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diebler écrit

April 18, 2009 - Saturday 
Diebler_byalbe




Les 5 et 7 avril 09, Mathieu Diebler lisait des extraits de son récit (2008-09, work in progress) dans l'appartement-galerie de M. Laborier, le Zigloo. Il était accompagné de Cheval Blanc au piano. Le texte des extraits est disponible sur demande par mail à cerclepan@gmail.com. L'enregistrement sonore intégral (1h18mn) de la lecture se trouve ici (cliquez sur ici et patientez quelques secondes, droits réservés M. Diebler et Cheval Blanc). En voici un extrait, cliquez sur l'icône PLay :



Chevalblanc_by_domgarcia 

Crédits : son lecture, Agnès Benitah ; photographie haut, Jean-Philippe Albe ; photographie bas, Dom Garcia.

April 3, 2009 - Friday 

Current mood:  handsome





...Je portais à bout d’un de mes bras le gros cartable de médecin que ma mère avait acheté lorsque j’avais voulu étudier la médecine et que j’étais allé chaque jour l’écouter à l’Université, et la médecine parlait vite et des gens la commentaient, et on nous demandait beaucoup d’efforts et d’attention et d’exercices stupides et répétés, des exercices de loi, et je me disais que je pouvais tout aussi bien étudier le droit et faire les mêmes exercices et ça me rapporterait plus de fric mais je restais parce que je préférais les lois du corps qui sont fausses aux lois des hommes qui sont fausses aussi, mais qui ne menacent que peu ; là on avait une idée, une idée comme fixe, et si cela avait été la mienne, on lui aurait donné un nom de danger, d’araignée filandreuse et sombre et comme à soupçonner d’être, par nature, réversible, là on avait comme idée la vie, la vie avant tout. Et c’était une sorte de politique de la vie, comme on la permet, comme on l’aide à venir, comme on la favorise et la chauffe et l’entretient, comme on lui défend de s’ôter d’un corps qui n’est qu’un alphabet couvert de pâte de grammaire, comme alors on la garde près de soi farouche, on se la glorifie d’être, mais tout ça n’est que du hasard, passons...

 

in Le bateau, récit (work in progress), 2009, Mathieu Diebler.
March 13, 2009 - Friday 

Current mood:  working

                    Cayleyovale0 



 


 


 

... Je fais d'immenses pas ridicules qui font une marche parlante dans l’ovale autour de la cage d’escaliers et d’ascenseurs couverte de moquette grise métal comme une automobile et bleue-grise comme l’argent qu’on ne manie ici qu’avec des gants, des gants qui collent, en attendant je marche dans l’ovale le long des baies vitrées des bureaux de couloir des décideurs de jour et je fais le tour entier de l’ovale pour revenir en étant passé dans des lieux que la fumée n’a pas atteint et alors, quand je reviens je peux savoir si les endroits que la fumée a atteints sentent encore la fumée et alors, je peux penser qu’on va me dénoncer, ou plutôt se plaindre et, en se plaignant, me dénoncer, mais à cause de la fumée j’ai les narines qui ne sentent rien alors je vais dans les chiottes des hommes qui puent pire que des chiottes de bar pour me refaire les narines, et sentir si fort la pisse de banquier qu’elles en soient débouchées, et pour que, quand je revienne à mon bureau, je sache si, oui ou non, on va me dénoncer, je ne sais pas en fait, les narines, c’est une histoire d’hiver et d’été… Mais elles sont tout le temps bouchées…


 


 Alors je débouche en respirant fort, inspiration, expiration, en mouvement… Mon chemin, je marche et puis je regarde les photographies sur les murs… La soirée du début de l’année, il y a presque un an, au Hard Rock Café sur les grands boulevards quand, d’après ce qu’on m’a dit, d’après ce que je peux voir sur les photographies, tous les banquiers ont chanté sur la scène des chansons, de pauvres chansons, j’ai envie d’écrire connards en gros sur les murs, c’est enfantin, on pourrait me dire, et c’est vrai, c’est enfantin, mais c’est tout aussi vrai que j’ai envie d’écrire connards en gros sur les murs, peut-être parce que c’est enfantin, peut-être parce que je pense que tous les banquiers qui travaillent ici à quelque rang que ce soit sont des connards, et moi aussi, quand j’y suis, quand j’y travaille et que je parle aux mecs, aux clients – par extension je déteste, je hais le langage d’ici, du front -, je suis un connard, un véritable.


 

Le peuple des banquiers qui chantent des chansons populaires, ils chantent des chansons devant tout le monde, tous les banquiers, et puis ils descendent de la scène et retournent s'asseoir et boire du whisky coca et un autre, une autre banquière se pointe sur la scène du Hard rock café et chante une chanson qui doit crisser, et puis elle descend à son tour et à la fin les banquiers élisent parmi eux celui qui est le meilleur chanteur, d'un soir, en tous cas, et le gagnant a le droit à un tour de la ville en limousine et à sa grosse gueule en photos sur les murs à côté des toilettes du troisième étage des bureaux de la banque... L’année dernière, c’est un gros du service des recours en contentieux qui a gagné en chantant une chanson des blues brothers, on le voit sur les photos assis dans la limousine et aussi levant les bras sur la scène du hard rock café en costume de blues brothers avec le chapeau des blues brothers, on le voit revenir probablement avec des banquiers qui lui font une haie d’honneur, les banquiers de son service, c’est un honneur, de gagner ici à la fête de la banque, de notre banque, ça permet d’approcher d’un peu plus près, vraiment, ce que ça peut être d’être quelqu’un d’important dans une entreprise, ça permet, même si la fête est organisée pour ça, serrer la main de son propre patron, se rendre compte qu’il est comme tous les employés avec la même tête minable de sérieux avide de vider sa vie comme un seau de merde sur la gueule de son voisin, voilà, ça sert à ça, mais gagner le concours, ça permet d’attirer l’oeil du patron, qu’il sache qui est eric machin, service recours en contentieux, gagnant de la nuit des étoiles de la banque, qu’il le visualise… A la fin tous les banquiers, tous, même ceux qui ne boivent pas se forcent et du coup ils sont bourrés aussi puisqu’ils ne sont pas habitués, même le patron se saoule ! ils sont saouls et ça, on ne peut pas dire que ce soit une faute, et alors ils rigolent et chantent d'autres chansons, celles d'histoires sexuelles de leur enfance, la petite salope... etc.



La petite salope, l’obéissance, les cimetières, les petites tombes blanches, les dimanches, la petite salope, le froid le matin, le froid le soir, le cimetière en bas de l'autre côté de la rue, de l'autre côté du mur, et les petites tombes blanches du secteur des enfants que j'ai pris pour des tombes de nains pendant longtemps en blaguant en voyant la petite taille des tombes, et puis un jour j'ai compris, j'ai arrêté de faire des blagues à ce sujet, je ne sais pas pourquoi j'ai compris si tard ni pourquoi j'ai arrêté de faire des blagues, ça ne change rien, que ce soit des enfants, là, en contrebas de là, là où je marche sur l’ovale, sur la nuit, sur la mort.



 

                                        md, 2008, dessin Topor. 



 

         Topor_rire   

May 5, 2008 - Monday 

Couvyegg_2




Wo's that Jack ?


La vie de Jack Black tient presque entièrement dans le texte autobiographique qu'est Yegg, autoportait d'un honorable hors-la-loi (trad. Jeanne Toulouse, 2007, Les fondeurs de brique). Sa mère étant décédée alors qu'il était enfant, livré à lui-même par son père, Jack Black dut très tôt assurer sa subsistance. Appelé par l'aventure, et au fil de ses rencontres sur la route, il comprit rapidement les possibilités de gagner sa vie de manière illégale, dans cet Ouest américain de la fin du XIXe siècle. De petites arnaques en voyages incessants, il devint cambrioleur de profession : régulièrement arrêté, régulièrement évadé. Sa carrière criminelle connut un tournant en 1906 à la suite de sa condamnation à 25 années de pénitencier. Il y poursuivit ses activités de trafiquant d'opium, ce qui le poussa à s'évader afin d'assouvir son addiction à la morphine. Sa rencontre avec Fremont Older, journaliste progressiste pour qui la presse devait prendre le parti des faibles contre l'injustice, les privilèges et la corruption, marqua le début de sa rédemption et de sa vocation d'écrivain. Sa réputation d'ex-taulard et ses relations avec le monde du crime lui servirent dans sa tâche de garde du corps de Older puis de journaliste criminel. Après la publication de You Can't Win en 1926, Black écrivit une pièce de théâtre qui fut montée à Los Angeles puis fut employé par la MGM pour le scénario d'un drame criminel. Il se consacra également à promouvoir une réforme du système pénitentiaire, luttant contre la peine capitale et les traitements inhumains, en privilégiant la prévention. Il disparut en 1932, probablement noyé dans le port de New York, en laissant derrière lui, outre You Can't Win, quelques articles et une montre retrouvée chez un prêteur sur gages…


You can't win


Le texte a paru tout d'abord en feuilleton sous le titre de Breaking the Shackles. Jack Black y narre son existence avec une ironie caustique mais sans jamais se départir de générosité et de compassion pour les exclus du système. You Can't Win s'inscrit dans la tradition du récit d'aventures de l'Ouest américain et de ces personnages qui ne tiennent pas en place, se jouent des frontières entre les États et pour qui aucune ville n'est trop éloignée. Nous le suivons à travers les États-Unis dans les trains de marchandises, dans les pensions, les fumeries d'opium, les tribunaux, les geôles de campagne et les pénitenciers. Il nous fait rencontrer un peuple d'Américains dont les livres d'histoire ne disent rien, un peuple volontairement souterrain, avec ses codes, ses règles et ses héros. Devenu un livre culte aux États-Unis, ayant servi de matrice au Junky de William Burroughs et annonçant Sur la route de Kerouac, You Can't Win demeure une leçon de vie et un plaidoyer pour une existence affranchie de toute convention.

Texte extrait du site de l'éditeur de la traduction française : Les fondeurs de brique..

Présentation de Yegg en présence de la traductrice Jeanne Toulouse et des autres ouvrages publiés par Les fondeurs de brique + lecture d'extraits de Yegg par Mathieu Diebler le mardi 6 mai à 19h à la librairie Libralire 116 rue St Maur PARIS 11




Jackblack

February 23, 2008 - Saturday 
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L'enquête canine, feuilleton radiophonique en dix épisodes diffusé sur Radio Nova en décembre 2007, textes et voix de Mathieu Diebler et Caroline Senné
January 12, 2008 - Saturday 

Porte_aveuglante_2



On pourra toujours parler de pensées désarticulées - et ce seront des pantins qui dormiront sur le sol, sur la moquette, qui serviront d'exemples, c'est ça A titre d'exemple, on dira, regardez cet abruti ensommeillé qui roupille dans la poussière de merde de la rue comme un porc dans sa fange, est-ce que lui, est-ce que lui il a cette barbarie ? Bah, c'est probable, puisqu'il en est là, dans la poussière, rien à foutre de rien, ou plutôt rien à côté de rien à côté de rien au-dessous d'un rien qui surplombe un rien à perte de vue, tout cela sans logique, c'est ce que je vous dis, sans articulation, par définition, hein -, on pourra parler de ces intérieurs où l'on voyage sans que ça ne se voit du dehors, les déplacements, on avancera l'hypothèse du nombre des portes fermées à partir duquel on décide de ne plus essayer d'ouvrir, mais on ne pourra pas négliger les éclairages, c'est certain, on ne pourra pas passer là-dessus, on ne pourra pas ne pas évoquer l'hypothèse inverse de la première - qui est celle du mat, donc -, la saisie stupéfiante par la lumière comme une sorte d'eau, comme les détectives sont happés par l'illusion de l'oasis, on pourra affirmer très serein, Oui…Oui oui, les couloirs étaient grand'éclairés, tout le temps, et c'était même comme une torture, tu vois, une torture en arrivant le soir avec la fatigue de la veille, des veilles, et celle des lendemains, la dette, une torture, la lumière, on ne s'y habitue pas, on est dans la pénombre au bas-côté, elle arrive par au-dessus on se récupère les éclats de halo, de cette aveuglante, on est dans le sombre avec le bruit doux des touches du clavier enfoncées à la suite comme ça, en douceur c'est juste, enfilées, et à force on la regarde alors qu'on sait le brûlant, on le sait depuis l'enfance, mais on ne peut s'empêcher de la regarder et on finit un jour par voir qu'elle est un écran, qu'elle cache, c'est une fumée tu sais…


Et au point où on sera arrivé, on pourra causer d'une surface vierge et sombre, on pourra causer d'héritage, et on y va avec sa dose d'argent à se graver la vie : on pourra toujours parler de ça, de là, de cet endroit que la lumière touche ou, plutôt que touche, brûle aussi vite que fuit en cendres le papier d'Arménie - qui est une drogue d'après, pour se sentir seul au salon, seul dans un salon avec la fumée et rien dans l'estomac, et le corps propre, même les dents, les cheveux, et les doigts, dégraissés, propres -, et puis s'il en faut encore, s'il le faut et à cette heure-là de toutes les façons on sera saoul donc il en faudra, encore, encore, il en faudra on se fera espèce de prophète qui a ses quinquets dans le dos, et on ira, et on pourra arguer, à coups de menton on pourra arguer qu'il y a une excuse à toute époque, à tout temps il y a une explication, il y a un mythe, au moins un, et on avancera on dira fiérot que l'image a tout pris, la chose, la pensée, la croyance, tout, a pris tant de poids que c'en est un étau énorme qui vous donne, quand ça presse, de ces excroissances, à force de presser, on pourra le dire, alors, voilà, son excroissance à lui, c'est ça, ce sont ses verres noirs, et au-delà cette ouïe incroyable qui lui fait entendre les fantômes des mecs par leurs voix et le battement pénible de leurs pieds sur le sol de moquette dans l'obscurité fausse, fausse merde, il n'y a pas d'autre mot, fausse ! On le dira fort, agité, ému, on pourra le dire, essayer de le dire…



Mais quoi, quand même, quand même, qu'est-ce qu'il m'a pris de me crever comme ça les deux yeux d'un coup ?



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diebler

December 28, 2007 - Friday 

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J'étais assis sur la marche haute en ciment peint qui suivait le corridor, et je regardais mes pieds délavés, j'évitai les yeux de Nadine qui fouillaient un des coffres creusés dans cette marche. Elle en sortit des draps de bain, des serviettes rectangulaires, un plateau laqué de bleu. D'un autre coffre aménagé en bar, elle tira une bouteille de gin-fizz de grande qualité, deux verres à cocktail, de la glace, un cendrier, un briquet tempête, un court paquet de cigarettes. Et puis elle agença le tout sur le plateau. Elle dit Lève-toi en douceur, et elle fit tomber mon vêtement et noua un des draps autour de ma taille puis elle se retourna et me demanda de dégrafer la boutonnière de sa robe. Comme je ne faisais que regarder, elle dit Allez !... Allez !, en douceur toujours.

Je posai mes mains sales sur les épaules, j'étirais le tissu, et voyais à mesure ses épaules étroites, sous la nuque le dos blanc constellé de grains de beauté de toutes tailles et ses ossements sous la graisse fine, confortable. J'étirais encore, elle dit Arrête ! Défais les boutons, Daniel, tu vas la déchirer ! mais je poursuivais sur ses hanches et le coton craquait… Elle dit Oh non ! Oh !… Oh et puis, fais ce que tu veux, hein, fais ce que tu veux de moi, Daniel, vas-y ! Ouais vas-y, fais ce que tu veux ! Je reculai, me poussai, je forçai, déchirai la robe d'un coup sec et découvris ses deux fesses rondes et blanches, lâches, la forme pas affaissée mais la peau distendue, c'est vrai, c'est vrai distendue mais fine, de belles fesses quand même – j'avais l'envie pressante –, et une vallée rose entre elles où je plaquai la tranche entière d'une main, où j'appuyai, d'où j'empoignai aussi la chair, je malaxai, je me contenais la brutalité, mais je pressai, du bout de l'index, le bord de la petite chatte, je pressai l'articulation, je poussai l'anus, je l'écartai, je pressais, je bandais fort, Nadine palpait à l'aveuglette, elle disait Ah ouais, ah ouais, ah ouais ! en soupirant les intonations et, à se pencher en avant sous le poids de ma pogne, elle achèverait de s'installer sur ses genoux, le cul tendu cherchant les coups, les coups de doigts, de queue, de langue.

Voilà ce que c'est que de brusquer les choses, je me disais, moi qui ne savais plus quoi faire ; elle avait oublié ses projets, et réclamait que je donne un assaut, à cet endroit à ce moment, un assaut, un premier, elle le voulait, et disait Viens ! N'attends pas, Daniel, allez, allez viens !, elle traînait les mots comme des baisers, de longs baisers de soupirs, toujours, mais elle martelait, c'était des invectives, c'est vrai, des invectives de voix brisée, ouais Nadine s'étranglait à force, à se répéter simple son envie. Alors j'y allai, je me levai, je tirai sur le pagne d'éponge, elle me regardait faire, elle dit Ah ouais, viens, c'est ça que je veux, je veux qu'tu m'la mettes ! Mets-là ! Et je stoppai.

***

C'était un jadis de maladie, ces jours-là d'alors. Des campagnes de prophylaxie décoraient les murs de ma ville depuis deux dizaines d'années et, sur ceux de l'hôpital, partout, alors même qu'on n'avait pas le droit de baiser, on avait affiché qu'il fallait se couvrir la pine de capotes quand on montait au front sous peine de crever, on prévenait, c'est ainsi qu'avant tout on parlait de baise sur le continent. Nous, à Pescalune, on n'y avait pas droit, à la baise, mais on nous prévenait quand même, au cas où. Certains subversifs du corps soignant nous filaient même en douce des caoutchoucs piège-microbes pour aller plus loin dans le débat d'idée – il faut dire que là-bas, à l'hôpital, ceux qui bandaient encore manquaient pas d'attraper celles qui avaient l'envie, ça faisait peu de monde, mais on en trouvait. Il y avait aussi ceux qui avaient de la visite, et profitaient de voluptés bien planqués à l'abri des portes verrouillées des gogues pour handicapés, des grands box. C'était le jadis d'une maladie qu'on ne soignait pas, ce jadis, on crevait, on prévenait qu'on allait crever, partout on affichait, on parlait de culbute, de valseur à risque, on donnait des détails, de toutes les manières on prévenait, on militait pour la vie, des sodomites compris et déviants de tout poil, on n'avait pas le droit à l'erreur. Moi je m'en étais bien foutu de ces idées morbides, pendant des années, et je n'étais pas seul, pas mal de gens s'en étaient bien foutus, à force d'être prévenus et qu'il ne leur arrive rien. Ce qu'il y a, c'est qu'on avait vu des morts, dans un premier temps, on en avait connu, c'est vrai, des mecs qui étaient morts vite et bête et moche, maigre, d'une maladie inconnue. Plus tard, on savait mais les gens continuaient à crever parce que, on savait l'ennemi, mais on n'avait pas d'arme. Plus tard encore, on avait pas trouvé de fusil mais on maintenait en vie les moribonds pendant longtemps, assez longtemps pour que cet horizon-là dépasse de loin celui de mecs qui n'avaient pas cette maladie mais qui ne voyaient pas aussi loin. Alors on avait cessé d'avoir peur et on s'était mis à s'en foutre, de toutes ces conneries : c'est qu'on avait assez d'entendre causer de mort au moment de se frotter sa vie contre la vie, c'est que c'est quelque chose, de se choisir une fin. Et on s'était habitué, il n'y avait plus de défi, on y allait plus vite par nos propres moyens, des moyens légitimes tout de même.

***

Mais voilà, je ne sais pas pourquoi, ce soir-là, j'avais le sexe nu, devant moi les dilatations de Nadine, et ses invitations, je regardai tout, quelques secondes, tous ces sangs qui s'attendaient, qui s'attiraient fort, je prenais un temps que Nadine trouvait long, elle poussait sur son cul par à-coups comme si j'étais déjà dans le ventre, je faisais languir, elle dit Mais qu'est ce que t'attends, Danny, qu'est-ce que t'attends, merde ! Allez ! Allez mets-la ! Mets-la ! Elle insistait, elle voulait, et moi j'avais ces histoires de maladies en tête, ces histoires revenues. Mais j'y allai, d'un coup. Je lâchai tout. C'était fini.



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October 5, 2007 - Friday 



On part une nuit ou un matin, ça n'a pas d'importance, on part quand le jour n'est pas clair, si on a le choix, si on a le choix on se prépare – et on peut avoir un temps infini pour se préparer, et l'occasion s'absente, on n'est pas larron, on attend.

On part une nuit. On quitte. On part avec des sentiments, ses habits de l'heure, le temps qu'il faudrait immobile, mais le temps passe, on file avec ses tissus, ses cheveux, sa langue ou son mutisme, on a ses mots ; et ceux qu'on laisse, on les reverra, on les reverra souvent… C'est que la mémoire est le nuage dans le ciel du champ au milieu duquel on va s'avancer quand on va partir, un nuage en paquets parmi d'autres paquets de nuages, on marche sous une voûte qui n'est pas que de souvenirs, ce serait facile, il suffirait de rester étendu pour partir et alors tout le monde partirait, ça ne coûterait rien, de rester étendu la tête vers le ciel à regarder passer le nuage, pas de marche, pas de champ, pas de sueur ni de fatigue ni de respiration en retenant le souffle ; la cavale.

On part. On va marcher dans l'espace ouvert, on va entrer par une porte, par une autre, on va marcher, on sera silencieux, courbé, discret en fait, on suivra une ligne, il y aura la lune, il y aura – au moins – le reste d'une lune, et dans le halo on sera gris, un chat qui pelote les minutes précieuses : on va marcher à couvert, ce qu'on fuit, on l'emmène et le voyage et c'est à cacher.

Est-on blessé ou bien c'est l'âme, ça fuit et brûle, il faudrait arrêter, stop ? Quand on part on ne s'arrête pas, sinon on risque – il est aisé de vous tomber dessus quand vous n'êtes plus le point de fuite mais une mouche. On s'arrêtera loin. On s'est pris de partir, on se prendra d'arriver plus tard quand on sera bien enfoncé et qu'on manquera de jambes, il faut avaler : pour trouver le c--ur à poursuivre et finir, pour le courage on verra des silences tranquilles, des draps, des cigarettes et des sommeils, on verra ça et on se dira, Ça finira bien par refleurir…

On va marcher avec des yeux pour tout, et aussi des oreilles, il y aura des embûches, des dangers de côté, des arbres de façade, et même des rencontres dans les déserts, on va s'avancer, on va se méfier plus que jamais et parfois moins dans l'usure, on va s'avancer jusqu'à ne plus être visible, s'effacer des instants. Mais on est parti vers la blancheur, l'obscurité, ce ne sera, ça n'aura été qu'un passage. (...)

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Catalogue des Rencontres du Cinéma Français de Pau, texte de notice du film Chien errant (21 mn, 2007) de P. Sennequier avec J.-P. Bordes et M. Pollacchi, scénario P. Sennequier et M. Diebler, prod. J.-M. Fabre, Guns & Knives.

September 12, 2007 - Wednesday 
September 8, 2007 - Saturday 

September 8, 2007 - Saturday 

August 10, 2007 - Friday 
July 26, 2007 - Thursday 

Current mood:immobile

En Afrique je n'irai jamais. Ni en Asie. L'Amérique que dalle.
Je déteste les voyages. Et trimballer mon ennui alors que j'aurais quelque chose à faire si je n'étais pas parti, pourquoi suis-je parti ?
Partir est une occupation de l'adolescence et celui qui continue de partir est un enfant qui ne finit pas de grandir, ou qui a grandi et s'est arrêté avant le terme et voyage pour le trouver, le terme. Pour le voyageur, il n'y a pas de terme. Même la mer, même la mer ne l''arrête pas.
Quand il a pu, le voyageur a inventé le bateau, quand il a vu que des choses flottaient sur l'eau. A-t-il eu le flair du gel et marché vers là où il faisait froid, et gel, et on marcherait sur l'eau ? Il y a ceux sauvages qui passèrent par le Nord glacé mais ils furent massacrés par d'autres mais. Peu importe la part du feu, celle du hasard, la fin de la terre n'arrête pas le voyageur. Ca le bloque, un peu, ça l'eut surpris même, ça ne le surprend plus, il a, quand la tempête le lui lâche comme une piécette à un mendiant, le temps nécessaire pour trouver le billet, et le voyageur repart, et que la terre soit ronde n'y change rien, le voyage n'a jamais cessé.
Et Ulysse ou quidam, il faut toujours trouver des astuces, des raisons, pour que le voyageur se tienne un peu là, tranquille, calmé mais pas rassasié, tu es une bête, Daniel, une sale bête.

Il faut aller pour se rendre - Quelqu'un te ramènera - Comme la marée.

Il faut aller pour se rendre, quelqu'un te ramènera, comme la marée ; tu sais, moi, je suis ici, je suis venu ici comme en revenant, tu sais, je ne sais pas si je te l'ai dit quand on était là-bas, on ne parlait pas beaucoup tous les deux, je suis du coin je pense, j'ai toujours pensé que j'étais né par là sans y avoir jamais vécu...

La suite ici.

 

June 28, 2007 - Thursday 

Current mood:  dorky
..- Oh ! Ce qu'on se dit là… !
Hé Vida, je ne sais pas si… Je ne sais pas si je vais rester là à parler de passé, de passé ancien jusqu'hier, je ne sais pas si ça sert à quelque chose, sauf à remuer les larmes, toutes les larmes qu'on avait nous pensant si secs et qui en fait stagnaient, nous faisaient mal aux yeux, nos larmes vertes, et regardes ce qui coule de mon nez, du brun, du brun maintenant, on ne pas comparer, ce n'est pas que l'indécence, merde, on n'en a rien à foutre, de l'indécence, mais à ce compte je préférerais autant que l'indécence, ce soit d'abord la tienne qui se montre, et puis la mienne, appelée, qui cesse de raser mes murs, on ne pas comparer nos flottes, c'est que tout ça, ce passé, c'est à en devenir rance, comme les vieux, sauf qu'on ne l'est même pas, vieux, on pourrait continuer longtemps...

- On vient de se retrouver, on peut parler, moi j'ai bien envie que tu me racontes, d'ailleurs tu le fais, tu racontes, ouais j'ai envie de t'entendre, parce que… Parce que ça m'a manqué, ta voix, et ce qu'elle ..transporte, ça m'a manqué ta parole comme désossée, mais qu'on aurait vertébrée de nouveau, ça fait du bien, Luis, lui, il se tait presque maintenant, tu sais, il a… Allez parle François-La-Misère-Et-L'espérance, allez, on vient de se retrouver, j'ai envie de…

- Tu vois, on pourrait continuer longtemps, et c'est bien dommage, parce que ça remet des choses sur le chemin, comme des cailloux, alors que… Ce n'est pas que ça paraissait tracé devant, loin de là, oh non, oh la la, si je te disais, si je te disais même ce qui m'attend quand je vais sortir de la cabine et retrouver le quai, tous ces abrutis, non, mais je n'ai pas envie, vous avez disparu, ou bien c'est moi qui suis parti tu sais de tout ce temps et même de celui d'avant, je n'ai plus beaucoup de souvenirs…
Je pourrais te parler de l'absence, mais les auteurs de l'absence – lis-tu comme avant, Vida, de tout, tout ton temps, lis-tu comme avant où tu trouvais la chair dedans, dans la parole, et que c'était blasphème jusque http://panblog.typepad.com/.shared/image.html?/photos/uncategorized/2007/06/22/absencedepartdejonckheere.jpg dans notre Eglise, la pensée noire ?-, je pourrais te parler de l'absence mais les auteurs de l'absence en ont déjà assez parlé, alors je te parlerais du reste, des montagnes grises et vertes puis d'argent doré d'un coup puis d'une autre main giflant tout aussi sèche des flancs noirs de pierre comme l'eau des marées que tu connais, je te dirais le chalet de Parte Hector Parte, de la nuit là-bas au-dessus du cimetière, de la nuit dans la nuit, des petites tombes blanches, de l'épaisseur, et puisque tu aimes ça, puisque ça ne te quitte pas, d'apparence, le morbide, je préciserais ce que je te disais avant, je raffinerais en fait je parlerais de la camarde et aussi de ce qu'est être une ombre là où tu es et un défunt là où tu aurais voulu être, où tu n'es souvenance, on serait dans l'impasse, tu le vois bien, on serait dans l'impasse si on se disait ça, puisque vous étiez disparus, vous aussi, et je ne veux pas parler de ça, je ne veux plus parler de ça. Tiens, je vais même te dire, je me suis fait le serment un soir, ou plutôt un matin après un soir et une nuit en entier à boire avec Hector, je me suis dit à voix haute mais chuchotant, tu me connais, ou tu me reconnais – est-ce que tu me reconnais, est-ce que j'ai changé, moi, contre toi dont on dirait bien que tu n'as pas changé une once, rien, quand tu renifles, quand tu t'appuies comme ça avec ta jambe pliée, ton allure, non, tu n'as pas dû changer parce que, comme avant, quand je te vois et que je suis un peu défoncé, très vite, je t'imagine t'asseoir sur moi en me tournant le dos, ton cul descendre et monter descendre et rester là un peu et partir encore et…

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January 15, 2007 - Monday 
BireC'est Vida qui voulut tout raconter, Vida qui avait vieilli, elle le voulut contre Luis qui dit en préambule quand elle prenait son souffle et le vide s'emplissait Je sais pas si.. Enfin il a jamais vraiment aimé les histoires, François, tu sais, il a toujours, enfin ce n'est pas à toi que je vais le dire, merde, tu le sais, François, il a toujours été comme ça, à flot de sentiments, j'suis pas sûr que ça l'intéresse, et puis il a dû avoir son lot aussi, d'histoires, depuis.. Et il avait demandé Hein François ? Où t'en es des histoires, t'as l'air.. Enfin tu parles comme avant, il me semble, si vite, si tonnerre, comme avant, comme hier au bar, au comptoir de la Royale Post avec les grandes bières, le billard électronique, les chiottes en bas à la cave trempée où on avait marqué nos noms, ah, ah tu te souviens, ah vous vous en souvenez de l'espèce d'arbre généalogique qu'on avait dessiné la queue à l'air, toi et moi François, et Vida assise sans cesser de pisser pendant des minutes et des minutes à rigoler en nous voyant écrire une famille, une vraie famille.. Une foule ? Ca c'était une foule, François ? Nous trois à pleurer de rire et de bière nos histoires de tristesse, à nous frôler, à nous frôler tellement, à nous frotter avec Vida sans sa culotte à essayer de nous attraper la bite qui glissait comme une anguille, la tienne, la mienne, à nous l'attraper pour rire dans les petites chiottes de la cave de la Royale Post en jetant tout son trouble .. qui te faisait bien bander, hein, François -, ça.. Oh ! Oh Fançy ! Fançy, putain ! Ca : nous trois hilares avec nos pinceaux et le froc en bas des jambes, c'était une foule, François ? Vida l'avait bien vu, la colère .. Vida de toues époques voyait, c'était, avec ses yeux verts, son ventre ou sa force, sa sève .. ; elle dit à François en fatiguant le temps duquel j'étais sorti Tais-toi, on s'en fout, on s'en fout maintenant, on.. Regarde ses vêtements, regarde comme il parle, ne l'emmerde pas il a besoin, hé ça se voit, non ? Il a besoin qu'on y arrive, à ce que tu racontes, qu'on y arrive tout de suite, comme si on n's'était jamais perdu, comme si on s'était quitté ce jour-là, qu'on était remonté des toilettes de la Royale Post, qu'on avait fini les bières, qu'on était sorti et que, sur le petit trottoir et puis dans le recoin on s'était embrassé tous les trois, qu'alors on était parti toi et moi vers le haut de la rue de la Cuillère et François vers le bas, vers le fleuve, et qu'on s'était perdu enfin d'un coup, et maintenant, maintenant on serait le lendemain..
François dit Vas-y, raconte lui !, nous bouscula Toilettepassant au centre du cercle et prit le couloir qui menait à la derrière les cabines de toilette. On l'entendit râler deux femmes de n'être pas prêtes, frapper dans un mur puis on ne l'entendit plus. Vida dit Viens !


On peut lire de manière aisée la suite de ce qui précède et beaucoup plus de diebler sur pan!, cliquez (voyez que c'est aisé, ânes !).
diebler



Last Updated: 4/21/2009

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