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Bav'art ! ...béni soit le mot dit...

Tuesday, October 06, 2009 

Dans une salle de cabaret les chaises et les tables volent au rythme du swing

Sur le comptoir luisant des doigts tapotent un fond de verre de whisky

Ca jazz autant que ça jase parmi les bimbos et la vermine

Ca jazz comme cet air de saxophone qui m’a mené jusqu'ici


Je t’ai donné rendez-vous dans ce coin malfamé de Harlem

Là où New York enterre ses morts sous la tutelle de la pègre

Il suffit d’entrer dans le club et puis d’avoir la peau blême

Je t’ai donné rendez-vous là où les nuits blanches sont interdites aux nègres


Tu dansais à demi nue au milieu d’un concert de vacarmes

Le Cotton te changeait en catin et ça ne dérangeait personne

Tes talons claquaient sur le parquet pendant ton solo mélodrame

Tu jouais dans la cour des grands ton rôle de gentille garçonne


Quelques heures plus tôt tu avais traîné tes jambes dans la poussière

Servante à coups de lance-pierre dans les villas des beaux quartiers

Le soir tu venais sans complexe traîner ta silhouette dans la lumière

Etre née sans chaînes et reluquée comme une traînée


Tu exécutais ce numéro où les projos caressaient ton corps

Tu dansais comme une enfant qui ne sait pas ce qu’elle fait

Tu étais tantôt femme fatale, tantôt poupée, et plus encore

Tu disais que danser était la seule façon pour toi d’être vraie


Quand tu prenais la pose sur la scène près du piano

Le velours de la contrebasse faisait balancer tes hanches

Un cortège de cigares t’isolait dans un nuage de fumée

Parmi eux se trouvaient les gentlemen malfrats de Lucky Luciano


Tu avais la réputation sulfureuse, ils avaient les mains baladeuses

Tu roulais tes courbes en musique, ils roulaient des mécaniques

Tu avais la vie devant toi, ils n’avaient qu’une simple nuit

Tu avais le choix des larmes, ils avaient celui des armes


A l’arrière du Cotton club quand minuit était passé

On pouvait voir tes pieds de gamine grimper dans une limousine aux vitres teintées

On se demandait alors, mes musiciens et moi

Si tu reviendrais le lendemain, et surtout dans quel état


Pendant des mois j’ai assisté à ce manège désenchanté

Où tu prostituais ton talent, ta jeunesse et ta couleur foncée

Et mon big band et moi on faisait des gammes, j’attendais dans mon coin

Le jour où je pourrais vivre de ma musique, pour t’emmener loin, très loin


Aujourd’hui les rues de New York ne sont plus tout à fait les mêmes

Aussi vrai que je signe du nom de Duke Ellington

On n’avait que les trottoirs de Harlem pour se dire je t’aime

A l’époque où tu dansais comme une nègre et que ça ne dérangeait personne

Tuesday, October 06, 2009 

Je me souviens de la 140è rue, de la 141è, et la fenêtre de ta chambre

Je passais te prendre avant 20h, je restais de longues heures à t’attendre à l’ombre au coin de ton immeuble, dans mon grand blouson noir des Celtics je croisais les doigts pour que tu trouves une de tes combines et que tes parents fâchés finissent par te laisser t’échapper


Je me souviens du brouillard du crépuscule, du crissement des pneus sur le boulevard

La poussière sur tes ballerines neuves et le vernis qui s’estompait

On retrouvait quelques amis à la sortie du club de boxe

On allait dépenser nos précieux dollars au dancing de la rue Lenox


Je me souviens des files d’attente, de l’atmosphère suffocante

Le dancing voulait faire le plein même quand il n’y avait plus de place

On s’écrasait les pieds pour pouvoir accéder au bar

Ici les clients étaient plus noirs les uns que les autres


Pour le côté snob et classieux on est très loin des soirées des Carnegie

Ici les costumes, les chaussettes et les chaussures sont troués

Ils étaient rapiécés avec goût, on ne plaisante pas avec le style

Même si j’avoue qu’on était la honte de l’industrie du textile


Savoy Ballroom : dancing underground où tout était improvisé

Nos aventures étaient aussi sordides que le lieu qui nous abritait

On arrivait sans un sou en poche mais on finissait bourrés à minuit

Pour le coup j’avoue qu’on était la fierté de l’industrie de la brasserie


Je me souviens comment ça guinchait, je me souviens encore comment ça twiste

Danser au Savoy Ballroom c’est d’abord une épreuve physique

Une bouteille cassée toutes les cinq secondes et des bouts de verre sur la piste

Fallait rester dans un état d’urgence permanent tout en profitant de la musique


Je me souviens de l’enthousiasme quand l’orchestre était bon

Et la trompette qui revenait jusqu’au dixième rappel

On pouvait râler d’être serrés comme des sardines dans le seul club où les noirs étaient tolérés

Mais on pouvait pas se plaindre d’avoir un lieu où l’on transpire d’autre chose que du labeur


Je me souviens des ragtimes et les sessions de scat cadencés

Quand les musiciens fermaient les yeux et qu’on n’avait plus qu’à danser

Le dancing devenait un asile où s’exprimait notre folie

La folie tendre et mélancolique de quelques corps que le ghetto avait rincés


Je mes souviens de l’écume au bord des lèvres du trompettiste

Quand Louis « Satchmo » Armstrong abandonnait son instrument à son génie infaillible

Quand les cuivres se mariaient à nos écorces d’ébène

Quand on s’écroulait sur la piste, vidé de notre énergie et de nos derniers dollars


On quittait le dancing avant la fermeture au cas où l’ambiance dégénère

On flirtait sans conviction sur le chemin du retour

On se rappelait quelques scènes de Rogers et Astaire

Alors sur la place publique il nous suffisait d’un signe pour improviser un nouveau dancing

Sunday, November 30, 2008 


Je ne veux pas qu'on m'aime, ça sert à rien, c'est trop facile


je veux pas qu'on me dise des poèmes, je veux des insultes, du mépris
qu'on me regarde avec dégoût, la bave aux lèvres, prêt à me mordre
je veux qu'on me foute des beignes et des grosses tartes en pleine tronche


qu'on déverse de la haine sur moi, qu'on me couvre de quolibets
prenez des pierres, des battes, des clous, lapidez-moi sur la grand-place
que mes plaies saignent en plein soleil, qu'on m'écartèle, qu'on me torture
dès qu'on me voit je veux sentir le diable bouillir chez l'ennemi


je veux des martinets, des lanières en cuir au garde-à-vous
prêtes à s'abattre sur mon dos pour me souiller jusqu'à l'échine
je veux sentir claquer le fouet sur toutes les parties de mon corps
des lassos de cowboys enragés pour m'enchaîner face contre terre


je veux faire râler la populace, lui faire vomir des choses malsaines
qu'on me bannisse, qu'on m'évite, qu'on organise mon exclusion
je veux que personne ne m'épargne, je veux qu'on rétablisse le bagne
pour ma gueule, rien que pour ma gueule, je veux faire gerber la ménagère


qu'on me coiffe d'une couronne d'épines, qu'on me frotte avec des orties
qu'on m'enferme dans une chambre à gaz, qu'on m'enfume dans une souricière
je veux qu'une bombe américaine vienne exploser au fond de ma grotte
je veux mourir de froid, de faim, dans la cale d'un négrier





je veux pas m'auto-dynamiter comme un vulgaire kamikaze
ni me pendre dans ma cellule à Fleury-Mérogis ou à Guantanamo
je veux pas du suicide anonyme d'un junky en pleine crise sociale
- on aime ceux qui s'auto-détruisent...et moi je veux pas de cette pitié..






je veux de la conspiration, un attentat digne de ce nom
je veux que des missiles israéliens s'en viennent frapper à ma porte
je veux qu'on m'éventre, qu'on me dissèque, qu'on jette mes organes en pâture
pour les chiens, pour les rats, pour les greffes clandestines en Russie


je veux être pire que la nausée, le paludisme et l'anthrax
je veux qu'on chie sur mon spectacle et qu'on s'en aille avant l'entracte
je veux être l'allergie suprême, qu'on m'ampute de la société
je veux des poupées vaudou à mon effigie, servir d'épouvantail aux vautours


je veux qu'on sacrifie mon corps pour faire des essais nucléaires
qu'on réinstalle la guillotine et qu'on fasse venir le public
je veux être lynché, lâché aux fauves, déchiqueté dans une arène
je veux plus d'humiliation qu'un prisonnier d'Abou Ghraïb


je veux qu'on me réduise en miettes, agonir comme un animal
et qu'on se rue sur ma dépouille pour un orgasme cannibale


je veux de la haine, qu'on me déteste au delà de l'impossible
mais je veux surtout pas qu'on m'aime, ça sert à rien..
c'est trop facile.




Tuesday, July 17, 2007 

les mots jaillissent de ma stéréo comme un signal de détresse

Ils sonnent creux et désinvoltes sur le seuil de mes pavillons

Ils viennent taquiner la muse qui se joue de ma tristesse

Avec l'élégance morbide d'un simple vol de papillon

Ils jaillissent de ma stéréo pour me décrire le monde

La folie passagère et les frasques des privilégiés

Ils initient mes oreilles en excitant les ondes

Pour venir s'échouer, pathétiques, sur mes galons de passivité

 

 

Ils gazouillent dans ma télé comme à la fête foraine

Pleins de charme, d'audace, pour flatter mes ardeurs

Ils parlent à ma vanité parce que c'est tout ce que j'aime

Ils se travestissent à la mode d'une ménagère de 50 ans

L'audience se détermine selon l'absolu de leur sens

Et je mes plais à me masturber devant leur regain d'impertinence

Ils gazouillent dans ma télé, s'entrechoquent et s'accrochent

Comme s'ils avaient peur de ne vouloir rien dire

 

 

 


à preuve de dignité, les mots se réfugient dans l'asile de l'oubli

Au fond des catacombes des archives littéraires

Ils poireautent dans mes pléiades et mes collections de poche

On les augmente en volumes pour les entendre un peu moins

Ils poireautent sur mes étages, au contact d'un marque-page

Et se soldent quand se tourne la page de la dernière démarque

Maquillés à outrance comme les histoires qu'ils véhiculent

Ils s'entêtent à réclamer les honneurs de leur gloire trépassée

 

 

Ils s'exhibent dans mes artères comme les putains de Budapest

Ils sont les symptômes de mes désirs, comme un fringant début de peste

Ils gangrènent mes errances pour en faire des quêtes d'idéal

Leurs articles saignent à flots ininterrompus sur ma compresse à scandale

Ils s'exhibent dans mes artères, architectes de mon ego en érection

Echangistes du sens, ils s'emboîtent pour confondre mon conformisme

Ils viennent se crasher sur ma tombe, en chair, en fleur, en épitaphe

Ils affichent mon corps et mes alentours dans un abîme de stigmates

 

 


les mots giclent de ta bouche, pour m'empêcher de postillonner à mon tour

Lourds comme des massues, ils assènent ce qu'ils peuvent d'amour

Tu sais, quand ils ne viennent pas, quand ils ne nous supportent plus

Quand ils s'éclipsent par paresse, comme une politesse du lexique

Ils giclent de ta bouche et m'emprisonnent dans leurs sous-entendus

Alors je retiens mon souffle, perdu dans les profondeurs de tes suspensions

Trois points de suture encore et je sature de trop de soudures

à colmater les brèches de toutes les paroles en l'air que tu prêches

 

 


Les mots culpabilisent dans ma gorge de se laisser dominer

par mes envolées ridicules qui prennent trop de leur main-d'œuvre

ils cachent leur honte à travers une obéissance cadavérique

et moi, je les sacrifie pour faire le sale boulot de l'artiste sans génie

ils culpabilisent dans ma gorge entre le chat et les trémolos

tremblotent comme une feuille qui va bientôt rendre l'âme

ils ont le trac de l'artiste, son propos, son spectacle

ils sont la scène, le manège, les coulisses de nos cœurs analphabètes

 


s'il suffisait qu'ils soient bien écrits pour que les mots soient beaux

 
s'il suffisait qu'ils soient bien écrits pour que les mots soient beaux.
CATEL



Last Updated: 10/6/2009

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