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Sebastien Loghman



Last Updated: 12/9/2009

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July 18, 2009 - Saturday 

Current mood:  artistic

website of Cantor Dust Man - a musical by Sebastien Loghman:

http://cantordustman.com



:: ENTRETIEN A PROPOS DU FILM "CANTOR DUST MAN"



A.L./ En seulement six minutes et quatre plans, Cantor Dust Man est un film dense ….

… Et léger ! C’est le secret du fractal. Une forme complexe dans laquelle on entre finalement assez facilement. Et puis il y a une forme d’humour par l’étrangeté ! Mais en effet, dense, car il s’agit d’exploiter tout l’espace du film, qu’il soit visuel ou sonore, intérieur ou extérieur. Le rythme est aussi très important, il se compose de respirations, de montées d’intensités, de ruptures… Je voulais faire un film très organique, dynamique et plein comme un corps.

 

A.L./ On y découvre un environnement singulier, quelles en en sont les clés ?

C’est un film sur le plaisir et le vertige de penser et de se souvenir. Le personnage se laisse porter par ses réflexions puis il lâche prise petit à petit, emporté par la spirale de sa mémoire. On peut entrer en transe intérieurement, c’est ce que j’ai voulu faire apparaitre.

 

A.L./ Pourquoi t’y mettre en scène ?

Cantor Dust Man est un film introspectif avec un seul personnage. Si j’avais voulu faire jouer un comédien, il m’aurait fallu un vrai alter ego, comme Jean-Pierre Léaud pour François Truffaut. Mais là, j’ai vraiment écrit à la première personne. Ce qui m’a inspiré ce film, c’est un autoportrait dessiné lorsque j’étais aux Beaux-Arts de Paris : un visage recouvert de multiples visages. C’était cohérent de prolonger cela et de jouer et chanter dans ce film. C’est une expérience incroyable en tant qu’acteur, ce moment où l’on passe littéralement de l’autre côté, lorsque le décor et les accessoires ne deviennent plus que ce qu’ils représentent.

 

A.L./ Un 2ème acteur intervient : le chou Romanesco

Durant la préparation du scénario, je suis tombé sur une photo du chou Romanesco et le lien avec mon dessin autoportrait s’est immédiatement noué. C’est un objet complètement fou ! Franchement fascinant… presque surnaturel. Et à manger, c’est très fin ! En plus de ça, il est l’exemple idéal du fractal dans la nature, lorsque la forme globale rime avec le détail. Dans le film, il a le rôle d’une « madeleine de Proust » qui lance la « machine mémoire » du personnage.

 

A.L./ Quelle est ta démarche, proposer un « cinéma plastique » ?

Avant d’entrer au Fresnoy pour y faire du cinéma, j’ai été aux Beaux-arts et j’ai suivi la formation du Film Department à la San Francisco Art Institute, aux Etats Unis. Mais avant ces écoles, dans mon enfance et mon adolescence, je ne lâchais jamais le caméscope de mes parents. Je faisais des saynètes vidéos ou sonores, seul ou avec des amis, puis je les montais. Pourtant, c’est vraiment quand je suis rentré aux Beaux-arts que j’ai commencé à comprendre tout ça, à formuler une démarche. J’ai alors participé à des événements et des expositions dans des lieux alternatifs ou des institutions en France et à l’étranger. J’ai ensuite réalisé Je ne connais pas d’Alice puis Cantor Dust Man dans le cadre du Fresnoy, un lieu dédié au cinéma et à la création numérique. Donc effectivement, j’ai un background très « plastique ». D’ailleurs, dans mes films, la plupart des scènes que j’écris partent de dessins. Du coup je prête beaucoup d’attention à la composition de l’image : le décor et ses objets par exemple. L’image forme un langage en soi, il n’y a qu’à voir le cinéma de Lynch, Godard ou de Kitano à l’époque d’Hana Bi. J’aime que les éléments mis en scène de manière réaliste se déplacent petit à petit et se comportent comme des signes. La réalité glisse alors vers des formes hallucinatoires, ces signes se confrontent ou s’associent par analogies. Ils font sens. Les technologies actuelles offrent une grande liberté à ce niveau d’ailleurs. Les choses
semblent plus simples et presque sans limites. C’est très excitant de faire des films en même temps que les techniques se transforment. On se sent inventeur, on a l’impression d’explorer de nouveaux territoires.

 

A.L./ Comment qualifier Cantor Dust Man ?  Est-ce une comédie musicale ?

Dans sa première version, lorsque le scénario s’appelait Cantor Dust Ville, le projet n’était pas encore musical. Je me demandais comment mettre en scène les visages du dessin. Etant musicien, j’avais envie d’essayer des choses avec ma voix, d’aller dans une direction plus pop aussi. J’ai pensé à un lead accompagné de multiples visages. Alors le théâtre antique avec ses chœurs et sa narration chantée, s’est imposé comme un point de départ. Son extension actuelle, c’est la comédie musicale. J’ai voulu expérimenter dans ce domaine, en incluant comme partie prenante les technologies habituellement dédiées à la publicité et au long-métrage. C’est une « Musical », à l’anglo-saxonne, mais avec un seul personnage. Grâce au soliloque, une conversation intérieure, il s’entoure de plus d’une centaine de lui-même. C’est une chorégraphie intime, minimaliste puisque les principaux mouvements se passent sur son visage.

 

A.L./  Que peux-tu nous dire de la chanson qui rythme le film ?

Je me suis d’abord concentré sur le texte. J’ai écrit cette poésie en anglais, la langue de la musique que j’écoute - hormis Gainsbourg et Bashung. Au fil de l’écriture et de la composition, je pensais à David Bowie, aux opéras rock comme le Rocky Horror Picture Show ou Phantom of the Paradise, à l’album A Night at the Opera de Queen, à Trent Reznor ou à Gainsbourg aussi pour son  « talk over » narratif. J’ai cherché ensuite la mélodie et les arrangements au piano. Au début, j’imaginais toute sortes de sonorités mais finalement je me suis rendu compte que le piano suffisait. C’est mon premier instrument, Il couvre tout le champ des possibles. Dans le film, il joue une extension de l’esprit du personnage. Sa composition est très répétitive au début, presque obsessionnelle. A la fin, le jeu se fluidifie comme un tourbillon qui emporte la pensée.
Pour les arrangements, j’ai cherché des formes qui évoquent à la fois l’émanation d’un souvenir et le phénomène fractal. Les chœurs se répondent en canons, par exemple. Durant un couplet, tandis que le lead dit avoir absorbé le monde (« I swallowed the world »), deux chœurs chantent à une vitesse plus lente ces mêmes mots. Ces correspondances d’une échelle à l’autre, ces itérations (« an iterative memory »), sont typiques du fractal. C’est une manière d’appréhender la structure de la mémoire. C’est une perception du monde.

 

Propos recueillis par Aurore Laurent, réalisatrice