doit respecter les morts ! - Ah, oui, pardon. J'oublie, tu es si jeune, Ilana. Tu sauras plus tard que la mort n'est pas une fin. Et Bellérophon a continué à me raconter sa vie... - C'est d'un psychanaliste, qu'il avait besoin, pas de toi ! - Ca n'existait pas à l'époque. Bellérophon venait de tuer le tyran de Corinthe, Belléros. Le nom Bellérophon signifie « Le tueur de Belléros ». Et oui ! Il fut banni de sa ville d'origine et envoyé chez Proethos, le roi de Tirynthe pour se purifier de son crime. Il mangea à sa table, but dans ses verres, et rencontra sa fille, Sthénébée. En me racontant ça, il devint tout rouge, le Bellérophon. - C'était un timide ? - Avec les femmes, oui. Il repoussa ses avances. Alors, cette femme imagina une vengeance terrible. Sthenébée remit une lettre à son père, Proétos, lequel ordonna à Bellérophon de porter cette même lettre à Lycia, en asie mineure. Au roi de Lycia, Iobatès. Désolé pour tous ces noms. Il y avait beaucoup de rois avec des noms complexes, à l'époque. Bellérophon fut accueillit comme un prince, il mangea et but une semaine à la table de Iobatès, avant que celui-ci ne se décide à lire la lettre. Alors, Iobatès ordonna à Bellérophon d'abattre un monstre, la Chimère, et lui interdisit de reparaître à sa cour avant que ce soit fait. Bellérophon était désemparé. Un devin, Polydès, lui conseilla de sacrifier un taureau à Poséidon et de passer une nuit dans le temple d'Athéna. La déesse lui apparut dans ses rêves pour lui remettre la bride d'or, l'entrelac doré avec lequel il m'avait vaincu dans le ciel. - Bellérophon n'est qu'un sale tricheur ! - Celà m'importait peu. Je me sentais bien avec lui, au début. Nous restions ensembles en permanence, et j'appris à anticiper ses mouvements et ses désirs pour aller là où il voulait m'emmener. - Tu étais charmé, Pégase ! - Sans doutes. S'il m'avait ôté la bride, j'aurais fui si loin que jamais il n'aurait pu me retrouver. Porter un humain sur le dos est une expérience déroutante. Ca te coupe la respiration, ça te donne mal aux vertèbres, et en plus, ils ne peuvent pas s'empêcher de te donner des coups de talon pour te faire avancer plus vite. Vois-tu, Ilana, j'ai les yeux sur le côté, je voyais en permanence ses deux jambes, avec de grosses bottes, deux jambes qui m'empêchaient de percevoir derrière moi. Mais ce n'était pas le plus gênant. Bellérophon m'avait affublé d'un harnachement d'or clinquant, que tous jugeaient magnifique, mais qui fut un poids supplémentaire. Des lanières de cuir frottant contre le mien, sur lesquelles il avait fixé des plaques d'armure. Il pensait ainsi me protéger des coups, mais ma vitesse est mon meilleur atout. Ilana, je ne te souhaite pas de porter un de tes semblables sur le dos. Jamais. - Un jour, j'aurais des enfants que je porterai dans le ventre ! - Argh ! Ca doit faire horriblement mal ! - Seulement à la fin. Et après t'as des années de joie. - Si tu le dis... j'ai appris à aimer Bellérophon. Il dévorait la vie, et fréquentait des tavernes. - Les tavernes, c'est comme des bars ? - Oui. Il buvait beaucoup, dans ces cas là, il lui arrivait de m'en dire plus que je n'aurais dû savoir. Un soir où il sortit ivre mort d'une taverne, il me confia le but réel de nôtre mission : tuer la Chimère. - La quoi ? - Je lui ai posé la même question. La quoi ? Un monstre de 3 mètres de haut. Ouch, ça me donnait mal au ventre. Un monstre doté de 3 têtes plus terrifiantes les unes que les autres. J'avais dû manger trop d'herbe. Une tête de lion rugissant. Ou alors, la luzerne. Une de bouc nauséabond. Voilà ! Mon pré était plein de colchiques ! Une de dragon cracheur de feu. Les colchiques donnent la colique. Impossible de l'approcher, une fournaise permanente. La colique ! C'était horrible ! J'allais mourir ! Mais Bellérophon avait un plan ! Rester à l'Hélicon ! Bellérophon n'ôserait pas monter un animal malade ! Bellérophon ne ferait jamais celà !! Nous partîmes affronter la chimère. Deux jours plus tard, les poètes chantaient nos exploits. Dans ta langue, Ilana, ça donnerait à peu près ceci : "Récit des exploits du grand Bellérophon" "Le grand Bellérophon, auréolé de gloire" "Le seul qui sur Pégase parvient à s'asseoir" "Son glaive de feu divin est la marque de l'espoir" "Son beau corps d'Apollon rayonne au feu du soir" "L'infernale Chimère, Fléau de nos contrées" "Allait bien rapidement tomber dans ses rets" "En Tirant son glaive il entre dans la bataille" "Et nôtre héros la marque d'une profonde entaille" "Le monstre déchaîné souffle un feu mortel" "Paré par l'bouclier de ce héros aux ailes" "Dans un second assaut Bellérophon trancha" "D'un seul geste la tête de lion de haut en bas" « A la troisième attaque, la danse de cette lame » « Taille la tête de bouc du cou jusqu'à l'âme » « Le guerrier magnifique, dans un dernier effort » « Voit le monstre s'abattre, il a scellé son sort » - Je t'applaudis, Pégase ! C'est toi qui l'a réécrit ? - Je suis la Muse de tellement de monde qu'un coup de temps en temps, ce sont les humains qui deviennent mes Muses, Ilana. - Vous êtes vraiment des héros exceptionnels, Bellérophon et toi ! - HAHAHA bien sûr que non ! Le poème exagère. Tu me vois affronter un carnivore pyromane géant au corps à corps, recouvert d'une armure métallique ? Jamais de la vie ! Bellérophon m'avait ôté la vitesse. Trancher les têtes de la chimère une par une au glaive eut été impossible. Il la cribla de flèches jusqu'à ce qu'elle s'effondre, pendant que nous planions tranquillement vingt mètre au dessus d'elle, hors d'atteinte. Il fallut une demie heure et trois carquois pour qu'elle tombe, transformée en une espèce de hérisson tricéphale géant. Mais l'arc, c'est arme de lâche. Et de femme. Une arme indigne de maître Bellérophon, devenu l'égal des Dieux ! - Oh... les légendes sont fausses ? - Oui et non, Ilana. Laisse-moi t'expliquer. Prend un verre transparent. Remplis le d'eau. L'eau, c'est l'histoire véritable. Plus le temps passe, et plus les conteurs, les bardes, ou les habitants vont créer la Légende. La Légende, c'est comme des gouttes d'huile. Elle se mélange à l'histoire au début, mais plus le temps passe, plus l'huile de la Légende remonte à la surface du verre en t'empêchant de distinguer l'histoire véritable. Seule une minorité de personne perçoit l'histoire véritable au travers de l'huile. Si je peux te parler de l'histoire véritable, c'est uniquement parce que je l'ai vécue. - Et après, qu'est-ce qui t'es arrivé ?? - Nous étions devenus célèbres. Une période affreuse pour moi. Je voyais Bellérophon perpétuellement éméché et suivi par des hordes de femmes hurlantes qui se seraient faites couper un bras pour toucher un carré de ses vêtements. Moi... Il m'avait enchaîné à un anneau et enfermé dans un box plaqué d'or, aux auges taillées dans de gigantesques coquillages aux reflets de cristal. Imagines une grande boîte carrée où tu peux juste tourner sur toi-même, sans jamais sentir l'herbe fraîche sous tes pieds… Et encore, j'avais de la chance ! Certains chevaux vivent dans des stalles si étroites qu'ils peuvent à peine se coucher et se lever... Des tas d'humains me rendirent visite. Ils étaient bruyants, imbus de leur personne, et ils croyaient tout savoir, seul comptait leur point de vue. Pas le mien. Que je fuie les tapes "soi-disant" amicales, ils ne comprirent jamais. Que je déteste recevoir une nouvelle selle en cadeau, ils comprirent encore moins. J'aimais les gratouilles sur le garrot. Les caresses sur le front. Les grands espaces. Ne pas sentir ce mors maudit ni la chaîne d'or qui m'attachait à l'anneau du box... Bellérophon semblait heureux. Nous trouvions encore le temps de danser sur les cumulus, d'aspirer le brouillard, de frôler les rivières en créant de longues vagues en V, de voir ces mêmes vagues atteindre les rives où jouaient des enfants... Celà ne devait guère durer. Iobatès s'était engagé à nous supprimer, Bellérophon et moi, par n'importe quel moyen. - Il vous aimait pas, Iobatès ? - Les sentiments n'ont rien à voir là-dedans. Iobatès avait accepté un contrat, un engagement royal impossible à rompre, une de ces paperasses humaines à plus haute valeur que nos deux vies. Le roi de Lycia nous dépêcha contre les Solymes, des hordes barbares qui envahissaient ses frontières. Une promenade. Même murgé, Bellérophon demeurait capable de déclencher une pluie fléchée mortelle avec une précision redoutable. Je me contentais d'avancer en battant lentement des ailes, indifférent au carnage ici bas. Oh, les Solymes n'étaient que des sauvages vêtus de quelques peaux, d'après lui. Ils poussaient des cris de bêtes en agitant vainement leurs massues. A peine de retour à la cours de Lycia, Iobatès nous renvoya combattre les Amazones, alliées des Solymes. Ce fut rude bataille, n'eut été ma rapidité, ces femmes archères m'auraient ôté plus de quelques plumes. Elles finirent par abandonner en se prosternant devant nous. Les Amazones étaient si différentes des Solymes... Elles nous prirent pour deux divinités vengeresses et fuirent en protégeant leurs vies et celles de leurs proches. Je ne voulais plus voir ces loyales créatures humaines s'abattre sous nôtre ombre. La guerre me lassait. - Moi aussi, je n'en peux plus de la guerre ! - Tant de millénaires, et l'histoire continue à se répéter. Regarde, Ilana : A moins de 9 ans, tu es victime et vétérane d'un énième affrontement absurde. Sans autres vainqueurs que l'égoïsme et l'ignorance. - Je voudrais être ailleurs ! Dans une cabane au bord d'une plage. Avec maman, et toi. On ferait plein de châteaux de sable ! Tu marcheras pas dessus, hein ! Y'a que les méchants garçons qui cassent mes châteaux... Dis, Pégase, comment tu fais pour tenir dans ce tout petit grenier ? T'es où ? Il fait si sombre... Je peux te toucher ? - Pas maintenant, Ilana. Je suis juste à côté. - Oui, même que ça fait chaud quand tu me parles. Tu peux continuer ton histoire, dis ? J'espère que la fin elle est pas triste ! - Bellérophon et moi revenions pour la troisième fois vainqueurs devant Iobatès. Je sentais bien que ce roi voulait mon cuir et la peau de mon cavalier... Iobatès nous demanda de rencontrer un certain Acrisios, non loin de son palais. Nous devions nous présenter de nuit et désarmés. Ce que nous fîmes. A peine avais-je posé un sabot au coeur d'un jardin odorant cerclé de haies que 4 humains se jetaient sur nous. Je t'épargne les détails parce que tu es jeune, Ilana. Ce fut mon premier vrai cours d'anatomie. Bellérophon et moi étions sans armes mais point sans défenses. J'avais mordu, rué, caracolé, et mon cavalier joua des poings jusqu'à ce que le silence redevienne total et que l'odeur du sang éclipse celle des rosiers. Acrisios, mourant, avoua à Bellérophon que le roi Iobatès l'avait payé pour nous tuer. Nous re-décollâmes emplis de colère, pour rejoindre nôtre hôte à la cour de Lycia. Nôtre rage retomba quand le roi nous demanda de sauver son royaume une dernière fois. Une menace imprévue : des pirates cariens s'avançaient dans la plaine du Xanthe, en massacrant tout sur leur passage. - Cariens ? - De la côte de Carie. - Carie ? Ca fait mal, et après t'a plus le droit de manger de bonbons ! Même qu'on t'envoie chez un horrible dentiste avec une grosse roulette qui fait peur ! - Rien à voir avec la carie des dents. C'étaient des pirates venus d'une île au nord-ouest de Lycia. Nous dévalâmes la plaine comme un vent de tonnerre, en abattant les centaines de pirates à coups de flèches et de lance. Je chargeais au milieu des troupes, dispersant, mordant, empalant, frappant ceux qui pouvaient l'être. Pas peur. Derrière nous, la garde royale de Iobatès vint nous prêter main-forte. Les Cariens furent vite exterminés sur cette plaine, rouge de sang sur l'herbe tendre... Quand... surprise ! Une flèche alliée me perça l'aile droite. La garde ! La garde royale se retournait contre nous ! Je repris de l'altitude en catastrophe, ma blessure commençait lentement à saper mes forces. Que je m'écrase dans la plaine et c'en serait fini de nous ! Bellérophon m'encouragea de son mieux. Les centaines de gardes nous suivaient au sol, tentant vainement de toucher ma silhouette pâle au dessus de leurs têtes. Quelques gouttes de mon sang tombèrent en pluie écarlate, leur redonnant combativité et hargne. Je perdais espoir. Bellérophon me guida vers une colline voisine, proche de l'océan, où nous pourrions nous reposer le temps que ces homo-armurus sur leurs chevaux terrestres escaladent. Je bloquais mes jambes en position de sommeil, épuisé, dans l'attente d'un long somme réparateur, le temps d'apaiser mes souffrances. Bellérophon se tenait face à l'océan, hypnotisé par le ressac, les vagues s'écrasant perpétuellement à nos pieds. Il entonna une prière que je n'ouï point. Poséidon... Une prière à Poséidon... Nous étions tout deux ses enfants, Bellérophon et moi. Demi-frères sous formes différentes. Séparés par un océan de perceptions opposées et néanmoins menacés du même mal. J'ai entendu plutôt que vu le niveau de la mer monter, la plaine de Xanthe devint bourbier et la garde royale commença à patauger dans la fange. La plupart tentèrent de fuir, encombrés par leurs lourdes armures. Je croyais nôtre dernière victoire acquise quand une nouvelle armée s'avança derrière nous, sur la terre encore sèche. Des femmes. Centaines de femmes, venues au secours de leurs maris embourbés. Elles relevèrent leurs robes pour ne pas mouiller leurs vêtements, et le timide Bellérophon détourna le regard, rouge de confusion. Les eaux se replièrent sur les jambes, les robes, et ce qu'elles cachaient... je ne sais pas, moi, je n'ai jamais vu de femmes nues ! - Et t'en verra pas ce soir, Pégase, espèce de cochon ! - T'es pas encore une femme, Ilana. Ce jour viendra. Et puis, je préfère les juments, elles ne portent pas de vêtements synthétiques qui puent le pétrole, au moins. - Je te boude ! Euh... Mais je ne peux parler à personne d'autre que toi... Alors...Tu crois qu'on va survivre à l'armée des 200 millions, maman et moi ? - Bien sûr, que je le crois. Tu le crois aussi, pas vrai ? - Oui... Dis-moi, que s'est-il passé, dans ton histoire, après l'inondation de Xanthe ? - Les gardes cessèrent tout combat, les femmes rejoignirent la terre ferme comme elles purent, et Iobatès quitta son palais pour nous présenter des excuses sincères. Plus que des excuses. Il avait cessé de prendre Bellérophon pour un assassin. La missive royale reçue ne pouvait plus êtres qu'une monumentale erreur. Iobatès et son peuple crurent que Bellérophon était un Dieu. Le roi lui offrit sa fille en mariage et tout son royaume en succession. - Waoouuhh !! Qu'il devait être heureux Bellérophon ! ... Et toi ? - J'eus droit à un box encore plus grand, encore plus décoré, de l'eau à la fontaine avec des paillettes d'or, des auges en cristal fin... Sur ces milliers de visites, les humains qui m'offrirent pommes, carottes et caresses furent les seuls que j'appréciais. Les éternelles pièces d'or, les perles dans mes crins, les plaques d'armure ... me laissaient indifférent. Les humains demeuraient incapable de faire mon bonheur, toujours obscurcis par leur point de vue et leur égoïsme, et je ne leur en veux pas. - Il est devenu roi de Lycia, Bellérophon ? - Bien sûr. Il a épousé Philonoé, la fille de Iobatès, et eu 3 enfants : Hippolochos, Isandros et Laodamie. Le peuple et l'armée royale lui vouaient une dévotion illimitée, les Amazones, Solymes et Cariens se tenaient tranquilles, il pouvait enfin vivre en paix. J'aurais aimé que mon histoire commune avec Bellérophon s'achève ici, qu'il m'ôte enfin la bride et jouisse de la vie de palais avec ses proches. Je serai revenu le voir de temps en temps, comme font les vrais amis. Le destin en a voulu autrement. Bellérophon en demandait toujours plus, refusait de pardonner à ses anciens ennemis, et se gonflait d'un orgueil démesuré. Je ne comptais plus les innombrables discussions théologiques qu'il eut avec philosophes et devins pour savoir si, oui ou non, il était du même sang que les Dieux de l'Olympe... Bellérophon fit une fixation sur l'Olympe. Il voulait régner sur le monde du haut de cette montagne magique, manger de l'ambroisie, chevaucher aux côtés de Poséidon et trinquer avec Bacchus, le Dieu du vin. Ca devint plus qu'une obsession. Je le voyais se fourvoyer chaque jour un peu plus, nourrir son égo, sa cupidité et son désir de vengeance, alors qu'il lui aurait suffi d'oublier tout celà, de vivre avec humilité en pardonnant au monde pour obtenir ce qu'il cherchait désespérément. - Vraiment ? - J'en suis sûr. - Comment tu le sais ? - Quelques millénaires d'expérience. Lorsque tu cède à l'égoïsme, Ilana, tu détruis la chance qui t'accompagnait jusque là. Lorsque tu fais le mal volontairement, ce mal se retourne contre toi-même. C'est ce qui est arrivé à Bellérophon. Écoute la suite. Je ne supportais pas mon sentiment d'impuissance. Las, j'arrangeais la paille de mon box pour me coucher quand... - Tu ne dors pas debout ? - Pas toujours. Pour rêver, j'ai besoin de m'allonger sur le côté. Je ne reste jamais plus d'une heure par jour dans cette position. Dans la nature, si un grand félin ou une meute de loups me surprenait ainsi, ce serait dangereux. Les chevaux normaux, eux, comptent sur leur harde pour se défendre. Ils s'entraident. Je n'ai jamais fait taire mon instinct. Les hommes ont trop souvent oublié le leur... Revenons à Lycia, endormi contre la porte, je rêvais d'un pays froid et montagneux... quand une avalanche de rocher m'écrasa ! Non ! la porte du box, claquée dans ma tête. Quel crétin ! Bellérophon n'attendit même pas que je m'éveille complètement, il me harnacha à la hâte en serrant les liens sans précautions, m'enfourcha et nous primes la direction d'Argos. Un vieux compte à régler, d'après lui... avec Sthenébée, la femme qui l'avait humilié voici bien longtemps. Il la retrouva reine et mère de deux enfants. Lui déclarant un amour fou, il l'invita à monter sur moi, pour une promenade inoubliable au dessus de la mer. J'avoue que les hisser tous deux à 200 pieds fut une épreuve très difficile. Alors que nous survolions une mer déchaînée, mon cavalier la précipita dans les eaux azur. Il fixa longtemps le point de sa chute, puis, sûr qu'elle ne réapparaîtrait pas, m'ordonna de reprendre la route de Lycia. En Argos, personne n'a jamais su ce qui était arrivé à la reine Sthenébée. Des pêcheurs retrouvèrent son corps disloqué deux jours plus tard et la ramenèrent dans sa patrie... Ca n'allait pas mieux. La guerre frappa aux portes du royaume de Bellérophon. Les Solymes reprirent les pillages des villages alentour, épaulés par les Amazones. Le peuple de Lycia perdit peu à peu confiance en son guide soi-disant divin. Mon cavalier enrageait. Il lui fallait un coup fort, un exploit pour prouver à cette bande d'écervelés que lui, le roi Bellérophon, était un Dieu digne de l'Olympe, et eux, de misérables vers de terre tout juste bons à ramper et obéir. Il me harnacha pour nôtre dernier vol. Nôtre exploit, la fin de sa quête. Comme il se trompait ! Hélas, la voix de l'égoïsme fait taire toutes les autres. Je décollais tout de même, témoin muet de son erreur, compagnon de l'égarement, content de retrouver le ciel, mon élément familier. Chaque battement d'ailes rendait plus petites les maisons de Lycia. Une mosaïque immense bientôt invisible. Bellérophon me fit prendre de la hauteur, encore, toujours plus haut, je m'élevais presque à la verticale, malgré mes douleurs naissantes à l'attache alaire et le frottement du cuir. Il n'écoutait plus ma voix, devenu seul auditeur de sa mégalomanie. Nous n'étions plus centaure. Bellérophon, d'un côté, Pégase de l'autre. Une immense montagne sortit peu à peu des brumes devant moi. Le mont Olympe. La demeure des Dieux. Ascension difficile. Un vent contraire m'envoyait les crins dans les yeux, le poids de mon cavalier et du harnachement se fit plus cruellement sentir. Quand nous combattions la Chimère, Bellérophon riait en ne cessant de m'encourager. Ce jour là, je ne percevais plus que marmonnements de haine : - Je suis un Dieu, je suis un Dieu... ils vont voir... ils vont voir... Une bourrasque me ballotta de droite à gauche, l'effort pour rétablir paralysa mes ailes. Ce poids ..! Je n'en pouvais plus ! Sommet ? Qu'avais-je cru voir ? Réussit ? Une douleur terrible me transperça la croupe, gigantesque épine pénétrant cuir et chair ! Échapper ! Insupportable ! Jamais on ne m'avait fait si mal ! Douleur ! Stop ! Stop ! Non ! Le mal se diffusait dans mon corps par vagues successives. Le coupable s'était posé sur moi, son dard toujours planté dans mon cuir. Un monstre doté de six pattes, d'énormes yeux verts, d'un abdomen bicolore, de deux ailes transparentes et mesurant deux centimètres. Un taon. Le mal perdura bien après sa piqûre. Je ne pouvais penser à rien d'autre que cette douleur. Douleur, trop tard pour Bellérophon. J'ignorais quel fut l'instant de sa chute, je n'y voyait plus au travers du plafond nuageux. Sans doute s'était-il déjà écrasé au sol. Trois mille mètres plus bas. - Ooooh non ! Je ne veux pas de morts ! Pégase, je peux réécrire ce passage en disant que Bellérophon n'a tué personne, que vous n'avez jamais été sur l'Olympe et qu'il t'a rendu la liberté après être devenu roi ? - On ne change pas le passé, Ilana. Seul l'avenir peut être modifié à ta guise. - Qu'as tu fais, après ? - Je me suis senti léger, léger... Je n'avais pas seulement porté les 80 kilos de Bellérophon au sommet de l'Olympe. Je traînais aussi les boulets de sa mégalomanie et de sa haine. La piqûre s'estompa peu à peu tandis que je posais un pied au sommet du mont Olympe. Comment le décrire ? Il éclipsait tout le reste de ma vie, pourtant bien longue. La beauté ne signifie rien pour un cheval. Le Mont Olympe est au-delà de la beauté, c'est le lieu du bien-être absolu. L'eau y est la plus pure, l'herbe la plus goutûe au monde. Des gens, des Dieux ? M'approchèrent, pour m'ôter enfin la bride d'or. Ils soignèrent toutes mes blessures. Ma tâche dans le monde des hommes venait de s'achever. Désormais, je travaillais pour plus haut. On m'installa au pré céleste, avec mes frères, bien loin des stupides montures de guerres parées de métal. Aréion le bai, le plus rapide à la course, comme moi fils de Poséidon. Les ardentes cavales du char du soleil. Deux étalons pies fort bavards chargés d'aider les hommes... Je devins la propriété de Zeus. Les Dieux me confièrent de nombreuses tâches dont je m'acquittais avec plaisir. Emporter les Muses sur l'Hélicon. Accompagner Eros, le Dieu de l'Amour. Amener les éclairs et le tonnerre de la forge d'Héphaïstos au palais de Zeus. Pour rien au monde je n'aurais quitté ce lieu ! J'avais enfin trouvé ma place. De l'Olympe, je pouvais observer en secret n'importe quel point du monde. Ainsi, je gardais un oeil sur Bellérophon... - Il n'est pas mort ! Tant mieux ! - Il survécut à une chute de plus de 3000 mètres, non sans séquelles, devenu un roi boiteux déchu de son royaume. Lycia connut crises sur crise, l'un des fils de Bellérophon, Isandros, fut tué au combat contre les Solymes, et sa fille Laodamie le rejoignit peu après. Bellérophon et ses enfants disparus, je me détachais complètement du monde des hommes. Un temps infini pour me baigner de nuages, m'abreuver de pureté, découvrir le monde ! Un temps infiniment long... à côtoyer les mêmes personnes... Étonnant comme le désir de changement devint puissant. Je faisais erreur en souhaitant le changement : le monde basculait déjà vers un temps très différent du nôtre. J'ai vu la fin du monde grec, et l'expansion de l'Empire romain. Zeus et les autres Dieux y survécurent, en changeant de nom. Zeus est devenu Jupiter. Poséidon, Neptune, et Athéna, Minerve. Hélas, il devint évident que nôtre panthéon ne survivrait pas au second basculement, un changement initié par un inconnu qui nous terrifiait tous. Jésus. - Pégase, je suis pas d'accord avec toi ! Jésus, s'il a existé, c'est quelqu'un de gentil ! - Jésus est quelqu'un de gentil. Nous avions peur de ce que les hommes s'apprêtaient à faire en son nom. Nos concertations amenèrent une solution simple. Fuir vers les étoiles. Mercure, Jupiter, Neptune et les autres Dieux sont devenus des planètes. Moi, une constellation. Il n'y eut pas assez de place pour tous, mais c'était l'unique solution pour survivre. - Pégase, tu peux pas être un tas d'étoiles ! Tu es dans le grenier, tu es réel, je te parle, j'ai chaud sur ma gauche, et je te sens, très fort, tu es là, à coté ! - Ilana, je suis... *CLAAAANNNG* - C'est quoi, ce bruit ? *** Une chambre d'enfant européen. Grande, rose et beige. Trois poupées sur la couette du lit. Des figurines playmobil éparpillées sur la moquette. Un bonhomme-shérif, une diligence de plastique et un voleur sur un cheval pie. Une chambre lumineuse, exhalant la joie de vivre et d'aimer. Siki crache au sol. Ces gosses de pays riches, ces poupons, câlins, doudous, pendant que les enfants de l'est fabriquent leurs merdes plastoques à la chaîne douze heures par jour. L'Est a récolté les déchets de l'occident. Aujourd'hui, l'Est prend sa revanche. Siki fouette le lit d'un coup de matraque. Le matelas s'enfonce mollement en laissant une petite marque. Il dégaine sa dague pour l'éventrer. Plumes d'oie et mousse volent dans la pièce pour retomber en papillonant. Du bruit au rez-de-chaussée. La quinte s'impatiente. - Siki ? Ramènes-toi, ou on s'fait la mère sans toi ! - Minute mec ! J'suis sûr qu'elle a une gosse ! J'veux m'la chopper. En repassant dans le couloir de l'étage, il remarque la trappe du grenier, habilement dissimulée par du lambris. Siki tend un tube d'artrax à bout de bras, lequel s'encastre presque parfaitement sur le bouton poussoir de la trappe. Elle s'ouvre sur une échelle métallique repliée à l'intérieur. Exaspéré, le soldat de la quinte prend son élan, agrippe l'échelle et se hisse par la petite ouverture. Le grenier semble silencieux et abandonné, mais une tige métallique incurvée, outil idéal pour saisir l'échelle, gît au sol. Quelqu'un s'est enfermé ici. - Montez, j'crois qu'j'ai trouvé la môme ! - On arrive, mec ! - Ramenez la mère, j'ai envie d'une grosse boucherie. J'adore. - T'es qu'un sadique, Siki. Bon, on t'rejoint... La quinte se rassemble. L'armée de Kine a une formation particulière, redoutable d'efficacité. Les quintes sont semblables aux 5 doigts de la main. Siki, c'est l'index. sentinelle, éclaireur, il ouvre et montre le chemin au reste du groupe. Fu, c'est le majeur. Porteur de l'artillerie lourde, vétéran de la guerre contre le Néotan. Cong, c'est l'annulaire. Formé ingénieur, aux langues occidentales et à l'informatique, en liaison permanente avec les supérieurs. Chu-Jung, c'est l'auriculaire : Plutôt que de créer des quintes de mecs pas doués, on les intègre à l'élite, qu'ils apprennent le métier avec eux. Un jour, ils deviendront peut-être des majeurs. Reste le pouce, Zhou, qui surveille les arrières et n'intervient qu'en cas d'urgence. Siki bouscule la trappe et découvre un grenier sale, sombre et malodorant. Il saisit la torche de sa ceinture, la lumière vive éclaire des piles de livres, des magazines, un dictionnaire posé au sol, cinq feuilles volantes dont une couverte de dessins, puis, enfin, moi. L'index de la quinte voit une forme recroquevillée en position foetale sur une petite couverture, légèrement tremblante. Son halo de lumière fait pleurer mes yeux clairs. Je les referme presque instantanément. - Pégase ? Tu m'a menti. Il y a un méchant monsieur avec une torche. Il éclaire tout le grenier. Tu n'es pas là. Siki s'assoie sur la table branlante du grenier, deux tréteaux soutenant une simple porte. Il attend. - Pégase, tu as dit que tu me protégerais, que je pourrais m'abriter sous ton aile, que j'aurais le droit de te toucher, mais tu n'es pas là. La tête de Chu Jung apparaît par la trappe. Couteau dégainé, il fait signe à ma mère de le suivre. - Pégase, tu m'a raconté ton histoire. L'ai-je seulement rêvée ? Pourquoi m'abandonnes-tu quand j'ai le plus besoin de toi ? Maman s'agenouille auprès de moi. Elle me caresse les cheveux et frictionne mon petit corps gelé. Gnnnnn... - Ilana, Ilana, réponds-moi !! Ca va ? Le fusil de Fu la force à reculer. Elle ne comprend pas le kinois. Ni cette guerre. Ni le but de ces hommes. Rien. Voici un mois, elle était guichetière à la poste, menant une vie simple et heureuse. Simplement heureuse avec moi. - Pégase, j'ai froid. Je ne ressens plus la chaleur de ta présence. Je vois maman. Et des méchants hommes avec des fusils. Pégase, pourquoi tu n'existe p... Cong rejoint le groupe, le plancher du grenier craque. Lorsqu'il tente de s'asseoir sur la porte à tréteaux, celle-ci s'effondre. Il rit et se prostre dans un coin, le temps de laisser le dernier membre de la quinte arriver. Il croit que je suis à bout de forces. Hypothermie, qu'il dit. Encore un mot n'importe quoi de grands. Il dit aussi que Zhou ferait bien de se grouiller. - Pégase, je ne veux pas être ici. Je voudrais... quoi ? Que maman et moi on s'enfuie avec toi. Loin d'ici. Mais pour ça, il faut que tu sois là. Je sais, moi, que t'existe. Tu m'a parlé. Pégase, je veux que tu sois là ! La tignasse de Zhou grandit par le trou de la trappe. Tête, épaules, tronc, jambes, un premier pied sur le plancher surchargé, un deuxième... l'orgie peut commencer. - Pégase, je veux que tu sois là. Très fort. Est-ce que je pense assez fort pour que tu m'entende ? Tiens ? J'ai chaud ! Siki pose les règles : - J'AI trouvé la gosse, JE me la réserve ! Avant... Files-moi ton fusil, Fu. - Pégase, il y a un très très méchant monsieur qui me fait super peur. Il a prit le fusil d'un de ses copains méchants, mais moins méchant que lui. Pourquoi il est méchant ? Il met le fusil sur maman... Pégase, j'ai chaud, comme si tu étais vraiment là, mais tu n'as pas de corps, comme je ne te vois pas. Est-ce que mes yeux mentent ? Est-ce que ... Siki enfonce le canon du fusil entre les côtes de maman. Revanche. Pour que tout soit parfait, Cong va traduire ses paroles en anglish. J'entend les méchants. Ils disent Elle parle sûrement l'anglish, cette brave femme. Tous les habitants de la Franquie parlent anglish. Ils ont droit à une bonne école, et à des boulots tranquilles. Pas ceux de l'Est. L'ingénieur de la quinte s'avance devant maman, noble et courageuse. Elle le domine de dix bons centimètres. Les occidentaux, bien nourris, sont souvent plus grands que les kinois. Ca aussi, c'est injuste. Siki enrage. Ca fait comme des vagues mauvaises qui frappent et détruisent tout. Il parle à maman. - Comme t'as essayé de nous agresser avec ton couteau de cuisine, on va s'faire ta fille devant toi. Tu vas aimer. Et tu vas regarder. Jusqu'à la fin. - Pégase, il y a un monsieur qui dit des trucs pas jolis à ma mère. Il dit qu'il va se faire moi. Il va me faire quoi ? J'ai pas envie d'y penser. Mais tu sais ? J'ai trouvé pourquoi ils sont méchants. Ils voudraient être ailleurs. Et ça les rend méchants. Pégase, je te sens très très fort à mes cotés. C'est comme si tu étais un soleil qui brille dans mon corps. Je voudrais que tu sois là en vrai ! Siki s'approche et pince ma joue. Il ne voit rien de gentil ni de joli en moi. Il a oublié ce qu'est la beauté. Et l'amour. Tout oublié. Il ne sait même plus pourquoi il faut tuer. Tuer. Pour oublier. Oublier, encore, toujours, qu'il obéit, avec son groupe, à des ordres absurdes. A travers ses gants de cuir, Siki sent la chaleur de ma peau. Elle rayonne, traverse le cuir de boeuf, son armure, ses blindages, puis toutes ses défenses. Il veut bouger, tuer, tuer, mais ne le peut. Il se ressaisit. Repousse. Repart à l'assaut avec ses compagnes, la haine, la colère, la volonté de destruction. Je dois le retenir. Il fait plus de mal à lui-même qu'à moi. Je retire sa main de mon visage. C'est pas difficile. Il voit que je suis maigre, sale et vêtue de loques traînant depuis des jours. Il a peur de moi. Il croit que je suis plus forte que lui. D'une force... Différente. Je ne veux pas que les gens aient peur ! Même les méchants. Je me relève. Je le regarde, sans colère, sans haine. Juste de la compassion. Siki est surpris. Ses proies cherchent à fuir ou lui crachent tout leur mépris. Pas moi. Je fais face avec maman. - Maman ! Aide-moi ! A faire venir Pégase ! - Ilana ? De quoi tu parles ? Je ne comprend pas ! - Shutup vos gueules ! Lance Cong en anglish. Il tire au fusil dans le toit. Ca fait un gros trou et la pluie passe dedans. C'est pas sympa pour le voisin qui nous avait aidé à mettre les tuiles ! Maman et moi, on échange un regard. Le même regard, entre deux paires d' yeux noisettes aux reflets d'or. On ne doit pas parler, où la prochaine balle sera pour l'une de nous. Siki frotte ses mirettes. Il a cru percevoir la silhouette d'un cheval gigantesque. - N'importe quoi. - Hey, Siki ? - Quoi, Zhou ? - Z'ont foutu de la drogue dans nôtre bouffe ? - Ca va pas nan ! - Y'a un canasson géant à coté de toi. Transparent. Avec des ailes. L'apparition gagne en substance. Toute la chaleur et la lumière de la pièce en émanent. La quinte recule, au moment même où Pégase s'agenouille pour que je puisse le chevaucher. Lorsque mon cheval fantôme se redresse, le toit du grenier explose, la pluie et la pâle lumière de la lune noient la scène. Les débris retombent autour de la maison, lentement, sans blesser qui que ce soit. Je dois leur parler, à tous. Ni en franquois, ni en kinois, ni en anglish. Avec le tout premier langage, celui que tout le monde comprend. Celui du coeur. Et voici ce que j'ai dit : - Vous, de guerre vétérans, dites ce que vous cherchez - Vôtre présent, vôtre futur, qu'on vous a arraché ? - Vôtre vide intérieur, vous cherchez à combler ? - Chaque vie que vous fauchez rend elle vôtre liberté ? Chu Jung laisse tomber son arme. La lame du couteau écorche une latte de bois, puis l'auriculaire de la quinte tombe à genoux. Il entame une plainte. - J'veux m'barrer... bordel. J'en ai marre. MARRE DE CETTE PUTAIN DE GUERRE ! En deux pas de ma fantastique monture, je m'approche. Je demande à l'auriculaire de la quinte, le plus simplement du monde : - Où tu veux aller ? - Dans mon appart', à Shandaï, avec une bonne Quirin-beer et une jolie nana... - Pourquoi tu fais la guerre, alors ? - Mon frère la fait. J'voulais pas passer pour le lâche d'la famille... - Rentre chez toi. Un grand vent intérieur se lève dans la pièce. Quelques lucioles électriques brillent, lorsque le calme revient, Chu Jung a disparu. Les quatre doigts de la quinte s'agitent. Zhou a peur : - C'est pas une gosse 'tain, c'est une arme secrète des franquois ! R'garde elle a désintégré Chu Jung ! Cong l'ingénu s'approche prudemment de moi. Plus il réduit les centimètres, plus Pégase et moi le purgeons de toute sa haine, ses peurs, et ses émotions négatives. Il sait que nous ne somme pas une arme. Nous sommes autre chose. Il ne sait dire quoi. Pour la première fois, il est dépassé. Lui qui a lu des centaines de livres sur l'histoire du monde, appris cinq langues, l'architecture occidentale, la psychologie et l'anatomie des corps humains, ne sait pas à quoi il fait face. La première réponse qui s'impose à lui n'a aucun sens. - C'est... c'est de la magie ? - Pourquoi tu mets ton intelligence au service de la guerre ? Il veut mentir, dire qu'il n'a pas eu le choix... mais ne le peut. La vérité s'impose à ses lèvres, aussi abjecte soit-elle pour lui. Cong se hait. - Parce que c'est bien payé. - Tu n'emportera que ton âme dans l'autre monde, tu sais ? - Je sais, mais j'vais pas mourir pendant cette guerre. J'la fais pour rentrer avec un paquet de blé. - Crois-tu que l'Etat de Kine te versera une pension à vie si tu termine la guerre ? En es-tu persuadé ? - Non... Mais ça m'arrange d'y croire. C'est ce qui me fait tenir ici.<br>Je lui montre sa vie passée. Promesses, illusions, mensonges... il voulait un poste de médecin de guerre dans l'armée des 200 millions. Mais ils avaient trop de médecins, pas assez d'ingénieurs. Ils lui ont fait passer l'enfer pour un petit boulot facile, une simple reconversion. Mensonge, mensonge... Ils ont brisé son rêve. Il s'est laissé guider sur un chemin pavé de ruines, de cadavres et de cris de rage sans réagir. - J'voulais être médecin... j'voulais être médecin... Cong devient plus léger. Le vent intérieur et les lucioles lumineuses l'enveloppent. L'annulaire de la quinte disparaît sous le regard médusé de ses 3 compagnons. Fu tente de saisir l'endroit où se tenait son camarade une seconde auparavant, mais ses doigts gantés ne rencontrent que le vide. Je touche gentiment le sommet de son crâne. Fu recule et lève la tête. - T'as fait quoi à Chu Jung et Cong ? C'est mes potes ! Merde ! - Ils sont là où ils doivent être. Si tu aimes protéger des gens, pourquoi tu fais la guerre ? - Pour... parce que... Me battre, c'est le seul truc que j'ai appris... J'les rétamais tous... J'sais pas lire... ni écrire... J'compte pas vite... Dans la quinte, j'suis l'meilleur ! - As-tu pensé à te battre pour une cause plus noble ? - C'existe pas les bonnes causes. C'existe plus. - Toi aussi, tu as oublié. Je me laisse glisser à terre, en demandant silencieusement à Pégase de continuer à m'aider et à veiller sur moi. Je tend un index vers le majeur de la quinte. Il se souvient. Ceux qu'il a laissé derrière lui. Sa femme, Lan, et ses deux filles. Le jour de son départ pour le front de l'Ouest. "Papa va tuer tous les méchants du Néotan ! " ... "Papa reviendra en héros, avec plein de médailles ! " - C'pour eux que j'veux m'battre. J'suis pas un héros. Ma Lan... Vous m'manquez... - Alors, retourne auprès d'eux. Le vent et les lucioles investissent le grenier éventré pour la troisième fois, en emportant Fu avec eux. L'index et le pouce de la quinte demeurent assis sur le plancher. Je viens à eux, tend une main amicale à Zhou pour l'aider à se relever. Zhou est intéressant. Il entend au-delà de la parole. C'est ainsi qu'il répond à ma question avant que je ne la lui pose. - Je me bats pour mon pays, et le Dieu-Phénix. - Le Dieu-Phénix, il t'a dit de tuer des gens ? Zhou revient dans son passé, parmi les siens, sur la côte, lorsqu'il se courbait dans la fange des rizières avec les femmes, en toute humilité. Il ne gagnait rien. Mais il y avait dans ce village une grande solidarité, qu'il n'a jamais pu retrouver ailleurs. Là-bas, tout le monde croyait au Dieu-Phénix. Beaucoup l'avaient vu, dans les nuages, dans une rizière, dans le dessin d'une pierre, au fond d'un bol de soupe... Jusqu'au jour. Au jour... Les forces Etats-Unariennes du Néotan ont débarqué sur cette côte, après avoir rasé une partie de l'île voisine, Pojna. Ce fut indescriptible massacre. Mais Zhou a survécu. Comme moi cachée dans le grenier, lui fut caché sous un panier. Il se souvient. Le Dieu-Phénix lui a parlé. Il lui a demandé de ne pas oublier. De se souvenir de lui, quand il quitterait le village. Zhou... a réinterprété les paroles de son Dieu-Phénix. Il ne lui a jamais demandé de tuer, ni de se venger. C'est ce que Zhou voulait entendre, ce qu'il voulait comprendre. Quelle erreur. Le village... probablement reconstruit à l'heure qu'il est. Bientôt la mousson. Bientôt, les temps solidaires et difficiles. C'est là bas qu'est sa place, là bas... que le vent et les lucioles t'accompagnent, Zhou... Je tend toujours un doigt à travers une place vide. La pâle lune en croissant nous éclaire, maman, Pégase fantômatique, moi et Siki, le dernier, la sentinelle, l'index de la quinte. L'homme de Kine prend la parole. - Intéressant... Tu as exploité le point faible de chacun de mes compagnons. La couardise de Chu Jung. L'ancien rêve de Cong. La famille de Fu. Et la foi de Zhou. Ceci dit, ton petit jeu s'arrête là. Tu ne peux rien contre moi. Je ne crois en aucun Dieu. Je n'ai pas de famille, ni d'honneur, ni de patrie. Je suis où j'ai décidé d'être, je fais ce que j'aime : tuer. - Alors, dégaine, Siki. L'index de la quinte sort son couteau d'acier, en éprouve le tranchant, et pointe l'arme sur moi. Je le bloque, je deviens un grand lac pour dissoudre sa haine et sa colère dans mes eaux calmes. Il se rassemble ses forces mauvaises éparpillées. Sa personnalité. Il s'avance, bastion imprenable du meurtre, tendu sur un seul but, me tuer, me tuer ! Me tuer ou être tué ! Il est étrange, Siki. Nous sommes de force égale. Il doit avoir une faille, un secret... Non. Il a dit la vérité. Sa vie n'est que haine, bataille, survie, vide et froid. Il a connu les orphelinats, le travail à la chaîne, les réseaux pédophiles... Je recherche la moindre trace d'amour... La voilà ! Elle est infime, si infime et ténue, mais je l'accroche tout de même au fil de mon esprit, pour la remonter en surface. Siki ne me voit plus. A ma place, il voit un grand, un garçon plus grand, à l'orphelinat impérial de Shandaï. Tuer ou être tué ! Le grand. Il avait frappé. Fort, très, trop. Étoiles, voile noir, Siki était tombé. Où ? Quand ? C'était vieux, si vieux, très lointain. Un grand tunnel, briqueté de sombre. Ressemblait à un égout. L'endroit où allaient les déchets de l'orphelinat kinois, selon lui. Le tunnel possédait deux sorties. Une sombre, synonyme de douleur, d'humiliation éternelle. Une lumineuse, la fin du mal, de la souffrance, la délivrance. Siki allait vers la lumière. Décision sage. Déjà, le halo blanc happait ses jambes, quand quelqu'un le retint. Quelqu'un, ou quelque chose. - N'abandonne pas ! Dit-elle. Une femme ? Oui. Une voix de femme kinoise. - Lutter ? dit Siki. Pourquoi faire ? Vivre le même calvaire éternellement ? - Siki, mon fils, les calvaires infinis n'existent pas ! - Fils ? Tu... tu es... - Hsi Wang Mu fut mon nom. Je suis morte en te mettant au monde, dans le temple impérial de Shandaï. J'aurais voulu rester en vie et veiller sur toi, Siki. - Maman !!! Reviens ! Tu me manques trop ! - On se retrouvera, Siki. Quelle que soit mon apparence. Même celle... La vision se dissipe. Siki redevient l'index de la quinte, penché sur moi, la lame de son couteau profondément enfoncée dans mon épaule. Mon sang coule. J'ai mal, si mal ! Pégase commence à disparaître. Siki ôte lentement son arme, tombe à genoux et se met à pleurer. - ... Quelle que soit ton apparence, même celle d'une enfant franquoise... Désolé, désolé !! Je ne dois pas tomber, pas maintenant que je l'ai enfin retrouvé ! Le fils perdu de mon ancienne vie. Siki. mon oeuvre inachevée. Qu'importe la douleur. Qu'importe que mon sang tâche ma robe sale. Je dois maintenir Pégase, et Siki, en surface. Maman m'aide. Une autre menace, plus grande, immense, plane, loin, au-dessus de nos têtes. Siki me regarde, fou de terreur. - Merde ! On s'est trop attardés dans la zone ! Les avions-nettoyeurs de Kine vont raser les bâtiments ! Et nous avec ! - Siki ? Si tu m'entends, aide-moi à faire revenir Pégase. C'est le seul moyen. - Comment ? - Suffit d'y croire. Siki et maman bandent sommairement mon épaule avec une chemise de l'armée. Je me concentre, Pégase revient peu à peu parmi nous. Il n'est pas tout à fait réel, mais suffisant pour que je m'agrippe à sa blanche crinière et me hisse sur le garrot. Heureusement qu'il n'a pas mal quand on lui tire les cheveux ! Héhé ! Maman s'assoie en amazone, entre les ailes. Quand à Siki, il prend place en croupe, les bras autour de la taille de maman. - Ce... cheval peut nous porter tous les 3 ? - Bien sûr ! Il est aussi grand que tu veux qu'il le soit. Deux battements d'ailes et Pégase décolle. Maman n'est pas rassurée, quand à Siki, sa sensibilité retrouvée rend le voyage extrêmement grisant pour lui. - Avion-nettoyeur à 150 mètres, sud-sud-ouest ! On va lui faire sa fête ! Siki glisse un objet ovale entre mes doigts. - Une grenade de l'armée. Quand on sera assez proches, dégoupille-la et flanque-la dans le trou du réservoir. Je l'aurais fait moi même, mais je ne veux pas lever la main contre un soldat de mon pays. - Oh, je n'ai pas besoin de ça, merci. Dis, Siki, je peux t'appeler papa ? - Y'a 5 minutes, je voulais vous tuer toutes les 2, je te rappelle... Appelles-moi comme tu veux... Sous-merde, Vil-vampire ou Chacal-puant, par exemple... Pégase flanque l'avion-nettoyeur kinois par la gauche. L'étalon-fantôme aux ailes d'argent stabilise, puis m'envoie un message à retransmettre : - Nous passerons à travers le blindage et la coque de l'appareil. Ca peut être déroutant la première fois. - L'aile droite de Pégase disparaît dejà au travers de la coque. Je rassure maman et Siki, si quiconque a peur, nous ne passerons jamais. Je tend mon bras à travers l'appareil pour leur montrer. C'est marrant, comme sensation. Ca chatouille et picote un peu à l'endroit où tu traverses la surface solide. Mieux vaut basculer d'un coup. Pégase enchaîne deux tonneaux et se dématérialise dans l'avion, nous retombons tous trois sur la surface lisse et dure de l'appareil, dans la soute, où une énorme bombe nous fait de l'oeil. Siki examine l'objet sous toutes les coutures. - Thoranium et Carunide. Une vraie saloperie. J'peux la rendre inoffensive, j'crois. Si l'impact premier n'a pas lieu, que les deux produits n'entrent jamais en contact... Il trifouille l'objet avec son couteau et des goupilles trouvées dans sa ceinture. Je m'assied, puis m'allonge au sol pour récupérer de ma blessure. - Vite ! - C'est pas comme si j'étais docteur es désamorçage de bombes... serait plutôt l'inverse ! Là, c'est bon...Oh merde ! Une odeur épouvantable se répand dans la soute. - J'ai percé l'carunide... toxique c'te saleté... - Papa ! Les vapeurs s'infiltrent dans mon nez, mes bronches, mes alvéoles pulmonaires... Echouer, si près ? Pourquoi, pourquoi ? Voile. Rideau. Oui, non ? Tiens, je flotte au-dessus de mon corps. C'est sûrement un truc qu'on voit avant de mourir. Une grande forme équine vole à mes côtés. - Pégase ? - Lui-même. - 'Suis morte ? - Non - Où suis-je ? - Comment dire... Tu vois, au théâtre de marionnettes ? Il y a la scène, où les bonshommes te racontent une histoire, et, plus haut, les coulisses, où le marionnettiste fait bouger les fils des marionettes. Tu es dans les coulisses du théatre de la vie. - Et maman ? Et papa ? - Toujours dans l'avion, au-dessus du niveau des vapeurs pour l'instant. - Tu peux les cacher aussi ? - Je regrette, ce fut juste pour toi, Ilana. Je n'en ai pas la force pour eux. - C'est curieux, on dirait que le temps passe différemment, ici. Il est tout ralenti. - Tu peux penser à un milliard de choses en coulisse le temps qu'une seconde s'écoule sur la scène du théatre, Ilana. Je commence à comprendre. Pas sûre. Si je fais erreur... la peur de l'échec entraîne l'échec. Pégase m'a toujours parlé depuis les coulisses. Ce qui est dans les coulisses est invisible, mais peut parler à ceux qui vivent sur scène. Bien. Je flotte dans toutes les directions à volonté. Je vois le monde réel de la scène très nettement, avec les couleurs. C'est alors que je remarque qu'un mince fil me relie à mon corps resté dans l'avion. Mon corps, sur la scène du théatre. Il ne faut pas que mon fil de vie se rompe. Visiter les coulisses, c'est rigolo, mais jouer les fantômes pour l'éternité, c'est chiant, surtout vers la fin. Maman et papa sont toujours debout au dessus des vapeurs mortelles. Papa s'apprête à ramasser mon corps... - NON, NON ! Il a stoppé net. La trappe du largage de bombe s'ouvre en envoyant l'objet désormais inoffensif à travers les nuages. Le carunide continue néanmoins à se répandre dans la soute. Je crie, aussi fort que je le peux. - SAUTEZ PAR LA TRAPPE, NE VOUS OCCUPPEZ PAS DE MOI ! Faire taire un instinct maternel de 9 ans, et un instinct paternel tout juste découvert par des paroles fantômatiques ? C'est de la folie. Je n'ai pas le choix. Je les pousse vers la trappe, ignorant à quel point je peux agir sur la scène depuis les coulisses. Il me faudrait un moyen... Justement ! Nous sommes une famille, des liens profonds existent entre nous ! Je fais trébucher maman dans la trappe en lui bloquant la respiration quelques secondes. Tu me remercieras plus tard, maman. Quand à papa, je lui hurle aux oreilles. - VAS LA RATTRAPPER, TU PEUX, PARCE QUE T'ES UN ANGE, EN FAIT Je mens pour la bonne cause, avec la première idée qui m'est venue. Un bobard aussi énorme ? Qui le goberait ? Pourtant... Il plonge par la trappe, dans le vide, sans se soucier de moi, enfin, de mon corps. Je le suit. La partie suivante s'annonce difficile. J'ai fait passer Pégase des coulisses à la scène une fois. Je dois le refaire. - Pégase, viens sur la scène, s'il te plait ! Tu dois rattraper papa et maman dans le vide ! Tu es le seul qui puisse ! Le sol se rapproche dangereusement. Les mosaïques multicolores deviennent toits, bientôt maisons... Pégase n'apparaît pas. Pourquoi ? Je me souviens ! Il n'a plus de forces ! Moi, il m'en reste assez ! Reçois tout ! Tout ! Je t'envoie ce que j'ai, Pégase !!! Ma vie a moins de valeur que deux ! L'informe équidé prends corps à mes côtés. C'est... magnifique ! Il vole dans le réel, sur le devant de la scène, bien plus réel que jamais je ne l'aurais imaginé, de chair et de sang. Ses crins flottent en bannière blanche, ses ailes de métal argenté brassent lentement et majestueusement l'atmosphère polluée du ciel de Franque. Il mesure plus de deux mètres au garrot, je suis sûre, même plus ! Un instant, je croise ses yeux bleus d'océan si profonds. Triste, il est triste. Pour moi ? Je vais bien. Je suis juste... un peu fatiguée. J'ignore comment, mais papa a rattrapé maman dans sa chute. A t'il cru mon gros bobard sur les anges ? Pégase vole à leur rencontre, ils attrapent les crins blancs et s'installent à califourchon sur son dos, toujours enlacés. Si beau... Maintenant que je l'ai vu, je peux... mon fil de vie se fait fin. Plus fin. Infime. Un. fini? Infini ? Le goût revient le premier. On me donne un truc sucré à boire. Ca glisse le long de ma gorge et caresse mon oesophage. Les sensations ensuite. Mon épaule chatouille un peu mais je n'ai plus mal. J'ai chaud, juste comme il faut. Dans des couvertures, toutes douces, avec plein de plumes dedans. L'ouïe. J'entend des gens parler. C'est encore trop confus. La voix de maman, je la reconnaîtrais depuis le bout de la terre. Celle de Siki, j'ai appris à l'identifier, bien qu'elle ait changé. De colérique, elle est devenue plus basse, plus posée, plus calme. Les autres, je ne sais pas à qui elles appartiennent. L'odorat. Un parfum iodé flotte. On doit être au bord de la mer ! Dans une cabane au bord de la mer ! C'est là que je voulais aller, avec papa, maman et Pégase, après la guerre. Je n'ai pas besoin d'ouvrir les yeux pour confirmer celà. Il ne reste qu'une inconnue. Qui sont les gens qui m'entourent ? J'ouvre les paupières. Papa et maman veillent depuis le bord de mon lit. Ils sont restés nuit et jour auprès de moi. Autour d'eux, il y a plein de gens gentils. Je le sais, qu'ils sont gentils, comme si c'était écrit en rouge fluo sur un post-it collé à leurs visages. - Ilana ? C'est un vieux monsieur qui me parle, il a plein de cheveux longs et gris et beaucoup de barbe de l'autre côté. Et aussi des grosses rides, des sillons comme dans les champs après le tracteur. Et des yeux verts plus étincelants que les émeraudes du collier de grand-mère, et une drôle de petite couronne-bandeau qui brille autour de la tête. - Tu t'en es très bien tirée, Ilana. - Que... C'est vous qui m'avez sortie de l'avion ? Vous avez fait comment ? - Pas que moi, tout le groupe. Tu croyais matérialiser un avatar tranquillement dans ton coin sans qu'on soit au courant ? - Matéquoi ? Euuh... Vous êtes qui ? - Des gens qui arrêtent la guerre. Nôtre nom n'a pas d'importance. - C'est super cool ça, je peux arrêter la guerre avec vous ? - Ilana, c'est pour ça qu'on est venus te chercher. J'aurais quelques petites choses à t'apprendre avant de te montrer comment on arrête la guerre. Pas beaucoup, mais c'est important : - Je t'écoute, monsieur. - La première est : Fais plus attention à toi, ma petite ! - Je suis pas PETITE ! Maman, elle m'appelle sa GRANDE fille ! Je me lève du lit en sursaut, pour attraper la barbe du monsieur, des fois qu'elle soit fausse comme celle du Père Noël. Il anticipe mon geste et court hors de la cabane, vers la mer, en riant. Il va voir, si je suis PETITE ! Sans blagues ! Il court vite, pour un vieux monsieur ! J'arrive pas à le rattraper. Pas grave. Jouer avec le sable, c'est plus tentant ! Je creuse une douve et fais un pâté. Sans seaux ni pelle, mon château aura une forme bizarre. Maman et papa me rejoignent pour me faire un câlin. Ca m'avait manqué, un gros câlinou ! Voilà qu'ils s'embrassent sur la... bouche ?? J'ai raté un chapitre ? Maman m'explique : - Ilana, tu as dormi dans cette cabane une semaine. Siki est resté auprès de toi sans manger ni se reposer. Entre temps, on s'est rapprochés, lui et moi. - C'est normal ! Vous avez déjà vécu ensembles, il y a très très longtemps, sous l'empire romain, près de Lugdunum, je le sais ! Et vous resterez un couple toute vôtre vie, ouais ! Dis, maman, je peux avoir un petit frère ? FIN ©Protégé par contrat créative commons http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
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Friday, January 04, 2008
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Current mood:  jolly
Bonjour à tous ! Voici un petit travail de recherche mené de front avec mon collègue, David. le but est de rassembler absolument tous les textes de mythes et légendes sur la création du monde. A ce jour, nous en avons rassemblé 21. Bonne lecture ! Et, petit jeu comme ça ! Vous pouvez chercher les points communs... il y en a ! :p Derneir conseil : Il y a là tellement de noms de divinités que je vous conseille d'avoir un wikipédia' à portée de clic :p Pour un autre type d'aperçu, je vous renvoie à cet excellent site : http://cosmobranche.free.fr/MythesCreation.htm
Cosmogonie comparée 1) Légende sumérienne (Sumer + Babylone) Cette histoire est racontée sur des tablettes d'argiles cunéiformes déterrées dans l'actuel Irak. Voici une traduction de ces tablettes d'argile. " La Terre (ki) est un grand disque plat flottant sur une mer d'eau douce (apsû ou abzu) entourée d'un grand océan terrestre d'eau salée (Tiamat). L'ensemble est contenu dans une sphère dont la moitié supérieure représente le Ciel (An/--amû) où se déplacent les étoiles, et, dans la partieinférieure, le monde mystérieux et invisible des Enfers (kur/irsitu); cet ensemble flotte dans la mer primordiale (représentée par la déesse Nammu) , éternelle, immense; le soleil naît le matin à l'Est (Marratu), se couche à l'Ouest (Amurrum) et parcourt la nuit le chemin inverse. Le fleuve infernal à l'Ouest relie le monde des vivants (l'En-Haut) au monde des morts (l'En-Bas)." Les premiers dieux créés sont Lahmu et Lahamu représentant l'alluvion fertile, qui donnent naissance à Anshar et Kishar -les horizons du Ciel et de la Terre- qui engendre Anu(An) et Éa(Enki) et d'autres dieux qui, turbulents et bruyants, perturbent "le sein de Tiamat"; avec la complicité de son conjoint Apsus et de son lieutenant Munnu elle décide de les anéantir, mais Éa -ami des dieux- fait échouer ce complot: il paralyse Munnu et endort Apsus. Il se retire dans sa demeure au fond de l'apsû (ou abzu) et, avec son épouse divine Damkina, engendre un fils, Marduk. Tiamat déchaine son armée de serpents géants "aux dents aiguës, aux mâchoires impitoyables, au corps plein de venin au lieu de sang..." contre les dieux qui délèguent la charge du combat à Marduk en échange de sa prédominance "sur l'ensemble de l'univers". Marduk vainqueur fend le corps de Tiamat "comme un poisson séché", une moitié va tapisser le Ciel où il décide du chemin du Soleil, de la Lune et des étoiles, l'autre moitié va soutenir la Terre, il crée les montagnes, il fait jaillir le Tigre et l'Euphrate, il fait naître la neige et la pluie. Pour honorer Marduk les dieux construisent son temple à Babylone, l'E-sag-il. 2) Légende Celte : La tradition celtique ne comporte aucun récit cosmogonique. Les celtes croyaient que l'univers se créait à chaque instant, chaque jour. La création se fait en Dieu, et les récits celtes "relatent" cette opération. Opération qui ne comprend une part de mal afin que la création puisse exister hors de Dieu, lui seul pouvant être parfait. Les mythes celtes rendent compte de cette opposition entre le Bien et le Mal, entre la Création et la Destruction, au sein de Dieu. Ils ne racontent pas réellement la naissance de l'univers, ils ne décrivent pas le résultat fini de l'acte créatif, et ils ne conçoivent pas cet acte comme étant chronologique.Ces mythes sont malgrés tout considérés comme cosmogonique, dans la mesure où ils nous disent quels sont les rapports entre Dieu et le monde. Celui qui suit est le mythe de l'oeuf du serpent: La mer contenait un reptile, un serpent si gros qu'il faisait déborder l'eau sur les terres qui en étaient recouvertes. Alors, le dieu Hu-Gadarn (Hu le Vaillant, appelé aussi Mac Oc, fils jeune; ou Bélénos par les Gallois, et Oengus par les Gaëls), attache le serpent cause du Déluge à deux boeufs avec des chaines. Les boeufs tirent le serpent sur le petit morceau de terre encore emmergé. Mais à peine y sont-ils parvenus, que l'un des boeufs meurt d'épuisement, et l'autre décède du chagrin causé par la perte de son ami. Le sacrifice des boeufs aura servi malgré tout, car le niveau des eaux baissent, permettant aux terres de réapparaitre. Hu-Gadarn fonde alors les institutions humaines, enseigne aux hommes les liens qui les unissent et leur apprend la Justice. Les druides recherchaient l'oeuf du serpent marin. Cette quête, loin d'être simplement matérielle, était spirituelle: trouver cet oeuf (un oursin fossile si l'on en croit les découvertes archéologiques qui en ont révélé certains enfouis sous de grands tertres), c' était avoir les moyens d'acquérir la connaissance du monde, de son essence et de sa structure. Pourquoi un oeuf? Parce que l'oeuf est à la fois source et fruit de vie. Pour être viable, il doit être sorti du ventre de la femelle pour ensuite être fécondé par le mâle. Femelle et mâle apparaissant symboliquement comme matrice et force vitale. Quant au serpent (mâle), il symbolise cet élan fécondateur, par sa forme phallique, aussi parce que jaillissant et rentrant dans la terre, il est vu comme la fécondant. C'est la raison pour laquelle le mythe parle d'un serpent. Mais pourquoi d'un serpent marin? Parce que l'eau est l'élément primordial dans lequel la vie est partout présente. Si le serpent sort de l'eau, l'on a plus à savoir qui de lui, ou de l'oeuf est arrivé le premier: issu de l'océan, le serpent n'a plus besoin de l'oeuf. Ce mythe gallois nous raconte comment le monde fut créé par un serpent sorti de l'eau qui a fécondé l'oeuf cosmique. 3) Mythologie Grecque Les sources principales proviennent de l'Iliade et l'Odyssée, poèmes épiques d'Homère ainsi que les textes du poète Hésiode. La version la plus complète sur la création de la Terre apparaît dans le texte d'Hésiode, intitulé « La Théogonie » c'est-à-dire la « naissance des dieux ». Au début, c'est le Chaos qui règne. Le Chaos est une matière sans forme. La Terre n'existe pas. De ce Chaos surgit la Terre (Gaïa), Eros (l'Amour), Tartare (les Enfers), Erèbe (les ténèbres qui recouvrent les Enfers) et la Nuit (l'Obscurité). De l'union de la Nuit et d'Erèbe, naissent le Jour, la Lumière, la Ruine, la Mort, la Souffrance, la Tromperie et la Discorde. De la Discorde naissent le Meurtre, le Carnage, le Crime et le Combat. Gaïa soutient Ouranos (le ciel) au-dessus d'elle. Les premiers dieux naissent de l'union de Gaïa et d'Ouranos : * 3 Cyclopes (créature avec un seul --il) * 12 titans (géants à forme humaine) * 3 Hécatonchires (monstres à 50 têtes et 100 bras) Les Titans sont la deuxième génération de dieux. Il y a 6 garçons et 6 filles (les Titanides). Parmi eux, Cronos est le plus rusé. Ouranos est très déçu de ses enfants et cherche à les supprimer. Gaia veut se venger de son mari. Elle demande l'aide à ses enfants. Cronos accepte de lui prêter main forte. Rappelons que tous ses enfants sont en elle puisqu'elle représente la Terre mère. Gaia fabrique une faucille en silex que Cronos doit utiliser pour émasculer son père. Au moment où Ouranos revient vers Gaia pour remplir ses obligations d'époux, Cronos castre son géniteur et envoie ses parties génitales dans la mer. Du flot de sang versé dans la mer naissent les Géants et les Furies. De l'écume de la mer, nait également la déesse Aphrodite (future déesse de l'Amour). Après avoir éliminé son père, Cronos se proclame roi du Ciel. Il épouse sa s--ur, Rhéa, une titanide et ils font beaucoup d'enfants. Mais, Cronos sait, par une prédiction, que l'un d'entre eux finira par le tuer. Pour se protéger, il avale chaque nouveau-né dès sa naissance. Rhéa demande conseil à ses parents, Gaia et Ouranos, qui entre temps se sont réconciliés et ensemble, ils mettent au point un plan. Quand Rhéa accouche de son sixième enfant, Zeus, elle le cache sur l'île de Crête. A sa place, elle donne à Cronos une grosse pierre enveloppée dans un linge. Cronos avale la pierre et Zeus peut tranquillement grandir sous la protection des nymphes.. Devenu adulte, Zeus s'allie à sa grand-mère, Gaia pour se venger de son père. A eux deux, ils font vomir Cronos qui rejette ses enfants. Les cinq bébés, qui ont grandi en lui, naissent adultes et deviennent, avec Zeus, les premiers dieux de l'Olympe : * Héra : déesse du mariage et de la famille * Poséidon : dieu de la Mer * Hadès : dieu des Enfers * Hestia : déesse du Foyer * Déméter : déesse du Blé et de la Moisson Après avoir castré son père, Cronos, Zeus engage un terrible combat contre les Titans dont il sort victorieux. Il les jette dans le Tartare (les Enfers). Il devient alors le roi des Dieux et s'installe sur le Mt Olympe. 4) Mythe Perse (Mazdéen) Au commencement, la Terre était une plaine plate, sous un solide dôme contenant 178 étoiles, et un soleil et une lune fixés sur ce dôme. Cette terre était entourée par l'océan cosmique. En dehors de ce dôme, se trouvaient deux vagues divinités amorphes: le "Bienveillant" Ahura Mazda, et le "Malveillant" Angra Mainyu, tout deux masculins. Un jour, Angra Mainyu décida de mettre un peu de désordre: Il perça le dôme, descendit dans l'océan, et revint en perçant la terre, formant ainsi une montagne volcanique. Il continua ainsi, jusqu'à ce que la terre soit couverte de montagnes et de vallées. Les vibrations cassèrent tout, et les étoiles, et le soleil et la lune se décollèrent et commencèrent à glisser vers l'ouest. A l'horizon, ils percèrent le dôme, et revinrent par l'autre coté. Chacune fit un trou différent, laissant 180 trous de chaque coté (degrés). Voyant que les choses bougeait maintenant, Ahura Mazda décida d'être créatif. Ce fût le commencement de la vie. Il planta deux arbres: L'Arbre des Graines (la source de tout les autres arbres dans l'univers), et l'Arbre d'Haoma Blanc. (Haoma est la boisson sacré (comme le "Soma Indien") qui donne aux Dieux immortalité et inspiration. Parfois aussi appelé Amrita (comme l'Ambroisie des Grecs)). Angra Mainyu qui était contre l'Haoma envoya un grand lézard de l'océan pour mâcher les racines de l'Arbre d'Haoma Blanc. Ahura Mazda envoya treize poissons nager autour des racines pour tenir à distance le lézard. Finalement, le lézard va l'emporter, mais les poissons aide a retarder cela. L'Arbre des Graines produisit tout les autres arbres, et la vie commença. 5) 3 mythes Egyptiens On trouve au moins 3 mythes égyptiens de la création du monde, celui d'Héliopolis, celui d'Hermopolis et celui de Memphis. Mythe d'Heliopolis : l existait au départ une étendue d'eau infinie et intemporelle : le Noun Puis du Néant, Rê, le dieu solaire, se donna lui-même naissance et prit place sur la butte primordiale émergeant de l'eau. À partir de là, il donna naissance à un couple : Shou, un homme portant une plume d'autruche, le dieu de l'air et Tefnout, une femme à tête de lion, la déesse de l'humidité. La manière dont ces deux êtres furent mis au monde est contradictoire au sein même des textes sacrés . Dans une première version, Atoum pratiqua l'onanisme et les fit naître simultanément mais dans la seconde, Shou fut craché et Tefnout éternué par Atoum. Ces deux derniers protagonistes engendreront Geb, dieu de la Terre et Nout, déesse du Ciel, s'aimant d'un amour si fort, qu'Atoum dut les séparer. Malgré cela, naquirent tout de même de leurs unions, quatre enfants : Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Mythe d'Hermopolis : Thot déposa sur la butte primordiale récemment jaillie du Noun un étrange --uf. Il fut couvé par les huit entités élémentaires, quatre dieux mâles aux têtes de serpent et leur contrepartie féminine aux têtes de grenouille. Appelée l'ogdoade d'Hermopolis, elle est composée de Noun et Nounet, l'élément liquide, Heh et Hehet, l'infini, Kekou et Keket, les ténèbres et Amon et Amonet, l'élément mystérieux (ou « caché »). L'--uf finit par éclore et naquit le soleil, s'élevant alors vers les cieux. Différentes versions existent, celle-ci n'est que la principale. Mythe de Memphis : Un unique dieu en est l'acteur. Ptah a conçu le monde par sa pensée (êtres, animaux, végétaux, etc.) puis leur a donné la vie par sa simple parole créatrice, en énumérant un par un le nom des éléments imaginés. 6) Scandinave : Il nous est racontée en détail dans la Völuspá, ou Chant de la voyante, poème de l'Edda en vers. Il existe cependant de nombreuses variantes. Le Chant de la voyante en est une : Au commencement n'existait qu'un abîme béant, le ginnungagap. Les éléments y erraient, libres, et une rencontre fortuite entre du feu et de la glace donna naissance au premier géant, Ymir. Il engendra les autres géants. Une vache, Auðumla, l'avait délivré de sa gangue de glace en la léchant, et le nourrissait de ses flots de lait. Les fils de Burr - Óðinn et ses deux frères H--nir et Lóðurr -, géants qu'Auðumla avait aussi libéré de la glace, tuèrent Ymir et bâtirent l'Univers de sa dépouille : son corps devint un cercle de terre, Midgard (terre du milieu), qu'entourait son sang, devenu la mer, tandis que son crâne servit de voûte céleste. Ils établirent ensuite un ordre, fixant une place au soleil et à la lune, élevèrent des palais et s'établirent en Ásgarð (terre des dieux Ases ; il existe une autre race de dieux, les Vanes, souvent en guerre contre les Ases). Les neufs mondes avaient pris place autour de l'arbre Yggdrasil, peuplé des mortels que les nains avaient façonnés avec la terre. Óðinn, H--nir et Lóðurr leur donnèrent le souffle vital. Enfin vinrent Urðr, Verðandi et Skuld, les trois Nornesqui fixèrent le destin de chacun. 7) Aborigène d'Australie : Très ancien, peut-être plus que celui des sumériens. Il repose sur la notion de « Temps du rêve », en anglais Dreamtime ou Dreaming, en langue locale « Tjukurpa ». (http://fr.wikipedia.org/wiki/Temps_du_r%C3%AAve) Altjira était le dieu du Temps du rêve qui créa la terre et se retira comme le temps du rêve disparaissait. La vie consciente serait la création ou le rêve d'entités désignées sous le nom de « fourmis vertes », appelées aussi « hommes éclairs » jaillis tels la foudre du titanesque "serpent arc-en-ciel" pour ensemencer la terre en y créant, plantes et animaux dépendant étroitement les unes des autres, avant de se réfugier, profondément enfouies sous les blocs de grès présents sur les sites sacrés, tel celui d'Uluru (Ayers Rock) au plein coeur du désert du continent Australien ainsi que sous l'épais manteau du continent des brumes glacées, à la suite du grand cataclysme engendré par l'affrontement de deux de leurs frères, à cause du don de la mémoire aux humains. Dormant depuis, (Léthargie) le temps que le monde de la surface soit de nouveau propice à leur règne, utilisant le rêve (télépathie) pour téléguider pensées et gestes de leurs créatures La pensée a créé toute matière. La terre, les hommes, les animaux et les plantes ne sont que des parties d'un même tout. Donc les hommes ne peuvent pas posséder de terres ni d'animaux. 8) Hindou : Il existe un cycle de créations et destructions. Lorsque Brahma se réveille et qu'il ouvre les yeux, l'univers et tout ce qu'il contient se crée, lorsqu'il s'endort, tout se détruit. Vishnou protège l'univers. Shiva le détruit et donc mène à sa renaissance. L'univers connaît donc une suite de naissances et de destructions. Tandis que Vishnou dort, allongé sur le serpent Ananta (infini), lui-même flottant sur l'océan d'inconscience, de son nombril sort un lotus dans lequel se tient Brahma. Tout en dormant, Vishnou rêve le monde tel qu'il l'a connu, et de ses souvenirs oniriques, Brahma donne naissance à un nouveau monde, nécessairement moins pur que le précédent (d'où la théorie des âges). C'est Shiva qui, par sa danse cosmique, anime l'Univers conçu par la pensée et, à la fin du cycle, le détruit. Pour certaines sectes hindouistes, notre univers n'est que le rêve de Dieu, une illusion. 9) La Bible La création de l'univers est décrite dans le livre de la Genèse. Le créateur (Yahvé/Dieu) est intemporel, n'ayant ni début ni fin. Lorsqu'il créa le monde, l'univers était « vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux ». Le premier jour, il créa la lumière par la parole (« Que la lumière soit et la lumière fut »), basculant le monde vers une alternance entre jours et nuit. Le deuxième jour, il sépara ciel et mer, créant ainsi la plate-forme de base du monde. Le 3e jour, il créa la terre, la fertilisa et y parsema la végétation, donnant naissance à la vie. Le 4e jour, il créa le soleil et la lune pour indiquer l'alternance entre les deux états du monde (« Dieu fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles. »). Le 5e jour, il peupla le ciel par les oiseaux et les mers par les poissons. Le 6e jour, il décida de créer les êtres qui peupleront la terre ferme, donnant naissance au règne animal ainsi qu'à l'homme, être à son image et destiné à dominer la terre (« et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre »). Enfin, le 7e jour, il se reposa bénissant et sanctifiant ces jours où il eut fini de créer le monde. 10) Le Coran : Les versions coranique et biblique sont très proches. Le récit coranique indique aussi une création en six jours : « Votre Seigneur est Allâh Qui a créé les cieux et la terre en six jours » Les six jours en question sont répartis en trois phases de deux jours : « Dis : "Renieriez-vous (l'existence) de Celui Qui a créé la terre en deux jours et Lui donneriez-vous des égaux ? Tel est le Seigneur de l'univers, c'est Lui Qui a fermement fixé des montagnes au-dessus d'elle, l'a bénie et lui a assigné ses ressources alimentaires en quatre jours d'égale durée. (Telle est la réponse) à ceux qui t'interrogent. Il S'est ensuite tourné vers le ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu'à la terre : "Venez tous deux, bon gré, mal gré". Tous deux dirent : "Nous venons de bon gré". Il décréta d'en faire sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. » 11) Dogon (Les Dogons sont un peuple du Mali, en Afrique de l'Ouest.) Un dieu unique Amma, créa la terre et en fit son épouse. Elle lui donna un fils, Yurugu ou le « Renard pâle ». C'était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. La terre donna ensuite à Amma un second enfant appelé Nommo. Celui-ci était à la fois mâle et femelle. Maître de la parole, il l'enseigna aux huit premiers ancêtres des hommes, 4 couples de jumeaux, nés d'un couple façonné dans l'argile par Amma. Les Dogons considèrent que l'origine du monde vient d'une étoile nommée Digitaria. 12) Maya : Extrait du Popol Vu (Mayas Quiché du Guatemala) Au début, "tout était en suspens, tout était calme et silencieux; tout était immobile et sans mouvement, et l'étendue du ciel était vide... Rien n'était debout; il n'y avait que de l'eau calme, la sérénité de l'océan, seul et tranquille... Puis vint le mot. Tepeu et Gucumatz s'entretinrent: ils parlèrent, discutèrent et délibérèrent; ils tombèrent d'accord et unirent leurs mots et leurs pensées. Il n'y avait qu'eau et obscurité sur cette nouvelle terre. Puis les dieux créèrent les animaux, et Gucumatz et Tepeu tentèrent de façonner des humains avec de la boue; ce fut une déception car ces hommes étaient; incapables de parler et d'adorer leurs créateurs. Lorsque la boue sécha, ils tombèrent en poussière et le monde fut détruit par une inondation. Puis les dieux fabriquèrent les hommes avec du bois et les femmes avec du jonc. Incapables de se mouvoir, ils pouvaient parler, mais étaient idiots. Pervertis, ils durent être détruits. Les survivants devinrent les singes. Finalement, les dieux façonnèrent les hommes avec de la pâte de maïs blanc et jaune. Lorsque le soleil se leva sur le premier jour de cette création, les hommes étaient de chair. Intelligents, ils reconnaissaient leurs créateurs et les adoraient, mais ils étaient trop bien informés; les dieux décidèrent donc de troubler leur vision afin de les maintenir concentrés sur les événements quotidiens. Les Mayas décrivent une succession de créations et de destructions du monde : Le premier monde était habité par les Sayam Uinicob, "hommes experts", une race de nains qui avaient édifié les cités en ruine du passé. Les travaux avaient été faits dans l'obscurité car le soleil n'avait pas encore été créé, mais lorsque le soleil se leva à la première aube, les Saiyam Uinicob se changèrent en pierre. Ce monde fut détruit par la première grande inondation, haiyococab ("l'eau par-dessus la terre"). Le deuxième monde était habité par les Dzolob ("Offenseurs"), une race mystérieuse; eux aussi disparurent dans les flots d'une inondation sortie de la gueule du grand serpent céleste. Le troisième monde maya arriva après la défaite des 13 seigneurs des Cieux (les Oxlahun Ti Ku) par les neuf seigneurs du Monde souterrain (les Bolon Ti Ku). Les Bacabs se placèrent aux quatre coins de la terre pour la soutenir. Le troisième monde, Mazehualob (celui des anciens Mayas), finirait lui aussi sous les eaux. Un quatrième monde verrait le jour; il serait peuplé par un mélange tous les habitants des mondes précédents. Lorsque le temps serait venu, ce quatrième monde périrait dans une inondation. Cet univers cyclique de création et de destruction se reflétait au travers de la vie quotidienne des Mayas et de leur concept de dualité, selon lequel le dieu de la pluie, Chaac, produisait chaque année de nouvelles pousses et plants de maïs, tandis que Ah Puch, le dieu de la Mort, s'efforçait de couper les bourgeons. 13) Inca : Les origines de la création remontent aux abords du lac Titicaca. De celui-ci surgit un jour le dieu barbu Viracocha. Debout sur l'île au milieu du lac, il fit d'abord apparaître le Soleil, son fils, puis les étoiles et la lune. Ensuite, avec de l'argile, il créa les premiers humains, hommes et femmes, qu'il mit en couple. Chacun de ces couples reçut du dieu les particularités qui font une tribu, c'est-à-dire un langage, des traditions, un mode de vie, et tout ce qui devait en faire des humains à part entière. Enfin, il donna la vie à ce qui n'était jusqu'alors que des silhouettes de terre glaise.
14) Aztèque
Au commencement du monde, tout était noir, sans vie, mort. Les dieux se réunirent à Teotihuacan en se posant la question de qui aurait la charge d'éclairer le monde. Deux dieux proposent leur candidature puis l'un d'eux, appelé Tecciztecatl (celui de la conche), recule devant le brasier où il était nécessaire de se jeter : il devint la Lune. Le second, un petit dieu humble et pauvre appelé Nanahuatl (Le bubonneux) se jette sans hésiter dans le brasier et devient le Soleil. Mais les deux astres restent inertes dans le ciel il est indispensable de les nourrir. Alors les autres dieux décident de se sacrifier et de donner l'« eau précieuse » (chalchiuatl) qui est nécessaire, à savoir le sang. Les hommes sont contraints par conséquent de réitérer éternellement le sacrifice divin originel. 15) Chinois : La création du monde résulte de la mort d'un géant, Pangu. Son souffle devint le vent et les nuages, son --il gauche le soleil, son --il droit la lune, ses quatre membres les quatre « extrémités » du monde, son sang et ses humeurs le fleuve Jaune et le Yangzi Jiang, Ce mythe serait tardivement arrivé en Chine, venu de l'Inde a travers le monde tibétain, qui était lui-même en contact avec le monde tokharien. 16) Shintoïste (Japon) "De l'--uf premier naît le ciel et la terre et d'autres divinités. Le premier couple divin, Izanami et Izanagi (frère et s--ur), lance un éclair à partir de l'arc-en-ciel qui crée une île. Sur cette île, le couple divin incestueux dresse un pilier phallique qui permet la réunion du ciel et de la terre." Izanami et Izanagi créent le Japon, les kamis de la mer, des arbres et des montagnes. La création du kami du feu brûle le sexe d'Izanami qui en meurt. Izanagi ensevelit sa s--ur et tue le kami au moyen d'un sabre. Il se rend ensuite au yomotsu-kuni (royaume des ténèbres) pour demander à sa s--ur de revenir. Après l'avoir vue grâce à la dent de son peigne qui illumine le royaume des ténèbres, il s'enfuit, poursuivi par sa s--ur. Il ne lui échappe qu'en jetant entre elle et lui le peigne et une pêche. C'est en abandonnant ces éléments à la mort qu'Izanagi prend forme humaine. Le mythe lui donne, dans la rencontre avec la mort, le principe même de la sexuation, c'est à dire le pouvoir d'être mortel. Pour se purifier d'avoir rencontré la mort, en se lavant dans l'eau de la rivière, il fait naître d'autres divinités : de son --il gauche, Amaterasu divinité du Soleil, puis Tsukiyomi, divinité de la Lune, de son --il droit. Le mythe de la purification par l'eau est présent dans la plupart des sociétés agricoles. 17) Légende Maori Du vide sortit RANGI (le Ciel) et PAPA (la Terre). Amoureux, ils étaient restés unis l'un à l'autre dans un long baiser. Entre eux, il y n'avait que l'obscurité. RANGI et PAPA eurent six enfants : Le Dieu des vents et des tempêtes, Le Dieu de la mer, Le Dieu de la forêt, Le Dieu de la nature sauvage, Le Dieu de la guerre et le Dieu des plantes. Un jour, ils voulurent tous se lever et décoller le ciel et la terre pour laisser la lumière enter. Tane, le Dieu des forêts, se coucha par terre et avec ses pieds commença à repousser le ciel de toutes ses forces. Le ciel commença à s'éloigner un peu. Le Dieu des vents et des tempêtes décida de rejoindre son père le ciel en déclenchant une énorme tempête... Finalement, la lumière arriva et RANGI fut inconsolable. Aujourd'hui, RANGI pleure encore, ses larmes sont devenues des rivières, des fleuves, des mers ou les gouttes de rosée que l'on trouve au petit matin. PAPA soupire de tristesse, ce sont les nuages de brumes que l'on aperçoit encore... 18) Légende Polynésienne Au commencement était Taaroa, l'Unique. Il était son propre créateur et demeurait solitaire dans sa coquille qui avait pour nom Rumia (Bouleversée). Cette coquille était semblable à un oeuf tournant dans l'espace infini, sans ciel, sans terre, sans lune, sans soleil, sans étoiles. Taaroa s'ennuyait dans sa coquille. Il l'ouvrit d'une secousse et se glissa au dehors, mais tout était sombre et silencieux, il était seul. Il brisa son ancienne coquille pour fabriquer le roc et le sable, avec une nouvelle coquille il établit la Grande fondation du monde, Tumu-Nui : avec sa colonne vertébrale il créa les chaînes de montagnes avec ses larmes il fit les océans, les lacs et les rivières avec les ongles de ses mains et de ses pieds, il recouvrit d'écailles les poissons et les tortues avec ses plumes il fit les arbres et les buissons avec son sang il colora l'arc-en-ciel et le couchant. Puis Taaroa fut venir ses artisans avec leurs paniers pleins de to'i (herminettes) pour qu'ils sculptent Tane, le premier Dieu. Alors naquirent les demi dieux Ru, Hina, Maui et des centaines d'autres. Tane décora le ciel avec des étoiles et y plaça le soleil pour rayonner sur la terre et la lune pour éclairer les nuits. Et Taaroa décida de terminer son oeuvre en créant l'homme. Il avait divisé le monde en sept plates-formes. Sur la plate-forme inférieure devait demeurer l'homme. Les humains se multiplièrent rapidement et Taaroa voyant cela, applaudit. Lorsque la première plate-forme fut encombrée de créatures et de plantes de toutes sortes, ses habitants décidèrent d'agrandir leur domaine. Ils pratiquèrent un trou dans la plate-forme supérieure, montant les uns sur les autres, ils occupèrent toutes les autres plates-formes. Et tout appartenait à Taaroa, le maître de toute chose... 19) Autre mythe Aborigène À l'origine, le monde était désert et recouvert d'une épaisse couche de glace, il n'y avait ni soleil ni étoile… Tout était plongé dans l'obscurité la plus totale. En fait, tous les humains, animaux, plantes, eau et astres célestes dormaient depuis l'éternité… sous terre. Ils prenaient toutes les formes possibles. Un jour, le Grand Esprit Créateur décida de donner vie à ce monde désolé et appela Yhi, la déesse du Soleil. "Promène-toi partout de par le monde, n'oublie aucun endroit de cette terre et fais fondre la glace de tes rayons". La promenade fantastique de Yhi vit l'herbe pousser sous ses pas, les arbres croître et tous les êtres sortir de terre ou des grottes dans lesquelles ils dormaient depuis si longtemps. Puis la déesse dessina sur le sol un chemin et une eau limpide s'y engouffra pour créer une belle rivière... Le Grand Esprit fut alors content et dit : "Ceci est ma création et je vous en fais don. Je vous fais confiance pour en prendre soin". On ne le revit jamais. Yhi, à son tour, monta vers le ciel et se transforma en une énorme boule de feu qui éclaira toute la planète. Mais Yhi disparut peu à peu derrière l'horizon et tous les êtres de ce monde se demandèrent comment ils allaient pouvoir vivre sans sa chaude lumière. Ce fut la consternation... Puis, la déesse du soleil réapparut lentement derrière les montagnes et tous comprirent qu'elle ne les laisserait jamais seuls dans le froid et l'obscurité.
20) Amérindien (je ne sais pas quelle tribu par contre) Suite à la création de la Grande Île sur le dos de la Grande Tortue, les animaux, réunis en conseil, décidèrent qu'il fallait plus de lumière. Ils chargèrent alors la Petite Tortue de trouver une solution à ce problème de ténèbres. Ingénieuse, la Petite Tortue saisit de grands éclairs et elle fabriqua un grand feu qu'elle fixa dans le ciel. Ainsi fut créé le Soleil. Rapidement, le conseil se rendit compte que toutes les parties de la Grande Île n'étaient pas bien éclairées. Après intense réflexion, le conseil décida de donner un mouvement au Soleil. La Tortue des marais fut chargée de creuser un trou de part en part de la Grande Île de façon à ce que le Soleil puisse faire une rotation complète autour de la Grande Île, donnant ainsi une alternance de lumière et de noirceur. Ainsi furent créés le jour et la nuit. Dans le but d'éviter une noirceur totale, lors de la rotation du Soleil, la Petite Tortue fut mandatée de trouver un substitut au Soleil afin d'éclairer la nuit. Elle créa donc la Lune qui devint la douce compagne du Soleil. Le Soleil et la Lune eurent de nombreux enfants, les Étoiles, qui sont dotés de vie et d'esprit comme leurs parents. En souvenir de sa participation à la création des astres, la Petite Tortue fut nommée gardienne du ciel. 21) Cosmogonie Iroquoise
Les Iroquois croyaient qu'avant la création de l'humanité, le monde n'était qu'une vaste mer habitée par des créatures marines et des oiseaux aquatiques. Ils se représentaient le ciel comme un énorme dôme. Des gens habitaient au sommet du dôme. Un arbre, dont les fleurs fournissaient la lumière pour ces gens, y croissait en plein centre. Mais le chef de cette population tomba malade. La maladie était causée par un souhait non réalisé. Les habitants du monde céleste essayaient de deviner le souhait de l'âme de leur chef. Il fut déterminé que le grand Arbre de Lumière devait être déraciné. Cela fut fait, et le chef se coucha à côté du trou ainsi créé et regarda la mer tout en bas. Il appela sa femme à son côté. En fait, il y avait eu un conflit entre eux, et il la soupçonnait d'infidélité. Il la poussa dans le trou, et elle tomba en direction de la mer primitive. En bas, les animaux aquatiques regardèrent vers le ciel et la virent qui tombait vers eux. Des oies s'envolèrent, aile contre aile, et l'attrapèrent dans sa chute. En dessous, les animaux se demandaient qui aurait la force nécessaire pour soutenir la femme, et il fut décidé de faire appel à la tortue. Les oies déposèrent donc la femme sur le dos de la tortue, tandis que les animaux plongeaient vers le fond pour ramener de la boue et former le sol sur le dos de la tortue. Mais tous remontèrent sans vie à la surface. Cependant, quand on examina les pattes du rat musqué, on y trouva des mottes de terre, que l'on plaça sur le dos de la tortue. Cette boue s'étendit rapidement, jusqu'à atteindre la taille d'un continent. La Femme du Ciel était enceinte quand son mari l'avait poussée dans le trou, et elle vint à donner naissance à une fille. Celle-ci grandit et devint femme, mais elle ne suivit pas les instructions de sa mère et fut fécondée par le Vent d'Ouest (dans d'autres versions de ce mythe, la grossesse est causée par l'eau ou par un visiteur qui dépose des flèches à côté du lit de la fille). La grossesse fut difficile. La jeune femme se rendit compte qu'elle portait des jumeaux quand elle les entendit se disputer dans son ventre. Un des jumeaux souhaitait naître de la façon normale, mais l'autre trouvait plus simple de sortir par l'aisselle de leur mère. Le premier avait beau dire que cela tuerait leur mère, l'autre était déterminé à naître de cette façon. La femme alla voir sa mère et lui expliqua qu'elle allait mourir en couches et lui donna des instructions pour son enterrement. Les frères jumeaux sortirent du sein de leur mère de la façon qu'ils avaient prévue, et le plus jeune (qu'on appela Silex ou Mauvais Esprit) tua sa mère en sortant par son côté. Quand la Femme du Ciel les trouva, de même que le corps de sa fille, elle demanda qui l'avait tuée. Le plus jeune des jumeaux pointa en direction de son frère, et la grand-mère jeta celui-ci dans les broussailles. L'aîné (appelé Jeune Arbre ou Bon Esprit) en sortit toutefois indemne et retourna à la maison de sa grand-mère et de son frère, qui formèrent une alliance contre lui. La mère des jumeaux fut ensevelie selon ses instructions. De son corps poussèrent les trois plantes si importantes dans la vie des Iroquois. La courge sortit de ses pieds, le haricot de ses mains et de ses doigts, le maïs de sa poitrine. Et le tabac, qui a toujours eu une importance religieuse chez les Iroquois, poussa de sa tête. Les jumeaux devinrent adultes, et chacun s'attela à la tâche de créer le monde tel que nous le connaissons. Le Bon Esprit, que les Iroquois vénèrent également comme le Créateur, fit l'homme et la femme, et toutes les choses qui aident les humains. Le Mauvais Esprit, jaloux de son frère, fit les choses qui nuisent à l'humanité. Chaque frère essaya de contrecarrer le travail de l'autre, mais aucun ne put détruire ce qui avait été créé par l'autre. Les plantes créées pour l'humanité, le Mauvais Esprit les fit plus petites, moins riches et plus difficiles à transformer. Le Bon Esprit réduisit la taille des moustiques, qui étaient des géants capables de tuer, pour en faire les petites créatures qui harcèlent l'humanité d'aujourd'hui. Il devint évident que les jumeaux auraient à se battre l'un contre l'autre. Chacun demanda à l'autre ce qu'il craignait le plus. Le Bon Esprit mentit et dit que c'étaient les quenouilles; le Mauvais Esprit dit la vérité et avoua que c'était le bois de cerf (le Mauvais Esprit était également appelé Silex, et le bois de cerf est un excellent outil pour fabriquer des outils en pierre). Les deux frères se battirent et, dans leur lutte, soulevèrent des montagnes et creusèrent des vallées. Les quenouilles du Mauvais Esprit s'avérèrent inefficaces, mais son frère lui infligea de bons coups avec ses armes en bois de cerf. Le Mauvais Esprit fut défait et jeté dans une fosse; le Bon Esprit retourna au Monde du Ciel. Et la science dans tout ça ? A l'heure actuelle, la science n'est pas en mesure de fournir toutes les réponses aux mystères de l'origine du monde. La théorie du Big Bang est reconnue comme la plus satisfaisante depuis les années 60 Elle permet de dater l'origine de l'univers à une gigantesque explosion il y a 13 milliards et demie d'années, mais ne permet pas de connaitre les raisons du Big Bang ni ce qui l'a précédé.
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