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Le portier de nuit vient de me transmettre un pli. Il avoue s'être endormi quelques minutes, au pire un quart d'heure. Impossible de décrire l'estafette. Le contenu de l'enveloppe, véritable stupéfaction, est précédé d'un mot bref.
"Cher vous, qui me cherchez avec empressement, imprégnez-vous de ces fièvres vomies par l'Ange Noir. Si le désir d'une rencontre perdure, promenez-vous tous les matins sur la plage de Saint-Laurent entre dix et treize heures. A.K"
Ainsi je pénétrais au coeur de la pourriture mentale. Maintenant je saisissais au plus près la couleur de l'Ange : la suie du malheur.
"Raptus"
Ce matin, ils sont entrés à pas feutrés. Le surveillant principal avait son regard en coin. Je crois qu'il n'a pas aimé mon superbe cadeau. Son petit amour de chien, le "chien chien à son pépère", y s'est enrhumé. Le sixième tiroir du congélateur est le plus froid.
Je m'accoutume aux calmants et je réclame même les bains glacés. Je coopère tranquillement.
Je sais, que ce gros porc de merde me réserve un sale coup. Mademoiselle Agnès n'arrête pas de s'essuyer les mains sur sa blouse, c'est un signe. Dire que cette grande fille sèche m'aidait à me finir. Avant les nouvelles prescriptions, je m'astiquais souvent.
Je réfléchis, je pose les hypothèses. Les électrochocs ? ... Je connais déjà. Assommants puis ... terriblement ... stimulants. La lobotomie ? ... ils n'oseront pas. Pas encore. Tant que je n'ai pas révélé l'endroit.
Le juge Prévost veut m'entendre mercredi, pour me confronter à un témoin auxiliaire. Je lui pondrai une belle salade à cette salope. "Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi madame. C'est l'autre qui veut que je sois méchant. Après j'me rappelle plus de rien. Alors les gendarmes frappent à la porte de la caravane et j'entends : "Y'a eu un pépin !!!". J'aimerais que les voix se taisent dans ma tête.
Elles me font peur.
Je serai sage.
Je suis mignon, un gentil garçon me dit ma maman".
Je pleurerai à chaudes larmes. Je ne suis pas menotté dans son bureau. Deux poulets montent la garde à l'extérieur, sans compter l'assistant, avec son air de benêt, qui tapent sur sa machine avec ses doigts bouffis. Un costaud aux joues roses, parsemées de veinules, avec des chemises lie-de-vin. Sa façon de soutenir le vignoble français !
Je profiterai de l'attendrissement suscité.
Le coupe-papier est dans ma main. Le coupe-papier est dans sa gorge. Elle va tâcher son tailleur. C'est ballot, ça.
Deux mètres cinquante trois selon Marcello entre la fenêtre et le camion benne. J'atterris sur les blocs de mousse et ciao tout le monde.
Il en fera une bobine le sergent Garcia en me revoyant à l'institut, en pleine nuit. Ils en feront une mine crispée, quand ils découvriront, au-dessus du réfectoire, l'énorme tas de graisse suspendu par les tripes.
Bon, je dois me calmer.
Je me calme.
Je respire lentement.
Je pense à une barquette de frites, à une monstrueuse barquette de frites, dorées, croustillantes, avec des moules à la diable et un verre de vin. Un Jasnières très frais, souple en bouche, rond sur la langue, rond et souple comme les seins d'une jolie fille.
Je fixe le plafond.
Je ne souris pas.
J'ai faim !!
J'ai pissé dans mon pyjama.
C'est chaud.
J'aime bien pisser au lit.
Vendredi, c'est quand ? On a eu des petits pois à midi, non c'était des gnocchis au jambon et au chèvre. Donc, on est jeudi. Oui, c'est ça. Leur poisson pané-purée dégueu, c'est le vendredi ! J'suis sûr que le cantinier ajoute un truc dans le lait.
Donc ... vendredi ... ... poisson pané ... ... samedi ... couscous ; dimanche boudin aux pommes ; lundi pennes opéra ...mardi ... saumon ... et lentilles ; mercredi ... mercredi y'aura pas d'nouilles-saucisses, MERCREDI je m'offre une évasion bien sanglante, sauce Cavale !