Le 6 mai dernier la France se soulevait pour l'élection d'un homme n'excédant pas la taille d'un escabeau. Dans les rues, sur les places, aux fenêtres, quelques-uns assistaient impuissants au sacre d'un danger qu'il voyait venir depuis cinq ans. Devant tant d'évidence, ils ne purent que feindre la surprise. Tout était à recommencer. Les autres, ceux qu'on croyait morts ou trop fous pour se rendre aux urnes, trépignaient de bonheur, secouaient des ballons bleus, trinquaient au champagne en meuglant la Marseillaise. Après un discours sincère destiné à rassurer toute la misère du monde et les Etats-Unis, le petit chauffeur de salle, fit une halte méritée au Fouquet's (brasserie réputée pour ses bons petits plats) en compagnie de personnes presque aussi importantes que lui. Là, cerné par toute une foule de supporters fébriles, il parla, but, et mangea ce qu'il put sous l'--il attentif de sa grande famille. Pendant ce temps, Place de la Concorde, d'autres de ses amis réunissaient leurs forces et ce qui leur restait de talent pour donner à la foule disciplinée de quoi patienter. Le spectacle – pour tous ceux (et ils étaient nombreux) qui assistaient à leur premier concert, fut magique. Certains « jeunes » cependant commencèrent à douter de leur voix électorale (en pleine mue) au moment où Gilbert Montagné entonna son tube électoral à la gloire du petit Nicolas et d'autres eurent même le courage de démentir les subtils slogans de leur t-shirt en quittant les rangs, un ballon crevé à la main, pour se jeter dans le premier taxi pour Neuilly. Ceux qui barbottaient dans la fontaine (ils étaient quatre) se posèrent également des questions quand Enrico Macias, grand-père de la nation et humoriste de renom tordit le cou à l'une de ses oeuvres pour flatter les filles de Sarkosy qui, franchement, n'avaient pas de quoi faire lever une mèche (Ah, quelles sont jolies les filles de Sar-ko-sy, laï, laï, laï, laï…). Enfin, gavés de nectar d'ambroisie, les dieux apparurent sur scène. Fillon, Cécilia, Michèle, Johnny, j'en passe et des pires. Tous avec le sourire. Tous avec Sarkosy. Sur scène, le petit homme eut un dernier regard pour ses ouailles et peut-être éprouva-t-il pour la première et la dernière fois le plaisir de voir tout cela d'en haut. Quelques heures plus tard, à peine le dîner du Fouquet's digéré, le petit Monsieur sauta dans un petit avion et se retrouva sur un bateau trop grand pour lui. L'un de ses nombreux amis chers l'attendait sur le pont pour l'aider (au cours de son exil austère) à habiter la fonction. Les journalistes qu'il avait semés comme des miettes sur son passage rassurèrent très vite le peuple des Français crédules sur son état d'esprit. Il n'était pas là pour jouer, mais bien pour réfléchir, se ressourcer, et prendre la mesure du poids qui, dorénavant, pèserait sur les épaulettes de son nouveau costume présidentiel. Les jours et les nuits qu'il passa sur le yacht de Vincent Bolloré, resteront sous le sceau d'un secret que nous ne chercherons pas à percer. Mais, le connaissant bien (quand on sait à quoi pense un homme quand il se rase, on peut dire qu'on le connaît), nous pouvons sans peine l'imaginer la tête renversée vers le ciel tenant de sa main droite et décomplexée un petit trophée en forme de cocktail, les yeux fermés sur l'horizon de ses propres ambitions, avec un sourire vrai et sincère épinglé au visage, le sourire d'un homme heureux de voir son rêve devenir réalité.
Notre réalité.