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BINE Le jardin du dernier souffle

charles

charles pennequin


Last Updated: 9/27/2009

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Thursday, December 18, 2008 


est-ce que je pense avec mon cul. est-ce que mon cul est le seul à penser dans toute ma personne. le seul être de toute ma personne qui pense est-ce le cul. toute ma personne qui pense est occultée par l’individu cul. c’est l’individu cul qui pense. le cul indivisible occultant ma pensée et ainsi donc ma personne. ma personne pourrait penser grace au cul. mais ma personne ne peut penser grace au cul car ma personne pense par son cul. l’individu de ma personne est son cul. et que finalement c’est l’idée d’un cul occultant. et que finalement c’est le cul occultant qui occupe toute ma personne pensante. toute la pensée de la personne pensante qui voudrait bien démarrer un sujet à partir de n’importe quoi. et pourquoi pas le cul se demande ma personne pensante. pourquoi ne pas démarrer par une histoire de cul. mais en fait le pourquoi pas est de trop pour l’individu cul. le pourquoi pas n’existe pas dans l’être cul qui est dans ma personne pensante occultée. le pourquoi pas un cul et démarrer avec ça n’a pas lieu d’être. et pourquoi donc. tiens tiens tiens. et pourquoi pas tiens donc que ça serait une histoire. une histoire qui démarrait sur ma personne et par le biais d’un cul. parce que c’est juste le cul et rien d’autre qui démarre ma personne. le cul démarre tout. le cul est la présence même. est la pensée même. est la personne même. et donc il n’y a pas d’alternative possible. pas d’alternative au cul pour ma personne. il y a le cul et rien d’autre. rien d’autre ne viendra boucher mon histoire. rien ne viendra raconter des salades autrement. rien d’autre qu’un individu en forme de cul si possible. si possible un cul et rien d’autre. et arrêtez vos salamalèques. car c’est tout ce qu’on peut commander ici. il faut pas croire au père noël ni à l’enfant jésus. on ne crèchera que dans l’histoire de cul de son individu. il n’y a rien qui viendra boucher l’histoire de la vie d’un homme autrement qu’une histoire de cul. une histoire comme un bouchon. un vieux bouchon qui pèse sur ma personne. et plus la personne occultée et plus le bouchon prend de l’âge. plus le bouchon est âgé et plus il ressemble à cette vieille histoire promise. la promesse d’un cul sans fond. un cul sans possibles qui est devenu le bouchon pour toute la personne habitée. c’est comme une chose avariée. l’histoire est invariablement habitée par le virus du cul. c’est comme si il y avait là-dedans depuis la naissance la volonté qui pousse comme une fraise. une sorte de fruit au fond du moi qui est avarié. pourri. qui est un cul. le cul c’est l’avarie de la machine de moi. toute la machine est avariée par cette histoire de cul qui est née au même moment que nous-mêmes. et pourquoi ça naît au même moment qu’un nous. un nous-mêmes qui pousserait au même moment qu’un lui. un lui qui serait la volonté indépassable du cul. la volonté du cul qui dépasse tout. toutes les vies invariablement foutues. et toutes les bouches cousues dans ces vies foutues. les bouches cousues au bout d’un bon moment par la seule et triste histoire de cul qui pousse en travers nous. c’est-à-dire en travers l’individu. car l’individu c’est le cul. à ne pas confondre avec ma personne. ma personne est une sorte d’entendement mal débouché. une volonté constante que viendrait toujours rasseoir l’individu. c’est-à-dire son idée de cul toute bouchonnée. mais la boucle est bouclée comme on dit. la boucle est dans la forme humaine. la forme rassise et bouchonnée qui a raison de ma personne. et il n’y a rien à y faire. ne rien faire d’autre que terminer en eau de boudin. toute son histoire humaine finie. toute sa personne historique dans l’eau de son boudin. c’est-à-dire dans une vilaine histoire avec les  mouches autour. comme une histoire d’amour. une histoire à la tue-mouche. ou à la va que j’te pouse. c’est du tue-mouches qui pousse dans toute histoire d’amour. l’histoire à tuer les mouches c’est une histoire à dormir debout. histoire à dormir avec les mouches mortes autour. car c’est l’individu même qui est un tue l’amour. c’est l’individu même qui fait bander mou la vie. l’histoire de cul de l’individu dans les feux croisés de l’amour. les feux de détresse de la rencontre amoureuse. la rencontre fortuite et amoureuse de l’autre. l’autre supposé. l’autre et son suppositoire à suppositions. l’autre qui n’est que la même forme de suppositoire que la personne dans laquelle nous stationnons. un certain laps de temps à stationner. et le stationnement n’est jamais payant. il faudra de multiples histoires. des histoires de cul en nombre pour venir bouchonner la vie. toute la vie sera bouchonnée par nos histoires de cul et de suppositoires. c’est-à-dire de tremblement. c’est-à-dire de pulsation cardio vasculaires et de pluviométrie positive. car tout est positif dans l’homme. tout est bon comme la tripe et l’andouillette. alors que ça finit toujours par un forfait. mais on veut pas voir la chute de l’histoire. on veut justes les bons débuts. les bons morceaux. on veut juste le croupion. le croupion du bon début. car le croupion c’est toujours la meilleure partie de notre histoire de cul.


Tuesday, September 09, 2008 

cette femme est morte, maintenant je le sais, elle vient de mourir, tous les deux nous étions là, dans la nuit, toute cette nuit à mourir, toute une nuit ensemble à se parler, et elle savait qu'elle finirait par mourir, même si je lui disais que non. Je n'ai fais que ça, lui dire que non. Mais elle morte, elle a fini par mourir. Je l'ai dans les bras, elle est morte sur moi, sa tête est contre moi, sur mes jambes repliées, et je la touche avec mes mains. Toute la nuit nous avons essayé de parlé, toute la nuit nous nous parlions mais parfois je m'endormais, puis je me réveillais en sursaut, il fallait que je lui parle, et elle me répondais, parfois elle mettait du temps. peut-être s'endormait-elle aussi, mais peut-être était elle déjà ailleurs, loin. Nous étions sur une route, en plein milieu de la route, et nous y sommes encore. Nous sommes en plein milieu mais c'est une route pas fréquentée. On avait espéré voir du monde mais jamais personne n'est passé. On s'en moquait d'être écrasé. En fait, on n'y pensait même pas, on était dans la nuit, sur la route et c'était là l'endroit pour mourir, dans le silence total. Il n'y a jamais eu un bruit, sauf quand on se parlait, sauf quand j'éclatais en sanglot et qu'elle me regardait effarée, sauf quand elle me disait des choses, comme : ça va ? elle me demandait tout le temps si ça allait, elle avait l'air de s'inquiéter, et moi je la voyais partir et bien souvent j'avais vraiment envie de me sauver. Toute la nuit j'ai pensé à ça, même en la regardant, je me disais : autant la laisser, autant partir, autant foutre le camp pendant qu'il en est encore temps. Ca ne sert à rien de rester, et je me disais ça, non pas parce qu'elle allait mourir, je disais ça parce que ça ne me disait rien de rester, de gémir, de me réveiller en sursaut, il aurait mieux valu faire une petite balade, un petit bout de chemin dans la nuit sans rien autour, et sans elle surtout, elle qui faisait que mourir, qui n'arrêtait pas de mourir, qui n'en finissait plus, ça durait ça durait. Pourquoi mourir ? à quoi ça sert de faire autant de remue ménage ? en fait, même morte elle ne peut pas s'empêcher de m'emmerder, de continuer à m'emmerder, que je pense à elle, que je fasse comme si elle était là, que je continue de la tenir dans les bras, sans arrêt sans arrêt, qu'elle me fasse encore chier à n'en plus finir. Mais toutefois, cette nuit c'était beau, on se quittait, on était doux, je pense que j'ai eu des gestes, sans doute pour la plupart doux, sauf un, là j'ai failli lui coller la paume de ma main, la repousser, je crois que je l'ai repoussée mais qu'une seule fois en tout et pour tout.


Je lui ai peut-être même dit des inepties, je me demande. Là je la vois morte, sa bouche est ouverte, grande ouverte, c'est drôle je vois ses dents, sa langue qui pend, elle a vraiment une tête d'animal, je ne savais pas qu'on mourrait comme ça, je n'avais jamais assisté à la mort de quelqu'un, c'est la première fois, et accompagné la mort de quelqu'un toute une nuit, une très très longue nuit, qui n'est même pas une nuit comme on a l'habitude, on dirait que la nuit dure plusieurs jours, et on dirait même que nous sommes encore à la limite entre la bête et l'homme, que cette nuit là nous fait perdre toute identité, que cette nuit nous transforme, que rien n'est habituel sauf peut-être parfois des gestes qui nous reviennent, comme ce coup dans la figure que je lui ai donné, mais c'était comme machinal, une réaction bizarre, pas contrôlée. C'est comme si je voulais résister, et elle aussi, je pense qu'elle a peut-être senti ça, mais moins, elle s'en foutait, elle mourrait, il n'y en avait plus pour longtemps, alors du coup tout pouvait changer, on pouvait faire de nous des animaux, n'importe quoi pourvu que ça passe, tandis que moi je me levais, je faisais des bonds, je n'étais vraiment pas tranquille. C'était comme si on était dans une gaine, quelque chose du temps et qu'on n'arrivait pas à se dépatouiller avec notre nouvelle histoire de mort qui durait. On savait que ça finirait bien, mais ça n'en finissait pas malgré tout, et pourtant on redoutait la fin, comme si on était suspendu dans le temps et même qu'il n'y avait plus de temps. Il y a pourtant eu un temps car maintenant elle est morte. Mais le jour n'est pas vraiment là, pas tout à fait, je ne sais pas. Peut-être fait-il jour quelque part, mais ça m'étonnerait, et tout dort encore, et sur la route il n'est pas prêt d'arriver le voyageur, le conducteur, le sauveur, le fangio, le massacreur, l'imbécile ou le travailleur, le forcené, l'endormi au volant, n'importe qui, n'importe quoi, une moto, une voiture, un camion, un engin de toutes les tailles, un truc qui fait du bruit, qui vrombit, qui nous ratatinera comme des crêpes. On nous ratatinera pas, on nous laissera là, on ne veut plus de nous, plus personne, et surtout pas d'elle, moi encore je peux me faire ratatiner, ou alors me sauver, aller voir ailleurs si j'y suis, mais elle elle reste là, elle est morte là, elle est dans mes bras et bon débarras, et moi je ne sais quoi faire d'autre que de la tenir, de la regarder, de regarder un peu autour, mais sans plus, je m'en fous d'autour, je m'en fous d'ailleurs, je m'en fous aussi peut-être un peu d'elle, sauf que là elle est morte et c'est autrement que je la regarde, maintenant qu'elle est morte elle mérite un minimum d'attention, un minimum de savoir vivre pour cette brave bête. Car, en effet, ce n'est plus qu'une bête morte, un corps qui est un corps humain mais qui est mort, donc à quoi ça lui sert d'être encore un humain, ce n'est plus qu'un tas d'organes sans vie et c'est tant mieux, ouf, enfin il est comme il, il a plus besoin de faire le mariole pour épater la galerie du monde. Moi je ferai mieux d'en faire autant. Je pense à cette nuit où j'ai cru aussi bien des fois mourir, bien des fois j'ai tâté mon poul pour savoir un peu si je ne défaillais pas, je me prenais la main, j'écoutais, au début on aurait dit que le poul faisait semblant de battre, et puis parfois il ralentissait, le cœur n'en pouvait plus, alors j'arrêtais de respirer pour lui donner du courage, mais il continuait tout de même de battre, alors je respirais à nouveau et pendant quelques secondes il me faisait croire que ça marchait bien, pas d'inquiétude, ça bat régulier, mais en fait ce n'était que subterfuge, dès que je commençais à compter les pulsations il s'arrêtait à nouveau, ou alors il décidait de ralentir et de redémarrer très très lentement, à une pulsation toutes les dix secondes peut-être, ou plus, je suis pas fixé, et puis d'un coup on aurait dit comme un train lancé à fond dans la descente et approchant un tunnel, tchou tchou, attention attention ici le conducteur nous allons tous y laisser notre peau, dans 5 minutes nous nous écraserons attachez vos ceintures. On peut mourir comme ça, d'un coup, seul ou accompagné, mais souvent on meurt seul, comme on est né, personne ne nous accompagne. Moi je l'accompagne mais en même temps je n'ai pas osé mourir avec elle, je l'ai laissée mourir, car de toute manière elle est née sans moi, nous ne sommes pas né en même temps et donc nous n'avons rien à voir ensemble, pourquoi est-ce qu'il faudrait vivre avec quelqu'un ou obéir à ses lois, à toutes les lois même, alors qu'en fait nous naissons seuls et nous mourrons seuls, donc ce n'est pas la peine de se charger inutilement de la vie sociale, intellectuelle, bourgeoise, culturelle, scientifique, politique, qu'ils se démerdent les autres s'ils veulent faire semblant de s'appartenir, à tu et à toi et aussi contre toi, tout contre ou opposé, tout rentré, boulotté dedans, tout amour et toute haine, tout ça comme un bal épuisant, une musique pénible qui dure et qui n'en finit pas de durer et que personne ne songe à arrêter l'orchestre, alors qu'en fait très peu dansent encore, certains dansent mais c'est pour la médaille, c'est parce qu'à la fin on leur a dit qu'il y avait une médaille, mais il n'y a pas de médaille, personne n'aura de récompense, on remballera aussi sec, on remballe comme ça aussi sec depuis la nuit des temps.


Je ne sais pas ce que j'ai pu lui dire durant toute la nuit, je sais qu'à un moment donné elle m'a parlé des lumières et qu'elle aimait les choses un peu idiotes, qu'elle aimait l'idiotie, qu'elle avait une attirance pour la bêtise, et qu'elle aimait quand la lumière était proche, que les choses soient ensemble, la bêtise et la lumière, et que tout ça tourne, que ça nous tourne autour. Je n'ai rien compris, elle m'a dit aussi qu'elle voyait un animal qui la regardait et qu'il était beau, il la regardait de très près, yeux dans les yeux, et il était très beau, et parfois il voulait s'en aller mais il suffisait de lui dire non, de faire Chut, de faire des bruits avec la langue, de claquer sa langue dans sa bouche comme pour dire non. Non, mais d'un ton sec. Non, mais très durement, grâce à ce claquement de la langue dans la bouche, et l'animal se décidait à rester, il n'insistait pas, il restait là, on pouvait penser qu'il n'avait aucun endroit où aller, mais qu'il aurait bien voulu aller voir quand même, qu'il n'avait fait que ça durant toute sa vie, sa vie remplie d'aller retour pour aller voir et que finalement ça lui avait pas suffit, il lui fallait encore aller voir. Mais maintenant ça suffit, on arrête d'aller voir. Ça suffit. Clac. On reste là, les bras autour de la brave bête qui a claqué du bec. L'autre bête voit la bête qui se meure, qui se meure en détaillant toutes les choses qu'elle aurait pu sauver de la vie, toute sa vie qui défile à vitesse grand v, une vie pleine et entière à s'attendre, s'attendre pour foutre le camp. Moi, je l'avais sur les bras maintenant, cette brave femme, une très brave femme je pense, qui imaginait par contre n'importe quoi, qui s'imaginait une famille, qui voulait cette famille, qui s'en  protégeait aussi, une famille avec à sa tête une mère, une mère pénible, une mère insatiable, une mère enfant, une mère éloignée et une mère possessive, elle m'a tout raconté, elle m'a tout fait voir, j'ai moi-même subi tout ce qu'on peut subir avec cette mère, tout ce qui est imaginable et ce qui l'est moins, car il y a eu tout un tas de moments dans la nuit où elle m'a présenté à sa mère, et sa mère a fait la petite fille, et sa mère a fait l'oiseau blessé, et sa mère a fait des caprices, a emmerdé tout son monde, nous a fatigué plus qu'il ne faut, nous a usé jusqu'à la corde et surtout moi. Elle, la morte, n'a pas tant souffert que ça de sa mère qu'elle venait de s'inventer, comme de toutes les autres qu'elle a pu créer pour m'emmerder, il faut bien le dire. Il faut bien avouer que tous ses racontars, ce n'était que dans le but de m'emmerder. Elle m'a aussi créé une mère, elle m'a aussi affublé d'un père, tantôt asphyxiant, tantôt totalement absent, je me suis moi-même surpris à la croire. J'ai fini par accepter l'hypothèse que j'avais eu des parents et que même j'allais leur rendre visite durant la nuit. J'ai tout eu avec elle, j'ai eu des parents, des frères et des sœurs, que j'inventais là pour ne pas être en reste, et des enfants. Beaucoup d'enfants, des enfants à aimer et d'autres à ignorer. Elle m'a inventé des femmes aussi, toutes plus mortes les unes que les autres. Je n'ai jamais eu la paix et maintenant que je l'aie la voici sur mes bras, et quoi faire d'autre que d'attendre qu'elle tombe d'elle-même de moi, que j'en sois une bonne fois débarrassé. J'aimerais bien qu'on me débarrasse de cette femme avant qu'elle ne devienne une charogne. Il paraît que non loin de là il y en avait une semblable. Un ami, que je m'étais fait pour l'occasion, m'avait dit qu'il était bien embêté, car cette charogne était sur son passage, il ne pouvait plus aller respirer l'air pur, il ne pouvait plus aller faire ses courses et même chez lui ce n'était plus vivable, car au fur et à mesure elle empestait tout. Il l'a enjambée un jour pour aller chercher de l'aide, pensant que sans doute quelqu'un l'avait oublié là et qu'il la recherchait, il a trouvé quelqu'un en effet qui voulait bien dire que cette femme lui avait appartenue. Mais il en avait d'autres, alors du coup l'ami est reparti chez lui sans rien dire.  Ça lui paraissait logique de rien en rajouter. Puis ça devenait vraiment intenable, et puis ce n'était pas une raison, cette femme lui barrait vraiment la route, et qu'allaient dire les gens s'ils passaient par là, il fallait s'en débarrasser. Il enjamba à nouveau la victime, c'est le mot qu'il avait prononcé, puis retourna voir le type, un vacher apparemment, en tout cas un type spécialisé dans la vache et pas seulement, sachant un peu tout faire mais ne se préoccupant de rien. Il alla donc le voir et lui dit que ça le dérangeait, qu'il ne pouvait plus passer à cause de sa bonne femme, elle lui bloquait le chemin. Alors le type lui dit Ah oui, eh bien poussez là ailleurs. Et voilà qu'il a fallu répartir le corps un peu partout dans la maison pour ne pas être trop encombré, tout simplement parce que son propriétaire s'en fichait éperdument. La mienne de morte n'avait pas de propriétaire connu, trop indépendante, tout le temps un truc qui coince, tout le long de sa nuit comme quelque chose qui ne va jamais deux jours durant, tout au long de sa vie ou de cette nuit, toujours un pet de travers, elle ne pouvait donc pas intéresser quelqu'un à part moi. Mais moi-même il m'arrivait de ne pas m'intéresser à elle, récemment, juste au début de cette nuit interminable, un moment interminable aussi, où c'est moi cette fois qui a failli mourir, j'avais essayé de la semer sur une autre grande route, je lui disais que franchement je m'ennuyais avec elle, que je n'avais vraiment rien à faire, je lui demandais de montrer son cul, de se foutre à poil et de voir si les voitures allaient s'arrêter, il n'y avait pas encore de voiture mais dès fois qu'il y en ait une qui passe, on ne sais jamais, montre ton cul je lui avais dit, elle ne voulait pas le faire, du coup c'était à moi de le faire, je montrais mon cul, j'avançais le pantalon baissé sur cette grande route, attendant le chauffard impénitent, l'abruti de service, le monsieur pressé même dans la nuit, car les gens sont pressés, même quand il n'y a plus rien qui presse, les gens se pressent, même quand vraiment il n'y a rien et qu'il faut dormir, ils se pressent pour aller dormir, ou ils se pressent pour se réveiller, ils se pressent pour vivre, ils se pressent pour être, ils se pressent de solitudes, tout est seul et pressant, oppressant de solitude, tout est destiné à la solitude, alors qu'on soit pressé ou non, jamais de toute façon ça finira autrement, jamais ça ne pourra finir autrement, jamais on n'a vu ici ou ailleurs, à tous les temps, à toutes les latitudes quelqu'un qui avait survécu à la vie. C'est bien ce que je lui ai dit à ce moment de la nuit où nous avons perdu alors la voiture, la mienne, et que nous sommes encore une fois rentré à pied tout le long des rocades et même des autoroutes qui bordaient la ville. Nous nous sommes battus. Parfois je lui disais, je m'ennuie avec toi, du coup elle me poussait sur le talus et moi je l'attrapais et je la faisais tomber, je m'écrasais sur elle et nous nous endormions un moment. Je sais qu'on a eu ces moments-là interminables, beaucoup pour en arriver à ce dernier où elle est morte. Il n'y aura pas d'autre nuit et moi aussi sans doute je vais mourir comme ça, d'un coup, sans crier gare, le cœur va finir par lâcher si je ne bouge plus, si je ne m'alimente plus, si je ne fais rien de spécial que regarder la morte en face, je finirai par avoir mon coup aussi. De toute façon ça ne sert à rien de rester là à attendre que quelqu'un passe. Si quelqu'un passe, on pense toujours que c'est pour nous secourir, ou pour nous aimer. Si quelqu'un passe, on pense toujours que politiquement il va se tenir tranquille, et qu'il n'aura pas d'intentions autres que celle d'être avec nous, puisqu'il est notre semblable et que donc nous n'avions rien d'autre à faire qu'à nous regarder, à nous parler et à nous aimer. Mais en réalité, il aura toujours quelque chose derrière la tête, et tout, depuis la nuit des temps est fait pour que ça se passe ainsi, il n'y a pas un peuple qui n'a pas été massacré à cause de la meilleure des pensées, pas un n'a échappé, pas un seul n'a pu échapper à l'autre, son envahisseur, et simplement parce que tous les penseurs lui ont donné raison avant l'acte. Toute la pensée a été fabriquée pour que l'homme se détruise. Il suffit d'observer un savant pris dans ses derniers retranchements, où l'on oppose à sa pensée nos pleurs, où on lui montre nos morts tout autour, on pense qu'il va s'apitoyer un instant, mais il n'en est rien, il va nous dire qu'il s'interdit toute émotion, et qu'il faut peser le pour et le contre.
Thursday, May 01, 2008 
Saturday, March 29, 2008 

père ancien sa lie

me berce le corps

gris lait la nuit

poisse son temps

à descendre

pour aller pisser




enfin, père imberbe

nuit debout un bois

l’habite en berne et

le chat seul usera

les mains



demain boire

les derniers vers

qui rentrent dans sa main

dans le cimetière du père

j’écris que sans ma main

la merde sente le

père ce matin

tiens moi

bien dans les branches

il se répand du vin



je crains

que perdre la main

qui écrit qu’est rien

le vent

du cimetière la terre

qui tient entre mes doigts


je siffle




peine à lire ce râle

et les sourires mort il dit

parler aux murs qui blancs

le regardent père au loin

m’apprennent à lien

à perdre son latin



peur du vide il revient

vois rien entends

parler les doigts

scient du verre et

crache à son fils lui porte

il se plaint à travers

la parole est sa poutre




la sœur ce n’est

rien le père

est plein il partira

dans sa peine de rien

de naître avant les siens

de plus pleurer son vin

ne perds pas la main




sœur n’est rien qu’un

coup d’chemin après boire

dans les mains la mère

revient sourire


à demain 





ciel serein repaire

en rien repeint la

terre c’est elle qui

parle



père à peine

entre les draps son

jardin les tranchées pas

marcher père enfin

me parler




pire à l’aine

l’un part l’autre

parle peu comme

en travers de son silence

dans son train-train


rapport à peine



dictionnaires du père dire

que son air niais rien à

voir aux voisins qui causent

mal il dit parler

dans l’effort le foin

la langue d’un mort



première pose

dans le jardin noire

la prose ne dit mot dit

ce qui me perce c’est

le silence en ses yeux

du froid café c’est

pour laper sa mort

d’un peu



encore le soir descendre

au soupirail et guetter le trou

le regard d’où s’en aller

le rêve éphèbe et l’effet

mère déboule dans le

dénué tout bu bi

route et branle



la boule de nue l’ourlet

d’habitude qu’on a biné entre ses

lèvres alors que dehors les ombres

lèchent ils savent

tout du lourd sommeil des caves



pine à l’air

les barreaux burent

la chaleur de mes jambes

dehors la parole

à l’encadrure où le porc

va pousser dans l’air du chemin

brûlant le cri nul

et la mère dans l’étau :

prends tes patins




il fait froid dans

l’autre entre

il me voit le voi

sin boit le foin

ça fait perdre

son latin merde

il est plein dans la

lumière il est plus per

du dans l’armoire

c’est pour du

beurre




après l’heure du garde

il est le père fouettard

sa lippe est la lie

du pipi où râlent

mes pipes et tard dans

l’ennui j’écris demain


j’arrache les patates




pardon mon père l’infecte

essence sous l’affreux rire


la bileuse main qui

me perce père c’est

qu’il vieux

mot même

pourrir de l’étant


des vins qui coulent

du pantalon pardon

mes frères tout foire


debout

dans l’ordure à dire

toute la boue

sans la main qui nous berce.

 
Friday, March 28, 2008 

Je voudrais bien exister. Cela me tente. Ça me ferait plaisir si j’existais. Je pourrais enfin être. Ca me toucherais beaucoup. Pourquoi je tente pas d’exister. D’avoir quelque chose à moi. D’avoir un moi à moi. comme avoir son mot à dire. Sur l’existence. Si je pouvais je me ferai exister. Je prononcerais des mots. J’aurais des phrases à moi. Je pourrais me décider. Me prononcer sur la question. C’est la question des phrases. Pourquoi je ne tente pas le coup après tout. Je ne perds rien pour attendre. Je voulais dire que je n’attendais plus rien. Ou que je n’avais plus rien à perdre. Après tout. Qu’est-ce qu’il me reste à être. Pourquoi ne pas forcer le destin. Le contraindre à ce que je vienne. Au train où vont les choses. Il se peut que j’existe. Il se peut qu’on ne me dise rien. que quelqu’un vienne me dire quelque chose. Qu’il vienne. Ça prouverait bien une quelconque réussite. Je pourrais enfin m’apercevoir de mon existence. Si quelqu’un s’approchait de moi. Je verrais de suite les choses se réaliser. Peut-être que si je m’active quelqu’un passera me voir. Il me reconnaîtra. Il saura que je suis là. Il le savait peut-être déjà. Peut-être il le savait avant de venir. Quelqu’un lui aura dit quelque chose. Qu’est-ce que ça prouve. Il aurait répondu qu’on n’en savait rien. Il fallait en être sûr. Comment on pouvait l’affirmer. Personne pouvait dire quoi que ce soit. Il fallait qu’il se rende compte de visu. C’est pour ça qu’il est venu. Pour voir si on lui racontait pas des bobards. Mais peut-être qu’on lui en a raconté quand même. On ne sait pas qui aurait pu lui lâcher ça sans s’assurer de la véracité de ses dires. Sans doute on s’apercevra qu’il n’avait aucune raison de douter. Il fallait pas s’en faire. il était là. C’était bien lui. on pouvait pas lui retirer ça. Cette ponctualité. Ce besoin conséquent de se montrer. De jouer les indispensables. Ça c’était bien dans ses cordes. De jouer avec nos nerfs. Non. Lui n’aurait pas voulu cela. Il n’a pensé qu’à bien faire. Il pensait pas qu’on allait s’accrocher à ses dire. Et pourtant il aurait dû tout prévoir. Maintenant nous voilà qu’on le suit. Et pour aller où. Je vous le demande. C’est pour aller dans quelle partie de la terre. dans quel truc on s’engage. Il le sait à peine lui-même. On sait jamais où on se dirige avec lui. il va d’un côté puis d’un autre. Il hésite. Il fait demi-tour. J’aurais aimé encore le suivre quelque temps. Pour savoir quelle route il allait finalement prendre. Quel destin choisir. Après tout on s’en fout. On verra bien le moment venu. Le jour où on sera plus. Faudra bien qu’il se démerde. On n’est pas son boy. C’est pas nous qui allons nous le farcir jusqu’à plus soif. C’est ce qu’il voudrait. Il veut qu’on la ramène. Mais qu’est-ce qu’on va ramener à qui. Qui voulait bien qu’on lui fasse la peau toute à l’heure. Je veux dire qu’il nous refasse encore tourner comme des bourriques. Jusqu’à ce qu’on perde la boule. C’est lui qui la perdra. Personne ne lui a fait savoir. Moi-même je n’ai rien pu en dire. J’ai juste pu tout savoir. Savoir qu’on m’en dirait. Si on voulait bien que je reste. On me fera tout connaître. Et si je veux bien aussi. Après tout je suis venu de mon plein gré. Personne m’a forcé à venir. A écouter tous les boniments. Personne m’a poussé à ce challenge comme on dit. C’est comme une lutte interne. Un combat avec soi-même. Comment vous faire entrer ça là-dedans les gars. mais moi je me demande ce que je fous là. Encore ici. Avec moi. je me demande si c’est le moi d’ici. Ou si c’est moi. le moi de pas d’ici qui s’accorde mal avec celui là. Le moi de là. Nous n’avons aucun point commun. J’ai pourtant tenté plusieurs expériences. J’ai bien voulu au début faire des lieux communs. Faire en sorte qu’on soit. Tous les deux. On aurait pu y mettre du nôtre. Mais chacun ne mettait guère du sien. Qu’est-ce que j’aurais pu faire sans moi. c’est ce que je me disais au début. Mais qu’est-ce qu’on ferait sans toi. Au début. Après on se démerdera. Mais c’est au commencement qu’il faut être là. A l’heure. Faut être présent au rapport. Faire figure de s’intéresser à la bonne marche des choses. Et puis disparaître une bonne fois. Laisser tout ça en plan. Laisser l’autre dans le caca comme on dit. Laissez-le qu’il se démerde un peu. On en a fait assez. faut qu’il s’en sorte. Tout le monde s’en est sorti. Mais si moi je veux pas sortir. Si moi veux rester tout en bas. Au fond. Dans mes talons. Que je reste au bas de l’être en moi. c’est pour éviter qu’on m’étouffe. Plus on va haut et plus ils vous pressent. Ils vous poussent au dehors. et moi c’est pas ce que je voulais. Je voulais seulement m’installer dans mon caca. Voilà. C’est dit. Et on n’y reviendra pas. seulement pour voir qu’il n’y restera guère. il peut pas rester tout ce temps dans son caca. Il faut bien qu’il sorte. Et à ce moment là on le pousse. On l’enjoint à quitter les lieux. Qu’il déguerpisse. Et qu’il ramasse son bordel. La merde laissée par d’autres. Qu’il nous en débarrasse aussi. Qu’il foute le camps avec ses générations. Toutes les existences. Il peut se les remettre où je pense.  Mais où me laisserait-on penser. J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un ici déjà. Je ne peux donc venir. J’ai l’impression qu’il y a déjà un fou ici. Il y a une sorte de fou à l’intérieur. C’est pas là peine qu’on soit deux. Le fou et moi. C’est pas la peine qu’on communique. Rien de bon ne pourra sortir. Si on se met à table. C’est le fou qui s’en sortira. Et pas moi. Même si lui pense que c’est moi. c’est moi qui pense le mieux. Mais je ne pense pas que ce soit moi. je serai déjà sorti depuis longtemps. Tandis qu’à ce petit jeu je ne suis guère gagnant. C’est plutôt lui qui s’en sortira. Je veux dire qu’il restera où il est. Les fous ça reste toujours où ça en est. Mais ça n’en est pas toujours là. Et ça ils doivent le savoir. Je les soupçonne de tout connaître. Je n’en serai pas surpris. Si le fou reste longtemps là-dedans il doit en connaître un rayon. Mais il faudra bien qu’il sorte. Qu’il se sorte de là. Sortez-moi de là qu’il nous dit. C’est lui qui nous dit d’arrêter. C’est le fou. C’est le fou qui nous dit d’arrêter son dedans à lui. C’est pas moi. moi je m’arrête pas en si bon chemin. Parce que sinon j’ai pas fini. J’ai pas fini de m’arrêter si je continue comme ça.


Sunday, February 24, 2008 
Nous sommes des chiens, nous valons rien, combien le prix du chien, un chien vaurien, combien ça nous coûte, combien couter à la France, France d'en bas combien, combien le chien dites-moi, faites le calcul, nous sommes des chiens, combien, combien pour ce chien, et pour celui-là encore, combien pour toute la portée, combien l'animal ici battu, ici en cage combien, combien, la somme de toute cette sale race, race d'ailleurs, pas de chez nous combien, combien la putain de sale racaille, combien dites un prix, deux mille balles, mais sans les mille, deux balles le chien, et pour toute la vie, pour toute son existence, l'existence à deux balles, et pour combien, combien l'ensemble de chiens, dites un chiffre, un prix, même un nombre, dites et on verra bien, on fera le tri, entre les phrases, le tri des chiens, entre les mots dites nous combien, combien encore à cracher ici ou ailleurs, combien d'animal battu, combien de chiens en rut, combien de putes, combien les putains au rabais, dites nous, comment vous nous comptez, comment vous faites pour compter la petite bière, la petite mitraille des peuples, la mauvaise graine, la qui sent pas bon, la qui pue, la qui se lave rarement, lave pas ses mots, ses sentiments, dégage une sale odeur, dans les rues, les couloirs, les ascenseurs, les familles, toute une portée dis-je, toute une sale misère qui nous porte au nez, le porte monnaie combien, combien donner encore à cette sale engeance, combien encore dites nous, les chiens de basse fosse, la misère noire, l'armée, une armée noire, des sales gens, des puants, des qu'on voit bien qu'ils ont des mauvaises intentions, des pauvres rien, des qui n'ont rien à nous apprendre, des qu'il faudra bien à un moment donné régler le compte, débarrasser le plancher, le sale plancher avec toute cette sale mentalité des peuples, sale race, race hors de la nôtre, la votre, la leur, race hors d'elle-même, prète à en finir, à en découdre, voilà ce qu'il lui faut, il faudrait un bon coup dans la gueule, un coup de grisou dans l'âme, un bon éteignoir dans sa pensée à cette sale graine, il lui faudrait un bon coup porté, et hop, la voilà sur les chemins, la voilà arpentant la lutte, la voilà dans la déroute, la dérive, et vive la dérive, vive la colère noire, vive la rage, la rage seule fait la vie, l'impossible respiration, car ici on étouffe, vos lois nous étouffent, vos lendemains nous étouffent, vos pensées et vos actes, vos saloperies en somme, la somme de vos possibilités nous étouffe, et vous pouvez dès maintenant commencer à compter vos abattis.
Monday, February 11, 2008 

un beau cerceuil, un cercueil tout beau, tout propre, un cercueil bien plein, avec rien dedans, y a rien mais il est plein, il attend, il attend d'être rempli, il est plein d'attentes d'être rempli, il est plein aussi d'air, c'est un cercueil plein qui se remplit d'air, tout beau tout neuf, bien plein de l'idée qu'il va servir, qu'il y a un but, le but à remplir, c'est ça qui remplit le cercueil, qui le gonfle, le cercueil se gonfle avec rien, il est plein alors qu'il semble vide, qu'il ne sert à rien, qu'il n'y a rien qui va faire qu'il se mette à être, à avoir une existence, il l'a déjà, son existence est déjà au vu et au su de tous, tout le monde peut voir le cercueil même si tout le monde pense qu'il ne sert à rien, qu'il n'est rien, il n'est pas rien puisqu'il est là, se remplissant des regards de ceux qui ne croient pas en son existence actuelle, ils ne le voient que dans le futur, quand le cercueil aura rempli sa fonction, c'est-à-dire quand il y aura un mort dedans, quand il y aura un mort on ne pensera pourtant pas à lui, on ne pensera qu'au mort, le mort est pourtant déjà dedans, n'importe lequel, c'est un mort quelconque, c'est vous et c'est moi, on se trouve tous dedans, c'est pour ça qu'il est très présent, c'est qu'il y a chance, possiblilité d'avoir n'importe quel mort dedans, un mort comme vous et moi, on peut tous être dedans, tant qu'il n'y a pas un vrai mort à l'intérieur, mais ceux qui le regardent le voient-ils mieux dans le présent, ils ne voient pas le beau cercueil, le cercueil tout neuf et tout beau qui se présente à eux dans un joli présent, comme un cadeau, une promesse, un devenir-caveau, non ils ne voient que le mort qu'ils pourraient être, il voient un mort n'importe lequel, jamais ils ne voient ce cercueil pour ce qu'il est, un vrai présent qui s'offre à eux, quelque chose de dur qui n'existe que pour ce qu'il est, un cercueil plein de vide et d'air et de regards qui ne le regardent pas, en quelque sorte ils transportent le cercueil, ils sont déjà en train de le porter, ils portent le mort en eux, rien qu'en regardant le cercueil, la mort de vous et moi existe enfin, et grâce à lui, elle nous apparaît maintenant, lorsqu'on regarde fixement le cercueil pourtant on ne voit rien, on ne fait que se transporter, on ne porte même pas le cercueil, on se porte soi-même en lui, on lui apporte un corps, c'est le corps de nous qu'on lui remet, on ne s'en remet pas, alors que le cercueil ne fait rien, il est posé simplement sur le sol, et il y aura d'autre sols et d'autres cercueil, il y aura plein de morts aussi, et il y en a déjà, il y en a plein, ils se remplissent, ils jonchent partout et pourtant on ne voit rien, on ne voit que la représentation de ce qu'on est lorsqu'on ne sera plus, alors qu'on n'est déjà peut-être plus, peut-être déjà le cercueil nous emporte quelque part, il est déjà en train de nous mener, c'est sûr qu'il nous mène en bateau, on est dedans, tranquille, à se faire transporter, quelqu'un d'autre est déjà là, quelqu'un a pris la place de quelqu'un d'autre dedans, on ne s'en est même pas apperçu, on s'est pas rendu compte du changement, pourquoi le mort est-il un autre maintenant, pourquoi je suis vivant tout en laissant mon mort partir, si je le laisse c'est que j'ai des réserves, je sais que déjà quelqu'un pousse, quelqu'un qui vient pour prendre la place du mort en cours, le moi le mort qui prenait trop de place à l'intérieur, pourquoi l'autre vient prendre sa place,