Portrait Olivier Caudron dit « Olive »
Revue de presse du CIRC Paris - catégorie Culturel
Olivier Caudron, rescapé du rock (Le Monde) (21/06/05 04:48)
Portrait
Olivier Caudron, rescapé du rockLE MONDE | 14.06.05 | 14h25 * Mis à jour le 14.06.05 | 14h25
C'est une histoire très rock and roll, une histoire de filles, de drogues,
de sommets entraperçus, d'abîmes inracontables, le tout sur fond de
guitares énervées. L'histoire pas très drôle d'Olivier Caudron, ex- enfant
terrible du rock français de la fin des années 1970, sous le surnom de Lili
Olimao, ex-espoir de la musique hexagonale, quand il se faisait appeler
Olive. Le même qui a choisi, en 2005, de se rebaptiser Lovliv pour former
une nouvelle mouture de Lili Drop, groupe dissous en 1983, et remonter sur
une scène parisienne, au Point Ephémère, mercredi 15 juin, presque quinze
ans après avoir cessé de donner des nouvelles.
Olive a participé à la gestation de Téléphone, a lancé Enzo Enzo quand
celle-ci s'appelait encore Korin, a été percussionniste pour Valérie
Lagrange, a fait la bringue avec Daniel Darc, ex-Taxi Girl, et a sorti
trois albums, deux avec Lili Drop (jamais réédités en CD), le dernier - en
1990 - sous son propre nom.
Aujourd'hui, à 49 ans, il vit dans un studio de 12 mètres carrés, rue Fontaine,
à Paris, à deux pas de la place Blanche et du Bus Palladium, entre deux bars
à hôtesses.
C'est une association de prévention, Siloé, qui lui a trouvé la chambre.
"Je peux aller au local de l'association pour laver mon linge, avoir accès
à Internet, recevoir du soutien", dit-il. Olive est séropositif depuis 1985
et vit des 580 euros mensuels de la Cotorep (commission technique
d'orientation et de reclassement professionnel). Il arrive - rarement -
qu'un chèque lui parvienne de la Sacem, qui lui assure encore une
couverture sociale, grâce à son "comité du coeur" , qui aide les
sociétaires ne pouvant plus cotiser.
Pour assurer les répétitions en vue du concert du 15 juin, Olive a mis
entre parenthèses son traitement contre l'hépatite C, qui le mettait "par
terre". "Je suis angoissé, stressé, je me réveille à 4 heures du matin les
jours de répétition, dit-il, mais au fond tout ça me fait du bien, c'est du
bonheur et du plaisir."
Ses vieux copains ont promis d'être là, à l'heure de ce retour inespéré :
Enzo Enzo et Violaine, les complices de l'époque Lili Drop, Jean-Louis
Aubert, qui s'est décarcassé pour lui trouver une guitare
électro-acoustique, François Ravard, manager naguère de Téléphone, des Rita
Mitsouko, et aujourd'hui de Marianne Faithfull, celui qu' Olive, il y a
trente ans, entraînait sur les toits de Paris pour se glisser sans payer
dans les salles où Patti Smith ou les Stones se produisaient en concert.
Comme si ces enfants du rock, aujourd'hui adultes, venaient prendre des
nouvelles du plus fou d'entre eux. La plupart ont fait carrière, lui s'est
égaré en route, n'a fait que frôler le succès, comme avec Sur ma mob, ce
premier 45-tours de Lili Drop qui se vendit à 35 000 exemplaires et dont
les textes faussement gentillets parlaient d'une "ligne blanche" à double
sens.
"Peut-être qu'il n'était pas assez rigolo pour l'époque, un peu trop
complexe" , s'interroge Enzo Enzo. Mais aussi "incontrôlable" et drogué,
accro depuis l'âge de 14 ans. "Coke, héroïne : la totale de la rock star
qui se mérite, en plein dans la mythologie, ironise-t-il aujourd'hui. Je
suis un survivant. Quand Jean-Louis -Aubert- a décidé de faire carrière,
moi je ne pensais qu'à me marrer et à me défoncer."
Olive et le futur leader de Téléphone s'étaient rencontrés à
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), où ils habitaient tous deux, avaient
fréquenté les bancs du lycée Pasteur et porté l'uniforme des scouts, "ce
qui -leur- permettait d'avoir un local pour trafiquer les mobs et faire de
la musique" . Ils avaient monté ensemble leur premier groupe, Masturbation.
"Jean-Louis m'a appris à jouer de la guitare, je lui ai fait fumer son
premier joint" , résume Olive.
En 1976, celui-ci participa à l'élaboration des premiers morceaux de
Téléphone, avant de voir le groupe se constituer sans lui. "Il était
évident qu'Olive n'aurait pas tenu le coup, témoigne François Ravard. Il
était tellement compliqué, hystérique, énervé et défoncé en permanence..."
Olive ne se braqua pas pour autant, et c'est en allant aux concerts de
Téléphone qu'il rencontra la future Enzo Enzo, qui y travaillait comme
éclairagiste, et lui proposa de devenir la bassiste de Lili Drop (drop pour
"poudre" ).
"Il avait un côté attachant, enfantin, hyperfragile, et jouait là-dessus,
raconte- t-elle. C'est un fou, un rêveur : il fallait ça pour monter un
groupe avec deux filles qui ne savaient pas jouer et écrire des textes qui
parlaient de sexe et de drogue sans que ça se voie." S'il reconnaît avoir
"nourri de la jalousie par rapport à la réussite des autres" , Olive
affirme avoir surtout souffert d'être rejeté par son propre milieu dans les
années 1980. "On me regardait comme celui qui ne s'en sortirait jamais. A
partir de 1985 et de l'arrivée du sida, beaucoup ont arrêté. Daniel -Darc-
et moi, on était les derniers rebelles. Il y a eu des périodes où j'étais
toxique pour les autres, où je leur faisais peur. Je souffrais d'être
l'épouvantail, le mec indécrottable..."
Né d'un père vietnamien "un peu barbouze" , qu'il n'a connu qu'à 20 ans
pour aussitôt le reperdre de vue, élevé un temps par ses grands-parents
maternels, des notables rémois, Olive plonge dans une enfance chahutée les
racines de ce penchant pour l'autodestruction : "D'avoir été séparé de ma
mère très jeune, ça m'avait rendu jaloux, violent, excessif. Le rock, la
junky attitude allaient avec ça." Sa carrière solo s'y perdit. En 1991,
On vivait au Pays basque. Je suis monté à Paris faire un sevrage puis en
centre de postcure."
La période n'était pas vraiment pro- pice à la création. Olive n'a plus
fait parler de lui. Jusqu'à ce retour à Paris, en octobre 2004. Toujours
cabossé sentimentalement, un peu abîmé physiquement, il reconnaît avoir
remonté Lili Drop "parce que ça pourrait déclencher quelque chose" . Depuis
un mois, il prend des cours de chant. "C'est thérapeutique", dit-il.
Biographie1955
Naissance à Londres.
1979
Crée le groupe Lili Drop.
1985
Apprend qu'il est séropositif.
2005
Réforme Lili Drop et remonte sur scène, mercredi 15 juin.
Gilles van KoteArticle paru dans l'édition du 15.06.05