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Yin et yang



Last Updated: 7/23/2009

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June 24, 2009 - Wednesday 

Current mood:  vibrant
C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.
On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes "libres". Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.

Julien Coupat au moment de son arrestation, le 11 novembre 2008.

Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.
On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de "risque de concertation frauduleuse" pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.
C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.
La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la "une" d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir "désorganisé le groupe", comme dit le juge, ou "démantelé une structure anarcho-autonome clandestine", comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.
Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.
Ladite "affaire de Tarnac", l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.
Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces "jeunes" comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.
Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des "associations de malfaiteurs", voter des "lois anti-bandes", greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié. C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?
Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.
 
Etudiante, Yildune Lévy est mise en examen dans l'"affaire de Tarnac".
(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d'ajouter pour combler cette lacune à l'édition 2011 du Petit Robert le verbe "fragnoler" d'où découlent probablement le substantif "fragnolage", l'adjectif "fragnolesque" et l'expression argotique "T'es fragno !" dont l'usage est attesté et ne cesse de se répandre.
 
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By Placebo
Release date: 2009-06-08
June 12, 2009 - Friday 
"On s'en fout, il n'a qu'à pas insulter les flics" | Rue89

« On s'en fout, il n'a qu'à pas insulter les flics »

Tout commence par une bonne nouvelle. Mon meilleur ami, Othmane Teguadoni, gagne un voyage à Rio par l'intermédiaire de son entreprise. Il me propose de l'accompagner. Je préfère l'offrir à mon beau-frère Abdelkader Benotmane (le frère de ma femme), qui est plus jeune que moi et serait plus intéressé.
Malheureusement, nous connaissons la suite. L'avion se crashe en mer. Mon meilleur ami Othmane et mon beau-frère Abdelkader sont décédés.
Avec ma famille, nous ferons pendant plusieurs jours un va et vient entre Tours (où je vis) et Châtellerault (où réside la famille de mon beau-frère). Un travail de deuil difficile pour notre famille. Je suis en état de choc. J'ai l'impression d'avoir envoyé mon beau-frère à la mort.
Ma femme est dans un état dépressif grave, elle manque de se suicider. Elle est arrêtée par le médecin pendant un mois pour traumatisme psychologique avancé. Larmes et pleurs sont notre lot quotidien.

"Laissez nous tranquille, je viens de perdre ma famille"

Mais je ne me doutais pas qu'un autre traumatisme allait de nouveau nous accabler. Le dimanche 7 juin, dans la nuit à 1h00, alors que je rentre sur Tours au volant de mon 4x4 noir avec ma femme et mes trois enfants (7, 12 et 14 ans), je remarque une voiture de police qui me suit.
Arrivé à mon domicile, devant mon parking, un policier me demande de m'arrêter. J'obtempère naturellement. Ils me disent : « Vous êtes perdus ? On peut vous renseigner ? ». Je leur réponds « Non merci, je suis chez moi. »
Les policiers me signifient que j'ai grillé un feu rouge, et me demandent mes papiers. Dès que j'ouvre la porte, le policier se rapproche. Ma femme, Zohra, souffle fort. Elle est agacée et épuisée. Elle crie au policier :
« Qu'est-ce qu'il y a ? Laissez nous tranquille, je viens de perdre ma famille. Ça vous gêne un arabe qui gagne bien sa vie ? »
Je m'excuse auprès des policiers. Je souhaite faire rentrer ma femme et mes enfants à l'intérieur de la maison, pour ensuite parler au calme avec les policiers. Les policiers m'attrapent par l'épaule et insistent afin que je leur donne immédiatement mes papiers.
Moi aussi épuisé par ces jours de deuil et le traumatisme de la mort de mon meilleur ami et de mon beau-frère, je crie : « Vous cherchez la merde ou quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »

"Restez dans le 4x4 ou je vais vous mettre une tarte"

Ni une ni deux, les policiers lâchent le chien sur moi. Je tombe brusquement par terre. Pendant ce temps, un des policiers va voir mes enfants apeurés entrain de crier et leur dit :
« Fermez vos gueules, restez dans le 4x4 ou je vais vous mettre une tarte. »
Les policiers me plaquent au sol en appuyant fortement sur mes membres : mains, thorax, gorge, parties génitales, tête. J'ai très mal, j'ai du mal à respirer. Ils tirent sur ma gorge et mon cou. Méthode qui s'apparente à une clé d'étranglement.
Elle a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme dans un arrêt du 9 octobre 2007 à la suite d'un décès en 1998. Puis, ils me rouent de coups. Ils me frappent à plusieurs reprises. Ils m'insultent et me traitent de « sale arabe ».
Un de mes voisins entend du bruit et vient voir les policiers. Il leur dit d'arrêter : « C'est un homme gentil, il vient de perdre des personnes de sa famille. »
Les policiers lui répondent : « On s'en fout, il n'a qu'à pas insulter les flics. » Le voisin se dirige vers ma femme et mes enfants pour les faire rentrer à la maison.
Un policier de la BAC (brigade anticriminelle) arrive sur les lieux. Il me connaît. En effet, je suis gardien d'immeuble et j'ai de très bonnes relations avec les policiers de la ville. Je les aide souvent et leur facilite l'accès aux immeubles quand ils en ont besoin.
Le policier de la BAC dit alors aux policiers : « Arrêtez, il est cool, je le connais. » Alors ils me serrent très fortement les menottes. Je ressens encore aujourd'hui des douleurs aux poignets.

Un jour d'ITT et six jours d'arrêt maladie

Je suis ensuite conduit au commissariat pour une garde à vue qui durera plus de 16 heures. Je subis un interrogatoire des plus étranges. On me demande combien je gagne, combien je paie de loyer.
Après avoir insisté, un policier accepte que je porte plainte à 10h30 le lendemain (lundi 8 juin). Pendant la garde à vue, je vois un médecin qui me donne un jour d'ITT et 6 jours d'arrêt maladie. Mais aucune copie de la plainte ne me sera remise et on ne me donnera pas non plus de copie du certificat du médecin.
Je suis accusé d'outrage et de coups et blessures sur un policier. Alors que je n'ai pas du tout touché les policiers. Ce sont eux qui m'ont attaqué.
On me remet une convocation au tribunal correctionnel pour le 10 septembre 2009. Document que je signe sans réellement lire avant de partir à 18h00 tellement j'étais bouleversé. Je n'ai qu'une idée en tête, rentrer chez moi.
A mon retour, je reçois le soutien de mes voisins et j'apprends que plusieurs personnes ont vu la scène et sont prêts à témoigner. Bien sûr, je ne vais pas en rester là et j'ai d'ores et déjà pris un avocat pour engager une procédure.
Ces propos ont été recueillis par Jehan Lazrak-Toub, journaliste indépendante et amie de Miloud
May 28, 2009 - Thursday 

La récession économique a entraîné une "crise des droits de l'homme" qui a placé le monde "sur une poudrière d'inégalités, d'injustice et d'insécurité sur le pointd'exploser", estime Amnesty International dans son rapport annuel publié jeudi.

Dans ce document de plus de 400 pages, Amnesty dresse un sombre bilan des violations des droits de l'homme dans le monde, aggravés par la crise économique, et appelle les dirigeants, notamment ceux du G20, à "investir dans les droits humains avec autant de détermination que dans la croissance économique".

"De fait, nous sommes assis sur une poudrière d'inégalités, d'injustice et d'insécurité qui est sur le point d'exploser", écrit dans le préambule Irene Khan, la secrétaire générale de l'organisation, dont le siège est à Londres.

"Ce n'est pas simplement une crise économique, c'est une crise des droits humains", a-t-elle expliqué dans une interview à l'AFP. "Il y a des problèmes sociaux, politiques et économiques qui ont été aggravés par la crise économique, c'est comme une bombe à retardement".

"Ces dernières années, on a vu que les questions de sécurité avaient sapé les droits humains. Aujourd'hui, avec la crise économique, ces droits se retrouvent mis en veilleuse", déplore Mme Khan.

En Afrique, la crise alimentaire a "eu un impact disproportionné sur les populations vulnérables", note le rapport. Elle a entraîné sur tout le continent des manifestations qui ont souvent été durement réprimées, notamment en Tunisie, au Zimbabwe, au Cameroun ou au Mozambique.

L'Europe n'est pas épargnée. Amnesty dénonce notamment l'usage de bombes à sous-munitions et les pillages pendant le conflit entre la Géorgie et la Russie. "Le déclenchement de cette guerre a montré que l'idée d'une sécurité définitivement acquise, dans l'Europe au lendemain de la Guerre froide, était un présupposé fragile", souligne le rapport.

L'ONG relève également, dans de nombreux pays européens, un "climat de racisme et d'intolérance" qui vise notamment "les migrants, les Juifs, les musulmans et les Roms". Ces derniers restent "largement exclus de la vie publique dans tous les pays".

Aux Etats-Unis, Amnesty salue la décision du nouveau président Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo et de briguer un siège au Conseil des droits de l'homme de l'Onu. Mais "il est trop tôt pour savoir si le gouvernement américain saura faire pression sur des pays comme Israël ou la Chine pour qu'ils respectent les droits fondamentaux de la personne - comme il le fait sur d'autres Etats, tels l'Iran et le Soudan".

L'organisation estime par ailleurs que l'administration Obama a fourni des réponses "mitigées" à la politique de son prédécesseur George W. Bush en matière d'antiterrorisme.

Au Proche-Orient, le rapport accuse Israël d'avoir "régulièrement violé les lois de la guerre" pendant son offensive de plusieurs semaines contre Gaza, qui a occasionné des "pertes disproportionnées dans la population". Mais Amnesty critique également sévèrement les violations des droits de l'homme par les forces de sécurité palestiniennes, du Hamas et de l'Autorité palestinienne.

Dans ce sombre tableau, Amnesty voit une lueur d'espoir: la possibilité d'une réforme en profondeur qui mettrait les droits de l'homme au coeur d'un système économique plus équitable.

L'ONG lance notamment un appel aux pays du G20, qui ont jeté les bases d'une réforme économique en profondeur au sommet de Londres début avril.

"Nous leur adressons ce message: vous ne pourrez trouver une solution aux problèmes économiques sans trouver une solution aux problèmes des droits de l'homme", conclut Mme Khan.