SKULKING.fr
Depuis quelque temps déjà, je connais Sacha Bernardson, jeune artiste bordelais à l’activité débordante. Avec un album studio à son actif, « Lave tes oiseaux »,
des dizaines (centaines !) de concerts un peu partout dans la région,
le bougre a trouvé le temps et l’énergie de co-développer un projet
nommé « Mange le Chat », sorte de mutualisation des œuvres et énergies de la jeunesse artistique bordelaise. Concerts, vidéos, illustrations, « Mange le Chat » (MLC) tire dans tous les sens façon Terminator et fait parler de lui. Il était temps que Skulking
s’intéresse à l’initiateur du projet, trublion capable de boire une
bière cul sec tout en jouant du Kate Bush à la guitare et en dansant la
carmagnole. C’est du vécu, j’y étais. Et la prochaine fois, je le
filme !
Bonjour, Sacha. Pourrais-tu te présenter en quelques mots, et nous parler de ton parcours ?
Alors… J’ai encore presque toutes mes
dents, je n’ai jamais aimé l’école, alors du coup, j’ai toujours fini
par m’échapper… J’ai quand même étudié la musique au conservatoire, en
particulier la musique contemporaine qui est aussi une vraie passion
pour moi. Depuis un peu plus de 4 ans, mon métier est chanteur, j’ai eu
la chance de faire mon premier disque avec un homme passionnant : MaJiKer, qui fut un véritable professeur et un complice raffiné. Nous avons réalisé « Lave tes Oiseaux »
et je n’en dis pas plus à ce sujet, car il en est un autre. Sinon, je
vis à Bordeaux uniquement pour le vin rouge et le goût de l’eau du
robinet, et je passe mon temps à faire en sorte que ma vie ne soit pas
un fait d’armes…
Le projet « Mange le Chat » ? Késako ? Pourquoi ce nom Félinphobe ?
Argh… Donc tout d’abord, Mange le Chat est le titre d’une de mes chansons (présente sur Lave tes Oiseaux),
ce titre à plusieurs lectures. A mon sens, il signifie le chat dans la
gorge, comme un blocage dans le langage, il peut aussi vouloir dire
oublie ta fierté, secoue-toi, ou bien va te faire voir… Le projet MLC
est hybride, il vise en premier lieux le monde du spectacle toutes
disciplines confondues… À la base, j’ai dû faire face au monde de la
musique seul, face a la crise, je me suis retrouvé un peu orphelin et
livré a moi-même, j’ai réfléchi à monter ma propre boîte de
programmation, et un moyen de faire parler de mon disque. Comme depuis
que je vis ici j’ai rencontré des artistes passionnants, et je pense en
particulier à Alcôve avec qui j’ai pas mal joué
pendant 3ans, je me suis dit que ça serait plus funky de faire ça avec
les copains, et surtout que des univers différents pouvait avoir une
cohésion particulière, fraiche, nouvelle…
Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que nous avions tous des
univers singuliers, et que nous intégrions beaucoup d’éléments
artistiques « non musicaux » tels la vidéo, le théâtre, etc. Voilà comment est née l’idée de travailler avec un maximum de matières et de médiums.
Comment est né ce collectif ? Avec qui ? Quand ? Où ? Pourquoi ?
Alors le collectif, ça c’est fait tout naturellement, avec ma cop’s vidéaste Gaëlle Pertot, nous en avions déjà formé un avec deux autres amis et mon compagnon, c’est IKHOTOC (mis en suspend à cause du départ de Stéphanie Rajalingam et Thomas Marcusson en Australie).
Après le premier évènement, Mange le Chat,
nous nous sommes réunis, et on a bien senti que les vibrations étaient
très fortes… Après plusieurs beuveries et échanges salivaires
démoniaques, on s’est dit que nous étions un collectif… Je ne parlerais
même pas de la tension sexuelle à couper au couteau… (ND : on peut adhérer à ton collectif, là ?)
Avez-vous une orientation un peu définie, ou est-ce l’auberge espagnole ?
A vrais dire, les choses se font au
feeling, pour le moment notre petit nombre nous permet de faire les
connexions facilement, on décide d’un plateau, on suggère des noms
d’artistes, et les groupes ou artistes concernés cherchent une
cohérence avec d’autres médiums. C’est vrai que pour le moment, je me
sens très investi dans la mise en couleur du projet et son identité, je
fais en sorte que les bases soient très solides, mais ça reste très
anarchiste et c’est pas si mal…il ya une énergie précieuse dans ce
bordel…
Mais, dis-moi, c’est une fédération d’anarchistes ce Mange le Chat ! Et point de vue financement, comment ça se passe ?
C’est la merde… Help ! En vrai, c’est
un peu confus, à présent, le projet est sur les rails, je recherche des
subventions, des investisseurs privés, c’est une chose très importante
de souligner le manque d’initiatives de certaines structures, je pense
a
Evento par exemple qui n’a quasiment pas embauché d’artistes locaux… Sinon dans l’enceinte de
MLC
on a un petit cochon (tirelire) ! Plus concrètement, c’est au jour le
jour, bientôt, nous allons mettre en place un shop avec plein de jolies
choses, chacun amène sa pièce, j’ai pour projet de faire une sorte de
compilations et beaucoup de choses dans ce genre… Mais soyons
réalistes, le découvert bancaire est une invention de Satan. (
ND : les Métaleux n’y sont pour rien, juré…)
Quels sont vos projets avec « Mange le Chat », à court et à plus long terme ?
Comme je l’ai dit : un shop, un site internet, des partenariats avec des asso d’autres villes, inviter des artistes (Bjorn Berge le 27 janvier a Barbey).
En ce moment, je travaille sur la web tv sur YouTube, avec une vidéo
par artistes du catalogue. Sur du long terme, j’aimerais diviser la
structure en deux et créer un label, ouvrir une salle et faire en sorte
que bénabar soit banni des radios du monde entier. (ND : la responsabilité de Skulking et de Monsieurwar ne saurait être engagée dans ce dénigrement d’un artiste reconnu, que par ailleurs nous trouvons génial. Non, je déconne.)
Nos vies, nos œuvres…
Quel est ton avis sur la scène
musicale bordelaise actuelle ? Le public est-il prêt à se déplacer ?
J’ai quand même l’impression que, quand ce n’est pas une programmation
proto-punk, les salles ont du mal à se remplir… Enfin à Bordeaux !
Ce n’est pas faux, je crois que les
gens sont troublés par un trop-plein d’information, la musique est
presque libre d’accès, les spectacles ont perdu de la valeur dans la
tête du public. Ici, les spectateurs sont exigeants, très exigeants…
Je suis moi-même dans le vague, il m’arrive de payer 20 euros pour des
choses très décevantes… On réfléchit beaucoup plus à ouvrir son
porte-monnaie… Mais bon, pour le moment nous n’avons pas eu trop de mal
à faire venir du monde… Le net nous ouvre des portes incroyables dans
le domaine de la communication, il s’agit d’être efficace et sincère.
Quid de ta carrière personnelle, de tes projets ?
Et bien, mange le chat
me prend beaucoup de temps, mais je travaille également sur mon
prochain disque et une nouvelle scénographie avec de nouveaux
musiciens. J’ai fait une soixantaine de concerts seul avec mon looper,
à présent je suis accompagné par le violoncelliste Quentin Gendrot et l’électro-acousticien Jean Grillet (fondateur du groupe Luübi). Le projet est ambitieux, c’est vraiment de la dentelle… Et ça dure tard dans la nuit…
Je l’ai nommé «
apathetic to cut »
pour le moment, l’atone est découpé, démantelé… C’est à la fois une
introspection sonique et un travail lyrique, je n’ai pas pour habitude
de me tordre le cerveau pendant des heures sur un texte, mais pour ce
projet, ce fut un drôle de processus, je me suis retrouvé avec des
romans, les chansons faisaient deux ou trois pages ! J’ai dû énormément
découper jusqu’à arriver parfois à trois quatre lignes…

J’aime ce qui est efficace, fort et animal, c’est paradoxal vis-à-vis de mon utilisation intense de la M.A.O
(musique assistée par ordinateur), qui implique beaucoup de rangements
et de recul. J’ai envie de travailler les nouvelles chansons en live
avant de les figer définitivement au montage. Grâce à Jean, j’ai
découvert que l’ordinateur peut être un véritable instrument vivant, la
formation est intéressante, moi et Quentin passons par les filtres de Jean avant d’être balancés sur la table, on ne forme qu’un seul corps.
Certaines chansons trottent dans ma tête depuis bien avant la composition de « Lave tes Oiseaux », et je ne me laisserai pas le bénéfice du doute. Sinon, je veux partir en vacances… (ND : pas gagné, ça, coco…)
Tes influences musicales majeures ?
Kate Bush c’est un peu
le fantasme créatif par excellence pour moi, peu importe le kitch ;
depuis petit elle m’effraye, toutes les musiques qui me font flipper
sont des influences très fortes…
Steve Reich, Piazzola, Mike Patton, Ligeti…

Dans mon travail, la rencontre avec MaJiKer
fut majeure, son boulot avec Camille sur le fil était tellement génial,
simple, fluide… Directement la personne avec qui je planche va
m’influencer, j’ai besoin d’un canaliseur, aujourd’hui c’est mon ami Jean Grillet qui tient ce rôle…
Sinon, par rapport a mon prochain
disque, je bosse sur des séquences, parfois avec une idée très précise
de ce que je vais en faire, mais souvent c’est le son brut à la
captation qui va faire son chemin tout seul, dans ce cas, les sons sont
ma principale influence.
Ton dernier coup de cœur artistique ? Ton plat préféré ? Le rapport entre les deux ?
Je viens de découvrir ohama bitch, que j’adore avec leurs tronches de cakes (qui aime bien châtie bien), le groupe de black metal nocternity par ce que j’aime les hommes en armures !
Sinon, je suis totalement obsédé par la chanson bulletproof de la roux, mes voisins la détestent bien évidemment… Le dernier album de Lhasa comme les deux précédents m’a renversé, et naturellement je me suis intéressé à Patrick Watson que je ne connaissais pas et qui passe en boucle sur mes enceintes.
Mon plat préféré… Déjà le gâteau à la
cardamome de ma maman … Je souligne également les hallucinantes
performances culinaires de ma copine Mars qui sait faire le meilleur gâteau au chocolat exprès de Bordeaux… Le rapport ? La gourmandise…
Une couleur, un fruit, une marque de guitare, une chanson mythique, un type de dé à jouer !
Vert, poire, lowden, hyperballad de Bjork, le dé en mousse.
Skulking, tu connais ? Qu’en penses-tu ?
C’est le nom de notre futur président non ? Mes hommages mein herr je vous adore.
Sur ces bonnes paroles, je quitte Sacha. Enfin, vu que c’était une interview à distance, la fameuse IAD de Skulking, je ne le quitte pas vraiment. En vrai, on va se boire une bière vendredi, et, d’ici là, je vais adhérer à Mange le Chat (voir plus haut, rapport à la tension.) J’espère que vous en avez appris plus sur Mange le Chat, et Skulking
vous tiendra informé des futures prestations de ces jeunes et
talentueux dégénérés ! Vous ne pourrez pas dire, amis bordelais, que
rien ne se passe en ville. Prochainement, une interview de la vidéaste Gaëlle Pertot pour en savoir plus !
Votre dévoué,
Monsieuwar