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FUTILE,
ELECTRONIQUE
ET SENSIBLE.

F A U N E

William Geandarme


Last Updated: 6/12/2009

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Tuesday, October 30, 2007 10:36
Cuir
Laine
Soie
Bambou
Viscose
Rayonne

Vs.

Laine polaire
Polyester
Lyocell
Lenpur
Cuir végétal
(Chaussures en pneu ?)

-Friperie
-D.I.Y.
-Donner
-Recyclage
-Récupérer
-"make, do and mend"

Chacun son éthique. A force de revendiquer le naturel, on fatigue la nature. La production de laine n'est pas plus globalement respectueuse que celle de la laine polaire. Le bambou n'est pas plus écologique que le polyester. Produire une nouvelle masse textile de "bio-equitable" n'est pas plus intelligent que de consommer de la fripe.

Soyons synthétiques.
Monday, June 25, 2007 05:24
Le symbolisme est peut être ma vraie religion.

Les symboles passent , se transforment, naissent, meurent en 3 siecles ou 2 mois.

Pour peu qu'on simplifie le trait, presque n'importequel objet peut devenir symbole, la souplesse de l'imagination y insère un mythe, une histoire, une valeur sentimentale.  Pour les même raisons, mais en version plus terre à terre, j'aime aussi beaucoup les pictogrammes, et aussi les gravures.  Le noir et blanc.


Pour autant je n'ai pas d'idoles. J'essaie de monter des autels chez moi, mais leur durée de vie est courte. Mes autels sont mimés en l'air, le soir, le temps d'une prière. Je ferme les yeux, je le vois devant moi.  Je le sens. Je me représente un espace où prier.  Souvent allongé, je parle à voix basse.

Mais le trait , le dessin, et donc le symbole me fascinent.  L'histoire d'un dessin qui revient des milliards de fois, de milliards d'auteurs différents, comme le jeu du téléphone arabe ou du cadavre exquis... Le symbole, c'est l'idée dessinée. Ce n'est pas tout à fait une réprésentation du réel. C'est donc peut-être une idée. Quelquechose d'immatériel qu'on tente de tatouer dans le papier ou la peau. Une valeur qu'on tente de matérialiser dans un objet.
 
Le symbole a une force de pénétration dans le cerveau  tres forte. Parfois on est persuadés que ces dessins ont toujours existé...

Il y a quelques temps je faisais une recherche d'images (on dira aussi, de la pictoboulimie...quand je cherche des images je ne dors plus, je ne sais pas m'arrêter...) sur le motif "cachemire". Je voulais utiliser le "boteh" , graphisme central du motif, pour un tatouage. J'en ai donc cherché les origines,  que spontanément j'imaginais ancestrales, millénaires...





Il n'en est rien.  Le boteh et la palmette sont en quelque sorte une espèce de voyage graphique entre l'Angleterre, la vieille Europe, et l'Inde, le Cachemire.

Tres fortement popularisé en Europe par les chales de cachemire tissé, imprimés de ce motif au cours du 19eme siecle, l'origine du motif remonte peut être aux alentours de 1700.




D'abord représentant une plante complète en noir et blanc, racines et graines comprises, imprimé sur une étole de laine pashmina, façon herbier Anglais en vogue à l'époque, le motif a évolué vers une forme de plus en plus stylisée, donnant naissance a cette fameuse forme de larme -ou de mangue selon certains-.



Préfigurant le trait mou de l'art nouveau, le style nouille baroque, le motif porte aussi en lui une certaine vision de la nature.  Graphisme à la fois autarcique, fermé , et prêt à éclore, chatoyant, le motif cachemire et son fameux boteh peut être vu comme une graine et son germe, une feuille et ses nervures, un bouquet massif, la frondaison d'un arbre, un fruit  (la mangue, ou la poire , par exemple).

A force de retravailler son trait, de tour à tour simplifier et sur-ornementer le dessin, les multiples auteurs de ce motif l'ont éloigné de la planche botanique réaliste pour l'amener vers l'idée même de la nature, stylisée au possible.

Il contient toute la vie d'un végétal rêvé et élégant, orné de façon luxuriante, dont on imagine les parfums entêtant et les fruits sucrés, vision bien occidentale de l'Inde...

Si l'on va plus loin, on peut imaginer le motif cachemire comme l'ancêtre freestyle  de la fractale techno-fluo, plus rigide et mathématique.


Hypnotique, concentrique et tentaculaire, chaque micromotif est à l'image de l'ensemble. La graine représente le massif qui préfigure l'arbre qui donnrea un fruit contenant des graines, un noyau, qui germera...


Infini....a la fois moderne et vieillot, mystique et futile...Il n'en fallait pas plus pour faire de ce motif le papier peint de mon autel mental.





Tuesday, June 19, 2007 01:38
Let's face it, je suis drogué à la nouveauté.

Au fresh. Au "avant tout le monde".  Le snobisme est mon vrai 6eme sens, et je me conçois de moins en moins comme un créateur, mais plutôt comme une machine. Un aggrégateur. Un synthétiseur. Un thésaurus, neurasthénique, les yeux crevés par le flot d'images et d'informations graphiques.



Je suis un mangeur d'images. J'aime ce flux qui semble partir dans milles directions à l'echelle d'une seconde - d'une saison, comme un épais cable electrique qui s'effiloche en créant des étincelles dispersées, des fils cuivrés qui s'échappent ,des gaines fendues laissant entrevoir des canaux hiérarchiques et cahotiques à la fois.  mais tout cela va tout de même dans une direction assez claire d'une fois qu'on prend du recul sur l'histoire. Une direction claire et nouvelle.

Pas comme avant, ah ça non alors. On va tout réinventer. Une nouvelle direction, une nouvelle ère graphique, textile, artistique, et puis aussi une nouvelle économie, horizontale tiens  et même transversale, et le marketing viral et astucieux qui va avec...


J'aime ce flux, j'aime le regarder au microscope, m'absorber et m'investir dans la nouvelle tendance , la nouvelle merde, les nouvelles croyances...Nouveau ! New ! Neo ! Neu ! Fresh.

Et puis je m'envole, je prends du recul, je regarde de nouveau ce gros cable electrique, qui va dans cette nouvelle direction. Je n'ai pas la force de m'envoler beaucoup plus haut, mais de la je le vois déja prendre un léger virage, une belle courbe tendue.

J'aime les courbes tendues,  les lignes arrondies mais pas trop replètes, trop molles. Je me souviens de cette prof de graphisme qui nous demandait des lignes "léchées"...depuis j'adore passer des heures à repasser les lignes, les rendres plus nettes, plus tendues, qu'elles aussi prennent à la fois une direction franche et inattendue. Je lèche. Je perds mon temps, mes forces à vouloir une ligne parfaite, coordonnée à ma vie en rêve.


Pourtant je suis admiratif devant la notion du chaos qui pour moi est de plus en plus une réalité, une croyance mouvante, un réconfort nihiliste et plein de possibles.

Perdu à collectionner des images, à passer mes nuits à lire tout ce qui me passe sous les yeux pour ne pas aller dormir,  a tracer des courbes léchées, à chercher les nouvelles fraîches du chaos, j'oublie un peu ma propre direction.

Si je dormais de tout mon saoul, toutes les nuits, si les jours rallongeaient, peut être que j'aurais le temps et la force de vérifier mes croyances intimes. Parfois la nuit je vole, mais jamais tres haut. La terre mentale qui me porte devient chateau gonflable, chamallow, je rebondis sur les sujets et j'entraperçois brièvement un futur.

Si j'avais la force de rebondir encore plus haut, peut être verrais-je une portion plus grande de ce gros cable electrique un peu abimé. De ce fleuve d'informations auquel je donne des directions lechées, tendues. Peut être que cette grande autoroute effilochée se révelerait être un motif noueux, baroque, tracé d'une main incertaine et pourtant esthète. Une autoroute-fractale. l'immense broderie de l'univers, de l'histoire, de la culture, des siècles et des siècles, amen.

Pour l'heure  je ne rebondis pas. J'avance à points arrières, je fais cet ouvrage  torturé en pensant (à) dessiner ma vie au carré.
-(Oui-oui, demain, quand j'aurais le temps...)-

J'avance, les yeux rivés sur le trottoir, sur mes nouvelles chaussures. Ou alors le nez en l'air, les yeux electriques, avides, je regarde tout, donc rien. Je note tout, je remarque tout, sans rien en faire.

Du moins, pas tout de suite.