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Nous partons mercredi par
un beau début d’après midi, gonflés à bloc pour notre première
incursion de l’autre coté des Pyrénées. Pendant le trajet se
succèdent dans le poste deux albums de Minor Threat, Spinning Head,
Iron Maiden et DubWar.
Grâce au GPS nous
trouvons de suite le Coast to Coast, juste à la sortie de la vieille
ville et comble du comble une place pratiquement devant.
Nous retrouvons par le
plus grand hasard (en suivant les décorations de noël) le bar
« Davant » ou nous devons rencontrer Albert
l’organisateur de la soirée. Premières bières Estrella
commandées en espagnol en terrasse, sous les alcôves médiévales,
accompagnées de pipas et maïs grillés.
Peu de temps après
arrive Albert, petit bonhomme fatigué mais agité, booker à plein
temps (ce qui doit expliquer les cernes). Il parle très bien anglais
ce qui nous arrange fortement vu que d’une, nos connaissances en
espagnol sont réduites et que deux, elles nous servent quasiment à
rien dans une région où tout le monde parle catalan !
Nous échangeons des
contacts pour le futur, il nous demande si on peut s’occuper de
groupe de son catalogue dans le sud de la France, enfin, ça parle
pro quoi.
Sur les coups de 19h nous
rejoignons le Coast to Coast qui vient juste d’ouvrir. Nous
découvrons un bar de bikers, avec des motos et scooters vintage
accrochés dans tous les coins, au plafond, au dessus du comptoir.
Tout ceci est tenu de main de maitre par Claudia, tenancière
sympathique mais très cliché (cuissardes noires, mini jupe noire,
chemisier noir d’où sort outrageusement une poitrine facile 100C
et tignasse noire).
Nous apprenons à ce
moment là que la salle de concert se trouve au deuxième étage.
Comme c’est le premier jour, cela n’affecte en rien notre
motivation et nous entreprenons l’ascension de nos premiers
escaliers. Pourquoi premiers ? A voir plus loin !
Petit soundcheck rapide,
nous rencontrons Mao de Espirit un one man band local qui se charge
d’ouvrir pour nous (et d’attirer du public). Nous le laissons
s’installer et descendons au rez de chaussée pour entamer notre
deuxième tournée de la soirée.
Albert nous préviens que
le concert va commencer plus tard à cause de la concurrence déloyale
d’un match du Barça ce même soir (victoire 2-1 dont un but de
Thierry Henri, on s’en fout c’est vrai mais c’est juste pour
dire qu’on l’a vu). Ça se sent d’ailleurs, le bar est
complètement vide.
Nous décidons donc de
commencer le repas de suite plutôt que d’attendre la fin du
concert.
Nous commençons par une
petite salade composée, Albert nous initie au pain catalan,
c'est-à-dire grillé, frotté à la tomate, gorgé d’huile d’olive
et exagérément salé. Nous nous abstenons conscients des ravages
que cela pourrait causer à notre transit intestinal. Une fois la
salade finie, Claudia nous propose un plat de patatas totalement
recouvertes d’une mayonnaise au piment, Ben fait une tentative pour
récupérer les moins ointes mais sans trop de succès. Inutile de
dire que : ça cale, ça pique, ça donne très soif et ça fait
mal au ventre. Repus nous nous avachissons dans notre chaise en
attendant que ça passe. On nous présente malgré tout des calamars
à l’huile, beaucoup d’huile… Mais ça a le mérite de passer
tout seul et ça se mange sans faim, juste par gourmandise (ou
masochisme ça dépend). Un ou deux « aarrghhh » plus
tard, nous commandons un petit espresso histoire de faire non pas
glisser mais tout rentrer dans nos estomacs distendus par ce
dépucelage gastronomique. Voilà qu’au lieu de la boisson
salvatrice, Claudia refait irruption de sa cuisine avec une
magnifique assiette de spaghettis au pesto certes délicieux mais qui
nous font brièvement décéder après deux bouchées de politesse.
Ça commence à sentir très sérieusement l’abdication et la
direction vers le lit le plus proche sans passer par la case concert.
Le match terminé, en
l’espace de moins de quinze minutes le bar s’est rempli d’une
foule composée de deux extrêmes à savoir à ma droite une bande de
hippies et dans le coin gauche du ring de fashion victims adeptes de
cocktails.
Nous entamons
poussivement notre montée des escaliers pour assister au show de
Mao. Sa recette consiste à lancer des boucles avec un multipiste à
cassettes, puis de sampler dessus des loops de guitares et de
claviers avant de terminer à la batterie en chantant ou en jouant de
l’harmonica. Même s’il faut saluer la performance je ne
retiendrais qu’un seul morceau country hyper dansant et très
marrant qui à le mérite d’enflammer le public.
Ça y est, c’est à
nous de jouer, nous sommes tellement préoccupés par nos estomacs
que nous en oublions de préparer une set list. Advienne que pourra,
je fais confiance à Ben qui me souffle les morceaux les uns après
les autres. Face à ce public à dominante baba cool, nous commençons
à douter et craignant que nos morceaux les plus violents ne les
fassent déserter le second étage, nous attaquons soft. Et là
surprise ! Non seulement ils apprécient mais en plus notre
bruit attise la curiosité des fashion victims de l’étage
inférieur qui viennent jeter une oreille. La salle se remplit peu à
peu et comble du comble pour moi, ardent défenseur du yaourt, un
trio de hippies femelles entonnent avec moi le refrain de « Heroes »
(pas compliqué en effet, mais ça fait plaizzz comme dit le grand).
A noter l’apparition
furtive d’un retardataire chevelu qui après avoir écouté un
morceau, descend au bar, achète deux bières, remonte, nous les
offre et s’en va !
Malgré l’obligation de
finir à minuit, nous avons le droit d’enchainer un, puis deux
rappels à la demande la foule dreadlockée.
Nous finissons ce premier
concert fourbus mais ravis. Une bière plus tard, nous redescendons
le matos de deux étages pour rentrer dormir chez Mao qui habite
entre Tarragona (notre destination du lendemain) et Gironna. Suite à
une maladresse de son pote, les clés de sa voiture se perdent au
fond du caniveau, nous obligeant donc à passer au plan B, à savoir
dormir dans le petit appartement d’Albert.
Nous garons le van et
nous nous retrouvons peu de temps après devant l’immeuble du petit
bonhomme, ou plutôt au pied des escaliers… Il vit sous les toits,
au sixième, sans ascenseur bien entendu… Excellent par ailleurs
pour les mollets et les fessiers, mais là, bof….
Arrivés au terme d’une
montée harassante, Ben abdique et part se coucher (Small Al nous
laisse son lit et dormira sur son mini canapé) pendant que nous
continuons à parler dates, festivals (il va essayer de nous caler au
San Féliu), et tournées. Une heure plus tard je pars retrouver mon
frère endormi et me caler dans mon sac de couchage. Rideau……
Dans la matinée, Ben,
premier couché, premier levé, décide de partir à l’aventure
pour nous ramener le petit déjeuner. Une fois parti, le farfadet
maitre des lieux et moi-même nous nous levons et décidons d’aller
prendre un café dans un petit bar du quartier. Bien entendu nous
attendons que Ben remonte les six étages avant de lui annoncer que
nous descendons de suite.
Arrivés au « Cercle »
pendant que Ben s’extasie sur ses croissants à l’huile, Albert
tente de nous initier, après le pain, sans succès au café catalan.
J’explique : vous prenez un café chaud, vous ajoutez beaucoup
de sucre et vous transvasez le tout dans un verre rempli de glaçons.
Inutile de préciser l’effet dévastateur que cela aurait sur mes
intestins de bon matin…
Après ce petit dèj’
salvateur nous laissons notre hôte à son journal et nous nous
lançons dans la visite de la vieille ville, de la cathédrale (des
escaliers), des tours de guet (des escaliers) et des remparts (des
escaliers). Une fois notre tour touristique effectué nous remontons
à l’appart (des esc….) récupérer nos affaires.
Albert nous amène dans
la ville nouvelle pour prendre notre repas de midi dans un bar à
tapas très convivial. Nous optons pour le menu spécial cholestérol
à savoir mayonnaise avec un peu de macédoine et de thon, brochette
de chorizo suintant l’huile et bocadillo simple pour moi, double
pour Ben avec steak, bacon, fromage et œuf.
Peu de temps après ce
repas équilibré nous quittons notre petit bonhomme à cernes et
reprenons la route vers notre concert du soir.
Direction Tarragona !!!
Olé !!!
Pour ce jour-là ça va,
pas trop de route au programme, nous évitons Barcelone par la rocade
du nord et toujours grâce à la voix suave du GPS, nous passons
devant le Groove Bar dans une petite rue malheureusement à
stationnement interdit. Pas de regret, il est tôt et le troquet est
encore fermé.
Nous trouvons une place
dans une petite rue et nous partons à l’aventure dans cette ville
inconnue.
Nous tombons bien entendu
sur des escaliers gigantesques. Les mollets fourbus nous choisissons
de partir dans l’autre direction, vers le port, mais nous ne
trouvons que des entrepôts de marchandises, rien de bien folichon.
Foutu pour foutu, retour aux escaliers et après quelques minutes de
souffrance nous atterrissons sur le Rambla Niù (je crois que ça
s’écrit comme ça) en plein préparatif de marché de noël que
nous arpentons de long en large pour arriver à une promenade
surplombant les plages. Nous retiendrons surtout les enregistrements
de cris de faucons diffusés à fond dans les platanes qui évitent
l’invasion des étourneaux mais qui défoncent les tympans. Comme
ça on se fera pas chier dessus, on sera tous sourds mais on se fera
pas chier dessus !
Nous entrons dans le
Groove Bar, bar branché plutôt « arty » dont c’est
l’anniversaire (les dix ans) le soir même. On commence à se dire
que c’est une erreur, qu’on ne peut pas jouer là, entre deux
karaokés et un DJ électro… D’autant plus que la communication
avec le patron et le technicien son est difficile, leur anglais est
aussi pitoyable que notre catalan ! Je pensais que Miquel,
l’organisateur serait là pour nous chapeauter, mais non, il est
resté chez lui à Montblanc (notre dernière date le surlendemain).
On commence à se poser des questions, malgré tout les autochtones
sont accueillants et nous servent sans retenue tournées sur tournées
tout en s’affairant à la mise en place bancale d’œuvres d’un
artiste local qui a dû trop rester à coté des enregistrements du
rambla. Comme personne nous comprend, nous commentons à voix haute
les peintures et photographies du local de l’étape.
Le technicien nous
demande alors de nous installer, et nous explique que nous commençons
la soirée à 22h, qu’il y a un buffet ensuite et que dès que nous
avons sommeil il faut que nous nous adressions au patron à mèche et
pantalon à velours pour qu’il nous amène chez lui. Un peu
rassurés nous allons chercher le van, nous nous perdons (le GPS nous
fait tourner trois fois à gauche et nous repassons immanquablement
devant notre ex-place de parking) et arrivons devant le bar à
l’ancienne (Ah, le sens de l’orientation…… De Ben……Parce
que s’il avait fallu faire confiance au mien….No comment).
On décharge, on monte le
matos rapido, on enchaine avec un petit soundcheck, à notre
surprise, ils ne nous emmerdent pas avec le volume, néanmoins on
décide de jouer soft et de privilégier les morceaux instrumentaux.
Le teckos essaye de m’expliquer quelque chose ayant rapport à une
diffusion à la radio locale de la soirée en direct mais je ne suis
pas vraiment sûr. Je n’ai gardé que les mots que je préférais !
On attaque le set, le bar
est bondé, premier morceau, on attaque par « Q » qui
grâce à son coté visuel de gratouillage de haut de manche fait son
effet chez les profanes. Fin du morceau….. Une mouche vole….
Éternue….Puis quelques applaudissements timides. Pas grave, on a
l’habitude des bides alors on enchaine deux-trois morceaux et
enfin, l’ambiance se déride, nous sommes pris en photos, ça
dodeline de la tête. Par contre ce soir-là pas de rappel, il faut
enchainer vite fait bien fait avec le karaoké des habitués.
Là la galère
s’annonce : le bar est archi bondé de monde et nous devons
faire des allers-retours jusqu’à l’extérieur dans
l’indifférence générale. Au début on prend des gants, on est
gentil, on est poli, mais au bout de 10 minutes, pas de pitié, on
fonce a travers la masse humaine, on écrase de l’orteil, on fout
des coups dans les côtes. Il faut noter qu’à chaque passage
devant le buffet je me sers des petits fours aimablement proposés
jusqu’au moment où je tombe sur une espèce de gélatine sur toast
à gout d’olive qui reste coincée dans la joue gauche. Je me
refuse de continuer à mâcher cette abomination ! Mon self
control reprenant le dessus, j’arrive à déglutir et à avaler
cette curiosité culinaire.
Calmé pour la soirée,
j’avertis Ben et nous décidons de manger au calme (c'est-à-dire
assis à l’arrière du van) un bon sandwich jambon/mayonnaise
maison et un paquet de chips.
Rassasiés, nous rentrons
à nouveau dans le bar, commandons une nouvelle tournée d’Estrella
et profitons de l’ambiance festive du lieu. Arrive le concours de
sosie/playback avec une interprétation très moyenne d’un boyband
à la chorégraphie hasardeuse qui est totalement éclipsée par une
prestation d’un quatuor féminin maquillé et costumé à
l’identique à Kiss qui interprète un « I was made for
loving you baby » d’anthologie et diablement sexy, tout y
est (ou presque) : chorégraphie, basse en forme de hache,
platform boots à paillettes, solo de batterie, guitare cassée à la
fin du morceau. Je déplore juste le manque de tirage de langue à la
Gene Simmons et l’absence de sang qui coule par la bouche, enfin
bon…. Oui c’est le mot, c’était bon !
Dans la foulée on a
droit à un clone réussi de Freddy Mercury qui nous interprète «
Crazy little thing called love » sous les acclamations de Ben,
grand fan du défunt génie à moustache ! Suivra un duo sur une
chanson d’amour mielleuse typiquement espagnole que bien entendu
nous ne connaissons pas. Le gars qui fait l’amoureux éconduit est
toutefois poilant.
Bon commence à se sentir
la fatigue comme disait l’autre, j’essaye d’approcher le patron
du bar, à fond d’alcool et de coke. Sans succès malgré deux
récidives, je sors annoncer à Ben que ça pue du cul. On décide de
s’arracher et de chercher un hôtel cheap histoire de passer la
nuit.
On prend la direction de
Tarbes notre destination du lendemain et let’s go, on the road
again and fuck the hype !
On roule, on roule, on
roule, on traverse des bleds, des zones industrielles et pas l’ombre
d’un hôtel… En plus la situation se détériore encore un peu
plus quand on se rend compte qu’on n’a plus de gasoil et qu’il
n’existe aucune station automate dans ce coin du pays !
On arrive par hasard à
Montblanc (qui je le répète sera notre dernière date), on trouve
une station fermée mais qui ouvre à six heures du mat’. Un peu
plus loin on avise un parking et on décide de passer la nuit dans le
van sur ce parking, on s’en rendra compte dans la nuit, proche de
la voie ferrée.
On s’enroule tant bien
que mal dans nos sacs de couchage sur nos sièges couchés et on
essaye de s’endormir. Quelques heures de sommeils et cinq trains
plus tard, je suis réveillé par le bruit d’un camion à ordures
qui vient récupérer sur les coups de cinq heures et demie le
container à verre à coté duquel nous nous sommes bien entendu
garés. Terrorisé dans mon sac à viande, je vois la grue soulever
le container plein au dessus du van pour l’amener à sa benne. S’en
suit un vacarme effroyable qui n’a pas l’air de réveiller le
grand dont seul le bout du bonnet émerge de sa couche.
On arrive à se rendormir
et on se réveille sur les coups de neuf heures, complètements
fripés, fracassés et frigorifiés. Hop, petit brossage de dents et
lavage de faciès au Perrier, une paire de Mars et un plein plus tard
nous reprenons la route vers la frontière française en rêvant à
un matelas, juste ça…. Un matelas….
To be continued.....