Les Saisons de l'âme - A. Gauthe
Ils avaient 17, 25 ou 30 ans. Beaucoup portaient le cheveu court et la moustache. Beaucoup avaient les mains et la nuque parcheminées du laboureur, les doigts usés de l'ouvrier, les ongles cassés du tourneur ou du mécanicien.
...Il y eut soudainement des poilus.
Leur écriture était ronde ou pointue ; elle avait la finesse de la plume ou le trait gras du crayon à encre. Il s'appelait Maurice.
Autant de voyageurs sans bagages qui durent quitter leurs familles, leurs fiancées, leurs femmes, leurs enfants. Laisser là le bureau, l'établi, le tour, le pétrin, la boutique ou l'étable. Revêtir l'uniforme mal coupé, le pantalon rouge, le képi cabossé. Endosser le barda trop lourd et chausser les godillots cloutés.
Très vite, ils comprirent que cette guerre n'avait pas de sens. De faux espoirs en faux espoirs, de dernières batailles en dernières batailles, ils finirent par ne plus pouvoir prévoir la fin de la guerre dont ils étaient les acteurs et dont l'utilité vint à ne plus leur paraître évidente.
Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de 2 millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Leurs noms sont gravés dans la pierre froide des monuments de nos villes et de nos bourgs. Et quand l'église s'est tue, quand l'écoles est fermée, duand la gare est close, quand le silence règne dans ces bourgs qui sont devenus des hameaux, il reste ces listes de mots, ces listes de noms et de prénoms qui rappellent le souvenir d'une France dont les campagnes étaient si peuplées.
Le Dormeur du Val - Rimbaud
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade. Il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid
Les parfums ne font pas frissonner sa narine
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouge au côté droit.
Titanic
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic heurta un iceberg à 2 H 20 du matin, plus de 1 500 morts, et 700 survivants sur 2 228 passagers.
Il gît par 3 800 m au fond de l'océan Atlantique, dans l'obscurité la plus totale. A ce jour, 6 000 objets ont été récupérés au fil de 6 plongées, dont la première eut lieu en 1986, repérés en 1985.
Parmi les passagers du Titanic, on trouvait des français, de 1, 2 3 classes. Certains seront surpris d'apprendre que l'orchestre du paquebot comptait lui aussi un français, Roger Bricoux, violoncelliste, né à Cosne-sur-Loire, dont une plaque se situe au cimetière de Cosne. C'est en Bourgogne que les objets, remontés de l'épave lors d'expéditions archéologiques très discutables, sont soignés, avant d'être livrés à la curiosité du public.
Après le naufrage, quelques survivants s'installèrent en France où l'on peut encore trouver leur trace parce que le Titanic était aussi un navire français. Pour que le Titanic ne soit plus oublié des histoires, à Belfast, là où est né le Titanic, il y aura en 2012 la cité du Titanic pour le 100ème anniversaire de son naufrage.
Les corons - Pierre Bachelet
Nos fenêtres donnaient sur des fenêtres semblables
Et la pluie mouillait mon cartable
Et mon père en rentrant avait les yeux si bleus
Que je croyais voir le ciel bleu
J'apprenais mes leçons, la joue contre son bras
Je crois qu'il était fier de moi
Il était généreux comme ceux du pays
Et je lui dois ce que je suis
Et c'était mon enfance, et elle était heureuse
Dans la buée des lessiveuses
Et j'avais des terrils à défaut de montagnes
D'en haut je voyais la campagne
Mon père était « gueule noire » comme l'étaient ses parents
Ma mère avait les cheveux blancs
Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays
Grâce à eux je sais qui je suis
Y avait à la mairie le jour de la kermesse
Une photo de Jean Jaurès
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de silicose
Ils parlaient de 36 et de coups de grisou
Des accidents du fond du trou
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays
C'est avec eux que j'ai compris
C'est la vie que l'on aime quand on a 20 ans
Mais que nous menons d'puis longtemps
Au Nord, c'étaient les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond.
Mozart
Le 27 janvier 1756, à 20 heures, dans l'appartement de Salzbourg, Nannel se penche sur le berceau de celui qui va bientôt la pousser dans l'ombre de son frère : Wolfgang est né. Septième enfant de Léopold et Anne Maria ; il est le second qui survit aux soins précaires dispensés aux nourrissons de l'époque. Nannel et Wolfgang seront les seuls enfants vivants du paisible couple Mozart.
La première audition du Requiem de Mozart aura lieu le 14 décembre 1793 à Wienerneustadt.
L'écouter, mais l'écouter vraiment, comme Mozart disait entendre une invitation au voyage, un voyage au fond de soi.
L'écouter et entendre, est, pour un mélomane croyant, une prière assurément portée jusqu'aux cieux.
Le Comte Wolsegg commanda en fait ce Requiem pour la mort de sa femme. La somme de 3 000 florains était tout de même promise à la fin de l'oeuvre.
Folies du Carnaval de Rio
Affichez un sourire, bougez vos pieds, balancez vos bras et faites briller vos yeux. Vous êtes au Carnaval de Rio.
Un hommage à la joie, dont l'invitation est l'entrain. La plus grande manifestation populaire au monde. Un registre unique du mélange qui compose la culture brésilienne.
Tous les ans, un véritable tourbillon de féerie déferle sur le pays. Entre fin février et début mars, le Brésil vit au rythme de la samba. Partout, les Brésiliens chantent en suivant les orchestres dans les rues. Chacun laisse libre cours à son imagination pour se déguiser. C'est alors que chaque fêtard devient le personnage de sa propre pièce, de sa fantaisie, de sa musique. C'est le carnaval de rue.
Mais le plus troublant reste le Carnaval de Rio, avec le splendide défilé des écoles de samba. C'est le plus grand spectacle du monde avec un flot merveilleux de quelques 30 000 participants. Incomparable ! Pendant 4 jours et 4 nuits, le carnaval envahit complètement les lieux, les âmes et les corps. Le coeur est plein d'entrain, d'émerveillement, de passion. Tous ceux qui défilent dansent et chantent en choeur avec le public.
Ainsi, le rite de la joie carnavalesque enchante le monde tous les ans.