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Friday, September 25, 2009
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Friday, September 11, 2009
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Current mood:  jubilant
(1)
(2) www.humanite.presse.fr
« l’un des fils de Bokassa, de son prénom Charlemagne, avait été interpellé à la Défense pour avoir dérobé un portefeuille à un client dans l’enceinte du centre commercial des Quatre-Temps ! »
(3) http://es.wikipedia.org/wiki/Imperio_Centroafricano
(4)
http://www.algerie-francaise.org/leflnafait/1-3.shtml
(5)*
(6)
LA JOYEUSE TROUPE
Regardez-les qui s’avancent Regardez-les défiler Celui qui est en tête de la meute Marche d’un pas ferme et a le front haut Mais certains titubent Dans les rangs Mais certains titubent Dans les rangs
Regardez celui qui ouvre la marche C’est lui le chef, il a presque vingt ans Derrière lui son second, qui a seize ans Et qu’on appelle « Sergent-machette » Regardez-les, mais sans trop vous faire remarquer Voyez passer la joyeuse troupe Voyez passer la joyeuse troupe
Le chef vient de l'autre versant de la colline C’est le jeune homme fort du pouvoir C’est celui qui rit dans le chaos Le tueur de cancrelats Il n’aime pas ces genses-là : il les tue Hier il a brandi une tête au dessus de la sienne (c’est vrai qu’il aime rire…) le chanvre est vert sombre, rouges sont les yeux et les pistes en latérite Longue, longue la piste : elle passe par cent villages Par les plantations, par les écoles et par les femmes dans leurs maisons
Regardez-les qui s’avancent Regardez-les défiler Regardez-les, mais sans trop vous faire remarquer Voyez passer la joyeuse troupe Voyez passer la joyeuse troupe
(7)
S’il faut absolument tout attendre de la poésie lorsqu’il est impérieux de trahir le moins possible, et d’approcher, sans écorniflage ni imposture, du cœur éternel de l’expérience, il me parait presque autant devoir entourer d’éclaircissements, sans l’enclore – pour vous et ensemble – le parcours qui me conduisit au sujet même des présentes « tentatives » : ma rencontre avec un jeune homme prénommé Charlemagne, privé d’à peu près tout ce qui nous aide à faillir davantage : argent, gloire, compensations matérielles…, de ce qui nous soutient : affection, attention aimante. De la date même de sa mort il a été floué…
(8) Le premier évêque noir, Lukeni Lua Nzinga, fut consacré à Rome au XVIème siècle et venait du royaume du Kongo (au sud de l’actuel RDC ou nord de l’Angola), dont la capitale – Mbanza Kongo – prit le nom de San Salvador…
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Friday, September 11, 2009
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AGENDA 2002
IV
5 juin : Voyage de retour seul en 4X4. Inquiétude : à 2 barrages de gendarmerie m’a été signalé la présence de coupeurs de route armés de Kalachnikovs entre Lambaréné et Fougamou. Arrêt à l’hôpital Schweitzer pour prendre rendez-vous au centre de soins dentaires pour Hermin. Bu le café en compagnie de deux jeunes chercheuses allemandes, Andrea et Christina, qui font des études sur la transmission du paludisme au fœtus. Le pot d’échappement m’a lâché juste après le carrefour d’Oyenano : j’ai parcouru les derniers km dans une grande pétarade. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 juillet Reçu la visite d’un forestier ce matin. Chantier à 50 km, sur la Waka. Discussion autour du mode de vie et de la mentalité gabonaise, l’état de la forêt, la faune, etc. Quelques poches résiduelles de forêt primaire vers le nord, là où la jungle est sans okoumés. Les dirigeants se sont déjà partagé la surface exploitable. Ils attendent que les forestiers ouvrent des voies de communication. Les Chinois et les Malaisiens ont achetés les plus hauts membres de l’Etat, les fameux « barons », et dévastent totalement la forêt... Ce forestier m’a signalé la présence de graciles orchidées blanches sur certains troncs de manguiers. Zones giboyeuses au sud-ouest, bers les champs pétrolifères. J’aimerais aller y jeter un œil. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 novembre 2002 : j’ai revu Mariane
”Charlemagne Bokassa : born on 24 March 1970, died in...”
Seul le périmètre sécurisé de la capitale, celui des bâtiments gouvernementaux et des banques, de l’Administration et des grands commerces qui vont avec, est sillonné de voies intactes, non bombardées. Le reste du réseau, à mesure que l’on s’éloigne du centre névralgique, réunit tous les stigmates de la forme endémique du conflit armé. Or, pas d’attaques aériennes, à l’origine de ces ravages, pas de pilonnages, pas d’engins militaires, pas d’ennemi immédiatement identifiable… Pathologie urbaine idiopathique ? – Les cratères qui béent chaque jour davantage sont dus à l’usure, au manque de maintenance. Ce qui n’est pas maintenu se dégrade à l’allure du missile lancé par l’adversaire. Ce qui n’est pas sauvé par la lutte incessante est perdu. Il marche en direction du bar où la journaliste lui avait dit l’attendre.
Au mois d’avril, les cieux ont crevé d’un coup au-dessus de Libreville, m’ont rapporté les gars 6e BIMa, et ils avaient tout pris (combien de millions de litres ?) sur la gueule... En provenance directe de Sierra Leone, où elle avait effectué un reportage sur l’arrivée des réfugiés libériens du comté de Lofa fuyant les exactions des troupes gouvernementales, tout en faisant mine de couvrir le procès du sanglant Foday Sankoh, Béryl Chesnay trompait son impatience chronique en regardant les nuages dériver dans un ciel d’un bleu ardent. La Sierra Leone : « Suisse de l’Afrique de l’Ouest… » – elle finit d’un trait son soda glacé –, pays plein de promesse et de richesses… – reposa un verre embuée – La Sierra Leone : un modèle… Bilan : le tiers de la population déplacé, les « manches longues » et les « manches courtes », d’indénombrables morts. Vacarme : les maniaques redoublaient d’ardeur dehors, rivés à l’avertisseur. « Klaxon-city »… Tas d’ahuris… Elle contempla un autre nuage, colosse qui aller bientôt masquer le soleil. Quant à la Côte d’Ivoire, je serai surprise qu’on n’en parle pas au JT bientôt.
Le soleil à l’aplomb du monde ne l’épargne pas plus que les pluies diluviennes. L’eau trouve à peine le temps de croupir en cette saison. On la voit se vaporiser. Tout fume, les colporteurs trébuchent de chaleur. Ils sont dépassés. Le long du front de mer jusqu’à l’aéroport, sur les boulevards à noms de Présidents français jouxtant l’estuaire du Komo, sur celui de l’Indépendance, dans la zone bornée par l’Hôtel de Ville, la gare routière, le Palais présidentiel et le Centre Culturel américain (Quartier général des églises évangéliques à dollars, disent les mauvaises langues), roulent des taxis à la conformité légale plus que douteuse régulièrement rackettés par les gendarmes, comme la majorité des automobilistes, ainsi que des 4X4 à l’insolente rutilance dans lesquels, dissimulés aux regards assombris de convoitise – au mieux – par le rempart de vitres sans tain, certains se réjouissent d’une clim parfaite… Ces véhicules filent au milieu d’immigrés au statut vague ou clandestins mêlés aux travailleurs légaux, les quémandeurs ne sont pas là, les voleurs partout ; et les bidonvilles, les « mapanes », surabondent et débordent. Il a choisi de passer le plus de temps possible dans les quartier du Périmètre : la vie devient de moins en moins vivable à mesure qu’on s’en éloigne. La distance que vous mettez ici entre le Périmètre et vous est proportionnelle à la difficulté de survivre que vous allez rencontrer – quand vous êtes un moins que rien, un spectre, un clodo... Vie périphérique, inaccessible aux rapports gratuits, un lieu d’élection du danger… Plus on s’en va loin du centre – si tant est que ces villes, mises bas du chaos, en aient d’authentique – moins la vie devient vivable. A proximité de Mont-Bouët, l’ambiance annonce le continent ; c’est par les marchés que l’on prend le pouls des pays… pas les souricières touristiques officielles mais les lieux où les habitants vendent et achètent, négocient, palabrent, s’arnaquent les uns les autres. Les marchés africains s’assourdissent de sound systems poussés aux limites, deux voitures créent un embouteillage, l’un des deux conducteurs doit céder, la balance de la Justice s’agite et ne se stabilise jamais… et le déséquilibre ne se fait surtout pas en faveur de la miséricorde.
Elle pensa de nouveau aux évènements qu’elles avaient vécus et à ceux qui s’annonçaient. S’attardant sur le passé, ce qui n’est pas le genre de la maison, elle revenait singulièrement sur son séjour au Burundi, lors de l’épidémie de palu ; les rencontres qu’elle y avait faites. Ce Français prénommé Tybo… Laissé pour mort sur une piste du Sénégal, un an presque jour pour jour avant l’accession au pouvoir de Charles Taylor, et qui s’était relevé pour ne jamais rentrer. On l’avait enterré à distance au vieux pays, peut-être même ne l’avait-on jamais oublié… Mais lui était resté en Afrique, s’y était enfoncé, avait longé le golfe de Guinée, à la grande époque du RUF… Enfin, le pire n’est-il pas sans cesse à venir depuis que le présent figé des traditions n’est plus ? que les chasseurs-guerriers s’équipent d’armes lourdes ? Depuis la fin de la pax colonica, l’Afrique noire n’a pas connu une seule période de paix générale, c’est exact. Depuis que nous avons écrit l’histoire… On peut toujours dire que c’est la faute des missionnaires. Elle poussa un soupir, le serveur leva la tête, elle lui sourit. Bientôt ont chantera encore « nous-mêmes, nous-mêmes »(6), pensait-t-elle tandis qu’elle s’appliquait à sourire, et il y aura beaucoup de larmes. Un discret poster de Ben Laden couvait la clientèle d’un regard de velours, près de l’armoire réfrigérée.
Il marche en direction du front de mer : hôtels naguère luxueux à l’abandon, sable sale, fini les langoustes que ramassaient les enfants il y a vingt ans, l’eau est grise, épaisse, l’écume fait peine à voir. Les cocotiers secouent leur tignasse pour sortir d’un mauvais rêve, d’un rêve de mauvaise digestion. Le pays a le ventre lourd de tout ce qu’ont mangé ses dirigeants. C’est le temps de l’ « évaporation », quand les flaques se volatilisent sur la chaussée défoncée, après l’averse…, que l’eau s’en retourne là-haut sous l’action du soleil brutal.
Beryl se remémorait le type qui était mort pour tous chez lui et qui avait refait – l’expression se justifie –, qui avait refait sa vie et l’a donnait depuis... On le connaissait sous le nom de « celui qui aide ». On aurait parlé de « légende urbaine » sous d’autres latitudes, un autre milieu. Le garçon, accoudé au comptoir, rêvassait. A quoi ? au 11 septembre ? au Djihâd qui repoussera définitivement les Croisés dans l’enfer d’où ils n’auraient jamais dû s’échapper ? En Côte d’Ivoire, en Tanzanie, au Libéria, un peu partout, elle avait vu ces portraits du barbu aux yeux ovins. — Vous pouvez me donner l’heure, s’il vous plaît, jeune homme ? lui lança-t-elle, toujours souriante. L’autre fit des sourcils arrondis. Il paraissait remonter avec difficulté d’obscures nappes de pensées, sans pallier de décompression ; il ouvrit la bouche : — Bien sûr mademoiselle. Il consulta sa montre : Il va être midi. Son rencard allait-il tomber à l’eau, bêtement ? Selon les mœurs indigènes ? Pourtant, lui n’est pas d’ici... Il m’avait bien dit qu’il était tombé là par la force des choses. M’avait un peu expliqué ; ça m’avait paru digne d’une entrevue…
Lui, clodo, foutu, puant, rejeté de partout, SDF, sans même le droit de bouffer, disputer la poubelle aux rats. Il tient contre lui un Nouveau Testament déchiqueté : seuls subsistent les Actes des apôtres et l’intégralité des Epîtres de Paul, et une partie de l’Apocalypse ; des Evangiles aussi. Ils lui donnent la force de continuer, d’avancer. Il marche en direction du front de mer, il se rapproche. Pourquoi ? Mon dieu ! Seigneur ! réponds-moi ! Non, ça ne va pas, plus du tout : il en a marre, plein le cul, il a mal, trop mal de tout ça. Cette vie qui est invivable, je dois la vivre, vraiment ?... Pourquoi ? Il marche, chancelle – une bête, une pauvre bête. Une bête, fille d’Empereur mort. « Il vous affermira aussi jusqu'à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur. Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur. Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. » Rejeté, dénié, nié, chassé de sa famille… Sa famille… On arrive au bout, on dirait… Ciel brûlant, sans pitié aucune. Chassé de chez elle, indésirable. Fous le camp ! « Qu’est-ce que tu veux ? qu’est-ce que tu veux ? Vas ailleurs, loin. Quitte ma maison ! » Non, il veut bien tenir encore un peu, par espoir, espérance. Cela aurait plu à saint Paul… qu’il lâche pas l’affaire, qu’il tienne, courageusement. Courageusement au milieu de l’horreur. L’horreur des hommes qui l’environne. Loin de chez lui, loin de partout : nulle part. Il a raté plus que sa vie, il a raté la place dans ce monde, la place qui aurait dû être la sienne. Dieu n’a pas voulu. Dieu est bon pour lui. Jésus, Il sait mieux que personne. Mais c’est tellement insupportable, chaque jour de plus en plus insupportable. Je n’y arriverai pas, je n’y arriverai plus. Il marche sous le soleil, entre deux averses féroces. Demain, il ira à la Communauté du Levain de Vie, il ira quémander chez les religieux. Il aura leurs sourires et leurs paroles avec la bouffe. Leurs yeux lui souriront, mieux que leurs mots. Leurs yeux seront là, l’accueilleront, lui feront du bien. Sœur Roseline, celle de Zambie, une des plus gentilles, celle qui porte des lunettes, lui dira quelques mots, lui fera cadeau de son sourire – et il repartira en direction des rues. Des rues terrifiantes. Mais il n’en peut plus. Ah ! Seigneur, je n’en veux plus. Pardonne-moi. Son cœur s’arrête. Il porte sa main à sa gorge. Etouffe. Le Livre tombe. Il tombe.
Oui, la Maison est grande ouverte – A flots de diamant, la Lumière y afflue – Au soleil, les étages ouvrent grandes les fenêtres – Et à tous la Maison dit « bienvenue » – Mais les Froids ne s’y plaisent pas – En elle tout est simple et les Froids se détraquent – Lumière pure et chaleur les révèlent et les traquent – Alors les Froids se précipitent plus bas – Les Froids désertent les splendeurs d'en haut – On les voit qui descendent, qui s’empressent – De trouver refuge aux cachots L'aimante Lumière de la Maison les blesse –Oui, la Maison reste grande ouverte A grands flots la Lumière y pénètre – Au soleil, la Maison ouvrent en grand ses fenêtres – A tous la Maison, à tous est ouverte – Mais les Froids ne s’y plaisent pas – L’amour qui réchauffe les brûle – A Lumière et chaleur, les Froids hurlent – Alors les Froids descendent encore plus bas – plus bas
Une heure, ou plus ? qu’il est midi. Le nuage est passé, un autre est venu, puis le ciel entier s’est de nouveau assombri
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Friday, September 11, 2009
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Current mood:  nauseated
L’époque des brûlis. Les bosquets de bambous s’embrasent, une fumée lourde et sombre s'en dégage, monte pesamment. Le ciel tourne contre nous une face d’invariable plomb ; ciel plombé, sans arrêt depuis deux mois, ciel maussade et bas. Des enfants en bas âge passent à gué. Le dos des bancs de sable repose ; et l’eau qui coule est inerte. Il a traversé tout l’ouest du « continent vide », a longé le golfe de Guinée. C’est la saison sèche là où il est. Même cette saison-là prendra fin. Les vieux le savent, les petits le sentent. Les petits, ils ont traversé le cours d’eau qui redeviendra bientôt fleuve ; un respectable et sage fleuve, qui mérite grands égards. Ils sont de l’autre côté, les gosses, et lui les observe. Il est assis dans un fauteuil usé ; un chien se tient près de lui, et le chien lève vers lui de grands yeux égyptiens, ces yeux ont fixé le Sphinx en silence. Ce matin, très tôt, une maman est venue, elle est venue avec l’enfant : troisième crise en un mois. Le bébé était tout maigre, tout calme, comme l’eau du fleuve. Il n’a rien pu donner pour soulager la fièvre et la colique. Il n’y a plus ce qu’il faut au dispensaire. Les maladies sont chez elles ici… Elles sont chez elles partout sur terre – mais ce pays, c’est leur patrie. Il sourit. Il n’entend pas ce que crient les enfants. On dirait qu’ils s’adressent à lui. Ils font des signes. L’heure est calme, un manteau d’or s’étend sur les arbres, sur l’eau et les murs… L’or resplendit brièvement à la cime des arbres et s’attarde spécialement sur les palmiers. De jolies petites tourterelles glanent, toujours très sérieuses, à petits pas dans l’herbe du terrain de foot abandonné. Depuis une semaine les paysans du coin font brûler les parcelles ; ils vont enterrer les tubercules, s’occuper un peu des bananiers, des taros.
AGENDA 2002
II
Emploi du temps à la Communauté du Levain : 6h30 - 7h30 : prière ; 7h30 : petit-déj ; 8h30 - 12h & 15h - 17h : boulot à faire à Libreville
- téléphoner à Germain à Lambaréné (soit au n° de l’institut, soit à la radio) et lui dire de réserver une chambre à la communauté - dès l’arrivée envoyer un mail à Philippe et demander sur 85 000 une première tranche ~ 3000 - sectoriser les courses, les faire les 3 derniers jours avec Germain - arrêt clando au PK8 – dire « course à Ste-Marie »
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LISTE TYPE (3, 4 semaines) : 2 pots de choco (Matinal) / 3 kg de sucre / 3 lait concentré / 3X10 rouleaux PQ /4 savons antimicrobiens / 4 sachets rasoirs / 3 tubes dentifrice / 1 paquet cubes Maggi / 8 grosses piles / 1 Génie sans frotter / 14 boites légumes (800 gr) / 3 boites tomates pelées /1 boite concentré de tomates / 20 boites de sardines / 1 pot de Tartina / 1 pot de pâte d’arachide / 2 pots (400 gr) de margarine / 2 gros bidons d’huile / 1 ketchup / 12,5 kg de riz parfumé / 6 gros savons / 2 boules insecticide / 2 gros pots de mayonnaise
Message adressé un soir et jamais envoyé au directeur de la présente revue :
Voilà, j'ai écrit un texte court comme tu peux voir et maintenant j'en suis réduit à écrire des mails, je préfère dire "courriels", je traque la pose moi, j'en veux pas, je veux même pas faire de prose, je veux juste essayer d'être le plus honnête possible et ça c'est du taf, c'est pas une moitié de taf... Alors s'agit d'être vrai -- même si ce sera pas la vérité, être vrai, ce que moi j'appelle vrai, ça sera déjà un bon début, comment veux-tu que le plus vienne du moins ? pas vrai ? que du faux sorte du vrai ? si c'est une définition de l'écriture et bin c'est pas la mienne : je fais avec ce que j'ai et jusqu'à preuve du contraire ce que j'ai (je veux dire ce que j'ai rajouté de pire au meilleur qui m'a été donné), hé ! c'est moi. Quand tu m'as lancé, je crois au cours d'un bon repas un bon repas dans un bel endroit par une journée inondée de la belle lumière, jamais tout à fait joyeuse, d'Anjou : ″Quelle idée : écrire sur Charlemagne Bokassa… Bonne idée ! ″ On n'est pas à un concours de style ici, n'en déplaise à Céline que j'ai peut-être jamais bien saisi et j'ai jamais bien saisi non plus son idée du style... Son idée du travail oui. C'est une bonne idée qui gagne à être appliquée. La valeur de l'effort, ça me parle. Des valeurs comme ça sont bien faites pour les têtes de lard et les emmerdeurs. Bientôt vous verrez ce sera subversif d'être poli. Ou mieux : devancer le contrôleur, lui tendre son billet – qu'on se sera bien emmerdé à gagner… mais c'est qu'il faut avoir une bonne raison de s'emmerder et de faire des efforts ! c'est tout l'enjeu, le même enjeu depuis le début ; et toutes les bêtes, j'ai bien dit toutes, en guettent l'aboutissement. Et pas seulement les bêtes, mais aussi les pierres, les plantes… Bref, la création, c'est elle la spoliée Arlette : on nous a donné une mission et celle-ci était (et c'est toujours du point de vue de l'éternité où nous sommes tous sauf qu'on s'en rend dramatiquement pas compte et quand je dis ″dramatiquement″ c'est vraiment la preuve, s'il en fallait, que je ne dis rien) : prenez-en grand soin et rendez-la en meilleure état. Au lieu de ça : on coupe, on rase de près. On rase de près la forêt du Gabon. Je suis pas écolo, si être écolo revient à se placer du côté des prisonniers, des incarcérés raides amoureux de leur prison. Qui veulent la parer de mille strass, s'y prélasser en bon troupeau promis à l'abattoir du Prince. C'est lui le proprio, du moins l'usurpateur. Tu comprends ? tu comprends, car tu réfléchis, pourquoi les lendemains qui chantent retentissent du silence de l'agneau ?... Mais si les agneaux se font égorger en silence, du côté de la Mecque ou du côté du vide siphonnant le sang – processeurs tournant à vide silencieusement éperdument, disques durs imprimés de sang, bientôt corrodés, coagulés bientôt par le même sang et dans ce magma boueux et puant : tous fractionnés – si les agneaux se font tuer sans trop rien dire, les autres victimes ne sont pas toujours consentantes, pas toujours prêtes à se faire débiter sans exprimer leur immensurable peur. C'est assez inarticulé, je n'en disconviens pas (pour parler en langue châtiée d'ancienne colonie française), ce sont beuglements, mugissements et compagnie, mais ça fait couler de la sueur glacée le long de la tunique en peau. C'est de cette sueur-là dont nous sommes à peine capables nous autres les missionnés en pleine défection. A propos, sur ma carte de séjour gabonaise mon statut légal était celui de ″missionnaire″. Eh oui ! sur la 4ème de couv de Résidence j'ai pas poussé plus loin que ″planteur de piment″: piètre... C'aurait été trop parfait ? Peut-être (tu noteras soigneusement à quel point je rabâche, notamment les ″peut-être″ : que veux-tu je ne suis pas sûr de tout, juste de l'essentiel) en effet, peut-être qu'avec cette belle note tintant en pleine pub, la mélodie se serait faite dissonante soudain... Professeur de français... et à Canton : chez les aptères humains de l'Abject Empire, c'est encore plus classieux. Balayeur à Angers, ça passe très bien; de même que le restant : un séduisant foutoir ! Mais j’ai pas entrepris de dégonfler un peu la baudruche par omission ; j'ai pas dit que j’y fus missionnaire et que la culture de piment n’est qu’épiphénomène.
Bon, va bien falloir y aller, cesser de tourner en rond et se mordre la queue autour du pot aux roses. Je vais donc évoquer Charly, Charlemagne Bokassa : si tout est prétexte pour les écrivains, alors j’en suis un. Un ami m’annonçait récemment que je serai culte mais une fois mort et bien mort. Qu’est-ce qu’il penserait de ça Charly ?
”Charlemagne Bokassa : born on 24 March 1970, died in 2001” ?
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Friday, September 11, 2009
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Tous ces faits d’arme lui vaudront Légion d’honneur et Croix de guerre. Le futur empereur quittera l’armée française paré du grade de caporal-chef. La suite, le vaste-monde-peau-de-chagrin la connaît, plus ou moins : départ pour Bangui, coup d’état (il renverse son cousin), autoproclamations profuses (par ordre chronologique) : « président », « Maréchal » « musulman » (à l’instar de quelqu’un que nous affectionnons aussi beaucoup : le très-honorable président (5)(*) de Bongoland) et pour couronner le tout « empereur » de son pays natal. Doit-on ajouter que cela ne s’arrêta pas là ? Toute carrière de césar se doit de finir comme elle a commencé : avec bruit, fureur, et en l’occurrence condamnation à mort, notamment pour anthropophagie (accusation dont il fut lavé). Il finit en prison. Et parallèlement, qu’en fut-il de Charlemagne ? Mystère, zone blanche ou grise, terra incognita…
- (5) Note : Aaaaah je sais pas, je suis pas bien sûr qu’il ne fallait pas écrire ça ! Y aurait à dire... mais c'est hors sujet ça d'accord peut-être.
En tout cas, si ce texte doit sortir il sortira avec "Bongoland" dedans ! J'exècre cet enfoiré de Bongo. C'est pas très catholique mais le jour où je serai un saint ne s'appelle pas aujourd'hui hélas. Et vazi qu'il serre de sa pogne dictatoriale et avilissante celle d'élus européens qui trempent dans le même jus ou presque. Si encore il faisait pas d'humour, s'il la ramenait pas en faisant fermer celle du journaliste abruti qui a le malheur de l'interroger... A la télé française j'ai vu ça ! Omar Bongo, crapule en chef des crapules africaines (cependant, je ne tiens pas à créer d’inutiles tribulations à qui que ce soit), qui se permet de commenter, bon enfant, et d'émailler de blagues ciselées l'actualité et de donner du "mon ami l'africain" à ce truand de Chirac. Misère.
Ce qu'on se garde de dire à nos compatriotes comateux c'est que la France a besoin du Gabon. Et qu'y a une base nécessaire au guidage de la fusée Ariane pas loin de Libreville; des métaux rares qui foisonnent dans la latérite d'Afrique centrale et dont nos portables sont très gourmands. Y a du pétrole qui attend d'être pompé par milliers de tonnes par la Grande Pompe chinoise dans le golfe de Guinée. Y a les dernières forêts primaires qui sont vendues dans le nord-est du Gabon par la famille Bongo et ses affidés... "Bongoland" c'est gentil. Attend qu'il claque ce salopard et tu verras ce qu'il va se passer : "nous-mêmes, nous-mêmes ! (6) ", ils appellent ça... Et après tout ça on doute du "Péché originel" ? Mais qu'est-ce qu'ils leur faut de plus ? Combien de saints et de martyrisés va-t-il falloir pour qu'on se mette enfin à douter de la bonasserie native de l'être humain et admettre que c'est pas de la faute de l'autre, quel qu'il soit ? Au moins – c'est plus triste encore que tout ce qu'on peut imaginer – Herbert Huncke avait juste lorsqu'il déclarait entre deux shoots : "Nous sommes tous coupables de tout".
*
”Charlemagne Bokassa : born on 24 March 1970, died in 2001”
J’ai connu – si tant est que cela ne sonne pas ridicule… mais je suis ridicule –, Charlemagne Bokassa (prénom ridicule – tout le monde s’esclaffe, au garde à vous – repos !) au Gabon en 2002. J’y étais, dans ce putain de Gabon, en tant que « missionnaire laïque ». En 2002. J’y étais du 1er avril à fin octobre 2002. Le Gabon est une ancienne colonie française ; elle accéda à l’ « indépendance » en je sais plus quelle année. Léon M’Ba – d’autres viendront après moi qui feront pire, essaieront de faire mieux, hurlements dans la clairière – est devenu le Président de ce bout de rien, de nulle part couvert d’arbres aussitôt coupés, sciés. Désolé, franchement, honnêtement, désolé. Tout ça ne me concerne plus et je n’arrive pas à ne plus – Hurlements, ordalies cruelles, ravages fang, singes courant dans les frondaisons. Sang, sang éternel pleurant des frondaisons. Missionnaire laïque. En 2002. Hommage aux déshérités. (7)
J’ai connu Charlemagne Bokassa à Libreville, alors que j’y étais pour une obscure et profonde raison. Profonde et inaccessible. En colère contre tout ça. Moi. L’aurore viendra bientôt (« Je viendrai comme un voleur ») et vous aurez peur. L’aurore et l’horreur. Pleurs et grincements de dents. Soleil sur vos vies. Pleurs et course vers l’ombre profonde. Je vous le dis. Gagnez un temps précieux. Gagnez le temps précieux de vos vies, cadeau de la Miséricorde. J’ai remarqué cette impuissance complice dans la phrase fausse « Je n’ai pas d’amour » – moi non plus. Jamais assez. Et il s’agit de parler de Charlemagne Bokassa. C’est vrai…
Lorsque, selon ma mémoire, j’ai vu pour la dernière fois le fils de l’empereur/maréchal jeté de partout, à peine reconnu par SA MERE (hurlements, pleurs) ou par sa tante, tout ça est peu et je m’en fous, il faisait jour, le plein jour implacable de l’équateur africain, dans un café. J’ai dû lui payer un café, un thé, ou un jus, quelque part dans cet enfer droit tiré au cordeau sur le globe, perdu quelque part et partout et tout le temps – nous sommes tous perdus.
Alors Charlemagne oui, je sais à peu près d’où il vient, de la banlieue, c’est marrant non ? de la banlieue, de la grande banlieue où j’ai vécu et déjà subi la vie, qui est usurpatrice, en grande banlieue ouest. Publiez ça ! publiez-le et oubliez. Publiez comme vous avez toujours tout publié – et oublié…
Lisez maintenant ce que j’ai à dire.
Charlemagne Bokassa a été mort.
Comme je fus mort dès l’instant où j’ai voulu. Comme tous.
Je suis allé au Gabon en avril 2002 avec l’Institut afin de réparer l’irréparable – mais on fait presque tous ça (tonitruants théologiens, Origène était trop bon… Démon au Paradis ?), un jour ou l’autre. Il s’agissait de faire un bel endroit pour venir en aide aux enfants perdus « Garde à vous ! repos » Crasse sans fin descendue des terrils vers la peau des Noirs – évêque Noir… (8)
Charly, j’espère que ça va maintenant ? J’espère que tout va mieux, Charly. J’ai pas assez voulu t’aider. Et si seulement c’était que ça. J’ai pas voulu. Ni même aimé. Dis-donc Charly, on écrit des trucs sur toi (2)… Tu dois pas être au courant et je sais bien que je devrais pas faire ce que fais ; on doit pas emmerder les morts comme ça : ça leur donne comme des envies (ou des regrets). Mais ça m’a touché ton histoire, fils de maréchal. Fils de… Même pas roi !
Il n’est pas juste et il ne le sera jamais et je le dis pour de vrai, il ne sera et n’a jamais été juste d’ignorer et de se moquer et de croire qu’on va s’en tirer sans aider Charlemagne Bokassa.
C’est lui qu’il faut aider, à qui tendre la main à qui rendre la main qu’on a volée. Charly, je suis désolé.
Et alors, qu’est-ce que je suis censé faire ? De quoi suis-je censé accoucher ? Charly, moi je l’ai pas oublié. La preuve.
Toujours au-dessous, au-dessus, ligne de flottaison, images cariées de l’Afrique empaludée… Je préfère ne pas vous dire mais j’ai envie : bébés sans chair sous la peau, dispensaires sans médicaments : volés par les « honorables », volés les arbres, volés les livres, volés la vie, volé tout, par les députés, par les honorables députés, sacrifices humains (1) (c’est vrai), sacrifices mutilé le garçon fort ou intelligent, bite coupée (1) (c’est vrai), œil arraché (1) maintenant desséché dans une bague au doigt d’un politicien, la langue ne repousse pas, beaucoup de sang. El Hadj ! Omar Bongo…
Et au milieu de tout ça, au milieu des croupes et des rires, au milieu des jeunes femmes, des filles rescapées luisantes, fesses fermes, œillades dans l’ombre, vallées, forêt de Bifoun à Ndjolé, et de Ndjolé au Cameroun, nuages calmes, au milieu de tout ça, de la pesanteur et de l’absente pitié : Charly.
J’en ai assez dit non ? Charly je suis sûr que tu aimerais : on a ça, nous autres : parler et donner de la voix pour ceux qui n’ont pas. Repos Charlemagne.
”Charlemagne Bokassa : born on 24 March 1970, died in 2001”
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Thursday, September 10, 2009
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> De : "Norbert TRICAUD" > A : bernard.kouchner
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de me rapprocher de vous ainsi que de nos parlementaires afin de vous faire part de l'inquiétude de nombreux français qui, comme moi, travaillent régulièrement au Gabon.
Les médias français, ou bien un de mes confrères non autorisé à engager des actes de diplomatie parallèle, qui ont maladroitement présenté M. Ali BONGO comme le candidat "favori", ont involontairement contribué au développement d'un sentiment anti français dans la population gabonaise qui souhaitait plus de neutralité de la France.
Le fait que, contrairement à l'Afghanistan où la Communauté Internationale attend la fin du traitement des contentieux électoraux pour connaître le vainqueur du scrutin et le féliciter, le contentieux électoral Gabonais soit nié par des félicitations prématurées sème le trouble dans la population gabonaise et chez les expatriés français.
Je vous serai donc reconnaissant, dans un souci d'apaisement, de bien vouloir me préciser quelle est la position de la France sur le droit à contentieux électoral des Gabonais et les conditions de reconnaissance officielle par la France des résultats du scrutin présidentiel gabonais.
En vous remerciant pour l'attention que vous voudrez bien porter à la présente et restant dans l'attente de vous lire,
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l'assurance de ma considération distinguée.
Norbert TRICAUD Avocat au barreau de Paris
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Thursday, September 10, 2009
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Current mood:  shocked
HOMMAGE AUX
DESHERITES....
(Tentatives en
mémoire de Charlemagne Bokassa)....
.. ..
”Love has gone away
and there's no one here now
And there's nothing left to say
but, oh, how I miss him, baby”....
(Lou Reed - Street Hassle )....
.. ..
.. ..
”Charlemagne Bokassa : born on 24
March 1970, died in 2001”....
.. ..
.. ..
>From: François ....
>To: sedanj@hotmail.com....
>Subject: RE: RE: Charly....
>Date: Mon, 26 Mar 2007 15:34:09 +0200....
>.. ..
>jeanpi,....
>.. ..
>- j'ai fait sa connaissance au Levain à Libreville, car il
venait ....
>souvent y demander de l'aide, il est mort peu de temps après
mon premier retour au Gabon, datant ....
>de septembre 2002 ... il a du décéder vers fin 2002, début
2003,....
>- je sais aussi qu'il a été traité comme un moins que rien
par la ....
>soeur de sa mère ; il dormait dans le salon,....
>- en dernier il a essayé de bosser dans le BTP (petits
boulots de ....
>peinture) ; c'est ça qui a eu raison de son coeur : je crois
que ....
>Charly s'est beaucoup drogué, a beaucoup bu,....
>- je me souviens d'un après-midi où on est allés au grand
marché de ....
>Mont-Bouet, pour lui acheter des fringues (50.000 Fcfa
environ) ; il ....
>m'a demandé de l'accompagner dans sa famille pour bien
prouver qu'il ....
>ne s'agissait pas d'un vol. Tous en me voyant ont été surpris
et ....
>gênés !....
>- Charly est enterré à Lbv,....
>- j'ai gardé un petit mot écrit de sa main à l'intention
d'une de ....
>ses soeurs que je connaissais étant jeune, et que je n'ai
jamais ....
>revue,....
>.. ..
>Si j'ai d'autres infos je te les file, en communion, François....
....
.. ..
AGENDA
2002....
.. ..
I....
....
Retraite au Centre
spirituel d’Avon – Semaine Sainte (du 27 au 31 mars). Thème : « De
l’Exode des Hébreux à la Pâques de Jésus »....
.. ..
.. ..
Israël prend conscience du sens
de sa vie en faisant mémoire.....
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Rien n’est plus fort que la
confiance mais rien n’est plus vulnérable. Se libérer c’est s’ouvrir à notre
dimension divine.....
C’est une anti-création qui se
dessine au début du livre de l’Exode. Il y a dans l’œuvre une action directe
contre l’œuvre de Dieu. C’est une force de chaos, de non-sens.....
L’œuvre de création, c’est
mettre du sens. Il faudra se battre contre la force de régression, de
dé-création.....
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. . . ....
Le plan de la création est un
plan d’expansion, à l’inverse de celui de Pharaon qui fait que le peuple ne se
comprend plus lui-même.....
En hébreu, « Egypte »
signifie « prison ».....
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Avant que Moïse soit prêt pour sa mission, il fallait qu’il agisse et qu’il échoue.....
Etre au désert, c’est faire l’expérience de ses limites.....
Il faudra qu’Israël souffre et que cela dure pour qu’Israël crie vers
Dieu : apprentissage du renoncement à soi-même afin qu’une disponibilité
se crée, pour arriver à la fécondité.....
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Le Créateur intervient
indirectement, il se sert d’un intermédiaire : l’homme. Le Créateur
intervient au moment où Moïse renonce à sauver Israël (par lui-même).....
Moïse doit sortir de son chaos
pour mener le peuple hors de sa servitude.....
.. ..
.. ..
La rivière, aplat de métal terne, s’écoule au
bas d’une déclive en proie à la brousse ; de cette flore prise de
prolifération une fois les arbres chus, saillent d’énormes bouquets de bambous.
Jusqu’aux inextricables berges, derrière le bâtiment principal – exemplaire
d’architecture coloniale, tout en briques rouges et en fenêtres grandes
ouvertes –, s’étend la pelouse, vaste surface de graminées aux épillets
piquants entretenue avec une obligatoire régularité au moyen de la tondeuse
autoportée, don de l’ambassade du Canada à la Mission. ....
La Ngounié
paresse sous un blafard plafond veiné de graphite, ciel densément nuageux fait
d’immenses voyageurs qui viennent de loin, de trop loin ; visiteurs des
lointains qui s’enroulent aux montagnes, s’effrangent à la haute canopée,
s’effilent à l’interminable feuillage, se perdent pour certains dans les gorges
et les ravins du massif du Chaillu, poussés du sud dirait-on, de Mimongo, de
Mbigou, du Congo… ....
Les
perroquets gris sonnent le rappel à l’heure matinale d’aller se restaurer de
noix de palme. Couleur du ciel de juin, ils sortent d’une nappe de brume ainsi
que du ventre d’un nuage trop lourd, passent au-dessus de la lente rivière avec
des allures de crawleurs fantomatiques ; leurs insituables appels, lancés
en vol, cessent dès qu’ils se perchent au sommet des palmiers à huile plantés
sur le terrain du sanctuaire marial, pour reprendre peu après en différentes
crieries. Parmi l’assourdissant concert de l’aube retentissent aussi les cris
des calaos au vol papillonnant, ne se déplaçant à couvert que des branches d’un
manguier à celle du manguier voisin.....
Je connais cet endroit !
Cette évidence s’imposa dès ma première visite des lieux. J’avais déjà vu cette
pelouse, déjà vu l’allée des manguiers séculaires, l’anarchie végétale, le
ponton déglingué, les bancs de sable qui gagneraient sur le fleuve à mesure
qu’on s’en irait dans la saison sèche… Où ? Dans un rêve peut-être.
L’impression ne disparut jamais : J’ai vu…, d’une manière ou d’une
autre, je suis déjà venu ici…, j’ai visité la Mission… Impression
diffuse, mais forte, de reconnaître, revenir.....
....
J’ai tenu un dispensaire de brousse là-bas.
Nous étions bien aidés, c’est le moindre hommage à lui rendre, par un infirmier
dont le nom a été oublié. Jean-Marc ? Francis ? René… ?....
.. ..
.. ..
From : Institut sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix....
To : THEOLIER Jean-Pierre....
Subject : Mission....
Date : tue, 12 MAr 2002 12 :16:50 + 0100....
Cher Jean-Pierre, ....
.. ..
Voici un extrait d’un mail envoyé à Linda Szymborski qui te rejoindra à Rindasa. ....
....
Il y a des infos qui te concernent et que nous n’avons pas encore
données. A bientôt !....
>.. ..
1 – Sur le plan administratif : en principe, lorsque
vous ....
arriverez à Libreville dans les derniers jours du
mois ....
d’avril, un représentant gabonais de l’association
ou ....
François, responsable de la mission de Rindasa vous attendra >
et vous remettra une carte de séjour pour laquelle l’Eglise > catholique
s’est engagée auprès de l’Etat à vous octroyer....
le statut de missionnaire laïque, ce qui signifie que vous ....
représentez l’Eglise catholique et par voie de
conséquence
....
l’Institut ste T-B de la Croix. Nous sommes tenus de rendre
> à l’Etat ces cartes lorsque nous quittons définitivement le > projet
Rindasa.....
>.. ..
Sur place, il faudra vous inscrire au consulat du Gabon et
demander des cartes consulaires (prévoir des photos d’identité)....
....
.. ..
La route est bitumée comme une petite départementale française de
Libreville à Lambaréné et de Lambaréné à Rindasa, c’est une piste de
"rallye" que l’on espère voir goudronner un jour.....
L’autre route goudronnée va jusqu’à Ndjolé, un autre site à
l’étude.....
....
Rindasa est une enclave. La proximité du fleuve en a fait un
marché aux esclaves lors de la période coloniale. Les esclaves étaient achetés
et envoyés aux Amériques. Néanmoins, cette triste période a permis une
rencontre des ethnies en ce lieu. Ce mixage est encore présent aujourd’hui. Par
la suite, il y a maintenant un siècle, les premiers missionnaires s’y sont
installés puis le site est devenu un séminaire très réputé en Afrique centrale.
Les Français s’y sont battus pendant la seconde guerre mondiale. Le site a été
abandonné dans les années 80 en raison de l’exode rural jusqu’au centenaire de
l’arrivée des missionnaires en 1999, année de l’arrivée de l’Institut sur
invitation du Père Malachie et après l’accord de l’évêque du lieu : Mgr
Nobbet. Celui-ci nous a donné une lettre de mission que nous vous remettrons,
un contrat sera signé en avril entre le diocèse et l’institut.....
....
Nous insistons beaucoup sur l’attitude qu’il faut avoir :
être très unis entre vous et avec Paris. Ne rien laisser filtrer à l’extérieur
des affaires de l’association y compris à nos ouvriers. Ne rien faire
d’important sans l’accord de l’association à Paris surtout s’il y a des personnalités
politiques ou des histoires de finances. Notre mission spirituelle à Rindasa
est d’assurer une présence de prière aussi simple soit-elle (messe, office
religieux, aide au catéchisme). Les autres axes de travail sont le dispensaire,
l’école, l’entretien du site, l’agriculture. Vous y travaillerez avec des
Gabonais et en vous y investissant vous-mêmes.....
.. ..
Voici quelques points sur lesquels l’institut est
intransigeant :....
....
Ne pas fréquenter les cérémonies animistes (bwiti) sauf les
cérémonies folkloriques....
Ne pas fréquenter la boite de nuit du village qui a déjà été
source de problèmes.....
Ne pas fréquenter les personnalités politiques hormis les
officiels qui viennent se présenter.....
Ne pas fréquenter les magiciens.....
Ne pas fréquenter certains forestiers dangereux tels que les
DaRica et des hommes d’affaires tels que Layima.....
Accueillir les officiels avec respect et convivialité mais sans
plus.....
Ne pas se mettre en accord avec les attitudes racistes de
certains Français du Gabon qui cherche parfois à jouer sur la "solidarité
blanche" pour mieux déstabiliser le projet.....
Se méfier de toute proposition financière.....
Etre vigilant sur le plan des mœurs.....
....
L’Institut à Paris communique avec vous essentiellement par mail.
Nous vous donnerons l’adresse sur laquelle nous vous écrirons.....
.. ..
Pour les filles, éviter les jupes courtes et les shorts
(considérés comme impudiques). OK pour les bermudas.....
Si vous fumez il faut toujours le faire très discrètement car
c’est très vulgaire. Pour les femmes, ne jamais boire d’alcool en public.....
Pour les femmes encore, c’est toujours très bien d’avoir des
foulards et des pagnes.....
....
Véronique....
.. ..
.. ..
.. ..
”Charlemagne Bokassa : born on
24 March 1970, died in 2001”....
.. ..
C’est
François, le « Kaïman », qui me l’a présenté. Qui me l’a fait
rencontrer, un mois peut-être après mon arrivée à Libreville :
la ville – quelques-uns d’entre ses habitants me l’ont, et à
maintes reprises, confié – « donnée au Diable ». Enfin,
un mois… peut-être avant, ou plus tard.....
Oui,
on entend de drôles de chants, d’angoissantes rumeurs, le ressac de cérémonies
imprécises roule dans les tréfonds de l’aube ; des choses se disent, que
l’on vous dit à vous aussi... A l’orée de mon séjour, un religieux du cru,
appuyé nonchalamment quelques marches au-dessus de moi contre la balustrade de
l’escalier de la cour intérieure de l’Archevêché, me rapporta l’histoire d’un
prêtre récemment disparu quelque part dans la province du Moyen Ogooué. Tué par
des ombres, des inconnus… et il est très plausible que ces inconnus soient « des
villageois qui se confessaient à lui, des gens qu’il côtoyait ».
Il effectuait l’une de ses hebdomadaires tournées des paroisses –
villages enfoncés dans la forêt, hameaux de cases spongieuses enclavés dans un
entrelacs de voies d’eaux stagnantes, plongés dans l’ombre canopéenne –,
mais : « Il n’en est jamais revenu. Il a été retenu… » Je crois
me rappeler qu’un corps horriblement mutilé avait été découvert. « Un
sacrifice (1) quoi…, conclut le religieux. — Un meurtre sur la
personne d’un représentant de l’Eglise ? », interrogeai-je. L’autre
acquiesça sobrement.....
Charly était, si je me fie à ma mémoire de taille moyenne, je ne sais
comment étaient ses yeux. De lui se dégageaient détresse et volonté de faire
face ; le refus et l’acceptation en lui s’affrontèrent, longtemps sans
doute : la résignation finit-elle par l’emporter ? Nous tamisons la
lumière. ....
Bref, ce jour-là, un jour de saison sèche,
donc pas trop chaud, pas irrespirable pas un jour qui s’assied sur vos épaules,
vous chevauche comme un gnome poisseux, je rencontrais Charlemagne Bokassa,
connu sous son nom d’ici : « Charly ».....
.. ..
.. ..
.. ..
”Charlemagne Bokassa : born on 24 March 1970, died in 2001”....
.. ..
Les rayons du couchant exaltaient la Mission. Dès mon
arrivée à Rindasa, je m’assignai entre autres tâches le nettoyage d’un espace
envahi de palmiers. J’élaguais, tranchais, débroussais à la machette …,
j’arrangeais comme je pouvais. Toutes ces plantes étaient coupantes. Je suis
parti en pleine rêverie. Et j’avais ce morceau des Spacemen3 en tête (Why
couldn’t I see ?) qui revenait, revenait, que je me passais en
boucle : je voyais un appartement, tous rideaux se gonflant au vent d’un
estuaire fantasmé ; on eût songé à Saint-Nazaire, largement offert au
large, un lieu indéfini soumis aux vents du nord parcouru d’appels équatoriaux.
Un lieu où fuir.....
« Le démon, voit
comme à travers une cloison de diamant qu'il ne rompra jamais sa beauté
d'archange éternellement subsistante dans la pensée divine; l'unité de son être
est à jamais brisée et il sait que cette splendeur de lui-même, il ne la
rejoindra plus. »....
....
(Ruysbroek
l’Admirable)....
.. ..
.. ..
.. ..
”Charlemagne
Bokassa : born on 24 March 1970, died in 2001” : C’est faux. J’ai
lu ça sur la Toile, tandis que je « surfais ». Par hasard donc (bien que je
n’accorde plus aucun crédit à l’hypothèse du hasard). Attention avec ce qui
s’écrit sur la Toile ! pas de confiance aveugle ! Le peu qui s’écrit,
à propos de Charly, le peu d’informations disponibles est faux – puisque je
l’ai rencontré à Libreville en 2002, que j’ai parlé avec lui, bu un verre en sa
compagnie – ou mériterait d’être vérifiée : « l’un des fils de Bokassa, de son prénom Charlemagne, avait été interpellé à la
Défense pour avoir dérobé un portefeuille à un client dans l’enceinte du centre
commercial des Quatre-Temps ! » (2) ....
La fausse information sur Charlemagne Bokassa
n’est même pas rédigée en français (3), ce qui navrerait l’empereur, lui qui était l’un des
admirateurs supposables du vieux pays, je parle du pays qui consentit à
accueillir quelques « sous-hommes » rescapés de hum… l’épuration
menée par les patriotes du FLN.....
Jean-Bedel Bokassa, je ne vais pas en
parler. Il ne s’agit pas pour votre serviteur de se livrer à une énième analyse
– les analyses, on en trouve beaucoup et de toutes sortes, un peu partout, et
de bonnes, même sur la Toile, si l’on se donne la peine –, ni à une étude ou un
travail d’historien. Tout en s’efforçant de ne pas divaguer, votre modeste
obligé garde néanmoins à l’esprit qu’il est difficile d’écrire sans classer,
sans acquis didactiques, sans mémoire. (Et puis, je ne suis pas doué pour les
austérités...) ....
.. ..
Pour rappel, le ci-devant feu Jean-Bedel
Bokassa (1921 – 1996), citoyen de Centrafrique, est un ancien soldat
français : engagé volontaire, il combat avec la France libre en Provence,
puis avec les forces armées de la IVème République en Indochine et sur le sol
de la patrie des valeureux résistants du FLN (arrivés à cet endroit précis vous
n’aurez pas manquer de remarquer, expansif Pied-Noir que nous sommes, la peine
que nous avons à voiler l’immense affection que nous portons aux probes
dirigeants de l’Algérie arabe) (4) .....
.. ..
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Sunday, September 06, 2009
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Current mood:  energetic
Victoire d'Hitler?
— À l'heure même où l'Allemagne et le nazisme sont effondrés, à l'heure
où la victoire des armées alliées est enfin acquise, une question nous
reste posée par les deux derniers ordres du jour d'Hitler, un mois à
peine avant son écrasement, où il affirmait sa certitude de la
victoire. Tout le monde à ce moment en a ri, tant il était évident que
plus rien ne pouvait sauver l'Allemagne et l'on a pensé: coup de fouet
à son peuple, folie. Tout le monde l'a oublié aujourd'hui car c'est une
affaire liquidée. Et pourtant ne devrions-nous pas nous méfier de cette
attitude en face des affirmations de cet homme? Lorsque depuis 1938 il
menaçait, on disait «chantage». Lorsque, en janvier 1940, il a dit
qu'en juillet il serait à Paris, on disait «rodomontade». Lorsque, en
1938, il avait parlé d'envahir la Roumanie et l'Ukraine, qui donc
l'avait pris au sérieux? Et pourtant si l'on avait réellement pris au
sérieux Mein Kampf, si l'on
avait bien voulu y voir un programme d'action et non comme nous en
avions trop l'habitude avec nos hommes politiques un programme
électoral que l'on n'applique jamais, l'on aurait peut-être pris
quelques précautions. Car tout ce qu'Hitler a fait était annoncé dans Mein Kampf:
les buts, les méthodes et les résultats. Il n'a pu aller jusqu'au bout,
mais la volonté ne lui en a pas manqué. Tout ce qu'il avait dit, il l'a
fait. Pouvons-nous alors prendre à la légère ces ordres du jour où,
alors qu'il savait très bien ques ses armées étaient vaincues, il
affirmait encore sa victoire ?
•
Remarquons
d'abord qu'il ne s'agit pas, dans ces ordres du jour, d'une façon
évidente, de victoire de l'Allemagne actuelle, ni d'une victoire
militaire. Il s'agit d'une victoire du nazisme et d'une victoire de
l'Allemagne éternelle, c'est-à-dire, si nous comprenons bien, d'une
victoire politique. Et ce ne serait pas la première fois que le vaincu
par les armes arrive à vaincre politiquement son vainqueur. Ainsi les
armées de la Révolution et de l'Empire furent en définitive vaincues,
mais elles avaient porté dans toute l'Europe l'idée de République et le
sentiment de la liberté dont personne ne put arrêter la marche
triomphale au XIXe siècle. Or que voyons-nous aujourd'hui ? D'abord
Hitler a proclamé la guerre totale, ce qui comprend d'une part
mobilisation totale; d'autre part, massacre total. Et l'on sait les
lois de sa guerre... Tout le monde a dû s'aligner sur lui — et faire la
guerre totale, c'est-à-dire la guerre d'extermination des populations
civiles (nous y avons fort bien réussi!) et l'utilisation illimitée de
toutes les forces et ressources des nations aux fins de la guerre. On
ne pouvait faire autrement pour vaincre. Évidemment. Mais est-ce si
certain que cela que l'on puisse vaincre le mal par le mal? Ce qui est
en tout cas incontestable, c'est qu'en nous conduisant à la nécessité
du massacre des populations civiles, Hitler nous a prodigieusement
engagés dans la voie du mal. Il n'est pas certain que l'on puisse en
sortir si vite. Et, dans les projets de réorganisation du monde actuel,
à voir la façon dont on dispose des minorités, dont on prévoit les
transferts de populations, etc., on peut se demander si l'influence en
ce qui conerne le mépris de la vie humaine (malgré de belles
déclarations sur la dignité humaine!) n'a pas été plus profonde qu'on
ne le croirait. D'autre part, la mobilisation totale a eu des
conséquences parallèles. Non seulement le fait que les femmes
mobilisées accomplissent une tâche pour laquelle elle ne sont pas
faites, mais surtout, le fait que l'État est couronné de la
toute-puissance absolue. Bien sûr! on ne pouvait pas faire
autrement. Mais il est assez remarquable de constater que là encore
nous avons dû suivre les traces d'Hitler. Pour réaliser la mobilisation
totale de la nation, tout État doit avoir en mains tous les ressorts
financiers économiques, vitaux, et placer à la tête de tout des
techniciens qui deviennent les premiers dans la nation. Suppression de
la liberté, suppression de l'égalité, suppression de la disposition des
biens, suppression de la culture pour elle-même, suppression des choses
et bientôt des gens inutiles à la défense nationale. L'État prend tout,
l'État utilise tout par le moyen des techniciens. Qu'est-ce donc sinon
la dictature? C'est pourtant ce que l'Angleterre aussi bien que les
États-Unis ont mis sur pied... et ne parlons pas de la Russie.
Absolutisme d'État. Primauté des techniciens. Sans doute nous ignorons
le mythe antijuif, mais ignorons-nous le mythe antinazi ou
anticommuniste ? Sans doute nous ignorons le mythe de la race, mais
ignorons-nous le mythe de la liberté? Car on peut parler de mythe
lorsque dans tous les discours il n'est question que de liberté alors
qu'elle est pratiquement supprimée partout. Mais dira-t-on, ce n'est
que pour un temps, il le fallait pour la guerre, dans la paix on
reviendra à la liberté. Sans doute pendant quelques temps après la
guerre, il est possible que dans certains pays favorisés on retrouve
une certaine liberté, mais soyons assurés que ce sera de courte durée.
Après 1918, on a aussi prétendu que les mesures de guerre allaient
disparaître... Nous savons ce qu'il en a été... D'ailleurs, deux choses
sont à retenir: d'abord les quelques plans économiques dont nous
pouvons avoir connaissance (le Plan Beveridge, le Plan du Full Employment,
le Plan financier américain) démontrent abondamment que l'emprise de
l'État sur la vie économique est un fait acquis et qu'on s'oriente vers
une dictature économique dans le monde entier. Ensuite, une loi
historique: l'expérience de l'histoire nous apprend que tout ce que
l'État conquiert comme pouvoir, il ne le perd jamais. La plus belle
expérience est peut-être celle de notre Révolution française dans
laquelle on est parti en 89 au nom de la liberté contre l'absolutisme
royal pour arriver en 91, toujours au nom de la liberté, à
l'absolutisme jacobin. Ainsi nous pouvons nous attendre demain à
l'établissement de dictatures camouflées dans tous les pays du monde,
nécessité dans laquelle Hitler nous aura conduits. Sans doute, on peut
réagir, on peut lutter, mais qui songe à le faire sur ce plan?
•
Et
c'est là la seconde victoire d'Hitler. On parle beaucoup de démocratie
et de liberté. Mais personne ne veut plus les vivre. On a pris
l'habitude que l'État fasse tout et sitôt que quelque chose va mal, on
en rend l'État responsable. Qu'est-ce à dire sinon que l'on demande à
l'État de prendre la vie de la nation toute entière à charge? La
liberté vraie, qui s'en soucie? La limitation des droits de l'État
apparaît comme une folie. Les ouvriers sont les premiers à réclamer une
dictature. Le tout est de savoir qui fera cette dictature. Et le
mouvement en faveur de la liberté économique et politique n'est guère
soutenu qu'en Amérique, et là que par les «capitalistes» qui désirent
se libérer de la tutelle de l'État. L'ensemble du peuple, en France
comme aux États-Unis, est au contraire tout prêt à accepter le
gouvernement dictatorial et l'économie d'État. La fonctionnarisation
générale est presque un fait accompli ou qui s'accomplit chaque jour et
le désintéressement de la population à l'égard des querelles
politiques, qui est indéniable, est un signe grave de cette mentalité
qui est, à n'en pas douter, «pré-fasciste». Sans doute on peut
essayer de réagir. Mais au nom de quoi? La liberté a fait vibrer toute
la France tant qu'elle a été la libération du Boche. Maintenant elle
perd son sens. Liberté à l'égard de l'État? Personne ne s'en préoccupe.
Et ce grand ressort brisé, il nous reste la possibilité de faire appel
à des «valeurs spirituelles» pour faire marcher le peuple. Eh oui...
comme Hitler... comme Hitler qui a trouvé la formule étonnante de
mettre le spirituel au service du matériel, d'avoir des moyens
spirituels pour réaliser les fins matérielles. Une doctrine de
l'homme, du monde, une religion pour arriver à la puissance économique
et militaire. Peu à peu, nous aussi nous allons sur ce chemin. Nous
demandons une mystique, quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle serve à la
puissance, une mystique qui obtiendra l'adhésion de tous les cœurs
français, qui les fera agir par enthousiasme, les conduira au sacrifice
dans l'exaltation. Partout on la demande cette mystique. Partout on
demande en d'autres termes que cette dictature que l'on accepte
implicitement, soit totalitaire, c'est-à-dire qu'elle saisisse l'homme
tout entier, corps, esprit cœur, pour le mettre au service de la nation
de façon absolue. L'offensive à laquelle nous assistons pour l'École
unique est centrée sur l'idée que l'école doit former des citoyens.
L'offensive pour la laïcité est centrée sur l'idée que l'Église apprend
à faire passer l'Église avant la Nation. C'est bien le symptôme de ce
totalitarisme qui se développe lentement, sournoisement, sacrifice qui
se prépare de l'homme à l'État Moloch. Qui dira que j'exagère ne
voit pas la réalité sous les guirlandes et les discours. Que l'on
compare seulement la vie économique, politique, sociale, administrative
de 1935 à celle de 1945 et l'on verra le pas gigantesque accompli en
dix ans. Or si l'on songe que réagir supposerait que l'on réagit contre
l'envahissement de l'État, contre l'économie dirigée, contre la police,
contre l'assistance sociale, on voit que l'on dresserait la totalité de
la nation contre soi, car on réagit contre des choses admises et jugées
bonnes, des choses dont personne aujourd'hui ne peut dire coment on
pourrait s'en passer! Victoire d'Hitler — non pas selon les formes,
mais sur le fond. Ce n'est pas la même dictature, la même mystique, le
même totalitarisme, mais c'est une dictature, une mystique, un
totalitarisme dont nous préparons le lit avec enthousiasme (puisque
nous en payons la défaite militaire d'Hitler) et que nous n'aurions pas
connus s'il n'était pas passé. Et plus que les massacres, c'est là
l'œuvre satanique dont il aura été l'agent dans le monde. L'agent
seulement, car il n'a rien inventé. Il y a une longue tradition qui a
préparé cette crise et les noms de Machiavel, de Richelieu, de
Bismarck, viennent aux lèvres, et l'exemple d'États qui depuis 1918
vivent déjà cette dictature et ce totalitarisme saute aux yeux. Hitler
a seulement porté à un paroxysme ce qui était. Mais il a répandu ce
virus et l'a fait se développer rapidement. Que dirons-nous donc? Nous plier devant cette poussée mondiale dont la fatalité nous accable? Non sans doute. Mais ce qui apparaît clairement, c'est qu'il n'y a point de moyen politique ou technique pour enrayer ce mouvement. En
face de cette marée qui détruit toute valeur spirituelle et l'homme
lui-même en lui forgeant des chaines dorées, il ne peut se dresser que
des hommes qui, parce qu'ils le seront pleinement, ne se laisseront pas
absorber par cette civilisation, courber à cet esclavage. Mais comment
des hommes dans leur faiblesse et dans leur péché résisteraient-ils et
garderaient-ils leur destin propre dans la fourmilière de demain ? En
face de cette marée qui détruit toute valeur spirituelle et l'homme
lui-même, il ne peut se dresser que l'Homme. "Voici l'Homme". l'Homme
Jésus-Christ qui seul brise les fatalités du monde, qui seul ferme la
gueule du Moloch, qui seul fera demain les hommes libres des servitudes
que le monde nous prépare aujourd'hui. © Jacques Ellul, article paru dans Réforme, 23 juin 1945.
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Sunday, January 11, 2009
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