es notes de musiques envolées enfin récupérées !
Face aux représailles scandaleuses de l'industrie du disque à l'encontre des « pirates audiophiles » infortunés, le docteur Louche présente, en exclusivité mondiale pour La Cagouille, sa toute dernière invention. Digne des meilleures techniques de recyclage, absolument universelle et parfaitement licite, voici la toute nouvelle technologie de l'Aspiration Des Notes De Haute Altitude, grâce au tout nouveau H Moll Buster 650.
Cela fait maintenant 7 ans que le docteur Louche travaille activement à résoudre un problème méconnu et négligé par la communauté scientifique : la récupération des notes de musique de haute altitude.
Depuis la nuit des temps, intuitivement, l'homme sait que chaque son émet une note versatile et ascensionnelle dont l'oreille est la cible potentielle. En effet, personne n'ignore que les notes de musique, ainsi que tout autre son, « montent en l'air », ou si vous préférez, sont plus légers que l'air, ce qui leur permet de s'élever, et non pas de retomber sur le sol comme de vulgaires cailloux.
Pour vous en convaincre, il suffit de suivre le protocole simple d'une expérience amusante : si vous habitez au 5ème étage d'un immeuble qui en comporte une dizaine, ouvrez grand vos fenêtres, préparez instruments, casseroles et chaîne hi-fi, puis faites le plus de boucan possible. Enfin, observez la réaction de vos voisins. Il est très probable que les habitants non mélomanes des étages supérieurs vous cherchent des noises, et que vous vous voyiez contraints de « lester » quelque peu l'envol de vos notes de musique en baissant leur intensité. Par contre, et c'est ici qu'intervient l'implacable loi physique universelle, il est absolument impossible que vos voisins des étages inférieurs vous fasse le moindre commentaire, car les notes ne peuvent évidemment pas les atteindre dans leur envol.
Le Docteur Louche préconise donc aux mélomanes d'habiter en des points culminants pour s'adonner à leur passion sans brimades de la part de voisins de « hauts-étages ».
Il est à noter toutefois avec intérêt que de plus en plus de voisins d'étages inférieurs, sans doute du fait du rythme stressant de la vie moderne et du surmenage qui l'accompagne, (ou bien à la suite d'un déménagement d'altitude) souffrent d'hypersensibilité auditive hallucinatoire, un mal plus connu sous le nom de Syndrome de Superman. Les victimes de ce syndrome pensent percevoir des sons où des notes qui proviennent des étages supérieurs. Une mauvaise foi « artificielle » caractérise ces personnes, car leur pathologie va naïvement à l'encontre des théories basiques de l'élévation du son. Une singulière insolence envers les sciences physiques qui a pourtant mis la puce à l'oreille du Dr Louche.
En effet, si le postulat de l'élévation des notes est communément admis, (ceci rendant irrecevable les plaintes venant du bas), de grandes questions subsistent quant à leur extinction finale dans l'espace-temps. Les notes s'évanouissent-t-elles complètement au-delà d' certaine altitude, ou passé un certain temps ?
NON, pense le Dr Louche depuis des années, les notes deviennent seulement inaudibles à l'oreille d'un humain lambda, mais elles restent des entités physiques entières, se déplaçant au gré des vents d'altitudes, avant d'être définitivement happées par la grande masse cacophonique inaudible de l' espace (certains astronautes qualifient en effet le silence spatial comme étant « lourd , dense, voire chargé ».)
Un cri de dinosaure peut-il alors encore se promener dans les airs sans que nous l'entendions ? « Pas si sûr », d'après le Dr Louche, « mais pas totalement impossible non plus, il suffit juste qu'il n'ait pas été aspiré par un courant ascendant durant les 40 derniers millions d'années ». Cette révélation enthousiaste révèle enfin l'appareil mis au point par le Dr. Louche, un véritable capteur de notes de haute altitude, devenues inaudibles à l'oreille humaine.
La technologie de cet objet est tenue au secret, mais son fonctionnement est des plus simple, le Dr. Louche s'étant inspiré des aspirateurs ménagers classiques. Pour un prix dérisoire, offrez vous de nouvelles sensations musicales, aspirez et assemblez des notes mystérieuses, qui ne se révéleront qu'une fois imprimées dans la mémoire du H Moll Buster 630.
Bien évidemment, la versatilité et la trajectoire imprévisible de ces notes de musiques, sons et autres cris de haute altitude rendent improbable la conservation de tout aspect mélodique : ainsi une note capturée en un certain point pourrait très bien avoir été émise par un cor anglais lors d'une chasse à cour au 17ème siècle, alors que la note aspirée suivante pourrait elle provenir d'un gamleng Indonésien, ou bien, si vous êtes chanceux, d'un brontosaure chanteur…Bref, cet appareil d'un nouveau genre nous ouvre les porte des plus grandes expériences sonores, et avec un peu de chance et d'application, parions que certains utilisateurs acharnés parviendront à bricoler de somptueuses symphonies, notes par notes ! Le Dr Louche quant à lui affirme avoir déjà pu reconstituer trois fugues de Bach et quelques paroles prononcées par Vishnu.
Peu après, lors d'une conférence de presse, il résumait, enthousiaste, ses recherches à la presse Américaine en ces termes : « J'ai toujours pensé que le caractère disparate, inaudible ou invisible des choses ne devait pas être considéré comme rédhibitoire ». Un seul bémol obscurcit pourtant le tableau idyllique de l'inventeur, ayant pour origine ses expérimentations lors de la mise au point de son appareil.
Le Dr Louche avait en effet commencé ses recherches en captant puis lestant les notes de musiques de haute altitude à l'aide d'un ionificateur extrapressorisé, afin de les faire retomber sur terre en vue de les analyser. Nombres d'entres elles retombaient avec une rare violence, leur poids approchant celui d'un enclume moyenne du fait de leur chute vertigineuse.
De gros dégâts matériels et quelques vives colères des propriétaires de biens détériorés n'ont pourtant pas freiné le chercheur, qui rétorquait à qui voulait l'entendre que les enjeux scientifiques des expériences menées ne pouvait être remis en cause par quelques dégâts insignifiants… Il compte aujourd'hui sur les ventes de son appareil pour rembourser les quelques 12344 plaignants à ce jour recensés, pour un montant de 34 560 550 euros de dommages et intérêts demandés. Quand la science a un prix…
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