les mots jaillissent de ma stéréo comme un signal de détresse
Ils sonnent creux et désinvoltes sur le seuil de mes pavillons
Ils viennent taquiner la muse qui se joue de ma tristesse
Avec l'élégance morbide d'un simple vol de papillon
Ils jaillissent de ma stéréo pour me décrire le monde
La folie passagère et les frasques des privilégiés
Ils initient mes oreilles en excitant les ondes
Pour venir s'échouer, pathétiques, sur mes galons de passivité
Ils gazouillent dans ma télé comme à la fête foraine
Pleins de charme, d'audace, pour flatter mes ardeurs
Ils parlent à ma vanité parce que c'est tout ce que j'aime
Ils se travestissent à la mode d'une ménagère de 50 ans
L'audience se détermine selon l'absolu de leur sens
Et je mes plais à me masturber devant leur regain d'impertinence
Ils gazouillent dans ma télé, s'entrechoquent et s'accrochent
Comme s'ils avaient peur de ne vouloir rien dire
à preuve de dignité, les mots se réfugient dans l'asile de l'oubli
Au fond des catacombes des archives littéraires
Ils poireautent dans mes pléiades et mes collections de poche
On les augmente en volumes pour les entendre un peu moins
Ils poireautent sur mes étages, au contact d'un marque-page
Et se soldent quand se tourne la page de la dernière démarque
Maquillés à outrance comme les histoires qu'ils véhiculent
Ils s'entêtent à réclamer les honneurs de leur gloire trépassée
Ils s'exhibent dans mes artères comme les putains de Budapest
Ils sont les symptômes de mes désirs, comme un fringant début de peste
Ils gangrènent mes errances pour en faire des quêtes d'idéal
Leurs articles saignent à flots ininterrompus sur ma compresse à scandale
Ils s'exhibent dans mes artères, architectes de mon ego en érection
Echangistes du sens, ils s'emboîtent pour confondre mon conformisme
Ils viennent se crasher sur ma tombe, en chair, en fleur, en épitaphe
Ils affichent mon corps et mes alentours dans un abîme de stigmates
les mots giclent de ta bouche, pour m'empêcher de postillonner à mon tour
Lourds comme des massues, ils assènent ce qu'ils peuvent d'amour
Tu sais, quand ils ne viennent pas, quand ils ne nous supportent plus
Quand ils s'éclipsent par paresse, comme une politesse du lexique
Ils giclent de ta bouche et m'emprisonnent dans leurs sous-entendus
Alors je retiens mon souffle, perdu dans les profondeurs de tes suspensions
Trois points de suture encore et je sature de trop de soudures
à colmater les brèches de toutes les paroles en l'air que tu prêches
Les mots culpabilisent dans ma gorge de se laisser dominer
par mes envolées ridicules qui prennent trop de leur main-d'œuvre
ils cachent leur honte à travers une obéissance cadavérique
et moi, je les sacrifie pour faire le sale boulot de l'artiste sans génie
ils culpabilisent dans ma gorge entre le chat et les trémolos
tremblotent comme une feuille qui va bientôt rendre l'âme
ils ont le trac de l'artiste, son propos, son spectacle
ils sont la scène, le manège, les coulisses de nos cœurs analphabètes
s'il suffisait qu'ils soient bien écrits pour que les mots soient beaux
s'il suffisait qu'ils soient bien écrits pour que les mots soient beaux.