Gender: Male
Status: In a Relationship
Age: 33
Sign: Libra
State: PACA
Country: FR
Signup Date: 8/1/2008
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September 6, 2008 - Saturday
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« Qu'est-ce que tu veux que j'foute sur ce jeu, bordel ! »… Un de ces jeux vidéos vintage des années 8O… Ceux qui ont jeté aux oubliettes les bons vieux flippers. Ce temps où l'on est passé des cheveux gominés, du jean serré et du noir au blanc vers des couleurs fluos, des réveils autour du cou et de la coupe en pétard. « Pump the jam » succédait aux Elvis et Motorhead. Nous on avait 14 ans et on se prenait pour des super mario. Maintenant quinze ans plus tard, je me trouvais encore et toujours chez Sam, un vieux pote qui se toisait d'avoir secouru cette machine alors qu'elle partait direct pour l'abattoir, une machine dépassée, irréparable.
....
Un écran minuscule au regard de l'effrayant gabarit, une protubérance phallique en plastique noir en guise de joystick, de gros boutons rouges qui collaient parfaitement à notre adolescence acnéique. Et s'il est des gens qui regrettent les tendres années de cette adolescence, cap incendiaire vers la majorité. Moi de mon côté, je me sens très bien loin de cette époque. Plus elle est derrière mieux je me trouve. Depuis le p'tit Christian a bien fait du chemin. Le bon job, la belle bagnole, la piaule sur deux étages, grand couloir et terrasse de toit, les cartes bancaires platiniums, le portable le plus high-tech. Et j'oublie sûrement un mariage plutôt heureux dans son ensemble et cet enfant qui je pense est le mien. Alors ce gosse de minables que j'étais avec son enfance minable, je préfère m'en dédouaner au maximum, une espèce de mauvais rêve.....
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« Vas-y ACCROCHE-TOI au joystick, merde Chris ! T'vas voir c'est ahurissant ! » articulant plus que de raison.....
Un jeu de ninja, style un Shinobi, un dragon ninja. Bien européen ce dit-ninja est bien entendu blanc. Et encore plus surprenant, en plus de son nunchaku et de ses étoiles, il a un pistolet mitrailleur, la manette simulacre d'arme à feu accroché sur le côté. Sam gueule, canarde, et devient complètement hystérique.....
« Sam, j'ai vu un épisode de la quatrième dimension, c'était un truc pareil, affolant, le gars il retrouve une parcelle de son passé et y retourne pire que dans retour vers le futur, dément ! »....
« Et il finit comment le gars ? »....
« J'sais pas j'me suis endormi, comme d'hab sur le canapé, Camille ne voulait pas de moi dans le lit encore une fois »....
« Ben tiens tu me dis ça et ça me fait penser que j'ai envie de pisser, j'y vais »....
« Ouais et le rapport ? »....
« Ben d'une je peux pisser quand je veux, comme je veux, dans le lavabo ou la baignoire entre autre, et ce, parce que je suis un célibataire endurci et bien plus que convaincu, et puis, ben la bière ça fait pisser (il brandit la sienne et la mousse secouée lui coule le long du bras) … (il la lèche)… et bien j'ai pas une bonne femme qui est sur mon dos pour me dire quand je peux boire, ni un gosse qui me crève au point de m'endormir devant la cinquième dimension… et puis merde ! Rien ne m'oblige à regarder la cinquième dimension moi ! Je m'emmerde, je sors ! Joue un coup plutôt ! »....
Il dégrafe déjà les boutons de son pantalon et passe juste à côté de moi.....
Je murmure : « la quatrième, c'est la quatrième dimension » mais je sais qu'il n'a pas tort sur l'ensemble, et avouons-le je n'ai pas envie de me battre je le fais assez au boulot et chez moi.....
....
Pendant ce temps, le ninja se fait matraquer la gueule par une bande de loubards. Ils sont tous invariablement de profil. Son intensité de vie est au plus bas et commence à clignoter. Je m'approche. Attrape la manette. Appuie sur le bouton rouge gauche. Le ninja s'accroupie. Bouton droit, il balance un coup de pied. Bouton droit manette à gauche, le coup de pied est glissé le bonhomme en salopette bleu clignote et disparaît. Vers le haut, il se déplace et attrape une caisse en bois qu'il lance sur deux autres gars en salopette, des identiques. Une lumière qui représente un diamant rouge ou un genre de machin comme ça clignote. Je l'attrape, je refais le plein de vie. Mes yeux se focalisent, je le sens, sur l'écran, le tour devient noir, sombre, trouble, une ébauche de dessin dimensionnel. Maintenant ninja blanc court, saute, s'accroche à une corde et tire à tout va. J'en dégomme un deux puis je ne les compte plus, un panneau coulissant je passe in extremis. Merde les panneaux se heurtent au sol, le vide entre eux, je compte, un deux trois quatre, pour le premier, cinq pour le deuxième et trois pour le dernier. Si je respecte les secondes, je m'en tire sinon mon ninja se noie. ....
Il s'approche en courant à pas cadencés, le décor 3D est approximatif : « Ne me laisse pas me noyer ! Christian, je compte sur toi ». Il a le visage collé à l'écran, me regarde fixement, regard sans vie et hypnotique.....
« Non, je suis là, on va réussir »....
« Ne me laisse pas me noyer, putain, je rigole Christian, je n'attendais pas de réponse ah ah… tu t'ennuies autant dans ta vie que tu veux sauver la peau d'un karatéka blanc ? »....
« Un ninja Sam ! »....
« Ok calme toi… je te laisse en paix avec ton nouvel amour quand tu veux »....
« Ben faut que je me sauve justement, j'y vais, sympa ouais le jeu »....
Je décampe, mais je sens une présence regarder derrière mon épaule. Je ne me retourne pas.....
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Chez moi toujours le même cirque :....
« Tu rentres maintenant Chris ? », « Encore chez Sam ? », « Le petit est couché », « Ton repas est froid, passe-le au micro-ondes », « T'as bu combien de bières », « Si tu sens la cigarette passe à la douche »…....
Et invariablement je réponds à n'importe laquelle de ces questions affirmations : « je vais me coucher la journée a été mortelle ».....
Sauf que ce soir-là mes yeux ont reçu des éclairs pendant la bonne première heure de sommeil, le mur scintillant jaune du jeu, les flashs oranges des coups, la nervosité du temps de réponse, latence, le cœur qui bat trop vite, le souffle qui semble court et s'accélère, la fièvre qui s'installe. « Christian, aide-moi ! »....
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Réveil en sursaut, j'enfile alors un survêtement, des baskets, « tu vas où Chris ? » « t'occupe, dors, j'ai un truc à vérifier à la voiture, euh, je ne l'ai peut-être pas fermée », déjà elle se retourne et se met en boule « toi et ta bagnole ».....
J'appelle l'ascenseur. Mes pieds trépignent. Bon ok, je prends les escaliers. Je descends les marches deux par deux, quatre à quatre, les dernières accroché à la rampe je saute. Je suis en nage quand je m'installe derrière le volant. À deux pâtés de maisons, le feu est rouge. Rien à droite, à gauche. Il est 2 h du mat, je grille. Un long klaxon, je pile, « pauvre con » arrive à mes oreilles mais déjà je suis parti. ....
« D'Agostino, D'Agostino », je sonne, pas de réponse, quatre secondes, je re-sonne « bouge bouge bouge », « quoi ! qui est là bordel », « moi Sam, ouvre ouvre ouvre » mon ton est suppliant, « Christian ? » « Ouaiiiiiiiis ouvre !!! » « T'as vu l'heure ? Merde, monte. »....
Il a plus l'air dépité qu'énervé ou agacé. En caleçon blanc et chaussettes : « quoi ? Qu'est ce que tu veux ? Tu t'es disputé avec Camille ? », et là… je me trouve embarrassé, je n'y avais pas pensé. « Non, je peux jouer à ton jeu vidéo ? », « Nan tu délires là, c'est une blague ? Tu perds la boule Chris, tu sais que… oh et puis tu sais où il est, je retourne me coucher moi, je bosse demain, tire la porte derrière toi ou t'as le canapé là, il n'a pas changé de place et nxjkzx elxkêkxe elkxêxex ,oejxoiheucgkvcù » je ne l'écoute plus. Mes yeux font le net sur « PRESS ENTER, start game ».....
Mes doigts effleurent la carcasse en bois, « je suis là, oui je suis là », la délicatesse des caresses que m'offrait ma mère aux réveils de mes nombreux cauchemars. Un moment tous les moments d'excitations vécus derrière cet écran m'envahissent, je ne suis pas son premier amant, et je ne me sens que flatté d'avoir été choisi moi, là, maintenant.....
....
Gros flash, un plan du circuit clignote, un décompte, cinq secondes pour l'apprendre. Allez, c'est parti, je ne vois que mes mains, celles de l'écran, je tiens des étoiles en acier, je dégomme un par un les ninjas verts. 3 minutes après me voilà au niveau deux. On a troqué nos vêtements de toile pour des uniformes de GI. Je porte un casque, une tenue camouflage de jungle, un poignard à la ceinture, de grosses chaussures noires à semelle épaisse. Un coup de pied sauté m'atteint par ce que je pourrais considérer comme un mexicain à la vue de sa grosse moustache approximative. Mon casque tombe, mes cheveux sont en brosse, blancs et courts. Joystick vers le haut, rouge deux fois, coup de poignard circulaire le latino disparaît non sans que son sang aie giclé en une rasade rouge vif. Un moine shaolin est à côté. Je lui balance un coup de pied « non ne fais pas ça Guile, je suis là pour te guider », nouveau coup de pied de ma part glissé tapé au niveau des genoux, « non ne fais pas ça Guile, je suis là pour te guider », coup de poignard, toujours pas de moine en transparence et ce laborieux couplet : « non ne fais pas ça Guile, je suis là pour te guider ». J'avance un peu, il est face à moi. L'écran à l'air de pivoter ou tout du moins le point de vue. La pixellisation est beaucoup plus réussie, plus nette. « Bravo Guile, tu as réussi le premier niveau, maintenant que tu as prouvé que tu étais le meilleur ninja américain, tu vas devoir te battre en Colombie et infliger au cartel de la drogue une défaite sévère et retentissante. Pour se faire choisi soit la pierre rouge symbole du fusil mitrailleur ou la pierre verte symbole du parchemin ». Aucun doute, le rouge, il disparaît, je suis de profil de nouveau je cours, mon rythme cardiaque accélère. Je transpire, des gouttes éclaboussent l'écran. Et cette musique synthétique venue de haut-parleurs saturés me tient complètement sous son joug, ma respiration sur l'une des deux notes de base. ....
....
« Christian, t'es encore là ? » on m'arrache à ma vue, une impression que mon cerveau est extirpé à l'intérieur de mon crâne. Guile, je m'appelle Guile.....
Sam revient à la charge : « t'es sale et trempé, regarde tes yeux, ils sont rouges, t'as joué toute la nuit ? » « Oui, oui, je crois, certainement. » Ma voix est un peu honteuse.....
« T'as déjeuné au moins ? »....
« Non, non je ne crois pas » mis à part les sandwichs jaunes clignotants du jeu, je ne me souviens pas.....
« Allez viens on prend un peu de temps, allez lâche la manette ». Il me tire par le bras.....
Mes doigts se font mous, je lâche. « Oui t'as raison » mes yeux me brûlent.....
....
Ce qui est super avec Sam c'est son sens de l'hospitalité, et la manière dont il sait s'accommoder aux situations. Là il a mis à chauffer des croissants et pains au chocolat surgelés et déjà l'odeur prend la dimension de l'appartement. Ajouté à l'odeur du café chaud, au son du jus d'orange qui coule dans un verre parfaitement transparent. J'entends les viennoiseries qui crépitent, je vois et ressens leur peau gonfler pour éclater en minuscules miettes, j'entends et vis les bulles dans le verre. La vie hors du jeu me paraît tellement nette. Tout est organisme distinct.....
« Tu sais Chris, tu devrais parler avec Camille » il sert dans une assiette blanche sans motif les croissants, puis les pains au chocolat qui laissent de traînées noires. « Je ne sais pas, pourquoi ne partiriez-vous pas un week-end juste tous les deux, histoire de faire le point. »....
« Ouais t'as sûrement raison » mais je n'arrive pas à diriger mon attention. Mes mains ont comme quelques spasmes par moment.....
« Vous feriez garder Jocelyn par tes beaux-parents, non ? »....
« Ouais, ils me doivent bien ça » c'est eux qui ont choisi ce prénom de Jocelyn, j'ajoute dans la foulée « dis, hum, je me disais que par hasard tu voudrais peut-être me vendre ninja fighter 3 »....
« Ninja fighter 3 ? Quelle blague, ce putain de jeu ? Je te le file, j'en ai rien a balancé de ce truc, le graphisme est pourri, il sent la poussière et il me prend une place énorme, je devrais te payer plutôt pour que tu m'en débarrasses… mais bon ton portefeuille est plus gros que le mien ah ah ! Enfin si tu t'arranges avec ta femme parce que sinon elle va te le vider ! »....
« Alors, c'est oui ? » ma voix est surprenante, enjouée et infantile.....
« Si tu me promets de partir ce week-end avec ta femme, il est à toi ! Par contre, tu te débrouilles pour l'emporter, je ne le porte pas ! Il m'a détruit une fois le dos pas deux. Bon moi j'y vais j'ai un boulot, tu tires la porte derrière toi en partant. »....
Il enfile sa veste et tient son cartable en cuir à la main.....
« Chris ? »....
« Oui ? »....
« J't'ai dit que tu avais une sale gueule ce matin ? »....
« Oui »....
« Ben je ne me suis pas trompé » il rit en s'éloignant, mais déjà mon regard est attiré par la machine. L'emporter chez moi !....
....
....
L'emporter. Le porter. L'emporter. L'emporter. Je tourne en rond sur moi-même, hagard. En transe. Elle fait ma taille, en bois creux mais l'écran doit faire son poids. Pas de roulette. Hum. Hum. J'ai beau regarder tout autour rien ne m'aidera à l'emmener chez moi. Pourtant, ça n'est pas faute d'avoir chercher. Quoi ? Je n'en ai aucune idée ! Mais je l'ai cherché c'est certain. Cette sorte d'aliénation mentale que l'on peut avoir à un moment donné et qui fait perdre toute proportion. Je vais à la terrasse. EN BAS ! Une camionnette ! Je dévale les escaliers, rate une marche, rebondis sur le mur. Bientôt arrivé je lis « Artisan Plombier, je me déplace même pour un joint », bien entendu au feutre et maladroitement sont dessinées des feuilles à rouler.....
Je m'accroche à la vitre entrouverte : « j'ai besoin de vous ! »....
Un mouvement de recul puis la porte s'ouvre, « qu'est-ce que tu veux espèce de malade ? » il est plutôt grand, mais je ne regarde que ses lèvres attendant son approbation. ....
« Un objet à déplacer, je paie ! »....
« Tu vois pas que je viens bosser, allez casse-toi avant que … »....
« Cinq cents »....
Instantanément il se fige « quoi ? »....
« Un chèque de cinq cents euros »....
« Du liquide »....
J'ouvre le portefeuille, mais je peux chercher il est évident que je ne trouverai pas. « Attendez attendez, prenez mon alliance », je tire fort dessus c'est douloureux et attrape sa main pour la lui poser, « elle en vaut le double, on y va et on s'arrête à un distributeur en route ».....
« Quel étage ? » ....
....
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À l'entrée de ma porte, il me laisse en balbutiant dans sa barbe des mots sur la maladie des gens friqués sur leur débilité et lubies. Je n'y prête pas attention. Je pousse la machine au milieu du salon. Je recule de quelques pas. Vérifie l'éclairage. Quelques centimètres à droite ça serait mieux. Je pousse nerveusement. Non, c'était mieux avant. De grosses marques noires s'imprègnent dans le sol.....
Bon, bon, bon. Là faut que je mange. Je cours à la cuisine, fais tomber un miroir en rasant le mur. Et le laisse où il est. Un verre puis deux de lait. Un paquet de biscuits sablés que j'engloutis en quelques secondes. Le JEU !....
J'ai mal au cœur. Je pars au lavabo. Vomis. Ne nettoie pas. Le JEU !....
Code : AZH67UK, pas évident à écrire avec un joystick et un bouton. Les lettres et chiffres défilent. Niveau 2 on est ok. Il est 10 h 12. Foutus Mexicains me voilà.....
Je sens l'atmosphère noircir derrière moi. Le temps passe et s'assombrit. Je n'ai ni allumé les lumières, ni répondu à mon téléphone portable qui n'a cessé de sonner. Je n'avance pas. Mon ninja court, tire, égorge mais je ne trouve aucun maître à combattre. Perdu dans cette jungle le niveau 2 s'éternise. J'ai dû rater quelque chose. J'ai bien fait des marches arrière des dizaines de fois, mais à part les corps morts ou le vide je ne vois pas. Mes doigts sont douloureux. Mes épaules courbaturées. Mon nez coule depuis une bonne heure.....
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Je sursaute. Les clefs dans la porte d'entrée. CAMILLE !....
« Christian ? T'es là ? T'es pas allé bosser ? » Puis elle me voit : « Qu'est-ce que tu fais dans le noir et… nu ? »....
Je ne lâche pas la machine. Je la regarde et ne sais que répondre. Une peur.....
« Et c'est quoi cette odeur ? » elle se dirige vers la salle de bain. Elle allume les spots sur son passage. Elle crie : « Ahhhhhh c'est dégoûtant ! » ....
Je reste dans le noir, l'écran scintille. ....
« Christian parle moi ? Qu'est-ce qui se passe ? »....
J'ai l'impression que je vais pleurer. « Camille, il n'y a pas de niveau 3 ».....
« Quoi ? »....
Je suis tétanisé.....
« Christian, il faut faire quelque chose, tu bosses trop, tu ne vas pas bien. J'ai eu Sam au téléphone, il m'a appelé. J'ai laissé Jocelyn chez mes parents. On doit discuter ».....
Je pleure : « Il n'y a pas de niveau 3 Camille ».....
« Chris, je vais te faire couler un bon bain chaud, je nettoie ton… enfin, tu sais. Et lâche ce jeu. Tu vas te détendre. Ok ? » Elle me donne l'impression de bouger comme dans une série américaine quand un forcené tient une arme et qu'un héros veut la lui saisir. Mes mains abandonnent la manette. Elle se tourne et se dirige vers la « salle d'eau » comme l'appellent ses parents. ....
J'entends taper. La porte ? Non. L'écran. Les doigts du moine shaolin sont nets. Ses phalanges ridées. ....
« Le maître. Le Maître c'est elle. »....
« Impossible, c'est ma femme. »....
« Non pas celle de Guile. Elle est le maître, « The Master », en le battant, tu passes au niveau ..:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" />..3. A.. TOI DE JOUER GUILE !»....
« Mais c'est Camille… » Implorant.....
« C'est ce qu'on te fait croire. Ta femme et tout le tremblement. T'es dans le jeu. Tu es le jeu. N'oublie pas que je suis le Sage. »....
« Mais… »....
« Tue le Maître ! »....
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Mes pieds sentent le carrelage froid. Ils sont moites et se collent légèrement. Je sens chaque ligne de colle entre les carreaux. ....
« Tu sais je pensais à ce chalet où l'on était allé pour notre lune de miel et… »....
« Je t'aime Camille »....
« Moi aussi Christian », un ton triste, toutefois souriant, « donc je pensais que comme on est en morte-saison, il serait facile de trouver une chambre même au dernier moment … »....
J'attrape un bout du miroir brisé. Le temps semble si lent tout à coup. Je vois défiler, notre rencontre, le mariage précipité par l'arrivée de bébé, le fameux chalet, les nuits d'amour, l'arrière de la voiture, les disputes, les réconciliations, le petit qui marche, les soirées passées au bureau à regretter de n'avoir aucune photo d'eux sinon des magazines auto, ces mêmes soirées au bureau me masturbant rapidement en pensant aux secrétaires, aux clientes, aux couples de clients. Je sens une douloureuse érection marquée de coups mon bas ventre à chaque pas frénétique.....
« Je t'aime Camille »....
Elle, accroupie, a un large sourire, ses cheveux ondulés blonds noués, son nez fin, ses yeux pétillants, ses douces épaules couvertes par un léger pull en lin écru, sa jupe courte noire et ses mollets si petits et dessinés, ses escarpins de jeune fille. Elle balade sa main dans l'eau et attend mon arrivée, mon bain. Et puis son cou, son cou si doux, une mélodie, pâle et parfumé, de légers grains de beauté qui l'entourent, sa fine chaîne en or où doit être pendue chacune de nos initiales en ocre, ce cou que délicatement je tranche avec le côté le plus tranchant du bris de miroir. L'eau devient peu à peu rouge. Mes doigts sont collés sur sa bouche. Ses yeux verts se révulsent. « Pourquoi tu n'es pas vraie ? Ça aurait pu être si beau. Pourquoi a-tu pris cette forme « master ». Tu n'aurais pas pu être plus dur à battre ! » Le corps après quelques secousses s'affaisse.....
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Et maintenant ? Et maintenant je dois traverser la terrasse nue comme un verre, les pieds rouges baignés dans le sang. Je dois sauter de mon immeuble au suivant. Prendre de l'élan. Compter les cinq secondes. Et sauter.....
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Cinq, quatre, trois, deux, un… je m'écroule et m'écrase au sol. C'est fulgurant.....
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GAME OVER....
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« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! Je me suis encore mangé ! »....
« J'te l'avais dit qu'il n'y avait pas de niveau 3 à ce jeu « Real Life Arcadium ».....
« Non j'suis sûr que c'est ta manette qui déconne, en tout cas il est grave flippant ce jeu, wow.»....
« Ouais, on va se faire un MacDo Tom ? »....
« Je le laisse sur pause alors… »....
Mise sur pause. Christian de profil perché sur sa terrasse, en appuie sur l'arrière de ses jambes, avec un mouvement de va-et-vient du corps au rythme
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August 1, 2008 - Friday
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Le thorax renferme le couple poumons/coeur, il est composé d'une paire de douze côtes qui relie la colonne vertébrale et le sternum. A chaque moment il est en activité. Plus ou moins lents les mouvements sont principalement activés par la respiration. Respiration qui varie au grès de l'air et de l'altitude, de l'instant de vie, de l'activité ou du sommeil, d'un moment télévision ou sport en salle. Mais ce relationnel coeur- poumons, cette interdépendance chimique, biologique, est aussi activée par les sentiments. L'amour, accélère le pouls, ce sentiment qui vous submerge, et qui vous oppresse. On aime avec le coeur dit-on, pourtant ceux sont les poumons qui se sentent alors oppressés dans cette cage, bien plus que les quelques rougeurs dessinées sur la peau par l'influx sanguin. Le thorax. Oui, c'est en lui, que se promène une multitude de nerfs et de canaux sanguins, de longs dessins de veines étroites. Mais pour ma part j'ai toujours plus cru aux poumons, en leur besoin de liberté, par leur amour, protégés par des arches d'os. Adam n'a-t-il pas donné sa côte ?....
Quand on s'est rencontrés, il y avait d'abord ce papillonnement, vous savez, ce truc au niveau du ventre, rien à voir avec l'amour, oh non, je le prouve biologiquement si vous le voulez. Et bien le ventre, ou paroi abdominale, se trouve à la limite basse du thorax, là même où il se termine. Où le thorax est à son terminus le ventre, lui, démarre. Il est donc évident que rien ne peut être considéré comme « sérieux » lorsque ça se cantonne au ventre qui gargouille de joie lorsque deux personnes se tiennent compagnie. C'est bien sûr agréable, mais ça sent l'intestin, rien de plus. Avec lui ça a été différent, même l'intestin a perdu son odeur d'excréments pour devenir un mets délicieux.
On parle toujours des rencontres sur le lieu de travail, elles représenteraient plus de la moitié des rencontres, bien plus que les boîtes de nuit. Je suis persuadée pour ma part de toute manière que ces rencontres en « clubbing » tournent en rond et ne remplissent aucune statistique réellement, les filles y sont faciles et les hommes affamés. Un couple s'y trouve un jour pour que de ces mêmes personnes un nouveau couple se forme de nouveau le lendemain, on réutilise. Rien donc de solide qui puisse nourrir une statistique. Moi ? Je crois aux rencontres sur le lieu de travail, plus de 50 pour cent je vous dis, alors (..) Il paraîtrait même que les relations hiérarchiques sont eux aussi un vecteur pratiquement exponentiel, un mot peut-être fort oui je m'emballe. Mais attention, il ne faut pas faire passer cette spécificité à la trappe.
J'étais, je suis, donc sa directrice d'agence. Une grande enseigne dans la prospection téléphonique. On ne vend rien nous, on vend pour les autres, mieux qu'ils ne vendraient eux mêmes un produit qu'ils connaissent sur les bouts des doigts et nous aucunement.
A vrai dire, je suis ce « eux », je connais très bien « mon » produit, cette agence, je la vends bien par contre, mais je ne vends rien d'autre, je laisse ça à nos rabatteurs qui épluchent « les éventuels » et aux vendeurs qui accrochent les « potentiellement acheteurs ».
-« Tais-toi ! Tais-toi quand je parle Damien ! Même si je t'aime, je reste ta supérieure ! »
Il était donc un de nos meilleurs vendeurs sinon le meilleur vendeur. J'avais obtenu un assistant mais il me fallait encore trouver qui. J'avais épluché les CV, toutes sortes de candidatures, il y avait la sienne. Bon je ne vais pas mentir, j'avoue que je n'étais pas insensible à ses charmes, son aisance à parler, son regard froid mais intense, sa manière de porter un costume toujours élégant mais jamais pompeux, ses cheveux toujours naissants, à peine plus longs que cette barbe de 3 jours très propre. Quelque chose d'à la fois très classieux et en même temps animal, bestial. C'est vrai que d'imaginer aller à des colloques en sa compagnie me flattait. Il flirtait avec les 35 ans, j'en avais 7 de plus, et je me laissais m'imaginer à flirter avec lui. Il semblait en plus responsable, solide et son manque de ponctualité au rendez-vous résidait au fait qu'il s'investissait à 100% et voulait boucler son affaire ce jour-là directement chez le client, à savoir des trombones aimantés à 10 fois la valeur du marché, mais vendus par ses soins à un grand groupe et surtout aux secrétaires de ce grand groupe. En résumé, il était une attraction pour nous toutes et parfois tous.
Son visage taillé au couteau, ses traits tranchants, ses yeux impénétrables, son travail irréprochable, sa facilité à communiquer, sa manière de pouvoir suspendre le temps, rendant un moment avec lui aussi long qu'une éternité et en même temps aussi bref qu'une seconde. Avant même l'entretien, il était choisi. Je pourrais dire que si ça avait été stoppé là rien ne serait arrivé, et on n'en serait pas à cette extrémité mais je ne regrette pas, je ne regrette rien, ça devait sûrement être comme ça et pas autrement.
Ah, je ne l'ai pas dit ? Il avait un torse, musclé par des heures de sport en salle –qu'il avait gagné en vendant un produit innovant de salle de douche anti-microbien et champignon- mais aussi ce thorax très large, délicieux dans son costume, gris bleu le jour de l'entretien.
Je lui apprenais qu'il était choisi et que son nouvel emploi débuterait dès que ces affaires seraient bouclées. Ce à quoi il me répondait qu'il avait déjà nettoyé son bureau dans l'éventualité et me laissait sur un sourire satisfait accompagné d'une caresse sur la main en guise de salut.
« Pressé de démarrer, surtout avec vous ».Me lança-t-il avant de filer.
Le 12 octobre eut lieu le premier déplacement, on avait déjà eu plusieurs déjeuners, plusieurs fous rires, et quelques regards très évocateurs. Les papillons je les sentais, chez lui je les espérais, mais les papillons restaient au niveau des excréments. Ce jour-là nous rencontrions d'autres agences du même type, ce jour-là nous rencontrions d'innombrables clients et ce jour-là nous décidions, après avoir trinqué plus que de raison, de finir la soirée dans la même chambre d'hôtel. Et au fil de la nuit, tout ceci se déplaça à l'intérieur du pédicule vasculo-nerveux, pour finir en plein au milieu du thorax. L'Amour.
Un 12 octobre qui fut suivi d'un 6 novembre, d'un réveillon à l'étranger.
Rien ne filtrait à l'agence, ça aurait fait mauvais effet, pourtant les jours passaient et on finissait collé sur le canapé, une chaleur dans le thorax.
Mes yeux brillaient, je n'attendais plus ça, je me voyais aussi être passée à côté de tellement de choses. La vie passe si vite.
Un fax arriva du siège, fax que je ne pus intercepter, il était à son poste avant moi. Un fax qui eût cette douloureuse répercussion directement entre les côtes et mes poumons cette impression que ces os les perforent : il était promu au même poste que moi, directeur d'agence, nouvelle agence, à 800 kms.
Il était aux anges, je ne laissais aucune émotion se dessiner, mais mon intérieur saignait à chaudes larmes.
Seul un murmure m'échappa : « non (..) », un soupir « et nous ? »
Il me dit que c'était une de ces occasions qu'on ne refuse pas, que moi même je ne l'avais pas refusé, mais je ne l'avais pas lui à ce moment-là. Il devint arrogant et me meurtrit d'un « bien tu aurais du avoir quelqu'un à ton âge ! ». Puis, reprit sa contenance et d'un ton séducteur : « tu savais bien que ça finirait ainsi ». Mes poumons se trouvaient emprisonnés dans cette cage.
« Tais-toi Damien ! Tais-toi ! Mon dieu je ne sais plus où j'en suis, ou plutôt je ne sais que trop où j'en suis ».
« Damien je suis très désappointée »
« Damien je n'ai jamais été aussi désappointée »
« Damien c'est un sentiment qui m'insupporte ! »
« Damien, sens tes côtes entrer dans tes poumons ! » Et je lâche le premier coup de cette barre en fer qu'il y avait posée près de la cheminée. Le bruit de l'os n'est pas si puissant, un craquellement presque érotique. Et il pleure et il crie, il n'a plus aucune contenance. A présent, une de ces côtes doit entrer à l'intérieur de son poumon gauche. Je le sais j'ai fait des recherches sur internet. Je n'avais jamais imaginé tout ce que l'on trouve sur internet. Je savais combien on est biologie, je sais où se trouve notre biologie. Un nouveau coup.
« Calme-toi Damien, il n'y aura au total que 24 coups, sauf si j'en rate un ou deux, mais tu as vu, je suis d'une précision médicale ! »
« Comment je suis hystérique ? Ris Damien, ris ou c'est ton crâne que je vais fendre »
« Pardon ? Tu m'aimes ? Damien, on ne peut plus retourner en arrière, mes côtes sont déjà brisées, c'est déjà fait pour moi »
« Non Damien, tu sais bien qu'on ne t'entendra pas, tu connais par c--ur ma maison familiale, personne à la ronde, écoute » un nouveau coup s'abat « t'entends ? Rien, le bruit du vent au travers des fenêtres. Pas plus, du vent comme toi et nous » Nouveau coup, la pointe entre au travers de sa chaire, on ne réussit pas à tous les coups. Ça, internet ne l'apprend pas.
« Non Damien, ne pars pas, reste là, ne t'évanouis pas, c'est bientôt fini, tout a une fin, tu m'as dit. »
Ça n'aura pas pris si longtemps, mais avec lui le temps était en suspend, même là, une seconde pour une éternité, l'éternité en une seconde.
Quand il reprit connaissance, couché là sur le sol, ses yeux s'écarquillèrent, il fixait ma poitrine, chirurgicalement ouverte au scalpel, mes côtes visibles, le sang coulait gracieusement, et il faisait chaud, très chaud.
« Tu vois ? Il faut qu'on les libère, le thorax, le thorax, là est l'amour et on ne peut le laisser emprisonner, simplement le thorax.»
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January 23, 2008 - Wednesday
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Current mood:juteuse
Et me voilà encore, encore et toujours dans la même position, coin gauche, le coin où manquent les quelques sponsors, le coin des « outsiders ». Sixième ou septième reprise...
Il faut dire que ça fait un sacré moment que je n'ai plus gagné de combat, trois défaites, dont une par k-o. Ce k-o je le dois à un jeune branleur qui mélangeait à son anglaise des revers à l'américaine à la limite du règlementaire –ici le réglementaire n'existe quasiment pas, à part la règle de la ceinture parce que pour les boxeurs du noble art les couilles, c'est sacré- assez pour m'écorcher les deux arcades et me balancer, à moi aveugle, un droit je dois dire assez détonnant, aussi médiocre boxeur fut-il. Il sera un jour à ma place ici, en vieux fossile, ça je peux le lui prédire. J'ai emmagasiné les nuls, pour la plupart dans des combats atroces et sans intérêt, les nuls me permettent de gérer cette désastreuse carrière, on ne vit pas de victoires, les nuls sont mon gagne-pain, les gens parient pour le jeune fougueux ou pour le vieux débris, dans ce cas de figure ils veulent rafler la mise. Moi j'me parie en nul et je gère. J'dois être à 8 nuls. Et c'est beaucoup là. L'effet va se dissiper et je ne vais plus rien trouver. Donc ce soir, soit je me couche soit je le ratatine. Et cette option me semble bonne, j'ai parié sur moi.
Je regarde la salle autour de moi et c'est glauque, une salle d'entraînement légèrement accommodé en soirée de gala par des chaises pliables bon marché, pas plus de vingt personnes qui ne regardent qu'à moitié et qui gueulent au fil des paris, et qui c'est vrai me traitent de tous les noms. Un combat de coq rien de plus, enfin c'est une image, il est super welter, je l'ai été, j'suis dans les lourds maintenant, ou plutôt les gras. L'odeur est désagréable, elle sent l'entraînement du jour, sûrement d'un groupe de jeune « moi » de 14/15 ans, elle sent l'odeur de cigares de pauvre, y a cette odeur de vieux costumes, ils se prennent pour des maquereaux italiens ou des robert Redford de « l'arnaque », le tapis du ring est écaillé et humide, j'ai mis un genou à terre et même là une odeur de renfermé me remonte aux narines. Le patron de la salle, « organisateur » du combat, je le connais bien, le seul qui veuille encore m'inscrire sur les listes. Une espèce de con de la cinquantaine qui a eu sa demi-heure de gloire, et dont les affiches de ces foireux combats –bon il a été champion du monde deux fois de suite en super plume - trônent tout autour de la pièce, et à l'instant ? J'ai envie d'en rire avec cette gueule de con à la Chuck Norris, mais bon la moustache, c'était l'époque, c'était la mode. Je dois garder ma concentration, rire peut déstabiliser l'adversaire. Rire peut aussi me faire perdre mon protège-dent, et comme j'suis seul dans mon coin, si le gong retentit, je pars sans, et je me fais péter les quelques dents qui me restent (j'ai perdu une partie de celles du bas parce que je me marrais encore d'une blague d'un pote raconté la veille -en fait connaissez-vous la différence entre un jeune boxeur et un traiteur cocu ? C'était un truc comme ça, mais je ris des blagues mais les raconte très mal- j'perds donc mon protège-dent, et je laisse ma garde ouverte, d'un uppercut, il essaie de m'envoyer au tapis, je serre les dents de toutes mes forces et celles-ci s'écrasent entre elles et partent en morceaux dans ma bouche, et cet enfoiré le remarque, il m'envoie des directs dans la bouche tout le long, assez pour qu'elle soit en sang.
On a fini par un nul, j'avais besoin d'argent. Le combat terminé, je me suis approché, il se la jouait latino, un crochet rapide dans le foie, il a vacillé, m'a regardé froidement ses jambes se dérobant, et mains nues je me suis cassé le petit doigt en lui brisant l'arête du nez. Ma prestation et le nul ont paru tout à coup complètement truqués et j'ai filé sans rien demander par la porte arrière sous les huées des quelques zonards qui restaient.
Je tiens à dire que je n'ai pas toujours été aussi mauvais. Je vais même préciser que je ne suis pas un con, même très loin de l'être, mais là ça n'engage que moi. Je lis souvent à la bibliothèque ça me détend. Je le fais systématiquement après les entraînements, ils se limitent à de la corde 15 minutes simple et croisée, 30 minutes de shadow par séquences de 3 minutes et de 2 minutes rapides, et encore 30 minutes de sac. Les étirements sont aléatoires, de moins en moins souples, si je m'esquinte de trop j'arrête. Je me file à la biblio à trois kilomètres en courant, c'est bon pour le souffle. Une bibliothèque modeste, avec des vieux livres modestes, des manuels d'étudiant, des années 80, des livres d'histoire qui eux aussi doivent être dépassés, mais où l'histoire même en guide reste romanesque. Il y a des bédés, et des livres sur les tableaux. J'finis toujours par eux, j'hume le soleil mexicain avec Diego Riviera , je m'éblouis de couleurs avec Gaughin, je flirte avec Tamara et en touchant mon visage fatigué et émacié je me reconnais en Schiele. En résumé, je fais mon minimum syndical à la salle de boxe pour vivre, et je rêve des grands destins et je m'emplis de jolies images. Dans les bédés je rêve que je les lis avec mon gamin, il serait sur mes genoux et on rirait. Parfois j'en pleure, mas jamais devant du monde. Si c'était une fille ? Ah non, je ne serais pas là ! Je me serais, déjà d'une, lavé, ça deviendrait une femme élégante, et elle n'aurait pas besoin d'un rustre comme moi comme exemple, et on serait plutôt au parc, y en a un joli là où j'habitais avec ma femme. Cette femme avec laquelle on avait construit milles projets, cette femme qui n'aimait pas que je boxe, mais qui aimait ce que j'étais, elle qui alors que boxeur en devenir, le jeune loup aux 14 victoires dont 12 par k-o sans nul ni défaite, ce même boxeur dont un soir le sol s'est dérobé, qui a été touché à la tempe et yeux révulsés a fini en ambulance. J'étais ce boxeur qui voulait le calme à la campagne, malgré une femme très citadine. J'étais ce boxeur qui se faisait soigné pendant que sa femme sur une route verglacée perdait le contrôle de son véhicule et perdait en même temps sa vie, la mienne et nos rêves contre un arbre à l'orée du village.
Quand je vois mon visage complètement brisé, il n'est rien comparé à ma vie, chaque coup que j'ai pris, chaque fois que mes pommettes sont un peu plus rentrées dans mes joues, chaque fois que l'on a du recoudre mes paupières qui ne sont que stries, chaque fois que mes lèvres saignent ou que mon menton se rabote, ça n'est rien comparé à ce que je ressens comme rancoeur sur mes choix. J'aurais pu être facteur, je ne sais pas, sinon brancardier, je ne me serais pas blessé, on aurait pu vivre en ville. Et je ne serais pas seule à la biblio. Même si je dois l'avouer, à force, je fais parti des meubles ici. Parfois une des bibliothécaires m'offre un café en hiver, elles y sont deux. Une grande un peu forte et une petite toute sèche, un poids lourd léger quoi et un poids plume. Leurs habits sont dépassés et de roses délavés. Elles m'amènent ce café, et ont le même rictus satisfait, un petit sourire, celui qui se veut réconfortant. Et elles s'en vont et tamponnent pendant que je me plonge dans un de ces vieux livres d'auteurs de Brooklyn. Peut-être qu'un jour elles et moi parlerons, peut-être que je connaitrai leur histoire et elles la mienne. Peut-être que peu à peu au lieu d'être le dernier dans cette biblio je serais « un parmi ». Les plus belles choses s'effacent toujours et nous laissent sans que l'on soit capable de reconnaître les beautés nouvelles.
Le gong retenti, ils y sont trois dans son coin, lui, mon adversaire –bien qu'aujourd'hui je ne considère je suis mon seul adversaire- son sparing partner et son entraîneur. Je suis seul, je me suis sommairement passé de l'eau sur le visage pour que les poussières ne me coupent pas et j'cale mon protège-dent. Il est assommé de conseils. Moi j'ai vu que plus il prenait l'ascendant plus il envoyait rapidement ses directs et ouvrait ses coudes. Je sais, et j'en suis sûr, 15 ans de métier, qu'il va finir couché, je vais le laisser taper et à la fin du round toucher son menton.
Si j'vais eu un fils, je l'aurais appelé Jeremie, une fille, Anaïs, c'était pas moi qui l'invente, c'était prévu.
Allez, je mets k-o le petit, et demain j'file à la biblio, j'aurai peut-être un café.
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December 19, 2007 - Wednesday
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Current mood:lubrique
Le thorax renferme le couple poumons/cœur, il est composé d'une paire de douze côtes qui relie la colonne vertébrale et le sternum. A chaque moment il est en activité. Plus ou moins lents les mouvements sont principalement activés par la respiration. Respiration qui varie au grès de l'air et de l'altitude, de l'instant de vie, de l'activité ou du sommeil, d'un moment télévision ou sport en salle. Mais ce relationnel cœur- poumons, cette interdépendance chimique, biologique, est aussi activée par les sentiments. L'amour, accélère le pouls, ce sentiment qui vous submerge, et qui vous oppresse. On aime avec le cœur dit-on, pourtant ceux sont les poumons qui se sentent alors oppressés dans cette cage, bien plus que les quelques rougeurs dessinées sur la peau par l'influx sanguin. Le thorax. Oui, c'est en lui, que se promène une multitude de nerfs et de canaux sanguins, de longs dessins de veines étroites. Mais pour ma part j'ai toujours plus cru aux poumons, en leur besoin de liberté, par leur amour, protégés par des arches d'os. Adam n'a-t-il pas donné sa côte ?
Quand on s'est rencontrés, il y avait d'abord ce papillonnement, vous savez, ce truc au niveau du ventre, rien à voir avec l'amour, oh non, je le prouve biologiquement si vous le voulez. Et bien le ventre, ou paroi abdominale, se trouve à la limite basse du thorax, là même où il se termine. Où le thorax est à son terminus le ventre, lui, démarre. Il est donc évident que rien ne peut être considéré comme « sérieux » lorsque ça se cantonne au ventre qui gargouille de joie lorsque deux personnes se tiennent compagnie. C'est bien sûr agréable, mais ça sent l'intestin, rien de plus. Avec lui ça a été différent, même l'intestin a perdu son odeur d'excréments pour devenir un mets délicieux.
On parle toujours des rencontres sur le lieu de travail, elles représenteraient plus de la moitié des rencontres, bien plus que les boîtes de nuit. Je suis persuadée pour ma part de toute manière que ces rencontres en « clubbing » tournent en rond et ne remplissent aucune statistique réellement, les filles y sont faciles et les hommes affamés. Un couple s'y trouve un jour pour que de ces mêmes personnes un nouveau couple se forme de nouveau le lendemain, on réutilise. Rien donc de solide qui puisse nourrir une statistique. Moi ? Je crois aux rencontres sur le lieu de travail, plus de 50 pour cent je vous dis, alors (..) Il paraîtrait même que les relations hiérarchiques sont eux aussi un vecteur pratiquement exponentiel, un mot peut-être fort oui je m'emballe. Mais attention, il ne faut pas faire passer cette spécificité à la trappe.
J'étais, je suis, donc sa directrice d'agence. Une grande enseigne dans la prospection téléphonique. On ne vend rien nous, on vend pour les autres, mieux qu'ils ne vendraient eux mêmes un produit qu'ils connaissent sur les bouts des doigts et nous aucunement.
A vrai dire, je suis ce « eux », je connais très bien « mon » produit, cette agence, je la vends bien par contre, mais je ne vends rien d'autre, je laisse ça à nos rabatteurs qui épluchent « les éventuels » et aux vendeurs qui accrochent les « potentiellement acheteurs ».
-« Tais-toi ! Tais-toi quand je parle Damien ! Même si je t'aime, je reste ta supérieure ! »
Il était donc un de nos meilleurs vendeurs sinon le meilleur vendeur. J'avais obtenu un assistant mais il me fallait encore trouver qui. J'avais épluché les CV, toutes sortes de candidatures, il y avait la sienne. Bon je ne vais pas mentir, j'avoue que je n'étais pas insensible à ses charmes, son aisance à parler, son regard froid mais intense, sa manière de porter un costume toujours élégant mais jamais pompeux, ses cheveux toujours naissants, à peine plus longs que cette barbe de 3 jours très propre. Quelque chose d'à la fois très classieux et en même temps animal, bestial. C'est vrai que d'imaginer aller à des colloques en sa compagnie me flattait. Il flirtait avec les 35 ans, j'en avais 7 de plus, et je me laissais m'imaginer à flirter avec lui. Il semblait en plus responsable, solide et son manque de ponctualité au rendez-vous résidait au fait qu'il s'investissait à 100% et voulait boucler son affaire ce jour-là directement chez le client, à savoir des trombones aimantés à 10 fois la valeur du marché, mais vendus par ses soins à un grand groupe et surtout aux secrétaires de ce grand groupe. En résumé, il était une attraction pour nous toutes et parfois tous.
Son visage taillé au couteau, ses traits tranchants, ses yeux impénétrables, son travail irréprochable, sa facilité à communiquer, sa manière de pouvoir suspendre le temps, rendant un moment avec lui aussi long qu'une éternité et en même temps aussi bref qu'une seconde. Avant même l'entretien, il était choisi. Je pourrais dire que si ça avait été stoppé là rien ne serait arrivé, et on n'en serait pas à cette extrémité mais je ne regrette pas, je ne regrette rien, ça devait sûrement être comme ça et pas autrement.
Ah, je ne l'ai pas dit ? Il avait un torse, musclé par des heures de sport en salle –qu'il avait gagné en vendant un produit innovant de salle de douche anti-microbien et champignon- mais aussi ce thorax très large, délicieux dans son costume, gris bleu le jour de l'entretien.
Je lui apprenais qu'il était choisi et que son nouvel emploi débuterait dès que ces affaires seraient bouclées. Ce à quoi il me répondait qu'il avait déjà nettoyé son bureau dans l'éventualité et me laissait sur un sourire satisfait accompagné d'une caresse sur la main en guise de salut.
« Pressé de démarrer, surtout avec vous ».Me lança-t-il avant de filer.
Le 12 octobre eut lieu le premier déplacement, on avait déjà eu plusieurs déjeuners, plusieurs fous rires, et quelques regards très évocateurs. Les papillons je les sentais, chez lui je les espérais, mais les papillons restaient au niveau des excréments. Ce jour-là nous rencontrions d'autres agences du même type, ce jour-là nous rencontrions d'innombrables clients et ce jour-là nous décidions, après avoir trinqué plus que de raison, de finir la soirée dans la même chambre d'hôtel. Et au fil de la nuit, tout ceci se déplaça à l'intérieur du pédicule vasculo-nerveux, pour finir en plein au milieu du thorax. L'Amour.
Un 12 octobre qui fut suivi d'un 6 novembre, d'un réveillon à l'étranger.
Rien ne filtrait à l'agence, ça aurait fait mauvais effet, pourtant les jours passaient et on finissait collé sur le canapé, une chaleur dans le thorax.
Mes yeux brillaient, je n'attendais plus ça, je me voyais aussi être passée à côté de tellement de choses. La vie passe si vite.
Un fax arriva du siège, fax que je ne pus intercepter, il était à son poste avant moi. Un fax qui eût cette douloureuse répercussion directement entre les côtes et mes poumons cette impression que ces os les perforent : il était promu au même poste que moi, directeur d'agence, nouvelle agence, à 800 kms.
Il était aux anges, je ne laissais aucune émotion se dessiner, mais mon intérieur saignait à chaudes larmes.
Seul un murmure m'échappa : « non (..) », un soupir « et nous ? »
Il me dit que c'était une de ces occasions qu'on ne refuse pas, que moi même je ne l'avais pas refusé, mais je ne l'avais pas lui à ce moment-là. Il devint arrogant et me meurtrit d'un « bien tu aurais du avoir quelqu'un à ton âge ! ». Puis, reprit sa contenance et d'un ton séducteur : « tu savais bien que ça finirait ainsi ». Mes poumons se trouvaient emprisonnés dans cette cage.
« Tais-toi Damien ! Tais-toi ! Mon dieu je ne sais plus où j'en suis, ou plutôt je ne sais que trop où j'en suis ».
« Damien je suis très désappointée »
« Damien je n'ai jamais été aussi désappointée »
« Damien c'est un sentiment qui m'insupporte ! »
« Damien, sens tes côtes entrer dans tes poumons ! » Et je lâche le premier coup de cette barre en fer qu'il y avait posée près de la cheminée. Le bruit de l'os n'est pas si puissant, un craquellement presque érotique. Et il pleure et il crie, il n'a plus aucune contenance. A présent, une de ces côtes doit entrer à l'intérieur de son poumon gauche. Je le sais j'ai fait des recherches sur internet. Je n'avais jamais imaginé tout ce que l'on trouve sur internet. Je savais combien on est biologie, je sais où se trouve notre biologie. Un nouveau coup.
« Calme-toi Damien, il n'y aura au total que 24 coups, sauf si j'en rate un ou deux, mais tu as vu, je suis d'une précision médicale ! »
« Comment je suis hystérique ? Ris Damien, ris ou c'est ton crâne que je vais fendre »
« Pardon ? Tu m'aimes ? Damien, on ne peut plus retourner en arrière, mes côtes sont déjà brisées, c'est déjà fait pour moi »
« Non Damien, tu sais bien qu'on ne t'entendra pas, tu connais par cœur ma maison familiale, personne à la ronde, écoute » un nouveau coup s'abat « t'entends ? Rien, le bruit du vent au travers des fenêtres. Pas plus, du vent comme toi et nous » Nouveau coup, la pointe entre au travers de sa chaire, on ne réussit pas à tous les coups. Ça, internet ne l'apprend pas.
« Non Damien, ne pars pas, reste là, ne t'évanouis pas, c'est bientôt fini, tout a une fin, tu m'as dit. »
Ça n'aura pas pris si longtemps, mais avec lui le temps était en suspend, même là, une seconde pour une éternité, l'éternité en une seconde.
Quand il reprit connaissance, couché là sur le sol, ses yeux s'écarquillèrent, il fixait ma poitrine, chirurgicalement ouverte au scalpel, mes côtes visibles, le sang coulait gracieusement, et il faisait chaud, très chaud.
« Tu vois ? Il faut qu'on les libère, le thorax, le thorax, là est l'amour et on ne peut le laisser emprisonner, simplement le thorax.»
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