Amélie A.. je t'ai aimée, ce moment là...
(souvenirs dun pion)
-ébauche-
Au mois de novembre, vers 19 heures, dans l'enceinte d'un internat bourgeois d'une ville cossue de la banlieue parisienne, la nuit était tombée, il faisait froid et une trentaine d'élèves de 15 à 18 ans faisait la queue sous le petit préau, devant la porte d'entrée du self service où les internes venaient prendre leur repas du soir.
"Faire la queue"... !! Expression trop noble pour quiconque eu assisté au spectacle. L'entrée servait en fait de goulot d'étranglement à une masse d'adolescents agités et impatients, pressés de rentrer au chaud pour manger des frites après une journée de classe.
Une véritable foire d'empoigne... Filles et garçons se poussant et se repoussant dautant plus volontiers qu'ils se trouvaient paradoxalement attirants.
Des fleurs exotiques poussaient dans toutes les bouches : "casse toi, connard", "suce un ours","ta mère sous Cellophane", "tu m' fais trop pitié avec ta fausse tête!!". Chacun essayait d'attraper un des plateaux empilés juste à l'entrée du couloir où ils pourraient enfin se servir.
Les elèves les plus proches aidant parfois les autres en leur en faisant passer leur plateau par-derrière afin qu'ils puissent s'en servir de bouclier de défense et conserver ainsi plus facilement leur place.
Tant d'empressement s'expliquait à cette heure-ci , c'était la fin du service et , bien souvent, les prévisions de lintendant en termes de quantité de repas étaient réalisées au plus large des bénéfices de cette école privée, si bien que souvent, les derniers élèves ne mangeaient pas de pain, n'avait plus de frites, plus de viandes, mais pouvaient s'en tirer avec un yaourt en plus, une part de salsifis supplémentaire, le sourire gêné de la femme de service, et la promesse économique qu'ils seraient mieux servi le lendemain.
Ce Collège Lycée était un internat pour des enfants de milieux aisés moyennant environs 10 000 Euros par an .J'y étais surveillant depuis 3 ans. Mon service commençait à l'heure du dîner, il fallait ensuite que je m'occupe de l'étude du soir des garçons de seconde, première et terminale.
Après, c'était l'internat...j'étais vaguement censé les surveiller et les coucher à 22 heures, puis passer le relais, pour la nuit, au surveillant chef qui revenait de sa tournée d'inspection générale de tous les autres internats sans exceptions, spécialement sans exception pour celui des filles d'âge vert .
J'étais donc en train de pointer les élèves qui, une fois passée l'entrée, posaient leurs plateaux sur le rail et commençaient à se servir. J'étais professionnellement appliqué à surveiller qu'ils ne se servaient pas en quantité plus importante de façon trop visible lorsque soudain :
" Laissez passer les sixièmes ! Laissez passer les 6 èmes !!!".
Il y avait un ordre pour faire passer les classes, et les 6 èmes avaient mangé depuis longtemps. Un groupe de quelques filles avait été retenu en étude pour des raisons que je n'essayais même pas de comprendre et leur maîtresse d'internat les amenait avec elle pour les faire passer en priorité afin qu'elles puissent rattraper leurs congénères déjà en études les journées de ces jeunes filles (les internats n'étaient pas mixes), se finissant plus tôt; extinction des feux à 9 heures, vu leur âge.
Evidement elles se mirent à jouer des coudes avec d'autant plus d'entrain, quelle avait le plaisir rarissime de s'en sentir le droit de gruger de par les circonstances laborieusement explicatives que nous venons d'évoquer.
Résistance instantanée et générale de la part des garçons plus âgés formant l'essentiel du troupeau : " les 6 èmes, sale race", "mort aux nains" etc. etc.. Mais, poussées par la jouissive légitimité du trouble qu'elles faisaient semblant de ne pas être fier de causer, elles arrivèrent cependant rapidement à leur but.
Amélie était la première. Fine, maigre, les cheveux blonds mi-longs, les yeux pétillants d'une intelligence de toutes les couleurs. Une vraie tête de fille qu'on voudrait avoir, quand on n'a pas encore eu d'enfant. Elle arrivait juste sous la porte, côte à côte avec un grand gars mou, pas vraiment méchant, mais emporté par l'esprit de contestation général face à l' arrivée de ces grugeuses officielles.
-"oh! Les 6èmes, les 6èmes, elles nous ...."
Il s'arrêta au milieu de sa phase, tentant de dissimuler un sourire naissant et essayant de conserver son faux air de viril énervé, mais se rendant en même temps compte du ridicule de la situation vu la différence d'âge et de taille entre eux.
Seulement, Amélie mélo n'était pas la genre de gamine à se laisser démonté par un grand con de merde à deux balles qui aurait pu se servir de son physique comme argument recevable sous forme de coup de boule.
- "Quoi ??? Les sixièmes !! ". Elle lui jeta un regard à ne pas ramasser trop vite qui semblait vouloir dire qu'elle était prête à le rembarrer sans problèmes sachant très bien qu'il ne pourrait rien faire.
Se rendant compte de la situation il voulu chercher une porte de sortie, séduit probablement lui aussi par un tel caractère...
Voir admiratif... et regrettant probablement lâchement de ne pas en posséder un semblable. Lui qui était plutôt du genre gros dadais timide. Il pensa sauver la face et s'assurer le prestige d'une admiration éternelle en posant du plat de l'index une légère pichenette sur le nez d'Amélie en lui déclarant, d'un air gêné et attendri, (comme il aurait pu le faire avec une petite soeur dont on adore raconter qu'elle nous énerve)
- Bah! Elles ont un joli petit nez, les 6 èmes!
Alors, Amélie, droite, on ne peut plus insensible, lui lança tout en lui tournant le dos, d'un air intelligemment dédaigneux, et avec une réelle classe (classe qui si elle n'était pas ici clairement indiquée par l'auteur pourrait avoir du mal à être imaginée, associée aux propos qui vont suivrent):
Amélie lui déclara donc.. Dune voix parfaite
-Et toi... t'as une grosse paire de couilles poilues ..!
Que ne t'ai-je aimée Amélie, à ce moment là!
Mon Eléphant, « un souvenir de pion »