Gender: Male
Status: Single
Age: 57
Sign: Leo
State: Bretagne
Country: FR
Signup Date: 2/12/2008
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Friday, August 28, 2009
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Plusieurs passage dans le CAFZIC... Jean-Noël LEVAVASSEUR était déjà un fan des DOGS, on le savait depuis le fameux tribute musical mais aussi celui littéraire qu’il avait mis entre nos mains, et maintenant ce que nous savons c’est qu’il est aussi un fan des CLASH. Lisez la suite vous allez mieux comprendre, nouveau projet, nouveau bienfait ! ! ! Rencontre via le net... Signé : NQB Deux ouvrages, un sur les Dogs, un sur les Clash, quels liens entre les deux ? Le lien, c’est moi J. Sérieusement, je ne pense pas que le lien soit musical. J’ai longtemps écouté les deux groupes et je les ai appréciés pour des qualités qui leur sont propres. Les deux évoluaient dans des univers parallèles, et pas forcément antagonistes, mais je ne pense pas qu’ils se soient croisés un jour. Les Dogs de la grande époque avaient la classe, un côté revival sixties, une romantisme revendiqué. Les Clash, c’était la révolte et le hargne. Pour leur trouver des points communs, sans doute faut-il remonter aux origines du rock. Les Clash étaient fans de Vince Taylor (cf. leur reprise de « Brand new Cadillac ») et du rock des early hours. Les Dogs l’étaient aussi forcément. Pourquoi ces deux choix de groupes ? Sans vouloir jouer le nécrophage de service, tout simplement parce que leurs chanteurs sont morts ! Les décès de Dominique Laboubée, que j’ai interviewé à plusieurs reprises, et de Joe Strummer, que je n’ai jamais vu autrement qu’à la télé, ont été des chocs pour moi, et pour tous les gens de ma génération, je pense. Ces deux gars-là étaient un peu jeunes pour partir. Ils ont représenté beaucoup de choses pour les gens de ma génération. Avec eux, c’est incontestablement une page de notre jeunesse qui se tourne, même s’il reste les disques. Connais-tu d’autres ouvrages de ce genre ? Des recueils de fiction inspirés par des groupes de rock ? Non. Ce que j’ai appris, c’est que les recueils de nouvelles se vendent mal en France. Le public n’aime pas. Ceci explique peut-être cela ? Donc, non, je ne connais pas d’autre ouvrage de ce genre mais je ne prétends pas connaître tout de la littérature rock française et étrangère… Qu’ont représenté les Clash dans ta discothèque ? Je dis toujours qu’avec le premier album des Specials et un 45 tours des Ramones, « London calling » a été mon premier achat réfléchi d’album, débarrassé de l’influence de ma grande sœur qui n’avait pas vraiment les mêmes goûts… C’était en 1980. Aujourd’hui encore, ce sont trois groupes que j’aime énormément et que j’écoute régulièrement. Donc « London calling », je me souviens très bien, je l’ai acheté à Jersey lors d’un voyage scolaire ! C’était ma première acquisition clashienne. Après, j’ai acheté tous les albums, un par un, avec mon argent de poche. J’ai même acheté « Sandinista » en double cassette, puis en triple vinyl (j’avais usé les cassettes à force de les écouter) et enfin, en double CD ! Lorsque je suis passé au CD, j’ai acheté le premier album en version européenne et américaine, un pirate, les compils, des tributes... Je n’ai pas tout évidemment mais j’en ai quelques-uns. J’ai notamment refusé d’acheter le dernier live sorti parce qu’à 25 ou 30 euros le vinyl, je ne souhaite pas m’associer à ce foutage de gueule signé d’une major compagnie. Où est l’époque où les Clash se battaient pour que leurs disques sortent à pas cher ? Donc les Clash occupent une place de choix dans ma discothèque, mais pas à n’importe quel prix non plus. Monter un projet sur les Clash, est-ce fédérateur ? Si monter le projet se résume à trouver dix-neuf auteurs (un par chanson de l’album « London calling »), oui, ça a été très facile et fédérateur. J’ai même refusé quelques auteurs parce que nous étions dix-neuf et que je ne voulais pas dépasser ce chiffre. Et puis, tout le monde a bien joué le jeu en envoyant son texte à l’heure demandée, ce qui prouve la motivation de chacun. En revanche, trouver un éditeur n’a pas été super simple. D’abord parce que celui que j’avais contacté en premier et qui s’était montré très intéressé a jeté l’éponge sans prévenir. Ensuite, j’ai envoyé des mails dans tous les sens, sans succès. Et puis, un jour, miracle : Michel Leydier, l’un des auteurs du recueil, avait rencontré une jeune femme de chez Buchet Chastel dans une soirée. Il lui avait parlé du projet. Elle s’est montrée intéressée, m’a contacté et tout s’est fait très vite. Est-ce qu’il existe encore un mythe Clash ? La preuve, quand Buchet Chastel, qui est un éditeur pas franchement rock, se lance dans ce projet, je sais que ce n’est pas pour moi et je ne pense pas que ce soit pour les auteurs du livre. C’est pour les Clash parce que c’est un groupe qui parle aux gens. Ils disent eux-mêmes que ce projet est un « livre ovni » pour eux mais ils le font parce que c’est les Clash. Pas sûr qu’ils l’aient fait pour un autre groupe… Donc je pense qu’il y a un mythe Clash. Il y a eu des DVD, un film au cinéma, un superbe album sorti au Diable Vauvert, le live posthume, plusieurs bios en préparation… C’est la preuve que le mythe n’a jamais été aussi vivace. D’ailleurs, si tu fais un tour sur myspace, tu verras le nombre de sites dédiés aux Clash ou à Joe Strummer, c’est très international et c’est très impressionnant ! A propos de myspace, je lis sur le tien « Un hommage littéraire et français à Joe Strummer et The Clash à travers un recueil de nouvelles noires », pourquoi « noires » ? Parce que j’aime ça mais mais pas seulement. Le rock, et le punk rock en particulier, se marie parfaitement avec la littérature noire. Dans le polar, il y la vision et la dénonciation d’une société qui va mal. Le rock, et le punk rock, ça va sans dire, est à l’origine une musique de révolte. Les deux vont bien ensemble.
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Sunday, May 03, 2009
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« CDDeath » (extrait) de Jean-Luc Manet, pour Abus Dangereux.
Dans le cadre d’un numéro spécial Rock & Littérature, l’excellente revue Abus Dangereux publiera prochainement une nouvelle inédite de Jean-Luc Manet (l’un des 19 auteurs de notre tribut à Joe Strummer et « London Calling », mais aussi journaliste aux Inrockuptibles). Nous vous en livrons en avant première l’extrait où Jean-Luc n’a pu s’empêcher d’y aller de son petit couplet clashien. L’intégrale bientôt donc chez nos amis d’Abus… " Je venais justement de récupérer la veille, en poste restante, l’arrivage d’un label toulousain qui m’était particulièrement cher. Ceux-là tenaient le cap depuis un bon quart de siècle, et le nouvel album de leurs Junco Partners protégés validait encore toutes ses marginales promesses. Les compteurs à jamais bloqués sur le Clash de Joe Strummer, les sudistes mordaient toujours dans chaque refrain comme si, à juste titre, il pouvait être le point d’orgue final de leur parcours. Brut, sauvage, revigorant : nécessaire. Pourtant je n’avais pas réussi à caser un seul disque de toute la matinée. Les poches de la plèbe étaient à marée basse. Alors je suis monté vers les beaux quartiers tenter ma chance. La dernière poignée de nababs, atterrie là en parachutes dorés dès les premiers symptômes du crash, vivait sur les hauteurs, dans des résidences fortifiées et surveillée comme une orchidée sur le lisier environnant. Un pote vigile des lieux, à qui je rendais de menus services scripturaux, me laissait pénétrer l’enceinte lorsqu’il était de garde. Vrai aussi qu’à l’aube de la cinquantaine je n’effrayais plus personne… " (A suivre)
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Tuesday, July 01, 2008
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"Jimmy Jazz" (extrait) de Pierre Mikaïloff
Micky Foote (sonorisateur, réalisateur du premier album de Clash) : A l'origine, Jimmy était une pièce maîtresse du groupe. Même si - on le comprend aisément - personne ne voudrait l'admettre aujourd'hui. Ce que je tiens avant tout à dire, c'est que c'était un putain de brillant guitariste!
Keith Levene (ancien membre de Clash) : En fait, contrairement à ce qu'on a dit, j'étais pas le premier guitariste à me faire virer du groupe. Avant moi, y'avait eu ce type bizarre : Jimmy. Je l'ai très peu connu. Il parlait pas beaucoup, il se liait pas facilement… On lui connaissait pas de petite amie. Je crois que personne savait vraiment où il créchait. C'est bizarre, vous trouvez pas ?
Rob Harper-Milne (batteur de Clash de novembre 1976 au 1er janvier 1977) : Jimmy ? Vous voulez vraiment que je vous parle de Jimmy ? C'est marrant, ça fait des années que j'ai pas pensé à lui. On n'a pas joué longtemps ensemble. Je crois pouvoir dire, et c'est sans vanité de ma part, que la période où Jimmy et moi étions dans le groupe fut la plus créative. Après ça, j'ai connu bien des musiciens, mais j'ai jamais retrouvé un guitariste qui jouait comme lui. D'ailleurs, quand Joe l'a viré, j'ai ramassé mes baguettes et je suis parti. Bon, cela dit, Joe devait avoir ses raisons…
Alex Michon (styliste du groupe) : D'abord, c'est peut-être parce que je suis une femme que je vais dire ça, mais Jimmy était incroyablement beau ! Je crois que c'est pour cette raison que Paul et les autres l'aimaient pas trop. Il tombait toutes les nanas qu'il voulait. Enfin, je devrais plutôt dire : aurait pu tomber... En réalité, on le voyait toujours seul. Il passait son temps à jouer de la guitare, composait, écrivait des poèmes... On savait pas de quel quartier de la ville il venait. Du sud, peut-être ? Il avait des manières un peu bourgeoises, on sentait qu'il était passé par une public school. Peut-être était-il gay ? J'en sais rien, on parlait pas facilement de ces choses-là, à l'époque.
Terry Chimes (batteur intermittent de Clash, de 1976 à 1977, reprend du service en 1982) : Jimmy, j'ai jamais joué avec lui. Il avait déjà quitté le groupe quand je suis arrivé. Mais ce qui était bizarre, c'est qu'on avait au répertoire ces morceaux qu'étaient ni de Joe ni de Mick. Et quand je demandais qui les avait écrits, on me répondait : « Tu veux dire, ces morceaux-là ? Oh, c'est rien. Juste de vieux riffs qu'on jouait avec l'ancien guitariste et qu'on a recyclés... » Quand le premier album est sorti, je me suis précipité sur la pochette pour regarder les crédits, histoire de vérifier comment étaient signés les fameux riffs de Jimmy. Heu, vous connaissez la réponse aussi bien que moi!
(A suivre)
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Wednesday, June 18, 2008
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"Koka Kola" (extrait) de Thierry Gatinet
L'ascenseur pue la pisse de chien ou d'hommes, ici à la cité on ne sait jamais. J'ai les globes oculaires comme des lampadaires et Joe, mon meilleur pote vient de décider de se couper les cheveux en iroquois et de les teindre en bleu. Putain on est en 1979, on a vingt ans et on vient d'assister à un concert des Clash. Des Clash mec ! La crème des crèmes. J'ai les jambes comme deux câbles électriques, le cœur chaviré et j'y crois pas. Fini la pop music, j'ai découvert la musique, la vraie.
Un bruit strident de tôle froissée vient interrompre ma rêverie. On se regarde avec Joe. Il hausse les épaules, fataliste. A tous les coups on va encore être bloqués entre deux étages. A cette heure de la nuit ça risque d'être la zone. Non, coup de chance, l'ascenseur ralentit mais ne se coince pas. Enfin pas complètement. Les portes s'ouvrent au 7e. C'est ce que j'imagine car le plastique de l'indicateur d'étages est carrément fondu à force d'avoir servi de cendrier mural. J'habite au dernier, Joe au 17e, mais le septième c'est l'étage de la petite Sénégalaise qui est arrivée le mois dernier avec toute sa famille, à peu près dix gamins avec deux mères et un seul père. Mariam, pour laquelle j'ai quelques penchants. Disons que j'y pense souvent, j'en rêve même. Un peu. Enfin, beaucoup.
Et justement la voilà qui pénètre dans l'ascenseur. Elle porte une jupe courte et les cheveux en nattes africaines. Cool ! Je lui adresse un petit sourire gêné, les yeux vaseux. J'ai fumé trop de shit. J'ai une tête de gnome et les fringues crados depuis que Joe m'a renversé une canette sur le pantalon dès le premier morceau des Clash quand on s'est envolés dans des danses de sioux.
Mariam n'est pas seule. Un mec monte à sa suite. Un vieux, genre la quarantaine, des pompes en peau de lézard qu'on dirait du croco, un costard bien coupé, une chevalière en or maousse, mais un peu de ventre et une gueule de con. Il a l'air de mauvaise humeur et pince le nez en nous regardant Joe et moi d'un air dédaigneux, comme deux poubelles qu'on aurait laissé traîner là sans les vider.
Il appuie sur le zéro et ne se rend compte que trop tard que nous continuons de monter.
– Merde, dit-il, vous descendez pas ?
– Bah non, on monte, t'as pas remarqué ? lui dit Joe, toujours aussi teigneux même si un court séjour au poste de police lui a fait perdre un peu de sa superbe.
– C'est à moi que tu parles ? lui dit le mec.
– Non, c'est à ta sœur, connard.
(A suivre)
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Wednesday, June 04, 2008
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"Guns of Brixton" (extrait) de Mouloud Akkouche
A la détonation, Sam donna un coup de reins et se redressa. Il prit la tête. Tous laissés sur place. Je les ai niqués, se dit-il, persuadé de sa victoire. Il ne pensait plus qu'à la coupe.
Sa coupe.
Soudain, un grand le doubla sur la droite.
Sam grimaça. Surtout ne pas se crisper. Buste souple et bras relâchés, il allongea peu à peu la foulée. Il remonta et réussit à reprendre la première place.
Pas longtemps.
Tour à tour, chacun grignotait quelques millimètres à l'autre, aussitôt perdus. Le grand courait, légèrement penché. Sam se tenait très droit. Trop tendu.
Son adversaire creusa l'écart.
Sam tenta de le rattraper. En vain. Il se sentit humilié. Ventre noué. Il pensa à Agnès qui, assise dans les gradins, devait se tordre les mains de déception. Et à son entraîneur qui avait tout misé sur lui, des mois de travail balayés en moins de dix secondes. Tous ces efforts pour rien. Sans compter les gens venus le supporter. Quelle honte ! Il jeta un coup d'œil vers les grilles du stade, prêt à se perdre dans le labyrinthe des lotissements.
Redevenir '' La Bombe '' et reprendre les livraisons pour les dealers du quartier Nord. Retrouver son duo avec Agnès. Pas un flic n'avait pu les serrer en flagrant délit, personne ne pouvait les rattraper. Les plus rapides dans la rue. Il n'avait rien à faire dans un stade, enfermé. Agnès avait raison : une médaille ne paye pas un loyer ou une paire de tennis. Jamais plus il ne remettrait les pieds sur une piste.
Jamais.
***
Agnès s'arrêta à l'angle de l'avenue. Elle vérifia la présence de l'arme dans la poche de son blouson : un Manurhin MR 73. Sa dernière livraison. A l'arrivée, elle aurait l'autre moitié de la somme. Et plus besoin de livrer came, flingue… Pas envie de terminer en silhouette blanche sur le sol. Le départ était prévu pour le lendemain matin. Elle partirait avec sa mère. Où ? N'importe où ailleurs. (A suivre)
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Tuesday, May 27, 2008
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"Brand new Cadillac" (extrait) de Thierry Crifo
J'étais rentré dans ce rade ce lundi soir de janvier, par hasard, ayant trouvé porte close chez Morgane que j'avais rencontrée trois heures plus tôt...
Sur Meetic…
Mais il n'y a pas de hasard, jamais.
Chou blanc sur tous les fronts, la Miss m'avait cuisiné du lapin. Pourtant avec Morgane, qui devait sans doute s'appeler Monique, comme tout le monde, ça collait bien, enfin il me semble… Sur le chat, sur les textos et en direct live sur son portable. Elle avait du vocabulaire, Morgane et des arguments. Elle m'avait envoyé des images, gros plan de son joli visage, brune pulpeuse comme il se doit, et d'autres poses plus explicites, autant d'atouts dans son jeu qui m'avaient fait braver ma routine illicite et, comme un chevalier en manque des temps moderne, traverser dans une rame sans âme, les lignes RER ennemies…
Son dernier texto, 200 euros pour une heure, c'est OK, bébé ? même si mon charme romantique en avait pris un coup, ne m'avait pas découragé…
Alors, l'errance dépitée dans la banlieue endormie, à la recherche d'un tabac ouvert, m'avait conduit, naufragé, au bar en face de la gare, en attendant le prochain cargo en partance… le dernier train de banlieue pour Paris !
On a les exils qu'on mérite…
****
Avec ma presque soixantaine d'un autre temps, il avait tout de suite remarqué qu'en entendant pour la cinquième fois de suite Brand new cadillac par les Clash, j'avais eu du mal à ma maîtriser. J'étais pas d'humeur, il est des retour de bâton et de frustration difficiles à digérer, discrètement, ne m'imaginant pas subir ce morceau encore une demie douzaine de fois avant le 23 heures 32, j'avais tenté une requête soft au patron, style faux-cul / bon gars bien élevé…
-Vous avez pas autre chose en magasin ? (A suivre)
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Thursday, May 22, 2008
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"The card cheat" (extrait) de Sylvie Rouch
« Now is the winter of our discontent…"
Richard III, William Shakespeare
Cette nuit-là, la houle était longue et ça tanguait sérieusement à bord. Tout le long des coursives, une forte odeur de fuel se mêlait à celle de haddock frit qui provenait des cuisines si bien que les rares passagers, en dehors des routiers espagnols qui s'étaient regroupés au bar, avaient pris place dans les sièges inclinables du salon arrière. De peur d'être malades, ils n'en bougeaient plus. De mon côté, j'avais tué le temps devant les vitrines de la boutique duty free jusqu'à ce qu'une jeune femme aux couleurs de la compagnie veuille bien en remonter le rideau de fer. Après avoir acheté le quota de tabac et d'alcool imposé par les douanes, je m'étais couché à même le sol, entre deux rangs de sièges - par expérience, je savais qu'on y dormait mieux - et quand les sirènes m'avaient réveillé au petit matin, j'avais vu les Sisters : sept falaises de craie blanche avec des crêtes qui se découpaient au couteau sur le ciel d'hiver et des flancs à nu, battus par les vents marins comme une lessive de draps géants.
Une bonne vingtaine de kilomètres me séparait encore du casino où Chester Barnes avait accepté de me rencontrer. Chester Barnes. L'homme au stetson et aux coups foireux.
Le casino était situé au dessus des flots, au bout d'un pier bâti sur un enchevêtrement savant de poutrelles métalliques et de pilotis. Identique aux autres fleurons des stations balnéaires de la riviera anglaise. On y accédait depuis une longue plage de galets gris que les rouleaux venus du large lavaient dans un chahut d'enfer.
Je n'attendais pas grand-chose de Barnes. Comme tous les flambeurs que ma sœur et moi avions vu passer chez nous depuis notre plus jeune âge, l'homme au stetson qui, par condescendance plus que par affection, s'autorisait à m'appeler « fiston », n'était qu'une planche pourrie. Un joueur prêt à vendre père et mère pour une paire d'As ou un brelan.
- Eh bien, fiston, qu'est-ce qui t'amène ici ?
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Sunday, May 04, 2008
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"Lover's rock" (extrait) de Jean-Bernard Pouy
Et cette putain de Kangoo qui tousse comme une vieille cathare. Hop, en voilà une de rigolote, la première du matin. Toujours démarrer la journée par la vanne qui tue. Ça calme les catarrheux qui s'arrachent les poumons non pas parce qu'ils fument, mais parce qu'ils partent bosser. Tant que le boulot sera là pour nous ruiner l'existence, nous niquer le physique et nous bousiller le mental, on sera crypto-malades...
Bon. On est lundi. Basse journée. Ouvrir le magasin, le hangar, comme disent les deux caissières, encore zombifiées, qui ont forcément fait la fête le samedi, ont bouffé du canapé le dimanche et qui se demandent, le lundi ce qu'elles foutent là, alors que les zippothétiques clients n'arriveront que l'après-midi. Pousser les trois magasiniers à reprendre la cadence en arrêtant de gloser foot. Continuer l'inventaire. Faire le point sur les RTT. Préparer les commandes. Et, entre tout ça, discuter le coup avec les deux patrons d'à côté, celui de « Géant Meubles » et le teigneux de « Pneu Discount ». Ils ont souvent des infos. Des fois, c'est moi. Comme ça, on peut parer. Ne pas trop se faire bouffer. Merde, ce n'est pas à trente balais que je vais me mettre au garde à vous.
J'étais même pas arrivé sur le parking, je toussais encore sur la natio, que j'ai compris que les tombereaux de bouse, ça serait ce matin, et, en particulier, pour ma gueule. Le personnel piétinait devant le magasin et discutait le coup avec leurs collègues du Meubles et du Pneu. Et puis j'ai vu. La grande enseigne, celle qui fait tout le côté ouest du hangar était pétée, en miettes. Et celle au-dessus de l'entrée, pareil, de guingois, encore en train de fumer, un court-circuit, des coups à tout faire griller comme une merguez.
J'ai calculé, en garant la Kangoo, qu'il y en aurait pour bonbon. Dix mille euros. Je le savais, ça faisait la deuxième fois en un mois. Qu'on me pétait mes enseignes, celles qui brillent la nuit, celles qu'on voit de loin, celles qui me coûtent la peau des couilles. Pourquoi ? Va savoir. Celles du Pneu Discount, intactes. Et celles du Géant Meubles, impeccables. Je comprends pas. Quelqu'un qui en veut aux godasses en gros ? Des anti-chinois ? L'armée secrète des Tongs ? L'internationale de la nouille en plastique ? Je comprends pas.
Énervé, d'un coup. Va pas falloir me chercher des poux. Pas à prendre avec des pincettes à sucre. Va pas falloir me causer syndicat. Tout le monde me regarde. Ils savent que ça va fumer. (A suivre)
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Friday, May 02, 2008
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"Hateful" (extrait) de Max Obione
Une tripotée de macaques a rappliqué, ces affamés me bectent le foie et les roustons. Les nausées me submergent, à deux doigts de gerber tripes et boyaux, j'ai les yeux qui riboulent en pales d'hélico. Le gros scotché entre mes omoplates me bouffe aussi, je le reconnais. Depuis le temps qu'il s'invite périodiquement, les couilles à l'air, le babouin doit montrer son cul en soufflet rubescent à tous les passants ; lui, il me vide à la paille, il aime ça, ce fumier, il siffle la moindre molécule d'humanité qui me reste.
Je sens plus mes cannes non plus, je suis mal, les suées glaciales s'abattent sur moi, j'ai l'impression de baigner dans un lac gelé, je ne frissonne pas, je ne tremble pas, je suis secoué, shaké. « Shake it, shake it baby ! » Même pas drôle, pas envie.
Le bus n'en finit plus de se traîner, de s'arrêter aux stations, on est au cœur du quartier de Bigarrure Town, des négros et des pakis montent, ils parlent aigu, mes oreilles vrillent, deux s'assoient dans le siège devant le mien. Je vois l'ébène de leurs cheveux décrêpés, raides de luisance huileuse. Dans la travée d'à-côté, une grosse dame me reluque, le spectacle du junkie à la ramasse l'intéresse ; elle me sourit, son sourire est installé en permanence, j'aime pas, je lui tire la langue, et toc ! elle pointe un bout de langue rose entre ses lèvres ; comme un con, je flashe sur son clito, et je me vois la queue coincée entre des deux grosses loches blanches veinées de bleu, elle me suce à la paresseuse, elle me dévisage toujours, je lui décoche un majeur d'honneur. « Va te faire mettre, eh, la grosse ! » Elle fait oui de la tête, cette pouffe ! Je détourne les yeux et essaie de trier les événements.
On a payé ma caution, mais qui ? Ils n'ont pas desserré les dents quand je leur ai demandé. J'aimerais avoir une petite idée. M'étonnerait pas que je devrais rencontrer le généreux donateur cet aprem. Le roulis dans mon ventre s'accélère ; il m'en faut, depuis hier et depuis ce matin qu'ils m'ont relâché, j'ai la tête envahie, quelle heure est-il ? je ne sais plus, ce que je sais c'est que mon horloge, cette putain d'horloge me gueule qu'il m'en faut.
J'entends le ksssssss des freins, le bus ralenti, on est dans le quartier des blankres crève-la-dalle qui flemment sur les trottoirs, les suppos enfoncés à sec par la Marguerite maudite vont leur exploser le fion. Les syndicats à terre, ils n'auront plus de dignité, bande de rats, veules et tristes ! Je crois reconnaître mon paternel parmi tous ces connards. Je regarde, les façades d'immeubles pourris me renseignent, c'est à la prochaine que je descends. Vais-je pouvoir arquer, gicler de mon siège ? De loin, je le vois, ma gueule d'ange, debout sur un pied, adossé, les mains plaquées au mur de briques. Je savais le trouver là, il le savait aussi. (A suivre)
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Thursday, May 01, 2008
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"Revolution rock" (extrait) de Caryl Ferey
... Le décor : un garage sombre avec du ciment par terre, quelques éclaboussures de bière sur le sol et deux guirlandes qui avaient perdu tous les duels. La lumière : le spot rouge de mon frère au-dessus de la chaîne stéréo, le reste dans le noir opaque. Les acteurs : vingt mioches de douze à quinze ans qui cherchaient à se rouler des pelles en douce, les autres rotant ferme. L'ambiance : regards en biais sur les canapés, testostérone marquée à la culotte, figés devant l'inconnu féminin...
Tombèrent les premiers accords d'un disque, incognito dans la pile : tout le monde qui se regarde depuis les canapés, l'électricité qui nous fait prendre trois ans par seconde, la voix de Joe qui déboule en mâchant sa rage par tube entier, une plainte à double tranchant et la Terre qui sur l'instant se soulève : London Calling.
London Calling : le choc.
Moi non plus je ne me souviens plus exactement de la suite – on s'est précipités sur la piste en sautant en l'air, on s'est jetés dessus en hurlant, entraînant les filles et leurs comètes incandescentes comme nos corps à l'attaque. Même nos os cédaient sous l'impact. Tout avait explosé : les guirlandes en toc, le ciment par terre, l'enfance.
Le Clash, le choc. Le Rock : une histoire de corps.
Inflexible, glamour, généreux, excessif, classe, the Clash.
La vie, en un éclair, devint lumineuse : Revolution Rock !
It is a brand new rock /
A bad bad rock /
This here revolution rock ! /
Putain ça va chier. On ne savait pas où on allait, mais on savait comment. Dès lors, je n'en ai jamais plus eu rien à foutre du reste : seule la manière comptait, la beauté du geste, quitte à se vider les tripes en embarquant la voisine pour un rodéo cosmique. L'impulsion du corps, l'intention, le mouvement. Parfaitement. Les filles, pas connes, ne s'y trompent pas : tout est musique.
Paul Simonon, bassiste moyen n'écoutant que du reggae, Simonon qui, lors de l'enregistrement du décisif Sandinista !, las d'entendre les remarques de Strummer quant à ses fausses notes répétées sur un morceau jazzy, avait rétorqué « on s'en fout, c'est du jazz ! », Simonon et sa basse sur les genoux, sa gueule d'ange dédaigneux crachant refrains et glaviots, la mèche savamment rebelle sur des cols noirs relevés, Simonon au final le bassiste le plus sexy du système solaire, instigateur des premiers rock-reggae, Police and thieves, Guns of Brixton, Revolution Rock...
Joe Strummer, laissez tomber : pas un athlète, une bombe, un discours radical dans une voix de miel brûlant, un sourire de voleur de poules et un look glamour à croquer la moitié de la Terre… Revolution rock.
Quand on est jeune, le corps est d'accord.
Le drame, c'est que la plupart l'oublient. Ou ils ont la flemme. Ou ils trouvent Eric, dentiste, très pratique pour partir en vacances au Club, Jean-Pierre, qui finalement n'est pas plus mal qu'un autre, Martine, qui va très bien avec la couverture du lit, ou Christiane, qui avec ses hanches larges s'occupera très bien du bétail... Pas beaucoup d'envie dans la carcasse, ni d'autre ambition que de ramasser du pognon en attendant de regarder pousser les choux. Corps, accords : je préfère crever en accord avec mon corps plutôt que vivre un long divorce avec ma tête. Revolution Rock. (A suivre)
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