- Comment s'est tissé ton rapport avec la musique?
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Je n'ai pas de réels souvenirs mais je pourrais dire que j'ai écouté de la musique depuis tout le temps. Gamin, je me nourrissais de tout ce qui passait à la radio et des quelques disques que ma mère possédait. Je passais mon temps à chanter dés qu'on partait quelque part… En grandissant, j'ai pu acheter mes premiers albums, ça allait du rock au hip-hop en passant par la soul ou le folk…je n'avais aucune limite en matière de styles musicaux, il fallait, comme aujourd'hui d'ailleurs, que ça me prenne aux tripes et que ça soit susceptible d'apaiser mes « maux de tête ». C'est réellement en découvrant le reggae et plus particulièrement Bob Marley que l'idée de faire de la musique et d'écrire mes propres chansons a germé. Vers 16- 17 ans, j'ai pu avoir ma première guitare et commencer à jouer quelques standards. Très vite, je me suis mis à composer et à développer mon propre style, toujours en gardant à l'esprit de ne pas me figer dans un genre, en essayant de mélanger toutes les sonorités que j'avais empilées dans mon esprit durant ces années.
- Tu es originaire du pays basque, y a-t-il une scène musicale qui s'y développe?
La musique est très présente dans notre culture, les fêtes ou les moments où l'on se réunit, que ce soit en famille ou entre amis, sont à chaque fois des prétextes pour chanter. C'est pour cette raison, je pense, qu'on retrouve très souvent le coté festif dans les groupes basques. D'un autre côté, il y a une forte d'identité qui est présente dans nos racines et notre passé. Ce mélange a fait éclore une scène locale énergique et engagée, qui s'est bien développée depuis une trentaine d'année avec en tête des groupes comme Kortatu, Negu Gorriak (dont le chanteur Fermin Muguruza collabore avec Manu Chao depuis l'époque de la Mano Negra), Itoiz, Skunk…Ces groupes ont vraiment eu un gros impact dans tout le Pays Basque et certains pas mal de reconnaissance sur le plan national en France et en Espagne et à l'étranger, notamment en Amérique du Sud. La plupart de ces groupes étaient très influencés par le ska, le punk et le métal et bien que le rock prédomine toujours aujourd'hui certains ont développé d'autres musiques autour du hip-hop, du reggae, du funk, de l'électro…
- Quels sont les musiciens qui t'ont marqué?
Parmi les grands…inévitablement Bob Marley, Bob Dylan, Jimi Hendrix et Fela Kuti et à un moindre degrés, Curtis Mayfield, James Brown, Ray Charles, The Beatles, Otis Redding, Edith Piaf, Renaud, The Police, De la Soul, Nirvana, NTM, Keziah Jones …d'autres artistes m'ont marqué mais je ne pourrais pas être exhaustif. Tous ces artistes ont pour point commun de m'avoir fait vibrer soit par leur force, leurs textes ou les mélodies de leurs morceaux, et pour certains toutes ces qualités réunies.
- Pourquoi le reggae est-il aussi ancré chez toi? Qu'est-ce qui t'a séduit et permis de t'épanouir dans ce style de musique?
La première fois que je me suis réellement penché sur un disque de reggae, j'avais 14 ans et c'était une compil de Bob Marley et je pense que depuis ce jour là je n'ai pas passé plus de deux ou trois jours sans en écouter. ça a été pour moi une révélation, quelque chose qui m'a frappé en plein cœur et qui m'a traversé de haut en bas. Cette musique m'a vraiment permis d'aller de l'avant et je la considère comme un soutien dans certaines épreuves, c'est assez dur à expliquer…c'est un ressenti personnel, quelque chose qui me donne à la fois de l'espoir et de l'entrain. Je pense qu'avec un peu de recul le reggae m'a touché car c'est une musique qui parle aux gens, d'une manière simple et directe, de la vie et de la réalité avec en fonds ce groove et cette rythmique qui donne envie de danser. Je pourrais la décrire comme un Homme qui marche et avance, le cœur battant, avec en tête son idéal et sa conscience du monde. J'ai trouvé dans cette musique ce qui me correspondait, de la spiritualité, un côté rebelle et révolutionnaire, des sonorités qui me faisaient vibrer et des valeurs qui me paraissent essentielles, bien que certains artistes actuels les aient perdues.
Forcément, même si j'écoute parallèlement plein d'autres styles, l'impact que cette musique a eu sur moi réapparaît dans mes compositions de manière quelque part inconsciente, elle fait partie de mon vécu et de ce que je ressens.
- Tu es auteur-compositeur-interprète. Comment se déroule ton travail de composition?
Je n'ai pas vraiment de règles, au tout début, très souvent, j'écrivais d'abord les textes et je développais la mélodie et les arrangements autour. Maintenant, j'ai plus tendance à prendre ma guitare acoustique et quand quelque chose d'intéressant en sort, j'essaye de travailler la mélodie et d'écrire un texte, en fonction de l'atmosphère et de ce que je ressens sur le moment. Puis je remodèle tout cela s'il le faut. C'est plus un travail d'ensemble…Après avoir établi ce squelette, j'essaye de trouver les arrangements premiers, et je présente le morceau aux musiciens qui m'accompagnent en studio et sur scène depuis quelques années. On essaye de trouver les arrangements qui mettront le mieux en valeur la chanson, ce n'est pas toujours évident, ça prend plus ou moins de temps…. parfois les morceaux se suffisent à eux-mêmes, simplement guitare-voix.
- Aujourd'hui un autoprod peut facilement se mesurer à un artiste signé grâce aux nombreux sites communautaires. Quel est ton regard sur l'évolution du monde de la musique ?
Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui encore un autoprod puisse « facilement » se mesurer à un artiste signé, en tout cas il a accès à une forme de promotion et une certaine visibilité auxquelles il n'avait pas accès avant. ça se développe, et j'espère qu'au final ça soit le cas, beaucoup d'artistes plein de talent méritent d'être connus du grand public. Ces sites permettent de se créer facilement un réseau, à la fois d'artistes et d'intermédiaires et donc de se faire entendre beaucoup plus largement. Au niveau de la distribution et de la vente par ce moyen, je ne sais pas, il faut voir ce qui se mettra en place dans le futur…mais la scène reste avant tout le moyen le plus sûr pour exister, se promouvoir et c'est la seule chose qui ne changera pas, c'est l'endroit où vit la musique. Le produit en lui-même, est comme on le sait, en crise mais je pense vraiment que c'est une période de mutation et que c'est à l'industrie de s'adapter à toutes ces nouvelles technologies, et tant mieux si cela profite aux petits labels indépendants, aux autoprod et à tous ceux qui n'ont pas les moyens des grands. Il faudra juste réglementer tout cela de manière équitable. Après, on peut être nostalgique de ne plus avoir quelque chose entre les mains, moi le premier j'aime avoir un vynil ou un cd sous mes yeux, mais on ne pourra pas empêcher l'évolution …
- Penses-tu développer ton projet en autoprod plutôt qu'en maison de disque?
Pour le moment, je ne souhaite pas réaliser un album en autoprod car j'ai vraiment envie de proposer quelque chose d'abouti et de solide et je n'ai ni les moyens physiques ni humains pour pouvoir le faire. La réalisation d'un bon disque implique pour moi d'enregistrer dans un bon studio avec les personnes qu'il faut, c'est-à-dire des personnes qui sauraient avoir un regard extérieur sur mes morceaux et qui sauraient exploiter au maximum le potentiel de chaque titre. Car même si je sais vers quelle direction musicale je veux aller, je préfère m'ouvrir à d'autres avis, à d'autres oreilles et confronter les idées. Je ne pense pas encore avoir le recul d'un directeur artistique pour pouvoir le faire. Une autre raison, c'est qu'une maison de disque a un réseau et des moyens de distribution et de promotion en place, un savoir-faire , que je n'ai pas actuellement.
- De quoi as-tu envie de parler quand tu écris tes textes?
C'est sans doute courant comme réponse mais toutes mes inspirations me viennent du vécu, j'aime puiser dans ce qui m'entoure et dans ce qui me fait réagir chaque jour, je me nourris de ce que je vie, de mes émotions, de mes sentiments, de ceux qui m'entourent, de ce que je lis, de la situation politique actuelle, et de tout ce qui m'agace profondément. J'ai assez de choses à dire pour ne pas avoir à en inventer. Inconsciemment, même si mes textes restent souvent réalistes, il en ressort toujours de l'espoir et du positif. C'est vraiment important pour moi d'aller de l'avant et de tirer nos vies vers le « mieux ».Je me ballade avec mon utopie…
- Actuellement qu'est-ce que tu écoutes chez toi?
Cirkus, Sean Lennon, Emily Loizeau, Skye (ex-Morcheeba), Mulatu Astatke, Anis et le dernier TV On The Radio tournent à tour de rôle, avec bien sûr quelques classiques d'époque qui s'incrustent et que je ne me lasse pas d'écouter.
- Tes rêves à réaliser pour l'avenir?
Réaliser mon premier album dans un futur proche et plein d'autres par la suite, partager ma musique avec un maximum de personnes….et pourquoi pas remplir un jour Bercy ?!!