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La musique traditionnelle africaine et le rap, personne ne le fait comme Gokh-Bi System
Gabriel Aubry Gayón La Grande Époque
jeudi 28 juillet 2005
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Gokh-Bi System, formation Sénégalaise de hip hop qui ont performé au Festival Nuits d'Afrique à Montréal. Photo : Festival Nuits d'Afrique
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Vendredi après-midi, le Festival Nuits d'Afrique ne s'est pas laissé impressionné par la pluie. Quelques heures après l'averse, une soirée chargée s'annonçait à la Place Émile-Gamelin, sur Berri et Ste-Catherine. Sam Fall, Krechendi, Moto de Kapia, Septeto Variedades et Ismaël Isaac devaient livrer des prestations scéniques. Ismaël Isaac, un reggaeman ivoirien porteur de messages humanistes, était la raison de notre présence.
Mais les étoiles s'étaient alignées autrement pour donner naissance à une nouvelle constellation : Gokh-Bi System, une formation complètement hors du commun, qui avait déjà enflammé le Balattou mercredi le 20 juillet.
Gokh-Bi, qui signifie «environnement», est un groupe sénégalais inégalé qui fusionne plusieurs styles musicaux avec le hip-hop. Des percussions africaines, des séquences de batterie «abstract hip-hop» très présentes, un bassiste très funky avec des dreadlocks, un joueur d' ekonting qui chantait et, pour fermer la boucle, deux MC hors paire, forment un groupe très coloré. La plupart des membres ont grandi à Guinaw Rails («l'autre côté du chemin de fer»), un quartier pauvre en marge de Dakar, capitale du Sénégal.
Mais cela n'est pas assez pour les mettre à part du reste. Ce qui les distingue vraiment, c'est que les deux «MC» rappent du fond du cœur sur des musiques traditionnelles mandingues. L'instrument qu'ils mettent en vedette : l' ekonting, est un instrument sénégalais à trois cordes. Si vous ne le connaissez pas, il ne faut pas vous inquiétez car cet instrument est même méconnu dans sa terre natale.
«Quand les villageois étaient en confusion, on utilisait cet instrument pour les remettre en paix, pour les aider à se divertir, et pour qu'ils entendent quelque chose qui les relaxe vraiment», explique Mamadou, un des deux rappeurs.
Comme l' ekonting, le groupe GBS fait partie d'une espèce en voie d'extinction. Ils produisent du hip-hop chargé de paroles positives tout en conservant l'héritage culturel de leur nation.
Sur la scène extérieure, ils étaient faciles à remarquer, avec leurs habits verts, jaunes et rouges, les trois couleurs de leur drapeau. Abdou, le danseur, envoûta la foule avec ses mouvements de breakdance mélangés avec de la danse africaine, pendant que la musique répandait cet esprit de fête tout autour.
Quand ils ont performé «Mama Africa», une douce dédicace à leur terre-mère, les festivaliers ont vu le vrai potentiel de GBS, avec un refrain très accrocheur sans être commercial orchestré avec de longues passes d' ekonting. De plus, les couplets de rap toujours aussi puissants et positifs ont permis à cette chanson d'avoir l'effet d'une bombe.
Mais toutes les oreilles se sont collées aux haut-parleurs quand Backa, le percussionniste, s'est transformé en beat-box. De son côté, Mamadou a vidé son cœur dans un texte hautement engagé sur le plan social et émotionnel avec une chanson qui traitait des enfants, maltraités à travers le monde.
«De nos jours, il y a beaucoup de violence dans le monde, beaucoup d'injustice, de guerres tribales, nous confie-t-il. Et les enfants sont toujours victimes de ces violences. Si on tue les enfants d'aujourd'hui, qui seront les grands de demain?»
En revanche, Backa a accéléré le tempo (doublé) pour permettre à Diasse Pouye, le MC qui accompagnait Mamadou, de montrer ce qu'il est capable de faire. Il rappait à des vitesses phénoménales, avec au moins seize syllabes par mesure (4 temps par mesure).
Ils sont partis après une dizaine de chansons, laissant un arôme délicieux, sans qu'on puisse y croquer. L'effet visuel des costumes et de l'éclairage naturel était phénoménal, l'énergie des musiciens et les arrangements superbes.
À cause de la basse qualité du son des microphones, le style de rap linéaire des deux vocalistes et probablement un manque de prononciation dans les langues africaines, le rap a souffert de manque de clarté. Par contre, quand les textes étaient en français, il était très facile de comprendre les messages et l'émotion.
Ce sont des groupes comme GBS qui nous rappellent que la culture hip-hop n'est pas née dans un synthétiseur, mais qu'elle vient bel et bien des traditions africaines. |