petit dialogue entre un cocher et une grande dame... écrit par Mylène et moi
_Fouette, Georges, plus vite! Il faut à tout prix que j'arrive au domaine avant Mr de Lavazière!
_Tout de suite Madame... Allez mes belles! Galopez! Plus vite encore que vous ne l'avait jamais fait!
_Ah mon bon Georges, votre enthousiasme, votre zèle devrais je dire me fait grand plaisir... Ah si vous saviez les heures que je viens de passer, là bas...dans l'hôtel particulier de Monsieur... Ah! Son nom seul me fait frémir!
_Et vous Madame, si vous saviez quel nœud se forme dans ma gorge lorsque votre bouche chante les louanges de cet homme...
_Comment cela Georges, vous divaguez!... A moins que vous ne répétiez votre rôle de la prochaine représentation de l'Antigone que mon mari veut donner...
_Si cela vous plait de songer que je répète un rôle alors que mon cœur bat chaque fois que j'entend votre douce voix... Songez donc! cependant fermer les yeux sur mon amour n'est peut être pas la bonne solution... Si vous saviez... Ah! Si seulement vous vouliez... je vous montrerai combien je vous aime!
_Eh bien mon cher, je ne sais quelle mouche vous pique mais vous voilà dotez d'un humour que je ne vous connaissais pas! continuez, mais continuez donc, vous m'amusez!
_Je vous amuse? Alors vous m'en voyez plus désemparé que jamais!
_Désemparé! Oh comme vous y allez! Vous devriez pourtant être flatté d'exciter mon hilarité...c'est également ce pourquoi je vous ai engagé.
_Madame, vous voir rire de mes sentiments ne m'est pas agréable...Vous m'en voyez navré!
_Je crois entendre mon amant pas plus tard que tout à l'heure alors qu'il pleurait de me voir partir et que je m'amusais de sa supplication à ce que je reste... cependant j'ai eu bien du mal à résister!
_Et voilà, vous recommencez à rêver à cet homme... et moi? Ne suis-je donc rien pour vous? Depuis quatre ans déjà je vous protège de votre mari, depuis quatre années je vous aime...Et vous n'en avez que faire! Si j'oubliais la raison, je vous emmènerais, nous irions vivre loin, heureux, ensemble. Mais vos moqueries face à mon amour, ma passion me ramènent à la réalité.
_C'est moi qui croit rêver; c'est vrai, voilà quatre ans que vous êtes à mon service et je n'ai pas à me plaindre, ça je vous l'accorde... mais voilà que vous m'annoncez une nouvelle que jamais vous ne m'avez laissé soupçonner auparavant... A votre tour d'accorder que je puisse être quelque peu chamboulée!
_L'amour de votre fat vous aurait-il rendue aveugle? Oh Dieu quelle injustice! Moi qui croyais que vous vous étiez aperçue de l'amour que j'ai pour vous... Me voilà à nouveau bercé par l'indifférence.
_Mais comment vouliez-vous que je m'aperçusse de quoi que ce soit, jamais vous ne m'avez fait de compliments sur mes toilettes, pas plus sur mes coiffes ou sur ma nouvelle gamme de fards à paupière! Les femmes ne sont pas aussi clairvoyantes qu'on le dit!
_Mais madame... Vos coiffes? Vos toilettes? Quand donc comprendrez vous que c'est lorsque vous êtes naturelle que vous me plaisez le plus? Lorsque vous courez vers moi, échevelée, les joues empourprées et l'œil brillant pour me demander un service... C'est dans ces moments là que je vous aime le plus.
_Oh Georges! Comment osez-vous? Si vous faites allusion au soir d'il y a trois ou quatre jours où j'ai dû frapper à votre chambre en chemise de nuit et en cheveux parce que monsieur mon mari grognait effroyablement dans sa chambre... Ah mon Dieu, je vous défend d'évoquer pareil avilissement et même de repenser à moi dans cette situation, vous m'entendez?
_Oh que vous êtes belle, merveilleuse, splendide lorsque la colère éclaire votre visage! Madame je vous en prie! Laissez moi vous aimer! Demain vous n'irez pas rejoindre votre amant, j'irais faire galoper les juments pendant que je vous clamerais des mots d'amour.
_Oh mon Dieu! Croyez-vous que j'aie besoin de cela? Quelle journée alors! Grégoire qui m'annonce aujourd'hui qu'il se suicide si je ne viens pas plus souvent, mon mari qui insiste hier au soir pour me rejoindre dans ma chambre et vous qui... vous... Mais qu'ont les hommes en ce moment, je vous le demande!
_Ma mie, je ne suis pas comme tout ces hommes, je vous aime de l'amour le plus pur qui puisse exister... Je vous admire, vous êtes ma déesse, ma nymphe... ma muse! Cessez de m'ignorer et rendez moi un peu de cet amour que je vous offre et qui me détruit!
_Je vous en prie, taisez vous! Vous ne devriez pas... enfin, je veux dire, vous êtes mon valet... vous en savez trop sur moi et puis c'est impossible, inconcevable!
_Ainsi je ne suis que votre valet... Soit! Je vous laisse trois juments, je prends la quatrième... Je m'en vais loin, très loin pour vous oublier! Et si je ne meurs pas d'avoir été si mal aimé... je vous écrirais, une lettre_une seule_pour vous demander de ma rejoindre, si au bout de six jours je n'ai pas de réponse... Je connais un ami qui me vendra de quoi finir mes jours sans douleur.
_Vous êtes fou! Pour qui vous prenez-vous enfin! Vous êtes sous mes ordres et s'il me plait que vous y restiez, vous y resterez! Je vois bien que c'est la première fois que vous aimez d'amour mon cher... vouloir la mort quand vous découvrez la vie. Et bien soit, je vous l'apprendrai puisque vous le désirez si ardemment... D'ailleurs Grégoire devient bien trop pressant... mais je vous prie, ne me parlez pas d'amour, je n'ai que faire des serments!